Territoire isolé, oublié ente le canal et Wattrelos, l’Entrepont dépend de la paroisse du Sacré Cœur. L’abbé Boussemart est à l’origine du projet de création d’un poste avancé de la paroisse, à l’angle de la rue d’Alger et de la Grand Rue, sur une partie des terrains de la propriété Meillassoux. Ce projet devait comprendre un sanctuaire, un dispensaire et une garderie. En mai 1952, une réunion sur le sujet se tient dans une salle du cinéma Rex. La présentation du projet est faite par M. Charles Julien, président du comité d’érection du sanctuaire, et M. Vanmulen expose le plan des futurs travaux. Tous les habitants du quartier sont sollicités et M. Charles Jullien déclare : « Prouvons que nous existons en donnant l’exemple d’entraide et de camaraderie ».
Les castors de l’entrepont sur le chantier Photo NE
Les matériaux sont chers, aussi pense-t-on à organiser une soirée dansante salle Watremez pour récolter des fonds . Elle se déroula le 29 juin en présence de MM Jules Duquesne député du Nord, Hubert Antoine adjoint, Maurice Crépin président de l’AIPG, Huvelle de la banque Scalbert, et Crinon de l’usine de Mascara. A 17 heures, un bal familial fut donné avec la participation du groupe Rythmic Jazz. En juillet 1952, les castors de l’entrepont mettent à profit les congés payés pour commencer les travaux. Il faut niveler le sol, car il y avait des massifs épais, des arbres, de la végétation. Les castors, adultes bénévoles et motivés, travaillent le soir après leur journée, le samedi, puis pendant leurs congés. Soixante-dix tombereaux de terre seront enlevés avant que la construction puisse commencer. Les castors, dont ce n’est pas la profession, se transforment en terrassiers, puis en maçons. Il y avait là un magasinier, un chef de service d’une importante usine textile, un étudiant, toutes les professions sont représentées, il y avait aussi un maçon authentique qui conseillait tout le monde. Le gros œuvre devrait être terminé pour l’été, avant les premiers frimas, et la construction couverte, pour qu’on s’occupe des aménagements intérieurs.
Photo aérienne du quartier. La Chapelle est le bâtiment en longueur en haut du cliché. Photo IGN
On avait pensé à une chapelle ogivale, ce sera un local qui servira de dispensaire, de garderie d’enfants et de sanctuaire. Le bâtiment fait trente mètres de long sur neuf de large, et couvre une superficie de 270 m². Grâce à un jeu de portes coulissantes, les deux salles n’en feront qu’une pour constituer une chapelle pour la messe. Le dispensaire est confié aux bons soins des religieuses du Très Saint-Sauveur.
Une sœur à l’ouvrage dans le dispensaire Photo NE
En 1961, on apprend par la presse que chaque dimanche à 8 heures 30 un prêtre de la paroisse du Sacré Cœur vient dire la messe à la Chapelle Saint André. La chapelle est simple et claire, décorée d’une fresque rappelant les travaux de chaque jour et la famille roubaisienne. Le dispensaire est ouvert tous les jours et le dimanche matin. Une sœur du Très Saint Sauveur hébergée place de la Liberté, rayonne dans le quartier et donne des soins à domicile. On ne sait pas à quel moment la chapelle Saint André et son dispensaire ont disparu. Les témoignages et les photographies de ce sanctuaire seront les bienvenus. A vos souvenirs !
A l’instar de villes comme Dunkerque ou Calais, Roubaix eut son Minck sur la place du Trichon. C’était un marché aux poissons qui fonctionnait sur le principe de la vente à la criée. Il remplaça un marché aux poissons qui se tenait sur la Grand Place, laquelle n’était pas la grande esplanade que nous connaissons aujourd’hui. Elle se situait aux abords immédiats de l’église Saint Martin, et les exhalaisons de la marée devaient sûrement parfumer les sorties de messe. Quoique n’étant pas une ville portuaire, Roubaix consommait les fruits de la mer au moins depuis la construction du canal, en 1843. Le quai de Lorient fut longtemps le débarcadère des moules de Zélande.
Le Minck à la belle époque CP MédRx
Construit à partir de 1862, le Minck fut ouvert en février 1863. Ce bâtiment était constitué d’une structure en acier abritant la criée, désormais à l’écart du centre. Son éclairage était assuré par des ouvertures garnies de feuilles de verre disposées comme des lames de persiennes, qu’il fallut rapidement protéger de « l’instinct de destruction des enfants», par un treillis en fil de fer.
Le Minck années cinquante Photo NE
Il fut agrandi une première fois en 1881, sa surface carrée de départ devint un rectangle. On ajouta à la salle de criée, un ensemble de vingt quatre tables. Sa surface fut quasiment doublée. En 1885 il y eut des réparations et l’année suivante on pensa enfin à protéger le crieur du Minck, dont les activités et les registres étaient à la merci des conditions atmosphériques. On agrandira à nouveau le Minck en 1887, portant le nombre de tables à 38. On y épanchera régulièrement des tonnes de poissons pour leur livraison aux commerçants. Le marché aux poissons roubaisien fêta dignement son cinquantenaire, le 19 mai 1912, sous l’administration Motte, avec cortège et chars.
La démolition fin 1950 Photo NE
Après la seconde guerre, le développement des livraisons par la route eut raison du Minck. Les marchands de poisson se fournissaient directement aux mareyeurs. Le vieux bâtiment devient un obstacle à la circulation, et sa vieille carcasse est, selon la presse de l’époque, « une provocation à l’esthétique ». En septembre 1950, le principe de sa démolition est acté. En novembre 1950, sa double verrière est démontée, et son squelette d’acier va bientôt disparaître. C’est chose faite en janvier 1951. La place du Trichon y a gagné un petit jardinet, aujourd’hui cerné par les voitures, et ses exhalaisons n’ont plus pour origine le poisson, mais bien les déjections canines.
A la fin des années quatre-vingt, il y avait chez les élus une volonté de décentraliser les services, car il fallait désengorger l’hôtel de ville. Pour une fiche d’état civil, il arrivait qu’on fasse la queue pendant une heure trente. Par ailleurs, le personnel n’était pas polyvalent, on fonctionnait quasiment à un guichet par opération (fiches d’état civil, cartes d’identité,…).
Avant qu’on parle de mairie de quartier, il y eut d’abord l’expérience des mairie-bus en 1989. Le service mobile existait déjà, avec les camions de radioscopie, ou le bibliobus de la médiathèque. Il y avait l’idée de cibler certains quartiers, estimation des besoins, pour une future implantation de mairie annexe.
Le mairie-bus d’Amiens Photo NE
Dans un premier temps, on teste les points de chute, pour savoir quels sont les lieux les plus favorables pour le service à la population. C’est ainsi qu’il y aura neuf points de chute au départ : devant la salle de sports Oran Cartigny, rue du Stand de tir au Carihem, face au centre social des Trois Ponts, devant le magasin l’Usine pour les Hauts Champs, face au centre médico-social du boulevard de Fourmies pour le Nouveau Roubaix, face au supermarché Unico rue Jules Guesde pour Moulin Potennerie, face au magasin Gro de la rue de l’Epeule, face au centre social du Fresnoy Mackellerie, et face à la Madesc rue de Flandre au Cul de Four. Notre témoin se souvient que la permanence de la rue Jules Guesde face au parking Unico n’a pas fonctionné, et on ne l’a pas gardée.
Un nouveau poste avait été créé, celui d’agent pilote. Ce service nécessita que le personnel suive une formation, pour devenir polyvalent, autant pour conduire le véhicule, que pour les démarches administratives, Dans le mairie-bus, il n’y avait qu’un seul agent, il fallait prévoir, les congés, les maladies, les remplacements. On tournait une semaine sur trois, Les autres semaines, on travaillait au cimetière, ou à la comptabilité. Les trois agents pilote de l’époque étaient Bernard Souxdorf, Guy Carlier et Alain Gellé.
Intérieur du mairie-bus Photo NE
Un seul agent donc pour le bus, qui était équipé d’un radio téléphone. A l’intérieur, une salle d’attente, deux banquettes, le bureau de l’employé, une porte pour sortir. Une petite gâchette en cas de souci, et les portes se ferment automatiquement. Pas d’argent dans le bus, on ne traitait que de l’administratif : délivrance de sortie du territoire, certificats d’hérédité, copies certifiées conforme, fiches d’état civil. Pas d’acte de naissance, il n’y avait pas d’informatique à l’époque. On venait passer commande, c’était transmis à l’état civil et les gens recevaient dans les 48 heures.
Le mairie-bus roubaisien Photo Ville de Roubaix
Un an après, le point c’était positif, plus au sud qu’au nord. Restait le problème l’accessibilité pour les handicapés, raconte notre témoin, alors on descendait du bus. Ça a duré de 1989 à 1991 pour le secteur Fourmies. L’arrêt devant le centre médico-social fonctionnait bien. Là on allait pouvoir installer une mairie de quartier.
Le mairie-bus fut encore utilisé lors d’une nocturne pour l’inscription sur les listes électorales. Il stationna à côté de la salle Watremez, où se déroulait un concert de raï. Si on s’inscrivait, on avait une ristourne sur l’entrée du concert. L’opération n’eut pas vraiment de succès : 11 inscriptions seulement ! On ne pouvait pas parler de « merry bus ».
Remerciements à Alain Gellé et Gérard Vanspeybroeck pour leurs témoignages
Le centre médico-social du boulevard de Fourmies Photo NE
La population du Nouveau Roubaix augmente après la construction des HLM de la rue Fragonard. On commence à décentraliser les services. La décision de construction d’un centre médico social est actée en conseil municipal le 15 juillet 1956. Il y aura six centres sanitaires et sociaux à Roubaix : rue de Cassel, rue Decrême, rue Franklin, boulevard de Metz, rue Watt, et boulevard de Fourmies[1].
Le centre sanitaire et social du boulevard de Fourmies fut inauguré le 22 décembre 1962. A l’époque, il abritait le contrôle médical scolaire, la protection maternelle et infantile, un dispensaire de soins gratuits, des séances de consultations de nourrissons. Mme Tacquet-Delcourt fut la première directrice de l’établissement. Il faut ajouter qu’à côté du centre médico-social, il y avait une crèche modèle de 210 lits, et un foyer pour le troisième âge dont l’appellation de l’époque était foyer de vieillards. La crèche et le foyer existent toujours.
La crèche photo NELe foyer du vieillard Photo NE
Avec les années, ce centre médico-social accueillera les activités suivantes : permanence maternelle et infantile, service des vaccinations, visites prénatales, médecine sportive. Il y avait également une permanence de la CRAM (caisse régionale d’assurance maladie). La ville organisait des séances de vaccination obligatoire (diphtérie, tétanos, polio et BCG et tuberculose dans les écoles). Une fois par mois, il y avait une séance de vaccination dans chaque centre. Le centre du boulevard de Fourmies travaillait entre autres médecins, avec le docteur Mercier qui était installé avenue Motte. On procédait à quatre injections, la seconde trois mois après la première, puis la troisième, trois mois après, avec un rappel tous les 5 ans, pour un délai maximum de dix ans. Peu de gens sont à jour ! Le service des vaccinations roubaisien s’est arrêté en 1990, et les vaccinations sont à présent gérées par le Conseil Général.
La consultation des nourrissons en 1963 Photo NE
En 1986, il y avait sept infirmières municipales, deux sur place et cinq qui allaient à domicile, c’était gratuit, du lundi ou samedi, avec un service de garde le dimanche. Ça s’est arrêté en 1990, et il a fallu reclasser ces personnes. Par ailleurs, il y avait deux permanences de la CPAM, et les agents payaient les prestations en liquide. Ça s’est arrêté fin février 2000, faute de visiteurs. Le centre médico-social s’occupait aussi de la médecine sportive : visites médicales gratuites, pour les différents clubs sportifs de football, basket, volley. Les docteurs Ghysel, Seguin, Prévost en étaient chargés. Enfin, une activité importante se trouvait à l’étage : le service de médecine scolaire.
Merci à Alain Géllé, et Gérard Vanspeybroeck pour leurs témoignages
En février 1977, la nouvelle poste centrale n’est pas encore terminée qu’on parle déjà de la nouvelle bibliothèque sur le carreau des halles, un plateau Beaubourg pour Roubaix (sic NE) ! Le samedi 12 février 1977, le Sénateur Maire Victor Provo pose la première pierre du nouvel édifice, dont l’architecte est M. Louis Georges Noviant, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. L’immeuble aura quatre niveaux et surplombera la nouvelle poste. Un vaste patio éclairera les salles de lecture. L’ancienne bibliothèque créée en 1959 cédera la place à la recette municipale.
La pose de la première pierre (Photo NE)
Il y a toujours de l’eau sous la place, c’est pourquoi il n’y aura pas d’installation en sous sol, ce qui était déjà le cas pour la poste. L’ensemble sera soutenu par des pieux forés de 15 mètres de profondeur. Son coût total est de près de 16 millions de francs (part ville 74%, part état 21% département 5%). Victor Provo se dit heureux de voir aboutir un projet qui lui tenait à cœur, et rappelle qu’un lectorat important fréquente l’actuelle bibliothèque. Il conclut avec ces mots : le bonheur est bien souvent dans le livre (.) Je n’ai qu’un seul regret, celui de ne pas avoir assez lu, de n’avoir pas eu suffisamment le temps de m’abstraire des réalités quotidiennes.
Le chantier en septembre 1977 (Photo NE)
Septembre 1977, les travaux avancent bien. La presse donne la description suivante du futur établissement : au rez-de-chaussée, l’accueil, le hall, la salle des journaux et périodiques, le déambulatoire, la salle polyvalente, une courette de service, l’appartement du concierge et l’atelier de reliure. Au premier étage, les salles de lecture, prévues pour 40.000 volumes en prêt direct, le service de prêt, le bureau du conservateur et de son secrétariat. Au deuxième étage, la section enfants, les bureaux de la centrale urbaine et de la conservation, les salles de manutention et de préparation, ainsi que celle du fonds régional. Enfin au troisième, des bureaux, une discothèque, une médiathèque, l’appartement du conservateur, les magasins et dépôts et le foyer du personnel. Ascenseurs et monte livres complètent l’équipement.
Le nouveau et l’ancien bibliobus (Photo NE)
Mars 1978, en attendant l’ouverture, un nouveau bibliobus est présenté à la presse. Les travaux seront terminés fin 1978, et l’ouverture au public est annoncée à Pâques 79. Quelques chiffres à l’ouverture du nouvel établissement : 9366 inscrits, 6478 adultes et 1377 adolescents, 1511 enfants. 7689 roubaisiens, et 1677 provenant de communes extérieures. Le fonds contient 105.288 livres, 5421 disques et 424 cassettes. Dans les nouveaux locaux, il y a un auditorium avec cellules individuelles et casques. Personnel à l’ouverture : Melle Bertrand, conservateur dispose d’une équipe de 40 personnes.
A la sortie de l’inauguration (photo NE)
L’inauguration se déroulera finalement le 18 mai 1979. La nouvelle bibliothèque est une maison de béton et de verre dont l’entrée principale donne sur la rue Pierre Motte, avec deux entrées secondaires sur la rue du Château. Deux façades vitrées donnent sur la rue, un patio central donnera davantage de lumière. On parle d’un nouveau forum culturel, car la nouvelle bibliothèque sera intégrée à un futur ensemble piétonnier. Elle offre de la place, des salles d’animation, notamment pour l’heure du conte, et une salle d’études pour élèves accompagnés par leurs enseignants.
Le centre culturel (Photo NE)
Le directeur du livre au ministère de la culture et de la communication, M. Jean-Claude Groshens préside, avec M. Paraf Préfet, Victor et Jean Claude Provo, le nouveau maire Pierre Prouvost. Pour l’occasion, première exposition dans la salle polyvalente : 156 gravures de nus de Picasso !
L’augmentation des activités postales fait qu’il est question dès les années soixante, de construire un nouvel hôtel des postes. En effet le bel immeuble construit en 1927 ne suffit plus pour accueillir les tâches ordinaires, à savoir le tri, le départ et l’arrivée de courrier, les paquets, les guichets, le téléphone, auxquelles se sont ajoutés les chèques postaux, les virements, la vente par correspondance. Plus de trente millions de catalogues expédiés en 1963 ! En janvier 1964, on apprend que la Direction Départementale des PTT a jeté son dévolu sur la Place des Halles, pour une surface de 4.500 m². Entretemps le centre du transit du Lido s’est installé en août 1964 et occupera le terrain repéré jusqu’en 1973. Une fois démonté, ce centre commercial provisoire accueillera quelques démonstrations commerciales et circassiennes.
L’annonce du projet Photo NE
Puis le projet de poste centrale refait surface, et le début des travaux est annoncé pour le 24 mars 1975 pour une durée de 18 mois. Finalement le chantier est ouvert début mai. Cent vingt pieux de béton ont été réalisés pour soutenir l’édifice, et les bâtisseurs ont du creuser à plus de vingt mètres pour trouver un sous sol stable. Rappelons qu’autrefois le Trichon et les douves de l’ancien château étaient situés à deux pas de l’endroit. La construction va pouvoir commencer et on attend l’ouverture pour la fin de l’année 1976.
Vue aérienne du chantier Photo NE
Les travaux prendront un peu plus de temps. En avril 1977, le bâtiment est terminé et on annonce l’ouverture pour l’automne.
Ouverture à l’automne Photo NE
Le nouvel hôtel comporte deux étages, et se présente sous la forme de deux ailes en équerre. La façade principale est orientée vers la rue Pierre Motte. A l’intérieur, côté usagers, sont prévus quinze guichets et vingt cabines téléphoniques.
Intérieur de l’hôtel des postes Photo NE
Finalement le nouvel hôtel des postes est ouvert au public le lundi 12 décembre. Il emploie à cette époque quatre cents agents, et se classe au 2ème rang d’importance de la région. Dès avant l’ouverture, le receveur déplore les conditions d’accès : un nouveau plan de circulation et l’absence de parking ne contribuent pas au bon fonctionnement de la nouvelle poste. Le maire de Roubaix lui répond que c’était à l’administration des PTT de prévoir un parking souterrain dès la construction de l’édifice.
Vue du chantier en 1977 Photo NE
Pour l’instant, les usagers roubaisiens utilisent l’espace situé devant la poste, mais ce parking sauvage va bientôt disparaitre, car la nouvelle bibliothèque est en voie de réalisation. Puis le secteur sera remodelé, avec des problèmes récurrents de l’époque à Roubaix, le stationnement et l’accès piétonnier.
Il y a quarante ans débutait le chantier d’un bâtiment abritant une institution bien connue des roubaisiens, l’hôtel des impôts de la rue Charles Fourier. L’idée était dans l’air depuis quelques temps et on avait imaginé de construire sur l’ancien emplacement du Lido, place des Halles, un nouvel hôtel des postes et un nouvel hôtel des impôts. Mais ce fut une médiathèque qui côtoya bientôt les murs des nouveaux locaux de l’administration postale. Il est vrai que le centre des Impôts et du Trésor public avait pris lieu et place de l’ancienne bibliothèque située n°22 grand place. Mais les services fiscaux réclamaient des locaux plus adaptés.
La situation en 1962 : en 1 l’usine Boulangé, en 2 le centre médico-social, en 3 le terrain du futur hôtel, en 4 l’immeuble Ternynck, dit la Banane Photo IGN
Une nouvelle opportunité se présente pour les services de l’Etat, avec la vente par la ville d’un terrain, qui se situait derrière ce qu’on appelait encore à l’époque le centre médico social du boulevard de Fourmies, aujourd’hui la mairie de quartier est. Sur ce terrain important se trouvaient autrefois des jardins ouvriers.
L’emplacement derrière le centre médico-social Photo NE
On prévoit d’y bâtir un immeuble à quatre niveaux, qui accueillerait les 180 fonctionnaires dont la fonction est de desservir les localités du canton de Lannoy. Le chantier débute à l’été 1974. Et l’ouverture est annoncée pour février 1975. L’article de journal indique que les autobus des lignes 15 et 26 desservent régulièrement ce quartier.
Le chantier début 1975 Photo NE
Cet hôtel des impôts accueille les contributions directes et indirectes, l’enregistrement et les recettes, et la totalité des services fiscaux roubaisiens. Ce regroupement de services évitera aux roubaisiens les aller et retours entre le n°8 de la rue du Curoir, où se trouvait le service des contributions directes et le n°27 rue du vieil abreuvoir où se trouvait le service de vérification générale des impôts et la recette municipale. Mais désormais et comme toujours, ils n’auront garde d’oublier l’échéance du dépôt de la déclaration, et celle du paiement du tiers.
C’est en janvier 1928 que M. Robert receveur principal, fait l’ouverture du nouvel hôtel des postes au public. Imposant par sa taille son style néo-flamand et par la dimension de ses services, cet immeuble accueillait les derniers perfectionnements de la science de l’époque : ascenseurs puissants, monte-charges électriques, monte-télégrammes pneumatiques, toboggans pour la descente du courrier…Il comportait une vaste salle pour l’accueil du public, et derrière les guichets une grande salle pour le tri du courrier par les facteurs. Un service de boîtes postales digne d’une grande ville, environ un millier, une salle de six cabines téléphoniques ouverte jour et nuit, une salle de télégraphe. L’immeuble est vaste ce qui contraste fort avec l’ancienne poste de la rue du Curé.
L’hôtel des postes, peu après son ouverture Collection Médiathèque de Roubaix
On sait dès l’année 1967 qu’il est question de construire une nouvelle poste sur l’emplacement de la place des Halles, à l’époque occupé par le Lido, centre de transit entre la rue de Lannoy et le futur centre commercial Roubaix 2000. La ville souhaite transformer le grand immeuble postal en centre culturel, où s’installeraient la bibliothèque municipale, des salles de conférence et de réunion au deuxième étage, un musée au troisième, et le musée du folklore au quatrième. Petit bémol, les édiles de l’époque préfèrent parler de conservatoire des arts et traditions populaires. Les amis du Musée qui militent depuis longtemps pour un établissement de ce genre, relancent leurs appels pour enrichir le fond et annoncent déjà des animations telles qu’expositions de peinture, section philatélie…
La poste des années cinquante Collection Médiathèque de Roubaix
L’accord pour construire une nouvelle poste intervient en avril 1970, mais c’est seulement en 1975, soit deux ans après le démontage du Lido, que l’on reparlera de construire une autre poste, qui ouvrira le lundi 12 décembre 1977. La question du devenir de l’ancien bâtiment reste donc posée. Donné à la ville en l’échange des terrains nécessaires à la construction du nouvel bâtiment postal, ce bâtiment a besoin de travaux d’aménagement. La ville pense en faire à ce moment une maison des associations locales. En mars 1980, c’est toujours une friche administrative. On sait le montant des travaux d’aménagement, près d’un million et huit cent mille francs, et la ville a entrepris de faire restaurer la toiture. Les projets sont toujours les mêmes : carrefour pour les associations, centre de développement culturel, pouvant accueillir divers groupements artistiques, comme la compagnie de marionnettes de Jacques Vincent. Puis on parle de l’aménager en mini centre tertiaire, dont les bureaux seraient rétrocédés à des sociétés privées. En octobre 1980, le projet d’aménagement en maison des associations est retenu pour un concours organisé par l’état via le ministère de l’environnement intitulé architectures publiques.
Sont alors envisagés une salle de réunion de 150 places, une salle d’exposition, un centre de documentation et d’information, une cafétéria, des salles banalisées à la disposition des associations, des locaux affectés à des associations ayant des besoins particuliers (photo, audio visuel, poterie). L’état finance 50% de l’étude et si le projet est retenu, le fonds d’aménagement urbain participerait à hauteur de 35%. Si la ville s’est engagée dans l’étude, elle ne l’est pas pour les travaux. Le bâtiment étant en très mauvais état, il n’est pas impossible que la ville le revende.
L’hôtel des postes devenu IUT Photo Michel Farge
Les travaux de rénovation commencent en 1982 par la réfection de la toiture et ils se termineront en septembre 1984. A cette date, malgré une capacité d’accueil potentielle de 45 associations, la municipalité d’André Diligent estime que trop peu sont intéressées à l’occuper, il est donc décidé d’accueillir les étudiants de l’Institut Universitaire de Technologie C de Lille II (carrières juridiques, judiciaires et techniques de commercialisation), créé en 1974 à Villeneuve d’Ascq. Une aubaine pour Roubaix, qui est la capitale de la vente par correspondance. Les premiers étudiants en Management de la Distribution arrivent en décembre 1985. C’est en novembre 1986 que le ministre de l’éducation nationale de l’époque René Monoury viendra visiter un IUT de 500 étudiants sous la conduite de son directeur, Monsieur Werrebrouck.
L’action se situe fin des années 40, début des armées 50. Le M.P.F (Mouvement Populaire des Familles) devenu M.L.P. (Mouvement de Libération du Peuple) puis M.L.O. (Mouvement de Libération Ouvrière) crée les A.F.0 (Association Familiale Ouvrière), puis l’A.P.F. (Association Populaire Familiale), association déclarée légalement en Préfecture dans la cadre de la loi 1901. Ces associations sont habilitées pour créer et gérer des services qu’elles peuvent mettre à la disposition de leurs adhérents. C’est ainsi qu’ont démarré les premières Maisons de Vacances Populaires. Partant du principe que ce qui était trop cher pour une famille ouvrière (coût des locations par rapport au pouvoir d’achat) devenait possible quand un certain nombre de familles se groupaient et acceptaient d’accomplir ensemble pour ne pas alourdir les coûts de gestion : entretien de la chambre, épluchage des légumes, nettoyage de la vaisselle, entretien des parties communes…
Affiche du Mouvement Populaire des Familles Source Bibliothèque de Lyon vu sur Internet
Au début des années 1950, nous avons appris que des militants MLO de la région de Roanne Loire), avaient lancé pour leurs adhérents APF, un service de machines à laver le linge. L’idée était que cet ustensile qu’on n’utilise pas tous les jours, acheté en commun, pouvait servir par roulement. Nos copains de la Loire nous ont donné pas mal de tuyaux sur la façon dont ils avaient monté ce nouveau service. Nous nous sommes inspirés de leur expérience et en novembre 1952, une première machine à laver Hoover démarrait à Wattrelos, un commerçant nous ayant consenti un paiement étalé pour ce premier achat et les suivants. Dans les quelques mois qui ont suivi, plusieurs machines ont été mises en service. Nous étions organisés en Inter-APF (6 ou 7 communes), l’initiative a été vite colportée. En juin 1953, les militants ayant lancé ce service se retrouvèrent pour faire le point. On s’est aperçu qu’une trentaine de machines étaient en service, achetées pratiquement chez le même commerçant dans des conditions plus ou moins bien définies (les militants n’étant pas tous des familiers de la comptabilité).
Les machines en location Publicité allemande site Hoover
Cette réunion a permis de prendre des décisions en commun : d’abord, élaborer un règlement avec souche signée par l’usager, spécifiant que le service était réservé aux adhérents A.P.F, sinon nous risquions d’être considérés comme commerçants, donc, passibles de payer des impôts et taxes. Les machines étaient véhiculées sur des chariots faits sur mesure, sur lesquels était attachée une boite contenant le cahier où la responsable avait inscrit les noms et adresses des utilisateurs de la machine pour la semaine ; également une petite boite où chacun mettait sa participation (1 franc) après chaque lessive. Certains militants étaient quelque peu réticents sur ce dernier point, craignant des vols d’argent, mais nous avons voulu prouver que la classe ouvrière savait respecter les biens collectifs. Pour dire vrai, à l’usage, il faut constater que les quelques « soustractions » qui ont pu se produire, représentent une infime quantité. Autre décision importante, Henri Brunin (comptable de profession) a proposé de prendre toutes les dettes que chacun avait chez notre même fournisseur ; en contrepartie, chacun lui remettrait ses recettes, décision acceptée par tous, ce qui nous a permis de nous mettre d’accord avec notre vendeur, qui ne demandait pas mieux d’avoir un seul interlocuteur. Les dettes, épongées, nous ont permis d’avoir des conditions d’achat plus intéressantes. D’autres APF avaient laissé le choix de la marque aux usagers, mais les frais de dépannage étaient évidemment plus élevés. Puis, s’est posé la question de l’entretien et de la réparation du matériel qui finissait par devenir cher (nous avions même acheté une machine de dépannage). Mon activité artisanale n’ayant pas encore son plein régime, j’ai pu m’occuper, à mi temps, de ce travail (disposant de téléphone, voiture, outillage nécessaire). Le nombre de machines augmentait sans cesse (près de 100), plus quelques aspirateurs, cireuses et même machines à tricoter, il a été utile d’avoir l’aide, également à mi temps de Lucien Delvarre. En 1963, ce dernier a pris la responsabilité complète de ce service dépannage.
écrit par Maurice Morelle
Je prends la relève pour la suite de cette aventure. A noter, le travail des responsables de machine : d’abord le bouche à oreille, puis contact avec les militants, lancement d’une réunion chez la responsable (déjà bénévole, elle payait même sa lessive !) : explications, présentation du service et de son fonctionnement, bonne volonté de chacun pour que ça tourne. La machine partait le lundi matin et ne revenait qu’en fin de semaine. Les services étaient généralement le matin et l’après midi, il est arrivé que des gens travaillant à l’extérieur fassent un troisième tour le soir (costaude la machine Hoover !). Au fur et à mesure de la progression de la demande, des négociations ont été engagées pour obtenir des prix de gros et la livraison de pièces détachées pour pouvoir « retaper » les machines en récupérant des pièces. Cette gestion intelligente a permis de contribuer à l’achat de la Maison Familiale de Sangatte. (la boucle est bouclée !). Il faut souligner la coopération militants/ responsables/ usagers sans laquelle on n’aurait pas pu réaliser cela, ainsi que l’adhésion jumelée APF/MLO qui permettait de dépasser le simple point de vue « usager de machine ». Toutes les campagnes MLO, planification, enseignement, consommation, presse, élections, ont été répercutées dans les « circuits » de machines à laver.
Les atouts de cette réussite de gestion ouvrière étaient la cohésion géographique (toutes les villes se touchent), donc, communication rapide, le potentiel militant hérité de la J.O.C/M.P.F, et au plan national une structure solide. Les grandes questions d’actualité étaient étudiées avec des moyens pédagogiques : panneaux, livrets « Etudes ouvrières », guide du présentateur. Tout cela était exposé et discuté dans les grandes journées de militants (généralement pendant un dimanche entier. . . mais oui !). Puis les gens retournaient dans leurs secteurs pour lancer des réunions d’information. Je l’ai dit, un public de choix était constitué des usagers de machine, invités par la responsable, donc bien connue, ce qui facilitait les échanges. Il y a des usagers qui sont devenus responsables (de machine), il y a des responsables qui sont devenus militants (es). Les discussions qui ont eu lieu avec l’apport du journal « Vie Populaire » ont permis à pas mal de gens d’approcher et de soutenir le combat que nous menons.
Ecrit par Lucien Delvarre en décembre 2009, avec un hommage particulier à Henri Brunin, aujourd’hui disparu, pour le boulot qu’il a réalisé. Contribution à l’HISTORIQUE DES SERVICES COLLECTIFS MENAGERS DE L’INTER – A.P.F. DE ROUBAIX ET ENVIRONS 1952 – 1968
Merci à Lucien pour la communication de ces deux textes
Dix ans après sa création en 1949, la maison de l’enfance des Trois Baudets est progressivement devenue un véritable centre social accueillant. Le taux de fréquentation est élevé, et l’on commence à refuser du monde, d’autant que l’habitat s’est développé, du côté des Hauts Champs, où l’on envisage de créer le même type d’établissement, car les installations d’équipements collectifs se trouvent éloignées de ce quartier…
Chantier de construction de la maison de l’enfance des Hauts Champs, futur centre social Photo Nord Eclair
C’est en avril 1962 que commence la construction d’une maison de l’Enfance pour les Hauts Champs, première réalisation sociale communautaire, desservant Hem et Roubaix, sur le territoire d’Hem, derrière le bâtiment 12 (La Grande Barre). C’est le comité de gestion des centres sociaux dans les quartiers neufs qui fait bâtir, dont la présidente est Mme Albert Prouvost, épouse du Président du C.I.L. L’immeuble est bâti de plain-pied et présente trois corps de bâtiments reliés par des corridors.
Vue aérienne de 1964, on distingue les trois corps de bâtiment du centre social près de la grande barre Photo IGN
Quelles sont ses activités ? D’abord il y a un service social, déjà une assistante sociale de la Maison de l’Enfance des 3 Baudets y est détachée, et un service médical avec soins à domicile. Puis on y trouvera un centre d’enseignement ménager, qui prépare le CAP. C’est celui des 3 baudets qui déménage, et qui à ce moment là, comptait 40 élèves. Il y aura aussi un cours de couture pour fillettes, jeunes filles et mamans, qui aura lieu le jeudi. Pour l’instant, pas de bibliothèque, ni de consultation de nourrissons, il faut encore aller aux 3 Baudets. On pense à innover : un cercle de loisirs est créé pour les jeunes, qui disposeront d’une vaste salle pour un ciné club, des réunions sportives ou culturelles. Dans un autre local plus petit, il y aura un club philatélique, des cours de musique, de bricolage.
Cette Maison de l’Enfance des Hauts Champs est d’abord conçue comme un complément harmonieux de celle des 3 Baudets. Elle prend le nom de centre social des Hauts Champs et fonctionne à partir de l’année 1964, sous la tutelle des Maisons de l’Enfance. En 1969, sa gestion est autonome, et il devient un centre social à part entière le 1er janvier 1971.
Cours de coupe couture au centre social Photo Nord Eclair
En 1972, sa directrice est alors Madame De Winter, et dans un quartier sans mairie, sans bureau de poste, de commissariat de police, de salle de spectacle ou encore de terrain de sport, le centre social tente de remédier à toutes ces lacunes. Il propose alors un centre de soins, un bureau de sécurité sociale, une bibliothèque. Il forme les femmes à la cuisine, la couture et à la puériculture. Il y a des cours de français, de secourisme, de la gymnastique volontaire, des kermesses, des fêtes familiales. En 1972, six cents familles sont adhérentes au centre (la carte d’adhésion : cinq francs par an).