La Pâtisserie Rouvillain-Spriet

Pierre Rouvillain naît en 1923, à Roubaix. Ses parents sont commerçants, et tiennent une pâtisserie, au 103 rue Lacroix, à l’angle de la rue Pellart, juste en face de l’église du Sacré Coeur.

document M. Rouvillain

Après son certificat d’études, Pierre devient apprenti en pâtisserie. En 1940, c’est l’exode et Pierre se retrouve à Royan. Il trouve un poste d’apprenti chez R Quantin, un très grand pâtissier de la ville reconnu pour son célèbre gâteau : « L’étoile de Royan ».

document M. Rouvillain

De retour à Roubaix, il se marie, en 1949, avec Noëlla Spriet, la fille de Jules Spriet, boulanger-pâtissier au 125 rue Jules Guesde, à l’angle de la rue du coq Français.

Forts, tous deux, de leur expérience en pâtisserie, Pierre et Noëlla décident de créer leur commerce. Ils reprennent le magasin de rideaux de M. Vandemeulebroucke, au 142/4 Grande rue, pour créer leur pâtisserie en 1949.

document P. Rouvillain

Pierre et Noëlla aménagent le magasin et installent l’atelier de pâtisserie dans l’arrière boutique. Ils habitent à l’étage. Les affaires démarrent doucement, car nous sommes au début des années 1950 : période d’après guerre. Mais leur savoir faire, leur ténacité, et leur sens du commerce vont permettre de développer leur affaire assez rapidement. Noëlla sert les clients, Pierre fabrique ses gâteaux et propose une gamme assez classique de tom-pouce, éclair, carré aux fruits, baba au rhum, saint-Honoré, tartine russe, galette Bruxelloise, sans oublier bien sûr, les fameuses pièces montées, destinées aux communions et aux mariages.

Pièce montée ( document MD. Balenghien )

Pierre se souvient de « L’étoile de Royan » qu’il fabriquait, il y a quelques années, et qui se vendait fortement. L’idée lui vient alors de créer « L’étoile de Roubaix ». Ce gâteau est composé de meringue aux noisettes et de crème pralinée. Pierre apporte une petite touche de décoration avec un peu de massepain de couleur verte et en forme d’étoile. Ce succulent dessert, qu’il fabrique en exclusivité, lui apporte une nouvelle clientèle.

Le « Porte en ville » utilisé pour la livraison de pâtisseries au domicile des clients ( document M. Rouvillain )

Pierre est également confiseur et glacier. Il produit lui même ses glaces à la vanille, fraise, chocolat, etc mais également sa célèbre glace Dijonnaise. Ils proposent à la clientèle des boulots et des baguettes, car ils font office de dépôt de pain pour la boulangerie Dujardin à Roubaix. Ils fabriquent aussi des croûtes de vol-au-vent, car les bouchers-charcutiers de l’abattoir, juste en face, leur passent des commandes pour la fabrication de bouchées à la reine.

document P. Rouvillain

Pierre et Noëlla ne comptent pas leurs heures. Le magasin est ouvert 6 jours sur 7. Ils ferment le soir très tardivement car ils bénéficient de la clientèle des ouvriéres de l’usine Allart qui terminent leur journée à 20h et qui font quelques achats très régulièrement. Noëlla fait entière confiance à cette clientèle fidèle et n’hésite pas à noter leurs dépenses, sur un carnet, pour un règlement toutes les 2 semaines. Le dimanche après midi est bien souvent consacré à l’administratif. Une vendeuse est embauchée à mi-temps, surtout pour les samedi et dimanche matin. Un apprenti pâtissier aide Pierre à l’atelier.Les affaires fonctionnent correctement.

Le magasin et l’habitation ( document archives municipales )

Pierre et Noêlla ont quatre enfants : Patrick, Michel, Bernard et Bruno. Leur habitation à l’étage devient petite. L’occasion d’être moins à l’étroit se présente en 1968, quand la maison voisine se libère. Ils en font l’acquisition.

En 1970, la municipalité modifie la numérotation de cette partie de la Grande rue. Le magasin au 142/4 devient le 144 bis.

Le calendrier 1984 offert à la clientèle, comme chaque année ( document collection privée )

Pierre fait partie de la Confédération des artisans pâtissiers du département du Nord. Il en est le responsable pour les villes de Roubaix et Tourcoing. Des réunions régulières de travail permettent de créer un climat fort sympathique entre les artisans ; ils n’hésitent pas à échanger entre eux, des conseils, des recettes . . .

Pierre Rouvillain à l’atelier ( document P. Rouvillain )
Noëlla Rouvillain au magasin ( document P. Rouvillain )

Pierre et son épouse décident de prendre leur retraite en 1987. Sur la photo ci-dessus, le panneau d’information mural, précise :

Le 20 Octobre 1949, nous ouvrions notre maison avec comme devise « SERVIR » ayant le seul souci de ne jamais décevoir. Le 20 Septembre 1987, nous cesserons notre activité après avoir servi pendant 38 années. Nous vous remercions pour la confiance et l’amitié que vous nous avez accordées.

Ils restent sur place, dans leur habitation. En 1993, ils cèdent le magasin, qui devient : Asiafrica Distribution.

document archives municipales

Remerciements à Patrick et Michel Rouvillain ainsi qu’aux archives municipales.

La rue de l’Alma en 1961

C’est une longue rue très commerçante et animée qui a perdu ses tissages d’autrefois mais le textile reste bien présent avec plus d’une vingtaine d’enseignes et d’entreprises parmi lesquelles des bonneteries, marchands de tissus, tailleurs, marchands de rideaux, de broderies, et autres négociants. Parmi les fabriques, il reste au début de la rue, non loin de son intersection avec la rue du Grand Chemin, la SARL Truffaut et Bony fabrique de coutils au n°8, et à l’autre bout, à deux pas de la rue de Tourcoing, la société textile de l’alma retorderie de rayonne, aux n°229-231.

L’habitat est ancien comme l’indique la présence de courées : côté impairs, le Fort Wattel au 123 le Fort Frasez 139-147, la cour du petit barbier 151-153. Côté pairs la cour Thomas Leclercq au 180, la cour Lefebvre au 204, la cour Carpentier au 218, la cour Decock au 224 bis, la cour Tesse au 238 bis, la cour Lefebvre Lecaillon au 252 et la cour Masson au 278. Près d’une vingtaine de cafés tout au long de son parcours et, proximité de la gare oblige, trois hôtels : hôtel de la poste 53-55, hôtel du commerce 119 hôtel de bruxelles 52.

Tout cela fait de la rue de l’Alma une voie populeuse avec une diversité importante de commerces : côté impairs les cycles Terrot chez Theerlynck 13-15 ; le lavoir blanchisserie automatique du 39, au 65bis Jansoone machines à couper les tissus, Niedergang et fils cycles 69, une pharmacie au 79, les meubles Collet 83, aux 89-91 le cinéma Royal, au105 le bar Royal, l’herboristerie du Fontenoy Dherbomez au 133, le poissonnier du 137, et les meubles Roussel au 239.

Présents de longue date, les Ets Jansoone et le charcutier Tonneau doc BNRx

Côté pairs, Plateau Jusy maroquinier 70-72, Carlier Vogliazzo Produits d’italie au 110, les magasins La Redoute réalisés à la fin des années cinquante aux n°112 à 124 , les chaussures Termeulen 138-140, un poissonnier au 144, les volailles Tonneau du 148, l’horloger Jouvenel aux 154-156, Elle et lui confections aux 162-164, la maison du rideau au 190.

Les « nouveaux » magasins de la Redoute doc BNRx

On dénombre six épiciers, quatre bouchers, trois boulangers, deux pâtissiers, deux poissonniers, trois coiffeurs pour hommes et deux pour dames. La traditionnelle braderie dite du Fontenoy se déroule rue de l’Alma en juillet : de nombreux étals de marchands, riverains et forains sont installés tout au long de la rue de l’Alma, et une foule énorme se presse à cet événement organisé par l’Union des commerçants du quartier. L’après-midi, les bradeux partis, la rue retrouve son aspect habituel mais la manifestation n’est pas terminée pour autant, dans les nombreux cafés, des jeux continuent et le grand prix cycliste vient compléter l’animation.

La braderie de 1961, que de monde ! Photo NE

En 1961, la rue de l’Alma n’est pas encore concernée par les grandes transformations d’urbanisme. C’est une rue commerçante comme peuvent l’être la Grand Rue, la rue de l’épeule, la rue de Lannoy, qui ont fait la réputation de Roubaix, ville de commerce.

Le salon de coiffure Carmen

Carmen Stoltz naît à Roubaix, en 1913, au 50 rue du Marquisat. Après son certificat d’études, elle devient apprentie de 1932 à 1934, chez Mme Lenglez qui tient un salon de coiffure au 86 de la rue de Mouvaux.

Carmen Stoltz ( document P. Van Hove )

Carmen est particulièrement douée pour la coiffure, et souhaite absolument s’installer à son compte. Faute de moyens financiers suffisants, elle décide avec l’autorisation de ses parents, de s’installer au domicile familial, pour commencer son activité, en 1934. Elle se marie, en 1935, avec Maurice Van Hove, messager, qui dirige, avec son frère René, l’entreprise de transports-messagerie Van Hove de la rue de Rome.

Carmen et Maurice ( document P. Van Hove )

Carmen et Maurice trouvent une maison en location au 26 rue de Turenne, en 1935. Ils décident d’installer le salon de coiffure dans la pièce du devant de leur habitation, avec l’accord de leur propriétaire, Mme Balde. Ils récupèrent leur enseigne qui était auparavant sur la façade de la maison des parents.

Carmen Van Hove ( document P. Van Hove )

Dans cette pièce, se trouvent une coiffeuse des années 1930, un fauteuil de coiffeur confortable, deux chaises, un appareil électrique chauffant pour permanentes. Le coffre cache-compteurs sert à présenter les produits de parfumerie proposés à la clientèle. Le salon est séparé de l’habitation par une simple tenture.

Plan du salon

Carmen Van Hove n’utilise pas de publicités pour se faire connaître, car elle ne possède pas le budget nécessaire. Seule, la plaque émaillée, posée à l’extérieur, annonce son salon de coiffure. Quelques cartes parfumées, que l’on appelait à l’époque : cartes « sent bon » sont offertes aux clientes,

( documents P. Van Hove )
cartes parfumées ( documents P. Van Hove )

Carmen investit dans du matériel de coiffure, et en particulier un « appareil à indéfrisable » chez son fournisseur Oscar Matton au 86 rue du Fontenoy ainsi qu’un nouveau sèche cheveux, pour éviter les parasites nuisibles sur la radio de ses voisins.

la coiffeuse et le fauteuil ( documents collection privée )
le bac à shampoing, le broc-arrosoir et l’appareil à indéfrisable ( documents collection privée )

Un des neveux de Carmen se souvient parfaitement des techniques de coiffure de l’époque, car il aidait sa tante, le jeudi :

« Je me souviens que j’étais chargé d’installer le bac à shampoing mobile en inox, derrière la cliente. J’allais remplir d’eau une bouilloire, que je faisais chauffer sur la cuisinière, et quand l’eau était suffisamment chaude, je la transvasais dans un broc-arrosoir, de façon à ce que tante Carmen puisse shampouiner la cliente ( celle-ci était tenue d’amener sa propre serviette de toilette ). L’eau tombait dans un seau que j’allais vider dans le bac des pompes. La permanente terminée, après le passage de la cliente sous le casque, j’étais chargé du nettoyage des bigoudis en séparant le papier, le bigoudi, et l’élastique. »

instruments utilisés par Carmen ( document P. Van Hove )

Après la seconde guerre mondiale, l’état s’organise, et en 1949, Carmen reçoit sa carte officielle de coiffeur pour dames.

( document P. Van Hove )

Dans les années 1960, Carmen investit dans du mobilier et matériel modernes, fauteuil et chaises en inox et skaï, coiffeuse en inox et marbre noir, casque-séchoir plus performant, mais ses techniques de coiffure restent inchangées.

le fauteuil et le casque séchoir ( documents collection privée )

La clientèle est essentiellement locale et familiale ; elle se raréfie car la nouvelle génération est attirée par des salons de coiffure aux techniques modernes et aux amplitudes horaires plus larges convenant davantage à la vie active des clientes.

Les méthodes artisanales de travail de Carmen sont à l’origine de la lente agonie de son salon. Elle n’avait d’ailleurs pas le téléphone pour recevoir les appels de la clientèle ! Elle ferme définitivement son salon à la fin des années 1970 et continue ensuite d’habiter sur place avec son mari.

Le 26 rue de Turenne ( Photo BT 2020 )

De Ruyck

Pierre De Ruyck naît à Roubaix en 1879. Il est passionné de musique ; il fait ses études au conservatoire de la rue de Soubise et obtient un 2° prix de saxhorn, en 1890, puis un 1er prix avec médaille, l’année suivante. Vers 1900, il est nommé directeur de la fanfare l’Espérance de Roubaix et, en 1904, il devient directeur de la fanfare cycliste du Nord Touriste.

Document P. Balenghien
Document Gallica

En 1898, Pierre De Ruyck ouvre un commerce au 128 de la Grande Rue, avec deux activités : un estaminet et un magasin d’instruments de musique. Vu le succès rapide des ventes de pianos, de phonographes et de disques 78 tours, il abandonne le débit de boissons pour se consacrer exclusivement à la musique.

Pierre De Ruyck en costume, au centre ( Document P. Balenghien )
Document collection privée

Pierre De Ruyck met au point la « Méthode Epinette ». L’épinette est un instrument de musique à cordes pincées.

Document P. Balenghien

Mireille De Ruyck naît à Roubaix rue d’Isly, en 1911 ; elle est la fille d’Édouard De Ruyck, le frère de Pierre, et de Marthe Masquelin. Edouard est tué au début de la première guerre mondiale, en 1914, dans les Ardennes. Marthe, la mère de Mireille, se remarie et habite désormais à Tourcoing.

Mireille De Ruyck ( document B. Balenghien )

Mireille fait l’apprentissage des instruments de musique, et en particulier le piano. Elle est aidée par son oncle, Pierre De Ruyck. Elle est particulièrement douée malgré ses légers problèmes auditifs : elle obtient le 1er prix de solfège en 1927  et le 1er prix de piano du conservatoire de Lille en 1928.

Document P. Balenghien

Dans les années 1920, Pierre a l’opportunité d’ouvrir un deuxième point de vente au 44-46 de la rue Saint Georges ( aujourd’hui : rue du Général Sarrail )

Document b.n.r

Le magasin de la Grande Rue se spécialise en phonographes Pathé Gramophone, et en pick-up. Le magasin de la rue Saint Georges, géré par H. Groiselle, devient le point de vente de pianos.

Pierre doit malheureusement fermer le magasin de la rue Saint Georges au milieu des années 1930, car l’entreprise Leclercq-Dupire, de la rue de l’Hospice, a prévu de raser les 3 ou 4 points de vente nécessaires pour agrandir l’entreprise.

Document collection privée
Document B. Balenghien

En 1933, Pierre De Ruyck est présent au salon de la T.S.F à Roubaix pour exposer les plus grandes marques de radio de l’époque : Philips, Sonora, Pathé etc

Publicité 1933 ( Document Gallica )

Mireille se marie avec Georges Balenghien, en Mars 1936. Pierre De Ruyck, leur propose alors de leur céder le magasin de la Grande Rue. Ils reprennent le point de vente et gardent le nom de l’enseigne De Ruyck qui bénéficie d’une extraordinaire notoriété.

Document b.n.r

Mireille et Georges développent alors fortement l’entreprise dans tous les domaines. Mireille s’occupe de la vente de disques de musique classique en magasin. Georges s’occupe de l’administratif et de la clientèle professionnelle. Il prospecte une clientèle diverse :

– les écoles élémentaires, pour la vente de flûtes à bec de marque « Aulos »

– les églises pour les orgues électroniques à pédalier, pour remplacer les orgues détruits pendant la guerre

– les écoles de musique pour leur proposer des petits accordéons-école en location ( le coût servait d’apport en cas d’achat )

Document collection privée

Mireille et Georges font partie du Hot Club de Jazz de Roubaix. Ils ont l’occasion de rencontrer des musiciens célèbres, comme le clarinettiste Sydney Bechet, le trompettiste Louis Armstrong, le pianiste Claude Bolling, le chef d’orchestre Claude Luter ou le saxophoniste Coleman Hawkins. La photo ci-dessous a été prise, à l’intérieur du magasin de la Grande rue.

Mireille à droite, Coleman Hawkins au centre et Georges derrière lui à sa droite. (document P. Balenghien)

Au début des années 1950, le disque microsillon arrive sur le marché, et remplace le 78 tours. C’est une véritable innovation. Mireille et Georges développent alors fortement leurs ventes de disques en 45 et 33 tours et proposent un choix très important.

En Juillet 1962, Mireille et Georges créent la société « Flandres Disques » grossiste en disques vinyl, ce qui leur permet de développer leurs ventes chez les détaillants et leurs propres confrères de toute la métropole. Leur fils, Bernard, est chargé du développement de cette activité. Georges propose alors, à de nombreux chanteurs et musiciens, de venir au magasin de la Grande Rue pour signer leurs disques. Le public se presse alors pour recueillir un vinyl dédicacé de leur vedette favorite. C’est le cas de Georges Brassens, Gilbert Bécaud, Annie Cordy, Henri Salvador, Albert Raisner, et bien d’autres.

Documents collection privée

Lors d’un concert à Bruxelles, en 1962, Ray Charles est venu à Roubaix avec Jacques Souplet, le bras droit d’Eddy Barclay, pour jouer un morceau de piano avec Mireille, dans le magasin, sous le regard ébahi des passants. Autre anecdote amusante ; un jour, à la fin des années 1960, Dick Rivers entre dans le magasin pour demander à Georges s’il peut lui prêter une sono, pour son concert le soir même, dans une salle de spectacle roubaisienne !

En 1966, Mireille et Georges décident de transformer complètement le point de vente. Ils font appel au cabinet d’agencement de magasins P. Sori à Lille. Pendant les travaux, la vente continue dans un local situé juste en face, au N° 137.

Le nouveau magasin est magnifique. L’immense vitrine permet une exposition idéale des instruments de musique. Sur un tapis rouge, des accordéons, guitares, harmonicas, trompettes, saxophones attendent des doigts agiles pour s’éveiller aux mélodies.

Document Nord Eclair 1967

Tout le rayon disques est exposé sur le mur de gauche. Un choix immense est proposé. Chacun sait que Mireille est musicienne et pianiste ; ses conseils pour le choix d’œuvres de musique classique sont particulièrement appréciés de la clientèle mélomane.

Document Nord Eclair 1967

Au milieu du magasin, trois postes d’écoute mono et stéréo sont installés afin que chaque client puisse écouter au casque et choisir les disques de variété. Au fond, un salon est équipé pour la présentation de chaînes hi-fi de grandes marques pour l’audition de musique stéréophonique.

Georges décède, en 1969, à l’âge de 59 ans. Mireille continue seule l’activité, avec l’aide de 2 de ses enfants. Dans les années 1970, la concurrence des grandes surfaces se fait de plus en plus dure, dans le domaine des disques 45 et 33 tours. En 1976, la société Flandres disques dépose le bilan.

En 1981, Mireille, à 70 ans, prend sa retraite. Le magasin ferme définitivement ses portes. Quelques temps après, le point de vente est cédé et devient une pâtisserie orientale.

Remerciements à Bernard et Patrick Balenghien ainsi qu’aux archives municipales

Roubaix : Une vannerie rue de l’Epeule

Micheline Hoys habite au 96 rue de Rome. Elle est vendeuse chez L. Huclier, pâtissier, situé au 87 rue de l’Epeule. Micheline est satisfaite de son travail, mais a un projet bien précis en tête : celui de s’installer à son compte.

L’occasion se présente au milieu des années 1950, lorsqu’elle s’aperçoit que le pas-de-porte situé en face de la pâtisserie, au 86 rue de l’Epeule, à l’angle de la rue du Marquisat, est à céder. C’était une teinturerie tenue par Mme Delobel. Micheline s’informe, prend contact avec le propriétaire de l’immeuble : la brasserie Salembier, car autrefois  il s’agissait d’un café, siège d’associations de « coulonneux ». Continuer la lecture de « Roubaix : Une vannerie rue de l’Epeule »

Roubaix : L’usine dans le velours

Victime de la crise du textile, la manufacture de velours MOTTE BOSSUT, située avenue Motte, dépose son bilan. Elle est mise en liquidation judiciaire en 1982. Le site comportait ce qu’on appelait alors un « magasin d’usine », dont l’enseigne était Shop 228. Ce magasin permettait à l’entreprise d’écouler en direct une part de sa production.

Publicité la Voix du Nord 1978

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Les bijouteries Jouvenel

Jules Jouvenel naît à Bruxelles en 1900. En 1914, suite à la déclaration de la guerre il part en exode à Londres en Anglerterre. Il trouve un travail à Wimbledon, sur le terrain d’aviation : il apprend sur le tas à réparer des tableaux de bord de navigation aérienne, des instruments à aiguilles. Il se passionne alors pour cette activité nouvelle. A son retour en 1919, Jules est bien décidé à créer son commerce. Il se perfectionne dans un atelier d’horlogerie à Roubaix. Il reprend en 1921, le commerce  »A la Gerbe d’Or » d’ Eugène Clauss horloger, bijoutier, opticien au 154 rue de l’Alma.

Jules se marie avec Mathilde. Ils ont deux enfants : Pierre né en 1927 et Jean-Claude né en 1933.

Jules, Mathilde et Pierre en 1927 devant le magasin au 154 rue de l’Alma ( document D. Jouvenel )

Dans les années 1930, Jules Jouvenel développe son commerce de façon importante. Son expérience est reconnue et appréciée de la clientèle. Il vend des marques célèbres, comme les carillons Westminster, mais également les réveils Jaz, les montres Lip et Oméga. Il commence à transformer des vieux bijoux en créations originales.

Publicité 1932 ( document collection privée )

Dans les années 1940, l’aîné des deux garçons, Pierre, devenu adolescent, commence à apprendre le métier. Jules délaisse peu à peu l’activité d’opticien, pour se consacrer à ses deux passions : l’horlogerie et la bijouterie.

la façade en 1950 ( document D. Jouvenel )

L’affaire de Jules et Mathilde se développe fortement, et le manque de place se fait cruellement sentir. L’occasion se présente en 1956, lorsque la maison voisine au 156 de la rue de l’Alma se libère. Jules en fait l’acquisition et transforme complètement le 154 et 156 en un seul point de vente. Les travaux sont confiés à Fernand Rotty 24 ter rue Stephenson. La nouvelle façade de couleur grise et rouge foncé est magnifique.

Le 154 156 rue de l’Alma en 1956 ( document D. Jouvenel )

En 1952, le fils aîné, Pierre, ouvre son magasin à Lys lez Lannoy au 112 rue Jules Guesde.

Tous les ans au mois de Juillet, se déroule la braderie de la rue de l’Alma ; c’est l’occasion de proposer l’ensemble des produits du magasin avec une baisse de prix.

Publicité braderie ( document collection privée )

Jean-Claude abandonne son poste d’employé comptable au tissage Emile Toulemonde, pour aider son père à l’atelier d’horlogerie et se consacrer à temps plein au commerce de ses parents.

Jean- Claude dans l’extension du magasin en 1956 ( document D. Jouvenel )

Jules prend sa retraite à la fin des années 1960. Jean-Claude et son épouse Christine reprennent le magasin de la rue de l’Alma en 1970, et font appel en 1977 à l’entreprise de Christian Dupont à Tourcoing pour un nouvel habillage de la façade du magasin, en couleur gris anthracite et acier.

La façade en 1978 ( document D. Jouvenel )

La 3° génération Jouvenel arrive !

Jean-Claude et Christine ont 5 enfants : 4 garçons et une fille.

Les 4 garçons sont apprentis et apprennent le métier, soit horloger, soit bijoutier et sont prêts à assurer la relève.

La relève en 1978, de gauche à droite : Damien, Christine, Anne-France, Mathilde, Stéphane, Jean-Claude ( document D. Jouvenel )

– Stéphane se spécialise en horlogerie, il passe son diplôme à l’école d’horlogerie de Morteau, il ouvre un magasin au 85 rue de Mouvaux puis part s’installer à Bergues en 1996.

– Xavier diplômé également en horlogerie, reprend le magasin, de son oncle Pierre, du 112 rue Jules Guesde, puis ouvre un magasin quelques années plus tard, à Lannoy au 6 rue des canonniers

le magasin de Lannoy ( Photo BT )

– Damien, après son apprentissage chez un maître joaillier à Lille, s’installe en 1982  »bijoutier en chambre » c’est à dire qu’il travaille en tant qu’artisan-bijoutier à son domicile personnel, rue Léon Marlot à Roubaix. Il crée des bijoux et assure le SAV des bijoutiers roubaisiens : Bousquet et Soyez : confrères et amis.

– Christophe fait des études commerciales, et aide son père Jean-Claude à gérer le magasin de la rue de l’Alma

Publicité commune aux magasins 1988 ( document collection privée )

Dans les années 1990, Jean-Claude et Christine refont complètement le magasin de la rue de l’Alma, intérieur et extérieur, pour un accueil encore plus chaleureux de leur clientèle.

Jean-Claude devient, en 1978, président de l’association des commerçants de la rue de l’Alma.

( documents D. Jouvenel )
( document D. Jouvenel )

En 2002, Jean-Claude et Christine Jouvenel prennent leur retraite. Christophe reprend le magasin de la rue de l’Alma.

La devise de Christophe, c’est : l’expérience au service de la clientèle. Il propose :

– un choix immense de montres avec des marques prestigieuses Festina, Lorus et Bayard

– des bijoux en or garanti 18 carats et non pas 9 carats comme beaucoup de concurrents

– des possibilités de création et de transformation de bijoux

– le rachat d’or au meilleur prix.

( document D. Jouvenel )
Christophe Jouvenel ( document D. Jouvenel )

Damien Jouvenel et son épouse Jocelyne, font l’acquisition en 2001, d’un terrain avenue Gustave Delory à l’angle de la rue Edouard Vaillant, pour y créer leur magasin et atelier. Damien et Jocelyne proposent leurs services de réparation, transformation et création de bijoux sur mesure.

( documents archives municipales et photo BT )
( document collection privée )

Guillaume, le fils de Damien Jouvenel, passe 4 années de formation en bijouterie à Namur en Belgique, puis 3 années à Saint-Amand-Montrond où il obtient le brevet de métier d’art en joaillerie. De retour à Roubaix, il prend le relais de son père qui prend sa retraite, en 2020.

La 4° génération Jouvenel arrive . . .

( document D. Jouvenel )

Jouvenel, c’est un nom, une tradition, un savoir faire, un métier de passion depuis 4 générations, depuis un siècle, puisque l’entreprise a été créée en 1921 à Roubaix.

Le savoir faire familial centenaire !

( document D. Jouvenel )

Remerciements à tous les membres de la famille Jouvenel ainsi qu’aux archives municipales,

La foire de Wattrelos

Entre la disparition du Général de Gaulle et l’ouverture du Auchan Leers, Wattrelos inaugure sa première foire exposition. Wattrelos est alors la sixième ville du département en 1970, avec 45.000 habitants. Elle doit son dynamisme à un équipement industriel important, à la réalisation de grands ensembles de logements, d’établissements d’enseignement, sportifs et socio-culturel. À ses habitants aussi et notamment les commerçants qui prennent leur part de ce développement.

Les six poêliers à l’origine de la foire doc VDN

À l’origine de cette foire, six artisans poêliers souhaitent organiser à l’approche de l’hiver une exposition d’appareils de chauffage : il y a là MM. André et Maurice Cardon, MM. Arthur et Servais Renard, M. René Holvoet, M. Raymond Vandaele. Ils sont accompagnés par M. Dheedenne, commerçant en alimentation, et M. Deroo négociant en meubles. Ils ont sollicité l’autorisation de la municipalité qui s’est montrée plus qu’intéressée puisqu’elle leur a proposé de monter une foire exposition, avec mise à disposition du centre socio-éducatif, les parkings de la rue des Basanos, la rue Gustave Delory. Les exposants se retrouvent rapidement au nombre de quarante quatre, et envisagent une publicité plus importante. Un petit avion d’air service annoncera dans le ciel la tenue de la foire exposition, et des baptèmes de l’air seront offerts aux visiteurs.

la première foire commerciale logo affiche doc NE

Le Samedi 14 novembre 1970 c’est la première foire exposition de Wattrelos, en plein centre de la ville. L’enthousiasme est si grand qu’il n’a fallu que quelques semaines pour mettre au point le détail de ces trois journées. Cinquante exposants, des stands très variés, des jeux, des attractions, des dégustations de toute sorte. À côté des stands des commerçants, on retrouve celui de la Musique Municipale, de l’Amicale des donneurs de sang, de l’union sportive et de la légion étrangère qui détaillent leurs activités pour le public.

Plan de la foire doc NE

On trouve de tout dans cette foire exposition : meubles, rideaux, revêtements de sol, sanitaires, électroménager, de la TV au lave-vaisselle en passant par l’aspirateur. Un stand de droguerie. Habillement, chaussures, vêtements, pulls, articles pour enfants. Concessionnaires automobiles sur le parking des Basanos. Des stands variés : banque, bijouterie, articles de sports, articles de jardin. De l’alimentation : vins, café, fromages et on peut déguster. Des jeux et lots offerts par les marques. La société Butagaz chauffe avec ses appareils les alentours du CSE.

La liste des exposants doc NE

Malgré le temps gris et maussade c’est un succès. Beaucoup de personnalités présentes autour du maire Delvainquière, les maires de Roubaix, Croix, Herseaux, Estaimpuis, se retrouvent pour un vin d’honneur au foyer bar du CSE, après l’inauguration. André Cardon promoteur et animateur est élu président du comté de la foire à l’unanimité. On sait déjà qu’on recommencera l’année prochaine.

L’inauguration par Jean Delvainquière et André Cardon doc VDN