En 1894, la Compagnie Nouvelle des Tramways de Roubaix-Tourcoing se substitue à la première du nom. Sa naissance est impatiemment attendue par les roubaisiens qui réclamant à cor et à cris des lignes nouvelles pour compléter les existantes. La municipalité, de son côté, fait pression depuis le début des années 80 sur l’ancienne société, régie par un syndic de liquidation, pour obtenir ces lignes et achever le réseau.
En particulier, elle prévoit dans son cahier des charges une ligne numéro 5 dite de Roubaix à Tourcoing par les boulevards et qui, partant de la grand place de Roubaix et passant par la gare, emprunterait les rues de l’Alma, Saint Vincent de Paul, la rue d’Alsace et le boulevard de la République. Longue de près de 2000 mètres à Roubaix, elle se poursuivrait à Tourcoing par le boulevard Gambetta et la rue Faidherbe pour aboutir à la place principale.

Une communication du maire au conseil municipal établit qu’ en 1895, la ligne est construite et exploitée. La compagnie pose un second fil aérien par souci de sécuriser l’alimentation venue du dépôt du laboureur vers Roubaix et vers Tourcoing avec l’approbation de la ville. Il s’agit « d’alimenter les lignes du réseau de Tourcoing, en même temps qu’à secourir, en cas d’accident, le fil actuel ». Par ailleurs, la voie est doublée dans l’avenue de la Gare dans un premier temps, puis, progressivement, tout le long de son parcours.
Lors de la modification des appellations en 1905, la ligne prend l’indice E.
Partant du terminus situé devant l’église St Martin grand Place, la ligne emprunte, après une large courbe à droite, la toute nouvelle rue de la gare dont on voit l’entrée au premier plan sur la photo.

La voie est toute droite ensuite jusqu’à la gare, suivant l’alignement de la rue.

Après avoir remonté cette prestigieuse avenue, et avant de parvenir à la gare, nous rencontrons une bretelle double permettant l’échange entre les voies dans les deux sens, installée là pour faciliter les manœuvres sur la place.

La ligne parvient alors à la place de la gare que nous voyons sur la photo suivante, prise vers la grand-place. Il faut à ce moment ignorer la raquette qui permet de faire demi-tour devant la gare, et se diriger à droite (à gauche sur la vue suivante) et emprunter la rue de l’Alma après être passé devant le kiosque central.

Nous allons suivre un instant la rue de l’Alma, partageant les rails avec la ligne 1bis, jusqu’au carrefour avec la rue St Vincent que nous prendrons à gauche pour traverser le pont sur le chemin de fer.

L’ouvrage traversé, nous nous trouvons sur la place de la Patrie, face à la rue d’Alsace que nous allons emprunter. Au coin sur la gauche, le débit de boissons, tenu en 1906 par monsieur Parsis, a conservé son état jusqu’à récemment, sous l’enseigne de « la Patrie ». Ici encore, la voie est double et en alignement. Les deux motrices qui se croisent sur la photo tractent chacune une remorque.

Après une longue ligne droite, la voie parvient au croisement avec le boulevard d’Armentières et prend en face le boulevard de la république. L’estaminet qui fait le coin à gauche est avant la première guerre sous la férule de monsieur Baillon. C’est aujourd’hui une agence immobilière. Celui de droite, à l’enseigne « aux deux villes », sous celle de monsieur Vandenbroecke. Il abrite aujourd’hui une pharmacie.

La ligne suit le boulevard de la République, toujours en droite ligne vers Tourcoing. Les alignements d’arbres ont disparu de nos jours. Sur ce parcours, le métro a remplacé le tramway, ce qui prouve la pertinence des choix de tracé faits à l’époque.

La ligne poursuit son chemin, toujours en alignement, jusqu’au quai de Dunkerque et le canal, qu’elle franchit sur le pont de la République, construit en 1874, démoli par les allemands en 1918, et reconstruit en 1922. Il sera de nouveau reconstruit lors de la création de la voie rapide qui a profondément modifié les berges du canal.

La ligne va maintenant pénétrer sur le territoire de Tourcoing.
A suivre…
Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.