Instantané 1973

La rue Jules Guesde forme avec la rue Jean Goujon un axe commercial  important du quartier de la Potennerie. Au-delà du carrefour avec la rue Jouffroy, et du Coq Français, elle remplit la même fonction jusqu’au quartier du Pile. Restons-en pour l’instant à cette première partie de la rue.

Le photographe Charier Photo Nord Eclair

Si nous suivons les numéros impairs, le photographe Charlier est au n°1, suivi de la mercerie de Mme Knoff n°3. La crémerie de Mme Delsalle au n°7, la boucherie Vandecasteele au n°9 et  les établissements Ledoux, également une crémerie, au n°11-13 forment la première partie de la rue. On traverse alors la rue de Bouvines pour passer devant la bonneterie Delmé au n°23, et devant le magasin d’électricité de M.Riysschaert au n°31. Au-delà de l’impasse St Louis, on trouve au n°33 la droguerie de Mme Vandesompèle, au n°61 l’enseigne Roubaix Camping jouets, de M. Deltête, et au n°63 le café Noyelle Meersman. Après la rue de Denain, le laboratoire d’analyses médicales Dhellemes occupe le n°65, la bimbeloterie Au Petit Bonheur de Mme Dubuisson est au n°67, alors qu’au n°67 bis Mme Chuine vend des articles de ménage, puis au n°69 il y a le boucher Goffette, suivi au n°71 de la droguerie Loens.

On passe la rue des Parvenus, et se succèdent alors au n°73 la pâtisserie Bouten, au n°75 le chemisier Jouniaux, au n°77 le libraire Chapelet, au n°81 la mercerie Aux Ciseaux d’Argent, et au n°83 la lingerie Yveline. Nous traversons la rue de Ma Campagne. Là se trouvent au n°85 l’horlogerie Pruvost, au n°97 le garagiste Desodt, au n°99 la bonneterie Hautekiet, au n°103 les jouets de Mme Moura Douglou.

Après la rue de Tunis, le n°109 est inoccupé, mais pas pour longtemps, car le magasin d’articles de ménage Soetens Duyck, déjà installé aux n°111 113 va encore s’agrandir. Au n°115, un boucher hippophagique après lequel il y a au n°117 le magasin d’articles de ménage Delattre, au n°119 les chaussures Spriet, au n°121 la Société Coopérative de l’Union Roubaix Wattrelos, grossiste en vins, au n°123 le libraire Ducourant, et pour finir au n°125 le boulanger Spriet Raepzaedt.

Les numéros pairs commencent par des établissements scolaires. C’est au n°6 qu’on trouve le magasin de poissons exotiques de Mme Minne, au n°12 le coiffeur pour dames Hache, au n°14 le commerce d’alimentation Ogier. Après la rue de la Potennerie, on passe devant le café A Versailles au n°16, le coiffeur Wanin au n°18, l’épicier Van Moer au n°20, le plombier zingueur Delahaye au n°24. Toujours sur le même trottoir, au n°26 Peersmann, confection pour enfants, au n°32 la boulangerie Hottebart, au n°34 le teinturier dégraisseur Anett dont la gérante est Mme Dieussaert, au n°38 l’enseigne Vins fins au détail, dont la gérante est Mme Hespel, au n°42 Bambi, le magasin de confection pour enfants de Mme Blot. Il y a encore au n°44 la bonneterie Vanhoorde Honoré, aux n°48-50 l’horticulteur Deleusière, au n°52 le commerce de beurre et œufs de M. Deleu, au n°54 Winants et Sevin, fabricants de sacs en jute, et Mme Thiry épicier, au n°56 bis le boucher Prinsie, et au n°60-62 les établissements Le Danois, électricité. On traverse la rue de Maubeuge et voici la caisse d’épargne, bureau de la Potennerie au n°62bis, l’électricité générale Nys aux n°66 68, et pour terminer ce tronçon, le boucher Depuydt au n° 72.

 

Il s’agit d’un relevé instantané de l’année 1973, car beaucoup de ces commerces se sont transformés ou ont disparu. Constatons qu’il y a encore une moyenne d’un commerce pour trois maisons d’habitation, et qu’il y en a encore de toutes les sortes : alimentation, confection, habillement, coiffure, articles de ménage…

 

 

Renault et le carrefour

A côté du café des Arcades s’installe après la première guerre un garage automobile. Il est constitué d’un bâtiment sans étage perpendiculaire au boulevard Gambetta et dont le pignon comporte une grand-porte encadrée de deux fenêtres. La construction se prolonge par un mur longeant le boulevard jusqu’à la propriété suivante. Ce garage a pour propriétaires MM. Dourlens en1922 et Lemaire en 1926. Cette même année les maisons jumelles de mesdames veuve Armand Masson et veuve Motte-Cordonnier voisinent avec le café des arcades du côté de la rue Neuve.

Le garage côté boulevard Gambetta, et les deux maisons jumelles côté rue Neuve-documents médiathèque de Roubaix

 Pourtant, ces deux belles maisons disparaissent en 1930 pour laisser place à la société des automobiles Renault. Cette même société, une fois implantée rue du Maréchal Foch, va faire en sorte de s’agrandir. Elle achète le garage et le terrain qui le jouxte pour s’installer sur le boulevard Gambetta en 1935. Le café des Arcades est maintenant enclavé dans dans l’emprise du garage Renault. Cette situation perdure jusqu’après la guerre (en 1939, on trouve au 55 monsieur Lemoine et le siège social du radio club du Nord de la France).

Le café en 1946-photo Nord Éclair

Mais cette situation ne aurait durer. En effet, en 53, Renault a pris possession du numéro 55 et possède maintenant un ensemble cohérent.. Le café est démoli et le constructeur automobile reconstruit sur l’angle un bâtiment cohérent avec le reste du garage.

Le garage en 1962. Photo Nord Éclair
L’extrémité du garage après 1963-Document collection particulière

La Régie ne s’en tient pas là, et décide de moderniser en 1980 l’aspect et l’organisation intérieure du bâtiment. Elle dépose une demande de permis de construire assorti d’un plan pour ce qui sera l’ultime avatar de la concession.

Le même garage à partir de 1980-document archives municipales

Cet état restera inchangé jusque dans les années 2000 alors que Renault, ayant entre-temps acquis un terrain rue Jean Moulin sur l’ancienne emprise de l’usine Motte, et construit sur une partie de cet espace un garage dédié à l’entretien des véhicules, investit finalement l’ensemble du terrain pour s’y implanter en totalité, quittant alors le coin du boulevard Gambetta. L’ancien bâtiment est alors partiellement démoli et transformé pour une autre utilisation.

Les travaux à la fin des années 2000-Document collection particulière
 

 

 

Le groupe Carpeaux

Autrefois se trouvait à l’angle de la rue Ingres et de la rue Carpeaux un grand terrain de football entouré d’une bande de jardins ouvriers. L’usine Platt dont les bâtiments existent encore aujourd’hui, jouxte cette surface entre la rue Ingres et le boulevard de Lyon.

L’emplacement en 1953 Photo IGN

C’est sur cet emplacement que va être édifié le groupe Carpeaux, qui est réalisé par l’Office public HLM à partir de l’année 1960. En juin 1960, une visite de chantier réunit quelques personnalités, dont le maire Victor Provo, et les représentants des HLM, de la ville, les architectes et les entrepreneurs. Ils découvrent ainsi un grand bâtiment de quatre étages, comportant 69 appartements et deux autres constitués chacun par seize appartements. Une tour de huit étages, dite altière, présente quatre appartements par niveau et au rez-de-chaussée, la place est prévue pour accueillir deux magasins. Des garages sont prévus pour les véhicules des futurs habitants. Les personnalités visitent un logement témoin, c’est-à-dire peint et meublé comme s’il était habité. Puis ces messieurs gravissent les étages de la tour par les escaliers, car l’ascenseur n’est pas encore installé. Un vin d’honneur servi au rez-de-chaussée récompensera leurs efforts.

Le même emplacement en 1962 Photo IGN

Ce chantier a précédé de peu celui du boulevard de Reims, dont l’adjudication des travaux venait d’être lancée début 1960.

La tour Carpeaux en 1964 Photo Nord Éclair

Ce groupe est composé d’appartements agréables et confortables et il est doté du chauffage central. Les architectes Aureau et Verdonck sont les auteurs de ce magnifique lotissement. On peut y loger 133 familles. Le rez-de-chaussée de la tour Carpeaux a longtemps été occupé par un petit centre commercial, tenu par les Docks du Nord. Avec le temps, le groupe Carpeaux est entouré de petits arbres et de pelouses et présente un aspect de verdure agréable, malgré la présence automobile accrue.

Le groupe Carpeaux en 2012 Photo PhW

Boulevard de ceinture

En 1887 naît un projet d’ouverture d’un boulevard reliant la gare du Nord-Est (Gare du Pile) au parc Barbieux. Ce boulevard doit constituer la ceinture sud de Roubaix. Il se raccordera à l’extrémité de la rue Lacordaire, qui sera élargie à 20 mètres et, prendra, pour l’occasion l’appellation de boulevard.

Pourquoi ce boulevard ? Le directeur de la voirie municipale l’explique dans une note de 1889. Il s’agit selon lui d’enrayer la tendance des industriels à aller implanter leurs usines dans les communes voisines, alors que Roubaix dispose de nombreux terrains potentiels, malheureusement dépourvus jusque là de voies d’accès. Il faut créer une grande artère pour desservir le sud de la ville. Par ailleurs, il serait intéressant que son tracé suive le cours du riez des trois ponts, dans lequel commencent à se déverser les égouts , et qui, pour des raisons de santé publique, sera prochainement à recouvrir. L’existence d’une voie tracée à proximité faciliterait les travaux à prévoir. Restent à fixer les détails du tracé.

A cette époque, les familles Deltour et Delepoulle, propriétaires, s’engagent à céder gratuitement à la municipalité une bande de terrain de 20 mètres de large, « située au hameau du Raverdi »

En 1889, les familles Bossut-Plichon et Cordonnier acceptent également la cession gratuite du terrain nécessaire au percement, mais entendent en fixer le tracé : le futur boulevard devra passer au moins à 15 mètres de l’angle sud de la maison de M. Bossut-Plichon (au croisement du chemin d’Hem), et entre les « magnifiques parcs de MM. Cordonnier et Bossut ».

Plan de 1884 surchargé du tracé du boulevard et du nom des voies existantes

 En effet, le tracé du boulevard va devoir tenir compte de l’existant et s’insérer entre les grandes propriétés qui constituant cette partie de Roubaix, et, en particulier celles de Louis Cordonnier (domaine des prés), et de Jean Baptiste Bossut-Delaoutre (domaine de la Potennerie). On commence par réaliser la percée du boulevard de Mulhouse entre la gare et la rue de Lannoy. La future voie, partant de la rue de Lannoy à l’extrémité du boulevard de Mulhouse va se diriger droit vers les limites de ces propriétés importantes, se glisser entr’elles par un premier angle et contourner le château Bossut-Plichon pour remonter ensuite en droite ligne vers l’extrémité de la rue Lacordaire. Pour cela, il lui faut traverser certaines autres propriétés plus petites, et, en particulier, celle de la famille Destombes, à l’emplacement de la future place du Travail. Les propriétés placées sur le tracé consistent essentiellement en parcs, jardins, prairies, vergers, ainsi qu’en terres agricoles.

Le tracé du boulevard nécessite également la démolition de bâtiments existants : aux abords de la rue de Lannoy, plusieurs maisons appartenant à la famille Dufermont. , et, à l’autre extrémité le bout de la rue Chateaubriand, et quelques bâtiments appartenant à Emile Six-roussel (propriété de Mme Veuve Screpel), au coin des rues Chateaubriand et Lacordaire.

Les bâtiments à démolir

 La déclaration d’utilité publique est signée en 1889. L’arrêté d’expropriation suit immédiatement. Les indemnités sont calculées au début de 1891. A partir de ce moment, on commence à utiliser les dénominations de boulevard de Reims et de Lyon. On lance les adjudications pour la démolition des bâtiments.

Enfin, le boulevard est tracé et nivelé. On y construit un aqueduc et il est finalement empierré. 1909 voit la plantation de tilleuls sur la totalité du boulevard de ceinture. Le revêtement des chaussées est refait en tarmacadam en 1931, bien que la partie du boulevard de Reims située entre la rue de Lannoy et la rue Jouffroy semble avoir été pavée.

Document collection B. Thiebaut
Les autres documents proviennent des archives municipales

 

 

Le parc de la Potennerie

La construction des premiers immeubles se fait sur une partie du domaine ancien. Celui-ci possède des arbres magnifiques qui seront, autant que possible, préservés lors de l’édification des bâtiments. Les constructions sont aérées et laissent beaucoup de place pour les espaces verts. La comparaison entre une vue de 1950, avant les premiers coups de pioche, et une autre datant des années 90 montre que les masses végétales originelles ont été respectées autant que faire se peut par les constructeurs.

Photos IGN et la Voix du Nord

Dès 1953, on cherche à aménager cet espace. On y inaugure en Juillet un jardin d’enfants, en même temps que celui du square Destombes. Celui de la Potennerie est plus modeste que l’autre en superficie, mais offre un toboggan, ce qui n’est pas le fait de tous les jardins d’enfants précise la Voix du Nord de l’époque.

document la Voix du Nord

Le parc et ses ombrages est également recherché pour l’organisation de festivités. Ainsi, en 1959, on y organise un concours de chant à l’assistance particulièrement nombreuse en enthousiaste, à en juger par la photo figurant dans la Voix du Nord :

Photo la Voix du Nord

Peut-être à la suite d’une fréquentation trop importante, mais sans doute aussi à cause d’un entretien négligé, le Groupement du parc de la Potennerie se manifeste en 1975 pour déplorer l’état lamentable des pelouses , n’existant pratiquement plus, et la saleté du bac à sable… Il compare l’état du Parc à celui du square Pierre Destombes, mieux entretenu. Les habitants désireraient un « gardien-jardinier ». Le problème semble lié à un certain manque de civisme, et une sur-utilisation des pelouses, peu faites pour supporter les piétinements intensifs, les jeux de ballons et les évolutions de deux-roues. L’année suivante, on pense à clore le parc par des barrières, au moins pour barrer le passage aux cycles. Finalement, le groupement obtient gain de cause en 1977 avec la construction d’une clôture et la promesse de l’embauche en 1978 d’un gardien-jardinier, ainsi que des travaux de remise en état du parc et de restauration de son mobilier (bancs publics et jeux pour les enfants). La circulation des deux roues y sera interdite. Un plan du parc et des clôtures est dressé :

Document archives municipales

Le poste de garde-jardinier est créé : le bénéficiaire du poste dispose d’un appartement sur place. Depuis son départ en retraite, il a été remplacé. Les gardes actuels s’occupent également de l’Espace Fontier. Le parc aujourd’hui semble en bon état, et il y fait bon vivre, lorsque le temps s’y prête !

Photo Jpm

 

La brasserie du Raverdi

Photo IGN de 1962
 

En 1899 apparaît au n°121 de la rue du Tilleul une brasserie appartenant à la société Chastelain et Compagnie. Cette société a construit l’année précédente deux maisons en front à rue encadrant un porche qui conduit à la brasserie dite « du Raverdi ».

Document Archives municipales

Elle devient en 1913 la « brasserie de l’Union Roubaix-Wattrelos » sous la forme d’une coopérative. En 1923, son directeur, E. Luesma est également le directeur de la brasserie des docks du Nord. En 1931, apparaît d’ailleurs au n°123 une épicerie des docks du Nord. M. Luesma assurera la direction de la brasserie jusqu’en 1939, tandis que l’épicerie des docks du Nord occupe le n°123 jusque dans les années 60.

Document collection particulière

En 1968 la dénomination est légèrement modifiée et devient « société coopérative Roubaix-Wattrelos ». En 1974, les locaux sont repris par la Grande Brasserie moderne, qui en fait un dépôt.

Curieusement, en 1981 et 1982 on trouve également à la même adresse mention du vélo club de Roubaix, alors qu’en 1988, la grande brasserie moderne reste située à cet endroit. A-t-elle prêté une partie de ses locaux au club sportif ?

Photo Collection particulière

Depuis, les bâtiments ont été réutilisés pour abriter d’autres activités dont nous parlerons ultérieurement.

Potennerie Blanche, origines

En 1958, l’office départemental HLM projette de construire conjointement avec la société Le Toit Familial 1200 logements répartis en deux tranches : l’une de 900 logements sur la plaine des Hauts Champs entre l’usine de velours Motte-Bossut et l’église Sainte Bernadette, et l’autre de 300 logements rue Dupuy-de-Lôme, pour 300 appartements répartis en cinq blocs.
Les architectes sont MM. Dubuisson, Grand prix de Rome et Lapchin, architecte en chef du CIL. La première pierre des 1200 logements Hauts Champs et Potennerie est posée le 24 juin 1958.
Pour la partie Potennerie du chantier, on parle fréquemment du groupe Cavrois, car les terrains appartenaient vraisemblablement à l’entreprise Cavrois Mahieu, dont l’usine se trouve à proximité, entre les rues Montgolfier, Jouffroy, Volta et la rue de la Potennerie. Une parcelle de jardins ouvriers semble être une survivance d’un groupe appartenant à la société Cavrois. Les flâneurs nous apprennent que le quartier de la Potennerie où se trouve la rue d’Artois comportait de nombreux jardins populaires, il était autrefois très peu bâti et gardait un caractère bucolique. Ils signalent que les constructions démarrent vers 1908 et que la rue d’Artois n’est viabilisée qu’en 1928, et la rue Volta prolongée vers 1924. Les propriétaires riverains sont Mmes Veuves Cavrois Mahieu et Loridan Lefebvre.L’usine Cavrois Mahieu fut construite en 1887, avant que la rue Jouffroy et la rue Montgolfier n’existent. La création de ce nouveau quartier entraîne la parcellisation d’une grande propriété foncière qui s’étendait jusqu’à la Place de la Fraternité et jusqu’à l’avenue Motte. En 1893, les boulevards de Lyon et de Reims viennent opérer une coupure entre le lieudit les Près, propriété de l’industriel Cordonnier où viendront s’installer les stades Maertens et Dubrulle Verriest, et le site de la Potennerie où s’édifieront dans les années cinquante les différents logements collectifs. En 1926, la rue Montgolfier opère une séparation entre le secteur où se trouveront les immeubles de la Potennerie Rouge, et ceux de la Potennerie Blanche.
En Août 1959, le chantier du terrain Cavrois avance de façon satisfaisante, et l’on peut espérer démarrer la location au printemps prochain. C’est qu’il y a des besoins pressants, les mal logés du bloc Anseele en pleine démolition doivent trouver enfin un logis agréable et confortable.

L’immeuble aux cent fenêtres Photo Nord Eclair

En Avril 1960, l’office départemental HLM met la dernière main aux immeubles des Hauts Champs et de la Potennerie Blanche. Il semble que le site de la rue Montgolfier entre les rues Philippe Auguste et Dupuy de Lôme, ait été complété par un chantier plus modeste à l’angle du boulevard de Reims et de la rue Jean Baptiste Notte, là où se dressait jadis un château, qui fut la propriété de M.Bossut Plichon, et dont le dernier occupant fut Charles Droulers, industriel, poète, et président de la société des Jardins Populaires. Primitivement ce terrain, situé dans l’angle formé par les boulevards de Lyon et de Reims, devait abriter un centre social et médical. Mais il fut ensuite rétrocédé à l’office départemental HLM à charge d’y bâtir, le centre devant être bâti boulevard de Fourmies.

Bien que les travaux soient bien avancés, car on procède au terrassement et au percement des voies et allées qui desserviront le nouveau groupe, lequel comportera 300 logements de différents types, on espère mettre les appartements en location pendant l’été. Sans doute avait-on été trop optimiste quant à l’achèvement des travaux.

D’après la presse de l’époque, et les chroniques des rues de Roubaix des flâneurs de la Société d’Émulation de Roubaix

Le Grand Prix de la Potennerie

Roubaix est une ville de sports et de cyclisme en particulier. Il y a la grande épreuve pascale, mais aussi de nombreux circuits de quartiers, comme celui de la Potennerie. Le samedi 6 juin 1992, est organisée la cinquième édition du Grand Prix de la Potennerie et des commerçants des rues Jules Guesde et Jean Goujon. L’organisation est assurée par le Vélo Club de Roubaix, avec le concours du comité des commerçants, de la police nationale, des ambulances Bauwens Decock, de la Ville de Roubaix et du journal Nord Éclair.

La ligne d’arrivée rue Jean Goujon Photo Collection Privée

Les concurrents auront à parcourir un circuit de trois kilomètres et deux cents mètres à vingt huit reprises, soit une distance de 89,600 kilomètres. Ouverte aux juniors et aux seniors de 3e et 4e catégorie, cette épreuve se déroule en fin de journée, le départ étant donné à 18 h 30 rue Jean Goujon, et l’arrivée jugée au même endroit vers 21 h 00. La feuille d’engagement de l’épreuve annonce 62 inscrits, des clubs suivants : le V.C. Roubaix, le V.C. Wattignies, le CEPF Flandres Artois, le C.C Lillois, le C.C. Leersois, l’E.C. Wattrelosienne, l’E.C. Tourcoing, l’A.G.C Thumeries, la Pédale Madeleinoise, l’E.S. Arques, le V.C.U Halluin, l’U.S. Roncquoise, le V.C. Condé Macou, l’E.C. Faches Thumesnil.

Dominique Dieryckx du V.C. Roubaix l’emporte au sprint d’un demi-boyau devant Laurent Duquenne, son coéquipier.

Les vainqueurs de 1992 Photo Nord Éclair

En 1993, pour la sixième édition, trente neuf concurrents se présentent sur la ligne de départ. Après 2 h 45 de course, le vainqueur franchit la ligne d’arrivée. Il s’agit d’un sociétaire du Vélo Club de Roubaix, Gérard Carette, qui bat au sprint son camarade du VCR Dominique Dieryckx, et qui se voit remettre le trophée par les ambulances Bauwens Decock qui parrainaient le grand prix.

Remerciements à Michel Denayer pour la documentation

Le jardinier, l’horticulteur et le fleuriste

Voici l’histoire professionnelle d’une famille du quartier Raverdi Potennerie. M. et Mme Hector Hoste étaient au service du château du Raverdi, propriété occupée par l’industriel Georges Heyndrickx et sa famille jusqu’à la première guerre. M. Hector Hoste était le jardinier et Mme Hoste la cuisinière. Après la guerre de 14-18, ils se sont installés avec leurs enfants boulevard de Reims. A cette époque, la rue Montgolfier vient d’être prolongée de la rue de la Potennerie jusqu’à la rue Jean Baptiste Notte, coupant ainsi le grand parc de la Potennerie formé par les propriétés Heyndrickx et Motte.

Dans les années 1920, Hector avec ses deux fils, André et René s’installent jardiniers sur un grand terrain de la rue Philippe Auguste loué à la famille du “château”. Ils y cultivent surtout des fleurs, font l’entretien de jardins à l’extérieur, et un peu à la fois, ils construisent des serres. . A l’époque, on faisait des chrysanthèmes qui ne venaient pas de Hollande. Les deux fils font construire leur maison et s’installent l’un au 198 rue Dupuy de Lôme et l’autre au 42 rue Philippe Auguste. Le terrain exploité donne sur les deux rues, et il y avait là les couches qu’on allait ouvrir ou fermer. Il y avait une petite cheminée avec une chaudière, car en hiver, ou au moment de la Toussaint, quand il faisait très froid, on chauffait les serres au charbon.

L’exploitation de la rue Philippe Auguste en 1935 Collection particulière

Après la guerre, Hector Hoste est décédé, la famille augmente et les deux frères se séparent. René Hoste part s’installer, toujours pour les fleurs, près du cimetière de Roubaix, Place Chaptal. André Hoste et son épouse continuent l’exploitation et rachètent la moitié du terrain de la rue Philippe Auguste. Pendant la guerre, ils ont surtout cultivé les légumes, qui étaient vendus sur place au voisinage. Puis la vie a repris, les occasions d’offrir des fleurs sont devenues plus fréquentes, et Mme Hoste a décidé qu’ils allaient construire un magasin de fleurs, au 198 rue Dupuy de Lôme.

Madame Hoste et le magasin de fleurs de la rue Du Puy de Lôme Collection Particulière

C’est leur fils, également prénommé André, qui après avoir fait un stage chez un grand fleuriste parisien, donnera  à ce magasin une renommée que beaucoup lui envieront. Doué et courageux, il a fait des choses magnifiques, comme par exemple  l’inauguration  d’IBM rue Verte, la décoration de la Préfecture au moment des vœux, la Lainière. C’étaient des occasions exceptionnelles, et de la véritable décoration florale. La belle histoire de la famille et du magasin de fleurs s’est arrêtée à la fin des années 1990 quand André fils a pris sa retraite.

Le jardinier, l’horticulteur, le fleuriste Collection particulière

De l’usine au super marché

Aux numéros 43 et suivants de la rue Jules Guesde, entre l’impasse Saint Louis et la rue de Denain, s’installe à partir de 1893 la teinturerie Derreumaux. Elle disparaît à la deuxième guerre, après cinquante ans d’activité. Après la guerre, et jusqu’à la fin des années 60, c’est la teinturerie R. Lenfant et Cie qui s’installe sur les lieux. Au début des années 70 la teinturerie, désaffectée et en mauvais état, est reprise par une société de distribution alimentaire de haute Somme, « la ruche Picarde » dont le siège social est à Amiens.

Les emprises de la teinturerie en 1953

A sa demande, et au vu de l’état des bâtiments, une autorisation de démolir est donnée à la société, qui désire implanter un super marché. Dans un premier temps, elle envisage de conserver et de réaménager certains des anciens locaux situés au fond de la propriété, et de démolir ceux situés dans la partie avant, face à la rue Jules Guesde, pour laisser place à un parking. Elle dépose donc une demande de permis de construire en ce sens.

Mais des difficultés apparaissent : une enquête des services de sécurité menée en 1974 insiste sur le mauvais état de l’ensemble et conclut que les charpentes des bâtiments à conserver sont vétustes et dangereuses. L’inspecteur constate qu’ils « menacent ruine ». Il faut refaire à neuf toutes les structures si l’on veut y recevoir du public. A la suite de quoi, la société « la ruche Picarde » requiert maître Verkindere de constater l’état des lieux. Celui-ci ne peut que constater le l’état inquiétant des locaux et le danger qu’ils représentent pour le public.

Photos prises sur les lieux par Maître Verkindere

Par ailleurs, le préfet du Nord rejette la demande de permis de construire pour non conformité aux règlements concernant la hauteur des constructions. Enfin, le bâtiment donnant sur la rue de Denain est frappé d’alignement. Tout est donc à revoir ! Finalement, les travaux de reconstruction sont tout de même menés à bien dans le respect des règles d’implantation et de sécurité.

Le magasin porte l’enseigne « Nova » et la conserve jusqu’en 1980. Ensuite le super marché devient un « Miniper »., puis devient « Unico » en 1987. Il est finalement repris par l’enseigne Lidl, qui a entrepris récemment une reconstruction des bâtiments en suivant les normes environnementales actuelles.

 Les documents utilisés proviennent des archives municipales.