Rue Jules Guesde : entre le boulevard Clémenceau et la rue de la Vallée

Une fois traversé le boulevard Clémenceau, la rue Jules Guesde comporte encore, à la fin de la seconde guerre mondiale de nombreux champs et une ferme importante, côté impair. Celle-ci existait déjà au 19ème siècle et appartenait à la famille Delcroix qui l’exploite encore à l’époque, et ce jusqu’à ce que Françoise Delcroix épouse, en 1964, François Lefranc. Le couple a un fils François-Xavier l’année suivante qui reprendra l’exploitation.

Vue aérienne de cette portion de la rue Jules Guesde en 1946 (Document IGN)

Dans les années 1980-2000, il n’est pas rare de voir la circulation interrompue dans la rue par la traversée des vaches, revenant de leur pâtures dans la rue du Cimetière et débouchant dans la rue par un petit sentier situé entre 2 maisons juste en face de la ferme. Autobus comme automobiles patientent alors de bonne grâce tandis que le troupeau regagne la ferme.

Vues de la ferme à l’époque et en 2023 (Documents Historihem et Google Maps)
Vaches en pâture et leur retour à la ferme et le sentier emprunté pour leur retour en 2008 (Documents Historihem et Google Maps)

Au début du 20ème siècle, au coin de la rue de la Vallée, et tantôt répertorié au n°128 de cette rue ou au n°174 de la rue Jules Guesde, au carrefour des 4 Chemins, se trouve un estaminet. D’abord nommé Au Pinson, il devient ensuite « Aux quatre chemins » et sera tenu par Marcel Walla, avant que Blanche Depresteer n’en prenne la direction dans les années 1960. Le café fonctionne jusqu’au début des années 2000 avant de céder la place à une agence immobilière.

Photos de l’estaminet au Pinson 128 rue de la Vallée, cachet de la Maison Walla et publicité du café Depresteer au 174 rue Jules Guesde (Documents Historihem)
CPA de l’endroit vu vers la Vallée et vu vers Jules Guesde début 20ème siècle et les mêmes vues aujourd’hui (Documents collection privée et Google Maps)

En dehors de l’agriculture, dans les années 1920, peu de commerçants ou artisans sont installés dans la rue Jules Guesde, laquelle porte alors le nom de rue de Lannoy ou encore rue du Petit-Lannoy. Parmi eux on peut citer, au n°68 de la rue du Petit-Lannoy, Henri Liagre, secrétaire de l’UN des Mutilés pour la section d’Hem, mais aussi dépositaire de l’entreprise générale d’électricité roubaisienne Albert Deny.

Carte publicitaire des Ets Albert Deny (Document collection privée)

On trouve également à cette époque la maison Lemenu-Mathon, au n°63 de la rue du Petit-Lannoy, spécialisée dans la peinture, la vitrerie, les décors, papiers peints, les brosses et toiles cirées. L’entreprise est-elle ensuite partie au n°115 de la rue Jules Guesde où on la retrouve dans les années 1950 (voir plus loin) ou bien y a t’il eu un changement de la numérotation au moment où la rue a changé de dénomination, voire plus tard ?

Publicité de la maison Lemenu-Mathon en 1928 (Document collection privée)

Presqu’en face, au n°56 et 58 de la rue du Petit-Lannoy, est alors installé le charpentier menuisier Edouard Bélin, spécialisé en ébénisterie mais aussi cercueils et meubles en tous genres, qui a donné à son entreprise le nom « A la ville d’Hem ». On retrouvera aussi, dans les années 1950, la maison Deffontaine Bélin au n°92 de la rue Jules Guesde (voir plus loin).

Publicité de 1928 « A la ville d’Hem » (Document collection privée)

Puis, dans les années 30, apparaît l’artisan Z.Duhamel, spécialisé en peinture, décors, vitrerie et tapisserie, au n°81 bis de la rue Jules Guesde. On peut suivre le même raisonnement à moins qu’il ne s’agisse d’une simple homonymie, le prénom étant différent, lorsque l’on retrouve une maison du même nom , avec la même activité, dans les années 1950 au n°139.

Publicité de Z Duhamel dans les années 1930 (Document collection privée)

Côté pair, au n°92, dans les années 1940 est installé un charpentier, nommé Deffontaine. De fait la maison Deffontaine Bélin a des activités multiples : charpentier, menuisier, pompes funèbres et meubles. Elle demeure en activité durant plusieurs décennies, cédant la place à la maison Deffontaine Parent dans les années 1970, avant de cesser totalement son activité.

Publicités des années 1960 à 1990 (Documents Nord-Eclair et Historihem)
Photos du commerce dans les années 1980-1990 et après la cessation de l’activité en 2008 (Documents Historihem et Google Maps)

A la même époque le n°97 abrite l’électricien Van Eeckout qui cède la place à l’épicerie Van Eeckout durant la décennie suivante puis à l’épicerie Lietanie Marescaux dans les années 1960 et enfin à l’alimentation générale Hovart dans les années 1980. Actuellement cette adresse n’héberge plus d’activité commerciale.

Publicité et intérieur dans les années 1970, façade du commerce en 2008 et façade actuelle (Documents Nord-Eclair, Historihem et Google Maps)

A la fin des années 40, au n°69, plus exactement dans l’impasse Vandemeulebrouck, s’installe le garage Van den Bruwaene, tenu par Maurice Van den Bruwaene qui est aussi un pilote automobile renommé (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). C’est le garage Delecroix qui prend la suite dans les années 1970 et on retrouve toujours aujourd’hui le garage de Pascal Delecroix au n°63 de la rue et ce depuis les années 2000.

CPA du début du siècle à hauteur du 63 au 69
Photos de Maurice Van den Bruwaene et publicités du garage dans les années 1960 (Documents Nord-Eclair)
Publicités du garage Delecroix dans les années 1980 et photo du garage au n°63 et publicité dans les années 1990 et photo en 2022 (Documents Nord-Eclair, Historihem et Google Maps)

A la même époque l’artisan peintre Lemenu est installé au n°115 où il tient aussi un commerce de droguerie et vend des papiers peints. Prendront la suite les drogueries Deraedt et Lepers dans les années 1960 puis Burlin avant qu’une agence de la banque Société Générale n’investisse les lieux au milieu des années 1970 jusqu’à son déménagement dans la ZAC de la Blanchisserie (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). C’est depuis une agence notariale qui a investi les lieux.

Publicités Lemenu, Deraedt, Société Générale et photos de la banque (Documents Historihem, Nord-Eclair et Google Maps)

Plus loin dans la rue, au n°139, est installé un autre artisan peintre qui tient également un commerce de droguerie et de papiers peints : la Maison Jean Duhamel. La publicité se fait dans les journaux mais aussi à l’aide de portes clés distribués à la clientèle. Dans les années 1980, c’est Jacques Duhamel (le fils) qui occupe les lieux et y exerce son activité de décorateur.

Publicités de Jean et Jacques Duhamel et photo de la façade en 2022 (Documents Nord-Eclair, Historihem, collection privée et Google Maps)

Un marbrier est installé durant la même période au n°150 de la rue : la maison Waulter, qui, jusqu’à la fin des années 1960 fait commerce de caveaux et de monuments funéraires mais aussi de pierres de construction et de cheminées de tous styles. Ses bureaux sont à l’adresse indiquée mais ses ateliers se situent dans l’impasse Lienart toute proche.

Publicités de la Maison Waulter et façade du 150 en 2008 (Documents Nord-Eclair, collection privée, Historihem et Google Maps)

Ajoutons pour être complet la bonneterie Cochez-Beghin au n°129 et la blanchisserie Boussemart au 172 indiquées dans le Ravet Anceau de 1947 à 1949 et qui n’apparaissent plus dans les annuaires de la décennie suivante. Si le n°129 n’a manifestement plus abrité d’activité professionnelle par la suite, un chirurgien dentiste a exercé dans les années 1970 au n°172.

Façades des 129 et 172 en 2008 et publicité d’installation du chirurgien dentiste en 1976 (Documents Google Maps et Nord-Eclair)

Remerciements à l’Association Historihem

A suivre…

La Marque et l’industrialisation de Hem (suite)

Cela commence donc à nuire à la Marque dont l’eau change de couleur et dont les poissons périssent au grand dam des pêcheurs qui vont s’en plaindre à la municipalité, laquelle leur répond que les 2 teintureries, Gabert et Mulaton, assurent du travail et donc du pain à plus de 1000 ouvriers hémois.

Malgré les plaintes et la création d’un consortium d’assainissement la Marque reste donc un égout à ciel ouvert. Il faut dire que l’émulation des capitaines d’industrie explique aussi souvent l’essor des villes et villages. C’est le cas pour Hem où l’industrie est alors le 1er pourvoyeur d’emploi.

La pollution de la Marque face aux impératifs économiques (Document Au temps d’Hem)

L’usine Gabert fermera ses portes en 1987 et sera démolie pour laisser place en 1990 à une zone d’activités abritant essentiellement des petites et moyennes entreprises du secteur tertiaire. Quant à sa voisine, l’usine Meillassoux elle cessera son activité 10 ans plus tard pour laisser place à un supermarché toujours présent aujourd’hui, après plusieurs changements d’enseigne, à savoir le magasin Carrefour.

Photo aérienne de la zone en 2023 (Document Google Maps)

Plus loin encore au centre d’Hem, dans les années 1920, Rémy Lenfant, fils du dernier tisserand à l’otil, déménage sa teinturerie du Robigeux à Willems, dans la rue du Rivage à Hem. Son évolution constante au fil des décennies : revêtements de sièges et tissus d’ameublement dans les années 1950, investissements lourds avec achat d’autoclaves pour teindre le fil dans les années 1960, nouveaux marchés dans les années 1980 permet à cette teinturerie de passer le cap du vingt et unième siècle.

CPA de l’entreprise Lenfant dans les années 1920 et 1990 (Documents collection privée et Historihem)

Les teintureries ne sont pas les seules usines à avoir besoin d’eau et de nombreuses brasseries, distilleries et sucreries s’installent également le long de la rivière. La teinturerie Lenfant s’est d’ailleurs installée dans les locaux d’une ancienne brasserie : la brasserie du Rivage fondée à la fin du 19ème siècle par Henri Delecroix.

CPA de la brasserie du Rivage au début du vingtième siècle (Documents collection privée)

Dans la rue de Lille, à la Citadelle, au n°125, à compter de la moitié du 19 ème siècle on trouve ainsi l’usine de Victor De Clercq qui deviendra ensuite la manufacture Electra laquelle fabrique et vend des produits industriels et matières premières pour la savonnerie et la production d’ apprêts. Le site accueillera ensuite une cuivrerie puis une pharmacie.

Brasserie de la Citadelle au 19 ème siècle et Manufacture Electra au 20ème (Documents Historihem)

Enfin à l’Hempempont la brasserie Leclercq est installée non loin du pont d’Hempempont. Il s’agit de la première brasserie de Hem, née dès avant la révolution française, devenue Leclercq-Taffin puis brasserie Leclercq Frères et qui perdurera jusqu’aux années 1950-60 (fin de la production dans les années 1950 et fin de la commercialisation dans les années 1960).

Papier à en-tête de la brasserie Leclercq-Taffin et CPA des Ets Leclercq Frères (Documents collection privée)

Dès le 19ème siècle, est installée la sucrerie Agache à Hem. En 1860, le constat est le suivant: ses eaux de lavage s’écoulent directement dans la rivière entrainant avec elles la terre et les radicules des betteraves, ce qui entraine une baisse de qualité évidente de l’eau de la rivière. En 1935, le sucre est toujours fabriqué en bordure de la Marque à l’Hempempont sur le territoire d’Annappes.

La distillerie Desprez, puis Bouche-Lambin, est quant à elle installée au dix neuvième siècle dans la rue de la Vallée, au n°120, non loin de la petite Marque. Elle se compose d’un atelier de fabrication avec une machine à vapeur de 15 à 20 CV et des générateurs, d’une cour et d’un bureau d’entreprise. Au vingtième siècle, elle est reprise par Emile Stauven.

La distillerie en 1919 puis la teinturerie dans les années 1930 (Documents Historihem)

Dans les années 1930, le site de la distillerie abritera à son tour une teinturerie, spécialisée en laine peignée, celle de Mr Grulois qui s’installe dans les bâtiments existants avant de les agrandir. Dans les années 1960, le site est assez imposant au milieu des champs qui l’entourent.

Par la suite des activités diverses s’y succéderont et en 2023 7 entreprises d’activités très diversifiées y sont encore recensées sur Société.com. On y trouve en revanche toujours trace aujourd’hui du bâtiment central de l’ancienne distillerie.

Publicité des Ets Grulois et photo aérienne du site en 1962 et photo aérienne du n°120 en 2023 ou l’on constate, peints en blanc, les vestiges de l’ancienne usine (Document collection privée et Google Maps)

Au Robigeux, route d’Hem à Willems, Henri Duboquet exploite quant à lui la source de la petite Marque à partir de 1900 avec un débit de 26 millions de litres d’eau minérale par an : la Willemoise. Cette eau célèbre a un stand à l’exposition internationale de Tourcoing en 1906 . Elle sera distribuée jusqu’à la fermeture de l’exploitation industrielle en 1983.

La Willemoise au Robigeux au début du 20ème siècle (Documents collection privée et médiathèque des territoires)

Au début du 19ème siècle il existe par ailleurs encore plusieurs carrières de sable à Hem dont celle qu’exploite la famille Leclercq sur ses terres d’Hempempont. Mais à la fin du siècle ce sont les briqueteries qui leur succèdent.

On peut citer la briqueterie Briet dans la rue du même nom et surtout la « Briqueterie de l’Entreprise de Roubaix et ses environs », la briqueterie « dite d’Hem » située rue du Calvaire non loin de la Petite Marque. Sa production cessera en 1999 et elle sera démolie à l’aube du vingt et unième siècle..

Vue aérienne de la briqueterie de Hem en 1933 (Document IGN)

Les briqueteries sont fort heureusement inoffensives pour la rivière à la différence des teintureries et des tanneries et pelleteries véritable calamité pour elle et ses riverains. Or il se trouve qu’à la Citadelle, au 95 rue de Lille, est également installée, à la fin du 19ème siècle, la pelleterie de Mr Billaud.

CPA sur laquelle apparaît sur la droite la pelleterie avec sa grande cheminée et un plan de l’usine de 1908 (Documents Historihem)

En l’espace d’un siècle la petite bourgade de Hem a donc changé de visage et l’industrialisation effrénée du la moitié du 19ème siècle à la moitié du 20ème ont laissé des traces indélébiles à sa rivière tout en participant incontestablement à son essor économique.

En témoigne d’ailleurs le géant choisi par la ville pour la représenter à savoir Gustave le Teinturier, né pour la fête nationale de 1911, remis au goût du jour en 1955 et complétement rénové en 1978 avant ses fiançailles en 1994 avec Augustine la Tisserande.

Gustave le Teinturier en 1911 et en 1994 (Documents Atemem)

Un article sur la Marque, nature et ruralité est à découvrir sur notre site, en complément à celui-ci. Différents articles complets sont également publiés sur notre site concernant les entreprises: brasserie Leclercq, brasserie Delecroix (du Rivage), briqueterie de Hem, teintureries Declercq, Gabert, Meillassoux et Mulaton, Remy Lenfant.

Remerciements à l’association Historihem, à la Ville de Hem, ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Tell et Chantal Guillaume pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem et enfin à Paul Delsalle pour son ouvrage sur l’ Histoire de la Vallée de la Marque.

La Marque et l’industrialisation de Hem

Deux rivières traversent la ville de Hem: la Marque, qui matérialise la frontière entre les communes d’Hem et Villeneuve d’Ascq, et la Petite Marque qui rejoint la première, 100m en amont de la RD 700, après avoir traversé en zig-zag la campagne de Hem à Forest/Marque.

Au fil de l’histoire, sur Villeneuve et Forest le paysage reste assez agreste et boisé mais les premières usines apparaissent en bord de rivière et se font plus nombreuses sur Hem où la Marque devient vite urbanisée à compter du 19ème siècle.

Extrait de plan de Cassini reprenant la commune de Hem (Document Historihem)

Si, au Moyen-Age, la rivière dépose des alluvions fertilisantes, par la suite le rouissage du lin et du chanvre s’effectue sur les rives. Il consiste à faire macérer ces plantes textiles afin d’en isoler les fibres utilisables. Il pollue et empeste le voisinage, brûlant la végétation et abimant les sols. Pourtant il persiste à Hem malgré les interdictions et plusieurs parties des anciens lits conservent encore des eaux qui communiquent à ladite rivière.

Exemples de rouissoirs en croquis et en photo (Document ville-aubazine)

Par ailleurs, un siècle plus tard plusieurs particuliers y font rouir en tous temps lins et chanvres ainsi que dans les canaux ou rigoles sans faire des digues pour empêcher la communication, ce qui infecte les eaux et cause un préjudice considérable aux riverains surtout pendant l’été. En effet, l’activité textile apporte une ressource appréciable aux paysans dans la vallée de la Marque et des tisserands à l’otil se lancent dans la confection d’étoffes pour les fabriques de Roubaix.

Les tisserands paysans étaient ainsi dénommés parce que, à l’origine, ils travaillaient avec leur famille à des activités textiles pendant les temps morts des activités agraires. La salle de travail qui abritait le métier à tisser était une pièce bien éclairée (elle comportait 2 fenêtres) et nécessitait une certaine humidité pour éviter que les fils ne se rompent trop fréquemment. Cette salle en terre battue, recouverte de sable, était souvent en contrebas. La maison se composait de 4 pièces : l’ouvroir, la cuisine et deux chambres et s’agrémentait d’un jardin potager.

Exemples de maison à l’otil (Documents Historihem)

Toute la famille y était employée pour produire une toile par semaine. La pièce tissée était conduite en brouette à Roubaix (d’où le terme de « Broutteux ») par les sentiers dont principalement celui qui deviendra le Boulevard Clémenceau. Cette pratique ne va disparaître que progressivement : à Hem, le dernier tisserand à l’otil est Louis Lenfant, installé rue du Calvaire, mort en 1923.

Exemples de métiers à tisser dans les maisons à l’otil (Documents Musée de Tournai)
Les brouettes vers Roubaix (Document Au temps d’Hem)

Au début du 19ème siècle, c’est l’époque des moulins à vent et à eau : Louis Dufermont, meunier possède l’un des cinq moulins à vent de Hem. Un moulin à eau fournit de l’énergie au moulin à farine. Il sert à moudre le grain lorsque le vent se fait rare. La meunerie est située 15-17, rue de Lannoy, le moulin étant sur la berge hémoise.

Cadastre de 1824 avec le positionnement du moulin de Louis Dufermont, meunier (Document Historihem)

En 1867, son descendant, Jules Dufermont, cultivateur et meunier à l’Hempempont, sollicite l’autorisation de se servir des eaux de la rivière pour alimenter une machine à vapeur qu’il se propose d’établir près de son moulin . Mais aucun arrêté n’est alors nécessaire pour obtenir une prise d’eau industrielle et les minoteries remplacent peu à peu les moulins à eau, les riverains jouissant et usant de l’eau à titre gratuit hors partie canalisée de la rivière.

Plan du site Dufermont en 1892 (Document Historihem)

La meunerie (fabricant de farine à destination de la consommation humaine uniquement)  utilise encore le courant de la Marque dans son moulin à eau pour lui fournir son énergie jusqu’à la fin de la 1ère guerre. La meunerie a donc une petite déviation sur la Marque coupée par des vannes et pour les actionner on construit une petite passerelle très étroite et privée.

La minoterie Dufermont (Documents collection privée)

La minoterie Dufermont ou Minoterie Moderne (fabricant de farine à destination de la consommation humaine et/ou de l’aliment pour le bétail) a sa propre marque de farine à base de fleur de froment de qualité supérieure extra qu’elle conditionne en sacs de jute personnalisés : La Souveraine et dont elle fait des publicités couleur alléchantes.

La Souveraine : sac de jute et publicité (Documents collection privée)

La meunerie boulangerie de l’Hempempont publicité et tarifs (Documents Historihem)

Presqu’en face, comme on le distingue sur cette carte postale, dans le fond, durant la deuxième moitié du 19ème siècle, s’installe une fabrique de pannes et carreaux de ciment Jean Agache à l’Hempempont. Puis Henri Dujardin et fils prendront la succession de Jean Agache dans l’usine à vapeur de l’Hempempont. Partiellement détruite elle sera ensuite transformée en beurrerie industrielle : Beurreries du Nord, puis abritera une entreprise de salaison et conserverie : Carnifex, avant d’héberger un hara.

Publicité Lampe-Agache, en-tête d’enveloppe de Dujardin et fils, CPA Beurreries du Nord et publcité Carnifex (Documents collection privée)

Juste à côté précisément à partir du pont de Hempempont une ligne de teintureries s’implante le long de la Marque qui fournit l’eau et permet également les rejets polluants. C’est d’ailleurs la raison du choix de nombre de fondateurs de teintureries qui privilégient la ville de Hem aux dépens de celle de Roubaix, laquelle ne peut répondre aux besoins en eau de ces entreprises. Toutes ces teintureries sont tellement gourmandes en eau que l’eau de la Marque ne va bien vite plus suffire et qu’il va falloir utiliser des forages atteignant une centaine de mètres de profondeur.

Ainsi on trouve juste face au pont dès la seconde moitié du dix-neuvième siècle la teinturerie Declercq. A cette époque les eaux de la teinturerie se déversent journellement dans la Marque « sans avoir été traitées au lait de chaux ni décantées » et les eaux restent noires et infectes. Elles stagnent et des détritus de toutes sortes y surnagent. Le voisinage se plaint d’autant qu’il émane de la rivière des odeurs nauséabondes, et le danger représenté pour la santé publique est pointé du doigt. Cette prise de conscience va entraîner par la suite l’installation de bassins de décantation.

L’usine Declercq 185, rue de Lille à Hem avec sa cheminée toujours présente de nos jours (Document collection privée)

Dans les années 1970, l’entreprise devient la Société Nouvelle Declercq Frères et pratique uniquement l’apprêt de tissus de laine mixte ou imitation ainsi que divers traitements comme le calandrage, le tondage et le rasage des tissus. Juste à la veille du vingt et unième siècle l’usine va fermer ses portes et sera rasée en 2015 pour laisser place à une zone d’activité commerciale et à quelques petites résidences d’appartements.

Photos aériennes de 2009, 2018 et 2022 (Documents Google Maps)

Sa voisine à l’extrémité impaire de la rue de Lille est alors la teinturerie d’Oscar Flament puis teinturerie Flament, spécialisée par la suite dans le battage et la rénovation des tapis sous l’enseigne RenovTapis. Pour être complet il faut aussi citer à l’extrémité paire de la rue de Lille la teinturerie Cocheteux les fils de Donatien.

Teinturerie Flament RenovTapis (Documents Historihem)

Plus loin dans la rue de Lille (actuelle rue du Général Leclerc) s’installent côte à côte, à peu près à la même époque, deux teintureries à l’emplacement actuel du supermarché et de la zone d’activité. Il s’agit de l’usine de teinturerie et blanchiment fondée par Antoine Mulaton, qui deviendra en 1912 Meillassoux et Mulaton, et de sa voisine fondée par Firmin Gabert.

les usines Meillassoux et Mulaton et Gabert en 1947 (Document IGN)

C’est à partir de 1870 qu’apparaissent les colorants chimiques qui donnent une quantité de nouvelles possibilités en remplaçant les produits d’origine végétale ou animale. C’est Frédéric Tellier, fabricant de produits chimiques à Hem, qui approvisionne les 2 teinturiers locaux. Le résultat ne se fait pas attendre.

Le témoignage d’un vétérinaire de l’époque est édifiant: « ayant l’occasion de faire clientèle tous les jours notamment à Hem, j’ai constaté souvent et surtout dans les moments de fabrication (féculerie, teinturerie) l’état stagnant des eaux, détritus de toutes sortes qui y surnagent et odeurs nauséabondes qui en émanent. Le voisinage d’un pareil foyer d’infection est un véritable danger pour la santé publique. Plusieurs bêtes sont mortes suite à l’ingestion d’eaux contaminées. »

La pollution de la Marque (Document Au temps d’Hem)

A suivre…

Remerciements à l’association Historihem, à la Ville de Hem, ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Tell et Chantal Guillaume pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem et enfin à Paul Delsalle pour son ouvrage sur l’ Histoire de la Vallée de la Marque.

Nord-Climatisation (suite)

En 1995, l’entreprise hémoise rachète la société Brillois, spécialisée dans la plomberie, le chauffage et la climatisation, ce qui lui permet d’entrer sur le marché de la climatisation industrielle. La société entre au GIE Les Climaticiens de France, un réseau de 22 entreprises de climatisation à travers l’ héxagone, ce qui lui permet de suivre des clients à la tête de chaînes multiples avec des magasins répartis sur tout le territoire. C’est également l’année de l’ouverture de son agence à Paris où se situe 40% du marché de la climatisation française.

Huit ans après son ouverture, en 2000, l’entreprise hémoise, dirigée par Emmanuel Bayart, PDG, et Etienne Denis, directeur, occupe 55 salariés et s’agrandit. Nord Clim qui réalise des études et installations de climatisation, chauffage, ventilation, extraction et filtration pour les entreprises et les particuliers installe de nouveaux bureaux dans les anciens magasins et construit de nouveaux locaux pour la partie stockage.

Des bureaux dans les anciens magasins en 2000 (Document Nord-Eclair)

La superficie des bâtiments passe à 2000 mètres carrés. Il faut dire que le marché de la climatisation est en plein essor et que la petite entreprise, vieille de plus de 30 ans, fait face à un développement important de son activité. Son chiffre d’affaire a explosé, passant de 44MF en 1998 à 65 MF en 1999.

Un nouveau local de stockage en 2000 (Document Nord-Eclair)

L’inauguration du « Divescope » a lieu au même moment avant son installation prochaine dans les fonds marins à Nouméa. Cet engin a pour vocation de permettre aux plongeurs de contempler tranquillement les coraux et bancs de poissons. C’est une vitrine du savoir faire de la région qui en a réalisé la chaudronnerie, les soudures, mais aussi la vérification, l’usinage ou l’armature. Quant à Nord Clim, elle en a réalisé le traitement de l’air et la climatisation.

Inauguration du Divescope (Document Nord-Eclair)

L’entreprise, qui compte 135 salariés, alors qu’elle avait démarré avec 12 personnes, mise beaucoup sur la formation interne en ce début de vingt et unième siècle. 90% des opérateurs y sont formés directement grâce à une école de formation interne qui s’installe dans la zone de la Pilaterie à Marcq-en-Baroeul. En effet, ce secteur d’activité manque alors cruellement de professionnels compétents.

Chaque années 10 candidats en recherche d’emploi ou en reconversion professionnelle intègrent la formation pour une durée d’un an, répartie en quatre mois de cours théoriques et six mois de terrain, coachés par un employé qui devient alors tuteur de stage. Sept d’entre eux en moyenne sont ensuite embauchés.

L’entreprise sur une pente favorable et un salarié dans l’atelier (Document Voix du Nord)

Lorsqu’elle fête ses cinquante ans en grande pompe, en 2016, à la CCI Grand Lille, Emmanuel Bayart et Etienne Denis forment encore de nouveaux projets pour continuer à innover : développer une climatisation purificatrice qui dépolluerait l’air des pièces et développer son activité parisienne qui pour l’instant ne propose qu’un service de maintenance et devrait, à terme, s’agrandir pour proposer également des installations de climatisation.

Les 50 ans de l’entreprise à la CCI Grand Lille (Document La Gazette)
50 ans et plein de projets ; Emmanuel Bayart et Etienne Denis (Document Voix du Nord)
Le logo en 2016, une montgolfière publicitaire et les véhicules devant l’établissement du 7 allée Gabert à Hem (Documents site internet et Google Maps)

Actuellement l’effectif est composé de 185 salariés en équivalent temps plein dont 150 sont des salariés permanents. L’entreprise dispose d’un parc de plus de 120 véhicules et chaque technicien est équipé d’un outillage complet pour l’intervention sur les circuits frigorifiques.

Le logo, des techniciens et le parc de véhicule à compter de 2020 (Document facebook)

La politique de qualité de Nord Clim lui a permis d’obtenir dès le début des années 1990 une certification Iso 9003 « Assurance de la Qualité » et, en juin 2022, la certification Iso 9001 « Système de Management de la Qualité ». Elle dispose également de 4 qualifications Qualibat auprès de laquelle elle s’est engagée dès 1994 et d’une certification bronze Ecovadis obtenue en 2022.

Certification Iso 9001, qualifications Qualibat, certification bronze Ecovadis (Documents site internet)

Dans son rapport d’activités 2023, intitulé Perpectives, Nord Clim se décrit comme une entreprise à mission depuis 2022. Elle met en avant les valeurs incarnées par toute l’équipe à savoir : performance, engagement, responsabilité et respect. C’est l’une des entreprises incontournables de la zone d’activité du Rivage, sur l’ancien site Gabert (sur l’entreprise Gabert voir un précédent article édité sur notre site).

Extraits de Perpectives et vue aérienne de l’entreprise dans la zone du Rivage en 2023 (Documents site internet et Google Maps)

Nord-Climatisation

En Novembre 1991, la presse locale annonce l’arrivée à Hem, en décembre, de l’entreprise Nord-Climatisation dans la zone d’activité du Rivage, située à l’ouest de la ville, en face de la mairie. Cette société louait jusqu’alors des bâtiments à Tourcoing et a décidé de s’installer sur les lots 2 et 3 de la ZAC, sur 3200 mètres carrés dont 600 mètres carrés de bâtiments, avec ouverture prévue en juin 1992.

Extrait du Ravet-Anceau de 1968 (Document Ravet-Anceau)

C’est Jacques Bayart qui a fondé l’entreprise en 1966, au 161 de la Chaussée Gramme (également appelée Boulevard Industriel), à Tourcoing. A l’époque c’est un pari audacieux car la climatisation en est encore à ses débuts. En effet, suite à l’invention du réfrigérateur au 19ème siècle, c’est un américain, Willis Haviland Carrier, qui est à l’origine, au tout début du 20ème siècle, du premier climatiseur.

Les anciens locaux Tourquennois en 2023 (Document Google Maps)

Il faut dire que Jacques Bayart était un visionnaire, et avant-gardiste puisqu’il avait déjà vingt ans plus tôt, en 1946, dans une région Nord qui, en cette période d’après-guerre, se chauffait encore au charbon, créé sa société de distribution de chauffage au fioul et au gaz, avant d’oser encore et toujours plus…

L’idée, au départ était de diversifier son activité et surtout d’avoir du travail l’été. En effet, son travail de chauffagiste les contraignait, son équipe et lui, au chômage technique à la saison chaude. C’est ainsi qu’il est convaincu de se lancer dans la nouvelle aventure de la climatisation, pari risqué mais qui s’avère attirer finalement rapidement une clientèle de professionnels particulièrement ceux qui commencent à posséder du matériel informatique et ont besoin de refroidir leurs locaux techniques.

A la foire de Lille en 1968, le stand de la société remporte un vif succès, grâce à son slogan : température constante (fraîcheur l’été et chaleur l’hiver) et air purifié. Mr Benoit, promoteur de l’entreprise, y présente toute la gamme des climatiseurs Technobel ainsi que les radiateurs électriques Radial. Etudes et devis précis y sont fournis en vue d’une installation de climatisation totale ou partielle.

Stand de la foire de Lille en 1968 (Document Nord-Eclair)

Emmanuel Bayart succède à son père dans les années 1980, alors que le secteur commercial se montrait à son tour friand de frais. Les magasins de textile et autres points de vente doivent alors eux aussi être climatisés pour supporter l’éclairage qui surchauffe les pièces. Le développement de l’entreprise se poursuit durant la décennie suivante alors que la climatisation se généralise dans les bureaux.

plan de situation de la zone d’activité du Rivage (Document Ville de Hem)

L’entreprise pose également du matériel de chauffage dans des entreprises et des magasins et, dans ce début des années 1990, elle emploie 20 personnes et exporte désormais au Cameroun et au Togo. La mairie de Hem se félicite de l’arrivée de ce nouvel acteur économique qui emploiera 22 personnes lors de son installation rendue possible par une action conjointe des services économiques de la municipalité et du SIAR (Syndicat Intercommunal de l’Agglomération Roubaisienne).

Pose de la première pierre avec Mme Massart maire de la ville en décembre 1992 (Document Nord-Eclair)

Son PDG espère alors continuer à se développer, le déménagement représentant un nouvel élan pour l’entreprise et le terrain choisi permettant des perspectives d’agrandissement. Nord-Climatisation est la première à s’installer dans la zone en Mai 1992 mais d’autres sont attendues et le SIAR (dont c’est le premier dossier à Hem) souligne que la zone d’activité « Le Rivage » est donc un bel exemple économique d’une friche industrielle.

Le discours de Mme Massart maire de Hem et une vue de l’entreprise Publicité de la nouvelle entreprise (Documents Nord-Eclair)

Emmanuel Bayart explique le déménagement de l’entreprise par le fait que Tourcoing était trop excentré par rapport à Lille mais aussi trop petit depuis le doublement du personnel. Par ailleurs il cherchait un environnement approprié car « pour bien travailler il faut être cool » : à Hem il y a de l’espace, des plantes un peu partout, des baies vitrées, un micro-ondes dans la cuisine…L’ambiance souhaitée c’est « travailler un peu à la japonaise, faire des prix mais avec la qualité ».

Emmanuel Bayart explique sa conception du travail et de l’environnement (Document Nord-Eclair)

La société explique alors dans sa publicité avoir travaillé pour les fourrures Kretzschmar-Jean Pierre Cortier à Lille ; il fallait procurer une température agréable en tenant compte d’impératifs différents selon les étages : un air plus chaud en bas et plus froid en haut, et ce en tenant compte des contraintes du bâtiment dont on ne peut modifier ni la structure ni la décoration. De petits climatiseurs sont donc encastrés dans les plafonds chaque zone étant ainsi autonome et pouvant régler son niveau de température par télécommande à infra-rouge.

Publicité pour l’installation réalisée chez Kretzschmar en 1992 (Document Nord-Eclair)

A suivre…

Le Parking (suite)

A l’époque, les publicités faites par l’établissement font état d’un café dineurs qui propose des repas, plats du jour, frites, sandwichs à toute heure et met un billard à disposition de sa clientèle. C’est également le siège sympathisant de l’USH : l‘Union Sportive Hémoise, née de la fusion du club de football du foyer Saint Corneille et du football club de Hem le 16 mai 1964, composée d’équipes de Jeunes et d’une équipe Seniors qui évolue en 3eme division terrienne.

Publicités des années 1960-70 (Documents Historihem)

En 1982, Brigitte Lamarque reprend l’établissement et conserve l’enseigne. Les affaires marchent bien car le café est situé au bord d’une route très fréquentée et elle n’hésite pas à prévoir des transformations pour rendre son café plus accueillant bien qu’on parle déjà d’un projet de voie rapide sur Hem car aucun des tracés pressentis ne lui est défavorable.

En 1985, le projet de l’antenne Sud tombe et en effet représente une aubaine pour Brigitte Lamarque qui y voit une augmentation potentielle de sa clientèle : deux carrefours à feux tricolores sont prévus dont l’un à quelques mètres du Parking. Elle rachète donc la maison et met en œuvre les transformations projetées.

Seuls les 4 murs d’origine restent, la toiture, le plancher et tout l’aménagement intérieur étant entièrement refaits. Le coût total pour le rachat et les aménagements représente 50 millions : un investissement important reconnaît la propriétaire mais pas excessif compte tenu de la fréquentation attendue.

Mme Lamarque devant son café en 1987 (Document Nord-Eclair)

Mais en novembre 1986, c’est « la tuile » : le tracé est modifié et, en lieu et place des 2 carrefours projetés, c’est un rond-point qui va voir le jour à mi-distance. La raison est simple : avec des feux tricolores sur 2 carrefours distants d’une centaine de mètres (l’un avenue Delecroix, l’autre rue du Calvaire), la voie rapide n’aurait plus de rapide que le nom d’après la DDE (Direction Départementale de l’Equipement).

De ce fait Brigitte Lamarque voit son avenir se boucher : au lieu d’être la patronne d’un bistrot prospère au bord d’une route à grand passage, elle risque fort de se retrouver dans quelques mois à la tête d’un établissement fantôme ! La présence du rond-point signifie en effet un défaut d’accès direct à l’établissement et de plus l’avenue Delecroix se terminera en impasse. Quel que soit le sens dans lequel on circule il faudra donc passer par le rond-point et faire un détour dans l’impasse pour aller boire un verre ou manger une crêpe au parking !

Publicité de novembre 1986 (Document Nord-Eclair)
Croquis de l’Antenne Sud coupant l’avenue Delecroix (Document Nord-Eclair)

Qeulle solution dans ce cas ? Brigitte Lamarque sollicite Mme Massart, maire de la ville, ainsi que Bernard Carton, vice-président du conseil général, lequel s’engage à venir visiter le site avec des ingénieurs de la DDE. Mais il est bien évident que le tracé ne sera pas modifié… Brigitte Lamarque propose donc l’aménagement d’un chemin d’accès depuis le rond-point jusqu’à son café sur l’ancienne voie de chemin de fer qui passe derrière chez elle.

Mr Carton rappelle cependant que même si la solution des 2 carrefours à feux tricolores avait été retenue cela n’aurait été que provisoire dans l’attente de la construction d’un pont dès le doublement des voies de l’Antenne Sud effectué. Il rejette par ailleurs l’éventualité de créer un chemin d’accès du rond-point au café.

Il propose donc de favoriser au maximum les facilités d’accès vers ce qui sera bientôt l’impasse Delecroix : en plaçant des panneaux publicitaires fléchant le chemin jusqu’au Parking, en servant d’interlocuteur avec la SNCF, propriétaire des terrains situés derrière le café afin que Brigitte Lamarque puisse éventuellement les utiliser pour y placer des jeux destinés aux enfants et y aménager des aires de pétanque, nouveautés susceptibles de lui amener de nouveaux clients.

La réunion de février 1987 au Parking (Document Nord-Eclair)

Le 31 décembre 1987, c’est la fin d’un établissement emblématique de la ville. L’essentiel du chiffre d’affaires était dû à la clientèle de passage sur cette avenue très fréquentée transformée en impasse avec l’arrivée de l’Antenne Sud. Les panneaux publicitaires proposés lors de la réunion de la dernière chance n’ont donc pas suffi.

L’établissement qui naguère ne désemplissait pas s’est transformé en quelques semaines en établissement fantôme suite à cette simple équation : plus de passage donc plus de clients. On peut maintenant ajouter : plus de clients donc on ferme…Les portes sont closes depuis le dernier jour de l’année 1987, 5 ans après la reprise de l’établissement par Brigitte Lamarque.

Le Parking c’est fini (Documents Historihem)
Photos aériennes de 1975 et 1989 avant et après le rond-point (Documents IGN)

Depuis aucune activité commerciale n’est intervenue dans l’ancien café dineurs. La bâtisse rénovée par Mme Lamarque est à présent à usage d’habitation. Sur les photos ci-après on la reconnaît parfaitement et sur les vues aériennes actuelles, on se rend très bien compte de l’impossibilité d’y recréer son activité commerciale historique.

Photos de la bâtisse actuelle (Documents Google Maps)
Vue aérienne de la zone englobant la bâtisse (Documents Google Maps)

Remerciements à l’association Historihem.

Rue du Docteur Coubronne (suite)

Après guerre le commissariat de police occupe durant peu de temps le n°5 de la rue avant de déménager rue Jules Guesde (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). Le bâtiment est ensuite occupé, à la fin des années 1940, par la bonneterie mercerie Ingelaere puis le tailleur Ellie Ingelaere jusqu’au milieu des années 1970. Le successeur, Mme Henze cède la place à Mme Lesage, spécialisée dans la layette, à l’enseigne Au Poulbot, commercialise également la laine Phildar.

Publicités Ingelaere et Au Poulbot (Documents Historihem, Nord-Eclair et Office Municipal d’Information)

L’institut esthétique « Votre Beauté » leur succède durant les années 1980-90 après avoir un temps partagé le bâtiment avec la mercerie Au Poulbot. Il propose les services classiques : soins, épilation, bronzage mais aussi des idées cadeaux : bijoux, parfums, foulards…Puis l’immeuble abrite l’auto-école Saint Corneille en 2000 et à nouveau des instituts esthétiques « Secrets 2 Beauté », « Graine de Beauté » et actuellement « La belle hémoise ».

Publicité commune Votre Beauté et Au Poulbot, Votre Beauté, et photos de la façade de Graine de Beauté dans les années 2010 et La Belle Hémoise en 2023 (Documents Historihem, Nord-Eclair et Google Maps)

C’est un marchand de tissus, Victor Lemaire, puis son successeur, J. Lemaire, qui s’installe au n°8, durant une vingtaine d’année, jusqu’au début des années 1960. Au milieu des années 1960, c’est le magasin Flor-Cado, commerce de vente de fleurs et cadeaux, tenu par les Doisne-Danjou, qui prend sa place. Au début des années 1970, le magasin est répertorié dans la rubrique épicerie fleurs, puis il disparaît, repris par les Ets Top Beghin qui s’agrandissent encore.

Bon de livraison de 1949 de Victor Lemaire et publicités de Doisne-Lerouge puis Top-Beghin (Documents collection privée et Historihem)

Après guerre également, au 68 rue du Docteur Coubronne, on retrouve, à partir des années 40, et pendant une vingtaine d’années, André Dusquesne et frères, propriétaires d’une fabrique de machines à laver et de bacs pour teinture mais aussi d’une tonnellerie. Puis dans les années 1980, une crèmerie et commerce de volaille s’y installe suivie de la boucherie Au Fin Palais (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). Actuellement l’immeuble abrite le traiteur Fée Maison.

Bon de livraison de 1949 de Victor Lemaire et publicités de Doisne-Lerouge puis Top-Beghin (Documents collection privée et Historihem)

C’est la boulangerie J.Heras puis Dartois qui occupe le n°11 à la fin des années 1950, avant de laisser la place quelques années plus tard aux électriciens et entreprises de TSF de Pierre Florin (revendeur de téléviseurs Clarville) puis Jacques Desurmont. Un salon de coiffure pour dames y ouvre au début des années 1970, tenu par Mme Vermeersch. Puis Mme Mylle, les Ets Debaisieux et ensuite MP Eckhoutte y vendent des journaux, jusque dans les années 1980-90.

Publicités de la boulangerie Dartois puis de Pierre Florin qui s’installe et de la TSF Desurmont, de Mme Myle et des Ets Debaisieux (Documents Historihem et Nord-Eclair)

Puis l’immeuble sera affecté un temps à usage d’habitation avant que, dans les années 2010, ces différents commerces cèdent la place à des salons de Coiffure : Roos and Co de Françoise Roos puis Salut les 60 et Image et Conseil de Lyes Addadaïne. C’est ensuite un opticien qui s’implante dans les lieux et s’y trouve encore à ce jour à l’enseigne La Lunetterie.

Photos et façades de Roos and Co, Salut les 60, Image et Conseil et La Lunetterie (Documents Ville de Hem et Google Maps)

La rue accueille également au n°31 une résidence pour personnes âgées. Le 26 janvier 1980 la première pierre du bâtiment est posée et c’est en 1981 que la Résidence de la Marque sort de terre, modifiant considérablement l’aspect de la rue. La Résidence a fêté son 40ème anniversaire en ce début de décennie 2020.(sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site).

La résidence de la Marque dans les années 1980 en carte postale et actuellement (Document collection privée et Google Maps)

Peu de temps après c’est une salle de sports qui y voit le jour presque en face. En 1982, la première pierre du chantier de construction de la salle Leplat est posée par Jean-Claude Provo, alors maire de la ville, mais c’est Marie-Marguerite Massart, nouvellement élue qui, en 1983, inaugure la salle qui porte le nom d’un ancien maire de Hem, Jean Leplat.(sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). Elle à été démolie en décembre 2023 pour laisser la place à la construction d’un petit bâtiment devant comporter des cellules commerciales au rez-de-chaussée.

La salle Leplat en 2008 et le petit immeuble qui la remplace en construction en février 2025 (Documents Google Maps et photo IT)

Dès 2009, la municipalité décide de créer le jardin des perspectives, au « nouveau cœur de ville », sur 5 hectares entre la rue de la Vallée et la rue du Docteur Coubronne , entre les constructions de « la Vallée 2 ».L’objectif est de relier les anciens et nouveaux quartiers autour d’un espace central fédérateur offrant 2 km de chemins de promenade. Le jardin des perspectives est officiellement ouvert en Octobre 2010, remplaçant les champs qui bordaient la rue du Cimetière.(sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site).

La nouvelle Grand Place d’Hem (Documents Google Maps)

Le jardin est bordé de deux côtés par la rue du 06 juin1944 (ancienne rue du Cimetière) et la rue du Docteur Coubronne sur laquelle il aboutit dans la nouvelle Grand Place de la ville et du dernier par la rue du Tilleul. Le long de celle-ci se situent des maisons individuelles, vers la Vallée, la salle de spectacle Le Zephyr, quelques commerces et un immeuble abritant un commerce au rez-de-chaussée et des appartements à l’étage vers la rue Coubronne.

Vue aérienne du Jardin des perpectives de la rue de la Vallée à la rue du Docteur Coubronne (Document Google Maps)

C’est là qu’Olivier Bartier ouvre son huitième magasin de vélos dans la métropole lilloise en 2021. Sur 300 mètres carrés, il y propose de nombreux cycles, électriques ou non, du matériel et de l’équipement pour toutes les pratiques : VTT, route, vélos de ville. Grâce à son atelier tout équipé le magasin assure également les réparations sur place.

Le nouveau commerce du n°56-58 (Documents ville de Hem et Google Maps)

La rue du Docteur Coubronne reste à ce jour une artère très vivante de la ville même si le passage des décennies a entraîné la disparition de plusieurs commerces. Elle est la rue centrale par excellence puisqu’elle relie à la fois l’ancienne place du village devenue Place de la République à Hem Bifur et puisqu’elle comporte la nouvelle Grand Place de la ville d’Hem.

Vue aérienne du quartier en 2023 (Document Google Maps)

Remerciements à l’association Historihem et la ville de Hem ainsi qu’à Jacquy Deleporte, Christian Teel et Chantal Guillaume pour leur ouvrage Au temps d’Hem.

Le Parking

Au début du 19ème siècle, l’actuelle avenue Henri Delecroix n’est qu’un chemin pavé qui d’une part relie tout droit le château Six à l’église Saint Corneille et d’autre part continue quasiment à angle droit pour devenir le chemin de Hem à Forest. A la fin du siècle la partie coudée est une partie de la route départementale de Saint Amand à Roubaix, tandis que l’autre partie devient l’avenue du Château, rebaptisée ensuite avenue de la Gare début 20ème.

Vue aérienne de l’avenue de la Gare de la place d’Hem à Forest en 1933 (Document IGN)

En effet, le chemin de fer de Tourcoing à Somain la traverse à hauteur du Rivage dans les années 1880, avec un passage à niveau et une halte implantée au point dit « Ronde du Château ». On trouve son appellation actuelle sur un plan de 1953 et elle sera quelques peu modifiée par la création de l’antenne Sud. En effet en 1984, un carrefour sera aménagé en vue de l’implantation de feux tricolores avant la construction d’un giratoire 4 ans plus tard.

CPA de la « gare » prise vers Forest (avec les colonnes du château Six au fond) et de la halte prise vers le centre d’Hem au début du 20ème siècle (avec au fond l’église Saint-Corneille) (Documents collection privée)

Comme le montre la carte postale ci-dessus 2 estaminets sont installés de part et d’autre de la route menant vers Hem afin que les voyageurs puissent se désaltérer : A l’Arrêt de Hem, tenu par J. Lefebvre, sur la gauche et l’Estaminet de la Gare sur la droite. Il reste en effet du chemin à faire à travers champs avant d’atteindre le centre du village.

Ainsi qu’on le voit également sur les deux cartes postales suivantes, hormis les 2 estaminets il y a très peu de bâtiments proches de la halte, aucune gare n’ayant été attribuée à la commune mais un simple arrêt de chemin de fer. Le seul bâtiment qui apparaît nettement avant la barrière est celui qui abrite les forgerons de la famille Roger (père et fils).

CPA de la halte vers Hem, avec barrière fermée ou ouverte (Documents collection privée)

L’Estaminet de la Gare est ouvert en 1887 par Louis Leclercq et repris par Séraphin Debraussere l’année suivante. L’établissement appartient à la brasserie Leclercq et on y achète également des billets de train. L’installation du tissage d’Henri Duprez en 1928, du 48 au 52 de la rue, juste en face de l’estaminet amène sans doute de nouveaux clients. Quant à la ligne de chemin de fer, elle est fermée en juillet 1939 à la veille de l’avènement de la seconde guerre mondiale.

Au cours de celle-ci, le garde barrière Louis Marga, né en 1900, s’illustre dans la résistance, après avoir été soldat lors de la première guerre mondiale alors qu’il était ouvrier des chemins de fer. Il organise ainsi le passage de deux soldats français évadés vers la zone libre puis fin 1942 rejoint le réseau de résistance du War Office avant de se rapprocher du mouvement de résistance Voix du Nord.

Fin 1943, il appartient au Groupe d’Ascq, qui procède à des actions de sabotage. Il place ainsi des explosifs sur la voie ferrée, et participe au déraillement d’un train militaire allemand à Ascq, acte qui entraîne une répression sévère. Il est arrêté par la Gestapo de Lille où il réside alors, interné à la prison de Loos, condamné à mort par le tribunal militaire allemand et exécuté au fort de Seclin au lendemain du débarquement.

Louis Marga et sa femme avant la guerre à la halte de Hem ( Document collection privée)

En 1950, la municipalité décide de rendre hommage à Henri Delcroix, député-maire de la ville pendant un quart de siècle, et à l’origine de nombreuses réalisations : œuvres sociales et projets d’urbanisme, ayant contribué au bien-être de la population hémoise, décédé en avril 1939. C’est l’avenue de la Gare qui est choisie pour porter son nom. L’inauguration a lieu le 1er mai 1950, en présence de nombreuses personnalités et sous la présidence de Jean Leplat, maire de Hem.

Changement de nom de l’avenue de a Gare en 1950 (Document Nord-Eclair)

Dans les années 1940 à 1960, on ne trouve plus trace de l’ancien estaminet de la gare puis en 1961, un cafetier apparaît au 51, avenue Henri Delecroix à savoir O. Canfin suivi de Mme Cl. Cappèle en 1965 jusqu’en 1970, et, en 1971, c’est le café Au Parking qui y est répertorié.

L’ancien Estaminet de la Gare et le 51 avenue Henri Delecroix en 2008 (Document collection privée et Google Maps)
Vue aérienne de l’avenue en 1962 (Document IGN)

A suivre…

Remerciements à l’association Historihem.

Rue du Docteur Coubronne

Au 17ème siècle cette rue, qui joint actuellement la rue Jules Guesde à la Place de la République, n’est qu’une portion d’un simple sentier de terre, impraticable en hiver, permettant le passage des brouettes dont les ouvriers hémois se servent pour porter à Roubaix les pièces de tissus qu’ils ont fabriquées dans leur maisons « à l’otil ». Deux siècles plus tard, elle figure sur le plan cadastral comme une partie de la chaussée de Lille à Hem.

Extrait du cadastre de 1824 (Document archives départementales)

A la fin du 19ème siècle elle est éclairée par des becs de gaz. C’est le sieur Zaingraff qui obtient la concession pour éclairer 4 mois par an de 17h à 23h et se charge de l’entretien des lanternes, de l’allumage et de l’extinction. Peu après, la rue faisant partie d’une route départementale, sa largeur est portée à 11 mètres. Elle prend alors le nom de route de Saint Amand puis, en 1928, elle prend celui du Docteur Coubronne, une personnalité hémoise décédée en 1923. (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site).

Extrait du cadastre de 1824 (Document archives départementales)
La route de Saint Amand vue du centre au début du 20ème siècle en carte postale colorisée et la même rue vue de Hem Bifur à hauteur de Notre Dame de Lourdes (Documents collection privée)

L’école Notre Dame de Lourdes y est construite dès le début du 20ème siècle.(sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). Puis, bien que cette route reliant le centre ville au carrefour d’ Hem Bifur soit encore bordée de champs des 2 côtés dans les années 1930, elle est ensuite très vite riche en commerces et activités de toutes sortes. Le docteur Léon Célestin Coubronne y exerce durant 50 ans au n°59 de la rue tandis que sa voisine du n°61 Rosalie Mulliez est couturière. (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site).

Vue aérienne de la rue en 1933 (Document IGN)
. L’ancien cabinet du Docteur Coubronne et la petite échoppe de sa voisine à la libération de Hem en 1944 (Documents Historihem)

Mme Dupriez y installe ensuite brièvement un salon de coiffure pour dames dans les années 1960, avant de déménager rue du Maréchal Leclerc. Puis les années 1970 voient une agence bancaire y emménager à savoir le Crédit du Nord qui y reste durant une vingtaine d’année avant de céder la place à la clinique vétérinaire du docteur Delforge devenue ensuite Clinique Vétérinaire de la Marque.

Publicité de 1968 de Mme Dupriez, du Crédit du Nord et Façade actuelle de la Clinique vétérinaire de la Marque (Documents Nord-Eclair et Google Maps)

L’estaminet Au beau coin y est installé au n°15, à l’angle de la rue Jules Ferry, et tenu par Lucien Mulliez et Félicie Prévost. Le couple, marié à Lannoy en 1885, a 3 enfants : Blanche-Marie, Jules et Raymond. Ils tiennent l’établissement durant plusieurs années et Lucien décède à l’hospice de Bondues en 1942. Comme souvent l’estaminet abritera ensuite également un réparateur de cycles. Depuis longtemps le bâtiment est revenu à usage d’habitation mais l’on distingue encore sur les briques de la façade rue Coubronne l’ancienne enseigne : Au beau coin.

Le couple Mulliez et 2 de ses enfants et plus tard les tenanciers du Beau Coin en famille sur leur pas de porte (Documents Historihem et collection privée)
La maison un siècle plus tard et un gros plan sur la porte et sur l’ancienne enseigne figurant encore sur les briques de la façade (Documents Google Maps)

Presqu’en face, c’est Jean-Louis Briffaut qui ouvre un café à l’angle de la rue du Cimetière (actuelle rue du 06 juin 1944) et de la route de Saint-Amand (actuelle rue du Docteur Coubronne) à Hem en 1863. L’établissement à l’enseigne « Au Tilleul » est repris en 1874 par Rosalie Jouveneau. Par la suite il deviendra l’Auberge du Tilleul. (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site).

Le café du Tilleul au début du 20ème siècle et l’auberge en 2022 (Documents Historihem et Google Maps)

Au n°4 de la rue Coubronne, juste à côté de l’école Victor Hugo qui se situe sur la Place d’Hem, se trouve une quincaillerie. Cette toute petite échoppe abritera encore la quincaillerie Denonne, qui vend de tout et notamment des articles de ménage, après la seconde guerre mondiale et même jusqu’au milieu des années 1960.

Carte postale comprenant la fin de la place et le début de la rue Coubronne (Documents Historihem)

Comme le montre la carte postale le magasin est installé dans la partie gauche de l’immeuble tandis que le n°2, dans la partie droite, est une maison d’habitation. Au début des années 2000 c’est le coiffeur Sup’hair qui est installé au n°2 et s’y trouve toujours 25 ans plus tard.

Publicité du salon de coiffure en 2004 et photos de la façade en 2008 et 2023 (Documents Nord-Eclair et Google Maps)

L’épicerie Dujardin se situe alors à l’actuel n°9 de la rue. Dans les années 1950, c’est l’épicerie Fardel qui s’y trouve, suivie un temps de la blanchisserie Lesaffre. A la fin des années 1960, la pâtisserie Lesage occupe les lieux avant de céder la place à la lingerie mercerie Lesage que l’on retrouve ensuite au n°5.

Photo de l’épicerie Dujardin au début du 20ème siècle et façade actuelle (Documents collection privée et Google Maps)

C’est au n°6 que Raymond Beghin-Droulez ouvre son petit magasin de droguerie, peinture, décors, vitrerie et décors funèbres. A la fin des années 1950, la droguerie devient une entreprise de pompes funèbres : Top Beghin. Ce commerce, très modeste à l’origine, est devenu une entreprise hémoise très connue (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site).

Publicités de Raymond Beghin (Documents Historihem)
Carte postale reprenant les n°2 à 8 de la rue Coubronne (Document collection privée)
Photos de la façade en 2008, 2012 et 2023 (Documents Google Maps)

Un médecin s’installe dans la rue au n°19. Pendant la seconde guerre mondiale, le docteur André Trinquet fait partie de la résistance. Par ses fonctions de médecin, il a droit à un vélomoteur et à l’essence pour sa voiture, atout considérable pour l’action du réseau auquel il appartient. Pris sur le fait alors qu’il transporte des armes il est arrêté et fait prisonnier à Flossenburg où il décède après 15 jours de détention. L’immeuble a, par la suite, été un temps occupé par les cabinets médicaux des docteurs Charles Delebarre puis Claude Moulin avant de reprendre un usage d’habitation.

Une ordonnance du Dr Trinquet en 1936, la succession des Drs Delebarre et Moulin et l’immeuble abritant son cabinet médical (Document collection privée et Google Maps)
Le Dr Trinquet dans la résistance en bande dessinée (Document Au temps d’Hem)

A suivre…

Remerciements à l’association Historihem et la ville de Hem ainsi qu’à Jacquy Deleporte, Christian Teel et Chantal Guillaume pour leur ouvrage Au temps d’Hem.

Fête de la bière

En 1962, la première fête de la bière à Hem connait un grand succès. Elle est organisée par l’association « Les amis de Beaumont », sous le patronage du journal Nord-Eclair, et vaut le déplacement. Cette association, née avec le nouveau quartier, a pour but d’y promouvoir, toutes œuvres sociales, culturelles et sportives.

Organisation en 1962 de la grande fête de la bière (Document Nord-Eclair)

Ainsi en octobre 1962, la fête débute, le samedi après-midi, sur la place de Verdun, avec un tournoi de pétanque réunissant une vingtaine de triplettes des villes des environs. Puis une coupe est remise aux gagnants par le journal juste avant l’arrivée de la Musique du 43ème RI. Un millier d’enfants se rassemble alors pour participer à une retraite aux flambeaux emmenée à travers les rues principales du quartier par les soldats musiciens qui donnent ensuite un concert sur la place de Verdun.

Illustration du journal (Document Nord-Eclair)

Puis une foule d’environ 2000 personnes participe, sous le vaste chapiteau dressé devant l’église Saint-Paul, à la Nuit de Nord-Eclair et des Amis de Beaumont. L’orchestre Victor Charlier remporte un vif succès durant le bal qui y clôture la journée.

Le grand bal du samedi soir ; disque publicitaire (pour la lessive Viva) de Victor Charlier et son orchestre (Document Nord-Eclair et Discogs)

Le lendemain dimanche, un apéritif concert avec la fanfare Saint-Corneille et un jeune orchestre « les Chahuteurs » ouvre les festivités. Puis, sous le grand chapiteau, la foule assiste à des exhibitions de la section artistique « La Patriote » de Croix et du groupe folklorique polonais de Roubaix avant l’arrivée de la caravane publicitaire suivie du grand orchestre « Die Alte Bayerische Kapelle », rentré d’une tournée triomphale dans les capitales et grandes villes d’Europe.

La grande kermesse se termine ainsi sous le chapiteau animé comme dans les grandes fêtes bavaroises de la bière, au son des danses typiques de Bavière, tandis que la foule déguste choucroute mais aussi sandwiches et frites sous les cotillons. Les musiciens, soucieux de plaire au plus grand nombre font également danser aux spectateurs charleston, twist, valses et tangos.

Annonce de la fête de la bière en 1963 (Document Nord-Eclair)

Forte de son succès, la fête est renouvelée l’année suivante, en octobre 1963, toujours grâce à l’association « Les amis de Beaumont » et cette fois sous le double patronage du journal Nord-Eclair et de Volkswagen, en la personne du concessionnaire G. Beulque de Tourcoing. Le chapiteau est cette année conçu pour recevoir le double de participants.

Au cours de cette fête, qui se veut « comme à Munich », on peut boire des grès d’un litre et d’un demi-litre de bière et déguster de succulentes spécialités munichoises. Quant aux orchestres chargés d’animer la fête, il s’agit de grandes formations spécialisées dans les fêtes de la bière avec leurs joyeux animateurs. Les danses pittoresques du Tyrol alternent avec les danses modernes grâce à la grande formation « Lou Garou et son ensemble show » et Alain Donnez et ses Tonnerres.

Alain Donnez ; Lou garou et son ensemble show (Documents Nord-Eclair)

Ces joyeuses festivités comportent de nombreuses attractions et vedettes surprises. Le samedi, une caravane publicitaire comprenant une vingtaine de véhicules prend la route, musique en tête, pour annoncer la fête de la bière dans les principaux quartiers des villes de Hem, Lannoy, Lys-lez-Lannoy et Roubaix. On peut y admirer notamment toute la gamme des nouvelles Volkswagen du garage Beulque. La caravane se clôture avec le char des bières Setz Braü sur lequel se produit l’orchestre « Die Landliche Blaskapelle ».

Publicité des années 60-70 du garage G. Beulque (Document collection privée)

Malheureusement, en début de soirée, une averse empêche le traditionnel défilé des allumoirs. Puis le soir c’est la Nuit de Nord-Eclair et des Amis de Beaumont avec les deux formations citées plus haut mais aussi un grand orchestre de 25 musiciens : « Die Tiroler Blaskapelle », très applaudi.

L’orchestre Die Tiroler Blaskapelle (Document Nord-Eclair)

L’animateur Serge Desbruyère, de la RTF (Radio-diffusion Télévision Française), monte ensuite sur scène pour féliciter les musiciens bavarois et annoncer le groupe suivant, tandis que, sur la piste de danse, évoluent sans arrêt un bon millier de danseurs. Le bal se clôture avec le groupe des « Dauphins » qui joue des twists pour la jeunesse et les éliminatoires de l’élection de la Reine de la Bière ont lieu en fin de soirée.

Triomphal succès des orchestres bavarois (Document Nord-Eclair)

Le lendemain, dimanche, se déroule la journée de la bière avec 2 formidables orchestres bavarois : « Die Alte Bayerische Kapelle » et « Die Landliche Blaskapelle ». Une assiette géante de choucroute est proposée à la dégustation et de nombreuses attractions ont lieu durant toute la journée. C’est à 21h qu’a lieu l’élection de la Reine de la Bière : Yolande Duchemin. Au total, pour cette année 1963, plus de 6000 personnes sont accueillies tout au long du week-end, faisant de cette fête un franc succès malgré un temps très mitigé.

L’orchestre bavarois en tête de la caravane publicitaire (Document Nord-Eclair)

Les amis de Beaumont font leur publicité dès le début septembre de l’année 1964 pour la nouvelle kermesse de la bière. Forte du succès de l’année précédente et du patronage du journal Nord-Eclair, l’association voit grand pour cette nouvelle fête annuelle et fait installer un chapiteau de 2.000 mètres carrés, pouvant accueillir jusqu’à 3000 personnes.

Publicités pour la kermesse de la bière 1964 et chapiteau installé avec plan pour le trouver (Documents Nord-Eclair)

Le programme est alléchant : le samedi la caravane publicitaire comprend la caravane Nord-Europe et plusieurs commerçants et elle est animée par l’orchestre bavarois « Die Bayerische Bierpot ». Le dimanche le grand orchestre « Die Alte Bayerische Kapelle » participe à la grande journée de la bière suivie d’un apéritif concert avec « les Inconnus ».

Les Inconnus (Document Nord-Eclair)

Dans l’après-midi c’est une succession d’attractions : le ventriloque Fred et son Jacky, des jeux scéniques présentés par Jodel, les clowns Jo et Rico et les Joyeux Compagnons. Puis c’est à nouveau l’orchestre bavarois « Die Alte Bayerische Kapelle » qui revient mettre l’ambiance dans la soirée et faire danser l’ensemble des participants.

Le grand orchestre « Die Alte Bayerische Kapelle » (Document Nord-Eclair)

Après 3 ans d’absence, en 1968, la kermesse de la bière est de retour à Hem, toujours sous le patronage de Nord-Eclair, mais elle se déroule dans la salle des fêtes sur une journée et elle est organisée au profit des écoles privées des villes de Hem et Lannoy. Une grande tombola est organisée avec, comme 1er prix, un réfrigérateur à prendre à l’école Saint Charles de la rue Jules Guesde.

Une partie de l’assistance (Document Nord-Eclair)

A l’heure du midi, un concert apéritif assuré par la Musique de Lannoy remporte un certain succès auprès du public qui se presse nombreux dans la salle, trop petite pour accueillir l’ensemble de ceux qui souhaitent participer. Puis la kermesse bat son plein et fait salle comble avec la participation de l’orchestre bavarois…du Douaisis : « Die Lander Freunde » qui maintient une ambiance extraordinaire jusqu’aux environs de minuit.

La Musique de Lannoy (Document Nord-Eclair)

La fête de la bière hémoise ne survit pas à la décennie 1960 et ce n’est qu’en 2019 qu’une nouvelle tentative est lancée, concomitamment avec les journées du patrimoine, à la ferme Franchomme : le Salon de la Bière. Les deux journées sont conçues pour mettre en avant les micro brasseries du secteur grâce à une expositions, des ateliers et une dégustation.

Affiche de 2019 lors des journées du patrimoine (Document Ville de Hem)

60 ans après la première fête de la bière hémoise, en septembre 2022, sur 2 jours, une nouvelle édition est lancée. Elle a lieu à la ferme Braquaval où s’est installée la brasserie Les Tours du Malt (sur le sujet de la ferme Braquaval voir un précédent article édité sur notre site). Le programme consiste en une visite de la brasserie, un atelier sur le brassage de bière, une vente de bières et de produits dérivés et des jeux flamands.

Affiche de la fête de la bière en 2022 et photos du lieu (Document Ville de Hem et Voix du Nord)

L’événement est renouvelé l’année suivante sur une journée, en Octobre, avec une dégustation et vente de bières locales, ainsi que de cookies aux drèches, céréales issues du brassage, et des jeux flamands mis à disposition des petits et grands. Puis un échange est mis en place avec des brasseurs suivi, en fin de matinée, d’un atelier sur les accords bière et fromage, autour d’un apéritif. Le midi la restauration est prévu au restaurant l’Etable et des foodtrucks sont présents sur le site. Une animation musicale est assurée par un DJ, durant toute la journée qui se clôt par le tirage au sort de la tombola, suivi d’un concert.

Affiche de 2023 et photos de presse (Document Ville de Hem et Vozer)

Il apparaît que depuis le succès triomphal de la fête organisée en 1964, rassemblant plusieurs milliers de personnes, les différents événements qui ont tenté de la faire revivre n’ont pas rencontré le succès escompté. L’absence d’orchestre bavarois à l’animation peut en être l’une des explications.

Remerciements à la Ville de Hem