Nord-Eclair

Suite de deux articles précédemment édités et intitulés Journal de Roubaix :

Jean Catrice, né le 26 août 1903, est le fils d’Edouard Catrice, industriel du textile, installé à Lys-lez-Lannoy en association avec Jean Deffrennes-Canet depuis 1890. A la fin de ses études, il entre donc comme ses frères dans l’entreprise paternelle.

Usine d’Edouard Catrice (Document Tissage Art de Lys)

Son premier engagement c’est à l’ACJF (Association Catholique de la Jeunesse Française) où il crée des liens durables avec de nombreux jeunes de toutes conditions sociales.

Il épouse Claire en 1928 et le couple aura 7 enfants. Dès 1933, il adhère au Parti Démocrate Populaire dont il devient vice-président en 1936. En 1939, il est mobilisé en tant que lieutenant et chargé de la sécurité de la gare de Lille. Après avoir mis sa famille en sécurité dans la Sarthe il regagne Roubaix avec son frère cadet Pierre pour rejoindre l’usine familiale.

En 1940, avec la grande offensive allemande dans les Ardennes, l’exode commence mais leur famille reste à Berck où elle s’est installée au retour de la Sarthe pendant que Jean et Pierre cherchent à gagner l’Angleterre pour se réengager mais sans succès. C’est donc le retour à Roubaix pour les 2 frères et leurs familles et l’entrée dans la résistance.

Photo de Jean Catrice (Document site Assemblée Nationale)

Deux périodes se succèdent alors pour Jean : la résistance active en 1941-42 puis la participation à l’organisation centralisée de la résistance dans le Nord et à la fondation du comité départemental de la libération en 1943. Deux autres tâches l’attendent ensuite : la recherche des futurs nouveaux préfets du Nord-Pas-de-Calais et la suppression de la presse ayant collaboré avec l’ennemi au profit de l’installation d’une nouvelle presse.

Suivant les instructions générales venues d’Alger, Jean Catrice devient délégué régional à l’information, titre confirmé à la libération. Les anciens journaux locaux sont répartis entre les différents partis politiques et le Journal de Roubaix revient aux démocrates chrétiens.

Jean nommé délégué régional à l’information (Document Nord-Eclair)

Pendant ce temps, depuis 1943, rue de Paris, à Lille, dans un ancien couvent, paraît Nord Matin, journal de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière). L’homme fort de Nord Matin, grand résistant sera Augustin Laurent, président du Comité départemental de Libération (avant Jules Houcke) et futur maire de Lille.

En 1944, c’est Jean Catrice qui annonce la libération à Radio-Lille. Dès 1944, il devient vice-président du MRP (Mouvement Républicain Populaire). Elu député de 1946 à 1955, en tant que représentant du MRP, il n’est pas réélu à la législature suivante et décide alors de se consacrer à sa famille et à Nord-Eclair, le journal qui a pris la place du Journal de Roubaix.

A la libération de Roubaix, les forces françaises libres décrochent le drapeau de la Kommandantur à l’Hôtel de Ville (Photo Voix du Nord)
Jean Catrice avec le général De Gaulle et avec ses amis résistants Mrs Teitgen et Defaux en 1944 (Documents Nord-Eclair)

C’est Jean Catrice qui est logiquement nommé gérant du nouveau journal : Nord-Eclair, qui prend possession de l’imprimerie et de la salle de rédaction du Journal de Roubaix. Dans le premier numéro, Nord-Eclair, sous-titré organe de la Libération Française, règle ses comptes avec les journaux du Nord qui ont poursuivi leur activité pendant les 4 années de guerre : « A Nord-Eclair, il n’y a que des résistants de la première heure ce qui lui donne le droit d’acclamer la victoire et de travailler demain à l’avenir du pays ».

Le journal affiche de suite son inspiration chrétienne, préparé dans la clandestinité par deux professeurs de l’université catholique de Lille : René Thery, responsable régional de Témoignage Chrétien et Louis Blanckaert, membre du comité directeur du mouvement de résistance La Voix du Nord. La nouvelle équipe se met en place autour de Léon Robichez, rédacteur en chef et Jules Clauwaert, éditorialiste.

Nord-Eclair du 05 septembre 1944 et Nord-Matin annonçant la libération (Documents Wikipedia et Remembrance 14-45)

En 1942, Léon Robichez était employé au service du contentieux du Journal de Roubaix. Il était chargé en fait de préparer clandestinement la parution d’un nouveau journal pour la Libération, en vertu d’un accord passé entre Jacques Demey, directeur du quotidien paraissant alors sous contrôle allemand, et les chefs du RIC : le Rassemblement démocratique des résistants d’inspiration chrétienne dont Jean Catrice est l’un des fondateurs. Il devient directeur politique de Nord-Éclair au départ des occupants en septembre 1944 et quittera le journalisme en 1951.

Photo de Léon Robichez (Document dictionnaire biographique Le Maitron)

En 1944, Jules Clauwaert, est diplômé de l’école supérieure de journalisme de Lille, issu de la résistance, et entre comme éditorialiste à Nord-Eclair. Il en deviendra rédacteur en chef par la suite. C’est un homme de conviction, démocrate chrétien, attaché à la liberté et au pluralisme de la presse qui incarne ce quotidien démocrate et social d’inspiration chrétienne.

Photo de Jules Clauwaert (Document Club de la Presse)

C’est en 1946 qu’a lieu le procès du Journal de Roubaix. Son directeur est condamné à 2 ans de prison et l’éditorialiste à 5 ans. Les autres journalistes sont acquittés. La société des Journaux Réunis est dissoute et un quart de ses biens sont confisqués au profit de l’état. D’anciens adjoints du directeurs du Journal de Roubaix se retrouvent de fait dans la direction du nouveau journal.

L’audience de Nord-Eclair s’étend bien vite à toute la région et toute une équipe remarquable de journalistes se constitue autour de Léon Robichez et Jules Clauwaert. Léon Robichez est l’élément de liaison entre le journal et le MRP, lequel, parti de rien, devient rapidement l’un des plus puissants partis de France.

Le journal, tout comme le mouvement politique, se font ardents défenseurs de la cellule de base qu’est la famille et de la liberté de l’enseignement. Leurs préoccupations sociales apparaissent évidentes dans un après-guerre période de graves difficultés économiques.

Dès 1956, des travaux doivent être entrepris en deux temps dans les locaux de la Grande-Rue. Dans un premier temps un permis de démolir est déposé pour abattre l’ancien hôtel particulier racheté 50 ans plus tôt à Jean Lefebvre-Soyer par la société des journaux réunis. Le demande est édifiante : vaste et important immeuble inoccupé, autrefois entièrement à usage d’habitation, irréparable et inhabitable par suite du manque d’entretien prolongé des couvertures, toitures et chéneaux.

L’ancien hôtel particulier dans la cour (Document collection privée)

Le rapport d’enquête relate que l’immeuble concerné comporte plusieurs caves en sous-sol, au rez-de-chaussée : 10 pièces de grandes dimensions, 2 vestibules, WC, cour, jardin et 2 escaliers vers les étages, sachant que ceux-ci ne peuvent être visités en détail par les services de la mairie par suite de leur délabrement et afin d’éviter tout risque inutile. Le local menaçant ruine et constituant un danger le permis de démolir est accordé.

Dans un 2ème temps un permis de transformation des bureaux est sollicité. La partie droite dans laquelle se situaient les anciens jardins va ainsi être investie par l’installation d’une nouvelle surface dévolue à des bureaux supplémentaires.

Plan des bureaux actuels (Document archives municipales)
Plan des bureaux transformés (Document archives municipales)

A suivre…

Article dédié à André Delmée, salarié de Nord-Eclair pendant la quasi totalité de sa carrière.

Remerciements aux Archives Municipales de Roubaix

Bardahl

En 1939, Ole Bardahl est ingénieur à Seattle aux Etats-Unis. Il met au point un lubrifiant révolutionnaire pour moteurs. Il fonde la « Bardahl Manufacturing Corporation » et optimise sa formule en la testant lors de compétitions automobiles . Le succès est immédiat. Le développement est extraordinaire : vingt ans suffiront pour que Bardahl devienne N° 1 des ventes aux USA.

Ole Bardahl ( document Sadaps Bardahl )
document collection privée

En 1953, Jean Leplat est directeur technique dans l’entreprise textile de son beau-père René Vandendriessche à Roubaix. Il propose à la société américaine de devenir le distributeur exclusif des produits Bardahl pour la France. Il crée la SADAPS Société Anonyme Des Additifs et des Produits Spécialisés et s’installe au 35 rue du Chemin de Fer. C’est une maison de particulier, mais qui comprend à l’arrière un grand local. L’ensemble s’étend sur 589 m2

le 35 rue du chemin de fer ( photo BT )
Plan cadastral

Jean Leplat est un homme de communication. En 1960 Bardahl participe au tour de France avec des moyens publicitaires ; un Tube H Citroên, une motocyclette et une 2 CV fourgonnette

document collection privée

En 1962, Jean Leplat crée le Bardahl-club des Flandres au café du Bardahl-club. Son but est de réunir les utilisateurs des deux roues pour leur proposer des conseils techniques, des réductions aux assurances, des abonnements gratuits à la revue Bardahl-miroir etc Ce club regroupe rapidement des personnalités roubaisiennes tels que Mrs Pachy, Herkenrath, Picavet et bien d’autres encore. Le Bardahl-club sponsorise le tour de France cyclotouriste en 1963. Jean Leplat communique également lors de manifestations locales sur la commune

Le bardahl club ( document Nord Eclair 1962 )
document collection privée

Dans ces années 1960, Jean Leplat commence à fabriquer les produits Bardahl à Roubaix à partir de produits concentrés importés des Etats-Unis. ( les additifs en futs de 215 litres sont déchargés manuellement des camions ). Le succès est immédiat. En 1970, le fils de Jean, Dominique Leplat reprend l’entreprise. Les locaux deviennent trop petits, Dominique décide donc de déménager l’entreprise au 27 Boulevard Leclerc.

vue aérienne de Bardahl 27 boulevard Leclerc ( document archives municipales )
plan cadastral

En 1979, Dominique Leplat sponsorise 3 motos Honda qui participent au 2° Paris Dakar, en leur fournissant tous les lubrifiants pour leur motos, pour cette course très difficile pour les pilotes, mais aussi pour les mécaniques.

document Nord Eclair 1979

En 1990 Un déplacement de l ‘entreprise devient nécessaire et indispensable, vu le développement et la progression de la société, ainsi que les problèmes de circulation au centre ville de Roubaix mais également les problèmes de stationnement pour les 40 membres du personnel.

Dominique Leplat, avec l’aide de la SIAR, ( Syndicat Intercommunal de l’Agglomération Roubaisienne ) déménage son entreprise à la Zone Industrielle de Roubaix Est ( à Leers, rue de la Papinerie ). L’entreprise était occupée auparavant par Gestetner. Les locaux ont dix ans d’existence et sont donc en bon état. Dominique fait construire un entrepôt de stockage sur place, juste à côté des bureaux.

Bardahl à Z.I. Roubaix Est ( document Nord Eclair 1990 )
Bardahl à Z.I. Roubaix Est ( document Nord Eclair 1990 )

Les produits Bardahl arrivent en citerne et sont stockés dans d’énormes cuves pour être ensuite conditionnés sur place : mise en bouteille, étiquetage, empaquetage. L’entreprise investit d’ailleurs sur une nouvelle machine de conditionnement des produits, qui va permettre de doubler la production.

L’année suivante, en 1991, Dominique Leplat et Evelyne Bardahl ( la fille d’Ole ) s’associent. La SADAPS Bardahl devient le producteur des produits pour toute l’Europe. Avec 60 commerciaux dont 5 en Allemagne et 5 en Belgique, Bardahl France exporte dans une grande partie des pays européens.

document Nord Eclair 1995

En 1995, Bardahl est certifié ISO 9001. Cette norme européenne de qualité accordée est encore un challenge pour Bardahl, spécialisé en lubrifiants et additifs pour carburants. C’est une grande satisfaction pour l’entreprise, annonce Dominique Leplat. Tout le personnel s’est impliqué pour obtenir ce label de qualité qui est un gage de sécurité pour nos clients mais également auprès de nos fournisseurs.

Certification ISO ( document Nord Eclair 1995 )
Intérieur entrepôt Z.I. Roubaix Est ( document Nord Eclair 1995 )

La marque Bardahl reste toujours le marque de référence pour les particuliers, les professionnels de l’automobile et les sportifs de haut niveau.

document Nord Eclair 1995

Le 1 Aout 2003,faute de place et de possibilités d’expansion l’usine Bardahl de la Zone Industrielle de Roubaix-Est déménage. L’usine de production est transférée à Tournai en Belgique. Ce site industriel mondial est le centre névralgique de la relance durable et inclusive de la marque, qui veut sans cesse progresser grâce à son implication dans l’innovation et la transition écologique.

En 2016 Bardahl devient partenaire officiel de l’écurie Sébastien Loeb Racing

Sébastien Loeb ( document Sadaps Bardahl )

Dominique Leplat décède en 2018. Sa fille Sonia Callens-Leplat reprend sa succession dans l’entreprise Sadaps Bardahl.

Témoignage de Sonia Callens-Leplat : Nous sommes aujourd’hui une source de production et de distribution pour plus de 40 pays. Nous développons et produisons nos propres formules. Nous sommes aussi un des seuls pôles qui détient une activité à la fois dans l’automobile, la moto et le vélo, le bricolage, le jardin, le nautisme et l’industrie. Nous fournissons les plus grands constructeurs automobiles Citroën, Renault, Volkswagen, Peugeot etc 

document L’Argus

De nos jours, SADAPS Bardahl Additives and lubricants , l’usine de production est toujours implantée à Tournai. Les bureaux de la maison mère Sadaps-Bardahl CORPORATION sont implantés à Marcq en Baroeul .

L’entreprise Bardahl France, créée en 1953 rue du chemin de fer est restée roubaisienne pendant 50 années.

document Sadaps Bardahl

Remerciements à Sonia Callens-Leplat ainsi qu’aux archives municipales.

IT Room (Information Technology Room)

En 1998, Alexis Lepoutre, issu d’une famille de l’industrie textile roubaisienne, sort diplômé de l’ENIC (Ecole nouvelle d’ingénieurs en communication), actuellement IMT Nord Europe (école nationale supérieure des Mines-Télécom) et part sur Paris où il travaille pendant 18 mois en tant que développeur.

Photo Alexis (Document internet)

Un an plus tard son frère Timothée obtient également son diplôme de la même école et, tous deux animés par la passion de l’informatique, du développement et des nouvelles technologies, décident de créer leur entreprise. C’est ainsi que nait l’entreprise IT Room à Roubaix. En effet Alexis a effectué un stage en Angleterre dans une école où il s’occupait de la salle multimédia (salle où il y avait les ordinateurs) et cette salle s’appelait l’ITRoom.

Sigle (Document site internet)

Dans un premier temps et pendant 1 an, d’avril 2000 à juin 2001, les deux frères travaillent dans un bureau (ancienne chambre) de 9 mètres carrés située dans une vieille maison de la rue du Vieil Abreuvoir. Alexis y réalise de la prestation de service en messagerie pour de grands groupes de la Vente par Correspondance pendant que son frère travaille en « développement open source ».

Photo actuelle du 21 bd Leclerc à Roubaix (Document Google Maps)

Puis l’entreprise déménage pour un local en entresol situé rue de l’Espérance en face du musée de la Piscine pour la période de juin 2001 à mai 2005. C’est là qu’un stagiaire les rejoint suivi par un puis 2 salariés. Ensuite la société part dans des bureaux situés au 21 boulevard du Général Leclerc de mai 2005 à janvier 2008.

A cette époque la société prend une dimension plus importante en achetant 2 appartements au 2ème et 3ème étage pour en faire des bureaux, au 49 boulevard Leclerc, au dessus du magasin Damart, pour la période allant de janvier 2008 à mars 2016. IT Room compte alors une vingtaine de salariés. C’est pendant cette période que la société compte un 3ème associé en la personne de Gauthier Leleu de la société IT Référencement.

Etablissement roubaisien à l’étage du magasin Damart extérieur et intérieur (Documents google maps et Alexis Lepoutre)

C’est en 2015 qu’une opportunité se présente d’acheter un terrain sur l’ancienne friche Gabert à Hem (voir sur notre site l’article précédemment édité et intitulé Teinturerie Gabert). Les deux frères gèrent le projet de A à Z et dessinent eux-mêmes les plans du futur immeuble avant de les faire valider par le constructeur.

Construction à Hem en 2015 et livraison en 2016 (Documents Alexis Lepoutre)

Ce nouvel établissement, sis 5 allée Gabert, face à l’ancien château de Jean Gabert, présente des avantages certains au niveau pratique : un intérieur adapté, un parking mais aussi un extérieur permettant l’installation d’une terrasse avec un barbecue ainsi que d’un terrain de pétanque. Le nouveau concept permet le développement d’un état d’esprit cher à Alexis : la proximité avec les collaborateurs.

Etablissement de Hem (Documents google maps)
Les équipes au travail et les bureaux (Documents site internet et famille Fontenay)

En effet même si certains d’entre eux travaillent chez des clients en prestation à plein temps le but est de maintenir une cohésion de l’ensemble. C’est ainsi que même pour ces derniers l’organisation fait qu’ils forment également une équipe chez un client déterminé. Ils sont toujours suivis et reçoivent régulièrement la visite de leurs dirigeants.

Il existe actuellement 3 entités sur place, ce qui représente une soixantaine de salariés au total : IT Room (développement technique informatique), IT Référencement (accompagnement pour la visibilité d’un site internet ou e-marketing) et IT BLM (administration système et réseaux).

Extension en 2020-2021 (Documents site internet)

Afin de pouvoir accueillir cette nouvelle entité, située à Marcq-en-Baroeul, dans les locaux de Hem une extension du site hémois est entamée en 2020 et finalisée à l’été 2021. A cette occasion 2 nouveaux associés arrivent dans la société, tous deux issus de BLM, à savoir Jean-François Bocourt et Christophe Bricault. C’est également à cette époque qu’un autre associé intègre la société : Valery Broyon qui était de la même promotion qu’Alexis à l’ENIC.

Conférence, formation, forum d’entreprise à l’IMT Nord Europe (Documents site internet)

Chez IT Room on se forme continuellement, que ce soit par l’entraide entre collègues, par le biais de sessions de mentoring ou la mise en place de formations. Ainsi, lors de conférences ou de formations, des mises à niveaux sont assurées à tous les collaborateurs dans un métier où les nouvelles technologies évoluent à grande vitesse.

IT Room se fait également représenter lors des forums d’entreprises dans les grandes écoles. La participation à des causes nationales telles que la lutte contre les violences faites aux femmes ou la journée nationale de la trisomie 21 font également partie de la culture d’entreprise.

Lutte contre les violences, trisomie 21 (Documents site internet)

Afin d’assurer la cohésion de l’ensemble des collaborateurs des repas ou autres moments de convivialité rassemblent régulièrement les différentes équipes au siège à Hem, ainsi que des challenges ping-pong et/ou pétanque, des séances de karaoké mais il existe également des sorties notamment au bowling et au stade de foot. L’important est de veiller au bien-être au travail et pour se faire il est indispensable d’instaurer des moments sympathiques et conviviaux y compris sur les lieux habituellement dévolus au travail. Il existe ainsi un potager bien entretenu dans le jardin de l’entreprise.

Moments de convivialité (Documents site internet et famille Fontenay)
Challenge pétanque/ping-pong (Documents site internet et famille Fontenay)
Terrasse et potager (Documents site internet et Alexis Lepoutre)

En 20 ans une petite société, née d’une passion commune de deux frères, a donc pris son essor et connu une croissance impressionnante tant en terme de nombre d’associés que de salariés tout en réussissant le pari de rester une entreprise familiale et proche de ses collaborateurs.

Dédié à Romain Fontenay

Remerciements à Alexis Lepoutre

ANTVERPIA ( suite )

Quand Emile Rosez décède prématurément en 1933 à l’âge de 70 ans, son épouse Julie et leur fils Elie restent dans l’immeuble de la rue Foch. Les bureaux restent au rez-de-chaussée et l’habitation est conservée aux étages supérieurs.

Le fils aîné, Octave, prend la Direction Générale de ANTVERPIA France Algérie, secondé par ses frères dans l’entreprise, prenant chacun des responsabilités dans les branches d’assurances : Abel s’occupe des contrats Incendie, André des contrats Assurance Vie et des rachats de contrats, ainsi que de l’accueil de la clientèle. Nestor gère l’administration et devient chef du personnel.

La plupart d’entre eux choisissent de résider dans des lieux différents, au 31, 31bis, 33 rue du Trichon, rue d’Inkerman et rue de l’Industrie, mais toujours à Roubaix.

document 1956 ( document collection privée )

En 1952, Julie Rosez décède dans ses appartements au siège rue Foch.. Octave Rosez souhaite alors transformer les étages supérieurs, et demande un permis de construire. L’architecte Leman 9 rue Daubenton est choisi pour réaliser les travaux. Au 1er étage on trouve le bureau du Directeur Octave et le service Incendie. Au 2ème étage l’appartement privé de Julie est transformé en bureaux et salles de réunion.

Bernard Fegueur entre dans l’entreprise en 1962 pour prendre la Direction France en prévision du remplacement prochain d’Octave Rosez prenant sa retraite.

buvard années 1960 ( document collection privée )

Chaque année, la direction organise une Assemblée Générale où tout le personnel est convié, et, en raison des résultats très satisfaisants, ANTVERPIA France est une des premières entreprises à proposer une participation aux bénéfices pour le personnel.

Témoignage de Charlyne, qui a débuté sa carrière à 16 ans, sous la bienveillance de André Rosez, comme assistante, puis secrétaire de Direction : « C’était une grande époque en effet, les patrons étaient très souvent proches de leurs employés, ils s’occupaient de la famille de ceux-ci en cas de difficultés passagères, et tout le monde oeuvrait pour la grandeur de l’entreprise. Il y avait de la reconnaissance en retour… »

le château Antverpia à Sint-Mariaburg à l’époque et de nos jours ( document T. Rosez et Google Maps )
Départ en bus pour Sint-Mariaburg en 1966 ( document T. Rosez )

Témoignage de Tanguy Rosez, arrière-petit-fils de Emile Rosez et petit-fils de André Rosez : « Je suis né et j’ai grandi avec Antverpia »

L’aventure familiale a duré 100 ans. En 1885, mon arrière grand-père Emile Rosez commence sa carrière dans les assurances Antverpia. En 1985 mon grand-père André Rosez à 82 ans, lâche définitivement prise, et Bernard Fegueur cesse son activité pour raisons de santé.

ANTVERPIA coule dans mes veines !

Je me souviens que petit, mon grand-père André Rosez me racontait souvent ses réunions, ses banquets lorsqu’il partait à Sint-Mariaburg, banlieue d’Anvers proche des quais portuaires, où s’érigeait le grand château, siège de la compagnie belge !

L’époque était fastueuse, le travail et le respect de chacun était mot d’ordre ! Mais on savait aussi gratifier les employés et les bons résultats comme il se devait ! … 

André Rosez décoré par son frère Octave Rosez ( document T. Rosez )

Avec le départ en retraite de Octave le fils aîné, chacun des frères Rosez va à son tour prendre la sienne entre 1965 et 1970.

André Rosez sera le dernier à partir en 1973 à l’âge de 70 ans et continuera à garder un œil bienveillant sur l’entreprise familiale, participant aux différentes réunions et banquets jusqu’au départ de son Directeur Bernard Fegeur. Il décède 20 ans plus tard, en 1993, à l’âge de 90 ans, alors dernier survivant de cette grande fratrie.

Publicité fin des années 1960 ( document collection privée )

Bernard Fegueur qui a pris la Direction vers 1965, devenu malade, démissionne en 1985.

C’est alors que repris par de jeunes affairistes au tempérament « moderne et ambitieux », ANTVERPIA France à Roubaix est métamorphosé en quelques années.

Document 1990 ( document collection privée )

Les nouveaux responsables d’Antverpia décident de céder l’immeuble du 4 rue Foch. Ils investissent alors dans différents immeubles et en particulier au 84 et au 2 boulevard Leclerc dont les « Paraboles »

Le 84 boulevard Leclerc ( document Google Maps )

S’ensuivent immédiatement et durant plusieurs années, investissements douteux, malversations et prises illégales d’intérêt de la part des nouveaux dirigeants… Les affaires partent aux tribunaux, et ANTVERPIA France s’éteint définitivement dans la douleur et le déshonneur, le 12 juin 2010.

La Compagnie d’Assurances ANTVERPIA France, fondée par le courage visionnaire d’un homme, Emile Rosez puis ses enfants, restera l’aventure d’un siècle prospère, et l’aventure d’une grande famille de Roubaix, unie et soudée, toujours proche de ses collaborateurs et de sa clientèle.

Tous les roubaisiens du vingtième siècle se souviennent des Assurances ANTVERPIA, de la famille Rosez, et de leur présence dans notre ville.

« L’assurance ne semble chère, que si l’on a la chance de ne point devoir y recourir un jour » Emile ROSEZ.

Remerciement à Tanguy Rosez et à Charlyne Dilullo, ainsi qu’aux archives municipales.

L’église St Michel à Roubaix

Dans les années 20, l’abbé Chavatte, vicaire à l’église Notre Dame et directeur du cercle St Michel, est désigné par Monseigneur Delamaire, archevêque de Cambrai (l’archevêché de Lille n’est créé qu’en 1933), pour fonder une nouvelle paroisse dans le quartier du Pont rouge-Fraternité-Chemin neuf. Il déploie tous ses efforts de persuasion pour mener à bien l’édification d’une église dans cette zone populeuse. Il lance une souscription pour le financement du projet et réussit, à force d’obstination, à obtenir la concession d’un vaste terrain au coin de l’avenue Linné et de la rue Jouffroy, terrain qui se poursuit jusqu’à l’avenue Cordonnier. Cette église sera consacrée à Saint Michel.
Malheureusement, l’état de santé de l’abbé l’oblige à demander à l’archevêché d’être déchargé de ce projet en bonne voie de réalisation. C’est l’abbé Bethléem, également vicaire à Notre Dame, qui est amené à reprendre le projet et le mener à son terme.

Les Abbés Chavatte et Bethléem – photos Journal de Roubaix 1911

En avril 1911 est mise en chantier une église provisoire dont l’abbé Bethléem doit être le futur curé.
L’abbé Chavatte, lui, décède début août, après 25 ans de sacerdoce à Roubaix, au moment même où son projet aboutit. En effet, l’église est inaugurée fin juillet de cette même année.
Un cortège, partant du boulevard de Mulhouse parcourt les rues pavoisées du quartier pour aboutir à la nouvelle église. La cérémonie, à laquelle participera la fanfare catholique « La Liberté » sera présidée par le curé de Sainte Elisabeth, l’abbé Coqueriaux. Le bâtiment est de forme simple et construit parallèlement à l’avenue Linné.

L’église provisoire

Mais, après la guerre, le besoin se fait sentir d’une église définitive plus vaste et plus belle, et, à l’initiative de l’abbé Boulanger, le curé de la paroisse, une souscription est ouverte pour cette réalisation. C’est ainsi qu’en 1924 Monseigneur Quillet, évêque de Lille bénit la pose de la première pierre. Les travaux d’édification commencent aussitôt.

Document Journal de Roubaix

L’église, œuvre de l’architecte Alfred Nazousky, est construite selon un procédé nouveau utilisant des pierres reconstituées en béton, qu’on maçonne comme des pierres ordinaires. La photo suivante nous montre la construction du chevet de l’église, la vue étant prise en direction de l’avenue Cordonnier dont on reconnaît la maison à double pignon du numéro 21.

Photo B. Thiebaut

L’église est consacrée fin 1927 ; elle reçoit la bénédiction solennelle de Monseigneur Jansoone, évêque auxiliaire de Lille. Un cortège de membres des œuvres paroissiales va chercher Monseigneur Jansoone au presbytère rue Jouffroy pour le conduire à l’église. Le chanoine Goguillon, doyen de St Elisabeth prononce ensuite l’allocution traditionnelle devant les paroissiens et un grand nombre de représentants du clergé. La chorale Saint Michel entonne un salut solennel.
Le journal de Roubaix ne manque pas de saluer la beauté du sanctuaire, « l’un des plus beaux de notre ville ».

Photo Journal de Roubaix

Peu après, à partir de 1932, les vitraux de J.J. Vosch, maître verrier de Montreuil, sont posés. Ils font depuis la renommée de l’église.

Mais l’idée était à l’origine de lier la création de la paroisse à l’ouverture d’un lieu consacré à l’enseignement. Dès 1913, s’ouvre au 7 de l’avenue Linné l’école paroissiale Fénelon. En 1928, l’abbé Boulanger, curé de la paroisse, confie l’école à la congrégation des filles de Marie Auxiliatrice qui rebaptisent l’école du nom de leur congrégation. L’école intègre dans ses locaux l’ancienne église provisoire dont elle récupère le premier étage en 1949. Elle possède 7 classes en 1947 et ne cesse de s’étendre, intégrant un cours complémentaire.

Une classe de l’école – photo site les copains d’avant

En 1933, le curé demande aux frères maristes, congrégation vouée à l’enseignement, de créer pour les garçons l’école Saint Michel, qui ouvre avec trois classes, sur un terrain situé toujours de long de l’avenue Linné sur l’ancien domaine Cordonnier, de l’autre côté de la rue Jouffroy jusqu’à la rue Louis Braille. L’école s’étend en 1950 avec la création d’un cours complémentaire.
Dans les années 70, au moment de l’introduction de la mixité à l’école, tous les enfants du cours complémentaire sont réunis à Saint Michel qui devient un collège, alors que les enfants de primaire et de maternelle se regroupent à Marie Auxiliatrice.

Le collège – photo site Saintmichel-roubaix.fr

Pourtant, au fil du temps, la fréquentation de l’église diminue et les participants aux cérémonies se font de plus en plus rares. L’église ayant été construite après 1905, les pouvoirs publics ne participent pas à son financement et le diocèse peine à trouver des ressources nécessaire à la chauffer et à l’entretenir. Si bien qu’on ne sait quoi faire de l’édifice. Finalement, la décision de fermeture est prise en 2014. Quelques particuliers fondent une association baptisée « les amis de l’église saint Michel » dont le but est la préservation de l’église et de ses vitraux.
En mai 2021 le diocèse prend la décision de louer l’édifice pour abriter le culte orthodoxe. C’est ainsi que naît l’église orthodoxe St Jean Baptiste, dépendant du patriarcat de Roumanie.

Photo Jpm 2011

Les illustrations non légendées proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

Journal de Roubaix (Suite)

Les ateliers et le point de vente en 1910 (Documents collection privée)

Anne-Marie Reboux-Hottiaux, épouse d’Alfred, est journaliste au Journal de Roubaix dès 1889. Elle reprend la direction du quotidien à la mort de son mari en 1908. En 1911, à l’Exposition Internationale du Nord de la France, le Journal de Roubaix occupe un stand, hors concours, en qualité de membre du jury.

Stand à l’exposition de 1911 (Document collection privée)

Si, durant l’occupation, pendant la première guerre, Mme Reboux-Hottiaux doit cesser l’activité les ateliers ayant été vidés de leurs machines neuves par l’occupant, elle la reprend dès le départ des allemands avec des moyens de fortune : composition à la main et presse à bras.

Les bureaux et les ateliers en 1914 avec leur matériel neuf puis vidés de leurs rotatives par l’occupant (Document SER et collection privée)
Photo de Mme Veuve Reboux-Hottiaux (Document SER)

Après-guerre, le Journal de Roubaix décide de concurrencer Le Grand Hebdomadaire Illustré, en faisant paraître, avant sa réapparition, Le Dimanche de Roubaix-Tourcoing, son nouvel hebdomadaire illustré, dès le 5 janvier 1919. Ces journaux hebdomadaires, présents jusqu’à la seconde guerre mondiale constituent une source remarquable de documentation sur l’entre-deux-guerres.

En-tête du Dimanche de Roubaix-Tourcoing et d’une enveloppe de l’hebdomadaire (Documents BNR et collection privée)

Dès 1920, prenant en compte le fait que près de 100.000 ouvriers belges passent chaque jour la frontière pour travailler dans l’industrie textile de Lille-Roubaix-Tourcoing, Anne-Marie Reboux procède à l’extension du Journal de Roubaix outre Quiévrain. L’édition belge est créée à Mouscron.

Elle fait également partie du comité de 27 membres sous le patronage duquel se trouve placée la première section de journalisme, placée sous la double tutelle des facultés libres de droit et des lettres, qui ouvre ses portes à Lille en 1924. C’est l’Eglise qui a choisi Lille pour l’ouverture de la première école de journalisme de la presse catholique.

En 1925, Mme Reboux sollicite un permis de démolir les écuries, magasins et bureaux, situés aux n°69 et 69 bis et de modifier le n°67 afin de construire une extension de l’immeuble sis au n°71. Dès lors la façade du journal de Roubaix s’étend du 65 au 71 de la Grande-Rue et l’immeuble comporte un hall public, une galerie d’exposition et une nouvelle façade.

Plans des aménagements conçus en 1925 (Documents archives municipales)
Photo de la nouvelle façade dans la 2ème partie des années 1920 (Document collection privée)

L’intérieur abrite derrière le Hall Public le bureau de la publicité, à gauche du Hall la galerie d’attente et à l’arrière la galerie d’exposition et à sa droite le bureau de comptabilité. Il existe une salle de rédaction et des bureaux au rez-de-chaussée et une salle de rédaction à l’étage. L’imprimerie quant à elle se trouve dans un bâtiment à l’arrière n’ayant pas façade sur le Grande-Rue et l’atelier des linotypes est refait en 1930. Enfin en 1936, c’est la maison située au n°73 qui sera rachetée par la société des journaux réunis, démolie et remplacée par un mur qui prolonge celui du n°71.

Plan de l’intérieur du bâtiment ayant façade sur la Grande-Rue au rez-de-chaussée et à l’étage en 1925 (Document archives municipales)

Journaliste engagée, Anne Marie Reboux- Hottiaux participe par ailleurs à nombre d’oeuvres de bienfaisance. Elle est faite Chevalier de la Légion d’Honneur en 1923 et recevra de nombreuses autres distinctions jusqu’à sa mort en décembre 1934, date à laquelle elle était encore propriétaire et directrice du Quotidien lancé par son mari.

A la tête du journal elle ne s’est pas contentée de continuer l’oeuvre de celui-ci mais a donc contribué à son extension n’hésitant pas à démarcher les clients de ses concurrents comme on le constate dans un courrier de 1926 et multipliant les publicités pour son quotidien comme son hebdomadaire avec un calendrier édité en 1933.

Lettre de démarchage du client d’un concurrent en 1926 (Document collection privée)
Calendrier publicitaire de 1933 (Document collection privée)

Dans le Grand Almanach Illustré du Journal de Roubaix, sont également multipliées les publicités pour le quotidien au travers d’articles très divers contribuant à son évocation. On peut entre autres citer un article sur Adolphe Verdonck, aveugle de naissance, qui tient un kiosque sur la Grand Place de Wattrelos où il vend le Journal de Roubaix, la chienne qui fume qui allait livrer le quotidien pour son maître Jean Dirick, marchand de journaux, ou encore cinquante exemplaires du journal livrés aux abonnés de Casablanca par Robert Dumont, un jeune aviateur roubaisien.

Adolphe à son kiosque (Document Grand Almanach Illustré du Journal de Roubaix) La chienne qui fume (Document Grand Almanach Illustré du Journal de Roubaix) Livraison au Maroc par une jeune aviateur roubaisien (Document Grand Almanach Illustré du Journal de Roubaix)
Maurice Vanhove lisant le journal de Roubaix à Bizerte en Tunisie en 1929 pendant son service militaire (Document Patrick Vanhove)

En janvier 1928, Anne-Marie Reboux a la douleur, après avoir perdu sa fille, de perdre subitement son fils Jean, rédacteur en chef du journal qu’il l’aidait à diriger. Ses obsèques ont lieu en l’église Saint-Martin sur la Grand Place de Roubaix et font l’objet d’une première page dans le Dimanche de Roubaix-Tourcoing du même mois.

Le char funèbre portant les couronnes est entouré d’une foule, famille, personnel du Journal de Roubaix et diverses personnalités, venue rendre hommage au défunt et de multiples discours sont prononcés par des personnes publiques telles qu’Eugène Motte, ancien député maire de Roubaix.

Le char funèbre (Document Le Dimanche de Roubaix-Tourcoing)
Le personnel du journal, la famille, le discours d’Eugène Motte (Document Le Dimanche de Roubaix-Tourcoing)

Après la mort de Mme Veuve Reboux en 1934, c’est son petit-fils Jacques Demey, fils de sa défunte fille, qui reprend la direction du quotidien. Le journal de Roubaix est alors domicilié d’après le Ravet-Anceau de 1937 du n°63 au n° 71 de la Grand-rue.

Mais en 1940, après l’invasion de l’armée allemande les quotidiens de la région lilloise laissent la place mi-Mai à un organe unique de 4 pages intitulé La Croix- La Dépêche- Grand Echo- Le Réveil- Journal de Roubaix, imprimé sur les presses du Grand Echo.

Le quotidien de la famille Reboux ne ressuscite qu’en janvier 1941, après que son directeur Jacques Demey, de retour dans le Nord, obtient la caution morale du cardinal Liénart, soucieux de la présence d’un journal catholique pour la population du département. L’année suivante le Journal de Roubaix atteint un tirage de 90.000 exemplaires et sa direction travaille déjà à la préparation d’un nouveau quotidien.

Lettre de Jacques Demey à la société des journaux réunis en novembre 1943 (Document la Presse du Nord et du Pas de Calais au temps de l’Echo du Nord)

En 1944, la direction politique des quotidiens lillois, sur décision de l’occupant, est confiée à des journalistes débarqués de Paris. C’est M.Tulliez qui est affecté au Journal de Roubaix mais en fait, comme les autres directeurs en place, il est confiné à un simple rôle d’administrateur. Dès le mois d’août, les allemands écartent définitivement les 3 directeurs lillois et nomment leurs hommes liges commissaires à l’information.

A la libération, ce sont les démocrates chrétiens qui récupèrent Le Journal de Roubaix en la personne de Jean Catrice. Un nouveau titre est recherché et l’accord se fait sur Nord-Eclair qui sera géré par la nouvelle équipe qui l’a préparé et ne risque donc pas d’être accusée de compromission avec l’ennemi, n’ayant rien publié sous l’occupation.

A suivre dans un prochain article intitulé « Nord-Eclair ».

Remerciements aux Archives Municipales de Roubaix

Les Derasse : tailleurs de père en fils.

Ferdinand Derasse est né en 1881.Il est propriétaire d’un magasin à Tournai : « La vierge Noire », célèbre commerce de vêtements, draperies, lainages et soieries.

La vierge noire ( document famille Derasse )

Au début des années 1900, il se rend à Roubaix pour rejoindre son frère Amédée, arrivé en 1898. Il s’installe à son compte en tant que maître tailleur au 243 rue Decrême.

le 243 rue Decreme de nos jours ( photo BT )
Ferdinand Derasse ( document famille Derasse )
document famille Derasse

Ferdinand se marie et a trois enfants : Clémence née en 1913, Fernand né en 1914 et Albert né en 1927

Clémence se marie avec Jules Leclerc qui est tailleur sur la Grand Place de Reims. Albert se dirige vers une carrière en banque. Fernand travaille avec son père, devient apprenti et s’installe ensuite également à son compte, au 26 rue de Beaurewaert.

Au rez de chaussée de cette immense maison, se trouvent l’habitation et un salon de réception pour que les clients puissent essayer leur costume sur mesure. Les chambres sont à l’étage. L’atelier très vaste, se trouve au fond de la cour, dans lequel on trouve les tables de travail mais également 5 à 6 machines à coudre professionnelles. Fernand embauche trois ouvriers, et fait travailler des personnes à l’extérieur à domicile, pour des travaux de couture sur des pantalons.

Fernand Derasse est particulièrement doué pour la création de costumes pour hommes. Pendant la période d’après guerre, les usines textiles sont à l’arrêt, les tissus sont rares et les roubaisiens ont peu d’argent. Fernand est ingénieux : il est le premier tailleur à récupérer des costumes usagés pour les retourner sur l’envers et leur donner une seconde vie.

Comme son père, Fernand est passionné par son travail. Il crée des costumes, des modèles sur patrons. Sa quantité de travail ne l’empêche cependant pas de se distraire, en effet Fernand a la réputation d’être un bon vivant.

Publicité 1974 ( document Nord Eclair )

Dans les années 1960, une partie de la rue de Beaurewaert ( qui fait partie du quartier des Longues Haies ) est rasée. Fernand, exproprié, décide donc de s’installer un peu plus loin au 151 de la rue Jules Guesde à deux pas de la rue de Saint Amand.

le 151 rue Jules Guesde de nos jours ( photo BT )

Fernand a trois enfants : Francis, Michel et Bernard. Francis s’installe artisan-tailleur à Mouscron, Michel devient directeur chez Mr De Fursac et installe des unités de production. Bernard, quant à lui, devient comédien à la Comédie Française et effectue de nombreux voyages en particulier au Canada.

Fernand Derasse cesse son activité dans les années 1980 – Ci-dessus, photo des années 1990 ( document famille Derasse )

Malheureusement, comme de nombreuses professions, les tailleurs disparaissent peu à peu suite au développement des magasins de prêt-à-porter. D’après le Ravet Anceau, on dénombre 189 artisans-tailleur en 1928 à Roubaix. Ils ne sont plus que 54 en 1968, et ont pratiquement tous disparu à ce jour.

Remerciements à Bernard et Christine Derasse

ANTVERPIA

Emile Rosez naît à Langemarck en Belgique Flamande le 18 février 1862. Après de brillantes études, il devient d’abord courtier en assurances à Gand puis ses bons résultats l’amènent rapidement à devenir agent général pour les Assurances Vie & Incendie ANTVERPIA, grande compagnie d’assurance en Belgique fondée vers la fin du XVIII siècle à Anvers par Charles Jean Michel de Wolf (1747-1806), et longtemps dirigée au XIX siècle par le Baron Pierre Joseph de Caters (1769-1861) à Anvers.

Parfaitement bilingue, ambitieux et visionnaire, Emile Rosez désire soumettre en 1890 à la Direction de ANTVERPIA basée à Sint Mariaburg en banlieue d’Anvers, son projet de conquérir une ville francophone prospère et en pleine expansion économique grâce au textile, celle qui fût en 1900 la ville la plus riche de France, Roubaix !

Le projet accepté, validé et financé par la Direction Flamande de ANTVERPIA, il se mit en quête d’une jolie petite demeure Roubaisienne, proche du Centre-Ville et de la Mairie, en plein coeur du quartier abritant les plus grandes et illustres familles roubaisiennes afin de signer les plus beaux contrats d’assurances.
Ce sera le Trichon, avec ses fameuses rue et place du même nom, abritant les halles et son Marché aux poissons aujourd’hui disparu.

Publicité 1901 ( document Gallica )

C’est en fin d’année 1893 qu’il emménage à Roubaix, avec sa femme Julie née Cardoen, et leur petite fille Martha âgée d’à peine 6 mois, au 18 rue des Fleurs, aujourd’hui rebaptisée rue Rémy Cogghe.

Le 18 rue des fleurs en 1904 ( document collection privée )

Emile Rosez commence à prospecter les entreprises textiles de la région de Roubaix et Tourcoing, et signe rapidement de nombreux contrats pour la Compagnie d’Assurances ANTVERPIA.

Emile Rosez ( document T. Rosez )

Sa famille s’agrandit d’un premier fils Octave en 1895 et huit autres naissances suivront jusqu’en 1906 : sa famille devient nombreuse. Les affaires sont florissantes et il faut absolument embaucher du personnel supplémentaire. La Direction d’ ANTVERPIA Belgique lui donne carte blanche et il investit alors dans une vaste demeure pour y déménager sa famille et ses bureaux en 1907, au 31 rue du Trichon. Il est alors nommé Directeur Général pour la France.

Antverpia au 31 rue du Trichon en 1914 ( document collection privée )

Fort de sa notoriété, récompensé de ses efforts, et alors que ses agents et inspecteurs travaillent sur la région, il décide de s’attaquer à un autre marché : l’Algérie ! Etat sous gérance française, ce pays est alors investi par les entrepreneurs et industries de la France, pour y bâtir toutes les infrastructures modernes du XX siècle ! Réseaux routiers, gaz électricité, usines et bâtiments, il faut absolument que nos compatriotes, travailleurs et investisseurs français expatriés puissent y trouver des assurances !

Il s’y engage de toute sa volonté, crée un réseau au-delà de la Méditerranée, puis est nommé Directeur Général pour la France et l’Algérie.

Antverpia au 31 et 33 rue du Trichon ( document collection privée )

Les affaires et le nombres d’employés grandissant, le manque de place se faisant déjà cruellement sentir, il investit la maison voisine au 33 rue du Trichon peu de temps plus tard.

L’immeuble de la rue du Trichon de nos jours ( Photo BT )

Le développement s’accentue chaque année. Sa grande famille est forte de 9 enfants dont 5 garçons ( Martha, Octave, Nestor, Blanche, Abel, Elie, André, Agnès, Jenny ) nés entre 1895 et 1906, qui deviennent adolescents autour de l’année 1915. Les employés sont également de plus en plus nombreux, il est absolument nécessaire de trouver d’autres locaux beaucoup plus vastes et prestigieux, d’autant que l’image de ANTVERPIA, grâce à Emile Rosez, entretient une réputation internationale.

La façade du 4 rue du Maréchal Foch ( document collection privée )

L’occasion se présente en 1928, lorsque l’Hôtel Particulier du 4 rue Neuve (aujourd’hui rue du Maréchal Foch) qui abritait la Banque du Rhin se libère. Cette immense bâtisse de 290 M2 au sol et sur 4 étages, était autrefois la propriété de Mme Vve Masure-Wattine.

Une partie de la famille avec les enfants les plus jeunes, ainsi que les bureaux y déménagent définitivement après quelques travaux d’aménagement en 1931 : logement de la Direction aux étages, construction d’une salle d’archives, d’un garage automobile, d’une buanderie et transformation de la loge du concierge avec création d’un étage.

Emile Rosez dans son bureau et photo de la cheminée qui existe encore de nos jours ( document et photo T. Rosez )

Déjà majeurs ou en couple, d’autres enfants restent au 31 rue du Trichon, devenu 31 et 31 bis séparant l’habitation d’un bureau-domicile loué à Mr Robyn, pour quelques années, lequel est assureur indépendant pour le compte de la compagnie d’assurances ANTVERPIA France.

Les cinq garçons du couple fondateur : Octave, Nestor, André, Elie et Abel travaillent avec leur père Emile Rosez.

Octave, André, Elie et Abel travaillent au siège de la rue du Maréchal Foch. Nestor reste assureur au 33 rue du Trichon.

À suivre . . .

Remerciement à Tanguy Rosez, et à Charlyne Dilullo, ainsi qu’aux archives municipales.

Droguerie Bernard Joseph

Armand Joseph et son épouse Palmyre née Vandystadt ouvrent, au début des années 1900, une épicerie-droguerie au 47 rue d’Antoing dans le quartier du Pile à Roubaix.

Armand est mobilisé en 1914. Il part sur le front, et ne reviendra malheureusement pas. Palmyre, sa veuve continue alors seule, l’activité et se spécialise exclusivement dans le commerce de droguerie. Elle développe fortement l’activité de sa petite boutique, les affaires fonctionnent de façon très satisfaisante.

le 47 rue d’Antoing de nos jours ( document Google Maps )

Leur fils Victor Joseph, né en 1911, est artisan peintre. Il épouse Marie-Thérèse en 1946. Victor continue son activité d’artisan. Le couple habite sur place, rue d’Antoing.

Victor et Marie-Thérèse souhaitent ouvrir leur commerce. L’occasion se présente en 1956 : ils décident de reprendre le magasin de droguerie du 279 rue de Lannoy à l’angle du boulevard de Mulhouse. Ce commerce était autrefois une herboristerie créée par Louis Dours et transformée à son décès par son épouse en droguerie dans les années 1950.

plan cadastral
Palmyre et sa belle fille Marie-Thérèse dans le magasin de la rue de Lannoy ( document B. Joseph )
Marie-Thérèse Joseph ( document B. Joseph )

La surface importante de 102 m2 leur permet de développer leurs gammes de produits et en particulier de peintures. Victor et Marie-Thérèse deviennent les plus importants vendeurs de la ville grâce à leurs précieux conseils à la clientèle.

le magasin rue de Lannoy ( document archives municipales )
publicité Nord Eclair

Victor décède en 1961 à l’âge de 50 ans. Marie Thérèse continue seule l’activité.

Alain, le fils cadet, s’oriente plutôt vers la mécanique et reprend le garage de son ancien patron Mr Lemay, sur le boulevard Gambetta. Bernard, le fils aîné, né en 1947, après ses études de comptabilité et un premier emploi chez les assurances Verspieren, reprend la succession et continue de développer le commerce en 1972 avec son épouse Marie-Joële.

Bernard retape entièrement les deux étages supérieurs du bâtiment, pour pouvoir y loger avec son épouse et leurs deux enfants.

Il devient un des premiers dépositaire de la région, pour la fabrication de « peinture à la demande » avec l’installation de la machine à teinter, de la marque Valentine.

Bernard et Marie-Joële devant la machine à teinter ( document B. Joseph )

Bernard et Marie-Joële proposent à leur clientèle des marques réputées en peinture comme Avi, DeKeyn, Renaulac, Théodore Lefebvre, en droguerie comme la cire Starwax, en papier peints Décofrance, Vénilia, Leroy, et également en marques de revêtements de sol : Balatum, Gerflor

Intérieur du magasin ( document B. Joseph )

La concurrence est vive dans la ville, mais ils entretiennent d’excellentes relations cordiales avec leurs confrères roubaisiens : la droguerie Crombé et la droguerie Debril entre autres.

Dans les années 1980-1990 ils proposent différents services complémentaires : le service clé-minute avec un matériel professionnel de reproduction de clés, l’affûtage de couteaux et ciseaux, le dépannage en serrurerie, la vente de lampes berger etc

document collection privée

Bernard Joseph est commercialement très dynamique. Il communique énormément par de la publicité dans la presse locale, est régulièrement présent lors de salons des artisans commerçants, n’hésite pas à se transformer en père Noël pour offrir des bonbons aux enfants à l’entrée du magasin et organise des concours de dessin pour les enfants du quartier avec remises de cadeaux aux créateurs des plus belles œuvres.

Bernard Joseph au salon des commerçants ( document B. Joseph )
Le père Noël rue de Lannoy ( document B. Joseph )

Bernard continue sa formation professionnelle en assistant à de nombreux stages de perfectionnement organisés par leurs fournisseurs de droguerie. En 1989 Bernard est accepté à la confrérie Saint Luc de la droguerie, et en 1995, grâce à leur professionnalisme, les époux Joseph reçoivent un Mercure d’Or décerné par la chambre de commerce et l’union des commerçants de la rue de Lannoy.

document B. Joseph

Bernard prend sa retraite en 2009 à l’âge de 61 ans. Aucun des deux enfants ne souhaite reprendre le commerce. Le bâtiment est cédé à Eric Le Goff, infirmier libéral, qui le transforme, après quelques travaux de transformation en 2014, en cabinet paramédical composé de 4 infirmiers et de 2 orthophonistes.

Le magasin en 2008 ( document Google Maps )
Le magasin en 2023 ( photo BT )

Pendant près de 110 années, 3 générations Joseph se sont succédées dans le domaine de la droguerie roubaisienne.

Remerciements à Bernard Joseph ainsi qu’aux archives municipales.

Journal de Roubaix

Au début du dix-neuvième siècle, la ville de Roubaix compte 16.000 habitants. C’est un pharmacien, Hippolyte Beghin qui, ayant obtenu son brevet d’imprimeur en 1829, lance le premier périodique imprimé à Roubaix, un bi-hebdomadaire nommé « La feuille de Roubaix », qu’il imprime sur une presse à bras installée dans la librairie de sa femme.

Le feuille de Roubaix Août 1829 (Document la Presse du Nord et du Pas de Calais au temps de l’Echo du Nord)

Un an plus tard, la feuille de Roubaix devient le « Narrateur Roubaisien ». Au décès d’Hippolyte en 1851, sa veuve Hyacinthe Defrenne reçoit son brevet en succession et continue son activité d’imprimeur parallèlement à son activité initiale de libraire spécialisée en livres de piété. L’activité de l’entreprise cesse en 1875.

Carte publicitaire de la librairie Béghin au milieu du 19ème siècle (Document collection privée)

Pendant ce temps à Lille, Jean-Baptiste Reboux Leroy a lancé en 1824 le Journal du département du Nord, journal royaliste légitimiste, vite concurrencé, avec succès, par l’Echo du Nord. En 1831, il lance donc la Boussole, journal royaliste également mais ce journal subit une lourde condamnation dès l’année suivante, Jean-Baptiste et Charles, son fils journaliste, subissant une peine d’emprisonnement pour délit politique. Leur journal ne s’en relève pas et disparaît dès 1833.

Dès lors il renonce à la politique, ce qui lui permet de conserver deux presses. Ses deux autres fils, Jean-Baptiste et Edouard, lui succèdent à la tête de son journal à son décès en 1843. Ils fondent ensuite le journal la Liberté, journal catholique, jusqu’à ce que le premier laisse l’imprimerie paternelle au second. Ce journal, en opposition au pouvoir impérial, subit également des condamnations avant de disparaître au profit de la Vérité qui paraitra jusqu’en 1857.

Jean Reboux (Document Nord-Eclair)

Entretemps Jean-Baptiste fils (qui se fait appeler Jean pour éviter la confusion avec son père) s’est installé à Roubaix en tant que lithographe, rue Saint Georges au 16 bis avant de reprendre la librairie de Gaspard Burlinchon au 1 rue du Vieil Abreuvoir après avoir obtenu son brevet de libraire. Puis il prend en 1846 la succession de son beau-frère Charles Hennion, imprimeur lithographe à Roubaix, époux de sa sœur Mathilde, « par suite d’arrangements de famille », ayant obtenu son brevet d’imprimeur, avec plus de difficultés le préfet rechignant à le lui délivrer afin de ne pas précipiter la ruine de l’imprimerie Béghin.

Cartes publicitaires de J Reboux rue Saint-Georges, de la librairie Burlinchon et de Charles Hennion (Documents collection privée et dictionnaire des imprimeurs et lithographes du 19ème siècle)

Enfin en 1856, après plusieurs années de démarches, Jean-Baptiste Reboux, obtient l’autorisation de publier un journal non politique : le Journal de Roubaix, moniteur industriel et commercial du département du Nord. Il installe d’abord son journal au n° 20 rue Neuve. Comme les premiers journaux roubaisiens il s’agit plutôt d’une feuille d’annonces qui s’adresse à une clientèle particulière d’industriels, de négociants, de commerçants et d’agriculteurs.

En-tête du 1er numéro du journal de Roubaix en 1856 (Document BNR)

D’abord bi-hebdomadaire, ce journal ne devient quotidien qu’en 1865, et il se situe alors au 56 Grande- Rue. Organe conservateur et catholique, il est poursuivi à plusieurs reprises par l’administration impériale, notamment en 1867 pour avoir imprimé, sans déclaration préalable des dépêches télégraphiques, donnant des nouvelles politiques, qui ont été affichées dans la vitrine de son magasin mais aussi vendues par colportage par des enfants dans des cafés et estaminets de la ville.

En-tête du quotidien en 1865 (Document BNR)

Le journal de Roubaix ne va réellement connaître un développement important qu’à l’arrivée à l’âge de 18 ans du fils de son fondateur, Alfred Reboux, comme journaliste, lequel succède à son père en 1872, trois ans avant l’installation du journal au n°1 rue Nain. Ce n’est qu’à la fin du siècle, en 1898, qu’Alfred Reboux installe son quotidien dans les locaux qui seront les siens jusqu’à la fin, au 71 de la Grande Rue à Roubaix. Quant au 56 Grande Rue, l’immeuble est dès lors occupé par le journal catholique lillois La Croix du Nord.

La Croix du Nord 56 Grande Rue (Document collection privée)

Alfred Reboux a racheté la propriété appartenant à Jean Lefebvre-Soyer composée d’une grande demeure, d’une maison de concierge, d’une écurie, d’une remise, d’une buanderie, de serres et de bureaux. Sur le cadastre la propriété couvre les parcelles 613 à 615 en 1884. Jean Lefebvre, grand officier de la légion d’honneur, époux d’Hermance Soyer, était l’associé d’Amédée Prouvost. La surface et la splendeur des nouveaux locaux en disent long sur la stature acquise par le quotidien sous la direction d’Alfred, propriété de la Société des Journaux Réunis.

Cadastre de 1884 (Document archives municipales)

Photo de Jean Lefebvre-Soyer (Document Thierry Prouvost la lignée des Lefebvre)

Tout en gardant un fort contenu économique : cotations en bourse, tarifications de la laine et du coton, le journal acquiert également un contenu de politique générale et internationale. La chronique locale y prend aussi de l’importance en instituant des correspondants dans toutes les communes aux alentours de Roubaix et jusqu’en Belgique. Au début du vingtième siècle, tout comme l’Echo du Nord Lillois, le Journal de Roubaix publie une série de 10 cartes postales présentant ses locaux.

Photo d’Alfred Reboux ( Document un siècle de presse roubaisienne de la médiathèque de Roubaix)
Hôtel du Journal de Roubaix (Documents collection privée)

Les différentes étapes de l’édition d’un journal à l’époque y apparaissent : l’alimentation du journal en informations au moyen du téléphone et du télégramme, la rédaction des articles et leur passage à la composition où les linotypes composent les textes, leur assemblage au marbre pour les disposer dans une forme constituant une page de journal, le passage à la clicherie puis la dernière opération : l’impression par les rotatives et la découpe en feuilles et enfin le départ par la salle des expéditions où après avoir été mis en paquets ils sont livrés aux vendeurs ou déposés à la gare, à l’aide de camions floqués à son enseigne.

Différents ateliers et salle de rédaction (Documents collection privée)
Le camion du journal de Roubaix (Documents collection privée)

Le journal, comme son propriétaire est catholique et défend les intérêts de l’église. Il lutte contre la laïcité et proteste contre la laïcisation de l’enseignement, l’expulsion des congrégations religieuses et la loi de séparation de l’église et de l’Etat. C’est un grand quotidien de province et un groupe de presse inventif et tourné vers les techniques innovantes.

Très rapidement le Journal de Roubaix entre dans la vie des habitants de Roubaix et environs : les vendeurs les livrent à l’aide de « carettes à quiens » (charettes à chiens), les enfants en font des déguisements, les pères et mères de familles et les soldats le lisent.

Les lecteurs du Journal de Roubaix (Documents collection privée)

A suivre…

Remerciements aux Archives Municipales de Roubaix