Les magasins L. Lagache ( suite )

En 1972, l’entreprise Lagache continue son expansion. Elle reprend les n° 226 et 228 de la même rue. Des travaux d’aménagement de façade sont réalisés de façon à ce que les 226 et 226 soient réunis en un seul magasin de 210 m2.

Le 226 228 rue de Lannoy ( document archives municipales )

Les meubles  »contemporains » haut de gamme sont présentés dans ce point de vente du 226-228. Le 1° étage est également aménagé», ce qui permet de doubler la surface de vente. L’entreprise Lagache est alors adhérent à « Europe Meubles » en 1973.

Publicité 1973 ( document Nord Eclair )

Cette même année 1973, L. Lagache ouvre un point de vente supplémentaire au 197 de la rue de Lannoy. Tous les articles d’électro ménager y sont présentés , de façon à libérer de la place pour l’exposition de meubles  »traditionnels » au 183-185.

En 1974, ce sont donc 5 magasins de meubles et d’électroménager qui font partie de l’entreprise L. Lagache. Ils sont tous situés dans la rue de Lannoy : au 183, 185, 226, 228 et 197.

Publicité 1974 ( document Nord Eclair )

Lucette recrute sa petite fille, Cécile ( 4° génération Lagache ) et fille de Jean-Luc, pour des tâches administratives au départ, puis lui confie des responsabilités commerciales. L’entreprise fonctionne alors à plein régime. La réussite a toujours été au rendez vous depuis une vingtaine d’années. Lucien et Lucette songent sérieusement à regrouper tous ces points de vente de la rue de Lannoy. Ils sont ambitieux et confiants. Pourquoi, par exemple, ne pas ouvrir un supermarché de meubles et d’électro-ménager d’environ 2.000 m2 dans une zone commerciale, en périphérie de la ville ? En 1978, le couple est informé que la clinique Descarpentries de 2.500 m2, située au 75 boulevard de la République, est à vendre.

document collection privée

Lucien et Lucette visitent l’ancienne clinique et tombent sous le charme de cet immense bâtiment. La vente est signée. Le coût de l’opération est assez vertigineux : les magasins Lagache ( fonds de commerce et stocks ) seront vendus pour financer l’acquisition.

Lucien et Lucette Lagache devant la clinique Descarpentries ( document Nord Eclair )

D’importants travaux d’aménagement sont évidemment nécessaires, ils seront réalisés en grande partie par le personnel des magasins. Le concept est intéressant et original. L’idée est de proposer des meubles de très haut de gamme, de grande qualité et de finition parfaite à la clientèle, en conservant l’architecture et l’agencement intérieur. Lucette Lagache passionnée de décoration, veut que chaque meuble soit présenté un peu « comme chez soi ». Les chambres de la clinique deviennent des salons, des salles de séjour ou des cuisines. Il est nécessaire que le meuble soit présenté dans une ambiance adéquate, comme par exemple un meuble Louis XV dans une pièce de couleur vieux rose, un style Empire dans un décor vert. Le nom choisi est « La Châtellenie ».

document Nord Eclair

Lucien dirige les travaux sont réalisés en 1981 : rénovation de la façade et peintures intérieures. L’emplacement des deux maisons situées au 71 et 73 du Boulevard, qui avaient été rasées, devient le parking clients pour le magasin. Une mini cafétéria sera créée prochainement.

Publicité 1981 ( document Nord Eclair )

Le démarrage est difficile : retard dans les travaux, manque de trésorerie, peu de rotation des stocks, tracasseries administratives etc Lucien perd peu à peu tous ses anciens clients de la rue de Lannoy, car la gamme de produits haut de gamme ne leur convient pas. Lucien se démène pour s’en sortir. Il trouve un accord avec son ami Henri Deconinck, directeur du Fresnoy tout proche, pour exposer et solder les meubles provenant des anciens magasins et depôts L. Lagache. Mais cette vente qui devait durer deux semaines, ne peut malheureusement pas se réaliser pour des raisons administratives.

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Deux ans plus tard «La Châtellenie» dépose le bilan. En 1986, celui-ci est assorti d’un concordat en vue de l’apurement des dettes. En 2001, le bâtiment est vendu aux enchères. S’en suit alors un imbroglio juridique sur les actes de propriété du bâtiment, qui va durer quelques années, Lucien et Lucette continuent à se battre. Ils ouvrent alors une agence immobilière pour essayer d’éponger les dettes, puis quittent la région pour le Lubéron.

Agence immobilière ( document JL Lagache )

A leur retour à Roubaix, Lucette transforme le bâtiment vide en location de bureaux, avec succès. Jean Luc, le fils, continue seul à gérer l’agence, il devient un peu plus tard agent immobilier à Lannoy.

Les magasins Lagache de la rue de Lannoy ont tous été cédés entre 1978 et 1980 ; les 183-185 aux Ets Caron ( cheminées Philippe ), le 176 à la quincaillerie Gamin, le 226 228 à « Sud-Ouest à Roubaix », le 197 à l’armurier Derly. Il ne reste rien des anciens points de vente.

Le magasin du 183-185 fermé en 1978 ( document JL. Lagache )

Lucien bouleversé par les tracasseries, les constats d’huissier, les saisies, fait plusieurs infarctus, et décède en 2015. Lucette continue à se battre seule, fait appel à de nombreux avocats pour défendre sa cause mais sans succès. Elle décède en 2021.

Leur fils, Jean-Luc Lagache se souvient : Mon père était un homme simple, il a fait un métier qu’il adorait ; la vente bien sûr, mais surtout le contact humain, il considérait ses clients comme des amis, des gens qu’il respectait.

Remerciements à Jean-Luc Lagache, ainsi qu’aux archives municipales

Les magasins L. Lagache

Lucien Lagache est électricien, dans les années 1950, il habite rue Marceau dans le quartier du Pile à Roubaix, avec son épouse Lucette, secrétaire dans une entreprise textile roubaisienne. Pour arrondir les fins de mois, le couple vend quelques produits électriques ( piles, lampes de poche, radio-transistor etc ) exposés et présentés à la fenêtre de leur petite habitation. Cette activité se développe fort bien, car Lucien a le sens du commerce. Le succès aidant, Lucien et Lucette songent sérieusement à ouvrir leur commerce et souhaitent trouver un magasin situé dans une rue commerçante. L’occasion se présente en 1959, lorsqu’ils trouvent leur local au 183 rue de Lannoy. C’était auparavant le commerce de jouets de Mme Choquet. Lucien entreprend quelques travaux d’aménagement nécessaires et peut enfin ouvrir son point de vente. Il garde la confiance de ses fournisseurs, puisqu’il est dépositaire des produits Grammont, célèbre marque française de téléviseurs. Le succès est immédiat, car tous les anciens clients du quartier du Pile continuent de lui accorder leur confiance.

Publicité 1959 ( document Nord Eclair )

Leur fidèle fournisseur Grammont est d’ailleurs heureux d’amener une partie de l’équipe cycliste Libéria-Grammont, au magasin du 183 rue de Lannoy, lors du Paris Roubaix 1960.

Lucette et Lucien Lagache au centre, entourés des coureurs cyclistes de Liberia Grammont, et de quelques clients ( document JL Lagache )

En 1961, Lucien et Lucette Lagache obtiennent le statut de dépositaire exclusif des produits Brandt sur la ville de Roubaix et environs. C’est encore l’occasion de développer leur affaire. Le couple embauche du personnel ; vendeur, livreur, technicien SAV.

Publicité 1961 ( document Nord Eclair )

Un an plus tard, le couple Lagache décide de proposer à la clientèle, des meubles de qualité et de tous styles ( salles à manger, salons, cuisines, chambres à coucher etc ). La surface de vente de leur magasin de 385 m2 est certes importante, mais le manque de place commence à se faire sentir. Lucien propose alors à ses clients la vente sur catalogue, et même de les emmener dans son véhicule, chez un fournisseur à Lille, afin de pouvoir conclure la vente. Il accorde des facilités de paiement à ses clients fidèles, propose des ventes à crédit en 3 ou 4 fois, et lorsque la dernière traite arrive, il leur rend visite pour leur proposer d’autres produits.

Publicité 1963 ( document Nord Eclair )
Le 183 rue de Lannoy ( document JL Lagache )

Le développement des produits proposés, c’est encore l’occasion de communiquer par voie de presse. Leur slogan publicitaire en cette année 1965  : Un seul nom pour toute votre maison.

Publicité 1965 ( document Nord Eclair )

Lucien et Lucette Lagache sont des commerçants dynamiques. Ils font venir la caravane Grammont à Roubaix, composée d’un car-podium et de 6 voitures publicitaires qui circulent dans toute la ville, distribuant des catalogues, et provoquant partout de l’intérêt et de la curiosité, légitimes bien entendu.

Caravane Grammont – Publicité 1966 ( document Nord Eclair )

L’entreprise fonctionne à plein régime et, pour le stockage des meubles, ils louent des entrepôts dans les rues A. de Musset, Victor Hugo et La Fontaine. Ils ouvrent, en 1967, au 176 rue de Lannoy, un magasin de Camping-Caravaning. C’était auparavant une droguerie. Les vastes locaux couvrant une surface de 400 m2, permettent d’exposer de façon permanente, ce qui se fait de mieux dans ce domaine du camping-caravaning. Des marques très connues sont ainsi proposées ; les caravanes « Baillou », « Le Cardinal », les tentes « Messager ».

Publicité 1967 ( document Nord Eclair )

Le succès de ce commerce de Camping-Caravaning étant mitigé, le couple Lagache décide très vite de cesser cette activité et de créer un magasin de bricolage à enseigne « Multi-Service ». Il finance le magasin et les stocks et propose la gestion de ce commerce, au frère de Lucette, Roger Delemarre.

Multi Service – Publicité 1968 ( document Nord Eclair )

Au début des années 1970, ils ouvrent un autre point de vente au 138 de la rue de Lannoy ( sur la place de l’église Sainte Elisabeth ) pour y proposer des articles d’électro-ménager. C’est l’occasion de publier une publicité commune aux 3 magasins.

Publicité commune ( document Nord Eclair )

Lucien et Lucette Lagache continuent de développer leur entreprise, ils reprennent également la maison voisine du premier magasin, au 185 de la rue de Lannoy, autrefois occupée par la librairie de Mme Vve Vergote, et ceci dans le but d’agrandir l’établissement. Ils organisent alors, une vente avec des remises de 30% sur tout le magasin, pour liquider les stocks avant travaux.

Le 183 et 185 de la rue de Lannoy avant travaux ( document Nord Eclair )

Les travaux d’agencement sont confiés à l’entreprise Delcour de Wasquehal, la surface de vente totale est désormais de 570 m2. Le premier étage du 185 leur permet également d’y emménager avec leur petite famille.

La façade avant et après ( document archives municipales )

Pour faire face à leur expansion, Lucien et Lucette recrutent à tour de bras : une secrétaire, 2 vendeurs, 2 à 3 livreurs, 4 à 5 techniciens SAV qui disposent de véhicules publicitaires pour leurs déplacements. Leur fils, Jean-Luc Lagache, est recruté comme commercial puis vient aider ses parents en s’occupant de la gestion du personnel et des achats. Lucien continue son activité de vendeur, Lucette s’occupe de l’agencement, de la déco des magasins, de la publicité de l’administratif et de la comptabilité. Une quinzaine de personnes y travaillent à présent en permanence.

Les véhicules ( document JL Lagache )

à suivre . . .

Remerciements à Jean-Luc Lagache, ainsi qu’aux archives municipales

502 rue de Lannoy

Le n°502 rue de Lannoy à Roubaix se situe à l’angle de la rue du Chemin Neuf, dans un quartier appelé autrefois « le Pont Rouge ».

Plan cadastral

Au début du siècle dernier, s’y trouve, l’estaminet baptisé « au Pont Rouge » de H Dejonckeere.

estaminet ( document collection privée )

Dans les années 1920, à cet endroit c’est le commerce de lingerie de J. Verhenneman qui occupe les lieux, et, dans les années 1920 et 1930, la boucherie de D. Roussiaux. Après guerre, la boucherie du 502 rue de Lannoy est gérée par M.Lietaert, puis Jean-Claude Lemaitre qui se spécialise en charcuterie, et enfin par M. Fournel qui développe un rayon hippophagique.

Publicité 1967 ( document collection privée )
Publicité 1969 ( document collection privée )

Par la suite, le bâtiment est toujours occupé par une boucherie. Dans les années 1970, elle est tenue par D. Paris et dans les années 1980 par Mr DeWulf.

Publicité 1976 ( document collection privée )
Boucherie Dewulf ( document archives municipales )

Mr Dewulf est un commerçant très dynamique. Aidé par son épouse, il organise régulièrement des concours et tombolas pour ses clients.

tombola 1987 ( document Nord Eclair )

Alberto, un vrai italien d’origine sicilienne, y ouvre, en Janvier 2004, une pizzeria à enseigne « Il Piccolo Mondo », Le Petit Monde, avec son épouse Anne-Marie issue d’une famille napolitaine qui a de la famille à Roubaix. Alberto propose des pizzas faites maison, avec de la pâte fraîche préparée chaque matin. Il fait appel à la presse locale pour se faire connaître et, malgré la qualité de ses pizzas, il ne parvient pas à remplir son restaurant et assurer les 20 couverts. Il ferme la boutique en 2007.

Publicité 2004 ( document Nord Eclair )
Alberto ( document Nord Eclair

En 2007, le local du 502 rue de Lannoy voit arriver la création d’une boulangerie par Thabet Kaled à enseigne Le Fournil de Lannoy, qui ferme en 2015.

document Google Maps 2008

Catherine Brien y ouvre un salon de coiffure Femmes et Hommes à enseigne « JC Coiffure », en 2016 qui reste ouvert jusqu’en 2024.

document Google Maps 2016

Et en 2025 un commerce d alimentation : O’Bueno Shop, voit le jour.

document Google Maps 2025

Depuis plus d’un siècle, on ne peut que constater que de très nombreux commerces ont occupé ce local situé pourtant dans une des plus grandes artères de la ville.

Remerciements aux archives municipales.

Symphonie

Alfred Gabriel naît en 1920 à Roubaix. Passionné de musique, il poursuit ses études et devient facteur de piano, c’est à dire qu’il construit, répare et entretient tout type de piano. Son travail concerne toutes les parties de l’instrument, structure, mécanique et meuble. Après la seconde guerre mondiale, il installe son atelier dans un tout petit local, au 145 de la rue Jules Guesde, à l’enseigne « Symphonie », avec l’aide de son père Léon Gabriel.

le 145 rue Jules Guesde de nos jours

Dans les années 1950, les affaires s’avèrent un peu difficiles. Alfred décide donc, pour compléter ses revenus, de proposer à la clientèle, la vente de disques microsillon Pathé Marconi, en 33t et 45t, ainsi que des électrophones et tourne-disques.

Publicité 1956 ( document collection privée )

Cette activité complémentaire lui convient parfaitement, mais le manque de place se fait cruellement sentir. Ambitieux, Alfred cherche à trouver un local plus spacieux, dans une rue plus commerçante, afin de pouvoir se développer. Il trouve un local de 84 m2, au 115 rue de Lannoy, à l’angle de la place de l’église Sainte-Elisabeth, en 1958.

Plan Cadastral

C’était auparavant l’estaminet de Jules Ducoulombier dans les années 1920-1930, puis de Mr Dannequin dans les années 1940-1950.

Estaminet de Jules Ducoulombier années 1920 ( document archives municipales )

Par l’entreprise de Désiré Delfosse rue de la Potennerie, il fait transformer complètement la façade, et fait aménager une entrée de garage.

Modification de la façade en 1958 ( document archives municipales )

D’un local délaissé, il crée un commerce confortable et pimpant avec des couleurs fraîches et gaies. Le local très spacieux lui permet de proposer la vente de différents instruments de musique, en plus des disques vinyles. Il garde la même enseigne « Symphonie » que précédemment rue Jules Guesde, et continue bien sûr son activité de facteur de pianos. C’est un véritable palais de la musique. De très nombreux disques vinyles sont présentés dans des meubles modernes et attendent d’être écoutés par la clientèle, sur des électrophones mis à leur disposition.

Document Nord Eclair 1958

De nombreuses personnalités sont présentes pour cette inauguration de la Maison du disque et de la musique. Notons la présence de Mr le chanoine Carissimo, de l’église Ste Elisabeth, Mr VanHove, président de l’Union des Commerçants de la rue de Lannoy, et Francis Waeterloos, le principal confrère voisin.

Publicité ( document collection privée )

Pendant de nombreuses années, Alfred communique par de la publicité dans la presse locale, et se spécialise dans la vente de disques. Il bénéficie alors des différentes modes de musique qui se succèdent dans les années 1960 1970 : jazz, rock, yéyé, pop, disco, et informe ses clients lorsque des grandes vedettes de la chanson sont de passage dans les grandes salles de spectacle de notre ville.

Publicité Nord Eclair

Alfred décide de donner un coup de jeune à son magasin en 1984. Il fait repeindre complètement la façade par l’entreprise de Jean Marie Verguchten, au 93 rue d’Italie : les boiseries en blanc, et les murs en blanc également mais avec de longues bandes diagonales de haut en bas de couleurs flashy vertes et rouges. En 1985, Alfred alors âgé de 65 ans, prend sa retraite et ferme définitivement son magasin.

Document Nord Eclair 1985

L’entreprise Ecco, société de Travail Temporaire, reprend le local en 1988 pour y installer ses bureaux. Ecco garde les couleurs de la façade de l’étage.

document archives municipales

Jérôme Andrieux reprend le bâtiment, en 2003 pour y créer 2 logements à l’étage. Le commerce du rez-de-chaussée, quant à lui connaît différents changements d’orientation, dans les années suivantes.

documents Google Maps

Remerciements aux archives municipales

La Maison du Baptême

Au début des années 1900, Henri Carpentier est cartonnier. Il réalise dans son atelier, au 80 rue de Lannoy à Roubaix, des contenants luxueux ( boîtes, étuis et cornets ) composés de plusieurs éléments en carton, qu’il plie ou découpe à l’aide d’un massicot, Ces boîtes en carton sont livrées aux nombreux confiseurs pour la vente de dragées.

Publicité ( document collection privée )
boite en carton ( document collection privée )

Les affaires fonctionnent très correctement, l’activité est florissante car des dragées, on en distribue alors à toutes occasions : les baptêmes bien sûr, mais aussi les mariages, les communions et certaines manifestations officielles. Dans les années 1930, Henri et son épouse ont une idée pour développer encore davantage l’entreprise : c’est de vendre eux-mêmes des boîtes remplies de dragées directement aux particuliers. Ils trouvent un fournisseur de dragées et commencent leur activité dans leur point de vente de la rue de Lannoy.

La façade du 80 rue de Lannoy ( document archives municipales )
publicité de l’époque ( document collection privée )

Le commerce s’appelle désormais « La Maison du Baptême ». Henri et son épouse soignent particulièrement leur vitrine. De grandes bonbonnières en verre sont exposées, pleines de dragées. Dans la vitrine, un décor suranné est aménagé pour mettre les produits en valeur : une procession de petits personnages dans des couleurs pastelles, rose et bleu.

bonbonnière de présentation en vitrine ( document collection privée )

La boutique fait partie du paysage commercial de la rue de Lannoy, au début des années 1950, parce qu’elle est unique dans son genre, et que son activité la met de toutes les fêtes, joyeuses, forcément ! « La Maison du Baptême » devient une référence dans toute la ville, en matière de dragées.

Henri et son épouse devant leur magasin ( document Nord Eclair )

Au décès d’Henri, sa fille, Renée, prend le relais. Les affaires restent encore satisfaisantes au début des années 1960. Mais en 1965, la portion de la rue de Lannoy où se trouve le commerce, disparaît. C’est la catastrophe. Une bonne centaine de commerces sont expropriés pour laisser place au centre commercial Roubaix 2000. Renée trouve fort heureusement un local à proximité, au 2 et 4 boulevard de Belfort, en 1965 et s’y installe.

Publicité ( document Nord Eclair )
La façade du 2 boulevard de Belfort ( document archives municipales )

Dans les années 1970 1980, les affaires deviennent de plus en plus difficiles. Renée doit affronter la concurrence des pâtissiers qui se mettent à vendre des dragées et puis, il faut bien reconnaître que les cérémonies religieuses perdent de leur faste. Mais Renée reste fidéle et continue seule l’activité, envers et contre tout, avec une obstination qui ressemble presque à de l’entêtement car elle n’entend pas fermer boutique.

Renée décède en Décembre 1991, à l’âge de 81 ans, dans son arrière boutique. Le magasin n’ouvrira plus.

La façade ( avec la plaque cuivrée sur la porte ) définitivement fermée( document Nord Eclair )
Renée Carpentier ( document collection privée )
Photo BT 2024

Remerciements aux archives municipales

Alain Dequeker

Le 170 rue de Lannoy se trouve entre la place de l’église Sainte Elisabeth et la rue Jules Guesde.

Plan cadastral

Il est occupé depuis très longtemps par un commerce ; dans les années 1930 par L Gheysen boucher, puis au début des années 1960 par la poissonnerie D. Davoine-Bulvestre avec l’enseigne « Au Phare »

documents archives municipales

Alain Dequeker fait des études de charcutier traiteur, en Belgique, dans la banlieue bruxelloise. Après sa formation il devient apprenti dans des charcuteries à Lomme et Hazebrouck. En 1971, Alain a 22 ans. Il souhaite absolument créer son commerce en tant qu’artisan indépendant. Avec son épouse Edith née Parent, il reprend le commerce du 170 rue de Lannoy et s’installe en tant que : charcutier- traiteur.

Les époux Dequeker font appel à une entreprise belge : Insta Design à Bruges pour transformer la façade et l’intérieur du point de vente. La façade extérieure est très étroite, mais la profondeur du bâtiment est importante, car le terrain s’étale sur 196 m2. Alain et Edith habitent à l’étage et possèdent un garage rue Thiers, à deux pas.

document archives municipales
document A. Dequeker

Alain se spécialise en production de boudin, choucroute, foie gras, galantine, plats cuisinés tels que veau marengo, couscous, carbonades flamandes etc. Il devient rapidement un charcutier traiteur réputé.

document archives municipales
document archives municipales

Le commerce fonctionne très correctement, grâce au savoir faire d’Alain, toujours intransigeant sur la qualité de ses produits, sur la propreté de son laboratoire et du magasin tenu par Edith. Ils sont surtout très fiers de dire que « tout est fait maison ». Ils emploient deux personnes : une vendeuse et un apprenti charcutier.

documents A. Dequeker

Les mois de Novembre et Décembre sont particulièrement chargés, pour préparer les commandes de repas de fin d’année, Noël et Nouvel An. Les époux Dequeker ne comptent pas leurs heures.

Publicité Nord Eclair
document A. Dequeker

Alain et Edith entretiennent d’excellentes relations avec leurs confrères et commerçants. Edith est vice présidente de l’UCRL Union des Commerçants de la rue de Lannoy.

En 1995, Alain devient Maître artisan charcutier traiteur et reçoit deux « Mercure d’Or » : un régional et un national. C’est une superbe consécration de son métier, de son expérience et de son savoir-faire

document A. Dequeker
Reçus en Mairie par René Vandierendonck ( document A. Dequeker )

documents A. Dequeker

Alain et Edith, en 2000, avec l’Union des Commerçants de la rue de Lannoy, de la chambre de commerce et de la Mairie, organisent le jeu « Recor » REconquête du COmmerce Roubaisien. De nombreux cadeaux dont des crêpières Tefal sont offerts aux clients, en la présence de M le Maire René Vandierendonck.

document Nord Eclair

En Septembre 2001, ils quittent Roubaix pour s’installer à Annoeulin. Une réception est organisée en Mairie pour Alain et Edith Dequeker qui ont occupé leur commerce pendant 30 années. Françoise Thilliez, maire de quartier, évoque alors la vie professionnelle des époux Dequeker et Francine Priego présidente de l’UCRL souligne leur grande conscience professionnelle.

document Nord Eclair

Quelques années plus tard, le commerce de la rue de Lannoy est transformé par Bektes Oztorun en 3 appartement locatifs.

Photo BT

Le 5 Octobre 2001 Alain et Edith installent leur commerce au 15 rue Pierre Ogée à Annoeulin et continuent l’activité de traiteur charcutier.

 

document Google Maps

Alain et Edith prennent une retraite bien méritée le 29 Juin 2009. Ne trouvant pas de repreneur, ils vendent l’immeuble d’Annoeullin qui devient une « Festi Pizza » depuis 2010.

Remerciements à Alain et Edith Dequeker ainsi qu’aux archives municipales.

369 rue de Lannoy

Le 369 rue de Lannoy à Roubaix, se trouve en fait, sur la place de la Fraternité.

Place de la Fraternité ( document JP. Drouffe )

C’est une petite échoppe d’une surface de 90 m2 qui bénéficie d’un excellent emplacement. D’une part le commerce se situe dans une artère commerçante : la rue de Lannoy, mais également sur la place de la Fraternité bordée de très belles maisons et de quelques commerces.

Plan cadastral

Dans les années 1910, l’endroit est occupé par un tailleur G. Fievet. Après la première guerre mondiale, Paul Duquesnoy s’y installe en tant que laitier. Son épouse Madeleine née Gravelines gère le commerce de crémerie-épicerie. Dans sa boutique, on peut trouver du lait, bien sûr, mais également du beurre, des œufs et divers produits d’épicerie : conserves, biscuits . . .

Le magasin vers 1920 ( document JP. Drouffe )

Le commerce du couple Duquesnoy-Gravelines fonctionne correctement dans les années 1920 et 1930. Après la seconde guerre mondiale, le commerce est occupé par un magasin d’alimentation tenu par M. Taquet à la fin des années 1940, Mme Vve G Wagon dans les années 1950, et Mme Vve Guyon dans les années 1960.

En 1973, Jacques-Marie Rasson y ouvre son magasin « Photo-Vision ».

document Nord Eclair

Jacques-Marie est un photographe expert en la matière, il sait faire revivre, à travers ses œuvres, l’événement de votre vie, grâce à son talent et à son matériel perfectionné. Son épouse tient la boutique et accueille la clientèle dans un cadre agréable, personnalisé, avec une ambiance feutrée et intime.

Publicité 1974 ( document Nord Eclair )
Publicité 1975 ( document Nord Eclair )
Document archives municipales 1984

Jacques Rasson ferme définitivement son magasin en 1989. La boutique va redevenir ensuite un commerce d’alimentation. De très nombreuses personnes différentes vont se succéder alors dans ce magasin jusqu’à aujourd’hui.

Le magasin en 2008 2018 2020 et 2023 ( document Google Maps )

Remerciements à Jean-Pierre Drouffe ainsi qu’aux archives municipales

Rue de la Lèverie

A la fin du 19ème siècle à Hem, la rue actuelle portait le nom de « fosse » de la Lèverie, ce qui, à l’époque, correspondait à une excavation, généralement profonde, servant de poche de ruissellement ou plus probablement de dépôt d’ordures aux limites d’un terrain. C’est en 1962 qu’elle devient la rue de la Lèverie.

Longue de 318 mètres, elle relie la rue des Ecoles à la rue Jules Guesde et se situe dans le quartier du Petit Lannoy. Pendant longtemps, elle était croisée par la voie de chemin de fer dont on devinait encore, au siècle dernier, le tracé derrière les maisons de la rue des Ecoles jusqu’au passage à niveau de la rue des 3 Fermes.

Photo aérienne de 1933 où l’on distingue clairement la voie ferrée qui coupe la rue (Document IGN)

Au début du 20ème siècle, plus exactement en 1922, la commune d’Hem est entrée dans le Syndicat Intercommunal pour la fourniture d’eau potable qui est confiée à la société des Eaux du Nord, y rejoignant Lys-lez-Lannoy et Leers. Deux réservoirs en béton armé sont construits, l’un sur Hem à la Vallée et l’autre à Leers. Les canalisations sont ensuite implantées dans les rues, dont une rue de la Lèverie.

Par ailleurs, la rue abrite, au début du siècle un château d’eau, côté impair dans un ensemble industriel se situant au bout de la rue. On le distingue sur la photographie aérienne de 1933 ainsi que sur celle de 1947. Dans l’inventaire général du patrimoine culturel il est répertorié en 1991 au 21-23 rue de la Lèverie dans une usine désaffectée, non identifiée, auprès d’un atelier de fabrication et d’une aire de produits manufacturés.

Carte postale représentant le nouvel élévateur d’eau potable et photo aérienne de 1947 (Documents Hem Mémoire en Images et IGN)

La carte postale le désigne comme le nouvel élévateur des eaux potables de Lannoy mais il se situait bien en fait sur le territoire de Hem. Les deux communes sont encore séparées au début du vingtième siècle par la porte de Lille, laquelle se situe au bout de la rue Jules Guesde à Hem comme le montre une photo d’époque de l’octroi de Lannoy.

De même que la fondation César Parent a été implantée sur le territoire de Hem (voir sur le sujet un précédent article paru sur notre site et intitulé la Fondation César Parent) au coin des rues Jules Guesde et de la Lèverie, il n’est pas interdit de penser que le raisonnement a été le même pour le Château d’Eau.

Photo de la porte de Lille à l’époque depuis Hem et photo de 2023 sur laquelle le panneau d’entrée de la ville de Lannoy se situe pratiquement au même endroit (Documents Histoire de la ville de Lannoy et Google Maps)

S’il ne reste à priori aucune trace de l’usine située au n°21 ou document permettant de l’identifier, le bâtiment situé juste à côté, au n°23 a longtemps abrité le café du Boer. Détruit pendant la guerre, ce café a été rouvert ensuite et tenu dans les années 1950 par le couple Briest-Plovie, puis dans les années 1960 par les Dupriez-Lezy.

Ainsi, en 1966, la presse locale y décrit une grande animation pour ce siège de la société d’archers « Les coqs hardis », présidée par Albert Delespaul. Une partie de tir est tout d’abord organisée entre jeunes et anciens des tireurs de Croix et Hem, au cours de laquelle les anciens se distinguent. Puis se déroule le traditionnel banquet de la Saint-Sébastien. Une séance de tir y est organisée chaque dimanche ainsi que des séances d’entraînement deux soirs par semaine. Puis un tir au Cercle est organisé une fois par mois , dès que l’aménagement du pas de tir est terminé et celui-ci inauguré en présence du maire de la ville, Mr Leplat.

Le café bombardé pendant la guerre avec le château d’eau en arrière plan (Document Historihem)
Le café du Boer en 1966, siège de la société d’archers, pour la Saint-Sébastien (Document Nord-Eclair)

Le café figure encore au Ravet-Anceau de 1969 sous la gérance de J. Cassedanne et au milieu des années 1970 sous celle de B.Yves, avec une enseigne inchangée : Café du Boer. Le café reste répertorié à l’annuaire jusqu’en 1983. En revanche il ne figure plus au répertoire des commerçants de la ville de Hem édité en 1984.

Photo des façades des 21 (à gauche) et 23 (à droite) en 2023 (Document Google Maps)

Au début du 20ème siècle, au n° 29 voisin, se trouvaient les établissements de Pierre-Joseph Franchomme, négociant en charbons, décédé en 1946, puis de M.Franchomme et Cie qui, jusqu’à la fin des années 1960, fait sa publicité pour des livraisons rapides de charbons, ainsi que tous appareils de chauffage, cuves mazout et fuel par volucompteur.

Photos du négoce de charbons avant guerre (Documents Historihem)
Publicité des années 1960 et de 1969 (Document Historihem et Nord-Eclair)

Par la suite l’enseigne Hem Confort, appareils de chauffage, apparaît sur le papier à en-tête des Ets M. Franchomme et Cie. Puis, dans les années 1970, le négoce d’appareils ménagers prend le nom de Hem Confort dans sa publicité laquelle fait état de fuels pour foyers domestiques et industrie. Toutefois les charbons Franchomme figurent toujours dans l’annuaire téléphonique à la même adresse.

Papier à en-tête et publicité des années 1970 et de 1971 pour Hem Confort (Documents Historihem et Nord-Eclair)
Photo du magasin d’exposition vente installé au n°29 de la rue de la Lèverie (Document collection privée)

Les bâtiments abritent également dans les années 1970, L. Bourgois entrepôts de vieux métaux et la société Flandrinox, spécialisée dans l’importation massive d’éviers inox. Cette société y est toujours installée dans les années 1980 comme en témoigne une correspondance de l’année 1985 avec les Ets Bossu-Cuvelier à Roubaix. En 1975, les Ets Flandrinox figurent toujours dans le Ravet-Anceau dans la catégorie Vieux Métaux ; en revanche les Ets Franchomme ont alors disparu de la rubrique charbons. Dans les années 1980, la société ne figure plus à l’annuaire.

publicité de 1973 et enveloppe portant un cachet de la poste de 1985 (Documents Nord-Eclair et collection privée)

A partir de cette époque, en revanche, s’installe au n°3 de la rue JM Debarge, artisan en ébénisterie et menuiserie générale et spécialisé dans les installations et le matériel pour cafés. Lui succède, en 1998, Bruno Debusschere et son entreprise GD MECA de production et vente de produits industriels tournage fraisage, toujours active à ce jour.

Publicités des années 1980 et photo du bâtiment en 2023 (Documents Nord-Eclair)

Depuis la plupart de ces sociétés ont mis la clef sous la porte, ainsi que d’autres entreprises, de bâtiment par exemple, qui n’ont été qu’éphémères. Une seule nouvelle installation commerciale est à signaler depuis, au n°18, en la personne de Laurence Deguines, qui exploite depuis 2021 un négoce de vêtements pour enfants qu’elle créée elle-même sous la marque « 3 ptits chats création ».

Logo 3 ptits chats création (Document site internet)

En un peu moins d’un siècle le panorama du quartier a considérablement évolué comme le montrent les photos aériennes de 1976, 2004 et 2023. En 1976, les champs, qui figuraient sur la photo de 1947, ont disparu avec la construction du quartier des 3 Fermes mais le château d’eau est encore là et on devine encore le n°29 dans la pointe. En revanche en 2004, plus de château d’eau et la pointe est un terrain vague et enfin en 2023, un nouvel immeuble d’appartements y a été construit. Quant au côté pair, il a vu apparaître un grand nombre de maison ces dernières années. L’ancien quartier industriel, à la limite de Lannoy, est devenu résidentiel.

Photos aériennes de 1976, 2004 et 2023 (Documents IGN et Google Maps)

Remerciements à l’association Historihem, à Bernard Thiébaut pour son ouvrage Hem Mémoire en Images et à Bernard Moreau pour son Histoire de la ville de Lannoy

Cimetière de Hem (suite)

En 1955, éclate à Hem ce qu’on appellera l’Affaire de Beaumont : alors que la construction du groupe scolaire de Beaumont est en projet depuis un an, il est reporté par un arrêté préfectoral qui déclare d’intérêt public l’acquisition d’un terrain de 60 hectares et, dans la foulée, le député maire de Roubaix, Victor Provo, saisit la ville de Hem du projet de création d’un cimetière dans le style de « Los Angeles » dans la plaine de Beaumont.

Le plan qui accompagne ce projet ne tient compte, ni des quelques 1000 logements ni de l’église Saint Paul, ouverte au culte en juin 1954, ni du château et de la cense de Beaumont qui y sont déjà construits, ni des projets d’accession à la propriété déjà planifiés.

Plan de la plaine de Beaumont avec ses constructions et plan du projet de cimetière (Documents Historihem)
L’affaire de Beaumont (dossier du syndicat d’initiative Les Amis de Hem créé en 1953) (Document Historihem)

En justification de ce projet, il est fait état de l’insuffisance du cimetière roubaisien actuel, et de l’impossibilité de trouver, dans les limites de la ville de Roubaix, un terrain assez vaste pour créer ledit cimetière. Le cimetière actuel roubaisien d’une superficie totale de 15 hectares, situé entre le canal et des bâtiments industriels, serait alors abandonné…

Il s’agirait donc de la création, sur le territoire de la ville de Hem, d’une vaste nécropole destinée à la ville de Roubaix, et donc d’une annexion pure et simple d’une partie de la ville de Hem, laquelle fait écho au projet d’annexion de 200 ha du territoire hémois, dont la plaine de Beaumont, déjà projetée en 1944 par l’administration municipale de Roubaix, pour y reloger des roubaisiens suite à la destruction programmée de 13.000 logements insalubres.

Titre du journal Nord-Eclair en mai 1955 (Document Nord-Eclair)

En mai 1955, en effet, le conseil municipal de Roubaix constate que de plus en plus les familles achètent des concessions et qu’à ce rythme, d’ici 3 ans, la réserve temporaire des terrains encore disponibles sera épuisé. Deux solutions sont donc envisagées : le maintien de l’ancien cimetière et la création d’une nouvelle nécropole ou la désaffectation du cimetière actuel et sa translation dans un endroit plus vaste.

C’est la 2ème solution qui est adoptée et le choix se porte sur la plaine de Beaumont située sur les territoires des communes de Hem et de Croix. Ce terrain d’une superficie de 60 hectares serait scindée en trois parties, ce qui permettrait d’en faire un cimetière intercommunal : 45 ha pour Roubaix, 10 ha pour Croix et 5ha pour Hem. La presse locale annonce le projet pour acquis.

Photo aérienne du cimetière de Lannoy dans les années 1950-1960 et plan IGN correspondant actuel (Documents IGN)

L’administration municipale de Hem, considérant la vocation résidentielle de la plaine de Beaumont, s’oppose fermement à ce projet et suggère qu’éventuellement, si un cimetière annexe s’avère réellement indispensable, elle pourrait en envisager l’implantation dans la zone rurale de son territoire, à côté du cimetière de Lannoy, situé lui aussi en territoire hémois. Cette suggestion est aussitôt rejetée par l’administration municipale roubaisienne.

Aucun accord n’étant trouvé, le projet est alors classé pendant trois ans et exhumé en 1958, quand le préfet du Nord prend un arrêté décidant la mise à l’enquête du dossier de la ville de Roubaix, concernant un cimetière intercommunal Roubaix-Hem-Croix. Entretemps le projet de lotissement du groupe de Beaumont II a été approuvé en 1956 et l’autorisation d’acquérir le terrain nécessaire à la construction du groupe scolaire a été accordée et celle-ci a été entreprise en fin d’année 1957.

A vous de juger (des amis de Hem) (document Historihem)

Le conseil municipal de Hem est donc plus que jamais opposé au projet de cimetière, pour des raisons évidentes de salubrité publique. La ville d’Hem, en la personne de Jean Leplat, son maire, rejette donc catégoriquement la conception d’un cimetière intercommunal Roubaix-Hem, car dans l’arrêté préfectoral de 1956 concernant le lotissement il est stipulé que le drainage dudit lotissement devra être exécuté de façon à faciliter l’évacuation des eaux du Cimetière intercommunal de Roubaix -Hem.

Or ces eaux seraient contaminées par des matières organiques en putréfaction et acheminées dans les réseaux d’égout des lotissements de Beaumont II, Beaumont I puis dans le collecteur de Carpeaux. Les Amis de Hem éditent quant à eux un tract destiné à aviser les habitants du quartier du danger qui les menace avec le nouveau projet de cimetière de 36 hectares comprenant ce qui reste de la plaine de Beaumont et une partie du plateau de la Tribonnerie.

Tract des Amis de Hem (Document Historihem)

Le préfet du Nord réagit à ce tract en précisant qu’il y a peu de chances que l’eau de la nappe soit en contact avec les corps mais qu’il est toujours possible de procéder à l’épuration des eaux de drainage du cimetière avant de les rejeter à l’égout. Il ajoute que par ailleurs la situation du cimetière projeté et des zones habitées n’est pas différente de celles de toutes les nécropoles de l’agglomération.

Le conseil municipal réaffirme son opposition au projet, considérant notamment que l’épuration des eaux de drainage du cimetière nécessiterait l’édification d’une usine d’épuration en pleine zone résidentielle et à proximité des lotissements de Beaumont et de la Citadelle. Le préfet confirme en réponse qu’une fois le projet au point, il le soumettra bien entendu au Conseil Départemental d’Hygiène.

Photos de Jean Leplat, maire de Hem, et Victor Provo, maire de Roubaix (Document Historihem et Wikipedia)

Jena Leplat, maire de Hem mais aussi médecin, s’étant battu contre le projet en tant que président d’honneur fondateur du syndicat d’initiative « les Amis d’Hem », cite en conclusion un extrait du rapport établi en 1945 par Guy Lapchin, alors urbaniste d’Hem et 10 ans plus tard architecte en chef du CIL de Roubaix-Tourcoing, comme argumentaire sur le plan humain.

Extrait du rapport de Guy Lapchin (Document Historihem)

Quelles qu’en soient les raisons le projet du cimetière de Beaumont est finalement abandonné et Jean Leplat, maire de Hem de 1947 à 1977, peut se targuer d’avoir su tenir tête à Victor Provo, maire de Roubaix de 1942 à 1977, ainsi que le montre avec humour la bande dessinée « Au temps d’Hem ».

J’ai fait peur à Victor (Document BD Au temps d’Hem)

Le seul cimetière de Hem reste donc celui qui se situe dans la rue du Cimetière, ancien chemin du même nom qui relie la rue du Docteur Coubronne à la rue de la Vallée. Ce cimetière connait alors un premier agrandissement, sur la droite par rapport à l’entrée qui se situait au centre, comme le démontre la photo aérienne de 1962 par rapport à celle de 1947. Le cimetière est alors pour vu d’une deuxième entrée sur la droite. Quant au cimetière de Lannoy, sur le territoire de Hem au bout de la rue des Trois Villes, il est ensuite intégré à la ville de Lys-lez-Lannoy dans la rue des Meuniers.

Photos aériennes du cimetière de Hem en 1947 et 1962 (Documents IGN)

Puis en 1977, le cimetière s’agrandit à nouveau, cette fois sur la gauche, avec la construction d’une chambre funéraire et l’aménagement d’un parking avec une nouvelle entrée telle que nous la connaissons aujourd’hui. Et en 1991, un colombarium, lieu fleuri et verdoyant disposant d’un jardin du souvenir, pour accueillir les cendres des défunts, est inauguré en même temps que le nouveau local technique destiné au personnel du cimetière.

Inauguration du colombarium en 1991 (Documents Nord-Eclair)
Photos aériennes de 1989 avec le bâtiment et le parking aménagé et de 2004 avec le colombarium (Documents IGN)

En 2004, à l’occasion de la commémoration du 06 juin 1944, la rue du Cimetière est transformée en rue du 06 juin 1944. Un cortège prend le départ de l’hôtel de ville jusqu’à l’ancienne rue du Cimetière et l’inauguration de la nouvelle rue a lieu, suivie du dévoilement des plaques par le député maire Francis Vercamer, en présence des élus, des représentants des associations patriotiques et de riverains.

Dans son discours le maire rappelle le sens de cette démarche et le choix de célébrer ce 60ème anniversaire en baptisant ainsi une rue historique dans laquelle se trouvent les marques du souvenir. Cette rue a en effet été marquée par les événements dramatiques de la seconde guerre mondiale, des soldats anglais y ayant à l’époque trouvé refuge chez Anna Reversez, dont cet acte de résistance lui coûta la vie en déportation à Dachau et dont les descendants sont présents pour cette journée d’hommage.

Dévoilement de la plaque de la nouvelle rue sur l’ancien café de la Paix lieu de rendez-vous avec le fossoyeur à la fin du 19ème siècle (Documents Historihem Nord-Eclair)

Dans les années 2020, le cimetière s’est encore étendu sur la droite jusqu’à l’avenue d’Aljustrel. L’ancien cimetière entouré de champs fait maintenant face au Jardin des Perspectives et a donc conservé son cadre paisible, même si les arbres qui ont longtemps bordé la rue ont aujourd’hui disparu. Il dispose toujours de l’ancienne entrée principale, de l’entrée plus à droite et de la nouvelle entrée donnant sur le parking.

Photo aérienne de 2023 et les 3 entrées sur la rue du 06 Juin 1944 de gauche à droite (Documents Google Maps)

Remerciements à la ville de Hem, l’association Historihem ainsi qu’à André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem

La fondation César Parent

C’est durant la 2ème partie du 19ème siècle que César Parent fait construire un établissement de bienfaisance, au 417 et 417 bis rue Jules Guesde, sur le territoire de la commune de Hem, à la limite de Lannoy, faute de place suffisante pour un tel édifice dans sa commune de Lannoy.

César Parent est le fondateur de l’ensemble textile Parent Monfort, puis Albert Parent, puis Parent Bétremieux, ensemble textile comprenant des tissages et filatures à Hem, Lannoy, Lys-lez-Lannoy et Bailleul, avec création des Ets Parent Monfort en 1821. A l’origine, l’entreprise ne possède que des métiers à main. La construction des établissement de Lannoy a lieu vers 1865.

Carte publicitaire des Ets Albert Parent (Fils de César) (Document collection privée)

César Parent, par ailleurs maire de la ville de Lannoy, a un fils qui est délaissé par sa fiancée à quelques jours du mariage. Il a également une fille qui fait partie de l’ordre des religieuses de l’enfant Jésus. Désireux de venir en aide à cet ordre César décide donc d’utiliser la dot de la future mariée disparue pour financer un édifice qui fera office d’hospice.

Mr César Parent et les religieuses de l’ordre de l’Enfant Jésus (Document Historihem)

La fondation César Parent, inaugurée en 1879, a donc pour objet d’accueillir les anciens : 10 personnes dans un 1er temps ; elle est gérée par des religieuse de l’ordre de l’Enfant Jésus. C’est un édifice à un étage composé de deux parties, de 16 et de 6 travées, séparées par une chapelle, perpendiculaire à son axe. Celle-ci est surmontée d’un campanile et porte une statue de saint Joseph sur le pignon. Les murs sont en brique et pierre de taille. Couvert de tuiles flamandes, l’édifice est agrandi en 1890 et 1903.

L’hospice (Document collection privée)

A l’époque, il n’y a pas de retraite et l’aide publique est très réduite. Il faut donc tenir serrés les cordons de la bourse et chaque résident apporte sa modeste contribution : les hommes assurent les petits travaux et les femmes rendent service à la buanderie et au raccommodage. Mais l’essentiel du fonctionnement de l’hospice et sa gestion repose sur les religieuses.

Parmi les sœurs dévouées qui se sont consacrées au fonctionnement de l’hospice on peut en citer une : née en 1887, entrée en religion chez les sœurs de l’enfant Jésus sous le nom de Soeur Irénée-Joseph, et au service des pensionnaires de l’Hospice dès 1916 en tant qu’infirmière cuisinière, Marie-Angèle Deman se voit décerner en 1958 le titre de chevalier de la Santé Publique, puis la médaille d’honneur de vermeil départementale et communale, en 1963, pour ses 35 années de service et de dévouement en faveur des pensionnaires de l’établissement, au cours d’une manifestation présidée par Arthur Dupire, maire de Lannoy.

Soeur Irénée-Joseph (Document Historihem)

L’époque des 2 guerres est particulièrement difficile. Cependant jamais l’hospice ne ferme ses portes. Après-guerre, le matériel est à la limite de l’usure mais les demandes d’hébergement sont de plus en plus nombreuses, l’ « Hospice de Lannoy » étant alors le seul établissement du genre. Pour gagner de l’espace on s’attaque alors aux greniers , transformés avec les moyens du bord, pour aménager des chambres sous les combles. Mais les conditions restent sommaires et indignes de nos aînés du propre aveu du maire de la ville.

Ce n’est que quelques années plus tard, en 1967, soit près de 100 ans après son inauguration, au moment où l’hospice accueille 110 personnes (alors que 4 ans plus tôt elles n’étaient que 68) qu’ont lieu les 1ers travaux de rénovation d’envergure dans le bâtiment.

Dans les années 60, la laverie située à l’entresol est impressionnante et bien équipée et la bibliothèque est garnie de 2.000 volumes grâce à la mairie de Lannoy et à l’Union des Commerçants.

Vues de la porte d’accès des fournisseurs rue de la Lèverie et vue du jardin en façade (Documents Historihem)
La laverie et la bibliothèque (Documents Historihem)

Mais il faut néanmoins agrandir afin d’accueillir plus encore de pensionnaires et des chambres sont ainsi aménagées au second étage dans la partie mansardée du bâtiment ainsi que des salles de bain et cabinets de toilettes, au prix de travaux très importants comme on peut le constater sur les photos avant/après de l’époque.

Photos avant/après du 2ème étage (Documents Historihem)
Photos des salles de restauration et salons (Documents Historihem)
Allocution des maires de Lys, Mr Desmulliez, et de Lannoy, Mr Echevin, et photo des officiels sur le perron de l’établissement (Documents Historihem)

A cette époque cela fait plus de 10 ans que les sœurs, autrefois en charge de la totalité des tâches à accomplir laissent peu à peu la place au personnel civil aussi bien en cuisine que pour les soins. Ainsi, le 1er agent civil, Mme Inghels, est recruté en 1955 car les religieuses, touchées par l’âge, ne peuvent plus assumer seules tous les services et les résidents sont plus nombreux et en moins bonne santé car plus âgés.

Photos du personnel en 1966 (Documents Historihem)

Puis 2 ans plus tard c’est au tour de la cuisine et d’autres chambres d’être rénovées, d’anciens dortoirs laissant place à des chambres accueillant moins de pensionnaires. Il faut en effet aménager des chambres individuelles regroupées par unités de 25 personnes. Un nouvel office est également installé pour le personnel et les sanitaires sont rénovés et modernisés.

Réfection des cuisines en 1969 (Documents Historihem)
Nouvel office et réfection des chambres en 1969 (Documents Historihem)

Puis après tous ces travaux de rénovation intérieure, une mise aux normes de sécurité s’impose et en 1971 4 escaliers de secours sont installés sur la façade arrière du bâtiment abritant l’ancien hospice devenu maison de retraite 10 ans plus tôt par arrêté ministériel, afin d’assurer l’évacuation des pensionnaires en cas d’incendie. Ces escaliers desservent les 1er et 2ème étages à chaque aile du bâtiment.

Les 4 escaliers de secours sur la façade arrière (Document Nord-Eclair)

En 1975, c’est l’heure de la retraite pour Mme Inghels, 1er agent civil, en service depuis 20 ans. Le personnel au complet assiste à la cérémonie organisée en son honneur quelques mois après son départ en présence de Mr Guelle, directeur de la maison de retraite, du Docteur Yersin, médecin de l’établissement et de Mr Echevin, maire de Lannoy et président du conseil d’administration de la maison de retraite.

Départ en retraite de Mme Inghels (Document Nord-Eclair)

A suivre…

Remerciements à l’association Historihem