Le Tilleul

J’ai eu la chance de vivre une enfance heureuse dans un quartier tranquille de Wattrelos : le sapin-vert. J’habitais une rue paisible : la rue Marcel Van Eslander. Des maisons alignées avec au bout une épicerie tenue par M. Verkees vêtu de son immuable blouse grise et son crayon derrière l’oreille. Mon paternel m’envoyait régulièrement y chercher sa bouteille de Gévéor, celle avec une petit bouchon en plastique coloré en forme de chapeau. Je pouvais garder la monnaie de la consigne pour acheter un malabar à 10 centimes. Notre maison avait un grand jardin qui donnait sur une barre d’immeubles de trois étages qu’on appelait « le talus » parce qu’elle était construite sur une butte.

Ensemble tour et centre commercial du Tilleul CP Coll Part

Beaucoup de familles étaient logées là et quand on demandait aux copains ce que faisaient leurs pères, la grande majorité d’entre eux répondait : « il travaille à la Lainière ». Il y avait du boulot pour tout le monde à l’époque, ça évitait aux gens de faire trop de conneries. Derrière cette longue barre d’appartements se trouvait un square et autour de ce square d’autres immeubles ainsi que la haute tour du tilleul qui surplombait l’ensemble. Le square c’était notre territoire à nous, les mômes. Deux bacs à sables remplis de sable bizarre faisant plus penser à une litière pour chat, les crottes en cadeau ! Deux balançoires tape-cul qu’on aimait bien utiliser avec une copine car lorsqu’elle était en l’air, on lui voyait la culotte. Comme on était plus lourd, on la laissait en l’air hurler et agiter ses gambettes puis on pouvait se marrer en sautant vite fait de la balançoire, elle retombait à toute vitesse sur le sol et se faisait mal aux fesses ! Un cage à poule trônait au milieu de cette « aire de jeux » décorée d’un tas de petits cochons pendus. Là aussi, on aimait bien quand la petite copine faisait ça, jambes accrochées, tête en bas, c’était spectacle de mate assuré avec vue sur le coton Petit-Bateau ! Par-ci, par-là des bancs pour les buts du foot, un terrain avec des panneaux de baskets, des tas d’endroits avec des buissons pour se planquer… Bref ce square c’était le pied !

Vue tour et square CP Coll Part

A côté il y avait un petit centre commercial. Fallait bien nourrir les habitants du quartier ! Moi il ne me semblait pas si petit que ça en fait. C’est qu’il y en avait des commerces ! J’en ai sans doute oublié mais, de mémoire, il y avait : une boucherie, une pharmacie, une Caisse d’épargne, un dentiste, un café, une auto-école, deux épiceries genre supérette dont une qui avait pour symbole un lapin qui ressemblait à Bugs Bunny. Mes deux magasins préférés c’était la boulangerie tenue par une gentille dame toujours impeccablement permanentée. L’été elle vendait des glaces : vanille, chocolat, fraise, café et mon parfum préférée : pistache. « Une, deux ou trois boules ? » Qu’elle te demandait en souriant comme une mère qui sourit à son enfant. Mais moi mon truc c’était les Pez, ces distributeurs de bonbons rectangulaires qui avaient des têtes de personnages humoristiques souvent du Walt Disney. J’avais toute la collec’ : Donald, Mickey, Dingo, les nains de Blanche-Neige, et même Astérix et Obélix. J’ai, encore aujourd’hui, le goût de ses bonbons dans la bouche tellement j’en aurai avalé ! Autre magasin super : la libraire qui faisait aussi débit de tabac. J’y étais souvent fourré. Dès qu’il y avait un nouveau Lucky Luke, il se trouvait en vitrine alors ça donnait envie ! On y trouvait aussi des petites figurines JIM siglées ORTF par exemple celles du Manège enchantée ou de Kiri le clown. Mais je ne pouvais, hélas, pas tout acheter. Au bout du centre commercial se trouvait une station-service Fina. Avant les vacances, à chaque plein, on y distribuait des points pour obtenir le ballon de plage, la bouée ou le bateau gonflable. Pour ce dernier, il en fallait des litres d’essence ! A mon avis seuls les enfants de conducteurs de poids-lourds pouvaient l’obtenir.

La Tour du Tilleul CP Coll Part

C’était une belle époque, les gosses pouvaient déambuler sans que cela cause des soucis aux parents, la violence et les incivilités n ‘étaient pas de mise. De temps en temps un exhibitionniste venait créer un peu d’animation ou la bande de la Mousserie se pointait (je ne faisais pas long-feu, c’était pas des tendres !) mais rien de bien méchant… Ce quartier vivant respirait les 30 glorieuses, le square et le centre commercial en étaient les deux poumons.

L’application du lutteur tranquille

En 2009, Philippe Mathis nous avait fait l’honneur et la gentillesse d’être l’un de nos guides pour la journée du patrimoine consacrée cette année là aux sports. Voici l’hommage que nous lui avions rendu.

Philippe Mathis en 1976 Coll Part

Le palmarès de Philippe Mathis commence alors qu’il n’a que 11 ans ! Deux ans plus tôt, il choisit entre la lutte et la gymnastique, en entrant au lutteur club du Nouveau Roubaix, parce que, dit-il, c’était plus près de chez lui. Les débuts sont difficiles pour ce gamin de neuf ans, mais avec le travail et l’entraînement, le voici champion de France des benjamins en 1969. C’est le début d’une longue série de victoires et de titres, au plus haut niveau régional et national. Il rejoint le bataillon de Joinville, puis sera sélectionné une première fois avec les juniors français à Poznan en Pologne, où il sera champion d’Europe de sa catégorie. Il sera ensuite champion de France senior en 1979 et en 1980, ce qui lui vaut une autre sélection aux championnats d’Europe en Tchécoslovaquie en 1980 et à Lodz en Pologne en 1981. Il obtient ensuite un diplôme d’entraîneur à l’INSEP et revient entraîner les jeunes de son club. Philippe Mathis a été nommé « lutteur émérite », ce qui représente la distinction suprême de son sport. Une bien belle carrière au service de la lutte !

Le jeton du parc

Notre ami Bernard, grand collectionneur devant l’éternel, nous a trouvé dans ses tiroirs un petit jeton en plastique de couleur violette, sur lequel était écrit Parc de Barbieux, bon pour une personne. Comme il n’est pas avare de questions, il nous demande de chercher bon pour quoi exactement ?

Le fameux jeton Coll Bernard Termeulen

Après avoir soumis la question à la mémoire collective et populaire, il en ressort un certain nombre de réponses assez variées. Une grande majorité se prononce pour les tours de manège, suivi par les tours en barque/ou pédalo, puis le mini-golf. On nous parle aussi d’un carrousel avec des chevaux et un carrosse ?

Le Bol d’Air CP Méd Rx

Nous avons donc décidé de chercher des témoins. Un cousin de notre ami Gérard lui indique le nom de M. Jean Paul Colin, qui a exploité le Bol d’air de 1976 à 1981 et donc était susceptible de nous renseigner. Ce qu’il a fait de bonne grâce. Voici ce qu’il nous a dit : ces jetons servaient à gérer les tours en barque ou en pédalo.

Pédalos et barques Coll Particulière

D’autres questions restent en suspens : pourquoi pour une personne ? On pouvait en mettre quatre dans un bateau et deux sur un pédalo. Fallait-il un bon par personne ? De même, il semble que le tour en barque ou en pédalo ne devait pas excéder la demi-heure, sans doute pour que plus de monde puisse en profiter. La gestion de cette animation était-elle confiée à un concessionnaire particulier ou faisait-elle partie d’un ensemble avec le manège et le mini-golf. Quelles étaient les mesures de sécurité autour de ces barques et pédalos ? D’autres se souviennent de couleurs différentes, lesquelles ? Avaient-elles un sens particulier ? Et finalement quel était le tarif ?

L’enquête ne fait que commencer mais vous pouvez toujours participer. On vous tient au courant.

Juillet 1900

Athlétisme : L’Association Sportive Roubaisienne appelle à une réunion d’entraînement dont le programme est le suivant : 100 mètres plat, saut en longueur, lancement du poids et lutte à la corde.

Athlétisme : Dans le même temps le Racing Club Roubaisien s’entraîne également en vue de la réunion du 22 juillet. Le programme est plus consistant : 100 mètres, lancement de poids, 400 mètres, lancement du disque, saut à la perche, 1500 mètres, saut en longueur, lutte à la corde.

Le Nord Touriste représenté par son conseil d’administration s’est rendu à Armentières pour former une nouvelle section de la société. Une grande conférence a eu lieu au Café de Paris sur la Grand Place. M. René Motte, un dévoué sportsmen armentièrois et M. Bondues de la Chapelle d’Armentières ont organisé cet événement. M. René Motte est le président de cette nouvelle section.

Athlétisme : Suite aux succès obtenus dans la réunion interclubs du 27 mai dernier, le Racing Club Roubaisien décide de donner une nouvelle fête sportive le 22 juillet sur sa piste rue de Beaumont.

Cyclisme : Le vainqueur de la course des 12 heures au Vélodrome lillois est l’excellent coureur Lepoutre, entraîné par le non moins excellent tricycle à pétrole Dussart et Accou !

Cyclisme : La course cycliste Roubaix Fleurbaix organisé par la société la Renaissance Vélocipédique a rencontré un grand succès avec de nombreux participants et ce malgré un vent violent. Le premier est le roubaisien François Evrard, le second Désiré Lebrun de Tourcoing à 3 minutes et le troisième Bruyneel de Roubaix à 3 minutes et 10 secondes.

Athlétisme : les couleurs du Racing Club Roubaisien ont brillé aux concours internationaux de Bruxelles : Alphonse Scrépel s’est classé premier dans le lancement du poids et Léon Cunin premier au saut à la perche.

L’entraînement du club d’aviron doc AmRx

Aviron : le Cercle Nautique l’Aviron a tenu sa réunion trimestrielle au siège de la société, Café Moderne. Les membres ont décidé que les grandes régates auront lieu le dimanche 22 juillet à deux heures et demie. Le rendez vous est donné au garage du Blanc Seau.

Tir à l’arc : les Francs Tireurs Roubaisiens basés boulevard de Metz, en face la rue Voltaire, organisent un grand tir à l’arc à la perche pour le 14 juillet ouvert aux archers de France et de l’étranger.

Jeu de boule à la platine : pour le 14 juillet un grand concours est organisé chez Léonard Raepzaedt, cabaretier « au Moviard » en face de chez Vanoutryve.

Cyclisme : la commission des « cyclistes amateurs roubaisiens » rappelle aux cyclistes qui désireraient faire partie de la société qu’une réunion extraordinaire se tiendra le samedi 21 juillet à 9 heures du soir au local chez M. Adolphe Blondiau 48 rue de la conférence.

Affiche corrida Roubaix doc Méd Rx

Polémique entre les défenseurs des intérêts de la localité, et du plaisir des sportsmen et aficionados, et les partisans de interdiction des corridas à Roubaix. Il semble que la reprise des activités du vélodrome dépende du succès de la corrida prévue le 29 juillet. Un correspondant se demande quel rapport intime il peut bien y avoir entre une estocade de taureau et un emballage de bicyclette.

Courses de Wattrelos : quoique gravement menacées par la pluie, les courses ont pu se dérouler par un temps assez clair. Six épreuves dont un steeple-chase militaire.

Union Biscuits (suite et fin)

En 1992, afin d’élargir sa gamme de produits, Union Biscuits rachète la société Preneel à Bergues, spécialisée dans la fabrication artisanale de pains d’amandes. Une grue immense est nécessaire pour soulever le four Preneel, et l’amener au premier étage de la cour intérieure de l’entreprise roubaisienne.

Le four de cuisson Preneel ( document J. Duparcq )

Eugène et Donat Duquesne décident de vendre Union Biscuits, en 1994, au groupe Leroux, leader mondial de la chicorée, désireux d’élargir son image, en créant un univers « P’tit Déj » : café, café-chicorée et biscuits. Union Biscuits fait donc désormais partie de Finaler ( holding du groupe Leroux ) qui investit fortement dans la rénovation de l’entreprise de la Grande Rue.

Plan cadastral ( document Archives Municipales )

A la fin des années 1990, la circulation de plus en plus dense des automobiles entraîne des problèmes de logistique pour l’entreprise, surtout pour les transports. Les camions d’approvisionnement et de livraison ont de plus en plus de difficulté à circuler en centre ville, et à manœuvrer dans la minuscule cour intérieure de la société. D’ailleurs, le restaurant asiatique « La Grande Muraille » situé juste en face, au N° 62 de la Grande rue, a eu sa vitrine fracassée, à trois reprises, par des camions de livraison !

De plus, l’entreprise a un mur mitoyen avec l’école Saint Louis de l’avenue des Nations Unies. Or, la municipalité, désireuse de prendre des mesures de protection des enfants roubaisiens, et, compte tenu des risques de pollution et d’incendie, souhaite le départ de la société, d’autant plus que le complexe cinématographique « Le Duplexe » a également un mur commun avec la biscuiterie.

L’entreprise au 59 Grande rue, à côte de la droguerie de J. Paoli, au début des années 2000 ( document Google Maps )
document Nord Eclair

La ville de Roubaix n’ayant pas de terrain à proposer, le Directeur Général de l’Union Biscuits, François Vatelot, décide alors de déménager, en 2002, à Marcq-en-Baroeul, dans la Z.I. de la Pilaterie, dans les anciens locaux de la CERP ( grossiste en produits pharmaceutiques ). Le déménagement d’une grosse entreprise n’est pas une simple affaire. Plusieurs semi-remorques sont nécessaires pour transporter, le matériel, les machines, le stock … Les camions doivent assurer plusieurs trajets, pour effectuer les déplacements.

Déménagement vers Marcq en Baroeul ( documents J. Duparcq )

De 2.000 m2 sur trois niveaux à Roubaix, l’entreprise s’étend désormais sur 4000 m2 de plein pied, sur un terrain de 10.000 m2. Jean Duparcq qui était responsable des travaux à Roubaix, devient directeur de ce nouveau site de production.

L’entreprise de Marcq-en-Baroeul ( documents UB et J. Duparcq )

Ce déménagement permet d’investir dans du nouveau matériel, avec des lignes de production performantes. La marque Régal est supprimée du catalogue. Il reste bien évidemment, les deux produits leaders : Familial et Big Choco.

Le nouveau four  »Imaforni » installé à Marcq en B ( document J. Duparcq )
David Portet, conducteur de machine ( Document VDN )

L’entreprise est reprise en 2006 par le groupe de Monique Piffaut qui crée : Les Comptoirs du Biscuit. Après divers aléas économiques et revirements de situation, l’entreprise est sauvée de la liquidation judiciaire, en 2013, par Vincent Duprez, patron du Comptoir des Flandres. La société entre alors dans un réseau de fabricants nordistes de confiseries, biscuits, gâteaux et gaufres ( Eugène Blond, La Dunkerquoise, Afchain ). Le nom : Union Biscuits est repris. L’entreprise est toujours dirigée par Jean Duparcq.

En 2019, l’entreprise connaît quelques difficultés financières, suite à des pertes de marchés, comme l’armée ou des marques de distributeurs, et à la concurrence de grands groupes internationaux. L’union Biscuits de Marcq-en-Baroeul ferme ses portes, cette même année.

( document Eugene Blond )
( documents Eugene Blond )

La biscuiterie Eugène Blond, de Lambersart, qui fabrique des gaufres, des gaufrettes, des biscuits, depuis 1894, reprend, en 2020, l’activité et les 2 marques de l’Union Biscuits : Familial et Big Choco.

Que reste-t-il aujourd’hui d’ Union Biscuits à Roubaix ?

– Les deux produits leaders sont désormais fabriqués à Lambersart.

– L’usine de la Grande Rue a été rasée.

Ne subsiste, dès lors, que le célèbre tableau « Les vaches hollandaises » au Musée de la Piscine et le buste d’Édouard Duquenne, au square Pierre Catteau.

( document collection particulière )

Sur cette photo de 1910, dans le bureau de l’administration de la boulangerie de l’Union, est exposé un tableau de très grande taille ( 1,84m sur 2,42m ). Cette œuvre a été réalisée, en 1890, par le peintre Gustave Krabansky (1852 – 1902). Gustave Krabansky était le beau frère d’Édouard Duquenne, le fondateur de la boulangerie de l’Union. Ce dernier avait en effet, épousé Coralie Krabansky ( la sœur du peintre ) en 1896.

Donat Duquenne ( le fils d’Édouard ) fait don du tableau au musée de Roubaix, en 1986 ( quelques temps avant la vente de l’entreprise au groupe Leroux ). De nos jours, nous pouvons toujours admirer cette œuvre au musée d’art et d’industrie André Diligent  » La Piscine  » à Roubaix.

( Photo BT 2020 )
Le buste d’Edouard Duquenne, au square Pierre Catteau (Photo BT 2020)

Remerciements aux Archives Municipales, à Jean Duparcq, cadre dirigeant d’Union Biscuits, et à Bruno Gaudichon, conservateur du musée  »La Piscine ».

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Le 19 rue Galvani

Quand on passe dans la rue Galvani, on constate que toutes les maisons se ressemblent. Ce sont des maisons de ville assez étroites et semblables, sauf une ! Au 19 de la rue, la façade de la maison est très large : une porte centrale et deux fenêtres latérales ; à gauche se trouve un garage. C’est un bâtiment très imposant, par rapport aux maisons voisines.

Photo BT

La maison a été construite en 1894-1895 par Alphonse Verfaillie. Au 17 de la rue, se trouve une courée qui porte son nom : la cour Verfaillie.

Photo BT

Alphonse Verfaillie est cordonnier. La concurrence est rude entre les artisans ( 225 cordonniers sont recensés, en 1913, dans notre ville ). Pour se démarquer de ses confrères, Alphonse Verfaillie se spécialise : il crée et fabrique des chaussures sur mesure. Sa clientèle est vaste : des particuliers bien sûr, mais aussi des entreprises et des collectivités, comme en atteste le document ci-dessous : facture de 26 Frs à la ville, pour livraison de deux paires de chaussures à l’institut Turgot, en 1902.

( Document collection privée )
( Document BNR )

Au début des années 1920, Henri Verfaillie, apporte une aide précieuse à son père Alphonse. Il a 24 ans, est également chausseur-cordonnier et habite au N° 11 de la rue Galvani. Au début des années 1930, Henri gère seul la petite entreprise. Son épouse Marguerite est professeure de musique. Ils habitent désormais sur place au rez de chaussée du N° 19. Quant aux deux étages de la maison, ils sont occupés par des locataires.

( Documents collection privée )

Après guerre, le 19 rue Galvani est occupé par un imprimeur, Émile Meunier ; il fournit également des papiers en gros. La profondeur importante de la maison lui permet de stocker du matériel et des fournitures. Son activité est maintenue jusqu’au milieu des années 60. La maison est pendant quelques temps, inoccupée, puis louée à différents locataires particuliers dans les années 1970-1980. La façade est peinte en blanc. La cour Verfaillie existe encore.

( Documents Daniel Labbé et Archives Municipales )

En Août 2013, la municipalité accorde un permis de démolir les 5 habitations de la cour Verfaillie.

( Documents Archives Municipales )

De nos jours, la façade actuelle du N° 19 a été rénovée, grâce à un ravalement complet. Les briques d’origine sont de nouveau mises en valeur. Cette maison est désormais superbement bien entretenue.

( Photo BT )

Remerciements aux Archives Municipales

Un abattoir à Roubaix

Roubaix eut autrefois son abattoir municipal. Toute trace a aujourd’hui disparu, que ce soit de l’abattoir lui-même, ou de la place et de la rue qui en découlaient. Voici son histoire. Le projet d’un abattoir municipal à Roubaix date de 1852, mais il ne peut aboutir qu’avec le décret impérial du 23 mai 1860. Jusque là, le territoire de Roubaix était parsemé de tueries particulières, dans les cours de fermes ou dans le pire des cas, les arrières cours des estaminets. Il y eut aussi un marché aux viandes qui se tint un moment sur la place de la Liberté dont l’espace exigu ne favorisait pas les conditions sanitaires. Les motivations des édiles étaient multiples : tout d’abord assurer la salubrité d’un tel service, réguler l’arrivage des viandes et centraliser les abattages. La municipalisation devait également apporter des ressources financières supplémentaires à la ville, une fois remboursé l’emprunt contracté. Pour réaliser cet abattoir un emprunt de 230.000 avait été autorisé, remboursable en 19 ans. Il sera remboursé à partir des recettes de l’abattoir. Un temps prévu à l’extrémité de la rue du Moulin Bernard (rue Bernard, aujourd’hui rue Jules Watteeuw) là où se tiendra un temps la caserne des pompiers, ce sera finalement dans le quartier du Jean Guislain, à proximité du hameau de la vigne, lequel est à l’époque en pleine campagne. L’installation de l’abattoir s’effectue donc aux portes de la ville. Le terrain situé entre les rues Lacroix et Lavoisier, est acheté le 4 Juillet 1860, les bâtiments sont adjugés le 16 Juillet 1860. Le terrain acheté n’offrant pas vers le Nord, une forme régulière, on a dû, pour le compléter, acheter à une bande de terrain complémentaire, suivant acte du 29 Décembre 1862.

Annonce dans le Journal de Roubaix

L’abattoir est ouvert aux bouchers le 12 septembre 1862. Un médecin vétérinaire fut attaché à l’établissement pour l’inspection des viandes. Le 12 décembre on y a abattu des bœufs, des taureaux, des vaches, des génisses, des veaux gras, des moutons, des porcs et des veaux de lait pour un total de plus de 3.000 têtes. L’année suivante, on dénombrera l’abattage de 13.000 têtes. Et le nombre ne fera qu’augmenter chaque année jusqu’à atteindre plus de 40.000 têtes en 1913. La réception définitive de l’abattoir eut lieu le 31 mars 1863. Le 15 mai, on procède au nivellement et à la pose d’aqueduc sur la future place qui sera dénommée Place de l’abattoir suite à une délibération municipale du 18 septembre 1867.

L’abattoir en 1904 Doc BNR Med Rx

Il semble que les aménagements se poursuivent régulièrement : construction de bergeries, porte cochère et campanile, prise d’eau, horloge, en même temps qu’on pense à le rentabiliser, un droit de pesage est perçu dès février 1863, en plus des droits d’abattage. Par la suite, la ville percevra le droit d’abri et des loyers pour l’abattoir. En 1865 la petite rue qui relie la place de l’abattoir à la grand rue prend le nom de rue de l’Abattoir puis elle deviendra en 1906 la rue Léon Allart du nom de l’industriel maire de Roubaix.

Dès lors, l’abattoir remplit sa mission et voit ses équipements se compléter peu à peu. En novembre 1871, il est procédé à l’achat d’une bascule. En octobre 1872 un crédit de 6500 fr. est voté pour travaux d’amélioration. En Janvier 1873, un marché de gré à gré est passé pour l’enlèvement des engrais provenant de l’Abattoir public. L’environnement d’un tel établissement n’est sans doute pas très agréable. Comme l’indique la pétition d’un certain nombre d’habitants au sujet de la fonderie de suif existant à l’Abattoir. En 1876, il est envisagé de construire trois nouveaux échaudoirs, sorte de cuves contenant de l’eau bouillante. On se préoccupe également des abords de l’abattoir et notamment des arbres de la place pour lesquels sont commandés des abris en fer. La grille de l’abattoir est également modifiée. Une deuxième bascule est achetée, signe de l’évolution grandissante du service. Et l’on demande l’adjonction d’un nouvel atelier : une triperie.

Vue sur la grille doc BNR Méd Rx

En 1880, il est question du rehaussement du bâtiment sans doute afin d’améliorer l’atmosphère ambiante de l’abattoir. On continue d’entretenir l’abattoir comme l’indiquent l’acquisition de tables et l’appropriation des échaudoirs. En 1883, on aura abattu plus de 20.000 têtes. Un vétérinaire assermenté est chargé de l ’inspection sanitaire des Halles et de l’Abattoir. Il opère la saisie des denrées reconnues impropres à la consommation, lesquelles sont enfouies ; il examine les bêtes de boucherie amenées en ville pour y être abattues, et fait pratiquer par un sous-inspecteur placé sous ses ordres, des inspections dans les boutiques de comestibles. L’organisation de ce service est antérieure à 1883. L’Abattoir communal manque bientôt d’échaudoirs et il est question de l’extension et de l’aménagement des locaux. En 1889, 27.000 têtes abattues !

L’abattoir vers 1900 doc BNR Méd Rx

En 1890, il est décidé la construction d’un logement pour l’Inspecteur. Il est également procédé à la réception définitive des travaux de construction d’un hangar et d’appropriations diverses à l’abattoir. En sa séance du 13 octobre 1893, on envisage la construction de nouveaux échaudoirs, décision entérinée le 3 novembre. Une décision importante concerne le marché aux bestiaux. Créé à Roubaix par arrêté ministériel en date du 21 Décembre 1863, il a été relativement florissant dans sa période de début, mais il a perdu peu à peu de son importance, en réalité, il n’existe plus. Une délibération du Conseil Municipal, en date du 18 Novembre 1892, a cherché à lui donner un regain de vitalité, en instituant des primes, en faveur des éleveurs ou commerçants y amenant des bestiaux. Cette délibération n’ayant été approuvée que le 27 Novembre 1893, ce n’est que le 13 Février 1894 qu’elle a pu être mise en application. Le marché aux bestiaux de Roubaix est franc de tous droits ; il se tient sur la place de l’Abattoir le Mardi de chaque semaine de deux à quatre heures. Le 13 avril 1894, c’est l’établissement d’un parc à moutons, suite à une demande des bouchers. En 1898 34.000 têtes sont abattues. Signe de l’importance des activités professionnelles, le Syndicat des marchands bouchers et charcutiers en gros de l’Abattoir de Roubaix est créé le 22 Mars 1898 et son siège se trouve à deux pas de l’abattoir, au n°30 Rue Lacroix. En 1899, l’étuve Wodon consiste essentiellement en un autoclave dans lequel se trouve un chariot à claies, recouvertes de la viande dépecée en morceaux de 3 à 4 kilos ; la viande est cuite par la vapeur sous pression, à la température de 115°, pendant trois heures. L’appareil est d’une grande simplicité ; un seul homme suffit au maniement, la dépense en charbon est minime. Cette étuve à stériliser les viandes tuberculeuses est installée à l’abattoir dans le courant de l ’année 1900, elle a permis de rendre applicables les mesures indiquées dans l’arrêté ministériel du 28 Septembre 1896 qui réglemente les saisies des viandes provenant d’animaux tuberculeux. Ces viandes, après la stérilisation dans la vapeur surchauffée, sont livrées à la consommation et leur vente remplit un double but ; elle permet d’indemniser les propriétaires des animaux saisis et de livrer au public, à prix réduit, une marchandise rendue tout à fait saine et nutritive.

Chevilleurs et vache doc BNR Méd Rx

Le 20 novembre 1908, le Conseil municipal approuve le projet de l’agrandissement de l’échaudoir des charcutiers et de la tuerie des chevaux. Adolphe Coupez conseiller municipal rappelle qu’il est nécessaire de changer la place où se fait la fonte des suifs et la boyauderie. Les habitants de la rue Lacroix et de la rue Fourcroy se plaignent très souvent des buées nauséabondes qui se dégagent à cet endroit. De plus du point de vue de l’hygiène, il y a encore beaucoup à faire, conclut-il. En 1910, plus de 40.000 animaux abattus. En sa séance du 21 novembre 1913, le conseil municipal décide de moderniser l’abattoir et d’exécuter divers travaux de réfection, d’aménagements, les travaux ont été évalués à la somme de 827.769 fr. 59. En 1912, les 42.049 animaux abattus ont fourni 5.435.483 kil. de viande, soit une augmentation, pour 1913, de 741 animaux et une diminution de 166.353 kilos de viande. La boucherie hippophagique a sacrifié 350 chevaux de moins que l ’année précédente. La constante progression de la production fait que l’abattoir est estimé trop petit, et un projet de nouvel abattoir est envisagé dès 1909 par l’administration Motte. Nous verrons dans le prochain épisode ce qu’il adviendra de ce projet.

à suivre

 

 

 

L’îlot de l’Hôtel des ventes

Aussitôt l’avenue des Nations Unies tracée, la salle des sports et le parking-Silo construits, on s’aperçoit, au milieu des années 80, que le virage de l’avenue offre à la vue de l’automobiliste un alignement de façades disparates datant du siècle précédent, peu attrayantes et incompatibles avec le standing de la nouvelle avenue. Dans la foulée des restructurations réalisées dans le quartier, on envisage alors une nouvelle opération de modernisation.

Photo Nord Eclair

Très vite, c’est l’ensemble du pâté de maisons limité par l’avenue des Nations Unies, la rue Pauvrée, la grand rue et la rue du curé qui retient l’attention des pouvoirs publics : après avoir restructuré l’Alma gare et l’Alma centre, on veut poursuivre les travaux de reconstruction. Cet ensemble est dénommé Îlot de l’hôtel des ventes.

L’îlot en 1953

Cette dénomination vient du fait qu’en 1968 s’est installé sur des parcelles au centre du pâté de maisons l’hôtel des ventes, venu de la rue du Collège en quête de l’espace qui lui manquait cruellement. Cet hôtel des ventes se trouvait rue du Collège depuis les années 30, après avoir déménagé de la grand rue. On construit sur le site un vaste bâtiment et des parkings, qui vont accueillir enchérisseurs et curieux.

Photos IGN et Nord Eclair

L’entrée principale s’ouvre au 22 rue du curé, face à la rue du vieil abreuvoir. Là se trouvait déjà une porte cochère. Un autre accès donne sur la rue Pellart

Avant et après – Photos Nord Eclair et Daniel Labbe

Pourtant, le projet de restructuration prévue de l’îlot reste modeste : comme on ne désire toucher ni à l’hôtel des ventes lui-même, construit récemment, ni au commissariat, dont le remplaçant est encore en projet et qu’on prévoit d’agrandir. Ces deux ensembles constituent avec la CAF, qui doit être reconstruite rue Gambetta en 1984, l’essentiel du centre de l’îlot. On projette seulement deux ensembles d’immeubles d’habitation donnant sur l’avenue des Nations Unies. L’un comportera 100 logements, et l’autre 90. Leurs emprises sont colorées sur le plan ci-après.

La Voix du Nord 1982

Tout l’alignement qui constitue les numéros pairs de la rue Pellart jusqu’au commissariat seraient donc amenés à disparaître. Ces immeubles en bon état, quoique souffrant d’un manque d’entretien abritaient depuis l’origine diverses entreprises de taille modeste, dont les locaux ont été repris après guerre par des associations. On y trouvait en effet, dans les années 60-70, au 8 l’atelier de réadaptation de l’association des paralysés de France, au 12-14 le centre d’apprentissage de filature du coton, au 34 le foyer des travailleurs africains, ainsi que plusieurs commerces et petites entreprises, sans compter quelques habitations individuelles.

Les immeubles du coin de la rue Pellart pendant les travaux de construction du Parking-Silo

Mais, au final, ce projet ne se concrétise pas. Il faut attendre la fin de la décennie suivante pour que les premières démolitions interviennent. Elles seront les prémices à un projet beaucoup plus vaste.

En 1996, le maire, René Vandirendonck, conscient de la disparition progressive du commerce dans le centre de la ville, défend devant la communauté urbaine un plan de réimplantation commerciale.

Celui-ci se concrétise d’abord par l’implantation de l’ensemble Mac Arthur Glenn sur les ruines de Roubaix 2000. Ce premier pas est suivi du projet d’ouverture d’un centre commercial Casino qui s’implanterait sur notre îlot de l’hôtel des ventes. Il comporterait un hypermarché de 8300 mètres carrés et une galerie marchande, l’ensemble représentant la création de 600 emplois pour les roubaisiens. On prévoit également de compléter cet ensemble par l’ouverture d’un complexe de neuf salles de cinéma juste à côté. Pour le coup, le projet va entraîner la destruction presque totale de l’îlot.

Photo Lucien Delvarre

La photo, reprenant le même point de vue que la précédente, nous montre le coin des rues du Curé et Pellart après les démolitions. Les immeubles de la rue Pauvrée disparaissent également, la rangée de gauche pour faire place au centre commercial, l’autre pour le complexe cinématographique.

Photo Lucien Delvarre

Quand à la grand rue, elle y perd quelques immeubles pour permettre l’implantation des accès au centre commercial.

Photo Nord Eclair

Mis à part le reste des commerces de la grand rue, l’ancien commissariat et quelques bâtiments à l’entrée de la rue du Curé, tout est rasé. On a fait place nette.

Photos IGN et Daniel Labbe

Il ne reste qu’à procéder à l’édification de ce qui prendra le nom d’Espace Grand Rue.

Photos la Voix du Nord

Les documents proviennent des archives municipales, de la médiathèque de Roubaix, et des sites de la Voix du Nord et de l’Institut Géographique National.

Forage au Sapin Vert

En octobre 1951, les villes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos se sont associées pour entreprendre en commun un nouveau forage pour trouver de l’eau potable. Jusqu’ici, le service des eaux de Roubaix Tourcoing utilisait deux stations de pompage : l’une à Pecquencourt et l’autre à Tourcoing.

Chaque jour les deux stations fournissent 22.500 m³ d’eau, or la consommation moyenne des deux villes sœurs est de 21.000 m³. La marge de sécurité est mince, d’autant que les nouvelles constructions commencent et avec elles les nouveaux branchements, sans parler des période de pointe en été.

La station de pompage du Sapin Vert en 1951 Photo NE

Le nouveau forage se trouve sur le territoire wattrelosien, au Sapin Vert, rue Alfred Delecourt. Deux forages vont chercher l’eau à plus de 120 mètres de profondeur. La production s’élèvera à 7200 m³ par jour sachant qu’un tiers de l’eau recueillie appartiendra à la ville de Wattrelos.

La station du Sapin Vert aujourd’hui vue Google Maps

Les villes de Roubaix et Tourcoing augmentent leur marge de sécurité de 4800 m³ par jour. L’autre intérêt c’est de pouvoir rétablir automatiquement toute la pression désirable par la remise en service du bassin supérieur de réservoir de Mouvaux grâce à l’apport wattrelosien. La mise en service de la station du Sapin Vert est prévue pour le Nouvel An 1952, assure Monsieur Jean Quinsace, directeur du service des eaux de Roubaix Tourcoing.

d’après la presse de l’époque

Inauguration au Beck

Les trois villes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos se retrouvent associées au moment de l’inauguration de de la station de pompage du Beck en novembre 1961. Cette station est en effet destinée à alimenter en eau potable les trois cités. Monsieur Quinsac, directeur du service municipal des eaux de Roubaix-Tourcoing rappelle les enjeux : les trois cités regroupent une population de plus de 230.000 habitants et le besoin en eau va croissant. En 1957, il fut envisagé de construire une usine élévatoire et le premier forage eut lieu en octobre 1957 sur le territoire de Wattrelos. L’emplacement idéal fut trouvé dans le quartier du Beck, rue Leuridan Noclain, à l’est des usines Kuhlmann, au nord du canal de Roubaix.

L’inauguration de la station de pompage du Beck Photo NE

La construction a duré quatre ans. Trois forages permettent de pomper l’eau et de la stocker dans un réservoir de 1000 m³ à travers trois batteries de déferrisation. L’eau est ensuite envoyée directement dans les réseaux de distribution de Roubaix Tourcoing Wattrelos. L’usine est entièrement électrifiée et la station est télécommandée à partir de la division « travaux » du service des eaux de Roubaix, rue de la Lys. Chaque jour c’est 23.000 m³ d’une eau très pure qui est ainsi fournie. M. Bourgin, secrétaire général de la préfecture du Nord prend alors contact par téléphone avec le service « travaux » et par télécommande la station est mise en marche.

Un banquet est alors servi au Grand Hôtel de Roubaix pendant lequel les trois maires, MM Delvainquière pour Wattrelos, Victor Provo pour Roubaix et Lecocq pour Tourcoing insistent sur l’urgence et l’importance du problème de l’eau. Ils sont suivis dans cette préoccupation par M. Bourgin représentant le Préfet du Nord.

d’après  la presse de l’époque