Le bijoutier de la Grand Place

Robert Bousquet est né à Paris en 1909. Après ses études, il devient apprenti en horlogerie bijouterie. Il se marie en Juin 1930 avec Ludivine Nys qui est secrétaire sténo dactylo dans un restaurant parisien.

( Document E. Bousquet )

Robert décide de s’installer à son compte. Son épouse étant originaire de Roubaix ( rue du collège ), il ouvre sa bijouterie horlogerie en Février 1932, au 42 rue de la Vigne, dans un petit commerce qui était auparavant le magasin des meubles De Beyne. Le couple Bousquet-Nys choisit son enseigne : Au Carillon.

( Document E. Bousquet )

Robert a le sens du commerce ; il offre le café à tous les visiteurs et n’hésite pas à poser un carillon géant sur son véhicule pour faire de la publicité dans la rue de la Vigne.

( Document E. Bousquet )
( Document E. Bousquet )

En 1946, Ludivine et Robert Bousquet souhaitent déjà développer leur clientèle sur la métropole lilloise et décident donc d’être présents sur un stand à la Foire Commerciale de Lille.

( Document E. Bousquet )

Le savoir faire professionnel de Robert est reconnu de sa clientèle. Les affaires fonctionnent de façon très satisfaisante, si bien que son jeune frère Henri est appelé en renfort ; il vient l’aider au SAV horlogerie dans la boutique et emménage dans une maison voisine.

Edyth, la fille de Ludivine et de Robert naît en 1952.

( Document coll. priv. )

Avec le développement important de l’activité, la boutique devient trop petite. Robert souhaite acquérir un magasin plus grand si bien que, quand il est informé que le célèbre café de l’Univers se libère sur la Grande Place, il saute sur l’occasion et s’y installe en 1953.


( Document Archives Municipales )

Le magasin est bien sûr installé au rez de chaussée ; au 1° étage sont aménagés le bureau de Robert et les archives comptables ; au 2° étage se trouve l’atelier horlogerie, desservi par un monte charge très pratique.

Robert garde son domicile rue de la Vigne, le temps d’aménager le 1° étage du bâtiment de la Grand Place. Ludivine et Robert y emménageront plus tard en 1957.

( Document E. Bousquet )

Le magasin a une surface de vente de 95 m2, ce qui permet à Robert d’étendre sa gamme d’orfèvrerie et de joaillerie et d’ajouter des articles cadeaux et trophées sportifs. Il développe également le choix en proposant des montres de marques prestigieuses, comme Lip, Tissot, Seiko, Breitling, Omega. Il est dépositaire exclusif des produits Jaeger-LeCoultre, et présente un choix fabuleux de 1000 montres exposées dans ses 15 vitrines !

( Document E. Bousquet )

Les affaires sont prospères. Robert Bousquet investit dans la publicité pour son nouveau magasin : « Le Bijoutier de Roubaix Grande Place » . En 1954, Robert Bousquet reçoit la croix de chevalier de l’ordre du mérite commercial.

( Document E. Bousquet )

Robert aime les automobiles, et en particulier les belles voitures américaines. Sur cette photo, on aperçoit son véhicule stationné en face de son magasin, une Henry J. Kaiser d’une belle couleur bleue.

( Document E. Bousquet )

Il crée le « Club du Haut Commerce de Roubaix » qui regroupe les principaux commerçants du centre ville comme Papillon Bonte, Screpel Pollet, le restaurant Maurice, la coiffeuse Marcelle Duhamel et bien d’autres. Il en devient le président.

( Document E. Bousquet )

Imaginatif, Robert Bousquet créé le concours de l’exactitude, à la fin des années 50. Ce concours, réservé aux écoliers de Roubaix, consiste en une rédaction de textes sur l’exactitude. Très populaire auprès des roubaisiens, il est reconduit d’année en année, de 1956 à 1963. Robert n’hésite pas à distribuer, sur le trottoir de son magasin, des bulletins de participation aux élèves intéressés, et aménage magnifiquement une de ses vitrines pour présenter le concours.

( Document E. Bousquet )

Les lots sont nombreux : une montre en or, un livret de Caisse d’Epargne de 10.000 anciens francs, un voyage pour visiter l’usine Lip à Besançon et y rencontrer M. Fred Lip en personne, un déplacement en hélicoptère de la compagnie Sabena à l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1958 et de nombreux autres cadeaux de valeur pour les gagnants suivants.

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À suivre . . .

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Remerciements aux Archives Municipales, et à Edyth Bousquet pour son témoignage et la documentation.

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Des cuisinières à la salle de sports

Une entreprise de chauffage, tôlerie et fumisterie est créée en 1865 par les frères Liagre au 14 Boulevard de Paris. Les ateliers se situent dans la rue parallèle juste derrière, la rue des Loups.

L’entreprise de Georges Liagre fonctionne de façon très satisfaisante et, pour faire face à son développement, elle déménage dans de nouveaux locaux plus grands, au 8 rue Neuve , en 1908.

Georges Liagre est présent à l’Exposition Internationale de Roubaix en 1911. Il présente sur son stand ses fourneaux de cuisine au charbon et au gaz. Il obtient la médaille d’argent du concours de l’exposition. Cela va encore lui amener davantage de clients, si bien qu’il doit penser à nouveau à trouver des locaux plus vastes.

Au début des années 1920 Paul Liagre reprend l’affaire ; il s’installe au 211 rue de Lannoy dans l’ancienne brasserie Delcourt Herbeau. Il créé un magasin de vente au 211 bis.

Il dépose la marque « Enfin » pour ses cuisinières.

La production de fourneaux de cuisine, en tôle émaillée et à revêtements de faïence, continue. Après quelques années d’expansion, l’entreprise est reprise par 3 associés et amis : J. Portié, J. Courouble et M. Fleurbaix en 1950.

Les affaires se développent. En 1957, au vu des problèmes de circulation de la rue de Lannoy et de l’importance du tonnage des camions de livraison, le gérant de la société des cuisinières Enfin, J Portié, décide d’agrandir la porte d’entrée. Les travaux sont confiés aux Ets Buirette, rue Thecles.

Document Archives Municpales

En 1962, la société Deville, de Charleville Méziéres, reprend l’entreprise. Elle est spécialisée dans les appareils de chauffage au mazout ; la « flamme bleue Deville » est une enseigne familière aux yeux des Français. Deville reprend la fabrication des cuisiniéres Enfin au charbon et au gaz, qui viennent donc en complément de leur système de chauffage au fuel.

Deux ans plus tard, en 1964, Deville décide d’investir dans d’importants travaux : la construction d’un atelier, d’un grand hall à charpente métallique qui permet l’évolution à couvert du personnel, des marchandises et des véhicules. Un parking de 20 places et une cour de 68 m2 sont également créés. Ce bâtiment n’est pas visible de la rue ; les voisins de la rue Nabuchodonosor donnent leur accord pour la construction. Les Ets Browaeys, 14 rue Boucicaut sont chargés des travaux.

Document Archives Municipales

Les photos suivantes nous présentent le site avant et après les travaux.

Documents IGN 1953 et Google Maps

En 1982, des travaux d’embellissement sont réalisés : ravalement de façade avec peinture extérieure et pose d’une enseigne Deville.

Document Archives Municpales

A la fin des années 1980, la production des cuisinières est stoppée. Il ne reste plus à Roubaix qu’un dépôt, et en 1990 Deville ferme ses portes.

En 1996, la ville rachète le bâtiment. Les locaux en façade, rue de Lannoy, deviennent des bureaux.

Photo BT

L’immense hall de 1200 m2 devient une salle de sports avec entrée rue Nabuchodonosor. Cette salle de sports s’appelle « Salle Deville ». Plusieurs disciplines y sont pratiquées : sports de combat et sports collectifs dont basket, futsal et badminton.

Photo BT

Dix ans plus tard, en 2016, la salle de sports Deville, dont le revêtement est très dégradé, dit adieu aux sports collectifs ( murs trop proches du terrain de jeu, revêtement très dégradé, hauteur de toit non conforme aux normes, etc . . . ).

Aux yeux de la municipalité roubaisienne, la pratique des sports collectifs et du badminton n’est plus du tout adaptée à ce qu’est devenue au fil du temps la salle Deville ; elle va être transformée pour accueillir uniquement des sports de combat.

Le terrain qui était réservé aux sports collectifs est recouvert de tatamis, pour accueillir les clubs de boxe thaï, de kick-boxing, de self défense, de lutte, de judo, et de musculation. La salle reçoit également les écoliers pour les activités péri scolaires.

Photo BT

La salle Deville est dirigée par Jacques Aspeel qui est aussi responsable des activités de boxe.

Ces disciplines ont un franc succès dans le quartier, comme de manière générale à Roubaix. Tous les soirs, la salle est bondée et les sports de combat servent d’exutoire à la jeunesse.

Remerciements aux Archives Municipales pour la documentation, à Jean François Portié et à Jacques Aspeel pour leur témoignage.

Les documents non légendés proviennent de collections privées.

Le Photographe de la rue Pauvrée

Georges Bourgeois est né en 1875. Il est artisan chimiste. Il a 20 ans en 1895 quand il crée son commerce de photographie au 39 bis rue Pauvrée. A cette époque héroïque ce sont encore les balbutiements de la photographie ! Georges habite avec sa femme Marie, à l’étage. Marie l’aide au laboratoire photo dans l’arrière boutique dans des conditions pénibles, car très humide à l’époque. Dans leur studio ils développent les portraits, photos de mariages, naissances etc. .

Animation de rue, face au magasin 1910 ( Document G. Bourgeois )

L’affaire connaît un démarrage prometteur. Georges Bourgeois est le premier commerçant à installer une enseigne lumineuse sur sa façade, avant la guerre de 1914. Il fera l’acquisition d’une maison d’habitation plus confortable au 112 rue Ingres.

Son fils, Georges Alfred Bourgeois naît à Roubaix en 1900 ; il prend la relève après la guerre et les affaires se développent. Il crée et offre à ses clients un petit livret de 24 pages qui propose des conseils pratiques pour la photographie.

Les ventes de matériel photo viennent apporter un complément de chiffre d’affaire aux développements et tirages. En outre, il loue des films Kodak et Pathé-Baby.

Un incendie dans les années 50 va mettre à mal son commerce, mais la devise des Georges Bourgeois de père en fils, est de ne jamais baisser les bras, et de se remettre au travail. Par conséquent, au début des années 60, le magasin devient le plus gros vendeur Kodak de la région.

La renommée du nom Bourgeois dépasse très largement le cadre de Roubaix et même de la métropole.

Le fils de Georges s’appelle Georges également : le troisième du nom ! Georges René Bourgeois naît à Roubaix en 1936. Il continue l’activité en reprenant le commerce en 1964 à son retour de la guerre d’Algérie.

A la fin des années 60, il rachète le commerce voisin au 37 de la rue, magasin de parapluies et rideaux de Mme Wilde Decauchy.

En 1970, il décide de transformer complètement son magasin. Il fait appel aux Ets Wagnon, 18 bis rue des Arts, pour l’agrandissement, aménagement intérieur, et refonte de la façade avec des vitres blindées, des matériaux modernes en inox, et des couleurs branchées comme la lave bleue.

Avant et après les travaux ( Documents G. Bourgeois et Archives Municipales )

 

Le commissariat de police de la rue Pellart a un mur commun avec le magasin de Georges Bourgeois. Le commissariat a prévu de s’agrandir, et Georges risque d’être  expulsé. Finalement le projet d’extension du commissariat est abandonné, ( un hôtel de police sera construit Boulevard de Belfort ). Georges est néanmoins exproprié, un peu plus tard, au milieu des années 80, car la rue Pauvrée va disparaître et laisser la place à la rue Jean Monnet, plus large, en accès direct à l’avenue des Nations Unies.

Georges Bourgeois doit donc faire face à des difficultés financières, car les crédits ne sont pas terminés, mais le commerce va réussir à franchir le cap.

Georges Bourgeois s’installe alors à deux pas, au 49 bis Grande Rue ( dont la façade donne sur la place de la Liberté ) et continue à se battre pour son commerce. Il obtient d’ailleurs, à plusieurs reprises, des récompenses dans des concours nationaux organisés par les fabricants. Il est également distingué par le magasine  » Le Chasseur d’Images  » et le journal  » Photo « 

Il est aidé par son neveu : Stéphane Vroman

En 1998, Georges Bourgeois est de nouveau expulsé. L’emplacement de son commerce et de ceux de ses voisins vont en effet être rasés en 2000 pour la création du centre cinématographique le « Duplexe » Il prend alors sa retraite.

Document VDN 1999

Son neveu, Stéphane, qui travaillait avec lui, s’associe avec un ami, Arnaud. Ils ouvrent un nouveau magasin à 50 mètres de là, au 33 Grande Rue, (magasin qui était auparavant le commerce des chaussures André). Il travaille sous l’enseigne Phox ; aujourd’hui il est adhérent Camara. C’est l’un des derniers commerces de photographie de la ville.

( Document Site DV Camara )

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Remerciements à Georges Bourgeois ( 3° génération ) et aux archives municipales. Les autres documents proviennent d’une collection privée.

Les photographes Charier

Paul Charier

Paul Charier est droguiste, au 135 rue de l’Epeule, à la fin des années 1920. De formation chimiste, il connaît parfaitement bien ses produits d’entretien et ses conseils sont très appréciés de la clientèle. Son commerce fonctionne bien. Il a de très bonnes relations avec son confrère et ami Jules Crombé.

( Coll. priv. )

Il possède une pompe à essence sur le trottoir ; cette distribution de carburants lui amène un complément de chiffre d’affaire appréciable. Dans les années 30, il recrute un encadreur spécialiste, pour offrir à sa clientèle davantage de services. Mais Paul Charier reste avant toute chose, passionné par la photographie. Il développe donc fortement ce secteur de la photo et très rapidement le magasin se retrouve trop petit.

( coll. priv. )

En 1954, son voisin d’en face, au 132 rue de l’Epeule, V. Lamboux, commerçant concurrent en photographie, cède son commerce. Paul Charier profite de l’occasion et reprend ce magasin en plus du sien. Il se retrouve donc, avec 2 points de vente : le 135 pour la droguerie et le 132 pour la photographie.

( coll. priv. )

En 1956, il fait rénover la façade du 132 par l’entreprise Baranger rue des Arts et fait poser une flèche Kodak avec éclairage au néon.

( Archives Municipales )

Au milieu des années 60, l’épouse de Paul se fait renverser par une automobile, en traversant la rue pour rejoindre l’autre magasin ; elle est blessée. Cet accident motivera Paul à céder son magasin de droguerie du 135 à P. Douvry en 1966, pour ne garder que l’activité de photographe jusque la fin des années 1980 où il prendra sa retraite.

Eric Marcel Charier

Eric Charier est le fils de Paul Charier. Il a bien sûr attrapé le virus de cette passion pour la photographie de son père, dans leur habitation de la rue Rémy Cogghe. Il ouvre son magasin et son atelier au 86 rue de Lille, à la fin des années 60.

( coll. priv. )

Eric est plus spécialisé dans le domaine des portraits, photos d’identité, mariages et reportages. Dans les années 70, il se voit contraint de déménager son atelier qui fera place à un parking et à une future station de métro. Il s’installe un peu plus loin, au 23 rue du professeur Langevin à Croix.

Emile Charier

Emile Charier est le neveu de Paul Charier. Il est également photographe. Il reprend un magasin de jouets en 1955, au 1 rue Jules Guesde, qui était tenu par M. Kerman, pour le transformer en point de vente de photographie et atelier photo.

( coll. priv. )

En 1964, il fait rénover sa façade par l’entreprise Debarge de Lys lez Lannoy, remplace les fenêtres par des vitrines, et change sa porte d’entrée. Le magasin est accueillant et lumineux.

( coll. priv. )

Les affaires fonctionnent très bien. Le service et les conseils d’ Emile Charier sont appréciés. Pour fidéliser sa clientèle, il créé une enseigne « Le Club » et propose une carte de fidélité.

( coll. priv. )

En 1979, Emile Charier cède son commerce à Marc Leroy qui réalise quelques travaux de rénovation de façade et la pose d’une nouvelle enseigne.

( Archives Municipales )

Puis, dans les années 80 à 90, arrivent sur le marché les appareils photos numérique. C’est une véritable révolution ! Les ventes de pellicules photo s’écroulent. Il en est de même pour les tirages et développements. Les téléphones portables qui prennent des photos et des films vont accentuer ce déclin.

Il ne reste plus pour les magasins que la vente d’appareils photo numérique mais, concurrencés par les enseignes spécialisées et les hypermarchés, les commerces de photographes ont pratiquement tous disparu ; celui de Marc Leroy en fait partie. Seuls les artisans ont bien résisté pour les photos artistiques, les portraits, les identités, les cérémonies et autres reportages industriels ou publicitaires.

 

Remerciements aux Archives Municipales pour les documentations, et à Alain Charier pour son témoignage.

Le monument Nadaud change d’emplacement

‘( coll. priv. )

1896 : Le monument Gustave Nadaud, célèbre poète musicien et chansonnier Roubaisien, est érigé en face du parc de Barbieux.

‘( coll. priv. )

Sur cette photo, on distingue à l’arrière plan le pavillon du commissariat général de l’exposition de Roubaix de 1911.

( Photo IGN )

Le monument Gustave Nadaud est installé sur un terrain communal dans la courbe de l’avenue Jean Jaurès, face au Parc de Barbieux, et face au Lycée de jeunes filles ( Lycée Baudelaire aujourd’hui ). 91 ans après, soit en 1987, la municipalité décide de vendre la parcelle de terrain située derrière le monument pour qu’on y construise un immeuble de bureaux.

( Photo BT )

De ce fait, le monument de Gustave Nadaud va être transféré 700 mètres plus loin, au beau milieu du parc de Barbieux, à côté de l’ancien kiosque à musique. Le monument pèse environ 70 tonnes. Impossible de déménager une telle masse d’un seul coup de baguette magique. C’est la société roubaisienne Devianne-Manutention qui est chargée de la délicate opération à savoir démonter le monument pièce par pièce.

( coll. priv. )

On commence par enlever les 2 muses en bronze, puis l’ange, puis la tête de Nadaud que l’on va amarrer sur la plate-forme arrière d’un camion, et ensuite le socle, moellon par moellon.

( coll. priv. )

Le démontage dure 2 semaines. C’est la société Wyffels-Gikière, quai de Lorient à Roubaix, qui est chargée du démontage et remontage pour la partie technique. Une dalle de béton de 50 tonnes coulée sur place, est nécessaire pour supporter un tel monument. Les différentes pièces sont stockées pour être nettoyées et restaurées par M Marissal, sculpteur.

30 ans après, soit en 2017, le monument Gustave Nadaud est toujours à la même place ! Il a subi malheureusement les affres de la pollution de plus en plus importante. Il profite de la restauration complète du parc de Barbieux cette année, pour être entièrement restauré. Le résultat est magnifique !

( Photo BT )

 

La deuxième vie de « La Goutte de Lait »

Vers la fin du 19° siècle, le docteur Hippolyte Butruille, face au taux de mortalité infantile à Roubaix propose d’assurer une distribution de lait aux familles nécessiteuses. Reprenant cette idée, le Conseil général, présidé par M Eugène Motte, vote en 1896 une première subvention, puis, un généreux roubaisien, M Pierre Wibaux est à l’origine de la création en 1903 d’un local : La Goutte de Lait.

L’objectif est d’encourager l’allaitement maternel, de respecter les règles de l’hygiène infantile, de fournir un lait sain pour les enfants obligés à l’allaitement artificiel, et de donner aux mères les conseils d’hygiène nécessaires pour les enfants.

La Goutte de Lait – 31 Boulevard Gambetta ( Journal de Roubaix 1912 )

 

Après un demi siècle de fonctionnement, une circulaire ministérielle oblige à fournir aux enfants des écoles des rations de lait journalières. Le centre ne peut suffire à la tâche et la municipalité fait appel à des sociétés extérieures pour fournir les grandes quantités de lait nécessaires. La Goutte de Lait perd alors sa raison d’être et, en 1959, le Conseil Municipal décide la désaffection du service et procède à la vente du matériel.

Le 1er février 1961, le bâtiment du 31 Boulevard du général Leclerc est loué à l’État pour l’installation de la recette perception de Roubaix nord. Un bureau sera réservé à une infirmière Mme Belpalme. Cette situation va durer jusqu’en 1977.

Document VDN 1977

La Municipalité autorise en 1977, Joseph Kolodziej président de l’Aquaclub 59 à installer dans les locaux de la Goutte de Lait, une exposition intitulée L’Animaquarium : exposition aquariophile et terrariophile, poissons et reptiles.

C’est un musée qui regroupe une quarantaine d’aquariums d’eau douce et d’eau de mer, de 40 à 500 litres, ou les visiteurs peuvent admirer une faune et une flore formant une féerie de couleurs. 200 amateurs passionnés font partie du club.

La Municipalité est ravie. L’Animaquarium est situé dans le prolongement du secteur piétonnier et constitue en quelque sorte le prolongement du centre culturel de la ville.

Inauguration ( Document VDN 1978 )

L’inauguration a lieu en Décembre 1978 en présence de M Pierre Prouvost député maire. Joseph Kolodziej lui fait découvrir le monde aquatique de l’Aquaclub59, et lui fait part des projets d’agrandissement avec un nouvel aquarium de 5000 litres.

L’exposition est ouverte à toute la population et surtout aux écoliers et étudiants, de 14h à 20h pendant une dizaine de jours. Entrée 5 Francs pour les adultes, et 3 Francs pour les moins de 18 ans.

Le club se développe. En deux ans, de nouveaux aquariums sont arrivés. On y trouve une arche de Noë aquatique dans de l’eau douce, eau de mer, et eau saumâtre. Chaque exposition attire un public de plus en plus nombreux, et l’association bénéficie de subventions municipales.

En 1986 les relations entre la Municipalité et l’association Aquaclub59 se dégradent. Les commerçants locaux se plaignent d’une certaine concurrence déloyale de Roubaix-Animaquarium. Ils estiment que sous couvert d’un objectif louable, les responsables en profitent pour faire du commerce ; vente d’aquariums, de poissons etc. . .

En 1987 la mairie demande officiellement aux responsables Aquaclub59 de continuer leur activité en cessant toute activité commerciale.

Et malheureusement la liquidation totale et définitive est prononcée en 1988. Au début des années 1990 l’Aquaclub 59 déménage dans un autre endroit à Wattrelos,

Le déménagement de 600 kgs de verre des aquariums ( Doc Aquaclub59 )

Le bâtiment de la Goutte de Lait va rester inoccupé pendant 10 ans. L’architecte roubaisien Jean Charles Huet reprend le bâtiment dans un état déplorable. Seule la façade du Bld Leclerc va pouvoir être sauvée. Le reste n’est que désolation ! Les toitures fuient, les planchers s’écroulent, la mérule est omniprésente. C’est une catastrophe !

Façades : Bld Leclerc et rue de la Poste avant travaux ( Document Archives Municipales )

JC Huet dépose un permis de construire en 2000. Le projet consiste pour le côté Leclerc, à sauvegarder bien-sûr la magnifique façade existante et de refaire complètement l’intérieur qui est transformé en bureaux.

La partie centrale est rasée et devient une terrasse.

Pour le bâtiment arrière ( rue de la Poste ) la façade est conservée, c’est l’ancien vestige de l’usine Motte Bossut avant son incendie de 1866. Au rez de chaussée, l’architecte prévoit un logement, et à l’étage des bureaux.

L’usine Bardahl à côté est démolie et le jardin qui se trouve derrière la monument Eugène Motte est devenu une forêt vierge, cet espace vert est bien évidemment conservé et entretenu.

( Document Archives Municipales )

Le projet est accepté par la Mairie. Les travaux débutent. La façade rénovée est magnifique. C’est un projet conscient de l’histoire du site, respectueux et délicat qui vient prolonger l’histoire de la Goutte de Lait.

Aujourd’hui le bâtiment est occupé par un cabinet médical ; des médecins spécialisés en rhumatologie ( côté Leclerc ) et par des médecins en dermatologie ( côté Poste )

Façade actuelle ( Photo BT )

Remerciements aux Archives Municipales pour la documentation, et à Jean Charles Huet pour son témoignage.

Le Garage du Parc

Amédée Haustrate est passionné d’automobiles. Il construit un garage sur un terrain vierge, au 70 Boulevard de Cambrai, au début des années 1920 et commence son activité en tant que réparateur de toutes marques.

L’activité est très rapidement satisfaisante, si bien qu’Amédée Haustrate passe un accord avec le constructeur des automobiles « La Licorne » pour l’exclusivité sur les métropoles Lilloise et Douaisienne. Il devient également dépositaire des marques Fiat, Donnet et Dodge.

Collections privée et La Licorne

Afin de développer son garage et la marque automobile « La Licorne », peu connue, il réserve deux stands à la Foire Commerciale de Lille.

Dans les années 1930, il engage un directeur commercial, Georges Briet, pour l’aider à satisfaire les nombreuses demandes de ses clients

Amédée Haustrate est également expert automobile. En 1937, il a son bureau au 59 rue du Trichon, et son domicile au 202 rue du Moulin.

Désiré Henneron reprend le garage en 1938, juste avant guerre. Il n’est pas mobilisé, car il est affecté à la réparation des véhicules militaires.

A la libération, il reprend son activité et décide de prendre le nom de « Garage du Parc » pour son établissement, vu la proximité immédiate du parc de Barbieux.

Il fait construire sa maison sur le terrain à la droite du garage en 1946, par l’entreprise de M Delfosse sise rue de Crouy.

Document Médiathèque de Roubaix

Sur cette photo, entre les deux pompes à essence ( Super et Ordinaire ), on reconnaît Désiré Henneron, qui est le 2° en partant de la droite. Son salarié à sa gauche est Maurice Roucou, et tout à gauche, deux autres collaborateurs du garage.

Il devient agent Citroën en 1948.

En 1961, il réalise quelques travaux sur sa façade : modification d’une fenêtre et percement d’une porte ( à la gauche de la porte d’entrée du garage ) pour l’installation d’un petit bureau. Les travaux sont confiés à M Delfosse qu’il connaît bien et qu’il apprécie.

document Archives Municipales

Paul Deldalle travaille dans un garage à Paris. Il élève ses deux enfants avec son épouse Thérèse. La vie n’est pas facile à Paris et ils décident de revenir dans le Nord.

Par relation, il rencontre Désiré Henneron. Le courant passe bien entre les deux hommes.

Paul Deldalle reprend le garage en Mai 1964, et embauche Désiré Henneron et Maurice Roucou.

Paul veut réussir, il a plein de projets pour développer sa petite entreprise. Il ne compte pas ses heures : levé à l’aube, il termine ses journées très tard et ce 6 jours sur 7.

En 1968, il fait modifier sa façade en aménageant une baie à droite de l’entrée principale, par l’entreprise de Thomas Piskozub sise rue Emile Moreau. Cette porte donne accès à une mini station de lavage pour les véhicules des clients.

Cette même année, il remplace les 2 pompes à essence par des volucompteurs plus modernes qu’il supprimera malheureusement en 1980 car le prix des carburants devient très concurrencé par les Hypermarchés.

Archives Municpales

Il souhaite s’agrandir et réussit à faire l’acquisition de 3 petites parcelles de terrain, à droite de son habitation, juste avant la maternité Boucicaut et, après de longues négociations difficiles avec la mairie, les plans de l’architecte Jacques Mollet sont enfin acceptés en 1981 ; le garage ouvre enfin en 1983.

Photos Google Maps et Archives Municipales

C’est maintenant un garage moderne de 1200 m2 très lumineux, très fonctionnel.
L’ancien garage de 400 m2 devient un parking pour les véhicules et l’atelier de carrosserie. La cabine de peinture se trouve au fond derrière le jardin. A droite est aménagée une longue cour pour stocker provisoirement les épaves.

En 1985, la concurrence est rude sur la ville de Roubaix : un seul concessionnaire, les Ets Cabour Van Cauwenberghe situé Grande Rue et rue Racine, mais surtout, onze agents Citroën répartis sur la ville.

Paul Deldalle prend une retraite bien méritée en 1990, et laisse ses 2 fils, Jean et Xavier, aux commandes du garage. Ils sont complémentaires, l’un étant mécanicien, l’autre carrossier.

Les affaires continuent à être satisfaisantes, malgré des marges de plus en plus réduites et la concurrence de grandes enseignes spécialisées dans le petit entretien automobile. Mais, les deux fils de Paul ont été à bonne école, ils appliquent la recette paternelle : travailler dur avec ténacité et persévérance.

Photos actuelles BT

 

 

Remerciements aux Archives Municipales et à la BNR pour leur documentation, et à Paul, Jean et Xavier Deldalle pour leurs témoignages.

La clinique Descarpentries

Maurice Descarpentries est fils et petit-fils de médecin. Originaire de Lomme, après ses études au collège d’Armentières, il entre à la faculté de médecine de Lille. Il passe ses examens avec succès, devient médecin et continue donc la tradition familiale : docteur de père en fils. En 1905 il habite au 6 rue Pauvrée et partage son cabinet médical du 46 rue Pauvrée avec le Docteur Fauverghe. Il entre comme chirurgien à l’hôpital de la Fraternité de Roubaix.

Maurice Descarpentries ( coll privée )
Maurice Descarpentries ( coll privée )

En 1910 il a 31 ans; il décide de construire sa propre clinique privée. Il choisit un terrain vierge, à l’angle du Boulevard de la République à Roubaix et du Boulevard Descat à Tourcoing. Selon lui, c’est un endroit très bien placé, au beau milieu de ces 2 importantes cités, qui lui assure de grandes facilités de communication avec le passage des tramways; c’est un lieu très calme face au canal, éloigné des usines et des quartiers populaires. Il souhaite une clinique modèle, gaie, avec toutes les techniques modernes d’hygiène. Il s’est inspiré pour cela, des autres cliniques privées qu’il a visitées, Pour la construction, il confie le dossier à Auguste Dubois, architecte diplômé par le gouvernement, qui a son bureau au 4 rue de la Fosse aux chênes.

La clinique Descarpentries (coll privée )
La clinique Descarpentries (coll privée )

La clinique ouvre en Avril 1913. Elle comprend un vaste bâtiment dont une aile est formée par l’habitation du docteur, et l’autre par les chambres des malades. Ce bâtiment entoure le jardin. Le rez de chaussée comprend un vestibule, un bureau, une salle d’attente. Dans le fond se trouvent le laboratoire et la salle de radiographie.

Une chambre ( coll privée)
Une chambre ( coll privée)

Au premier étage, on trouve les chambres des malades, et une longue galerie de 100 mètres, qui donne sur le jardin. Toutes les chambres sont gaies; elles sont bien isolées du bruit et de la chaleur, avec des matériaux très modernes pour l’époque. Elles sont éclairées à l’électricité par un plafonnier, et chauffées par un radiateur. Certaines chambres ont des toilettes. Les malades peuvent contacter la salle de garde, par une sonnette électrique. La salle d’opération se trouve au même étage, très moderne, très vaste, avec une hygiène absolue. Tout le personnel est logé au deuxième étage.

La salle d'opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )
La salle d’opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )

Les débuts pour la clinique sont difficiles; la guerre 14-18 commence juste après l’ouverture de 1913. Il faut attendre le début des années 1920 pour que le succès soit au rendez vous; la clinique ne désemplit pas, et Maurice Descarpentries pense déjà à agrandir. En 1926 il fait construire un logement de 4 pièces au dessus de l’entrée principale. C’est une prouesse technique que de construire un étage sur le vide, et c’est un bel ensemble homogène et harmonieux puisque le constructeur a utilisé les mêmes matériaux.

Entrée de la clinique ( coll privée )
Entrée de la clinique ( coll privée )

La fille du docteur Descarpentries, Marguerite, se marie en 1927 avec Michel Samsoen, qui est également médecin chirurgien et va donc pouvoir aider son beau père à la direction de la clinique. En 1936 la clinique se modernise encore: un monte malade est installé par l’entreprise Henri Monnier de Roubaix. Cet ascenseur est particulièrement utile et pratique et on imagine aisément le soulagement des brancardiers! Parmi les clients de la clinique, on trouve des personnalités renommées, comme par exemple Maxence Van Der Meersch qui s’y fait soigner par son ami de longue date,

Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )
Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )

Maurice Descarpentries continue ses nombreux travaux de recherches pour le développement de la médecine. Il se spécialise dans la chirurgie, l’anesthésie, la gynécologie. Il se signale au monde savant par des publications remarquables. De nombreuses distinctions lui sont décernées: chevalier de l’ordre de Léopold, officier de l’instruction publique, médaille d’argent de l’assistance publique, officier d’académie,

Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )
Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )

Michel Descarpentries décède en 1945. Son gendre Michel Samsoen continue alors à gérer la clinique, aidé par son directeur Casiez Ecrepont qui occupe le logement de fonction de l’établissement,

Projet d'aménagement 1963 ( archives municipales )
Projet d’aménagement 1963 ( archives municipales )

Les affaires sont toujours florissantes dans les années 50, et en 1963 Michel Samsoen fait une demande de permis de construire pour une chaufferie et une chambre, mais ne réalisera pas les travaux, car les premières difficultés apparaissent. Un rapprochement avec d’autres établissements est nécessaire ( comme par exemple la clinique du Dr Omez boulevard de Cambrai ou la clinique Saint Martin rue de l’Amiral Courbet ) Malheureusement la clinique ferme au milieu des années 1970 entraînant le licenciement d’une quinzaine de personnes. Michel Samsoen prend sa retraite. Son fils Maurice Samsoen, qui l’aidait à la gestion, participera à la création de la Clinique du Parc à Croix, puis partira à la clinique de Wattrelos. La clinique Descarpentries est vendue en 1980 à Lucien Lagache, commerçant possédant 3 magasins de meubles et d’électro-ménager rue de Lannoy, dépositaire des produits Brandt et Grammont. Il va transformer le bâtiment en magasin de meubles haut de gamme. La clinique va pouvoir revivre à nouveau sous une forme différente !

Lucien Lagache ( coll privée )
Lucien Lagache ( coll privée )

Le concept est intéressant et original. L’idée est de proposer des meubles de très grande qualité et de finition parfaite à la clientèle, en conservant l’architecture et l’agencement intérieur. Lucien Lagache veut que chaque meuble soit présenté un peu «comme chez soi». La clinique a été livrée «dans son jus» avec tous les meubles, la salle d’opération, les bureaux, etc… Les chambres de la clinique deviennent des salons, des salles de séjour ou des cuisines. Il est nécessaire que le meuble soit présenté dans une ambiance adéquate, comme par exemple un meuble Louis XV dans une pièce de couleur vieux rose, un style Empire dans un décor vert. Le nom donné est «La Châtellenie». D’importants travaux sont donc réalisés en 1981:rénovation de la façade et peintures intérieures. L’emplacement des deux maisons situées au 71 et 73 du Boulevard, qui avaient été rasées, va devenir le parking clients pour le magasin. Une mini cafétéria sera créée.

La Châtellenie ( archives municipales )
La Châtellenie ( archives municipales )

Le démarrage est difficile: retard dans les travaux, manque de trésorerie , peu de rotation des stocks, tracasseries administratives. Lucien Lagache se démène pour s’en sortir; ainsi il expose et vend ses meubles soldés à la salle du Fresnoy de M Deconinck, toute proche. Deux ans plus tard «La Châtellenie» dépose le bilan. En 1986, celui-ci est assorti d’un concordat en vue de l’apurement des dettes. En 2001, le bâtiment est vendu aux enchères. S’en suit alors un imbroglio juridique sur les actes de propriété du bâtiment, qui va durer quelques années, et n’est pas terminé, car Lucette Lagache continue à se battre.

Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )
Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )

Début 2015, LMH Lille Métropole Habitat, propriétaire de l’immeuble, envisage des travaux de réhabilitation et extension pour la création de 88 chambres pour l’Oasis, foyer de jeunes travailleurs de la rue de Lille, ce qui entraîne un mécontentement des riverains inquiets. Une procédure judiciaire est engagée. Un nouveau permis de construire est délivré en Juillet 2016.

Le bâtiment de nos jours ( Photo BT avec l’aimable autorisation de Lille Métropole Habitat )

Cela fait maintenant 35 ans que ce superbe immeuble à l’entrée de la ville est inoccupé, dévasté, pillé, défiguré. Pendant combien de temps encore va-t-on laisser à l’abandon ce bâtiment, mémoire des Roubaisiens ?

 

Remerciements à Maurice Samsoen et Lucette Lagache pour leurs témoignages et documents

Les déménagements Voreux-Lauwers

Document Médiathèque Rx
Document Médiathèque Rx

L’entreprise de déménagement est créée en 1890 par Jules Voreux et son épouse Berthe Lauwers. Ils s’installent à Roubaix au 37 rue du chemin de fer.Au début des années 1900, les déménagements s’effectuent au moyen d’une tapissière, sorte de voiture légère, fermée, à deux essieux, posée sur des plateaux tirés par des chevaux, puis on utilise des cadres capitonnés (en bois puis en métal) qu’on amène en gare pour les poser sur des wagons et les transporter par voie ferroviaire. Il est donc pratique que l’entreprise soit à proximité immédiate de la gare de Roubaix.

Document Ets Voreux Lauwers
Document Ets Voreux Lauwers

Fin 1909, Jules installe son entreprise au 58 rue de l’Alouette. Le local, plus grand, permet de développer l’activité de garde-meubles. De plus, il dispose d’une deuxième entrée au 70 rue de l’Espérance.

façade rue de l'Alouette ( collection privée )
façade rue de l’Alouette ( collection privée )

Jules décède en 1919 ; son fils Edmond Voreux a 20 ans. Avec son épouse, Suzanne Molard, ils reprennent l’entreprise. Ils achètent leurs premiers camions d’occasion après la guerre, de ceux qui ont été utilisés à la bataille de Verdun.

Edmond Voreux et ses collaborateurs ( Document Ets Voreux Lauwers )
Edmond Voreux et ses collaborateurs ( Document Ets Voreux Lauwers )

L’entreprise connaît une forte expansion dans les années 1930 et développe surtout son action sur Lille. Edmond Voreux se spécialise dans les déménagements d’objets très lourds comme les coffre-forts et les pianos. La première photo nous montre le déménagement d’un coffre fort pour l’assureur « Cuisinier Motte » au 2 rue de la gare à Roubaix, à côté du Restaurant du « Grand café », l’autre toute l’équipe rue de l’Alouette, au retour d’un déménagement.

Document Ets Voreux Lauwers
Document Ets Voreux Lauwers

En 1937 il investit dans de nouveaux véhicules : des camions de plus en plus solides, dans lesquels il peut augmenter les volumes chargés ( 4 tonnes ). La guerre éclate ; Edmond est mobilisé avec un de ses camions ; il a pour mission de transporter du matériel. Il est blessé gravement par des éclats d’obus. Les affaires tournent au ralenti ; les camions sont équipés pour rouler au gazogène. La plupart des véhicules seront d’ailleurs réquisitionnés par les Allemands.

Document Ets Voreux Lauwers
Document Ets Voreux Lauwers

Pendant toute la guerre, seule l’activité de garde meubles fonctionne bien car de nombreux roubaisiens souhaitent stocker leurs meubles de valeur, surtout lors de l’exode de 1940. L’entreprise passe d’ailleurs un accord avec son voisin « Le Bon Génie » au 60 rue de l’Alouette, pour y entreposer davantage de meubles. Après guerre, de nouveaux camions arrivent sur le marché, tels ces fourgons Citroen de 23m3

Document Ets Voreux Lauwers
Document Ets Voreux Lauwers

Michel Voreux, le petit fils du fondateur, et son épouse Huguette prennent la direction de l’entreprise en 1958, au décès d’Edmond. L’entreprise reste plus que jamais spécialisée dans les déménagements de pianos, de coffre-forts, mais également d’oeuvres d’art et de tout autre objet de valeur. Dans les années 70, l’entreprise continue son fort développement, et étend son activité à toute la métropole lilloise

collection privée
collection privée

Michel décède en 1975. Son fils Bruno a 20 ans ; c’est l’arrière petit fils du fondateur ! Il continue l’activité. En 1983 l’entreprise va prendre un essor national en s’affiliant au groupe « Inter Dem ». Le savoir faire et l’expertise de la société sont reconnues. L’hôpital de Roubaix n’hésite pas un seul instant à confier à l’entreprise Voreux Lauwers, en 1985, le déménagement depuis l’hôpital de la Fraternité jusque l’hôpital Victor Provo. C’est un chantier colossal, et une opération couronnée de succès pour la direction de l’hôpital, le matériel, et le personnel hospitalier.

Document Ets Voreux Lauwers
Document Ets Voreux Lauwers

Un ami et confrère, Jean Pierre Van Hullebusch, reprend l’entreprise en 1993 ; il veille aux intérêts de la société et marque de son empreinte l’entreprise Voreux Lauwers. Un nouvel accord est passé avec « France Armor » pour assurer une couverture nationale et internationale. L’entreprise est désormais installée au 28 rue Kellermann depuis 1999, et est dirigée par Eric Marquis.

 Document Ets Voreux Lauwers
Document Ets Voreux Lauwers

Les équipes de déménageurs professionnels, équipées de matériel haut de gamme et dotés du savoir-faire ancestral Voreux-Lauwers, peaufinent le travail et garantissent le succès du déménagement .Cette entreprise est Roubaisienne depuis près de 130 ans !

Remerciements aux archives Municipales et à Bruno Voreux pour leurs documentations et photographies

Le Crédit Municipal

Le Mont de Piété, ou Crédit Municipal, est un organisme de prêt sur gage, qui a pour mission de faciliter les prêts d’argent liquide pour les plus démunis. Contre le dépôt temporaire d’un objet de valeur, un prêt est accordé immédiatement. C’est la valeur estimée de l’objet sur le marché des enchères publiques qui détermine le montant du prêt. Le prêt est garanti par l’objet.

On raconte qu’un notable aurait déposé sa montre pour honorer une importante dette de jeu. Quelque peu honteux, il avait prétendu l’avoir oubliée chez sa tante. D’où l’expression « chez ma tante » pour qualifier le mont-de-piété. Le décret impérial du 11 juin 1870 signé de Napoleon III autorise la création d’un Mont-de-Piété à Roubaix au 65 rue des Longues Haies, avec de l’autre côté, une façade au 44 Boulevard Gambetta.

La rue des Longues Haies, est un quartier très populaire ou s’entassent les grandes usines textiles de l’époque et les courées ou vivent les ouvriers. Les personnes qui avaient des difficultés financières étaient très nombreuses, et pouvaient donc déposer leurs biens de valeur ( bijoux montres etc… ) au mont de Piété, qui leur accordait un prêt.

Mont de Piété rue des Longues Haies ( coll privée )
Mont de Piété rue des Longues Haies ( coll privée )

Le rez de chaussée était réservé aux dépôts de biens. Les étages étaient loués comme endroits de stockage, aux différentes entreprises textiles du quartier.

En 1918, un décret transforme les monts-de-piété en caisses de Crédit Municipal. Le changement de dénomination correspond au développement de ses activités bancaires parallèlement aux prêts sur gages. Le Mont-de-Piété de Roubaix devient Caisse de Crédit Municipal de Roubaix en 1920. Le directeur est D. Lacquement.

Dans les années 1940 1950 le directeur Gaston Fiévet continue à développer l’activité bancaire, et les prêts sur gages toujours aussi nombreux. En 1954 on compte 4 salariés dans l’agence.

Photo IGN 1953
Photo IGN 1953

Sur cette photo aérienne de 1953 on distingue parfaitement la délimitation des 2 parties du Crédit Municipal ;

– A gauche la façade du Boulevard Leclerc ( Gambetta ) avec au 44 au rez de chaussée le secteur activités bancaires, et à l’étage le logement de fonction du directeur, et au 42 le logement du chef de magasin responsable du service « Prêts sur gages ».

– Et en bas de la photo, la façade rue des Longues Haies.

Le bâtiment du Crédit Municipal n’échappera pas à la folle rénovation urbaine de la fin des années 60. Tout comme son voisin le grand Thêatre-Hippodrome, il sera rasé ( voir le récent article Ateliers Mémoire sur la résidence du thêatre ).

Gaston Fiévet prend sa retraite en 1966. Henri Descamps lui succéde. En 1972 le crédit Municipal achète un immeuble, au 30 rue de Lille, pour y emménager son agence, juste à côté de la station service Elf. C’est une grande maison bourgeoise qui était occupée par un médecin Melle Cl. Pernet.

C’est l’architecte roubaisien Luc Dupire au 109 rue de Dammartin, qui est chargé de l’aménagement de l’immeuble.

Document 1972 Archives Municipales et Google Maps
Document 1972 Archives Municipales et Google Maps

Le rez de chaussée est complètement transformé en un hall d’accueil pour la clientèle et en bureaux, l’étage est destiné au logement de fonction du directeur. Les écuries qui se trouvent dans l’immense jardin sont transformées en salle de stockage pour les objets déposés, avec une deuxième entrée de l’autre côté de l’immeuble, au 71 rue du Curoir. La configuration des locaux est donc la même que dans l’ancien bâtiment à savoir l’entrée rue de Lille pour les services bancaires, et la 2° entrée séparée rue du Curoir pour les prêts sur gages.

Document Nord Eclair 1975
Document Nord Eclair 1975

Les travaux sont achevés en Août 1975 et l’emménagement se fait en Octobre de cette même année, soit plus d’un siècle après l’ouverture de la rue des Longues Haies en 1970. C’est l’occasion de faire un bilan, en citant deux chiffres : Le montant des opérations des comptes de dépôts a été de près de 58.000.000 de Francs en 1974, et le montant des prêts aux fonctionnaires a été de 5.500.000 F pour la même période.

Document Nord Eclair 1975
Document Nord Eclair 1975

L’inauguration a lieu le samedi 13 Décembre 1975. Sur cette photo on reconnaît le maire de Roubaix Victor Provo, avec à sa droite son adjoint le docteur Guislain. qui visitent les nouveaux locaux et qui passent devant de nombreuses bicyclettes mises en dépôt par les clients

Au centre de la photo, ( de profil ) le directeur du Crédit Municipal : Henri Descamps

 

Le bâtiment de nos jours et l'enseigne, représentant un Grype ou Griffon, créature légendaire ( Photos BT )
Le bâtiment de nos jours et l’enseigne, représentant un Grype ou Griffon, créature légendaire ( Photos BT )