La nouvelle église du Crétinier

C’est sur Radio Galaxy que l’inauguration de la nouvelle église a été annoncée. L’abbé Tieghem faisait partie de ceux qui avaient préparé l’intervention sur les ondes, avec un exposé historique sur l’Église Saint Vincent de Paul depuis sa création en mai 1897.

Le portail de la nouvelle église Photo Guy Sadet

L’inauguration a lieu le dimanche 24 avril 1994. Le programme a été arrêté : à 10 h 30, M. Alain Faugaret maire de Wattrelos vient inaugurer l’église en présence de Monseigneur Vilnet évêque de Lille. Puis à 11 heures, la messe est célébrée par Mgr l’évêque. Il n’y a pas encore de titulaire et trois prêtres vont l’assister  : L’abbé Gilbert Tieghem du Christ Roi, Joël Kolder de la Sainte Famille de Roubaix et André Desbouvry chargé des relations avec le diocèse. L’équipe d’animation paroissiale est placée sous la responsabilité de Mme Vallaeys et s’occupe de la coordination de la vie de la paroisse.

Monseigneur Vilnot officie Photo Guy Sadet

Les paroissiens sont agréablement surpris par l’intérieur spacieux de l’église. Derrière l’autel, un grand vitrail célèbre la glorification de Saint Vincent. Sept autres retracent sa vie. Au plafond une verrière apporte une luminosité naturelle qui ravive son caractère sacré. De l’ancienne église on a conservé le grand crucifix qui dominait l’autel. Une mezzanine accueille le nouvel orgue dont Madame Machu, l’organiste de l’église a récemment pris possession. Quatre vingts personnes peuvent s’y tenir. Derrière le chœur, une salle chapelle accueille les célébrations de semaine ou encore les réunions de catéchèse.

L’intérieur de l’église Photo Guy Sadet

Ont également été prévues la sacristie et une petite salle de réunion. Deux autres salles ont été ajoutées pour les permanences de semaines et des réunions pour des petits groupes. À l’extérieur un petit campanile abrite Cécile, la cloche de l’ancienne église. Depuis le dimanche des rameaux, l’église a été officiellement utilisée pour des célébrations pendant les fêtes de Pâques.

Pour reprendre l’expression du journal Nord Éclair, la nouvelle église Saint Vincent de Paul est un coup de jeunesse pour le quartier du Crétinier.

Un plan d’aménagement pour le Crétinier

En 1990, le quartier du Crétinier est considéré comme vétuste et vieillit mal. Le déclin progressif de la Lainière de Roubaix et les suppressions d’emploi n’arrangent rien. L’église n’échappe pas à cet inventaire de vétusté. En effet, dès 1980, les bois de la toiture pourrissaient entraînant des fuites d’eau qui dégradaient les murs. Le chauffage devait être réparé, l’électricité ne correspondait plus aux normes de sécurité et la fréquentation des fidèles avait singulièrement baissé.

Dernière image de la première église St Vincent de Paul extrait Journal Municipal de Wattrelos

La municipalité de Wattrelos concerte le diocèse pour les travaux à mener. Puis la décision d’un vaste projet d’urbanisme comporte la destruction de l’église et la création d’un nouvel ensemble sur l’espace ainsi libéré. La ville de Wattrelos engage donc la requalification du quartier avec un plan d’aménagement conçu par l’architecte Marc Dancoisne.

Plan d’aménagement doc Journal Mun Wattrelos

Pour mener ce plan à bien, la ville a entrepris l’acquisition d’une série d’immeubles rue des Patriotes promis à la démolition, du complexe sportif Amédée Prouvost, des restaurants et d’un magasin d’entreprise situés à proximité, ainsi que des parkings de la Lainière rue d’Oran. D’autres sont en cours.

Les travaux démarrent en septembre 1992. En attendant les paroissiens se réunissent dans une ancienne supérette au coin de la rue d’Oran. L’îlot Saint-Vincent-de-Paul constitue la première étape de la rénovation et entraîne la démolition de l’église et de son presbytère, un siècle à peine après leur création. L’espace ainsi libéré sera transformé en place publique avec un revêtement de qualité au sol, des arbres sur son pourtour, plus une fontaine comme élément d’animation.

Maquette de la nouvelle église Journal Mun Wos

Un nouveau lieu de culte sera érigé sur lequel s’appuiera un passage couvert avec arcades qui desservira des salles de quartier. Un ensemble immobilier à usage d’habitation sera réalisé par l’Office public d’aménagement et de construction du Nord. Il est l’œuvre de deux architectes lillois, MM. Bailly et Dancoisne.

Côté voirie, la rue d’Oran sera redressée et prolongée jusqu’à la rue de Toul, le nouveau tronçon prendra le nom de rue du 19 mars 1962. La rue des Patriotes va être élargie à 15 mètres pour permettre la plantation d’arbres et l’aménagement d’espaces réservés aux piétons, en maintenant de bonnes conditions de circulation.

L’église en travaux Journal Mun Wos

En 1993 les travaux de l’église ont pris du retard à cause des intempéries du mois d’octobre. Retard rattrapé mais novembre a entraîné des températures en dessous de zéro, ce qui n’a pas facilité la poursuite du chantier. L’édifice doit s’étendre sur 320 m² et pourra accueillir 300 fidèles. L’église comportera une mezzanine à mi hauteur et le clocher sera distinct du bâtiment. On espère son ouverture pour Pâques 1994.

Tempêtes sur l’église

En mars 1906 se déroulent les inventaires à Wattrelos, l’église Saint Vincent de Paul n’y échappe pas. Après l’église Saint Maclou, on se dirige vers le Crétinier. Une étrange colonne se met en marche et la foule est difficilement maintenue à distance par la troupe et la gendarmerie. La cavalerie a pris les devants. Beaucoup de manifestants vont jusqu’au Crétinier et la foule est accourue nombreuse. Aucune notification n’avait été faite à l’abbé Coquériaux, curé de la paroisse. Quand les chasseurs arrivent, on est fixés, commente le Journal de Roubaix, une irrégularité allait être commise. Dès quatre heures, le commissaire Grimaldi de Roubaix, dirige le service d’ordre. Il fait dégager la place de l’église par la cavalerie qui repousse les curieux dans les rues voisines. L’infanterie établit ensuite des barrages de tous côtés pour isoler l’église.

L’église Saint Vincent de Paul Coll Particulière

Sur le perron, devant l’église close, se tiennent l’abbé Coquériaux et M. Delcroix doyen de Quesnoy sur Deule, originaire de Wattrelos. Il est cinq heures quand M. Prévot arrive en voiture avec ses deux témoins. Il présente sa commission. Le curé en prend connaissance et se plaint de l’illégalité dont il est victime. M. Prévot répond que M. le doyen de Saint Maclou avait été prévenu pour les deux églises. L’abbé Coquériaux donne alors lecture d’une protestation.

J’ai le devoir comme prêtre, comme pasteur, comme citoyen et comme français d’élever la voix en ce moment contre l’opération que vous avez mandat d’accomplir.

Un membre de la société civile de l’église s’associe à la protestation du curé. Ce dernier refusant d’ouvrir la porte, le commissaire Buchart procède aux trois sommations en frappant de la main sur un des panneaux de la porte. Aucune réponse. Les crocheteurs s’approchent, la porte est solide et maintenue de l’intérieur. On attaque la porte à coups de masse et une brèche est ouverte. Un battant s’entrebâille et derrière on aperçoit un enchevêtrement de chaises.

La foule est massée sur les côtés et manifeste son indignation par des cris hostiles. Liberté à bas les voleurs ! Quelques socialistes répondent par le chant de l’internationale et la flamidienne.

Les crocheteurs s’impatientent, l’un d’eux tente de passer par l’une des fenêtres, grimpe sur une échelle et va briser les vitres avec un marteau. Un capitaine du 43e lui ordonne de descendre au plus vite. Pendant ce temps les chaises s’accumulent sur la place en un tas qui augmente sans cesse. Les fidèles massés à l’intérieur reforment la barricade au fur et à mesure. Plusieurs crocheteurs qui ont failli être atteints demandent à être protégés.

L’église en 1947 entre la Lainière, Dhalluin Lepers et la campagne Photo IGN

Après trois quarts d’heure, la barricade est assez basse pour que des gendarmes puissent l’escalader. L’église est prise d’assaut. La brèche est élargie et livre passage à M. Prévot et ses témoins. Il y a trois cents personnes dans l’église qui chantent je suis chrétien. Il y a notamment MM Louis Dhalluin et Louis Delcroix, membres de la société civile de l’église. Le curé s’adresse à ses paroissiens et leur demande de rester calmes pendant l’inventaire. On récite le chapelet. Les témoins déclinent leurs noms à l’abbé Coquériaux. Après un rapide examen du mobilier de l’église, les sommations sont faites devant la porte de la sacristie qui est ouverte d’une simple pesée. L’inventaire ne donne lieu à aucun incident. On fracture une autre porte, celle du presbytère. Le percepteur déclare regretter qu’elle ait été ouverte de force. Quand il sort de l’église, il est six heures. La colonne se reforme pour regagner Roubaix ; à la barrière du Crétinier, quelques socialistes crient vive la loi, à bas la calotte à quoi répondent les cris de vive la liberté, à bas les voleurs. La colonne atteint la rue d’Alger et le calme se fait.

L’église Saint Vincent de Paul affrontera de nouveau une tempête d‘origine météorologique celle-là, le 16 avril 1924. Les rafales de vent et l’infiltration des eaux ont provoqué la chute de trois grosses pierres, mesurant 83 centimètres et pesant environ 70 kilos. Elles sont tombées du clocher de l’église. On ne signale heureusement aucun accident. Il est prévu que le service es travaux publics procède à la réfection du clocher.

Wattrelos : les églises du Crétinier

Le projet de construction de la première église du Crétinier remonte au mois de Mars 1891 dans ce hameau de Wattrelos mieux relié à Roubaix par deux rues (rue d’Oran et rue des Champs, actuelle rue Charles Casterman) et une halte de chemin de fer sur la ligne Somain Tourcoing qu’au centre de Wattrelos.

Bénir la première pierre

Usine Dhalluin Lepers de Wattrelos https://lessegardderoubaix.wordpress.com

Mais le lieu est déjà industrialisé, car l’entreprise textile roubaisienne Dhalluin-Lepers s’y est installée, la pose de la première pierre de la future église coïncidant avec le 50ème anniversaire de cette maison, le 24 juin 1895. A cette date, Monseigneur Monnier, évêque de Lydda, vint en cortège bénir la pierre, l’église et la foule, puis se rendit pour le banquet chez Monsieur Dhalluin-Lepers, lequel était à l’origine de l’idée de l’église et en sera l’un des généreux donateurs. Le terrain avait été offert par Monsieur Watteau, un important fermier du Crétinier, les plans et la direction des travaux revinrent à l’architecte roubaisien Destombes, et les travaux qui démarrèrent en Mars 1895 à l’entrepreneur Pennel.

Monseigneur Monnier évêque de Lydda Coll. Particulière

C’est en présence de Monseigneur Monnier évêque de Lydda qu’a lieu la bénédiction de la première pierre de l’église du Crétinier en avril 1895. Une procession est prévue pour accueillir le Prélat, Grand Place, rue Pierre Catteau, Vieille Place, rue des Champs, et rue de Tourcoing. Le jour dit, le lundi 24 juin, Mgr Monnier a béni la première pierre. Arrivé de Lille à dix heures, après avoir pris en passant le chanoine Evrard de l’église Notre Dame à Roubaix, il est reçu au presbytère par M. Lejeune, doyen de Wattrelos et après avoir revêtu ses habits sacerdotaux, il a été conduit à l’église, précédé par la Chorale St Maclou que dirige M. Deflandre. Puis il s’est dirigé pour prendre place dans le cortège. Un peloton de cavaliers ouvre la marche du cortège, un autre ferme la marche. Le cortège se met en marche vers onze heures. Un accident de voiture arrête sa progression. Le chemin est vite dégagé, il n’y a pas de blessés. Les maisons sont décorées de bannières et les rues jonchées d’herbes entremêlées de fleurs. Des arcs de triomphe ont été dressés rendant hommage au Prélat. Une banderole porte ces mots : in excelsis Deo.

Édifiée dans le quartier du Crétinier, l’église Saint Vincent de Paul répond à un vrai besoin, compte tenu de l’éloignement de St Maclou. Les travaux ont été commencés le 25 mars dernier et les assises de l’église mesurent cinquante mètres de long sur vingt de large. On espère l’achever pour le milieu de l’année prochaine.

Bénir l’église

Le fait marquant de ce mois de mai est incontestablement la double cérémonie religieuse qui eut lieu dans le quartier du Crétinier le 16 mai 1897: la bénédiction de la nouvelle église Saint Vincent de Paul au Crétinier et l’installation de son desservant, l’abbé Coqueriaux. C’est le 14 avril 1897 qu’est reçue en Mairie l’ampliation du décret présidentiel autorisant l’ouverture d’une chapelle de secours dite de St Vincent de Paul.

l’église du Crétinier Coll Particulière

C’est donc par un temps particulièrement favorable, que les habitants du Crétinier s’apprêtent à fêter la bénédiction de l’église Saint Vincent de Paul, et l’installation du curé, l’abbé Coquériaux. Ce dernier est accueilli le 16 mai 1897 par Monsieur Charles Agache sur une estrade dressée près de l’estaminet « à ma campagne », qui lui souhaite la bienvenue au nom du comité organisateur de la fête, et lui offre au nom des paroissiens les divers objets du culte. Le bon curé le remercie et lui donne l’accolade, ainsi qu’à Henri Lagache, secrétaire de la société d’archers.

Un grand cortège constitué de cavaliers, de vélocipédistes, de croix, d’enfants de chœurs et d’un grand nombre de bannières se met en route vers la nouvelle église.Tout au long du parcours, les sociétés défilent en ordre au milieu des oriflammes, guirlandes et drapeaux, les chorales se font entendre avec succès.

L’église Saint Vincent de Paul CP Coll Particulière

A la porte de la nouvelle église, un groupe d’enfants attend le prêtre et à son arrivée, l’un d’eux lui adresse un compliment. Monsieur le curé les bénit et procède à la bénédiction de l’édifice religieux en commençant par l’extérieur. Puis la porte est ouverte et l’église est très vite remplie. Monté en chaire, le vicaire général Carlier fait l’éloge de la manifestation, celui de l’administration diocésaine, et celui de ses collègues, puis Monsieur le doyen de Wattrelos procède à l’installation de l’abbé Coquériaux, en remerciant également le curé de Ste Elisabeth, l’abbé Tilman, pour le magnifique don du maître autel.

Ainsi dotée d’un curé, des divers objets et mobiliers nécessaires, et de paroissiens enfin comblés, l’église Saint Vincent de Paul est ouverte au culte en cette fin d’après midi de mai 1897, au milieu des cités ouvrières du Crétinier, passé du statut de hameau à celui de quartier urbain.

(à suivre)