La Chapelle Saint André

L'église du Sacré Cœur Coll Particulière
L’église du Sacré Cœur Coll Particulière

Territoire isolé, oublié ente le canal et Wattrelos, l’Entrepont dépend de la paroisse du Sacré Cœur. L’abbé Boussemart est à l’origine du projet de création d’un poste avancé de la paroisse, à l’angle de la rue d’Alger et de la Grand Rue, sur une partie des terrains de la propriété Meillassoux. Ce projet devait comprendre un sanctuaire, un dispensaire et une garderie. En mai 1952, une réunion sur le sujet se tient dans une salle du cinéma Rex. La présentation du projet est faite par M. Charles Julien, président du comité d’érection du sanctuaire, et M. Vanmulen expose le plan des futurs travaux. Tous les habitants du quartier sont sollicités et M. Charles Jullien déclare : « Prouvons que nous existons en donnant l’exemple d’entraide et de camaraderie ».

Les castors de l'entrepont sur le chantier Photo NE
Les castors de l’entrepont sur le chantier Photo NE

Les matériaux sont chers, aussi pense-t-on à organiser une soirée dansante salle Watremez pour récolter des fonds . Elle se déroula le 29 juin en présence de MM Jules Duquesne député du Nord, Hubert Antoine adjoint, Maurice Crépin président de l’AIPG, Huvelle de la banque Scalbert, et Crinon de l’usine de Mascara. A 17 heures, un bal familial fut donné avec la participation du groupe Rythmic Jazz. En juillet 1952, les castors de l’entrepont mettent à profit les congés payés pour commencer les travaux. Il faut niveler le sol, car il y avait des massifs épais, des arbres, de la végétation. Les castors, adultes bénévoles et motivés, travaillent  le soir après leur journée, le samedi, puis pendant leurs congés. Soixante-dix tombereaux de terre seront enlevés avant que la construction puisse commencer. Les castors, dont ce n’est pas la profession, se transforment en terrassiers, puis en maçons. Il y avait là un magasinier, un chef de service d’une importante usine textile, un étudiant, toutes les professions sont représentées, il y avait aussi un maçon authentique qui conseillait tout le monde. Le gros œuvre devrait être terminé pour l’été, avant les premiers frimas, et la construction couverte, pour qu’on s’occupe des aménagements intérieurs.

Photo aérienne du quartier. La Chapelle est le bâtiment en longueur en haut du cliché. Photo IGN
Photo aérienne du quartier. La Chapelle est le bâtiment en longueur en haut du cliché. Photo IGN

On avait pensé à une chapelle ogivale, ce sera un local qui servira de dispensaire, de garderie d’enfants et de sanctuaire. Le bâtiment fait trente mètres de long sur neuf de large, et couvre une superficie de 270 m². Grâce à un jeu de portes coulissantes, les deux salles n’en feront qu’une pour constituer une chapelle pour la messe. Le dispensaire est confié aux bons soins des religieuses du Très Saint-Sauveur.

Une sœur à l'ouvrage dans le dispensaire Photo NE
Une sœur à l’ouvrage dans le dispensaire Photo NE

En 1961, on apprend par la presse que chaque dimanche à 8 heures 30 un prêtre de la paroisse du Sacré Cœur vient dire la messe à la Chapelle Saint André. La chapelle est simple et claire, décorée d’une fresque rappelant les travaux de chaque jour et la famille roubaisienne. Le dispensaire est ouvert tous les jours et le dimanche matin. Une sœur du Très Saint Sauveur hébergée place de la Liberté, rayonne dans le quartier et donne des soins à domicile. On ne sait pas à quel moment la chapelle Saint André et son dispensaire ont disparu. Les témoignages et les photographies de ce sanctuaire seront les bienvenus. A vos souvenirs !

Sources Nord Éclair, IGN

Le marché des Halles s’en va au Pile

Après la démolition des Halles en 1956, on parlait du déplacement du marché de demi-gros depuis 1961. La rue de la Halle avait en effet conservé cette activité de « ventre de Roubaix » puisqu’elle était constituée des cellules commerciales des grossistes en fruits et légumes, beurre, œufs et fromages. Son activité se déroulait régulièrement de trois heures à huit heures du matin, avec une dizaine de grossistes sur place et la présence de grossistes forains, de deux à quarante selon les saisons.

Les Halles du côté de la rue de la Halle qui conserva un temps une partie des activités CP Méd Rx
Les Halles du côté de la rue de la Halle qui conserva un temps une partie des activités CP Méd Rx

Mais la restructuration du centre-ville, et notamment la construction du nouvel hôtel des postes, fait que les conditions de fonctionnement de ce marché sont de plus en plus difficiles, faute de surface de stationnement.  On se met en recherche d’un autre emplacement et c’est dans le quartier du Pile, rue de Valenciennes, que seront reconcentrées les activités qui s’étendaient sur les 130 mètres de la rue de la Halle. Meilleurs espaces, possibilité de conservation des denrées périssables sont les plus de ce nouveau projet de marché.

Les travaux rue de Valenciennes Photo NE
Les travaux rue de Valenciennes Photo NE

Les travaux commencent le 15 avril 1982 et devraient s’achever début octobre. Reste alors à penser la signalétique de ce nouveau Marché d’Intérêt Local consacré aux fruits et légumes. Début septembre, on se prépare au déménagement pour les nouveaux entrepôts du Pile. Les grossistes sont en plein creux du mois d’août, et ils signalent que le commerce baisse à cause du dépeuplement de Roubaix. Les nouveaux locaux seront plus spacieux et les commerçants seront plus à l’aise pour travailler. Mais ils voient aussi les inconvénients, comme les charges qui seront plus importantes que dans la rue de la Halle. Six grossistes sur les huit à demeure vont déménager car les conditions de fonctionnement seront meilleures : pas d’heure limite pour la vente, pas de couloir de bus, donc un meilleurs accès pour les automobilistes. Dernier bémol, l’isolement du Pile par rapport au centre-ville.

L'inauguration du Marché d'Intérêt Local Photo NE
L’inauguration du Marché d’Intérêt Local Photo NE

Le 5 octobre 1982, c’est fait, le marché des fruits et légumes est installé au Pile, près de la gare du même nom. Les commerçants évoquent les qualités de ce nouvel emplacement : ils travaillent à l’abri, avec un éclairage suffisant. Le MIL (marché d’intérêt local) a redémarré ses activités au Pile, avec de bons résultats. L’inauguration officielle aura lieu le même mois : Pierre Prouvost, maire de Roubaix, se félicite de la mise en œuvre de ce nouveau marché, qui va redonner vie et animation au secteur du Pile, et qui va permettre la rénovation de l’îlot délimité par la rue de la Halle, le boulevard Leclerc et la rue Pierre Motte.

Le Marché du Pile en activité Photo NE
Le Marché du Pile en activité Photo NE

 

Sources : Archives Municipales de Roubaix, Presse Locale

 

 

 

Boulevard de Fourmies : l’union des commerçants

Le boulevard de Fourmies a toujours été très riche en commerces de proximité. Les commerçants y font des opérations de promotion, mais, jusque dans les années 60, ils agissent en ordre dispersé. Ils vont pourtant s’unir en octobre 1966. et former un comité pour préparer les fêtes de fin d’année. Ils s’associent à la municipalité pour installer des illuminations, et lancent, pour attirer la clientèle, une première quinzaine commerciale, assortie de distributions de louis d’or. Le président est M. Da Silva, M. Fassin est le vice-président, M. Dujardin le trésorier, et Mme Bacrot la secrétaire.

Photo Nord Matin
Photo Nord Matin

L’année suivante, Nord Eclair nous précise que l’association représente 27 commerçants, situés boulevard de Fourmies entre les places Spriet et du Travail, et regroupant tous les types de commerces. Le comité prévoit de reconduire la quinzaine commerciale à l’automne. Il envisage également d’organiser une braderie.

On apprend également que M. Buisine, président de l’union des commerçants du nouveau Roubaix, est élu membre de la chambre de commerce métropolitaine. Cette même union du nouveau Roubaix organise la même année une manifestation de sympathie à l’occasion du départ en retraite de M. et Mme Lierman-Delbaert, son vice-président, alors que M. Vandeputte en est le secrétaire. Il existe donc deux comités parallèles. Quels sont les liens entre les deux ? En tout cas, on n’entend plus parler dans la presse du comité du Nouveau Roubaix pendant un certain nombre d’années ; seul va se manifester celui du boulevard de Fourmies.

Les illuminations - document Nord Eclair
Les illuminations – document Nord Éclair

Celui-ci reconduit fin novembre 1968 les illuminations et la quinzaine commerciale, assortie de cadeaux attrayants :  il s’agit cette fois de vélos pliants distribués à l’issue de trois tombolas. De plus une caravane publicitaire assure durant quinze jours la sonorisation de cette artère. Le projet d’organiser une braderie prend corps : on la prévoit un lundi de l’année suivante.

Elle a bien lieu le lundi 9 juin 1969 : Nord Éclair la qualifie de « braderie monstre du Nouveau Roubaix ».

La braderie en 1985 – photo Lucien Delvarre
La braderie en 1985 – photo Lucien Delvarre

L’autre point fort de l’année reste la quinzaine commerciale de décembre, associée à une caravane publicitaire et une tombola.

Une idée nouvelle en 1971 : le comité organise en avril, avec le concours du Vélo Club de Roubaix, le premier grand prix cycliste du boulevard de Fourmies, réservé aux cadets, dont le départ est donné place du Travail, devant le café « au rendez-vous des auto-écoles ». Deux mois plus tard, la braderie en est à sa troisième édition ; elle coïncide avec la deuxième ducasse de la place du Travail. La composition du comité des commerçants est modifiée : alors que M.Fassin reste vice-président, le président est M. Martel, le trésorier M. Coetsier, et le secrétaire M. Vincent.

La liste des coureurs – document Nord Eclair
La liste des coureurs – document Nord Éclair

En 1972, il n’y a plus de comité des fêtes : c’est l’union des commerçants qui organise les festivités. Le grand prix cycliste réunit deux fois plus de concurrents que l’année précédente ; la braderie coïncide, cette année encore, avec la fête foraine de la place du Travail. Quant à la tombola de la quinzaine commerciale, elle fera 100 gagnants. Ces animations s’installent dans la durée, et deviennent partie intégrante de la vie du quartier.

L’année 1973 voit le comité patronner au mois de mai une grande exposition de voitures, de caravanes et de bateaux, de quoi préparer les vacances.

Document la Voix du Nord
Document la Voix du Nord

Cette exposition est associée à des ventes promotionnelles chez les commerçants membres de l’union. Les autres manifestations perdurent : le grand gagnant de la quinzaine commerciale se verra offrir un voyage aux Baléares pour deux personnes.

Les commerçants réunis en 1973 - Document la Voix du Nord
Les commerçants réunis en 1973 – Document la Voix du Nord

En 1985, naît l’union commerciale du Nouveau Roubaix, qui englobe apparemment celle du boulevard de Fourmies, qui disparaît donc au terme de près de 20 ans d’activité. La nouvelle association est composée de M. Segard, le président, M.Dubon, vice-président, et Mme Fassin, trésorière.

Le comité de la nouvelle association – document La Voix du Nord
Le comité de la nouvelle association – document La Voix du Nord

 

La bijouterie du quartier

Les participants de l’atelier mémoire du Centre ont fait l’étude des commerçants de la Grand Rue, parmi lesquels cette bijouterie située au n°137, dont l’histoire nous a été racontée par la fille de la maison. En 1928, le n° 137 formait une seule maison, occupée par les cycles Deletombe. Puis le bâtiment se divise en deux : en 1932, on y trouve le coiffeur Van Eeno et le marchand de journaux Liénart. Au moment de l’installation de l’horlogerie bijouterie en 1942, l’autre partie était occupée par l’Optique André, gérée par M. Chantepie auquel a succédé M. Raymond Dumortier, sous la même enseigne. Amand Battiau et sa femme ont donc ouvert le magasin en 1942. Mais Amand est décédé en 1945 et sa veuve s’est remariée avec M. Richard.

L'horloger bijoutier et l'opticien, tous deux au n°137 Photo Coll Particulière
L’horloger bijoutier et l’opticien, tous deux au n°137 Photo Coll Particulière

Autour de la bijouterie, il y avait une cour et une petite maison, aujourd’hui disparus. Ce terrain a été repris par l’institution Jean XXIII, pour faire une salle de sports juste derrière. La bijouterie se situait donc en face de chez Deruyck, le marchand de musique bien connu. Après il y avait le Galon d’eau, les graines…

Le grand père horloger Doc Coll Particulière
Le grand père horloger Doc Coll Particulière

Le père Battiau était artisan horloger, comme le grand-père, qui avait un atelier au n°170 rue de l’Ommelet. Il avait appris le métier avec des livres que sa fille possède encore. Horloger créateur, il fabriquait lui-même des pendules. Les deux artisans, père et fils faisaient des modèles uniques, et le grand-père a été récompensé d’une médaille de Besançon pour une de ses pendules.

Le père horloger et une pendule originale Coll Particulière
Le père horloger et une pendule originale Coll Particulière

« Nous avions une clientèle de classe moyenne, les gens avaient tous leur réveil matin, et au plus il faisait tic-tac, au plus ils l’aimaient. Les réveils silencieux, les gens n’en voulaient pas, parce qu’ils ne faisaient pas de bruit. On vendait des coucous, des régulateurs, des montres, des réveils. Ça allait des grands machins qui sonnaient tous les quarts d’heure, aux coucous qu’on faisait marcher quand les enfants venaient parce qu’ils aimaient bien l’entendre ». Le père Battiau avait créé une grande pendule qui servait d’horloge publique. Les gens qui partaient travailler le matin la regardaient, et quand elle s’arrêtait, ils venaient prévenir, car ils disaient qu’ils n’avaient pas eu l’heure. Anny se souvient des carillons, ça sonnait tous les quarts d’heure. Elle dit qu’elle ne supporte pas de ne pas les entendre les tic-tac. Elle n’aime pas le silence, car elle dormait à côté de l’atelier, où toutes les pendules sonnaient. A six ans, elle savait remonter les horloges.

L'horloge "publique" de Monsieur Battiau Coll Particulière
L’horloge « publique » de Monsieur Battiau Coll Particulière

Dans cette horlogerie bijouterie, on a vendu des marques, bien sûr, comme : jaz, vedette, lip, zenith, lov, et on avait des buvards publicitaires. Pour la bijouterie or, pas de marque, mais on faisait aussi les bijoux Fix et Murat, c’était du plaqué, dit un témoin. Il y avait des catalogues. En bijouterie, on faisait les colliers, les bagues… Pour les cadeaux, c’était différent de maintenant. Avant les gens se fiançaient, on faisait des bagues de fiançailles, puis ils se mariaient, il y avait des alliances. On avait les baptêmes, pour lesquels on vendait chaînes, médailles, bracelets, et cadeaux Christofle, timbales, ronds de serviette, coquetiers. A la Sainte Catherine, on offrait les couverts Christofle à la pièce, pour que les filles célibataires montent leur ménage. Ensuite on avait les  communions, c’était la première montre, moment très important, de marque Lov, spéciale communions, et les chaines, les croix, et les gourmettes. On avait une clientèle, car tout le monde travaillait. On allait chez son bijoutier, c’était la bijouterie du quartier.

La fameuse montre de communion doc Coll Particulière
La fameuse montre de communion doc Coll Particulière

Les réparations les plus fréquentes sur les montres, c’était l’axe du balancier était cassé, en général c’est parce que la montre était tombée. Mais les gens juraient leurs grands dieux que non, qu’elle n’était pas tombée, que c’était un défaut. Ou encore cette dame qui est venue un jour avec le balancier de son horloge, en disant qu’il ne bougeait plus !

Intérieur et devanture de l'horlogerie bijouterie Coll Particulière
Intérieur et devanture de l’horlogerie bijouterie Coll Particulière

Maintenant il n’y a plus beaucoup d’artisans. Chez les bijoutiers d’aujourd’hui, ce sont des chaînes, les montres à quartz sont jetables, on ne répare pas et pour les grandes marques, il faut les renvoyer à l’usine. D’ailleurs la bijouterie du n°137 n’a pas fait de grandes marques, parce qu’elles voulaient un seul magasin qui en gardait l’exclusivité.  On a fermé en 1992, le beau père était veuf, « son magasin, c’était son magasin », sinon on aurait arrêté avant. On est restés cinquante ans au même endroit, et il n’y a pas eu de repreneur, car les petits commerces périclitaient.  Le stock, ou ce qu’il en restait, a été vendu en salle des ventes, après trois mois de soldes avec autorisation préfectorale.

Merci à Anny pour ce magnifique témoignage

Magris et le granito

Joseph Magris, est né dans un village près de Trieste et de Venise. Cimentier de son état, il vient en France après la première guerre. Il travaille à Reims, puis dans le Pas de Calais, enfin à Tourcoing, dans le cadre de la reconstruction. Puis Il s’installe à son compte en 1925 à Roubaix au 133 rue de la Mackellerie.

Joseph Magris et sa maison Photos NE
Joseph Magris et sa maison Photos NE

Cette maison à l’architecture insolite (dit la presse de l’époque) a été entièrement aménagée par son nouveau propriétaire, qui va y installer une entreprise de bâtiment prospère. De l’ancienne maison, il ne reste plus rien. Au rez-de-chaussée, front à rue, c’est l’usine avec l’entrée des bureaux, le vestiaire des ouvriers, et l’entrée du personnel. Il y avait aussi une petite salle d’exposition. La maison d’habitation située au-dessus comprend des balustres, des jardinières, un escalier extérieur, une large terrasse, comme il se doit d’influence italienne. C’est désormais la maison de Joseph Magris, le fabricant de « granito ».

Initialement, Joseph Magris est granitier, il fabrique des dalles avec des morceaux de marbre, il était aussi polisseur sur place. C’était fastidieux, il fallait poncer et re-poncer, mais ça durait et c’était beau. Mais c’était aussi cher. Joseph Magris invente alors une imitation de la pierre bleue (marque Sirgam). Puis ce sera le granito, qui est une pierre artificiellement reconstituée, utilisée pour les pavements, les revêtements et pour les monuments funéraires. Moins cher que la pierre naturelle (le marbre ou la pierre de Soignies), le granito permet de faire des monuments funéraires à bon marché.

En tête de l'entreprise Magris Coll Particulière
En tête de l’entreprise Magris Coll Particulière

Joseph Magris se lance ensuite dans la fabrication de carreaux de granito, toujours avec l’argument d’être bon marché, il propose de la couleur. A l’aide de ses deux fils Oscar et André, il développe cette nouvelle orientation. D’autres projets suivront, carrelages pré-fabriqués, sous forme de dalles.

La maison Magris aujourd'hui Photo Google Maps
La maison Magris aujourd’hui Photo Google Maps

Une anecdote concernant l’entreprise : sur le fronton de l’usine de la rue de la Mackellerie, l’artisan avait mis un s à Granito sur la façade, transformant notre italien en espagnol. Les lettres étaient en relief, et on décida de repeindre en blanc la lettre en trop. C’est pourquoi on la voit encore apparaître sur la façade.

L’entreprise s’est développée : cinq, dix puis vingt ouvriers. Il faut un autre local. C’est ainsi que Joseph Magris achètera en viager l’usine de la rue de Mouvaux, ex tissage Domino, anciennement savonnerie Vaissier, qu’il utilisera pour l’exposition de ses produits, mais aussi pour la fabrication des grands formats. En 1958, les Ets Magris fabriquent chaque jour 300 m² de carreaux en granito. Une exposition permanente de ces matériaux est visible au 2 de la rue de Mouvaux (ancienne usine de savonnerie Vaissier) avec entrée libre. Une autre exposition est installée au centre de documentation du bâtiment à Lille Place de la Gare.

Magris à la foire de Lille Photo NE
Magris à la foire de Lille Photo NE
Le stand Magris à la foire de Lille Coll Particulière
Le stand Magris à la foire de Lille Coll Particulière

En 1959, les Ets Magris exposent à la foire de Lille, et le ministre de la construction s’intéresse à leur production. Les carreaux de granito Magris sont présentés comme un matériau absolument remarquable de solidité et d’élégance. On évoque également le goût des coloris : ciment flammé, mosaïques de marbre, carrelages de granito, agréables à l’œil, au toucher, solides et confortables. C’est du beau, du bon et du pas cher ! Le stand Magris présentait une polisseuse de carrelage, qu’on utilisait pour poncer sur place sur les chantiers des particuliers, notamment pour qu’on ne voie pas les joints.

En tête de chez Magris Coll Particulière
En tête de chez Magris Coll Particulière

Progressivement l’entreprise s’est équipée avec des robots et des nouvelles machines. Elle fabriquait les grands formats rue de Mouvaux, et les petits rue de la Mackellerie. Quand elle a cessé ses activités, l’entreprise produisait quotidiennement 520m². Sur la fin, elle ne fabriquait plus de granito, mais des dalles d’usine et de trottoir, pour les aéroports, ou les usines. L’entreprise s’est arrêtée à Roubaix en novembre 2004. Une société des Carrelages Magris dont l’objet est la fabrication d’éléments en béton pour la construction est aujourd’hui implantée à Lieu Saint Amand près de Bouchain.

Merci à Patrick pour les précisions et les anecdotes

La limite de Roubaix

La rue de l’Espierre se situe à la limite nord du territoire roubaisien. Elle joint le canal de Roubaix, à la hauteur du pont des Couteaux, au territoire de Wattrelos. Nivelée en juin 1894, elle fait partie du projet de création d’un nouveau quartier du Hutin. Le 15 juin 1899 est organisée la vente des terrains qui sont pour la plupart la propriété de la société civile Dubar frères. Il s’agit de créer un nouveau quartier en viabilisant l’endroit, avec des rues bien tracées. L’ensemble est divisé en quinze lots dont le dernier constitue celui de la rue de l’Espierre. La première guerre mondiale perturbera la réalisation de ce projet.

Plans 1847 et 1899 du quartier du Hutin doc AmRx
Plans 1847 et 1899 du quartier du Hutin doc AmRx

Il faudra attendre avril 1930, pour que soit posée la canalisation d’eau potable dans la rue de l’Espierre. En avril 1931, on s’occupe de mettre une chaussée pavée entre le quai de Marseille et la rue Delespaul, puis en février 1932, on envisage le prolongement jusqu’au canal, qui sera effectif en 1933. Les travaux se poursuivent en mars 1934, avec la pose d’un aqueduc  entre le quai de Marseille et la rue Delespaul, et en mai 1934, on réalise le pavage entre Pont des Couteaux et rue Thècle. Ce n’est que le 9 octobre 1942 que le conseil municipal crée officiellement la rue de l’Espierre et la classe dans le domaine public.

Le débouché de la rue Thècle dans la rue de l'Espierre Photo Google Maps
Le débouché de la rue Thècle dans la rue de l’Espierre Photo Google Maps

Après la seconde guerre, les travaux reprennent : en 1954, on envisage le prolongement jusque Wattrelos, et à ce moment le ruisseau de l’Espierre est « aqueduqué ». Il s’agit en effet de réaliser un grand ensemble de logements sur la plaine de la Mousserie à Wattrelos. En 1956, l’aqueduc de la rue va jusqu’à Wattrelos. De 1957 à 1959, la rue de l’Espierre obtient une chaussée en tarmacadam. Selon le Ravet Anceau de 1953, la rue de l’Espierre est alors longue de 215 mètres, part du quai de Marseille et s’en va dans les champs. Peu de commerces : au n°61, à l’angle de la rue Thècle, le cafetier Devudder, qui fera alimentation en 1960, au n°73, l’entreprise de vieux métaux Leleu.

La rue de l'Espierre à l'angle de la rue...de l'Espierre Photo Google Maps
La rue de l’Espierre à l’angle de la rue…de l’Espierre Photo Google Maps

Au début des années soixante, la rue se complète : des maisons du n°101 au 107 des maisons, et un immeuble aux n°117/123 de quatre appartements. Côté pair, sont alors construits six immeubles n°92 à 100 de 10 appartements chacun. Curieusement ces immeubles sont construits du côté impair de la rue, et forment une impasse gardant le nom de la rue de l’Espierre.

La rue de l'Espierre aujourd'hui Photo Google Maps
La rue de l’Espierre aujourd’hui Photo Google Maps

Quelques années plus tard, le projet de route de la laine vaudra à la rue de l’Espierre de perdre ses maisons du côté pair, lequel est désormais occupé par des arbres, de la verdure et des protections anti bruits.

Sources : Archives Municipales de Roubaix, Histoire des rues de Roubaix par les Flâneurs, Témoignages et photos des membres de l’atelier, Google Maps

Platt frères

La société Platt frères est installée boulevard de Lyon depuis fort longtemps. En voyant ce site fermé depuis plusieurs années, le curieux peut se demander d’où vient cette société, et ce qu’elle fabriquait.

En faisant quelques recherches, on trouve au 19eme siècle à Old’Ham en Angleterre une entreprise Platt brothers (ou Platt Bros) qui fabriquent des machines textiles. Elle deviendra dans sa branche l’une des plus importantes d’Angleterre. L’un des membres de cette famille va-t-il s’expatrier en Normandie ? Toujours est-il que, en 1864 et 1866, naissent à Sotteville les Rouen John et William Platt. Leur père, Samuel, né en 1837 est ouvrier régleur de cardes. Après 1880, la famille quitte la Normandie et vient s’installer à Roubaix, où Samuel ouvre avant 1886 une fabrique de cardes et d’outils trempés au 187-189 rue de l’Alma, entre la rue de France et la rue de Tourcoing. L’entreprise prend le nom de Samuel Platt et compagnie.

La société quitte la rue de l’Alma avant 1906, Samuel prenant peut-être sa retraite (il est né en 1837), et l’affaire est reprise par John et William et on la retrouve en 1909 au 108 rue La Fontaine sous la nouvelle raison sociale de Platt frères.

Documents médiathèque de Roubaix et coll. particulière
Documents médiathèque de Roubaix et coll. particulière

Ils sont mécaniciens constructeurs, fabriquent de l’outillage nécessitant une trempe. La porte cochère conduit à une cour dans lequel se trouve l’atelier. Ils resteront à cette adresse jusqu’en 1924, date à laquelle ils installent d’abord leurs bureaux, puis l’entreprise elle-même boulevard de Lyon au numéro 106 à partir de 1926. Ils se spécialisent alors dans la fabrication de cardes destinées à l’industrie textile.

L’usine occupe un terrain qui s’étend jusqu’à la rue Ingres, d’où on aperçoit une cour servant aux chargements et déchargements. La grand porte métallique du Boulevard de Lyon sert à l’entrée du personnel. A sa droite se trouvent les bureaux techniques, dont la première fenêtre est celle du responsable d’atelier. Les bureaux situés à gauche de la porte métallique sont beaucoup plus récents et abritent les personnels administratifs et commerciaux qui ne figurent pas encore sur cette photo aérienne de 1962 :

Document IGN

La fabrication comportait plusieurs opérations. A partir d’un ruban d’acier reçu en bobine, on commence par l’emboutissage des dents. Puis le ruban est étire, passe dans un four à induction pour être préchauffé, puis sur les rampes à brûleurs à gaz pour être chauffé au rouge. Il traverse ensuite un bain contenant de l’huile pour être trempé et acquérir la dureté nécessaire. Ensuite, les dents sont avivées sous un jet d’huile de coupe. En bout de chaîne, le ruban est reçu sur un rouleau, puis emballé et expédié. Dans certains cas, le ruban est enroulé en hélice sur un tambour de carde pour emploi direct, mais, le plus souvent, le ruban est installé sur la machine par les soins du client.

Quelques étapes de la fabrication – photos DR
Quelques étapes de la fabrication – photos DR

Jusque dans les années 80, toutes les machines étaient anglaises, ainsi que les pièces détachées. A chaque panne, il faut attendre que les pièces arrivent d’Angleterre. L’alimentation de la chaîne se fait à la main, mais, à partir des années 60-70, la vitesse de parcours du ruban est régulée automatiquement, d’abord avec des platines électroniques pilotant des armoires à relais. Dans les années 90, on transforme et on améliore les machines avec des pièces françaises, et on en ré-automatise l’asservissement et la commande avec des automates français Télémécanique au départ, puis Siemens. Cette technologie n’a plus évolué jusqu’à la fin (pas d’informatisation). Dans les derniers temps, le directeur de production est belge.

Une armoire de commande - Photo DR
Une armoire de commande – Photo DR

Mais l’entreprise éprouve des difficultés et est contrainte à la fermeture. La société Bekaert tente en 2004 de reprendre l’activité, mais a doit, elle aussi, fermer en 2008. Elle regroupe aujourd’hui ses activités à Armentières. Depuis cette époque, le site est une transformé en friche industrielle. On pense y construire des logements, mais le terrain est peut-être pollué, ce qui retarde les choses.

Remercions Daniel pour sa collaboration.

 

Photos Jpm
Photos Jpm

 

 

 

 

Encore des lotissements

Au pont rouge, la première tranche de construction est vite suivie d’une autre, dite « Pont rouge II » intéressant 158 logements. Une photo aérienne de 1953 nous montre les nouvelles constructions, autour de celles, surlignées, de la première tranche. Les journaux se font l’écho de cette vague de constructions.

Document archives municipales 1953 et Nord Eclair 1956
Document archives municipales 1953 et Nord Eclair 1956

Ces nouvelles maisons sont de plusieurs types. Les premières, maisons individuelles situées le long et au delà de la rue de Maufait, ainsi que rue Schuman autour de son carrefour avec la rue de Maufait, sont toujours à le toit pointu, mais les fenêtres sont plus nombreuses et plus importantes que celles de la première tranche. La plupart sont à briques apparentes, mais certaines sont crépies. L’entrée est en renfoncement, abritée dans l’angle de la construction, et la façade comporte trois fenêtres groupées.

Maisons du premier type - Photo Delbecq – archives municipales
Maisons du premier type – Photo Delbecq – archives municipales

Mais on voit également sur les photos aériennes de 1953 d’autres groupes d’autres maisons en cours de construction le long de la rue Schuman, en face des collectifs de la première tranche : si celles-ci ont encore le toit pointu, il l’est notablement moins. Une vaste baie constituée de trois parties en façade, mais les fenêtres de l’étage ne forment plus des chiens-assis, et sont abritées par le débordement du toit.

Maisons du deuxième type Photos Jpm
Maisons du deuxième type Photos Jpm

On rencontre également un troisième type de maisons, qui ressemblent un peu aux précédentes avec leur toit débordant, mais en diffèrent par certains côtés : les petits carreaux percés dans une zone cimentée pour éclairer les Wc, et la disposition intérieure. Par contre, on reste avec des parements en brique et des fenêtres au rez de chaussée en trois parties.

Troisième type de maisons – photo Jpm
Troisième type de maisons – photo Jpm

On construit également un autre type de maisons groupés en deux blocs au coin des rues Léon Blum et Schuman. Elles ont aussi le toit plat et débordant, mais elles sont réalisées en béton. On retrouve les fenêtres du rez de chaussée en trois parties. Un des deux blocs, celui situé sur la rue Schuman a été démoli il y a quelques années et remplacées par des constructions neuves ; l’autre a été réhabilité.

Le type en ciment – photo Jpm
Le type en ciment – photo Jpm

 On construit également des collectifs implantées le long et face à la rue Léon Blum, alors à peine tracée. Ils disposent de balcons et restent de taille humaine pour ceux situés rue Léon Blum. La barre sur la rue Schuman est plus importante ; elle possède un balcon sur toute la longueur du dernier étage.

Les collectifs lors de leur construction – Photos Shettle – archives municipales, et Jpm
Les collectifs lors de leur construction – Photos Shettle – archives municipales, et Jpm

 Une photo de 1957 nous montre les constructions achevées dans le quartier : des blocs collectifs (surlignés), et plusieurs ensembles de maisons individuelles le long des rues Léon Blum et Robert Schuman. On y voit réalisé l’ensemble des trois programmes pour le Pont rouge.

Photo IGN - 1957
Photo IGN – 1957

Mais d’autres réalisations sont encore à venir. On projette encore en 1957 la construction de collectifs à la limite de Lys les Lannoy, derrière le parc des sports, sur une zone encore agricole. De même Nord Eclair fait état en 1956 d’un projet de l’évêché pour la construction d’une église à l’extrémité de la rue Yolande… On construit également le groupe scolaire du Pont rouge, rue Julien Lagache, près de la ferme Lebrun. Son architecte en est Pierre Neveux. Il comportera 16 classes, dont 10 primaires.

Le premier bloc collectif, celui situé le long Salengro disparaît en 1992 : Il est démoli pour cause d’instabilité dû à un terrain trop meuble. On trouve aujourd’hui une pelouse sur son emplacement.

Photo Google Maps
Photo Google Maps

 

Il est à noter que le quartier ne comporte pas de commerces : on n’y a construit que des logements. Autre remarque : toutes ces constructions – en brique- semblent avoir traversé le temps sans dommage apparent, à la différence de certains lotissements ou collectifs plus récents, mais construits différemment. On peut également constater que les options d’origine prises par le CIL, construire une « cité jardin », étaient justes : le quartier reste calme, aéré et agréable.

 

Coussement, le chauffage innovant

Selon un de ses en-têtes de lettre, la société Coussement a  été créée en 1909, à Tourcoing par Achille Coussement. Elle fabrique des cuisinières à charbon et de la ferronnerie. Avant son arrivée à Roubaix, une forte concurrence existe déjà localisée dans les autres quartiers de la ville, tels Havret et Dhondt, rue Lalande, l’Hygiène moderne rue de l’alma, Liagre rue de Lannoy, Mazure rue du Grand Chemin, Nollet place du progrès. Il s’agit alors de fabricants de cuisinières, dont la fonction était double, chauffer le logement et servir pour la cuisine. Un article de presse de 1958 nous apprend que l’entreprise est animée depuis 20 ans par son fondateur, André Coussement ! Soit un réel démarrage à Roubaix, en 1938, au n°15 rue du Fresnoy, qui fut auparavant occupé par un marchand de fourrages, M. Hacquette, et qui sera repris un temps par la société Crépy pneus en 1960.

La production Coussement au 15 rue du Fresnoy Coll. Particulière
La production Coussement au 15 rue du Fresnoy Coll. Particulière

La société Coussement s’est vraiment développée après la seconde guerre. Le 15 rue du Fresnoy étant devenu trop petit, elle déménage rue du vivier n°8 au 12, dans une ancienne usine occupée par la société Vandenbroucke frères, fabricants de machines à tisser. C’est un grand espace qui convient bien à une fabrication industrielle.

Rue du Vivier n°8-12 Extrait Ravet Anceau
Rue du Vivier n°8-12 Extrait Ravet Anceau

L’article de 1958 nous apprend que les premiers systèmes de chauffage, cuisinières à système de foyer intégral sont sortis des ateliers en 1947. A cette époque, on pouvait chauffer un trois pièces pendant 24 heures avec 8 kg de charbon. Mais André Coussement n’est pas seulement un fabricant, il est également un inventeur, comme le prouve ce dépôt de brevet en 1956.

Brevet Coussement source Gallica
Brevet Coussement
source Gallica

L’installation rue du Vivier qui date de 1958 fait de lui un industriel, dont l’usine est présentée comme modèle !

Vues de l'usine rue du Vivier Photos NE
Vues de l’usine rue du Vivier Photos NE

André Coussement va apporter sa contribution aux progrès du chauffage, faisant ainsi passer la cuisinière d’autrefois aux oubliettes. Il développera la conception et la fabrication du chauffage central, avec tous types d’énergies, du charbon à l’électricité. Dès lors l’entreprise rayonne et se développe, comme le prouvent ces publicités du début des années soixante.

Publicités Cousement 1958/1959 in NE
Publicités Cousement 1958/1959 in NE

La célèbre marque Godin reprend les chaudières Coussement en 1992. Producteur de poêles et de cuisinières bois-charbon, l’entreprise Godin de Guise, dans l’Aisne, élargit sa gamme de productions avec l’acquisition de la société Coussement, qui fabrique des chaudières de chauffage central toutes énergies à usage domestique. Pour Gilbert Dupont, le président de Godin, cette acquisition constitue, avec son unité de production de l’Aisne, une complémentarité de gammes et de produits qui rend l’ensemble particulièrement compétitif. L’entreprise au célèbre poêle « le Petit Godin » poursuit donc son développement depuis sa reprise en 1988 par la famille Philippe, propriétaire du groupe Cheminées Philippe. (d’après le journal Les Echos).

Le site de la rue du Vivier sera ensuite abandonné, et en 2006, l’emplacement de l’ancienne friche Coussement au sol « pas très catholique » (sic la presse) est livré aux mains des jardiniers. Pendant trois ans, « poussant des brouettes de gravats, retournant, à l’instar de forçats dans un pénitencier, une terre aride et argileuse », ils réussiront « à faire pousser autre chose que du chiendent en contre-bas de la ligne de chemin de fer sur cet espace ». Ainsi est né Le Jardin de traverse qui constitue son herbier en 2010 en explorant les abords de son potager pour établir un recensement des espèces botaniques poussant en toute liberté sur « le sol ingrat de l’ancienne friche Coussement ».

Pour l’historique des Jardins de Traverse : http://jardindetraverse.over-blog.com

 

 

 

 

Le mystère de la rue Thècle

La rue Thècle s’étend sur 100 mètres entre la rue du Hutin et la rue de l’Espierre. Sa largeur est de 10 mètres. Assez curieusement, il y eut pendant quelque temps un morceau de voie nommé rue Thècle prolongée qui partait en impasse de la rue de Constantine.

Le projet de quartier 1889 (extrait) AmRx
Le projet de quartier 1889 (extrait) AmRx

Le projet d’ensemble d’ouverture de diverses rues dans le quartier du Hutin présenté le 24 mai 1889 par les propriétaires ci-après, MM. Houzet Lutun, Dubar Delespaul, L. Duchatelet, Henri Salembier, la société civile Dubar Frères, ne comporte pas trace de ce prolongement, il indique simplement l’ouverture d’une rue dénommée rue Thècle entre la rue de l’Espierre et la rue du Hutin.

Le projet 1899 (extrait) AmRx
Le projet 1899 (extrait) AmRx

En 1899, la société civile Dubar vend des terrains et sans doute pour leur donner plus de valeur, intègre un projet de percement de la rue Thècle jusqu’à la rue de Constantine. Il aurait fallu démolir la ferme du Hutin pour joindre les deux bouts de la rue Thècle, en un parfait alignement. Le souhait des promoteurs de ce projet ne fut jamais réalisé, car la valeureuse ferme du Hutin est toujours debout, l’une des dernières de Roubaix.

La ferme du Hutin, vue de la rue Thècle Google Maps
La ferme du Hutin, vue de la rue Thècle Google Maps

Quant à la rue Thècle d’origine, elle fut classée dans le réseau vicinal le 26 septembre 1930. Les  travaux de mise en état de viabilité furent exécutés par la société Carette Duburcq fils, et terminés le 26 janvier 1932. La rue ne comptera qu’un seul commerce : un estaminet au n° 45 dès 1891 et ce jusqu’à la seconde guerre mondiale.

La rue Thècle vers la rue de l'Espierre Google Maps
La rue Thècle vers la rue de l’Espierre Google Maps

La rue Thècle est donc constituée de deux tronçons indépendants : la rue en elle-même et la rue Thècle prolongée qui est une impasse s’ouvrant sur la rue de Constantine. Un artisan peintre, M. Dujardin, y avait son atelier en 1972. Cette partie de rue a été débaptisée, on lui a donné le nom d’Oste de Roubaix, demi-frère de Jean V de Roubaix, dit bâtard de Roubaix, selon Théodore Leuridan. Ce seigneur avait acquis ce qui allait devenir le fief de la Grande Vigne au XVème siècle. C’était donc un hobereau du coin.

Impasse Oste de Roubaix Google Maps
Impasse Oste de Roubaix Google Maps

 La rue porte donc le nom d’une Dame Thècle, d’origine noble, aveugle de naissance, qui selon la tradition, vit en rêve l’apparition de Saint Eleuthère, qui lui demanda d’aller trouver l’évêque de Tournai pour retrouver son propre tombeau. Il s’agissait de convertir les païens de Roubaix, par l’effet de ses reliques. Inspirée par le Saint, Dame Thècle découvrit enfin le tombeau en l’église de Blandain. Après avoir reçu la promesse de l’évêque d’évangéliser les Roubaisiens, elle rendit l’âme. Grâce à ce miracle, Roubaix fut mentionné pour la première fois dans l’histoire en l’an 897. Mais la légende ne s’arrête pas là. Dame Thècle fit également elle-même l’objet d’un miracle. Près de son tombeau, du côté de sa tête, « une source jaillit dont les eaux limpides produisirent de merveilleux effets et furent d’un grand secours aux personnes affligées de maux de tête ainsi qu’aux paralytiques ». Hasard de l’histoire ou trace de la légende, la rue Thècle commence aujourd’hui  à deux pas du cours d’eau de l’Espierre.

Sources : Histoire des rues de Roubaix par les flâneurs, Archives Municipales Roubaix, Théodore Leuridan Histoire de Roubaix tome 1.