Château d’Hem

Hem (anciennement Ham) est l’une des plus vieilles agglomérations de notre région. Le village rural est en effet mentionné dès 877 : « Hamma sur le fleuve Marque ». Les seigneurs de Hem commencent à apparaître au 12 ème siècle dans différents documents officiels. Ainsi peut-on découvrir Alard, puis Wautier ainsi que Jean et Gervais de Ham.

Au 13ème siècle c’est Alard de Bourhieles qui est seigneur de Hem et au 14ème on retrouve un Pierre puis un Jean de Hem. Du milieu du 15 ème à la fin du 18 ème siècle le village souffre du voisinage de la petite ville fortifiée de Lannoy qui lui vaut l’invasion des soldats français, espagnols, hollandais et anglais.

Le village de Ham vu en bande dessinée (Document Au temps d’Hem)
La place du village au 16ème siècle vue en bande dessinée (Document Au temps d’Hem)

Les détenteurs successifs de la seigneurie sont également les possesseurs de la cense qui y est associée. Sont ainsi nommés dans les anciens textes Jean de Bourghelles, chevalier, puis Gérard de Cuinghien, écuyer, puis son fils Jean et sa fille Marie, laquelle épouse en premières noces Adrien Vilain de Gand, avec lequel elle a un fils posthume également prénommé Adrien.

Le premier château féodal de Hem, construit un siècle plus tôt, échoit en 1546 à Maximilien Vilain de Gand, baron de Rassenghien, fils d’Adrien, tandis que la Cense est alors occupée par Pierre Lenglart, laboureur. Suivront les descendants du seigneur de Gand : Guilbert, Jacques Philippe, devenu marquis en 1660, François Gilbert, Michel Maximilien, François Gilbert, Jacques Ignace Philippe, Jean Guillaume puis Guillaume Louis, né en 1751. L’un d’entre eux, Guilbert de Gand, y fait installer, en 1610, de vastes jardins, des terrasses et des parterres qui rejoignent les terres cultivées tout autour.

Cadastre de 1824 situant le château d’Hem (Document Historihem)
Les armoiries de Vilain de Gand et le tumulaire découvert à Lomme (Document Historihem)
Le centre du village vu depuis le château d’Hem en bande dessinée (Document Au temps d’Hem)

« Le domaine est composé de la basse cour et du château proprement dit accompagné de ses jardins. Chacun de ces éléments est entouré de fossés remplis de l’eau de la petite Marque qui y serpente et fertilise les prairies où paissent des animaux. La basse cour, en briques, couverte de tuiles, comprend une série de bâtiments disposés sur trois côtés seulement et où se situe un imposant portail d’entrée, précédé d’un pont et accompagné d’une tour ronde à gauche, carrée à droite, d’un corps de logis à gauche, d’un pigeonnier à toiture en bâtière, d’une grange et d’étables.

Un pont relie cette ferme au château dont l’organisation est complexe puisqu’il est composé de deux cours et que la courtine se prolonge vers l’horizon au delà de la deuxième cour. Des tours cantonnent chacun des angles de ces deux cours, les unes carrées, les autres rondes, les unes modestes, les autres imposantes ou élancées. La destination des bâtiments est difficile à identifier. Tous sont disposés autour de la deuxième cour, tandis qu’autour de la première n’existent que des courtines régulièrement percées, hormis les tourelles précédemment citées et les portes. L’une d’entre elles donne sur un jardin dont le dessin figure une croix de Saint Louis, semble t il. »

Peinture d’Adrien de Montigny représentant le château en 1603 (Document Historihem)
Croquis représentant le château des marquis d’Hem aux 16ème et 17ème siècles (Document Historihem)

Le domaine devient ensuite un marquisat de 1660 à 1789. A la révolution, le domaine est vendu à savoir : le château et ses meubles, les jardins et potagers et l’acquéreur reste anonyme sur les registres. Louis Camille Vilain de Gand voit le reste de ses biens divisés en 6 lots.

Pourtant, suite à l’invasion autrichienne, puis à la libération du territoire, une liste de sinistrés hémois effectue des demandes de dédommagement et parmi eux un certain Louis Camille Degand (en un seul mot), qui sollicite l’indemnisation la plus importante du village, règlement à priori accordé par le Directoire de Lille.

Après la révolution et la guerre, l’indemnisation des sinistrés en bande dessinée (Document Au temps d’Hem)

Après toutes les vicissitudes connues par le domaine au long des siècles avec les diverses invasions subies, il ne reste que des pierres éparses du château initial lorsqu’à la fin du 19ème siècle est construit le 2ème château d’Hem. Pourtant divers objets trouvés aux alentours du château témoignent de son histoire.

Photos de diverses pièces de monnaie espagnoles, hollandaises, françaises sous Louis XV et sous Napoléon, trouvées autour du château d’Hem (Documents Historihem)

Au vingtième siècle le domaine, qui comprend un parc de 7 ha, des douves de 2 ha et 30 ha de terres cultivables, est racheté par un industriel roubaisien, Mr Carlos Six, et son nom est désormais usuellement donné au château. La ferme est quant à elle occupée par Jules Chabrier puis par sa veuve Suzanne.

Pendant la première guerre mondiale, en 1914, l’armée d’occupation y installe un camp de prisonniers. Des officiers de l’armée allemande occupent alors le 2ème château d’Hem et le Kaiser plante un arbre commémoratif dans le parc, dénommé l’arbre du Kaiser, devant lequel se déroulent les parades militaires pendant la guerre.

Carlos Six et son épouse en 1914 à Longchamp (Document Historihem)
Le Kaiser dans le parc en 1916 (Document Historihem)

Le 6 Juillet 1917, un avion anglais Sopwith Triplane N° N5435 s’écrase, et les honneurs militaires sont rendus par les soldats allemands au Château d’Hem. Il s’agit du Sous-Lieutenant Hillaby Eric Crowther du 1 st squadron RNAS abattu par le Flg-Lt Bertram Heinrich de l’escadrille MFJ1.

Un avion anglais s’écrase et les honneurs sont rendus au château d’Hem (Documents Historihem)

A la libération, en octobre 1918, les soldats anglais du général Plumer cantonnent à leur tour dans le château d’Hem, dit château Six, quand ils y mettent le feu accidentellement lors de la célébration de leur victoire et l’incendie le détruit presque complétement. Seule subsiste une petite tour ronde avec son dôme, restes de l’ancienne chapelle, dans laquelle on célébrait encore une messe par semaine en 1914.

Le château incendié en 1918 et la chapelle dans la plaine dans les années 1950 (Documents Historihem)

Quelques temps après la première guerre le château d’Hem est reconstruit sur les terres de l’ancien marquisat. Il est toujours entouré de douves et la chapelle se trouve au milieu d’un bois. Dans le parc du château coule la petite Marque enjambée d’un pont rustique qui permet de la traverser commodément. La ferme est cédée en 1934 à Maurice Boddaert et son épouse Marguerite.

Le château et son parc dans les années 1920 (Documents collection privée)
Photo aérienne du domaine en 1933 (Document IGN)

Mais déjà s’annonce la 2ème guerre mondiale avec l’arrivée à Hem fin 1939 des troupes françaises puis anglaises et le château est à nouveau occupé par les Britanniques jusqu’à leur repli sur Dunkerque. Puis c’est l’évacuation et Mr Six part à Paris. Une compagnie de transport de la Wehrmacht s’installe au château et des cérémonies militaires sont à nouveau organisées au pied de l’arbre du Kaiser.

La chapelle du château encore entourée de bois peinte par F. Delsinne en 1935 (Document Historihem)

En 1942, le château, hypothéqué, est vendu à Mr Duflot de Seclin qui fait abattre tous les arbres du parc pour les revendre. Les souches sont récupérées par les habitants de Forest et de Hem pour le chauffage. Mr Maurice Boddaert devient locataire du parc à titre gracieux pendant 9 ans avant que celui-ci soit intégré à la ferme.

A suivre…

Remerciements à l’association Historihem ainsi qu’à André Camion pour son livre co-écrit avec Jacquy Delaporte Hem d’hier et d’aujourd’hui ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume pour leur bande dessinée Au temps d’Hem.

Le Numide

Dans les années 1930, la rue de l’Alouette à Roubaix part de la rue de l’Epeule et se termine rue du Chemin de fer. Elle n’arrive dans la rue de la Gare qu’à partir de 1942 après démolition des bâtiments existants ( voir sur notre site, un article précédemment édité et intitulé : l’alouette s’ouvre à la gare )

vue aérienne 1932 ( document IGN )

Dans les années 1950, côté impair se construit un bâtiment neuf, au N° 75 sur toute la longueur qui démarre donc depuis la rue du chemin de fer jusque l’avenue Jean Lebas.

Cet emplacement a d’ailleurs 3 adresses possibles : le 75 rue de l’alouette, le 123 avenue Jean Lebas et le 36 rue du chemin de fer.

plan cadastral

La surface importante de 193 m2 permet l’implantation, au début des années 1960, du « Soldeur de l’Alouette », un magasin de chaussures à des prix imbattables.

publicité 1964 ( document collection privée )

Un permis de construire pour un projet d’aménagement d’un hôtel restaurant est déposé en 1972 par les propriétaires des lieux, Mrs Abdelkader Djender et Miloud Mebtouche. Le cabinet Delcour de Wasquehal est chargé du dossier pour l’agencement et la décoration. Le restaurant se trouve au rez de chaussée sur la partie gauche, la cuisine et les dépendances se trouvent à droite. Au premier étage, sept chambres sont prévues pour accueillir les clients de passage, car nous sommes à deux pas de la gare SNCF.

la façade ( document archives municipales )
le rez de chaussée et le 1er étage ( documents archives municipales )

Le nom choisi pour cet établissement est : « Le Numide », car la Numidie est un territoire berbère en Algérie. L’inauguration a lieu le 22 Mars 1973. De nombreuses personnalités sont accueillies par les propriétaires du lieu et découvrent ce cadre typique oriental et chaleureux. La salle de restaurant peut accueillir 110 personnes, le décor est subtil et raffiné, les couleurs chaudes des tapis contrastent avec le crépis blanc des murs où se situent de nombreuses petites niches d’inspiration mauresque. Uns cuisine orientale est proposée ( couscous, méchoui préparé sur un barbecue panoramique dans la salle etc ) ainsi qu’une carte complète de vins d’Algérie.

L’entrée de l’hôtel est indépendante du restaurant. Il offre d’emblée, une sensation de confort intime. Les 7 chambres disposent d’une salle de bains complète et fonctionnelle. Un salon permet aux clients de se relaxer en suivant le programme TV.

publicité Nord Eclair 1973
publicité Nord Eclair 1974

Les débuts de l’établissement sont prometteurs et encourageants. L’année suivante, en Janvier 1974, les deux associés projettent d’agrandir l’hôtel en construisant un 2° étage. Le nombre de chambres serait alors doublé en passant de 7 à 14.

Le permis de construire est accordé en 1974, mais en Juin 1975, Miloud Mebtouche décide de reporter les travaux à une date ultérieure, pour raisons de conjoncture économique difficile.

le projet du deuxième étage ( document archives municipales )

En 1981, pour encore mieux accueillir leur clientèle, Abdelkader et Miloud décident de redonner un coup de jeune à leur hôtel restaurant. Le cadre est embelli, une nouvelle carte est réaménagée au restaurant : couscous, méchoui et également désormais, côte à l’os, fruits de mer, vins français et algériens. Occasionnellement le chanteur kabyle Akli Yahiatene et sa troupe vient animer les soirées. En Avril 1983 Mouloud annonce l’ouverture de son club dîner spectacle.

publicité Nord Eclair 1983

Mardi 9 Août 1983 à 9h15, une violente explosion secoue tout le quartier. Les habitants sortent de chez eux et découvrent que le Numide vient littéralement d’exploser. Des fenêtres ont volé en éclats, des briques du mur de façade sont descellées ainsi que des garde-fous.

Nord Eclair Août 1983

Les sapeurs pompiers et les policiers arrivent rapidement sur place ainsi que M Mebtouche qui habite avenue Jean Jaurès. A l’intérieur, c’est la désolation, l’escalier qui mène à l’hôtel s’est écroulé, la porte qui sépare le restaurant pend en lambeaux. Personne ne se trouve à l’intérieur, car l’établissement est fermé pour congés annuels depuis le 1° Août. Aucun passant n’a été touché par des éclats. Un miracleD’après les premiers éléments de l’enquête, une fuite à la chaudière à gaz qui se trouve dans la cave serait à l’origine de l’explosion qui n’a pas provoqué d’incendie. Autre miracle ! La dalle de béton entre la cave et le rez de chaussée a été soulevée. Le bâtiment a été fortement ébranlé sur ses bases. Le Numide est détruit à 75 %.

Photos Nord Eclair

Au printemps 1987, M Mesbahi qui habite Wasquehal reprend le bâtiment et fait effectuer des travaux : remplacement de la porte d’entrée, des vitrines et des menuiseries, sablage et peinture de la façade. Ces travaux importants sont destinés à remettre l’immeuble en état et le diviser en plusieurs parties en vue de le louer.

la façade en travaux en 1988 ( document archives municipales )
la façade en 2008 ( document Google Maps )

Malheureusement en 2023, on ne peut que constater que l’immeuble ainsi restauré et transformé à usage d’habitation 15 ans plus tôt, manque cruellement d’entretien, est tagué sur l’ensemble du rez-de-chaussée où des arbustes poussent autour de la gouttière et semble s’être vidé de ses occupants.

Photos BT 2023

Remerciements aux archives municipales

La 34e fête fédérale des Amicales Laïques du Canton

Elle s’est déroulée en juin 1951 dans la paisible commune de Leers qui a revêtu une parure de verdure pour accueillir les nombreux amicalistes du canton. Un temps idéal favorise le déroulement des concours, du cortège et des exhibitions. Ces deux journées ont été un succès.

L’ouverture de la fête a lieu le samedi vers 20 heures 30, avec une retraite aux flambeaux. Le départ se fait au parc des sports, et l’animation est assurée par la Clique de la FAL de Roubaix. La population prend part au cortège et les enfants ne sont pas oubliés. À l’issue de la manifestation, ils sont rassemblés au parc des sports pour recevoir des friandises. Un bal de famille termine cette première journée.

La clique de la FAL en 1947 doc Coll Part

Dimanche très tôt, la fête fédérale prend de grandes proportions : organisation d’un concours de tir à la carabine dans la cour de l’école des garçons, concours de clairon et tambours, tournoi de basket, match de volley ball au Parc attirent la jeunesse. À 11 heures on inaugure la fête, à l’école des garçons rue Joseph Leroy, avec l’exposition des travaux d’élèves. M. Kints inspecteur primaire préside, entouré par MM. Duchatelet vice président de la FAL du Nord et secrétaire de la fédération du canton, Theeten secrétaire Fédération du Nord, Pottier président de la fédération du canton et Heye président de l’amicale de Leers. Les directrices et directeurs d’école entourent le personnel enseignant, ainsi que tous les présidents des amicales du canton. Au cours de cette réception, M. Bailleul, directeur de l’école des Garçons, accueille les autorités.

La Mairie de Leers en 1951 doc Coll Part

Mme Wipliez directrice de l’école des filles dirige deux chants excellement interpétés par les enfants des écoles. Un vin d’honneur précéde l’inauguration de l’exposition des travaux d’élèves. À l’issue de la réception, la délégation se rend à la Mairie où elle est reçue par M. Kerkhove maire entouré de son conseil municipal. Il dit combien il est heureux de recevoir les amicalistes du canton. Il dit aussi tout le bien qu’il pense du personnel enseignant des écoles laïques. M. Duchatelet répond en souhaitant que dans un avenir prochain, il serait envisagé à Leers la reconstruction complète des écoles publiques qui menacent ruine. Un vin d’honneur termine la réception. Les personnalités fleurissent ensuite le monument aux morts de la Ville et observent une minute de silence en souvenir des leersois tombés pour l’idéal de la République.

Amicalistes leersois en 1950 doc NE

Vers 13 heures, un banquet rassemble dans la salle des fêtes de l’école, officiels et invités, et c’est l’occasion une fois encore de resserrer les liens d’amitié qui existent entre les laïques. Au cours du repas, M. Heye président de l’amicale de Leers remercie le corps enseignant de l’aide efficace apportée pour l’organisation de cette fête. M. Pottier excuse le représentant du Préfet et remercie ceux qui contribuèrent à cette fête. Il félicite M. Louis Decourcelle et les instituteurs et institutrices qui ont si bien dirigé les travaux manuels des élèves. Il présente à l’assistance M. Theeten, cheville ouvrière de l’action laïque dans le Nord. Ce dernier dit combien il est heureux de prendre part à cette quatrième fête fédérale du canton de Lannoy depuis la libération. Il félicite M. Pierre Duchatelet, promoteur de la colonie de vacances de la FAL de Lannoy, qui a su convaincre les municipalités du canton. M. Theeten relate ensuite brièvement le succès obtenu au rassemblement laïque du 3 juin.

École de garçons rue Joseph Leroy Leers CP Coll Part

À l’issue du repas, on se retrouve rue Joseph Leroy pour prendre part à l’imposant cortège de 5.000 personnes venues des divers coins du canton. À 16 heures le cortège s’est formé à Leers-Bifur et s’ébranle par les rues De Gaulle et Victor Hugo prolongée, Jean-Jaurès, Place Carnot, Joseph Leroy, Pasteur et fait une entrée spectaculaire au Parc des Sports. Parmi les sociétés et groupements qui ont défilé, la clique de la FAL d’Hem, l’Harmonie Municipale de Leers, les enfants des écoles primaires, les commissions des différentes amicales du canton précédées de leur drapeau. Sur le terrain du Parc des Sports, les enfants des écoles dirigés par M. Héduin, exécutent une série de mouvements gymniques. Ils sont longuement applaudis. Puis une cérémonie se déroule sur le podium, pour la remise du drapeau fédéral. M. Cattelain président de la Fraternelle Laïque d’Hem, détentrice de l’étendard depuis la dernière fête, le remet au président de l’amicale laïque de Leers M. Heye. Après quoi on procède à la lecture des récompenses fédérales : médailles de bronze, breloques et diplômes d’honneur décernés à certains amicalistes.

Le parc des sports de Leers Coll Part

La foule qui a pénétré dans le Parc des Sports y séjourne tard dans la soirée tant la température était douce. Elle assiste ainsi à une kermesse flamande où se trouve un concert permanent et à une belle exhibition gymnique de La Gauloise de Wattrelos. La journée se termine par une fête chorégraphique organisée par la section féminine La Gauloise d’Hem. Le succès remporté cette fois prouve combien est grand le mérite de M. et Mme Doise-Harpagès qui s’occupent utilement des loisirs des enfants de la commune. L’équipe première de Sailly remporte le concours de tir, Robert Courcelle de Forest sur Marque le concours de clairons 2eme catégorie, Félicien Lesne également de Forest sur Marque le concours de clairons de 3eme catégorie. En basket pour les hommes Tressin bat Annapes en finales et pour les femmes Forest sur Marque bat Ascq en finale.

Source Nord éclair, Nord Matin, archives FAL Rx

 

L’Auberge d’ Hempempont

La construction du bâtiment remonte au XVII ème siècle. A l’époque un certain Grimonpont fait construire une taverne à « Lampempont », au n° 232 de l’actuelle rue du Général Leclerc à Hem, laquelle, un siècle plus tard appartient à Marc Lamblin, cabaretier brassant sous l’enseigne de l’ « Hempempont » chez qui sont organisés des baptêmes.

Le bâtiment devient par la suite un poste relais pour les diligences empruntant la route qui mène de Lille à Lannoy. Les voyageurs et leurs chevaux y logent avant de reprendre la route le lendemain matin. Il sert aussi de station à un service de messagerie dont le siège est à Lille et qui dessert les communes limitrophes.

C’est Edouard Mulliez puis son frère Louis qui tiennent le poste de relais et, en parallèle, Edouard tient la boulangerie juste à côté tandis que Victoire leur sœur est épicière une maison plus loin au bord de la Marque comme on le voit sur la carte postale ci-dessous. On y voit également sur le pavé les planches de la bascule publique qui sert à peser les charrois de grains, de betteraves et de charbon ainsi que les bœufs.

L’auberge dans le tournant de la rue de Lille vers Annappes (Document Hem Images d’hier)

La famille Mulliez va ensuite céder l’établissement qui sera successivement géré par Mrs Delporte puis Vanrenneman puis Hespel avant d’être repris en 1908 par Oscar Duquesne aidé par ses 5 enfants. Celui-ci transforme alors les écuries en tonnellerie afin de confectionner et réparer les tonneaux des brasseries avoisinantes.

Auberge et tonnellerie Duquesne au début du vingtième siècle (Documents Historihem)

L’auberge comprend une salle commune et une salle de billard ainsi qu’une grande salle pour noces et banquets à l’étage. Quelques chambres sont mises à disposition des voyageurs et un salon avec piano est contigu à une salle à manger particulière. C’est Esther, l’une des filles d’Oscar qui se met au piano pour y faire danser les convives.

Quant à Emile, l’un des fils d’Oscar, animateur des fêtes du quartier et ducasse de l’Hempempont, il a l’idée de créer des fritures d’anguilles et d’aménager des gloriettes dans le jardin. C’est lui aussi qui à l’idée d’organiser un grand concours de coqs le dimanche des Rameaux.

Spécialité d’anguilles et combats de coqs (Document BD Au temps d’Hem)

Par ailleurs, à l’occasion de la procession du 15 août, sur la façade se dresse un monumental reposoir à base de tonneaux. Des cavaliers, accompagnés de la musique municipale et de la Philharmonie de la Citadelle, fondée en 1845 par le père de Louis Leclercq, brasseur, escortent le Saint Sacrement depuis l’église Saint-Corneille jusqu’à Hempempont.

Philharmonie de la Citadelle étendard de 1845 et photo de 1895 (Documents Historihem)

En ce début de vingtième siècle, les « coqueleux » sont nombreux et à l’Auberge d’Hempempont on bat les coqs. Dans un enclos grillagé, le plus souvent de forme ovale ou octogonale, deux gallinacés s’affrontent. Issus de savants croisements le coq de combat est doté d’un naturel belliqueux que l’homme se charge d’exploiter pour ses jeux.

Des deux combattants acharnés, l’un doit mourir. Leurs ergots sont garnis d’éperons d’acier de 51 millimètres de longueur, arme redoutable placée sur un bandage de cuir le tout solidement attaché par une ficelle poissée. Le coq agrippe du bec la tête de son adversaire puis s’élève d’un battement d’ailes, arque son corps et projette violemment en avant ses pattes repliées auxquelles il imprime un rapide mouvement de va-et-vient.

La partie peut durer douze minutes et, au cours des deux dernières minutes, les coqs peuvent alternativement se coucher puis se relever. Le dernier debout est le gagnant à la douzième minute sachant qu’un coq couché trois minutes a perdu. Le championnat se déroule en 48 parties et 3 tours, permettant ainsi de consacrer six lauréats.

Combats de coqs à l’Auberge d’Hempempont (Documents Historihem)

Les combats de coqs ont pourtant déjà été interdits une première fois en 1852 par arrêté préfectoral mais ont continué à s’organiser dans une certaine clandestinité. Il faudra attendre 1963 pour qu’une deuxième interdiction intervienne et pourtant là encore les coqueleux obtiendront un an plus tard l’autorisation de battre dans les lieux « à tradition locale ininterrompue ».

Autre événement, exceptionnel celui-là : à l’occasion de l’Exposition Internationale du Nord de la France, qui a lieu à Roubaix de Mai à Novembre 1911, regroupant 3429 exposants français et étrangers, un champ d’aviation de 10 hectares est construit à Hem, dans les plaines de Beaumont et sur les pâtures de la ferme Gorghemetz.

Le terrain est aussi une étape du Circuit Européen qui se déroule du 18 juin au 7 juillet 1911. L’étape est remportée par Vedrines, devant Roland-Garros puis Beaumont. Les aviateurs sont ovationnés par le public et se voient offrir des gerbes de fleurs par des petites filles. A l’issue de l’étape les participants sont invités à partager un banquet à l’Auberge d’Hempempont.

Invitation à l’Auberge à la fin de l’étape (Document BD Au temps d’Hem)

Sous l’occupation allemande, pendant la première guerre mondiale, les estaminets sont fermés mais pas les auberges. En juin 1915, alors que plusieurs familles des environs ont choisi de profiter du beau temps sous les gloriettes de l’auberge, toujours tenue par la famille Duquesne, une bombe allemande, tirée sur un avion allié, tombe dans la cour sur l’extrémité d’un hangar où elle explose.

Explosion d’une bombe en juin 1915 (Document Historihem)

Dans une gloriette attenante se trouve attablée une famille roubaisienne qui est touchée par les éclats, lesquels tuent le père de famille sur le coup ainsi qu’un jeune garçon de 13 ans originaire de Lille qui, debout, observait la poursuite de l’avion allié par l’avion allemand.

Deux autres jeunes roubaisiens, à proximité de la famille précitée, sont grièvement blessés. Enfin deux autres roubaisiennes sont blessées plus légèrement. Parmi la centaine de personnes se trouvant à l’auberge au moment de la chute de la bombe meurtrière c’est bien sûr l’affolement mais force est de constater que le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd.

L’auberge dans les années 1920 (Document Historihem)

Après la libération, vingt ans après la première, une nouvelle série de cartes postales représentant l’Auberge d’Hempempont est sortie. On y constate que, si la tonnellerie n’existe plus, les extérieurs sont à peu près aménagés de façon semblable et que la friture d’anguille reste le plat fétiche le l’établissement devant lequel le tramway continue d’amener régulièrement une clientèle des environs avide de loisirs et de bonne chère.

Dans les années 1930, s’ajoute à la ducasse d’Hempempont qui a lieu tous les ans en juillet, une course peu banale à savoir la course aux rats. Les rats sont placés dans les brouettes et les participants doivent non seulement faire la course mais aussi rattraper les rats qui se sauvent régulièrement des brouettes, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Départ de la course aux rats à Hempempont en 1932 (Document Hem 1000 ans d’histoire)

Puis, après les belles heures de l’entre deux guerres propices à l’amusement et aux événements de vie privée ou publique fêtés bien souvent à l’Hempempont, arrivent les jours sombres de la seconde guerre mondiale au cours de laquelle Emile Duquesne fait partie des prisonniers de guerre.

Enfin, après guerre l’annuaire Ravet -Anceau de 1948 nous enseigne que la fameuse Auberge d’Hempempont est gérée par Mme Jadoul Vicart puis plus aucune trace de l’auberge dans les années 1950. Durant ces années et jusqu’en 1970, le n° 232 rue du Général Leclerc n’apparait en effet plus dans les annuaires où l’on passe du 230 au 234.

Le bâtiment change de look en commençant par le toit qui est rasé et mis en terrasse. Bien évidemment la lanterne qui, surplombant la porte voisinait avec l’inscription Emile Duquesne, est enlevée. Quant aux panneaux blancs intercalés entre les fenêtres de l’étage et faisant la publicité des fritures d’anguilles, jambon, lait, œufs frais, ils disparaissent.

L’auberge dans les années fastes avec son toit et ses publicités (Documents collection privée)

Puis le magasin d’antiquités « la Renaissance » s’installe dans ces lieux chargés d’histoire dans les années 1980 et y demeure jusque dans les années 2000. Ce commerce sera ensuite remplacé par plusieurs magasins de décoration comme la Villa d’Este, Maison Flamande et Manée dans les années 2008, 2010 et 2012. Puis, après avoir été vide d’occupant durant un temps, le bâtiment est investi par un office notarial qui l’occupe encore de nos jours.

La villa d’Este, Maison Flamande et Manée en 2008, 2010 et 2012 (Documents Google Maps)
Photographie du bâtiment inoccupé en 2018 et de l’office notarial en 2023 (Documents Google Maps)

A suivre …

Remerciements à la ville de Hem, l’association Historihem ainsi qu’à André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem

Célatose Wattrelos 1974

Le 18 décembre 1974, un nouvel incendie vient frapper l’usine Célatose, toujours spécialisée dans la fabrication de couches pour bébés et serviettes périodiques en cellulose. L’incendie a pris naissance dans un atelier de fabrication où se trouvaient des ouvriers chargés de l’entretien. Cette fois toute l’usine a été détruite. Des deux bâtiments qui couvraient 18.000 m² de plancher, des machines et des stocks, il ne reste rien que des murs noircis des décombres fumants. Par moments un foyer renait malgré les efforts des pompiers.

L’incendie à l’usine Célatose Photo NE

L’usine wattrelosienne La Célatose est installée dans les locaux de l’ancienne filature Desurmont boulevard des Couteaux. La société La Célatose connaissait l’expansion : en deux ans une quarantaine d’emplois ont été créés à certaines époques de l’année, le personnel était amené à travailler sur trois postes.

Pompier et incendie Phot NE

Samedi matin une trentaine de personnes étaient occupées dans l’usine pour assurer l’entretien, au premier étage un poste de soudure avait été amené, est-il la cause de l’incendie ? Tous s’accordent sur la rapidité foudroyante avec laquelle le feu s’est propagé. À peine le feu s’est déclaré qu’une nappe de gaz s’est formée vers 10 h 10 et une explosion a suivi. Tout s’est alors embrasé.

La Mousserie menacée Photo NE

Il fallut protéger les maisons voisines des rue Matisse et Paul Cézanne du quartier Mousserie-Sapin-Vert, petites maisons CIL. Les pompiers ont empêché une extension du sinistre à la cave à mazout, ainsi qu’à une dizaine de remorques et camions d’une firme de transports bloqués sur une aire privée de stationnement jouxtant l’usine en flammes. Dix huit lances furent mises en œuvre par les pompiers et même un canon à eau, on alla jusqu’à puiser dans le canal pourtant distant de plusieurs centaines de mètres.

Les dégâts Photo NE

Devant l’étendue de la catastrophe, la consternation est générale. Il n’y eut cependant aucun blessé. Les pompiers resteront sur place pendant plus de 48 heures. Sur 270 personnes employées par la Célatose, 230 seront au chômage. Le directeur général de la Célatose affirmait alors : nous redémarrerons sur place.

Le reportage photo est l’œuvre de Guy Sadet

Pompiers de Roubaix

C’est au Moyen-Age, en 1477, que Roubaix, alors gros bourg rural d’une centaine de « feux » (familles), devient la proie des flammes pour la 1ère fois dans le cadre de la rivalité entre le roi de France Louis XI et son rival le puissant duc de Bourgogne. Tournai est occupée et Wattrelos et Roubaix brûlées par les troupes du roi de France.

Roubaix au Moyen-Age ( Document Voix du Nord)

Deux siècles plus tard, un terrible incendie prend dans les maisons de bois aux toits de chaume, lequel ravage toute une partie de la ville. Il éclate dans la rue Pauvrée, gagne et dévore la chapelle du Saint-Sépulcre (à l’emplacement de la Banque de France, Place de la Liberté) et se répand le long de la Grand Rue et jusqu’à la Grand Place avant de s’arrêter à l’Hôpital Sainte Elisabeth dont seules les toitures sont atteintes. L’église Saint Martin et le château sont épargnés.

Roubaix à l’époque en croquis (Document Thierry Prouvost)

Les moyens de secours prévus à l’époque contre les incendies paraissent alors pour le moins dérisoires : sept douzaines de seaux en cuir acquis 2 ans plus tôt et confiés à 14 particuliers, avec injonction de les pendre à l’entrée de leur logis et d’en faire bonne garde, c’est là la totalité du premier matériel de secours mentionné à Roubaix dans un document officiel.

A l’orée du 18ème siècle, les échevins de Roubaix et Tourcoing passent un accord de mutuelle assistance et se munissent à cette fin de seaux, d’échelles et de crochets. Pourtant malgré la volonté des édiles les premières collaborations ne vont pas de soi, les pompiers de Roubaix se perdant dans la campagne entre les deux villes alors qu’ils voulaient porter secours à Tourcoing.

Quelques années plus tard lorsque les troupes de l’empire austro-hongrois font le siège de Lille, les dragons du Prince de Hesse mettent Roubaix à feu et à sang. Le château, la salle échevinale et l’hôpital sont mis à sac et bon nombre de maisons sont abattues, dégradées ou livrées aux flammes.

Ancienne enseigne du cabaret « A la réunion des pompiers » situé sur la Grand Place (Document Nord-Eclair)
Extrait du règlement du premier corps de pompiers de Roubaix (Document Nord-Eclair)

Si les pompes à incendie commencent alors à être utilisées à Paris ce n’est en revanche pas l’usage à Lannoy, Tourcoing et Roubaix (alors la moins importante des trois villes). A Roubaix, les ruraux habitant à l’extérieur des haies de l’enceinte du bourg se refusent à faire les frais d’un matériel coûteux surtout destiné à protéger les gens de la ville. De ce fait c’est décidé : Roubaix n’aura pas ses pompes. La première pompe à bras de Roubaix n’est donc acquise qu’après la révolution après plusieurs années d’épargne car elle coûte très cher.

Quant au premier corps de pompiers volontaire de la ville, sa constitution n’a lieu qu’en 1805,en raison du développement de la commune et de l’accroissement de son artisanat textile. Il se compose de 21 hommes y compris un chef. Les pompiers de l’époque ne perçoivent aucun salaire et, le maire n’ayant aucun budget pour le faire, c’est aux habitants que la ville fait appel pour leur assurer certaines gratifications pour leurs bons services.

Les soldats du feu sont alors dotés d’un splendide uniforme : habit gris mêlé, doublure écarlate, collet, revers et parements en velours noir avec passe-poil rouge, boutons en cuivre jaune, pantalon gris mêlé, guêtres noires et casque en cuivre jaune. 10 ans plus tard la compagnie augmente jusqu’à 80 hommes et son matériel est complété de 2 pompes munies de leurs agrès.

Extrait de règlement corps de pompiers de la ville en 1829 (Document Archives Municipales)

Le corps communal de sapeurs-pompiers est constitué en 1831 et fait alors partie de la garde nationale. Leur uniforme est encore plus magnifique : habit bleu foncé, collet, parements de velours noir, passe-poil rouge, pantalon et gilet bleu, boutons jaunes, demi guêtres noires et bien sûr casque en cuivre. La compagnie se voit adjoindre une musique d’instruments en cuivre dont les musiciens portent le colback (bonnet en forme de cône tronqué). Par ailleurs, à leur demande ils sont bientôt munis d’une arme qu’ils arborent fièrement lors de leurs défilés.

Médaille décernée aux sapeurs pompiers de la ville qui s’activent autour d’une pompe à bras (Document Nord-Eclair)

En 1840, la ville achète une partie de terrains et de bâtiments provenant de l’ancien Hôpital Sainte-Elisabeth et un grand bâtiment à usage de filature et d’habitation rue Neuve. L’Hôtel de Ville et un Hôtel des pompiers sont construits de 1844 à 1846 sur une partie de ces 2 terrains tandis que le reste est affecté à divers services municipaux : bibliothèque, archives, salles de Musique, Musée et Bureau de Police de Sûreté.

Le 24 Mai 1846, la mairie inaugure le premier hôtel des pompiers de Roubaix au cours d’une cérémonie attirant une foule importante sur ce terrain communal contigu à la place de la Mairie auquel on accède en passant entre la mairie et l’ancienne bourse du commerce. Il s’agit d’un bâtiment fort spacieux, composé au rez-de-chaussée d’un vaste local pour le dépôt du matériel et d’une buvette, et à l’étage de salons particuliers pour les réunions du conseil d’administration et la réunion du corps tout entier.

Les corps de pompiers des villes et communes voisines de France comme de Belgique y sont conviés. La fête militaire commence par un tir à la cible horizontale au cours duquel s’affrontent toutes les compagnies et subdivisions de compagnies de sapeurs-pompiers. Parallèlement, toutes les musiques accompagnant les détachements de pompiers participent à un festival au cours duquel chacune joue 2 morceaux de son choix. C’est la musique des pompiers de Roubaix qui ouvre le festival et celle de la garde nationale qui le clôture. Enfin un bal est offert aux détachements étrangers le soir dans le bâtiment tout juste inauguré.

L’ancienne mairie et l’ancienne bourse avant 1907 et une photo de la cour de l’hôtel des pompiers de l’époque (Documents BNR et Nord-Eclair)
Plan de l’Hôtel des pompiers : vue du rez-de-chaussée et coupe longitudinale et extrait du document relatif à l’inauguration (Documents archives municipales)
Dans le petit musée de cet hôtel des pompiers : une pompe de 1815, un drapeau de 1843, des haches et le portrait d’un des plus illustres capitaines de pompiers de la ville : Argillies, mort au feu dans l’incendie du café des Arcades (Document Nord-Eclair)

Un échange de courriers entre le maire de Roubaix et le préfet du Nord démontre que les risques d’incendie dans les manufactures sont à l’époque connus, les ouvriers qui travaillent et fabriquent la nuit compromettant ainsi la sécurité publique et pouvant occasionner des incendies. Pourtant la conclusion est que des mesures prohibitives seraient préjudiciables à l’activité commerciale de la ville dont les produits acquièrent alors une réputation de plus en plus étendue.

Les sinistres sont en effet nombreux dans les usines de Roubaix dans les décennies qui suivent. Ainsi en 1833, la filature Desvignes-Duquesnoy, rue Neuve est la proie des flammes mais fort heureusement grâce au déploiement rapide des grandes échelles, les ouvriers sont sains et saufs. En 1845, c’est la filature Duriez Fils rue de la Fosse aux Chênes puis celle de A.Dervaux et Delattre-Libert qui subissent un énorme incendie.

Et, la même année, soit l’année de sa construction, c’est l’incendie de l’usine « monstre » : la première filature Motte-Bossut, située près de l’emplacement de la future Grand Poste . Les roubaisiens la trouvaient gigantesque et impressionnante avec ses lueurs de chaudières rougeoyant dans la nuit.

Chariot pour pompe à bras et petit matériel dans un catalogue de la 2ème moitié du 19ème siècle (Document archives municipales)

Les pompiers ne disposaient alors que d’une simple pompe à bras. Les boyaux ou tuyaux devaient être graissés régulièrement. La presse de l’époque décrit la scène:« dépourvus de moyens efficaces pour arrêter l’incendie (…) Plusieurs de ces malheureux poussaient des cris lamentables, d’autres voulaient se précipiter par les fenêtres. On en vit un se laisser glisser adroitement d’étage en étage et parvenir jusqu’à terre sans accident. Quelques-uns descendirent au moyen des cordes enlevées à leurs métiers.  »

Heureusement qu’à l’époque, le canal n’était pas loin : le pont de l’Union reliait alors la rue de la Tuilerie à la rue de l’Union en enjambant le canal qui suivait le tracé du boulevard Leclerc. A noter la forme caractéristique des casques de cuivre portés par les soldats du feu à l’époque. L’usine est alors sauvée pour un temps.

L’usine monstre (Document collection privée)
L’incendie (Documents collection privée)

A suivre…

Remerciements au archives municipales de Roubaix, à la BNR et à Nord-Eclair pour sa rétrospective de 1968 : la flambante histoire des pompiers de Roubaix.

Charles Bodart-Timal

« Ah ch’quin est fir d’ête roubaignot », «  Les roubaignots sont toudis là » sont les hymnes que nous a laissé, Charles Bodart-Timal est le nom de son épouse qu’il a adjoint au sien.

Né en 1897 dans une famille nombreuse au Cul de Four, il passe sa jeunesse dans ce quartier populaire. A 13 ans, il entre comme apprenti aux Ets Lepoutre . Il restera 50 ans dans cette entreprise et, à force de travail, deviendra chef comptable. Il sera par ailleurs professeur de comptabilité à l’Institut Professionnel Roubaisien et il écrira une méthode d’enseignement de cette matière.

Bodart-Timal jeune doc Méd RX

Parallèlement, Charles se découvre un intérêt pour la poésie française. Il se met à écrire et obtient plusieurs prix, dont celui de poésie de la Muse de Nadaud en 1922. Il écrit aussi en patois et, à 29 ans, il reçoit la Médaille d’or du concours des Amis de Tourcoing où il est mis immédiatement hors concours. C’est le point de départ de sa carrière patoisante qui va se poursuivre jusqu’à sa mort, le 18 décembre 1971. Nous lui devons 7 opérettes dont une en patois (Timoleon), 300 chansons françaises et patoisantes, nombre de poèmes, pasquilles et garlouzettes mais aussi des articles sur le folklore et l’histoire locale. Il compose, vers 1920, la chanson « Vive les allumoirs » que nous avons tous en tête et qui est encore chantée dans les cortèges de cette fête traditionnelle. Le 20 décembre 1949, il est nommé Officier des Palmes Académiques pour services rendus aux lettres.

Évocations Roubaisiennes, livre paru en 1960 Col. Part

L’ouvrage « Évocations roubaisiennes «  publié en 1960 sous le patronage des « Amis de Roubaix »présente toute la diversité de l’œuvre patoisante de l’auteur. Ces textes évoquent avec fantaisie et humour, et souvent émotion , la vie quotidienne, la famille, les souvenirs, le temps qui passe. L’ouvrage comprend également un exposé sur les origines de notre patois.

« Un mot patois est une relique ; il a tant servi à tant de braves gens qui y mettaient le meilleur d’eux-mêmes ».

Bodart-Timal adulte Col.Part.

Le 22 février 1986, une place Bodart-Timal a été inaugurée à Roubaix. A cette occasion, un spectacle patoisant reprenant ses œuvres les plus marquantes a eu lieu dans la salle de concert du Conservatoire, tout proche de la place.

Nouvelle église Ste Bernadette

L’ancienne église Ste Bernadette, avenue Alfred Motte à Roubaix, construite en 1935, est démolie en 1990. Le projet est d’installer à la place, l’entreprise Camaïeu. ( Voir sur notre site, un article précédemment édité et intitulé : « Démolition de Ste Bernadette » )

l’ancienne église ( document archives municipales )

Le 1° Juillet 1990, l’évêché s ‘explique dans les colonnes de Nord Eclair, sur les raisons de sa décision :

« Le manque de paroissiens, l’église trop grande, les normes de sécurité non conformes, etc ont toujours posé d’énormes problèmes à la paroisse. Aucune des solutions présentées n’est satisfaisante. Nous avons donc accepté la proposition de la municipalité d’abandonner l’église et les terrains environnants. Une implantation industrielle verra le jour d’ici quelques temps, qui permettra, à terme, la création de 300 emplois. Les chrétiens ont droit à leur lieu de culte et un projet verra le jour bientôt.

document archives municipales

La démolition d’une église est toujours un déchirement, car voir ainsi, l’édifice éventré est émouvant pour les anciens paroissiens mais également pour tous les roubaisiens qui s’interrogent alors ! Où va-t-on reconstruire cette nouvelle église promise par l’évêché ? Un seul terrain peut se libérer à proximité, c’est celui près de la salle des fêtes de l’école Jules Guesde, caché par un mur de briques rouges, au coin de l’avenue Alfred Motte et de la rue Jean Macé, d’une superficie de 1080 m2.

plan cadastral

L’accord est rapidement trouvé entre le diocèse, la mairie et l’entreprise Camaïeu au niveau du financement ( resté confidentiel ) de l’église. Le permis de construire est accordé, les travaux peuvent alors commencer.

document Nord Eclair

La cérémonie de la pose de la première pierre de l’église, se déroule le Dimanche 15 Septembre 1991 en présence du père Jean Deledicque, des abbés Gand et Declerck, de Claude Traullé secrétaire général de l’évêché, d’André Diligent, sénateur-maire de Roubaix et d’une foule immense.

pose de la première pierre ( documents archives municipales et Nord Eclair )
le début des travaux ( document archives municipales )

Les travaux commencent fin septembre 1991. L’église est de forme cylindrique, de couleur jaune, car les briques viennent de Belgique. Deux clochers sont présents et accolés sur l’avenue Motte ; un de 18 m avec la cloche ( électrique ) et un de 15 m avec la Croix.

document archives municipales

La surface construite est de 600 m2. Une placette sépare l’église, les deux salles de réunion et le presbytère. Le jardin du curé quant à lui, mesure 200 m2. L’église est un peu en retrait par rapport à l’avenue ce qui permet la création d’un parvis. La sacristie est accessible par l’église.

C’est le cabinet d’architectes croisiens de Mrs Bonte et Escudie qui remporte le concours pour ce projet de construction de l’édifice, grâce au respect des contraintes et à « l’arbre de vie » à 12 branches, lesquelles constituent la charpente.

L’arbre de vie ( document observatoire CAUE )

250 personnes disposent de places assises et peuvent assister aux messes ainsi que 100 personnes en mezzanine. Le carrelage est constitué de dalles bleues de Soignies et le système de chauffage se fait par le sol.

50 ouvriers de toutes professions travaillent sur le chantier qui avance rapidement ; les progrès se mesurent semaine après semaine. C’est une petite église contrairement à celles que l’on bâtissait aux siècles précédents, simplement parce qu’il y a une baisse de fréquentation des paroissiens. C’est une église résolument moderne : fini l’art tarabiscoté, les tableaux lourds de couleurs, le velours et les ors. Voici maintenant l’art moderne, clair, fonctionnel et sobre.

Intérieur de l’église ( document observatoire CAUE )

Les travaux se terminent en fin d’année 1992, un an après le début de la construction.

Deux journées « Portes Ouvertes » sont organisées pour faire visiter la nouvelle église aux habitants du quartier. L’Abbé Bernard Declercq est fier de sa paroisse. Il aime les petites églises modernes plus familières. Il est heureux de pouvoir recommencer à célébrer dans son quartier, les cérémonies de la vie, et accueillir sur son parvis, baptêmes, mariages et enterrements.

document observatoire CAUE

L’église vient de fêter dernièrement, ses 30 années d’existence, au cours desquelles différents curés se sont succédés : Bernard Declercq, René Lharminez, Dominique Pham, Jean-Marie Bonniez, Gérard Vandevyver et Amédée Adje.

Remerciements aux archives municipales et à l’observatoire CAUE

Celatose Wattrelos 1968

Un énorme incendie ravage un bâtiment de l’entreprise Celatose qui se trouvait boulevard des Couteaux à Wattrelos, dans la nuit du 24 au 25 mai 1968. Ce sinistre va mobiliser les sapeurs pompiers de Tourcoing, Roubaix, Lille, Wasquehal et Marcq-en-Baroeul. De 1 heure à 5 heures du matin, les pompiers vont combattre un feu violent. Les dégâts s’élèvent à un milliard et demi d’anciens francs. Un bâtiment de deux étages, des matières premières, des machines, tout est détruit. Les établissements Celatose employaient près de trois cents ouvriers qui fabriquaient des couches pour bébés et du linge de santé. Il y aura une enquête.

Le dépôt de l’Union situé à deux pas est en grève. Doc NE

Le personnel de l’usine était en grève (nous sommes en mai 1968) mais les locaux n’étaient pas occupés et il n’y avait pas de piquet de grève sur les lieux. Un veilleur de nuit et un concierge étaient sur place. L’électricité avait été coupée et le chauffage ne fonctionnait pas. Les matières premières ne sont pas inflammables spontanément, comment ont-elles pu s’échauffer ? Les enquêteurs pensent alors à un acte de malveillance. On s’oriente vers les membres du personnel qui ont été licenciés. Une liste est fournie par la direction et les enquêteurs repèrent un repris de justice demeurant à Roubaix, Alphonse D.

Les dégâts après l’incendie doc NE

L’enquête de proximité révèle que le suspect s’est absenté dans la nuit du 24 au 25 mai et qu’il est rentré chez lui à minuit trente mais qu’il en est aussitôt ressorti. Il rencontre alors M. Godart un des dirigeants de l’usine à qui il demande ce qui se passe. On fouille dans son passé : c’est un ancien parachutiste sous officier cassé de son grade, ex commando. Plusieurs fois condamné, il a subi une cure de désintoxication éthylique. Il a la réputation d’un individu sans scrupules ayant des besoins d’argent. Les enquêteurs retrouvent un manteau lui appartenant dont on a trouvé des fibres sur les grillages de l’usine. Il est interpelé mais il nie et se défend farouchement. Il finira par craquer et se mettra à table avec force détails. Il racontera comment il a opéré.

L’arrestation du coupable en juillet 1968 doc NE

Il a utilisé des bombes pilotes qui servent à faire démarrer les moteurs récalcitrants. Elles contiennent sous pression un liquide très inflammable à base d’éther. Il confectionne des cordons enduits de soufre et de suif pour faire de ces bombes des engins à retardement. Il les teste sur un terrain de football à Lille pour s’assurer de leur bon fonctionnement. Il lui fallait en effet une marge de sécurité pour battre en retraite. Puis il cisaille un grillage de l’usine en bordure du boulevard des Couteaux, en franchit un second, se retrouve dans la cour de l’usine où il avait été surveillant, gravit les échelles jusqu’au second étage et dépose sa bombe qu’il met à feu. L’explosion est formidable. Pendant que l’incendie commence, il se faufile jusqu’au rez-de-chaussée vers les bureaux pour y voler de l’argent. Mais le sinistre devient trop important et il doit quitter les lieux, renonçant à mettre le feu au second bâtiment de l’usine. Quel était son mobile ? Il voulait se venger d’avoir été mis à la porte. Il sera condamné à huit ans de prison.

D’après le Journal Nord Éclair

Café du Bas du Bout (suite)

Et la solidarité ne s’arrête pas là puisque Gérard Mahieu a également profité de la générosité des amateurs colombophiles, lors des concours, pour offrir des colis de Pâques aux anciens du quartier : friandises, sucre, café, chicorée et biscuits. Tout naturellement ses successeurs, le couple Lempire perpétue la tradition à son arrivée dans les lieux en 1968.

Le colis de Pâques pour les anciens en 1966 (Document Nord-Eclair)

Il faut dire que le café est aussi le siège de la société de caisse d’épargne « les Amis du Bas du Bout » dont René Lempire est à la fois vice-président et trésorier et qui compte une centaine de membres actifs. Elle offre chaque année un banquet à une trentaine d’anciens du quartier le dimanche précédant Noël, souvent présidé par le maire, le docteur Jean Leplat.

Une réunion des Amis du Bas du Bout en 1968 à leur siège et manifestation sportive en faveur du comité d’entraide (Documents Nord-Eclair)

Pour que ce comité d’entraide fonctionne sont organisées des ducasses à Pierrot et des manifestations sportives au profit des anciens. Puis c’est la fête et, sous les guirlandes tendues entre les maisons de la rue, des parties acharnées de « trou-madame » et de jeux de massacre se déroulent sous l’oeil placide et les roucoulades des pigeons de concours.

L’intérieur du café : René, Léonce et leurs clients au bar (Documents Historihem)
Festivités dans les années 1970 (Documents Nord-Eclair et Historihem)

Vue aérienne du Bas du Bout en 1971 (Document IGN)

A noter qu’avant même de reprendre le café de Gérard Mahieu, René Lempire avait été l’un des créateurs du comité dont il est trésorier. La fête a été créée ensuite afin de compenser les dépenses nécessitées par les colis et repas offerts aux anciens. Puis le café devient également le siège des supporters de l’USH (Union Sportive Hémoise), puis le siège de l’Olympic Hémois, club de football, ainsi que du Fémina Omni Sports Hémois et Léonce Lempire devient membre d’honneur du premier et vice-présidente du second.

René et Léonce Lempire mis à l’honneur pour leur treize ans au service des anciens en 1978 (Document Nord-Eclair)
Les publicités des années 1970 pour le café (Documents Historihem)

L’USH est née de la fusion du club de football du foyer Saint Corneille et du football club de Hem en 1964 et comporte des équipes de jeunes et une équipe séniors. Des survêtements sont offerts aux joueurs par leurs supporters du Bas de Bout en 1969 et en 1970 l’USH les remercie officiellement à l’occasion du tournoi des minimes. Puis en 1974, c’est le jubilé de deux joueurs qui est fêté : Gérard Cochez et Francis Lempire (le fils de René et Léonce).

Les survêtements offerts et les remerciements du club (Documents Nord-Eclair et Historihem)
Le jubilé de Gérard Cochez et Francis Lempire en 1974 (Document Nord-Eclair)

L’Olympic Hémois qui a son siège au bas du bout dispose d’équipe séniors mais aussi d’une équipe jeunes dans les années 1970. En outre une école de football y a été créée pour les poussins, pupilles et minimes, fréquentée par 50 enfants tous les mercredis. Dix ans après sa création l’OH créée son journal mensuel et René et Léonce assurent avec leur dynamisme habituel l’animation du siège de cette sympathique équipe.

Une partie de la commission et le président et l’en-tête du mensuel (Documents Historihem)

Quant au FOSH, qui a aussi son siège au bas du bout, il y tient ses assemblées générales et Léonce en assure la vice-présidence avec beaucoup de sérieux. Créé en 1970, il compte 60 adhérentes de 15 à 20 ans et évolue au niveau national, ce qui implique des déplacements dans toute la France. Florence Decoopman évoluera même en international dix ans après la création du club.

L’assemblée générale et le comité (Documents Historihem)
Tournois avec remise de lot au café Lempire (Documents Historihem)

Dans les années 1980, le café continue ses activités et sa publicité dans le bulletin municipal de 1982 en atteste. Outre son activité principale le café du Bas du Bout reste alors le siège de 3 associations : les Francs-Amateurs, l’Olympic Hémois et le FOSH. Puis en 1995, l’établissement est repris par Patrick Fromage avant de fermer définitivement ses portes en 2010.

Publicité de 1982 (Document bulletin municipal de Hem)

Depuis la maison qui abritait le café a été rehaussée d’un étage avant de devenir une maison d’habitation. La rue Vaillant mène toujours au bas du bout mais aucune enseigne n’en fait plus mention. Elle a perdu son commerce historique et emblématique et est devenue une rue paisible à usage d’habitation sans plus de trace de l’animation qui faisait sa renommée au vingtième siècle.

Le café en 2008 et la maison d’habitation rehaussée d’un étage en 2023 (Documents Google Maps)
Vue aérienne de la rue Vaillant et le Bas du Bout en 2023 (Document Google Maps)

Remerciements à l’association Historihem