Rue du Général Leclerc 1ère Partie : de Hem-Bifur à l’avenue Maurice de Vlaminck 1

Il s’agit au départ d’un chemin de grande communication, venant de Lille et de Flers, qui mène d’Hempempont à la place du village de Hem. Sur le plan cadastral napoléonien de 1890 elle se nomme rue Poivrée et devient ensuite la rue de Lille. La première liaison Lille-Lannoy par la rue de Lille est assurée par un omnibus à chevaux jusqu’en 1908 année au cours de laquelle il est remplacé par un tramway. C’est en 1953, que la rue est renommée rue du Général Leclerc.

Extrait du plan cadastral de 1890 comprenant la rue Poivrée et une des premières cartes postales sur laquelle la rue porte encore ce nom (Document Archives Départementales du Nord et collection privée)
Vue panoramique de cette partie de la rue de Lille en 1933 (Document IGN)

Sur la vue panoramique de 1933, on aperçoit bien la ferme Franchomme, côté impair, et, un peu plus loin les usines Gabert et Meillassoux et, côté pair les Châteaux Catrice (future mairie), Meillassoux (future mairie annexe) et de la Marquise (sur tous ces sujets voir de précédents articles édités sur notre site). Au 21 ème siècle, les seuls bâtiments qui demeurent sont : la ferme Franchomme, espace culturel de la ville et les anciens Châteaux Catrice devenu la mairie de Hem et Meillassoux devenu le Centre d’action sociale.

Côté impair : Ferme Franchomme dans les années 1915-1930, les teintureries Gabert et Meillassoux et Mulaton dans les années 1920-1930 et Meillassoux peu avant la fermeture en 1999 et 2001 (Documents collection privée)
Côté pair : le château Catrice dans les années 1930, le château Meillassoux au début du 20ème siècle, le château de la Marquise en hiver et en été dans les années 1910 (Documents collection privée)

Dans l’annuaire de 1923, outre les industriels cités on peut remarquer l’entrepreneur O. Briffaut au n°20, lequel redevient très vite une maison d’habitation et le plombier Zingueur J.Vergotte au n°3 qui voit se succéder ensuite de nombreux cafés et activités annexes dont celui de César Lestudier puis de son fils Marcel, à l’enseigne « Café des Sports » qui propose des bières et du tabac, bien entendu, mais aussi des articles pour fumeurs et des briquets, ainsi que des cadeaux pour fêtes, cartes postales et même maroquinerie, et fait également office de recette buraliste. Puis dans les années 1950, l’établissement étend son activité aux articles pour cycles et lorsque Jules Vergotte (neveu de Marcel) reprend l’activité pour une dizaine d’année il est répertorié dans la rubrique café et cycles puis café-tabac PMU.

Publicités César Lestudier et CPA et photo de l’établissement dans les années 1930 puis1950 et publicité Vergotte en 1962 (Documents Historihem et Nord-Eclair)

Puis le commerce devient le café Dallenne au début des années 1970 et 5 ans plus tard c’est le couple Roffiaen-Rembry qui prend la suite sous l’enseigne Le Longchamp. L’établissement est malheureusement détruit par un incendie en 1976 et ne rouvre ses portes qu’après une rénovation comprenant agrandissement et modernisation.

Le Longchamp dans les années 1970-80 (Documents Historihem et Nord-Eclair)

C’est ensuite le couple Duthoit qui reprend la gérance et, en 1990, par 2 fois le gros lot du loto y est remporté par un hémois. Le café conserve la même enseigne durant plus de 30 ans, jusqu’au tout début des années 2000 avant de devenir le Twickenham de 2005 à 2009 sous la gérance de Fabien Coustenoble puis durant quelques temps une brasserie-pizzaria au début des années 2010. Depuis 2018, l’établissement abrite un restaurant tenu par Julie Lincelles sous l’enseigne « Les Cancans ».

Encore un hémois millionnaire en 1990, publicités de 2004 et 2005, photo du Twickenham en 2008, de la brasserie-pizzaria en 2012 et du Cancan’s en 2021 (Documents Nord-Eclair et Google Maps)

En face, au n°2 on trouve un électricien, L.Decarpentry et Cie, spécialisé en lumière, force motrice sonneries et téléphone, qui s’occupe aussi de la TSF et des machines à laver  « nec plus ultra ». Son voisin, au n°4, est le tissage mécanique de Jules Corman et la chapellerie de son épouse Marthe Corman-Delporte. Leur commerce perdure jusqu’au début des années 1970. Après leur fin d’activité, pour cause de retraite, l’ancien commerce reprend un usage d’habitation.

Publicité Decarpentry et photos de la chapellerie, noces de diamant des Corman ; le n° 4 dans les années 2000 (Documents Historihem et Google Maps)

Leur voisin, après-guerre, au n°6 est le charpentier et menuisier Louis Gauquié-Lambin, qui cède la place, dans les années 1970 au médecin René Hauwel qui y exercera jusqu’à sa retraite. En face, au n°7, après la mercerie Leleu, c’est Mme Claise qui exerce le métier de coiffeuse pour dames, remplacée dans les années 1950 par l’horticulteur fleuriste J. Losfeld.

En-tête de courrier de Louis Gauquié-Lambin après-guerre et photo de la façade du n°6 en 2008 (Documents Historihem et Google Maps)

Durant la décennie suivante c’est Gérard Losfeld qui lui succède avec son entreprise générale de parcs, jardins et espaces verts et son magasin de fleurs. L’horticulteur consacre ses loisirs à la musique et, titulaire d’un prix de flûte au conservatoire de Roubaix, il tient un pupitre de flûte à l’harmonie Municipale de Croix, et son fils Dominique obtient un prix régional de flûte au conservatoire de Lille dans les années 1970.

Publicités de Gérard Losfeld, Dominique prix régional de flûte en 1977 (Documents Historihem et Nord-Eclair)

A la fin des années 1970, Odile Fleurs Maison Losfeld, devient adhérent du groupe Interflora. Puis, dans les années 1980, le commerce devient l’ Atelier Floral des Hauts-de-France, avec un 2ème magasin à Toufflers. Brigitte Bonneville gère le magasin durant 26 ans et préside également l’Union des Commerçants « Hem j’aime ».

Publicités Odile Fleurs et Atelier Floral des Hauts-de-France, vitrines atelier floral et photos de Brigitte Bonneville (Documents Historihem, Google Maps, Nord-Eclair, Tout Hem et Voix du Nord)

Elle cède la place, en 2013, à Sylvain Ducoulombier, déjà propriétaire de 3 boutiques à Lille, Villeneuved’Ascq et La Madeleine, sous l’enseigne Fanchon Fleurs. Quelques années plus tard c’est Cécile Deschoemaker qui lui succède sous l’enseigne l’Olivier Blanc comme son 1er commerce ouvert en 2012 à Roubaix.

Photos de Sylvain Ducoulombier et Cécile Deschoemaker, vitrines du commerce en 2015, 2016 et 2021 (Documents Tout Hem et Google Maps)

Pendant les décennies 50 et 60 le commerce de fleurs est encadré par 2 autres commerces. Au n°9 en effet, au coin de la rue Vaillant, une alimentation générale est tenue par L. et G. Dubus puis par Mlle Dubus et enfin par J. et L. Dubus, selon l’annuaire Ravet-Anceau. Puis l’épicerie laisse la place à la mercerie de Mme Delcroix à l’enseigne Au petit coup d’oeil dans les années 1970.

Publicité Mme Delcroix en 1978 et photo du n°9 dans les années 2000 (Document Nord-Eclair)

Durant la décennie suivante c’est Claude Pottié qui investit les lieux. Electro-mécanicien de métier et passionné de vélo, il a ouvert, en 1977, un commerce à Roubaix, et se trouve être le seul dans l’agglomération à fabriquer des vélos sur mesure pour ses clients. Associé à des clubs cyclistes Leersois et Wattrelosien, il découvre à Hem une nouvelle clientèle et se spécialise dans la création de vélos de course tout en continuant à assurer les réparations de tout type de vélos.

Le vélo sur mesure à Hem en 1984 (Document Nord-Eclair)

Lorsqu’en 1988, une jeune croisienne, Bénédicte Storm, décide de faire le tour du monde à vélo c’est à Claude Pottié, artisan hémois, que la fabrication de sa « super bécane » est confiée. Le cadre, réalisé sur mesure, doit être aussi léger que possible, construit en acier spécial allié avec du chrome. L’ensemble de l’équipage étant lourd un deuxième circuit de freinage est ajouté pour assurer la sécurité de la cycliste. Claude Pottié est certain que le vélo tiendra bien 4 ans (durée estimée du voyage).

Le vélo du Tour du monde en 1988 (Document Nord-Eclair)

De l’autre côté, au n°5, se trouve le siège du café d’Auguste Caus dans les années 1920. La boulangerie J. Wadja s’ yinstalle dans les années 1950. Lui succède ensuite Christophe Rambour-Laleeuw jusqu’au début des années 1980, époque à laquelle les successeurs sont Paul Durik puis Gérard Gay. Ensuite, en 2000, la boulangerie est gérée par Mr Stievenard puis par son successeur Fabrice Ramet.

Le café d’Auguste Caus dans les années 1920 (Document collection privée)

Publicités Rambour dans les années 60-70, Durik puis Gay dans les années 1980 et Ramet en 2005 et 2006 (Documents Nord-Eclair)

Steeve Dewildeman et Benjamin Muldermans prennent sa suite durant quelques années, en 2008, sous l’enseigne Au Moulin d’Hem avant de céder la place à Mathieu Philippe 4 ans plus tard. Il réalise dès 2014 une opération publicitaire inédite en glissant 2 véritables napoléons en or d’une valeur de 174 euros dans 2 galettes des rois sur le mois.

Photos de la vitrine en 2008, 2012 et 2025 (Documents Google Maps)
Opération marketing en 2014 (Document Nord-Eclair)

Un peu plus loin, sur l’autre coin de la rue Vaillant, au n°11, se situe, après-guerre, le café Trefel. Dans les années 1950, il est tenu par G. Van de Vyver puis par G. Delcourt durant la décennie suivante, puis par Mme Paulette Mathieu pendant les années 1970 sous l’enseigne « Au Lutétia » avec une salle de réunion et de banquets et l’incontournable Juke-Box de l’époque. Lors du passage du grand prix cycliste Emile Delcourt en 1984, le café a changé d’enseigne et se nomme « A l’Abreuvoir ». Il sera démoli lors de l’agrandissement de la rue Vaillant.

Photos du café Trefel, publicité du Lutétia et photo de l’Abreuvoir en 1984 (Documents Historihem et Nord-Eclair)

Suite au réaménagement du carrefour c’est le n°13 qui fait l’angle entre la rue Leclerc et la rue Vaillant. A l’époque la maison abrite un domicile et ce n’est qu’en 2017 que Sandra Senaffe y ouvre son agence immobilière. Après un passage dans l’hôtellerie, elle a en effet bifurqué vers l’immobilier et, depuis 7 ans, c’est sur Hem qu’elle a réalisé la majorité de ses transactions. L’agence est toujours en activité en 2026.

Photos du n°13 en 2008 et 2021 et publicités de l’ agence immobilière en 2017, 2018 et 2021 (Documents Tout Hem et Google Maps)

Remerciements à l’association Historihem

à suivre…

Les 3 fermes rue des Ecoles à Hem

Au début du vingtième siècle Hem est un village de moins de 5000 âmes à vocation essentiellement agricole et compte 33 fermes. Les travaux sont pénibles et les horaires démentiels : l’ouvrier agricole est aux champs de 4 heures à 20 heures. Dès l’âge de 7 ans les enfants sont employés de 7h à 19h pour démarier les betteraves, désherber le lin, garder les vaches ou ramasser les pommes de terre.

En 1933, trois fermes à cour carrée regroupées apparaissent déjà sur les photos aériennes de la rue des Ecoles, non loin du Château Olivier. En dehors du terrain du châtelain et des 3 fermes la rue n’est alors bordée que de champs. Hem a longtemps été renommée pour la qualité de ses endives.

Photo aérienne de 1933 de la rue des Ecoles et plan comparatif de la partie où se trouvaient les 3 fermes (Document IGN et Historihem)

Instantané de mémoire extrait du Recueil des petites et grandes Histoires des quartiers des 3 baudets et de la Lionderie, Denise en 1956 : « Je suis venue ici, j’avais 13 ans. C’était la campagne ici, des fermes, des champs, des vaches…A la fin des récoltes, on allait glaner les pommes de terre et les navets… ».

La 1ère ferme située sur la gauche en venant du château est la propriété de Georges Duthoit qui la tient de son père Jules. La famille Duthoit a exploité cette ferme depuis le dix-huitième siècle. Georges Duthoit est le 1er des 3 fermiers a être exproprié au début des années 1960.

Photo aérienne de la ferme Duthoit en 1962 et photo de la cour intérieure (Documents IGN et Historihem)

La deuxième ferme, située du même côté de la rue un peu plus loin, est celle de Louis Bayart dont la famille a exploité la ferme dès le dix-neuvième siècle. Louis Bayart est également exproprié à la même époque alors qu’il avait repris la ferme familiale au sortir de la seconde guerre mondiale.

Photo aérienne de la ferme Bayart en 1962 (Document IGN)

Enfin, de l’autre côté de la rue des Ecoles, en face de cette dernière, se trouve la ferme de Roger Crepel, exploitée par ses ancêtres depuis le dix-neuvième siècle. Roger Crepel est le dernier à être exproprié vers 1964.

Photo aérienne de la ferme Crepel en 1962 (Document IGN) et photos de sa cour intérieure (Document Historihem)

Photo de la ferme Crepel en 1964 prise depuis la cour avec vue sur les nouvelles constructions (Document Historihem)

En effet, dans les années 1960, est lancé le programme de construction de lotissements des Hauts-Champs et il n’y a plus de place pour les terrains agricoles. Il faut loger les habitants d’une ville qui grandit de manière anarchique à cette époque. Lorsque l’on compare les photos aériennes de 1962 et de 1971, la physionomie du quartier a totalement changé.

Photos aériennes de 1962 et 1971 (Documents IGN)

Après les 138 logements de la cité Jardins des 3 Baudets, réalisés dans les années 1950, c’est la première génération d’ HLM qui couvre en effet la plaine des Hauts-Champs dans les années 1960 puis à la fin de celles-ci un ensemble de 1146 logements voit le jour à Longchamp et 280 logements apparaissent avec la cité des 3 Fermes.

Plans reprenant chaque quartier : 3 Baudets en haut et 3 Fermes en bas (Documents Cityzia)

Doc 7 bis Plans reprenant chaque quartier : Hauts-Champs en haut et Longchamp en bas (Documents Cityzia)

Dès lors les quartiers nord deviennent surtout destinés aux logements populaires puisque près de 4000 logements HLM y sont installés au début des années 1980 et y représentent 90 % du patrimoine bâti. Quant aux maisons individuelles des Hauts-Champs, Trois Fermes et Trois Baudets elles accueillent 70 % de ménages ouvriers.

La construction grignote inlassablement la terre agraire et, si la commune de Hem a longtemps gardé un caractère rural très développé elle s’urbanise à grande vitesse à compter du milieu du vingtième siècle et rajeunit dans le même temps. La ville de Hem est alors appelée : cité dortoir, car la croissance des emplois n’a pas suivi la croissance démographique et les hémois vont travailler dans les grandes villes voisines : Roubaix, Tourcoing, Wattrelos, voire même Lille.

Avant guerre, il existait à Hem une quarantaine de fermes ; en 50 il en restait 33 et dans les années 60, ce nombre tombe à 24, puis à 17 dans les années 1980. Les fermes restantes s’adonnent surtout à la culture des céréales : blé, orge et avoine. La plupart possèdent des vaches et récoltent aussi du foin et des betteraves fourragères. Enfin leur grande spécialité est la pomme de terre. Il n’est pas rare alors de voir certains agriculteurs faire la tournée des quartiers dans leur camionnette pour les vendre à domicile.

La disparition de l’agriculture (Document Au Temps d’Hem)

A suivre…

Remerciements à la ville de Hem et à l’Association Historihem ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem et au Théâtre de l’Aventure pour son ouvrage  Recueil des petites et grandes Histoires des quartiers des 3 baudets et de la Lionderie 

La ferme de Bretagne

Il faut faire de la place pour les futures constructions HLM qui complèteront celles qui existent déjà derrière l’église. La démolition de la ferme du château de Bretagne est programmée. Il s’agit là d’un des bâtiments les plus anciens de Leers, que les historiens locaux font remonter à la guerre de cent ans, au cours de laquelle les Bretons vinrent guerroyer en Flandre.

à droite du clocher, la ferme Collection Particulière

Selon l’abbé Monteuuis, le seul nom de cette ferme, qui s’appelle encore aujourd’hui le château de Bretagne, nous dit son importance dans les temps anciens. Ce château remonte sans doute à l’époque de la guerre de cent ans. Cette vaste demeure conserve quelques vestiges de son passé, notamment ses hautes murailles vétustes et sa tour lézardée qui se profilent face à la rue Jean Jaurès. L’abbé Monteuuis nous renseigne aussi sur ses occupants : elle fut exploitée pendant de nombreuses années par la famille Braquaval. Jacques Braquaval (1737-1810) fut le premier maire de Leers en 1790.

La ferme fut ensuite louée à Jacques Fournie et Marie Carrette son épouse en 1810 auxquels succédèrent leur petit fils Charles Fournie et son épouse Joséphine Dupire qui l’exploitèrent de 1858 à 1867. En 1877, M. Favier-Dutoit reprit la ferme qu’il avait achetée deux années auparavant et en 1878, elle fut louée à M. Louis Dufermont. Elle fut reprise en 1898 par M. Edmond Delcourt qui la céda à un de ses fils Arthur Delcourt, dernier occupant de cette demeure historique.

Derniers instants de la ferme de Bretagne Collection Particulière

Cette ferme se trouvait à deux pas de l’entrée du cimetière et une chapelle occupait l’angle de la rue Mozart et de la rue Jean Jaurès. En 1967, une entreprise de démolition s’attaque bientôt à ses murs vénérables. Sur le terrain libéré, la société anonyme Roubaisienne d’Habitations ouvrières doit y faire construire un collectif de trente logements semblable à celui qui se trouve en construction à proximité.

La démolition Photo NE

Néanmoins une importante surface fut réservée à la construction d’une école maternelle en 1974 , à l’angle même de la rue Jean Jaurès et de la rue Mozart sur l’emplacement de l’ancienne ferme féodale. Cette école prendra le nom d’Alice Cotteaux en hommage à celle qui fut pendant de nombreuses années directrice d’école publique à Leers.

Sources Nord éclair, Histoire de Leers par l’abbé Monteuuis

La brasserie Leclercq à Hem

Dès l’époque de la révolution française, on retrouve, à l’extrémité sud-est du bois de la Fontaine (situé sur Croix), les familles Leclercq, fermiers, cultivateurs et brasseurs à Hem, au pavé de Croix. C’est Jean-Philippe Leclercq, échevin pendant 44 ans, qui crée une brasserie avant la révolution. La ferme quant à elle existe déjà depuis le 16ème siècle.

Blason de la famille Leclercq, première brasserie de Hem (Document Hem 1000 ans d’histoire)

Parmi les dépendances se trouve la célèbre « grange au mars » où l’on stocke la belle et bonne bière de saison du bon vieux temps jusqu’en mars. C’est dans la cave de cette grange de plus de deux cent mètres carrés, située presque en face de la future brasserie Leclercq du 20ème siècle à gauche de la ferme (actuellement Le Clos de la Source), que deux prêtres, natifs de l’endroit les abbés Denis et Henri Leclercq, célèbrent la messe en cachette lors de la révolution.

La dépendance de la brasserie, à gauche, marquée d’un point blanc, au début du 20ème siècle (Document Historihem)

C’est le journal Nord-Eclair qui en 1968, relate la démolition en cours de ce bâtiment, frappé d’alignement depuis très longtemps, qui était tombé en ruine. On constate en effet sur une photo de la brasserie Leclercq au début du 20ème siècle, sur le trottoir d’en face une ruine dépassant les autres maisons.

La grange au Mars en cours de démolition en 1968 (Document Nord-Eclair)

Après la révolution, Charles Leclercq, fils de Jean-Philippe, répertorié comme laboureur, autrement dit paysan aisé possédant un cheval pour labourer, devient maire de la ville de Hem.

Charles Leclercq nommé maire de Hem en 1795 (Document Au temps d’Hem)

Ce n’est qu’à partir de 1850 qu’il est cité comme brasseur, remplacé ensuite par son fils Louis-Florentin qui épouse Esther Taffin et qui rentre au conseil municipal après la chute du second empire. La famille d’Esther possède un terrain, situé entre la rue de Lille (actuelle rue du Général Leclercq) et le cours de la Marque, que son époux met en lotissements. Par ailleurs, entre 1830 et 1850, il prospère en exploitant des carrières de sable sur ses terres d’ Hempempont.

Plan de la brasserie vers 1830 (Document Historihem)
Plan du quartier dans les années 1860 (Document Historihem)
Papier à en-tête Leclercq-Taffin (Document collection privée)

C’est Louis-Florentin Leclercq-Taffin qui fonde en 1890 un syndicat des brasseurs de la campagne dont il devient le président, en vue de défendre les intérêts de ceux-ci, le cas échéant, contre les brasseurs des villes déjà organisés en syndicat des brasseurs du Nord. Il devient à son tour maire de la ville de Hem par la suite.

Ce n’est qu’en 1904 qu’une malterie est construite par Louis et adjointe ainsi à la « ferme-brasserie » mise en place par son père. L’année de sa construction apparaît clairement sur sa cheminée. Dès lors la brasserie Leclercq, connue sous le nom de Brasserie d’ Hempempont, prend de l’expansion, se modernise et voit sa renommée grandir ainsi que son personnel.

La brasserie au début du 20ème siècle (Document collection privée) et la brasserie à côté de la ferme (Document Historihem)
Les ouvriers prennent la pose en 1904 (Document Hem 1000 ans d’histoire)
La ferme et l’habitation de la famille (Documents Historihem)

Pendant la première guerre mondiale, Charles Leclercq, héritier avec son frère de l’entreprise familiale, écrit à celui-ci qui est au front : « après un repos de 8 jours, nous avons de nouveau des allemands à loger mais nous ne nous tracassons pas trop car nous sommes habitués ; c’est la 14ème fois que nous en avons à loger. A la brasserie, je force la fabrication et remplis les caves des clients en prévision des mesures prises pour la réquisition du malt. A Lille il n’y a plus que 3 brasseries qui travaillent sous le contrôle et pour le compte des boches…A la ferme on sarcle les blés ».

Charles doit ensuite évacuer, comme l’ordre en a été donné à tous les hommes de 18 à 48 ans. Ne pouvant aller au delà de Lille, il s’y cache dans les caves de son beau-père, Mr Salembier. Puis il retourne à Hem auprès de sa femme et de leurs 8 enfants. Il n’est pas inquiété alors que son frère le croyait prisonnier des allemands.

A suivre…

Remerciements à Historihem, la Ville de Hem, André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Hem 1000 ans d’histoire, et Bernard Thiebaut pour son ouvrage Hem Mémoire en images.

La ferme des 4 vents

Au dix-septième siècle, la ferme, située à l’extrémité de Hem, aux confins du territoire de Sailly-lez-Lannoy, est exploitée par la famille Castel et le reste jusqu’au vingtième siècle. La ferme est alors reprise par Victor Ruscart et son épouse Marie-Louise Delrue. L’exploitation comprend 16 ha et l’étable se situe à moitié sur le territoire de Sailly. Aucun tracteur n’est alors utilisé sur le domaine.

Ferme Ruscart (Document archives Historihem)

Vue aérienne de 1951 (Document IGN)

Lorsque Victor Ruscart cède la ferme pour prendre sa retraite, en 1970, il la vend à M. Henri Masquelier, pépiniériste à Lys-lez-Lannoy. L’entreprise de celui-ci fondée à Hem en 1874 par son aïeul, et transférée à Lys-lez-Lannoy en 1905 où elle occupait 2 ha, avait connu un nouvel essor en 1919 et porté sa surface à 7 ha et un nouveau bâtiment. En 1946, apparaissait la profession de paysagiste et l’entreprise connaissait une extension importante.

Dans les années 70, les jardineries en libre service se créent et la société Masquelier s’emploie à développer ce secteur, notamment en se réimplantant sur Hem où l’exploitation comprend alors 21 ha et prend pour nom commercial La Pépinière des 4 Vents.

Pépinières Masquelier (Documents collection privée)
Plan et photo aérienne 1971 (Document IGN)
Publicité de 1981 (Document collection privée)

La famille Masquelier la revend à son tour à Gonzague Pierchon et son épouse en 1987.

Ancienne Ferme Ruscart (Document archives Historihem)

La ferme reçoit alors l’appellation commerciale de Maison des Pâtures. Le journal Nord-Eclair se fait écho de cette incursion du Périgord dans le Nord.

Gonzague Pierchon vend du foie gras en 1987 (Document Nord- Eclair)

En effet, Gonzague Pierchon est à l’origine comptable et s’est retrouvé employé à la Chambre d’agriculture de Périgueux. Intéressé par le monde de l’agriculture, il a quitté son emploi pour étudier l’aviculture à Rambouillet. Ayant trouvé un corps de ferme à louer à St Amand les Eaux il y a développé son 1er élevage d’oies nordiste avant de se rapprocher de l’agglomération lilloise, où le foie gras se vend traditionnellement mieux, en s’installant à Hem.

Elevage des oies à l’extérieur (Document Nord-Eclair)

Il y pratique l’élevage extensif en pâture comme cela se fait traditionnellement en Dordogne, laissant les oies et canards gambader en pâture puis les nourrit de mais à volonté toujours à l’extérieur avant de passer à la phase de gavage.

Vue aérienne de l’exploitation en 1997 (Document IGN)
Vue de la ferme en 2008 sur Hem et sur Sailly lez Lannoy (Document Google Maps)

Après le départ en retraite du couple Pierchon, la ferme du 207 rue du Calvaire déviée est rachetée en 2016 par Nicolas Mulliez. Celui-ci, charpentier de formation, mais sensible aux thématiques agricoles, s’est formé dans une ferme proche d’Orléans, pionnière en agriculture biologique. Après le rachat de la ferme il décide de faire de son exploitation un véritable laboratoire pour la permaculture.

Vues de la ferme en 2019 sur Hem et sur Sailly lez Lannoy (Documents Google Maps)

Ses produits sont certifiés bio et il fournit aussi bien les particuliers que les magasins bio des environs mais aussi les restaurateurs. Avec son épouse il a aussi créé des gîtes tout confort et met également à disposition de sa clientèle une salle de réception pour les événements privés.

L’intérieur de la ferme (Document site internet de la ferme des 4 vents)

Il est curieux de constater comment cette ferme, exploitée à l’origine par des familles d’agriculteurs puis par un horticulteur, est ensuite devenue par l’intermédiaire d’un comptable de formation le domaine du foie gras avant d’être aujourd’hui une exploitation bio grâce à un charpentier de formation.

Remerciements à Historihem et la Ville de Hem

Les beaux jeudis au Gauquier

Dans les années 60, nous n’avions pas école le jeudi. Nous habitions au Nouveau Roubaix et de temps en temps, notre mère en profitait pour emmener, ma sœur et moi, passer la journée chez ses parents, dans la campagne de Wattrelos. Nous prenions le bus numéro 18 Boulevard d de Fourmies, près du carrefour avec l’avenue Motte. Arrivés à la gare de bus de la Grand Place de Roubaix, nous prenions sur un autre quai le 14, direction Wattrelos, terminus à la Houzarde, juste avant le poste frontière.

Le poste de douane de la Houzarde Coll Particulière

Puis, c’était le cheminement à pied, promenade bucolique et pittoresque pour nous, enfants de la ville. Nous empruntions la rue de la Boutillerie. Sur notre droite, une rangée de maisons qui existe toujours aujourd’hui, le carrefour avec la rue de la Baillerie, puis celui avec la rue Leruste au-delà duquel se trouvait le poste de douane français. Sur la gauche, des pâtures où le collège Pablo Néruda sera construit au début des années 1970 puis la belle ferme de la Boutillerie, en retrait de la route, rénovée à plusieurs reprises et toujours présente.

Ferme de la Boutillerie vue Google maps

Puis de nouveau des pâtures se présentaient à nous, de part et d’autre de la chaussée. Le lotissement des rues Verlaine et Baudelaire ne sera construit qu’à la fin des années 1970. Ensuite, une nouvelle rangée de maisons à droite et, après un alignement de grands peupliers, la ferme Destombes sur notre gauche, exploitée par 3 frères, Bernard, Marc et Dominique.

La ferme Destombes 2020 Photo PhW

J’apprendrai beaucoup plus tard que, comme nombre de leurs confrères du secteur, Ils sont confrontés aux difficultés liées à l’urbanisation : raréfaction des terres exploitables. Celles -ci sont enclavées, dispersées et de petite taille ce qui induit des déplacements longs et coûteux. Ils décident de se spécialiser dans la production de lait et créent le Groupement Agricole d’Exploitation en Commun (G.A.E.C) en 1964. Cette structure va leur permettre de vendre directement près du tiers de leur production à la population nombreuse près de la ferme, le reste étant vendu à une coopérative. Aujourd’hui, une aile du bâtiment a été aménagée pour accueillir 6 logements étudiants. La ferme sera reprise en janvier 2003 pat M. Truffaut, anciennement agriculteur rue Leuridan Noclain. Les bâtiments de son ancienne ferme sont toujours debout à ce jour.

Enfin, nous arrivions au 27 rue de Gauquier au terme d’une marche de 20 à 30 minutes avec nos petites jambes !

Football à la Carluyère

J’ai connu Wattrelos bien avant de m’y installer. C’est ainsi qu’en 1975 je me rappelle d’avoir joué au football sur une pâture de la Carluyère avec le FCRoubaix 1974, ainsi nommé car créé la même année. Le siège du club était au café Mouton place Jean Baptiste Clément à Roubaix et il n’y avait pas assez de terrains de football à l’époque sur Roubaix. Le club était récent et commençait à faire ses preuves mais ses demandes de pouvoir bénéficier d’un créneau pour un terrain restaient vaines. Aussi, pour pouvoir évoluer, le Football Club Roubaix 74 dut-il louer une pâture sur Wattrelos et ce fut à deux pas de la ferme de la Carluyère. C’était en 1976, d’après les photos ci-jointes.

Le terrain de la Carluyère au fond la ferme Malvache Photo RmR

Je me rappelle que nous nous sommes apprêtés une fois ou deux dans la bourloire du café en face de l’église, située à quelque distance du terrain. J’ai encore l’image d’un tableau à la gloire de l’équipe de bourleurs qui s’appelait les boxeurs de Beaulieu. Ce vestiaire improvisé n’a pas duré. On s’est ensuite préparé dans les voitures, je ne me souviens plus très bien. Je garde d’excellents souvenirs de cette période où nous consacrions nos dimanches matin à chausser les crampons. Une bonne ambiance régnait dans ce petit club, beaucoup d’entre nous se connaissaient par ailleurs, copains de lycée notamment.

Une autre vue du terrain Photo RmR

Les lieux ont beaucoup changé et certains points de repère ont disparu. On parvenait à notre terrain par la carrière Vanderzippe qui longeait la ferme Malvache qu’on voit sur la photo. Cette ferme a été démolie. La D700 n’avait pas encore été réalisée et cela donnait à l’endroit un parfait air de pleine cambrousse. Aujourd’hui elle a effacé les voies d’accès d’autrefois. Ainsi le souvenir de la bourloire qui se trouvait rue Leruste implique que nous récupérions le sentier de la Martelotte puis la carrière Vanderzippe avant d’arriver au terrain. C’était donc assez loin. On aperçoit sur les photos des voitures stationnées le long de la pelouse et certaines derrière le but !

Le terrain de la Carluyère autre vue Photo RmR

Le terrain était légèrement en pente et orienté plein est : les buts se situaient derrière la ferme Malvache au nord est et de l’autre côté à l’angle formé par la carrière Vanderippe et la rue de la Carluyère au sud est. La pelouse était ainsi entourée de chemin et de fossés. Il semble que cette situation n’ait pas duré au-delà de 1977, car le Président Jacques Plays répondant à une interview dans Nord éclair en février de cette année-là annonçait que le Football club Roubaix 74 jouait désormais au Carihem. Restait encore à conclure des accords pour les terrains d’entraînement. Le club à ce moment comprenait 150 adhérents, quatre équipes de seniors, et une équipe pour chaque tranche d’âge, pupilles, minimes, cadets et juniors. Sans oublier une section cyclotouriste !

Le Beau Chêne

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Le hasard des recherches dans les archives municipales nous a fait découvrir une photo de cette ferme, prise lors de sa démolition en 1927. D’après la légende, elle était située boulevard de Metz, et la comparaison avec des plans et photos aériennes de l’époque nous permet de préciser que le photographe était placé derrière la ferme et que les bâtiments au fond et à droite sont situés respectivement boulevard de Metz et rue Voltaire. Placée le long du chemin des Couteaux non loin du hameau du Hutin, elle fait partie des fermes anciennes de Roubaix, qu’on remarque déjà sur les plans cadastraux du consulat, juste après la révolution. Si elle n’est pas cernée de douves, comme d’autres à la même époque, c’est qu’il n’y a pas de cours d’eau à proximité immédiate pour les alimenter ; le canal n’arrivera que bien plus tard !

La ferme en 1884
La ferme en 1884

Dénommée Ferme du Beau Chêne en 1884 sur plan cadastral, elle est située dans le Ravet-Anceau au 9 chemin des couteaux, dans le hameau du même nom, ce qui correspondra plus tard au 105 boulevard de Metz. Les recensements successifs nous apprennent qu’elle était tenue au 19 ème siècle par Louis Prouvost, né à Roubaix en 1800, qui a épousé assez tard Victoire Masquelié (également orthographié Masquelier). Celle-ci, veuve depuis 1881, conservera la ferme qu’elle laissera ensuite à ses enfants. D’après le Ravet-Anceau, celle-ci sera exploitée jusqu’en 1926. Le chemin des Couteaux sera progressivement redressé et élargi pour constituer le boulevard de Metz, mais la cense, placée en retrait du chemin, ne sera pas touchée par ces travaux. En 1867, le percement du canal va bouleverser le quartier et séparer les hameaux jusque là voisins et traverser sur les terres dépendant de la ferme.

Situation de la ferme sur une photo IGN
Situation de la ferme sur une photo IGN

Louis Joseph Prouvost est seul en 1836 pour élever ses trois filles Julie, Eosine, et Virginie. Il se mariera en 1846 à Victoire Masquelié, qui lui donnera deux autres filles, Victoire et Marie. Celles-ci auront respectivement 4 et 2 ans en 1851. Marie n’aura pas de descendance, mais Victoire aura deux filles de son mariage avec Jules Warlop, Marie Victoire et Elise Marie. Louis et Victoire Prouvost-Masquelié achètent en 1866 la ferme qu’ils cultivaient jusque là à Mme Marie Christine Delporte, veuve de M. Pierre Joseph Dassonville.

BC4-96dpiEn 1893 des documents officiels nous apprennent que Mlle Marie Prouvost, fille de Louis et de Victoire est co-propriétaire de la ferme avec les enfants de sa sœur Warlop-Prouvost, mineures. Elle a construit une maison, qu’elle occupe depuis 1874, le long du boulevard, au 44 et demande un permis de construire pour en édifier deux autres tout à côté. Les deux sœurs en font également construire deux, choisissant également comme architecte M. Deregnaucourt. Victoire Warlop-Prouvost, veuve, occupe la ferme de 1882 à 1895. La ferme est ensuite reprise à bail par la famille Dupont, qui l’exploite entre 1899 et 1926, à la veille de sa démolition. Durant cette période, la cense a été vendue : M. Dupuis, habitant Tourcoing, en est propriétaire en 1914, et Jules Wacquier, entrepreneur, l’est en 1920.

Les maisons construites près du 44 par la famille
Les maisons construites près du 44 par la famille

Le vieille ferme est donc démolie en 1927. Les établissements Masurel obtiennent un permis de construire pour un alignement de 27 maisons au coin du boulevard de Metz et de la rue Voltaire. Une photo aérienne de 1932 nous montre le long du boulevard cette rangée de maisons, alors que des jardins (ouvriers?) s’étendent sur son emplacement. En face de l’autre côté du boulevard, d’autres jardins (ouvriers également?).

Les documents proviennent des archives municipales.

 

 

 

 

Le mystère de la rue Thècle

La rue Thècle s’étend sur 100 mètres entre la rue du Hutin et la rue de l’Espierre. Sa largeur est de 10 mètres. Assez curieusement, il y eut pendant quelque temps un morceau de voie nommé rue Thècle prolongée qui partait en impasse de la rue de Constantine.

Le projet de quartier 1889 (extrait) AmRx
Le projet de quartier 1889 (extrait) AmRx

Le projet d’ensemble d’ouverture de diverses rues dans le quartier du Hutin présenté le 24 mai 1889 par les propriétaires ci-après, MM. Houzet Lutun, Dubar Delespaul, L. Duchatelet, Henri Salembier, la société civile Dubar Frères, ne comporte pas trace de ce prolongement, il indique simplement l’ouverture d’une rue dénommée rue Thècle entre la rue de l’Espierre et la rue du Hutin.

Le projet 1899 (extrait) AmRx
Le projet 1899 (extrait) AmRx

En 1899, la société civile Dubar vend des terrains et sans doute pour leur donner plus de valeur, intègre un projet de percement de la rue Thècle jusqu’à la rue de Constantine. Il aurait fallu démolir la ferme du Hutin pour joindre les deux bouts de la rue Thècle, en un parfait alignement. Le souhait des promoteurs de ce projet ne fut jamais réalisé, car la valeureuse ferme du Hutin est toujours debout, l’une des dernières de Roubaix.

La ferme du Hutin, vue de la rue Thècle Google Maps
La ferme du Hutin, vue de la rue Thècle Google Maps

Quant à la rue Thècle d’origine, elle fut classée dans le réseau vicinal le 26 septembre 1930. Les  travaux de mise en état de viabilité furent exécutés par la société Carette Duburcq fils, et terminés le 26 janvier 1932. La rue ne comptera qu’un seul commerce : un estaminet au n° 45 dès 1891 et ce jusqu’à la seconde guerre mondiale.

La rue Thècle vers la rue de l'Espierre Google Maps
La rue Thècle vers la rue de l’Espierre Google Maps

La rue Thècle est donc constituée de deux tronçons indépendants : la rue en elle-même et la rue Thècle prolongée qui est une impasse s’ouvrant sur la rue de Constantine. Un artisan peintre, M. Dujardin, y avait son atelier en 1972. Cette partie de rue a été débaptisée, on lui a donné le nom d’Oste de Roubaix, demi-frère de Jean V de Roubaix, dit bâtard de Roubaix, selon Théodore Leuridan. Ce seigneur avait acquis ce qui allait devenir le fief de la Grande Vigne au XVème siècle. C’était donc un hobereau du coin.

Impasse Oste de Roubaix Google Maps
Impasse Oste de Roubaix Google Maps

 La rue porte donc le nom d’une Dame Thècle, d’origine noble, aveugle de naissance, qui selon la tradition, vit en rêve l’apparition de Saint Eleuthère, qui lui demanda d’aller trouver l’évêque de Tournai pour retrouver son propre tombeau. Il s’agissait de convertir les païens de Roubaix, par l’effet de ses reliques. Inspirée par le Saint, Dame Thècle découvrit enfin le tombeau en l’église de Blandain. Après avoir reçu la promesse de l’évêque d’évangéliser les Roubaisiens, elle rendit l’âme. Grâce à ce miracle, Roubaix fut mentionné pour la première fois dans l’histoire en l’an 897. Mais la légende ne s’arrête pas là. Dame Thècle fit également elle-même l’objet d’un miracle. Près de son tombeau, du côté de sa tête, « une source jaillit dont les eaux limpides produisirent de merveilleux effets et furent d’un grand secours aux personnes affligées de maux de tête ainsi qu’aux paralytiques ». Hasard de l’histoire ou trace de la légende, la rue Thècle commence aujourd’hui  à deux pas du cours d’eau de l’Espierre.

Sources : Histoire des rues de Roubaix par les flâneurs, Archives Municipales Roubaix, Théodore Leuridan Histoire de Roubaix tome 1.

 

 

La Duquennière

Située au bord du parc Barbieux, cette cense fait partie des dernières disparues. Le plan cadastral de 1826 la situe dans le hameau du Quesne, entre la rue de Lille et la rue Verte à Croix, puisque cette commune englobait à l’époque la moitié sud du futur parc Barbieux.

Plan cadastral de Croix 1926 – archives départementales
Plan cadastral de Croix 1926 – archives départementales

En 1876, le cadastre la place dans le hameau Duquesnie qu’il situe non loin du tracé du canal.

Plan cadastral de Croix 1876 – archives départementales
Plan cadastral de Croix 1876 – archives départementales

La cense fait donc partie de Croix à l’origine. Mais, à la suite de l’exposition de 1911, le site sera annexé à la ville de Roubaix, et la ferme deviendra roubaisienne avec toute le bas du parc en 1914.

Plan cadastral de Roubaix 1914 - archives municipales
Plan cadastral de Roubaix 1914 – archives municipales

 Le recensement fait à Croix en 1906 indique rue de la Duquennière, une cultivatrice, Rousseau Clémence, née à Wattrelos en 1839, qui tient la ferme avec l’aide de trois domestiques. Cette dame, qui atteint alors l’âge de la retraite, cultive sans doute le domaine depuis de nombreuses années. Elle cède finalement sa ferme, et le Ravet Anceau cite au sentier de la Duquennière un autre cultivateur, Bonte H., à partir des années 1920 et cela jusqu’à 1955. L’Echo du Nord précise dans un article de 1925 qu’il est père de 4 garçons, et qu’il déplore la disparition dune grande partie du verger de la ferme, victime de la proximité de l’avenue Jean Jaurès, récemment ouverte.

La ferme. Documents Écho du Nord 1925 et IGN 1962
La ferme. Documents Écho du Nord 1925 et IGN 1962

Les bâtiments de la ferme entourent une cour rectangulaire. Le logement, peint en blanc sur la photo, est situé le long de la rue de la Duquennière, précédant le portail d’entrée couvert d’un toit à deux pentes. La photo aérienne nous montre la cense encore dans son intégralité. Elle est prolongée vers le parc par un potager, et entourée d’un terrain herbeux planté d’arbres, reste du verger sacrifié avant guerre.

Mais ses jours sont comptés : une photo aérienne de 1964 nous montre un premier bâtiment abattu, tandis qu’une autre de 1965 nous montre un nouvel immeuble en construction à la place de l’ancienne cense. Cet ensemble collectif est encore visible aujourd’hui.

Photos IGN
Photos IGN