On trouve encore le lieu dit le Raverdi mentionné sur le plan de la ville établi en 1919. Certes il n’a pas l’importance des grands noms de fiefs qui l’entourent, comme la Potennerie (la Pontenerie faut-il dire d’ailleurs selon le chanoine Leuridan[1]) ou Beaumont. Mais il semble qu’il soit aussi ancien qu’eux, si l’on en croit le même auteur, qui cite le Raverdi comme un arrière fief sur lequel se trouvait « le cabaret et hôtellerie de le Raverdie ».
Ce nom évocateur du printemps, quand tout raverdit (mot picard pour reverdit), rappelle également qu’il y eut un Roubaix campagne, avant que le territoire soit entièrement couvert d’habitations et d’usines. Le sens du mot campagne est aussi celui des propriétés que les riches industriels roubaisiens se faisaient construire avant que la ville ne vienne engloutir près et champs.
Le Raverdi, la Potennerie et les Près ont ainsi vu les industriels occuper les terres féodales. On devine sur les plans les agencements des jardins de ces propriétés qui étaient de vrais châteaux. On parlera même du château du Raverdi, du château de la Potennerie, ou encore de la petite Potennerie, et de la grande Potennerie.
Les recherches de l’atelier mémoire démarrent donc et elles iront au delà de notre nom de ralliement (le Raverdi) puisqu’elles évoqueront les quartiers voisins et contemporains (Potennerie, Moulin). Les sujets abondent également : les châteaux, mais également les immeubles collectifs qui leur ont succédé, ainsi que les groupes scolaires, et qui bénéficient encore de la frondaison des grands arbres séculaires.
[1] Théodore Leuridan Roubaix Ancien et moderne Librairie Pique 21 23 Boulevard de Paris Imprimerie du Journal de Roubaix
Alors que la construction du H13 est sur le point de se terminer en avril 1966, il reste encore quelques ruines des maisons de la rue de Lannoy, dont la chaussée est encore apparente. Déjà MM. Thibeau adjoint, président de l’Office municipal HLM, Delannoy Président du CIL et Me Diligent, font les honneurs du chantier à M. Nungesser, nouveau secrétaire d’Etat au logement, en visite à Roubaix le 1er mai 1966. Auparavant il aura eu droit à la découverte d’une courée de la rue Vaucanson et à une évocation de l’ancien quartier des Longues haies par Maître Diligent qui lui cite Van Der Mersch et son fameux Quand les sirènes se taisent. Malgré cette courte, mais édifiante visite, le ministre promet un effort particulier pour faire disparaître les courées[1].
Inauguration HLM 1966 Photo NE
L’inauguration des premiers appartements HLM du côté du boulevard de Belfort est proche : les appartements le long de la rue Bernard (aujourd’hui rue Jules Watteuw) sont terminés et occupés, et les deux ensembles situés du côté du boulevard de Belfort sont en voie d’achèvement. Le 9 juin 1966, le maire Victor Provo visite deux appartements témoins, aménagés par les Etablissements Decanis (literie du Nord) et le magasin d’ameublement Au Décor (98 rue de Lannoy, à deux as du chantier), accompagné de représentants de l’office municipal des HLM et de la municipalité. Puis au cours de la réception tenue à la Bourse du Travail, M. Thibeau rend hommage aux architectes Gillet et Bourget et aux entrepreneurs, puis le directeur des HLM, M. Ditte, rend hommage aux efforts de l’office HLM depuis sa création en 1924. Les appartements tests sont ouverts au public dès le samedi et lundi suivants.
Le H13 en 1966 doc AmRx
A l’autre extrémité du chantier, le H13 et le H4 du CIL seront inaugurés le samedi 25 juin. Les travaux de gros oeuvre ont été réalisés par l’entreprise Ferret Savinel, et ’installation du chauffage central par la maison Stiernet. Des logements témoins sont équipés pour l’occasion par de grandes maisons roubaisiennes : les meubles Debeyne, la lustrerie Confort clarté, la maison Soetens. L’aménagement intérieur est réalisé sous la conduite de Mme Delannoy, l’épouse du président du CIL, lequel présentera le H13 comme la préfiguration du Roubaix de demain : de ville laborieuse, Roubaix devient ville élégante[2]. Il ajoute qu’il y a encore six ou sept opérations Anseele à mener à Roubaix, ce qui équivaut à reconstruire 4500 logements vétustes par an. Le maire Victor Provo prend alors la parole pour rappeler que le Cil est né à Roubaix et que HLM et CIL doivent travailler ensemble. Il réclame plus de justice pour le département du Nord pour le logement en évoquant les difficultés de financement. Evoquant la question de la métropole[3], il dit qu’il ne faut pas enlever aux communes la liberté d’entreprendre des travaux importants. Assistaient à cette deuxième inauguration, les députés Frys et Herman, le sénateur Diligent les adjoints Prouvost, Pluquet, Thibeau et Lagache, le secrétaire général des CIL, M. Omez, le président de la SAHRO André Motte, le directeur des HLM M. Ditte.
D’un côté comme de l’autre, le chantier n’est pas terminé : côté Pierre de Roubaix Boulevard de Belfort, on annonce pour 1967 la construction d’un immeuble le long de la rue Pierre de Roubaix, la construction du groupe scolaire, et celle de quatre petites tours entre les bâtiments récemment inaugurés et le boulevard de Belfort, et un grand ensemble parallèle au tracé de la rue de Lannoy qui enjambera la rue Bernard. Côté H13, les travaux de terrassement du centre commercial vont démarrer. Quatre grandes tours de dix neuf étages vont être édifiées en face de l’os à moelle, de l’autre côté du futur centre commercial. On annonce la fin de l’opération Anseele pour 1969.
1955 : après les sept semaines d’intempéries qui ont paralysé les travaux en janvier et février, trois nouveaux chantiers pour l’OMPHLM.
Immeuble rue Horace Vernet Photos AmRx et NE
Un Collectif de six étages, 51 logements
Le collectif élevé à l’angle du boulevard de Fourmies et de la rue Horace Vernet est l’œuvre de Marcel Spender, comme l’indique la petite plaque sur le mur latéral côté boulevard. Les logements de ce collectif sont destinés à des jeunes mariés, ou des célibataires, des ménages sans enfants. Les appartements sont relativement petits : 22 studios de 28 m² comprenant une grande salle de séjour, une petite cuisine, une salle d’eau avec douche, wc, buanderie. Il y a aussi 17 logements de même composition avec une chambre en plus, soit une superficie de 44 m². Six autres avec deux chambres et six autres avec trois chambres. En tout 51 logements qui ont tous un grenier et une cave. Particularité : un ascenseur ne dessert que les 4ème, 5ème et 6ème étages.
Rue Weerts hier et aujourd’hui Photos Nord Eclair et PhW
Un groupe de maisons rue Weerts
Second chantier, le groupe de l’avenue Linné, œuvre de l’architecte Finet, est composé de vingt logements individuels. Douze ont trois chambres, les huit autres quatre chambres. Ce sont des maisons pour familles nombreuses. Dix garages seront construits à proximité. Ces logements seront habités le 1er août.
Le troisième chantier
Il se trouve rue Léonard de Vinci prolongée. Ce bâtiment de quatre étages, aux coursives arrière identiques à l’immeuble de la rue Horace Vernet, donne sur la cour de l’école Léon Marlot. Il est composé comme suit : seize studios de 29 m², huit logements F2, huit logements F3.
Lors de l’ouverture, il y aura de nombreuses demandes : 750 candidats pour les 103 logements proposés. Les personnes désireuses de louer un logement s’adressent à l’office municipal des habitations à loyer modéré qui a son siège à l’hôtel de ville de Roubaix entrée rue Foch.
Dès 1949, la ville poursuit l’effort enclenché avant guerre sur des terrains encore libres entre la rue Jean Macé et la rue Rubens. Il est prévu qu’on construise dix sept blocs pour deux cents logements et un centre sportif scolaire. En novembre 1950, deux cents habitations sont sorties de terre entre les rue Jean Macé, Horace Vernet, Rubens, et Raphaël, édifiées par l’office municipal HLM.
Les HLM des années cinquante (photos PhW et AmRx)
Particularités
La rue Fragonard ne traverse pas complètement le quartier. Elle part en effet de l’avenue Motte et vient donner dans la rue Jean Joseph Weerts sans atteindre l’avenue Linné. Sans doute le lotissement suivant était-il déjà prévu. Autre phénomène, l’allée Bonnard dans laquelle autrefois, se faisait l’entrée des immeubles est désormais fermée à la circulation. Aujourd’hui l’entrée se fait allée Renoir, du côté opposé.
Le terrain rouge, jour de l’inauguration, et jeux des enfants (photos Nord Éclair)
Le terrain rouge
C’est en juillet 1954 qu’est livré aux enfants le nouveau terrain de jeux dit le terrain rouge: des tourniquets verts et blancs, une cage à écureuil (sic) argentée, des barres fixes miniatures, un toboggan rutilant, un bac à sable, des balançoires. Ce jardin d’enfants est l’œuvre de M. Bernard, chef du service des jardins et ingénieur paysagiste, qui guide le maire Victor Provo et son équipe venus pour une inauguration sans grande pompe ni discours. Les arbres et les haies ont grandi, mais les équipements de jeux ont disparu pour des raisons d’entretien et de sécurité. Le terrain rouge sera un temps occupé par des terrains de baskets, et la question de l’occupation de sa surface reste à l’ordre du jour: certains y voient le marché, et même un marché couvert, d’autres préféreraient lui garder sa fonction de square et d’espace vert. Le débat est ouvert depuis quelques temps.
Dès 1948, les quartiers du Nouveau Roubaix et des Trois Ponts sont cités comme terrains disponibles pour bâtir…
CIL et Toit familial
En Janvier 1949 le CIL construit 110 maisons et un immeuble de 30 appartements. Dans le quartier du Nouveau Roubaix, dans le triangle avenue Motte, Gustave Delory et Horace Vernet, En octobre 1949 le CIL a pratiquement terminé les alentours de la rue Mignard. L’opération se poursuit en janvier 1950 : on construit dans le même périmètre avec le Toit Familial. Le lotissement portera le nom évocateur de vertes allées.
Vertes allées et Boulevard de Fourmies Photos PhW
La maison plébiscitée
La cité expérimentale CIL de Mouvaux lancée et construite dans l’immédiat après guerre présentait un grand nombre de nouveaux modèles de maisons, parmi lesquels on en plébiscita un en particulier. Ce type de maisons se retrouve dans les lotissements de cette époque, d’un côté et de l’autre de l’avenue Motte, à l’angle de l’avenue Delory, ou dans la cité de la gare de débord.
La cité de la gare de débord
Face à la rue Mignard et juste en dessous de la cité des Trois Baudets à Hem, qui est historiquement le premier chantier CIL de l’après seconde guerre mondiale, se poursuit le chantier démarré en janvier 1949. Le lotissement prendra le nom de l’ancienne affectation ferroviaire des lieux.
La maison plébiscitée Photo PhW
L’avenue Motte
On l’a d’abord appelé avenue des Villas, puis boulevard industriel. Sa double voie est d’origine, mais son terre-plein vient d’être débarrassé des derniers rails qui menaient autrefois les convois ferroviaires de la gare du Pile à l’emplacement de la gare de débord sur lequel sont apparues des maisons. L’avenue Motte est devenue une splendide artère à la suite du boulevard Clemenceau qui descend de Hem, et qui trouve dans son prolongement l’avenue Salengro à hauteur de la rue de Lannoy. Le macadam a remplacé les pavés.
La ville de Roubaix développe un important programme de logements après une délibération d’août 1923, achète les parcelles entre le boulevard de Fourmies, l’avenue Alfred Motte et des Villas et la rue Linné pour l’Office Public Municipal d’Habitations à Bon Marché. Ces parcelles forment une vaste propriété de plus de 7 hectares dont la société Lemaire Frères et Lefebvre est propriétaire. L’achat est réalisé en 1923. La construction des immeubles HBM commence en 1927, dans une deuxième tranche de travaux.
Des noms d’arbres pour les immeubles
La deuxième tranche de construction des HBM a permis de réaliser sept immeubles collectifs à quatre niveaux. Comme pour la première tranche, le même cahier des charges a été donné à sept architectes différents qui en ont donné leur interprétation personnelle, ce qui donne un certain cachet à l’ensemble. Des noms d’arbres ont été donnés à chacun des îlots : les Acacias, les palmiers, les Chênes, les Saules, les Châtaigniers, les Merisiers.
Des noms de peintres pour les rues
Les rues qui desservent ces HBM seront créées pendant leur construction. La municipalité choisit de leur donner des noms de peintres célèbres : Léonard de Vinci, Rubens, Fragonard, Van Dyck. Un peintre roubaisien figure parmi ce panthéon : Jean Joseph Weerts.
Présence du commerce
Les angles des îlots HBM accueillent bien souvent un commerce. Sur les 28 angles formés par les immeubles, on peut dénombrer: trois boucheries, trois épiceries, deux magasins de fruits et légumes, un fleuriste, un marchand de volailles, une boulangerie, une mercerie, une droguerie, un cordonnier, un salon de coiffure, une laverie automatique, et un restaurant. Quelques commerces ont aujourd’hui disparu et ont été reconvertis en logements, ou servent d’agence pour les bailleurs locaux.
Au lendemain de la première guerre mondiale, un projet d’aménagement général d’un ensemble d’habitations destinées à la population ouvrière de Roubaix est impulsé par Jean Baptiste Lebas, Maire de Roubaix. Ce dernier a créé par décret le 3 juin 1921, l’Office Public d’Habitations à Bon Marché, ancêtre des H.L.M. Le Conseil Municipal du 31 janvier 1924 va émettre la demande d’utilité publique et les terrains sont achetés à la société Lemaire frères et Lefebvre, dans le but d’être cédés aux H.B.M. La rue Jean Macé fait partie de ce plan d’ensemble, avec cinq autres rues (Léon Marlot, Raphaël, Léonard de Vinci, Van Dyck et Fragonard) qui formeront le quartier du Nouveau Roubaix. La ville de Roubaix lance un premier chantier d’ensemble de maisons dans la rue Jean Macé.
Cinq architectes roubaisiens
Les travaux de construction des immeubles démarrent en janvier 1925, en partant de l’avenue Linné. L’Office des H.B.M. a attribué par lots les plans des constructions aux principaux architectes roubaisiens. C’est ainsi que Paul Destombes construira la première partie des immeubles constituée par une tranche de huit maisons, en façade latérale du Groupe scolaire de l’avenue Linné. Les huit maisons suivantes sont attribuées à l’architecte Poubel, puis huit autres encore à l’architecte Dupire, le lot suivant à l’architecte Barbotin, auquel succédera l’architecte Derveaux . C’est Paul Destombes qui clôturera les constructions par un projet déposé le 11 juin 1928. Le cahier des charges des constructions était le même, mais chaque architecte en donnera son interprétation personnelle, ce qui donne une variété de formes à des maisons qui ont cependant gardé un air de famille.
Nouvelles rues
Le 27 juin 1924 , le Conseil Municipal donne le nom de Léon Marlot, jeune héros de la guerre 14-18, à une rue non viabilisée. Il faudra attendre cinq ans pour avoir une chaussée convenablement construite. La rue Léon Marlot se termine alors dans le chemin vicinal n°9 qui rejoint à l’avenue Alfred Motte. Son parcours sera rectifié en 1929 afin qu’elle se poursuive en ligne droite jusqu’à l’avenue Motte. La rue Jean Macé devient une voie publique en 1931 et elle rejoint l’avenue Motte après un parcours rectiligne, quelques mètres après une école communale de filles et de garçons (Groupe scolaire Jules Guesde) dont la construction a été rendue nécessaire par le développement de la population du quartier, et dont les plans ont été établis en décembre 1930, la réalisation étant achevée en 1934.
Quelques années après la libération, le Nouveau Roubaix poursuit sa construction. Il est ainsi prévu l’édification de dix sept blocs pour deux cents logements et un centre sportif scolaire. En novembre 1950, deux cents habitations sont sorties de terre entre les rues Jean Macé, Horace Vernet, Rubens, et Raphaël, édifiées par l’office municipal HLM. Dans ce nouveau cadre aéré, il reste un grand espace à aménager, situé entre les rues Ingres, Raphaël, Fragonard et Van Dyck.
L’espace dit le terrain rouge CP Méd Rx
En juillet 1954 est livré aux enfants un nouveau terrain de jeux : des tourniquets verts et blancs, une cage à écureuil (sic) argentée, des barres fixes miniatures, un toboggan rutilant, des bacs à sable, des balançoires[1]. Ce jardin d’enfants est l’œuvre de M. Bernard, ingénieur paysagiste, chef du service des jardins, lequel guide le maire Victor Provo et son équipe venus pour une inauguration sans grande pompe ni discours. L’appellation jardin d’enfants laissera bientôt place à celle de terrain rouge, de la couleur du schiste qui recouvrait le sol. Un premier bac à sable se trouve du coté de la rue Van Dyck, un deuxième longe la rue Ingres, près duquel se dresse la cage à poules[2] (sic). On a installé des barres fixes dans l’angle formé par les rues Ingres et Raphael, et un grand portique de balançoires se trouve aligné avec la dernière rue citée.
Les jeux pour les enfants Photo NE
C’est en juillet 1954 qu’est livré aux enfants le nouveau terrain de jeux dit le terrain rouge: des tourniquets verts et blancs, une cage à écureuil (sic) argentée, des barres fixes miniatures, un toboggan rutilant, un bac à sable, des balançoires. Ce jardin d’enfants est l’œuvre de M. Bernard, chef du service des jardins et ingénieur paysagiste, qui guide le maire Victor Provo et son équipe venus pour une inauguration sans grande pompe ni discours. Les arbres et les haies ont grandi, mais les équipements de jeux ont disparu pour des raisons d’entretien et de sécurité. Le terrain rouge sera un temps occupé par des terrains de baskets, et la question de l’occupation de sa surface reste à l’ordre du jour: certains y voient le marché, et même un marché couvert, d’autres préféreraient lui garder sa fonction de square et d’espace vert. Le débat est ouvert depuis quelques temps.
Le roman de Maxence Van Der Meersch intitulé Quand les sirènes se taisent est paru en 1933. Il évoque le quartier des longues haies pendant les grèves de 1931.
Van Der Meersch et son ouvrage
Collection particulière
Pierre Pierrard écrit dans la préface : c’est le Roubaix de l’avant guerre, de l’avant-36, le Roubaix de notre enfance, à la fois terriblement austère et terriblement attachant, qui tournait interminablement autour des trois pôles fixés par le XIXème siècle industriel : l’usine, le taudis, le cabaret. Ce roman est une des contributions de Maxence Van Der Meersch à la mémoire roubaisienne. Ce témoignage nous donne un grand nombre de descriptions des lieux et de la vie roubaisienne de l’époque, qu’il faut confronter à d’autres mémoires, celle des familles, des journaux, des différents syndicats, du monde politique. A lire ou à relire
Il y a soixante dix ans la rue des longues haies prenait le nom de rue Édouard Anseele, par une décision du conseil municipal, qui souhaitait rendre hommage au grand dirigeant socialiste belge. Mais si le nom de la rue a changé, ses caractéristiques principales subsistent.
Tout d’abord la présence importante de l’industrie, de grandes usines, des filatures de laine principalement : au n°28 la filature des longues haies, Motte Porisse, qui produisait la marque des laines du Chat Botté, dont le souvenir subsiste avec le rond point auquel on a donné ce nom, au carrefour du boulevard de Belfort, de la rue du Coq français et de la rue St Jean. Cette usine sera détruite par un monstrueux incendie qui dura plusieurs jours en 1983. Il y avait aussi au n°38 la Manufacture des deux gendarmes, qui était une marque de linge de maison et de tissu éponge. La rue passe ensuite entre l’usine Motte Bossut et la fabrique de couvertures Lemaire et Dillies ; la première abrite désormais les archives nationales du monde du travail et l’autre accueille l’IUP Infocom. Puis, à l’autre bout de la longue ligne droite, après la rue Pierre de Roubaix, il y a d’autres entreprises, principalement des bonneteries, dans la partie encore existante de la rue Edouard Anseele.
Entre la rue du Coq français et la rue Pierre de Roubaix se trouve un habitat de maisons serrées, avec de petites façades en front à rue, mais aussi avec de nombreuses courées, composées en moyenne d’une dizaine de maisons. Il y en a encore plus d’une trentaine en 1960. A la même époque, on y trouvait aussi huit épiceries, trois boucheries, deux drogueries, deux marchands de vins et spiritueux, quatre coiffeurs, deux libraires, et douze cafés.
La vitrine de ces commerces est souvent suivie par l’entrée d’une courée, avec ou sans porte, devant un court boyau sombre qui donne dans la cour entourée de deux alignements de maisons. Un point d’eau, une pompe, au fond les toilettes communes et les casiers à charbon…Souvent les cours communiquent entre elles, ce qui forme un labyrinthe inextricable à qui n’est pas du coin. Cet habitat est très ancien, certaines courées étant déjà citées en 1895, comme la cour Boucau au n°167, ou la cité Jénart-Beny au n°353. Malgré l’entretien et le nettoyage régulier, les maisons sont vieilles, et il arrive parfois que l’une ou l’autre s’effondre, comme ce fut le cas de la cour Leman, où six maisons s’effondrèrent, en décembre 1958.
Dès le début du vingtième siècle, dans un souci d’hygiène, de salubrité et de santé publique, ont été créés le dispensaire anti tuberculeux de la croix rouge qui abritera également l’école d’infirmières, et l’établissement des bains douches fondé par la caisse d’épargne en 1911. Ces deux établissements étaient encore en fonction avant l’opération de rénovation.
La caisse de crédit municipal, ex Mont de Piété, est installée entre la rue Dupleix et la rue du Coq Français ; on disait qu’on allait « Chez Ma Tante » pour y gager un bien quelconque en échange d’un peu d’argent. Près de là, se trouve la sortie de l’hippodrome, grand lieu roubaisien de spectacles : le cirque franco-belge y donne de nombreuses représentations, et c’est aussi une scène de music hall, d’opérette et d’opéra, rebaptisée Capitole pour les besoins du cinéma. Il sera démoli en 1964.
La rue est aussi le décor d’une braderie en avril, qui associe les marchands d’occasion avec les bradeux d’un jour, sans oublier les animations des commerçants et des cafés, où l’on joue, l’on chante et l’on danse.
A la fin des années cinquante, les fusillades entre partisans algériens du MNA et du FLN troublent la paix du quartier, qui devient alors le « douar Anseele ». Que le quartier ait été considéré comme un village (un douar), rien d’étonnant, car on trouvait dans la rue Édouard Anseele et les rues alentour, tous les ingrédients de la vie sociale, de travail et de loisirs.
Ces derniers épisodes, ainsi que l’insalubrité de l’habitat amenèrent la question : faut-il détruire le bloc Anseele ? Lorsque Roubaix eut épuisé ses derniers terrains libres pour construire, commença alors l’opération rénovation des ilots insalubres, dont l’îlot Édouard Anseele fut l’un des premiers chantiers, dans lequel les démolitions commencèrent en 1959.Photo collection particulière