Après le décès d’Alfonso Catà, Jean Paul Comelin prend alors la direction du Ballet du Nord. En 1991, il présente le « Requiem » ( la messe des morts ) sur la musique de Wolfgang Amadeus Mozart. Ce ballet se veut un hymne pour tous les artistes de la terre. Créée quatre ans auparavant aux Etats Unis, confirmée deux ans après à Roubaix à l’invitation d’Alfonso Catà, cette chorégraphie revient au Colisée en ce mois de Février 1991 avant d’être présentée sur les scènes du monde, de Leningrad, au Canada en passant par de nombreux pays européens. Ce requiem ne marque pas une fin, mais le début d’une nouvelle et riche aventure.




En 1992, Jean-Paul Comelin, avec le peintre Mahdjoub Ben Bella et la costumière Yvonne Sassinot de Nesle, créent « Signatures », une pièce audacieuse, une œuvre tout simplement géniale. En effet, le talentueux Ben Bella réalise chaque soir en 47 minutes une toile de plus de dix mètres de long, en direct, le temps d’une chorégraphie sur scène, alors que les arabesques des danseurs semblent s’extraire de la toile.

Jean-Paul Comelin s’attaque ensuite à un monument de la danse, le ballet le plus représenté dans le monde : « Casse-Noisette ». Il quitte la direction artistique en 1993. La situation financière de la compagnie connaît des difficultés. Un collectif de plusieurs danseurs est alors mis en place pour assurer l’intérim en 1993-1994.
L’augmentation constante des effectifs de l’Ecole du Ballet du Nord et le développement de son projet pédagogique et artistique engendrent la création et l’installation de son activité en 1999, dans les anciennes usines textiles Roussel, situées au 139 rue des Arts, à proximité du Colisée. D’importants travaux de rénovation sont entrepris et financés par la ville de Roubaix.

Pascal Minam-Borier, danseur soliste, puis danseur principal du Ballet du Nord est nommé officiellement directeur de l’école. Ancien enseignant, Pascal cumule depuis 1985, les deux fonctions, danseur et responsable de la formation des élèves. Désormais, l’École bénéficie de 1600 m² d’équipements comprenant quatre vastes et lumineux studios, des vestiaires équipés, une salle d’échauffement, un espace de réunion et de ressources ainsi qu’une tisanerie. Les locaux permettent en plus, l’accueil d’actions pédagogiques à destination des classes de Roubaix, des activités danse des ALSH (centres de loisirs), l’accueil de compagnies en résidence et plus tard l’installation du département Pédagogie de la danse de l’Ecole Supérieure Musique et Danse Hauts-de-France – Lille.


Claude Bartolone, ministre de la ville profite de son passage à Roubaix en 2001, pour visiter les locaux de l’école du Ballet du Nord, en compagnie de René Vandierendonck.


Suite au départ de Jean-Paul Comelin, en 1994 la direction du Ballet du Nord est assurée en intérim pendant un an, par Françoise Adret, co-fondatrice du Ballet Théâtre Contemporain d’Amiens, ancienne directrice artistique du « Lyon Opéra Ballet ». En 1995, Maryse Delente prend le relais de la direction du Ballet du Nord. Arrivant de Vaulx-en-Velin où elle dirigeait sa propre compagnie, Maryse Delente construit à Roubaix, des pièces dramaturgiques et néo-classiques avec un talent artistique incontestable. Roméo et Juliette (1996) sur la musique d’Hector Berlioz, Nous n’irons plus au bois (1998) ou Barbe Bleue (2000) sont créées pour la troupe du Ballet du Nord. Elle signe également une pièce emblématique, Gisèle ou le mensonge romantique, relecture contemporaine de la célèbre œuvre classique du XIXe siècle. Elle soutient l’Ecole, offrant une de ses chorégraphies, Ninna Nanna interprétée de très nombreuses fois par les élèves les plus avancés. Elle accueille également dans la compagnie, des stagiaires issus de l’école qui rejoindront le corps de ballet et démarreront leur carrière professionnelle. Malheureusement sa gestion en ressources humaines est décriée par son équipe et elle quitte le Ballet en 2002.



Jean Guizerix, un ancien danseur de l’Opéra de Paris, prend la direction du Ballet en 2002. Il présente le spectacle « Comme un souffle » et assure le redémarrage de l’activité des danseurs après une période tumultueuse et pour fêter dignement la double décennie du Ballet.

Le Ballet du Nord fête en effet son 20° anniversaire en 2003. Quel chemin parcouru ! Le Ballet aura connu de nombreux épisodes et des coups de théâtre. Il suffit d’évoquer les directions très contrastées pour comprendre que ces 20 années n’ont pas été un long fleuve tranquille. Mais le Ballet s’est forgé une image de choix dans le monde de la danse.

Pour fêter dignement son 20° anniversaire, du 9 au 30 Mars 2003, le Ballet du Nord propose d’exposer au musée de la Piscine, les plus beaux costumes de scène utilisés par les danseurs : des robes de soie, des costumes en velours, des tutus, des perruques, des tenues baroques etc. Le résultat est impressionnant, c’est en quelque sorte une deuxième vie, une deuxième mise en scène que cette exposition offre à ses costumes.

En décembre 2004, Carolyn Carlson est nommée à la direction du Ballet du Nord. D’origine franco-finlandaise et né, aux U.S.A, Carolyn Carlson, danseuse, chorégraphe ainsi que poète et calligraphe, est une grande figure de la Nouvelle Danse Française. Elle a joué un rôle central dans la promotion de la danse contemporaine en France avec le « GRTOP » Groupe de Recherches Chorégraphiques de l’Opéra de Paris, mais également en Italie où elle chorégraphie à La Fenice de Venise durant 11 ans puis en Finlande d’où sont originaires ses parents. Sa notoriété et ses œuvres génèrent un rayonnement de Roubaix sur le territoire et à l’international. Très impliquée sur le territoire, elle redonne couleur et légèreté, apporte de la poésie au CCN devenu incontournable.

La première apparition de la compagnie sous la direction de Carolyn Carlson se fait en juin 2005 au musée de la Piscine de Roubaix dans un mémorable happening, investissant ce lieu emblématique, jusqu’à danser dans la travée d’eau. L’adhésion du public est pleine et entière et ne se démentira pas durant chacune des neuf années de son mandat artistique. Elle signe la chorégraphie de plusieurs œuvres, citons entre autres : Inanna (2005), spectacle fondateur pour son installation au Colisée de Roubaix, cette pièce est une ode à la puissance créatrice instinctive et guerrière ainsi qu’à la sensibilité et aux mystères féminins, Hidden (2007), pièce d’inspiration chamanique, Eau (2008) chorégraphie écologique et contemporaine sur des images d’Alain Fleisher, directeur du Fresnoy à Tourcoing pour la partie scénographie, Mundus Imaginalis (2010) cycle chorégraphique pour musées et galeries d’art qui propose une immersion dans les visions picturales et plastiques qui animent la chorégraphe avec pour sources d’inspiration Schiele, Magritte, Kieffer, Van Gogh, Pollock, Warhol Zao Wou-Ki, Picasso…

La compagnie constitue également pour la chorégraphe une pépinière de jeunes créateurs qu’elle soutient et encourage. Elle investit des lieux improbables pour ses présentations (musées, piscines, friches industrielles, … ). En parallèle, le projet du Colisée s’élargit, à partir de 2004, avec l’arrivée de Bertrand Millet qui y développe un théâtre pluridisciplinaire. Leur, collaboration sera fructueuse.

En 2006, l’œuvre de Carolyn Carlson est couronnée par le premier Lion d’Or jamais attribué à un chorégraphe par la Biennale de Venise. Elle est aussi commandeur des Arts et Lettres et dans l’ordre de la Légion d’honneur. En 2009, Carolyn Carlson accueille une compagnie dont l’équipe du CCN porte la charge administrative : la compagnie Zahrbat du danseur hip hop Brahim Bouchelaghem. Carolyn Carlson compose plusieurs poèmes pour sa création What did you say véritable source d’inspiration pour Brahim Bouchelaghem.

C’est également en 2009, que Carolyn crée « Le Roi Penché » une pièce pour jeune public, imaginée à partir d’un conte écrit par Marie Desplechin, célèbre autrice roubaisienne.
L’Ecole du Ballet du Nord de la rue des Arts est reconnue par le Ministère de la Culture et de la Communication en 2009. Elle devient le département des études chorégraphiques du Conservatoire à Rayonnement Départemental de Roubaix. Ce statut lui permet de former les élèves à partir de la classe éveil jusqu’au cycle 3, soit de l’âge de 5 à 20 ans. Ce parcours de formation initiale permet à chaque élève de choisir son niveau de pratique dans la discipline qui lui correspond (classique ou contemporaine), de l’activité de loisirs à la formation pré-profesionnelle. L’école se produit d’ailleurs chaque année sur la scène du Colisée dans des conditions professionnelles de représentation, faisant appel à des chorégraphes confirmés pour les élèves les plus avancés et présentant des spectacles à destination du jeune public. Elle crée une version du « Sacre du Printemps » avec l’ensemble des 150 élèves, dont la composition retient l’attention de Carolyn Carlson qui souhaitera la proposer au public de la compagnie, en ouverture de soirée lors des 30 ans du CCN.
Carolyn Carlson s’investit d’ailleurs beaucoup dans le programme pédagogique de l’Ecole encadrant des master-class et des ateliers. Elle signe deux pièces pour les élèves de l’Ecole. Plusieurs danseurs désormais dans la troupe, ont suivi l‘ensemble de leur formation à l’école. Carolyn Carlson et Bartabas, écuyer, scénographe, fondateur du Théâtre équestre Zingaro. et directeur de l’Académie du spectacle équestre de Versailles , créent un spectacle un peu fou en 2011 : « We were horses » durant lequel 16 danseurs, 12 écuyers et leurs magnifiques chevaux évoluent sur la piste de façon harmonieuse, avec grâce et élégance. Créée à Bruay la Buissière, la pièce est diffusée à Lyon-Fourvière, Monaco et Paris-La Villette. Elle sera présentée devant plus de 20.000 spectateurs.

En 2014, Carolyn quitte Roubaix pour créer sa propre compagnie : la « Carolyn Carlson Company ». Au cours de ses dix années passées à la direction du Ballet du Nord, son influence et ses succès ont été considérables à Roubaix, sur le territoire français et dans de nombreux pays européens. Elle a joué un rôle clef dans l’éclosion des danses contemporaines.

à suivre . . .
Remerciements à Bernard Vanalderwelt, Robert Pereira, Pascal Minam-Borier et Henri Mayet ainsi qu’aux archives municipales.



































































