La Maison Louis Lecomte

La Maison Louis Lecomte est fondée en 1868, au 26 Place de la Liberté. C’est une épicerie, alimentation générale ; la surface de vente importante, d’environ 300 m2, permet de développer des gammes de produits complémentaires, comme la graineterie ( graines potagères et de fleurs ) les engrais, la nourriture pour oiseaux ( pigeons perroquets …) et même la torréfaction de cafés.

Publicité 1902 ( document collection privée )

Dans les années 1950, Mrs Horent et Van Den Bruwaene, les gendres de Louis Lecomte lui succèdent à la tête de la SARL. Continuer la lecture de « La Maison Louis Lecomte »

S.R.A.D.E

Au début des années 1950, M Morel crée la SRADE : Société Roubaisienne d’Articles de Droguerie : grossiste en produits de droguerie. Il installe son entreprise au 76 78 rue d’Italie.

Document collection privée

Au début des années 1960, les affaires fonctionnent de façon très satisfaisante, et le manque de place se fait cruellement sentir. Pour pouvoir faire face à son développement, M Morel loue un entrepôt de 1000 m2, de l’autre côté de la rue, au 81 rue d’Italie. Mme Rangotte, la propriétaire, exploitait auparavant une activité de grossiste en vins : l’entrepôt des Flandres.

Document collection privée

En 1968, la SRADE approvisionne 69 détaillants ( petits commerçants en droguerie ) à Roubaix. A cela il faut ajouter les clients de Tourcoing et des petites villes avoisinantes. Ce gros potentiel permet de développer fortement l’activité. Le personnel de l’entreprise est composé de 4 personnes ( préparateurs de commande et livreurs ).

Document collection privée
La toiture de la SRADE ( document P. Van Hove )

Le lundi 1 Mars 1971 à 14h, une violente explosion secoue le quartier. Les habitants sortent de chez eux, et s’aperçoivent que l’entrepôt de la SRADE est en flammes. Les pompiers, alertés, arrivent rapidement sur place. Ils découvrent un véritable brasier.

Document Nord Eclair 1971

La présence de nombreux produis inflammables ( white spirit, solvant, essence de térébenthine . . . ) inquiète fortement les pompiers. L’accès est difficile, car l’entrepôt est encastré dans un îlot de maisons. Les dirigeants de l’entreprise de transports Van Hove, située au 84 rue de Rome, proposent aux pompiers de passer par leur entrepôt pour accéder au brasier et éteindre plus rapidement l’incendie.

Document France Cadastre

Les pots de peinture et les produits de droguerie dégagent une fumée noire et âcre ; les bombes de laque explosent. Ce feu d’artifice ajoute une note encore plus terrifiante au sinistre. Le panache de fumée est visible à plusieurs kilomètres à la ronde.

Document Nord Eclair 1971

Le feu est éteint après quelques heures d’intervention. Le local est entièrement détruit et la charpente s’est effondrée ; tout le stock de peintures et de droguerie a brûlé. Aucune victime, ni blessé, n’est à déplorer et, grâce à l’action des pompiers, le feu ne s’est pas propagé aux maisons voisines.

Après l’incendie, M Morel est bien décidé à continuer son activité de grossiste en droguerie. Il trouve un local en location, dans le quartier : l’ancien entrepôt de pommes de terres de R. Coussemacker, au 62 et 64 rue de Naples.

L’activité continue jusqu’au milieu des années 1980. Malheureusement, la situation se dégrade car les détaillants subissent la concurrence des grandes surfaces, ferment leur commerce et entraînent avec eux les grossistes.

Mme Rangotte, la propriétaire de l’entrepôt détruit au 81 rue d’Italie, décide, en 1973, de faire construire 31 garages en location.

Document archives municipales

Remerciements aux archives municipales et à Patrick Van Hove

La boucherie de la rue Pierre Motte

Henri Neyrinck-Robins ouvre, en 1920, une boucherie au 45 rue Pierre Motte, à l’enseigne :  » Boucherie Idéale  » qui devient  » Idéal Boucherie  » peu de temps après, vers 1925.

La boucherie en 1920 ( document D. Labbé BNR )
Facture 1926 ( document collection privée )

Au milieu des années 1930, le commerce est cédé à Guy Depuydt qui continue l’activité de boucher charcutier. Le commerce se développe fortement dans les années 1940-1950 toujours avec la même enseigne : Idéal Boucherie.

Publicité 1960 ( document collection privée )

L’Idéal Boucherie devient un commerce incontournable non seulement pour les roubaisiens, mais également pour les collectivités : écoles et entreprises, grâce aux livraisons à domicile. La fraîcheur des produits et les prix bas sont toujours une priorité pour Guy Depuydt.

Ré-ouverture 1962 ( document Nord Eclair )

Très dynamique, Guy décide de transformer la façade du magasin en 1962. M Pinchon décorateur, rue Saint Jean, est choisi. Il propose un nouvel agencement intérieur moderne. La vitrine toute en verre est réalisée par l’entreprise Trousson, pour un montant de 34700 Frs.

Pour cette journée de ré-ouverture, Guy Depuydt invite Mrs Robyn, directeur des abattoirs de Roubaix, Deffrennes inspecteur des denrées, et Arthur Neyrinck le propriétaire des murs de la boucherie.

Publicité 1965 ( document collection privée )

Michel Bruffaerts est boucher. Son commerce  » Boucherie Michel » se situe à Hem, au 12 avenue Lyautey, à la limite de Roubaix, en face de l’avenue Gustave Delory. Michel Bruffaerts reprend en outre le commerce Idéal Boucherie à Guy Depuydt en 1965.

Michel et son épouse Denise, décident de continuer avec la même stratégie de qualité des produits et de prix bas pour le consommateur. Il souhaite apporter un peu plus de modernité à ses deux commerces et change d’enseigne :  » l’Idéal Boucherie  » devient  » Le Comptoir de la Viande  ».

En plus de la viande et de la charcuterie, Michel propose également des volailles à la clientèle, et toujours la possibilité de livraisons à domicile.

Le commerce se développe : une vingtaine de personnes sont salariées de l’entreprise ( 14 à Roubaix et 6 à Hem ). En 1974, Michel et Denise décident d’agrandir leur magasin. Le laboratoire ( atelier de préparation et transformation de la viande ) est transféré au fond de l’allée, au 43 rue Pierre Motte. La surface de vente du commerce s’agrandit et passe à 258 m2.

cadastre
Ré-ouverture 1974 ( document Nord Eclair )

Dans les années 1980, Michel modifie son logo publicitaire. Quatre magasins à l’enseigne  » Comptoir de la viande  » sont désormais à disposition de la clientèle : Roubaix et Hem mais également Tourcoing, rue de la Cloche et Villeneuve d’Ascq, rue Jean Jaurès ( Flers Sart ). Trois autres magasins, sans enseigne, se situent à Roubaix : au 80 rue d’Alsace à deux pas du boulevard d’Armentières, au 110 rue Rubens à l’angle de la rue Raphaël, et au 13 rue Pierre Motte.

Publicité 1985 ( document collection privée )

Michel Bruffaerts décède en 1989. Son fils, Alain, reprend la succession et, au vu des difficultés rencontrées pour gérer l’ensemble des magasins, décide de ne garder que les magasins de Roubaix et de Hem.

Alain Bruffaerts transforme peu à peu ses commerces, en ajoutant des gammes de produits frais : fromage, fruits, légumes et quelques références d’épicerie, dans les années 1990. Les points de vente deviennent des supérettes.

Début des années 1990 ( document archives municipales )
Publicité 1996 ( document collection privée )

Malheureusement, Alain décède accidentellement en 2002. Noël Duquennoy, un ami, vient en aide à la famille, pour céder les deux points de vente. La boucherie de Hem, devient un commerce de fabrications de pizzas à emporter. Celle de Roubaix est vendu à Thierry Olivier, le boucher de Toufflers, puis quelques temps après, devient un bar à pâtes « Al Dente » qui ferme également très rapidement.

Le 45 rue Pierre Motte en 2010 ( Photo BT )

Remerciements à Michèle Bruffaerts et aux archives municipales.

Le 261 avenue Delory

Sur une plan daté de 1899 on remarque une construction isolée au coin de l’avenue des Villas, la future avenue Delory et de la rue Henri Regnault, récemment ouvertes. Comme elle est placée sur le chemin d’intérêt commun numéro 154, dit chemin d’Hem, à la limite de Roubaix, on y place tout naturellement le bureau de l’octroi de ce qui prendra plus tard le nom de Nouveau Roubaix. Ce bureau, situé juste face à la ferme de la Haie, partage sans doute dès l’origine, comme celui de la rue de Lannoy, les locaux avec un estaminet.

C’est d’ailleurs un estaminet, au nom de F. Delattre qu’on retrouve dans le Ravet-Anceau de 1939 au 259 de l’avenue et à l’extrémité de la rue Regnault. Ce même établissement était en 1935 indiqué au nom de O. Moulard. Durant la guerre, le 2 Juillet 1943, l’octroi est supprimé. Les gabelous sont reconvertis dans les services municipaux, alors que le débit de boissons perdure. Ce dernier disparaît néanmoins après guerre, puisque de 1955 à 1961 le Ravet-Anceau cite au 261 une Droguerie M. Minnens. Apparemment, il est ensuite reconverti en épicerie, et arbore dès lors fièrement des panneaux publicitaires pour les bières Pélican, comme l’attestent des photos publiés dans Nord-Eclair en 1961 et 1963.

Photo Nord Eclair

Les photos aériennes du début des années 60 montrent l’isolement du bâtiment face au nouveau rond-point, alors qu’un jardin occupe l’espace situé entre celui-ci est les maisons suivantes.

Photo IGN 1962

Mais les années 60 sont celles de l’automobile triomphante, et le bâtiment est démoli en 1964. Le terrain, racheté par la société des pétroles Shell, va être utilisé pour la construction d’une station d’essence, pour laquelle un permis de construire est octroyé dès juin1963. Deux bâtiments sont construits dans la partie la plus large du terrain, l’un, à un étage, abrite le bureau et le logement, l’autre l’atelier. La piste, située à la pointe du terrain, n’est pas couverte : les clients seront mouillés les jours de pluie !

La station en construction (IGN 1964) et la même en service (La Voix du Nord 1974)

Une publicité non datée nous montre la station avec ses deux bâtiments et la piste comprenant deux blocs de pompes permettant le ravitaillement simultané de plusieurs véhicules. On y apprend que le gérant est alors monsieur Trinelle., alors qu’une autre publicité de 1978 évoque monsieur Damerment.

Document collection particulière

En 1974, dans le cadre de passage au self-service, la société Shell fait une demande pour l’installation d’une cuve de 30 000 litres (18 000 pour le super et 12 000 pour l’ordinaire). Deux ans plus tard, une nouvelle demande de permis de construire vise l’édification d’un auvent et d’un petit atelier supplémentaire. L’auvent est court ; il ne couvre parcimonieusement que la stricte zone des pompes : il faut toujours se mouiller pour aller payer le carburant !

Photo IGN 1981

Mais la station fait l’objet d’autres travaux. En 1988, l’auvent a été remplacé par un autre nettement plus long, le terrain s’est agrandi par l’achat de la propriété voisine, sur laquelle on a construit une installation de lavage automatique dont on ne peut sortir que moyennant un virage très serré. Le bureau a été démoli et a trouvé place dans l’ancien atelier, devenu inutile depuis la mise en self-service., La piste est maintenant beaucoup plus vaste et, enfin, bien abritée…

Photo IGN 1989

La station est ensuite rachetée en 2004 par un italien, Mario Azzalini. Elle prend la dénomination d’Oil France. La distribution se poursuit quelques années, mais la station ferme finalement en 2008 et se transforme en une friche à l’abandon.

Photo Jpm

Alors commence un long bras de fer entre la ville, qui lance une procédure d’abandon manifeste en 2010 pour essayer d’obtenir l’expropriation, et Oil France qui fait le mort et ne répond pas aux demandes, pour obtenir le meilleur prix pour son terrain.

Document la Voix du Nord 2014

Pour éviter toute tentative de reprise d’activité, la mairie interdit toute opération de vente ou de location et, finalement, réussit à exproprier. On assiste alors enfin à la démolition, après plus de 15 ans de luttes. Selon la Voix du Nord, la construction d’un immeuble à vocation de services aurait vu le jour…

Document Archives municipales

Remerciements à la médiathèque de Roubaix et aux archives municipales pour leur accueil.

 

La Pâtisserie Rouvillain-Spriet

Pierre Rouvillain naît en 1923, à Roubaix. Ses parents sont commerçants, et tiennent une pâtisserie, au 103 rue Lacroix, à l’angle de la rue Pellart, juste en face de l’église du Sacré Coeur.

document M. Rouvillain

Après son certificat d’études, Pierre devient apprenti en pâtisserie. En 1940, c’est l’exode et Pierre se retrouve à Royan. Il trouve un poste d’apprenti chez R Quantin, un très grand pâtissier de la ville reconnu pour son célèbre gâteau : « L’étoile de Royan ».

document M. Rouvillain

De retour à Roubaix, il se marie, en 1949, avec Noëlla Spriet, la fille de Jules Spriet, boulanger-pâtissier au 125 rue Jules Guesde, à l’angle de la rue du coq Français.

Forts, tous deux, de leur expérience en pâtisserie, Pierre et Noëlla décident de créer leur commerce. Ils reprennent le magasin de rideaux de M. Vandemeulebroucke, au 142/4 Grande rue, pour créer leur pâtisserie en 1949.

document P. Rouvillain

Pierre et Noëlla aménagent le magasin et installent l’atelier de pâtisserie dans l’arrière boutique. Ils habitent à l’étage. Les affaires démarrent doucement, car nous sommes au début des années 1950 : période d’après guerre. Mais leur savoir faire, leur ténacité, et leur sens du commerce vont permettre de développer leur affaire assez rapidement. Noëlla sert les clients, Pierre fabrique ses gâteaux et propose une gamme assez classique de tom-pouce, éclair, carré aux fruits, baba au rhum, saint-Honoré, tartine russe, galette Bruxelloise, sans oublier bien sûr, les fameuses pièces montées, destinées aux communions et aux mariages.

Pièce montée ( document MD. Balenghien )

Pierre se souvient de « L’étoile de Royan » qu’il fabriquait, il y a quelques années, et qui se vendait fortement. L’idée lui vient alors de créer « L’étoile de Roubaix ». Ce gâteau est composé de meringue aux noisettes et de crème pralinée. Pierre apporte une petite touche de décoration avec un peu de massepain de couleur verte et en forme d’étoile. Ce succulent dessert, qu’il fabrique en exclusivité, lui apporte une nouvelle clientèle.

Le « Porte en ville » utilisé pour la livraison de pâtisseries au domicile des clients ( document M. Rouvillain )

Pierre est également confiseur et glacier. Il produit lui même ses glaces à la vanille, fraise, chocolat, etc mais également sa célèbre glace Dijonnaise. Ils proposent à la clientèle des boulots et des baguettes, car ils font office de dépôt de pain pour la boulangerie Dujardin à Roubaix. Ils fabriquent aussi des croûtes de vol-au-vent, car les bouchers-charcutiers de l’abattoir, juste en face, leur passent des commandes pour la fabrication de bouchées à la reine.

document P. Rouvillain

Pierre et Noëlla ne comptent pas leurs heures. Le magasin est ouvert 6 jours sur 7. Ils ferment le soir très tardivement car ils bénéficient de la clientèle des ouvriéres de l’usine Allart qui terminent leur journée à 20h et qui font quelques achats très régulièrement. Noëlla fait entière confiance à cette clientèle fidèle et n’hésite pas à noter leurs dépenses, sur un carnet, pour un règlement toutes les 2 semaines. Le dimanche après midi est bien souvent consacré à l’administratif. Une vendeuse est embauchée à mi-temps, surtout pour les samedi et dimanche matin. Un apprenti pâtissier aide Pierre à l’atelier.Les affaires fonctionnent correctement.

Le magasin et l’habitation ( document archives municipales )

Pierre et Noêlla ont quatre enfants : Patrick, Michel, Bernard et Bruno. Leur habitation à l’étage devient petite. L’occasion d’être moins à l’étroit se présente en 1968, quand la maison voisine se libère. Ils en font l’acquisition.

En 1970, la municipalité modifie la numérotation de cette partie de la Grande rue. Le magasin au 142/4 devient le 144 bis.

Le calendrier 1984 offert à la clientèle, comme chaque année ( document collection privée )

Pierre fait partie de la Confédération des artisans pâtissiers du département du Nord. Il en est le responsable pour les villes de Roubaix et Tourcoing. Des réunions régulières de travail permettent de créer un climat fort sympathique entre les artisans ; ils n’hésitent pas à échanger entre eux, des conseils, des recettes . . .

Pierre Rouvillain à l’atelier ( document P. Rouvillain )
Noëlla Rouvillain au magasin ( document P. Rouvillain )

Pierre et son épouse décident de prendre leur retraite en 1987. Sur la photo ci-dessus, le panneau d’information mural, précise :

Le 20 Octobre 1949, nous ouvrions notre maison avec comme devise « SERVIR » ayant le seul souci de ne jamais décevoir. Le 20 Septembre 1987, nous cesserons notre activité après avoir servi pendant 38 années. Nous vous remercions pour la confiance et l’amitié que vous nous avez accordées.

Ils restent sur place, dans leur habitation. En 1993, ils cèdent le magasin, qui devient : Asiafrica Distribution.

document archives municipales

Remerciements à Patrick et Michel Rouvillain ainsi qu’aux archives municipales.

La rue de l’Alma en 1961

C’est une longue rue très commerçante et animée qui a perdu ses tissages d’autrefois mais le textile reste bien présent avec plus d’une vingtaine d’enseignes et d’entreprises parmi lesquelles des bonneteries, marchands de tissus, tailleurs, marchands de rideaux, de broderies, et autres négociants. Parmi les fabriques, il reste au début de la rue, non loin de son intersection avec la rue du Grand Chemin, la SARL Truffaut et Bony fabrique de coutils au n°8, et à l’autre bout, à deux pas de la rue de Tourcoing, la société textile de l’alma retorderie de rayonne, aux n°229-231.

L’habitat est ancien comme l’indique la présence de courées : côté impairs, le Fort Wattel au 123 le Fort Frasez 139-147, la cour du petit barbier 151-153. Côté pairs la cour Thomas Leclercq au 180, la cour Lefebvre au 204, la cour Carpentier au 218, la cour Decock au 224 bis, la cour Tesse au 238 bis, la cour Lefebvre Lecaillon au 252 et la cour Masson au 278. Près d’une vingtaine de cafés tout au long de son parcours et, proximité de la gare oblige, trois hôtels : hôtel de la poste 53-55, hôtel du commerce 119 hôtel de bruxelles 52.

Tout cela fait de la rue de l’Alma une voie populeuse avec une diversité importante de commerces : côté impairs les cycles Terrot chez Theerlynck 13-15 ; le lavoir blanchisserie automatique du 39, au 65bis Jansoone machines à couper les tissus, Niedergang et fils cycles 69, une pharmacie au 79, les meubles Collet 83, aux 89-91 le cinéma Royal, au105 le bar Royal, l’herboristerie du Fontenoy Dherbomez au 133, le poissonnier du 137, et les meubles Roussel au 239.

Présents de longue date, les Ets Jansoone et le charcutier Tonneau doc BNRx

Côté pairs, Plateau Jusy maroquinier 70-72, Carlier Vogliazzo Produits d’italie au 110, les magasins La Redoute réalisés à la fin des années cinquante aux n°112 à 124 , les chaussures Termeulen 138-140, un poissonnier au 144, les volailles Tonneau du 148, l’horloger Jouvenel aux 154-156, Elle et lui confections aux 162-164, la maison du rideau au 190.

Les « nouveaux » magasins de la Redoute doc BNRx

On dénombre six épiciers, quatre bouchers, trois boulangers, deux pâtissiers, deux poissonniers, trois coiffeurs pour hommes et deux pour dames. La traditionnelle braderie dite du Fontenoy se déroule rue de l’Alma en juillet : de nombreux étals de marchands, riverains et forains sont installés tout au long de la rue de l’Alma, et une foule énorme se presse à cet événement organisé par l’Union des commerçants du quartier. L’après-midi, les bradeux partis, la rue retrouve son aspect habituel mais la manifestation n’est pas terminée pour autant, dans les nombreux cafés, des jeux continuent et le grand prix cycliste vient compléter l’animation.

La braderie de 1961, que de monde ! Photo NE

En 1961, la rue de l’Alma n’est pas encore concernée par les grandes transformations d’urbanisme. C’est une rue commerçante comme peuvent l’être la Grand Rue, la rue de l’épeule, la rue de Lannoy, qui ont fait la réputation de Roubaix, ville de commerce.

Le salon de coiffure Carmen

Carmen Stoltz naît à Roubaix, en 1913, au 50 rue du Marquisat. Après son certificat d’études, elle devient apprentie de 1932 à 1934, chez Mme Lenglez qui tient un salon de coiffure au 86 de la rue de Mouvaux.

Carmen Stoltz ( document P. Van Hove )

Carmen est particulièrement douée pour la coiffure, et souhaite absolument s’installer à son compte. Faute de moyens financiers suffisants, elle décide avec l’autorisation de ses parents, de s’installer au domicile familial, pour commencer son activité, en 1934. Elle se marie, en 1935, avec Maurice Van Hove, messager, qui dirige, avec son frère René, l’entreprise de transports-messagerie Van Hove de la rue de Rome.

Carmen et Maurice ( document P. Van Hove )

Carmen et Maurice trouvent une maison en location au 26 rue de Turenne, en 1935. Ils décident d’installer le salon de coiffure dans la pièce du devant de leur habitation, avec l’accord de leur propriétaire, Mme Balde. Ils récupèrent leur enseigne qui était auparavant sur la façade de la maison des parents.

Carmen Van Hove ( document P. Van Hove )

Dans cette pièce, se trouvent une coiffeuse des années 1930, un fauteuil de coiffeur confortable, deux chaises, un appareil électrique chauffant pour permanentes. Le coffre cache-compteurs sert à présenter les produits de parfumerie proposés à la clientèle. Le salon est séparé de l’habitation par une simple tenture.

Plan du salon

Carmen Van Hove n’utilise pas de publicités pour se faire connaître, car elle ne possède pas le budget nécessaire. Seule, la plaque émaillée, posée à l’extérieur, annonce son salon de coiffure. Quelques cartes parfumées, que l’on appelait à l’époque : cartes « sent bon » sont offertes aux clientes,

( documents P. Van Hove )
cartes parfumées ( documents P. Van Hove )

Carmen investit dans du matériel de coiffure, et en particulier un « appareil à indéfrisable » chez son fournisseur Oscar Matton au 86 rue du Fontenoy ainsi qu’un nouveau sèche cheveux, pour éviter les parasites nuisibles sur la radio de ses voisins.

la coiffeuse et le fauteuil ( documents collection privée )
le bac à shampoing, le broc-arrosoir et l’appareil à indéfrisable ( documents collection privée )

Un des neveux de Carmen se souvient parfaitement des techniques de coiffure de l’époque, car il aidait sa tante, le jeudi :

« Je me souviens que j’étais chargé d’installer le bac à shampoing mobile en inox, derrière la cliente. J’allais remplir d’eau une bouilloire, que je faisais chauffer sur la cuisinière, et quand l’eau était suffisamment chaude, je la transvasais dans un broc-arrosoir, de façon à ce que tante Carmen puisse shampouiner la cliente ( celle-ci était tenue d’amener sa propre serviette de toilette ). L’eau tombait dans un seau que j’allais vider dans le bac des pompes. La permanente terminée, après le passage de la cliente sous le casque, j’étais chargé du nettoyage des bigoudis en séparant le papier, le bigoudi, et l’élastique. »

instruments utilisés par Carmen ( document P. Van Hove )

Après la seconde guerre mondiale, l’état s’organise, et en 1949, Carmen reçoit sa carte officielle de coiffeur pour dames.

( document P. Van Hove )

Dans les années 1960, Carmen investit dans du mobilier et matériel modernes, fauteuil et chaises en inox et skaï, coiffeuse en inox et marbre noir, casque-séchoir plus performant, mais ses techniques de coiffure restent inchangées.

le fauteuil et le casque séchoir ( documents collection privée )

La clientèle est essentiellement locale et familiale ; elle se raréfie car la nouvelle génération est attirée par des salons de coiffure aux techniques modernes et aux amplitudes horaires plus larges convenant davantage à la vie active des clientes.

Les méthodes artisanales de travail de Carmen sont à l’origine de la lente agonie de son salon. Elle n’avait d’ailleurs pas le téléphone pour recevoir les appels de la clientèle ! Elle ferme définitivement son salon à la fin des années 1970 et continue ensuite d’habiter sur place avec son mari.

Le 26 rue de Turenne ( Photo BT 2020 )

De Ruyck

Pierre De Ruyck naît à Roubaix en 1879. Il est passionné de musique ; il fait ses études au conservatoire de la rue de Soubise et obtient un 2° prix de saxhorn, en 1890, puis un 1er prix avec médaille, l’année suivante. Vers 1900, il est nommé directeur de la fanfare l’Espérance de Roubaix et, en 1904, il devient directeur de la fanfare cycliste du Nord Touriste.

Document P. Balenghien
Document Gallica

En 1898, Pierre De Ruyck ouvre un commerce au 128 de la Grande Rue, avec deux activités : un estaminet et un magasin d’instruments de musique. Vu le succès rapide des ventes de pianos, de phonographes et de disques 78 tours, il abandonne le débit de boissons pour se consacrer exclusivement à la musique.

Pierre De Ruyck en costume, au centre ( Document P. Balenghien )
Document collection privée

Pierre De Ruyck met au point la « Méthode Epinette ». L’épinette est un instrument de musique à cordes pincées.

Document P. Balenghien

Mireille De Ruyck naît à Roubaix rue d’Isly, en 1911 ; elle est la fille d’Édouard De Ruyck, le frère de Pierre, et de Marthe Masquelin. Edouard est tué au début de la première guerre mondiale, en 1914, dans les Ardennes. Marthe, la mère de Mireille, se remarie et habite désormais à Tourcoing.

Mireille De Ruyck ( document B. Balenghien )

Mireille fait l’apprentissage des instruments de musique, et en particulier le piano. Elle est aidée par son oncle, Pierre De Ruyck. Elle est particulièrement douée malgré ses légers problèmes auditifs : elle obtient le 1er prix de solfège en 1927  et le 1er prix de piano du conservatoire de Lille en 1928.

Document P. Balenghien

Dans les années 1920, Pierre a l’opportunité d’ouvrir un deuxième point de vente au 44-46 de la rue Saint Georges ( aujourd’hui : rue du Général Sarrail )

Document b.n.r

Le magasin de la Grande Rue se spécialise en phonographes Pathé Gramophone, et en pick-up. Le magasin de la rue Saint Georges, géré par H. Groiselle, devient le point de vente de pianos.

Pierre doit malheureusement fermer le magasin de la rue Saint Georges au milieu des années 1930, car l’entreprise Leclercq-Dupire, de la rue de l’Hospice, a prévu de raser les 3 ou 4 points de vente nécessaires pour agrandir l’entreprise.

Document collection privée
Document B. Balenghien

En 1933, Pierre De Ruyck est présent au salon de la T.S.F à Roubaix pour exposer les plus grandes marques de radio de l’époque : Philips, Sonora, Pathé etc

Publicité 1933 ( Document Gallica )

Mireille se marie avec Georges Balenghien, en Mars 1936. Pierre De Ruyck, leur propose alors de leur céder le magasin de la Grande Rue. Ils reprennent le point de vente et gardent le nom de l’enseigne De Ruyck qui bénéficie d’une extraordinaire notoriété.

Document b.n.r

Mireille et Georges développent alors fortement l’entreprise dans tous les domaines. Mireille s’occupe de la vente de disques de musique classique en magasin. Georges s’occupe de l’administratif et de la clientèle professionnelle. Il prospecte une clientèle diverse :

– les écoles élémentaires, pour la vente de flûtes à bec de marque « Aulos »

– les églises pour les orgues électroniques à pédalier, pour remplacer les orgues détruits pendant la guerre

– les écoles de musique pour leur proposer des petits accordéons-école en location ( le coût servait d’apport en cas d’achat )

Document collection privée

Mireille et Georges font partie du Hot Club de Jazz de Roubaix. Ils ont l’occasion de rencontrer des musiciens célèbres, comme le clarinettiste Sydney Bechet, le trompettiste Louis Armstrong, le pianiste Claude Bolling, le chef d’orchestre Claude Luter ou le saxophoniste Coleman Hawkins. La photo ci-dessous a été prise, à l’intérieur du magasin de la Grande rue.

Mireille à droite, Coleman Hawkins au centre et Georges derrière lui à sa droite. (document P. Balenghien)

Au début des années 1950, le disque microsillon arrive sur le marché, et remplace le 78 tours. C’est une véritable innovation. Mireille et Georges développent alors fortement leurs ventes de disques en 45 et 33 tours et proposent un choix très important.

En Juillet 1962, Mireille et Georges créent la société « Flandres Disques » grossiste en disques vinyl, ce qui leur permet de développer leurs ventes chez les détaillants et leurs propres confrères de toute la métropole. Leur fils, Bernard, est chargé du développement de cette activité. Georges propose alors, à de nombreux chanteurs et musiciens, de venir au magasin de la Grande Rue pour signer leurs disques. Le public se presse alors pour recueillir un vinyl dédicacé de leur vedette favorite. C’est le cas de Georges Brassens, Gilbert Bécaud, Annie Cordy, Henri Salvador, Albert Raisner, et bien d’autres.

Documents collection privée

Lors d’un concert à Bruxelles, en 1962, Ray Charles est venu à Roubaix avec Jacques Souplet, le bras droit d’Eddy Barclay, pour jouer un morceau de piano avec Mireille, dans le magasin, sous le regard ébahi des passants. Autre anecdote amusante ; un jour, à la fin des années 1960, Dick Rivers entre dans le magasin pour demander à Georges s’il peut lui prêter une sono, pour son concert le soir même, dans une salle de spectacle roubaisienne !

En 1966, Mireille et Georges décident de transformer complètement le point de vente. Ils font appel au cabinet d’agencement de magasins P. Sori à Lille. Pendant les travaux, la vente continue dans un local situé juste en face, au N° 137.

Le nouveau magasin est magnifique. L’immense vitrine permet une exposition idéale des instruments de musique. Sur un tapis rouge, des accordéons, guitares, harmonicas, trompettes, saxophones attendent des doigts agiles pour s’éveiller aux mélodies.

Document Nord Eclair 1967

Tout le rayon disques est exposé sur le mur de gauche. Un choix immense est proposé. Chacun sait que Mireille est musicienne et pianiste ; ses conseils pour le choix d’œuvres de musique classique sont particulièrement appréciés de la clientèle mélomane.

Document Nord Eclair 1967

Au milieu du magasin, trois postes d’écoute mono et stéréo sont installés afin que chaque client puisse écouter au casque et choisir les disques de variété. Au fond, un salon est équipé pour la présentation de chaînes hi-fi de grandes marques pour l’audition de musique stéréophonique.

Georges décède, en 1969, à l’âge de 59 ans. Mireille continue seule l’activité, avec l’aide de 2 de ses enfants. Dans les années 1970, la concurrence des grandes surfaces se fait de plus en plus dure, dans le domaine des disques 45 et 33 tours. En 1976, la société Flandres disques dépose le bilan.

En 1981, Mireille, à 70 ans, prend sa retraite. Le magasin ferme définitivement ses portes. Quelques temps après, le point de vente est cédé et devient une pâtisserie orientale.

Remerciements à Bernard et Patrick Balenghien ainsi qu’aux archives municipales

Roubaix : Une vannerie rue de l’Epeule

Micheline Hoys habite au 96 rue de Rome. Elle est vendeuse chez L. Huclier, pâtissier, situé au 87 rue de l’Epeule. Micheline est satisfaite de son travail, mais a un projet bien précis en tête : celui de s’installer à son compte.

L’occasion se présente au milieu des années 1950, lorsqu’elle s’aperçoit que le pas-de-porte situé en face de la pâtisserie, au 86 rue de l’Epeule, à l’angle de la rue du Marquisat, est à céder. C’était une teinturerie tenue par Mme Delobel. Micheline s’informe, prend contact avec le propriétaire de l’immeuble : la brasserie Salembier, car autrefois  il s’agissait d’un café, siège d’associations de « coulonneux ». Continuer la lecture de « Roubaix : Une vannerie rue de l’Epeule »