Tissus Delgrange

Pendant près d’un siècle, plusieurs générations de la famille Delgrange ont été commerçants en tissus à Roubaix, dans le quartier des rues de la Gare, de Blanchemaille et de l’Alma. Léonard Delgrange, né en 1849, est ouvrier dans une grande entreprise textile roubaisienne. Il décide de s’installer négociant en tissus dans une petite échoppe, au 3 rue de l’Hospice, en 1893, puis dans un commerce plus spacieux, au 35 rue de Blanchemaille. A son décès, en 1921, Alexandre, son fils, lui succède. Son deuxième fils, Eugène ouvre un magasin de tissus au 32 rue Blanchemaille. Un autre de ses fils, Léonard, s’installe commerçant en tissus à Lens. Son dernier fils Etienne-Paul tient le commerce de tissus situé au 54 56 rue de l’Alma. Ce dernier est capturé dans les rues de Roubaix par l’armée allemande, avec son fils Paul. Fort heureusement, Ils reviendront tous deux de captivité en 1915. Sa fille, Marie Delgrange, épousera Georges Dufermont et seront également commerçant en tissu au 106 de la rue de la Gare, commerce qui sera ensuite revendu pour devenir Bohin.

Ravet Anceau de 1914
Le 54 56 rue de l’Alma de nos jours ( Photo BT )
le 35 rue de Blanchemaille ( document archives municipales )

Etienne-Paul Delgrange décède en 1927. Sa veuve, Philomène Vanhautère – Delgrange, ouvre son commerce au 67 rue Nain. Lors de son décès, sa fille Elise Delgrange, épouse Ghesquières, reprend le commerce en 1947.

Publicité du 67 rue Nain ( document collection privée )

Paul Delgrange, le fils d’Etienne-Paul, né en 1895, décide à son tour de créer son commerce. Il trouve un local vide au 108 – 110 rue de la Gare, au début des années 1930. C’est un endroit idéal, à l’angle de la rue de Blanchemaille, dans un quartier où sont déjà implantés de nombreux négociants en tissus. Paul effectue quelques travaux de rénovation intérieure et commence son activité.

La façade du 108 rue de la gare ( document archives municipales )
Le plan du magasin ( document archives municipales )

En Septembre 1944, à l’issue de la seconde guerre mondiale, la liberté revient peu à peu sur la ville. Paul décide de rénover sa façade extérieure et de la transformer agréablement pour attirer l’œil des passants.

Façade ( document archives municipales )

Paul propose une gamme de tissus assez complète à sa clientèle, des draperies bien sûr, mais également des soieries, lainages, doublures etc Paul reprend ensuite le commerce voisin au 110 pour agrandir son point de vente.

Paul Delgrange ( document I. Delgrange )

Paul décède en 1961. Sa veuve cède alors l’affaire du 108-110 avenue Jean Lebas ( ancienne rue de la Gare ) à l’entreprise Fournier.

Ets Fournier ( document bnr D. Labbé )
Ets Fournier ( document collection privée )

Pierre Delgrange, le fils de Paul, devient ingénieur diplômé de l’ENSAIT en se spécialisant dans les teintures. Il sera d’abord ingénieur au secrétariat de la laine, puis sera directeur de production d’une usine de résines synthétiques à Béthune pour ensuite rejoindre le sud ouest de la France

Remerciements à Isabelle Delgrange ainsi qu’aux archives municipales

Ecole Saint Benoît

Le bâtiment, situé au 116 boulevard d’Armentières, a été construit dans les années 1880 par Henri Dubar, industriel roubaisien. Cet hôtel particulier est vendu en 1894 à Achille Bayart, puis dans les années 1920 à la famille Lefebvre. Le parc a toujours été superbement entretenu par un jardinier résidant sur place. De nombreux témoignages évoquent un jardin merveilleux, avec une serre remplie de plantes vertes, palmiers, plan d’eau avec plantes aquatiques. Dans ce parc un pont en bois se situe à proximité d’un pavillon style colonial, d’un poulailler et du hangar du jardinier.

Document A. d’Orgeville

Florentin Lefebvre, industriel dans le textile, épouse Rose-Marie Ducatteau, la fille des agriculteurs de la grande ferme Ducatteau, qui s’étend du pont Vanoutryve au conditionnement et au pont Saint Vincent de Paul à Roubaix. Le couple s’installe donc au 116 boulevard d’Armentières, une vaste propriété de plus de 6.500 m2 sur lequel est construit l’hôtel particulier de 630 m2 habitables sur 4 niveaux, qui appartient à la famille.

plan cadastral

Les époux fondent ensemble la société Lefebvre-Ducatteau, une des plus grandes maisons de fabrique de Roubaix. Plus tard, en 1852, Amédée Prouvost s’associe avec les frères Lefebvre-Ducatteau pour créer dans le centre ville de Roubaix, un des premiers peignages mécaniques : la société « Amédée Prouvost et cie ». Au décès prématuré de son mari, Rose-Marie Lefebvre-Ducatteau prend la direction de la filature Lefebvre-Bastin du boulevard d’Halluin. Après la guerre 14-18, la famille possède deux usines, une grosse filature boulevard d’Armentières et une petite filature de cardée à Wattrelos. 500 ouvriers travaillent alors dans l’entreprise qui ferme en 1924.

Trente ans plus tard, en 1954, l’hôtel particulier du 116 boulevard d’Armentières est loué à l’association des parents d’élèves de Saint Benoît. L’institution Saint Benoît est un collège privé, spécialisé dans l’accueil des élèves en rupture avec le système scolaire classique. La direction est assurée par Maurice Dierickx, qui a pour principal objectif, de recevoir des jeunes dont l’échec scolaire relève d’un manque de discipline ou de paresse affichée, et de les remettre dans le droit chemin. « Ora, Labora Pax » L’exactitude, le travail et la Paix, telle est la devise de Maurice Dierickx.

document collection privée

En 1966, l’association des parents d’élèves de Saint Benoît disposant de moyens financiers importants rachète l’hôtel particulier, et en 1968, elle demande l’autorisation de construire une salle de jeux d’environ 30 m2, située au fond du parc à la limite de la propriété du 114 appartenant à la société CARTEX.

document archives municipales
document archives municipales

Dès que l’on entre dans la vieille maison de maître, chacun peut sentir le bois patiné par les ans et l’encaustique.

document Nord Eclair
document Nord Eclair

Le système d’éducation de Saint Benoît est aux antipodes de la conception pédagogique des autres établissements scolaires ! L’enseignant a pour fonction de s’assurer que l’enfant assimile, qu’il progresse, qu’il travaille dur, en un mot qu’il se dépasse. Avec une interro à chaque cours, il convient de transpirer. L’école est complètement à part. C’est le seul établissement hors contrat, constitué en association, au nord de Paris. Une singularité qui lui permet d’affirmer son indépendance, mais qui le contraint à demander des frais de scolarité nettement plus élevés.

salle de classe ( document Nord Eclair )

En 1989, c’est la fête des anciens de St Benoît. Depuis la création en 1954 l’institution a accueilli plus de 3000 élèves. Tous avouent aisément qu’il avaient une expérience difficile avec l’éducation, mais grâce à l’équipe d’enseignants de choc de St Benoît, ils ont pu retrouver le chemin du diplôme et de la réussite.

document Nord Eclair 1989

En 1994, Saint Benoît fête ses 40 ans. L’établissement garde le même cap à savoir : venir en aide aux élèves en difficulté. C’est toujours la même philosophie. Christian Descamps, le directeur, et l’ensemble des professeurs veillent au grain et tentent de rendre aux enfants le goût de l’effort et celui de la scolarité.

document Nord Eclair 1994

En 2001, l’établissement compte 125 élèves, de la 6° à la seconde, dont une trentaine d’internes. Le directeur Denis Courdent dirige son établissement et motive ses 11 enseignants dont 5 permanents.

document Nord Eclair

En 2004, l’école Saint Benoît fête ses 50 ans. Le directeur, Bernard Declercq rappelle que la méthode pédagogique est toujours la même et qu’elle n’a pas changé depuis un demi siècle. Une structure de remise en forme qui permet à l’élève de se remotiver et de réintégrer un collège ou un lycée traditionnel. En cette année 2004, 120 élèves sont scolarisés. Les classes sont petites et le nombre d’élèves également ( 15 élèves en 6° et en 5° ).

Cinquante ans ( document Nord Eclair 2004 )

En 2008, la situation se complique, le nombre d’élèves est en baisse constante depuis 3 ou 4 années. L’effectif est passé de 120 élèves à 55. Avec la crise, les frais de scolarité s’élèvent désormais à 4000 € annuels, et sont donc impossibles à financer pour la plupart des familles. Thierry Pick, président de l’association, et Mme Dubar directrice, annoncent, en Avril 2010, que Saint Benoit ne rouvrira pas à la rentrée prochaine. 4000 élèves ont pu se réconcilier avec l’école pendant ces cinquante années. Les 14 enseignants et les 3 salariés assurant l’entretien sont licenciés et reclassés par le diocèse. Le bâtiment, quant à lui est magnifique et devrait pouvoir trouver un repreneur sans trop de difficultés.

Fermeture ( document Nord Eclair 2020 )
document Xavier Lepoutre

Deux ans plus tard, en 2012, la ville de Roubaix achète le bâtiment de 630 m2 habitables et le terrain et, en 2017, la municipalité met en vente le château et une partie du terrain. Le 8 Juillet 2021, la société Ankama, spécialisée dans la création numérique et artistique, installée à Roubaix au 75 boulevard d’Armentières, propose de reprendre le prestigieux immeuble, pour fêter ses 20 ans d’existence et y installer des bureaux.

document Nord Eclair 2021

Malheureusement, la négociation avec Ankama n’aboutit pas et se termine en queue de poisson. En Novembre 2025, la presse locale annonce la vente aux enchères de l’ancienne école Saint Benoît. C’est un investisseur qui souhaite y aménager des appartements de luxe, et des constructions à l’arrière du parc pour rentabiliser l’investissement. Espérons que la négociation aboutisse enfin !

document Nord Eclair

Remerciements à Alain d’Orgeville ainsi qu’aux archives municipales

Marché des Noirtées Femmes

Entre la rue de France et la rue de Toulouse, une percée est ouverte dans le pâté de maisons. Cette placette devient le centre attractif de tout le quartier car chaque mercredi, c’est le marché du Fontenoy appelé le « marché des Noirtées Femmes » depuis des décennies qui s’y déroule. L’endroit, sur lequel se trouve le marché n’est pas bien grand mais suffisant pour les ménagères du quartier. En effet, on y trouve pas mal de choses : des fruits et légumes à des prix très compétitifs, mais également des produits d’hygiène, du parfum, des lames de rasoir etc. La question que tout le monde se pose, c’est : pourquoi le « marché des noirtées femmes » s’appelle ainsi ? Est-ce du à la malpropreté et au manque d’hygiène de certaines clientes ou bien à la couleur de leur peau foncée ?

Différentes versions s’opposent. Certains prétendent :

« Les habitantes du quartier ne vont pas au marché de la Grand Place, car trop éloigné. Elles se lèvent tôt pour préparer le café et les tartines de leurs maris, s’activent pour faire le ménage, s’occupent de leur famille nombreuse et reportent à plus tard le moment de se débarbouiller, ce qui leur donne un aspect très négligé ».

Ce n’est que pure calomnie, titre le journal, car sur ce marché, on n’est pas plus sale qu’ailleurs !

Journal de Roubaix Juillet 1941

Le marché existe toujours dans les années 1950 et porte encore le même nom. Il est très actif et se développe fortement même, puisque les commerçants s’implantent jusque dans la rue de Toulouse et garent leur véhicule sur la chaussée du Fort Frasez tout proche. Sur le marché des Noirtées Femmes, on trouve un peu de tout : des fruits, des légumes, des « wassingues », des fromages, des fleurs : « On peut être une noirtée femme et aimer les fleurs ! « 

Nord Eclair Aout 1957

Dans les années 1960, l’activité du marché des Noirtées Femmes se réduit, en raison sans doute de la concurrence des braderies et des grandes surfaces qui commencent à s’implanter sur la ville. Moins d’animation, mais quand même, de nombreuses ménagères du Fontenoy sont fidèles à ce marché qui s’appelle toujours le « marché des Noirtées Femmes ». Les vendeurs de vêtements, d’objets de toilette, d’entretien et de confiserie sont désormais aussi nombreux que les marchands de fruits et légumes. La place du Fontenoy est désormais pavée, et on y a installé un de ces édicules qui doit son nom à l’empereur Vespasien : une vespasienne. Le journaliste de Nord Eclair en 1961 se pose éternellement la même question : Pourquoi un tel nom à ce marché ? Les réponses sont toujours aussi diverses et aucune ne semble lui convenir. Il termine donc son article par : « Nous ne souhaitons pas envenimer le débat et déclencher une guerre de chignons pour un motif aussi futile, aussi, arrêtons cet essai étymologique, sans prétention aucune. »

Nord Eclair Juin 1961.

Un lecteur a t il une explication plausible, une réponse cohérente à notre question ?

Nord Eclair Juin 1961.

Remerciements aux archives municipales.

Docteur Gérard Lecocq

Jeudi 12 Avril 1979 à 14h30, le Docteur Gérard Lecocq arrive à son cabinet situé au 172 de la rue de Blanchemaille à Roubaix. Il se gare sur son parking tout proche, quand soudain trois coups de feu claquent. Gérard Lecocq s’effondre.

Le 172 rue de Blanchemalle de nos jours ( Photo BT )

Dix minutes plus tard, un homme entre au commissariat de la rue Saint Vincent et annonce : « J’ai tué mon médecin parce qu’il voulait me faire mourir ». Les policiers restent sceptiques mais quand ils découvrent l’arme utilisée dans sa 2 CV, ils se précipitent sur les lieux et arrivent en même temps que les pompiers alertés par un témoin. Gérard Lecocq est décédé. Deux balles dans le dos, et une dans la tête.

Document Nord Eclair

Le meurtrier, Eugène Seine, qui ne semble pas jouir de toutes ses facultés mentales était soigné depuis plusieurs années par le docteur Lecocq. Agé de 55 ans, c’est un ancien coiffeur de la rue de Blanchemaille, aujourd’hui sans emploi. Il habite maintenant rue Emile Zola.

L’assassin menotté sort de la voiture des policiers ( document Nord Eclair )

Gérard Lecocq est marié et père de famille. Il a 52 ans, et habite à Leers avec sa famille, Christine son épouse et leurs deux filles Véronique et Pascale. Il exerce son métier avec passion depuis plus de 25 ans.

Instantané de mémoire : Le Docteur Lecocq était notre médecin de famille depuis des années. C’est avec stupeur que nous apprenons son décès. Nous l’estimions beaucoup. C’était un excellent médecin. Dès qu’on l’appelait le matin, il passait dans la journée pour soigner les enfants et prescrire les médicaments nécessaires. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, très distingué, les tempes grisonnantes, une fine moustache, les verres de lunettes légèrement teintés. Il était toujours très élégant, en costume trois pièces, une cravate attachée par une pince, de véritables boutons de manchettes. Et surtout il était passionné de belles voitures, il en changeait pratiquement tous les ans, je me souviens : la dernière était une voiture de sport, une Datsun 240 Z, elle était superbe ! Nous sommes consternés par cette nouvelle.

Gérard Lecocq ( document Nord Eclair )

Le Docteur Gérard Lecocq était un praticien estimé, un généraliste chevronné et qualifié. Toute la profession est en émoi. Devant ces agressions et ces violences de plus en plus fréquentes, le corps médical s’inquiète. La relation médecin-malade toujours faite de confiance mutuelle, se dégrade. Le droit de guérir est exigé sans nuances par les malades, sinon le réflexe de l’auto-justice fonctionne alors !

( document Nord Eclair )

Tous les médecins de Roubaix informent leur clientèle par voie de presse, que leur cabinet médical sera fermé le jour des obsèques du Docteur Lecocq le vendredi 20 Avril. «  »C’est un jour de deuil pour tous les médecins. Nous serons tous unis autour de notre ami. Un service de garde sera assuré pour les urgences » ».

( document Nord Eclair )

Une foule immense est présente à la cérémonie à l’église Saint Martin : de nombreux patients du docteur, des habitants du quartier où il pratiquait, des confrères médecins roubaisiens, des adjoints au maire, conseillers municipaux, le directeur de la C.P.A.M, des membres des chambres syndicales des médecins et des infirmières.

Alors que, de nos jours, les informations communiquent régulièrement sur les nombreuses agressions que subissent les médecins de la part d’une infime part de leur patientèle, ce fait divers datant de près de 50 ans est là pour nous rappeler que ce phénomène existe malheureusement depuis bien longtemps.

Remerciements aux archives municipales.

Le fronton Blanchemaille

Rue de Blanchemaille à Roubaix, l’hôpital Napoléon a été construit et inauguré en 1867. Il deviendra par la suite, l’Hôtel Dieu puis l’hospice Blanchemaille.

Plus d’un siècle plus tard, en 1981, l’hospice Blanchemaille est rasé pour cause de salubrité et surtout parce qu’il se situe près de l’emplacement du percement de l’avenue des Nations Unies. Voir sur notre site, un article précédemment édité et intitulé : « Nations Unies, dernières démolitions, côté Nord ».

document collection privée

Sur la façade de l’hospice Blanchemaille, se trouve le fronton d’Isabeau de Roubaix, fille de Pierre de Roubaix. Une œuvre magnifique de 1867 du sculpteur Charles Iguel ( 1827-1897 ) qui a su rendre, par son œuvre, à Isabeau de Roubaix, une figure féminine douce et sereine.

Le fronton représente Isabeau de Roubaix, entourée de ses pauvres et des déshérités. Elle a fondé l’hôpital Sainte Elisabeth en posant la première pierre en 1488. Isabeau est représentée en train de donner aux malades la charte de l’hôpital.

document Nord Eclair

Le fronton est l’un des éléments les plus caractéristiques et les plus artistiques de cette façade. En 1981, on étudie donc la possibilité de sauver cette partie du bâtiment de la démolition. Cet élément pourrait ainsi être descellé et installé ailleurs, comme par exemple, posé sur un porche aménagé sur le mail planté de l’église Notre Dame. Une étude financière et technique est lancée.

La démolition de l’hospice Blanchemaille ( document Nord Eclair )

Une association regroupant notables, industriels et entreprises roubaisiennes est créée pour qu’Isabeau puisse être sauvée, avant que l’oeuvre ne termine à la décharge. L’association présidée par Francine Mulliez réunit la coquette somme de 225.000 F pour sauvegarder ce patrimoine roubaisien. Le fronton Blanchemaille est sauvé !

Le triangle de pierre de plusieurs tonnes est démonté, gardé dans un local municipal en attendant de trouver l’endroit idéal. Pendant plusieurs mois, il est stocké dans une sombre pièce municipale, pendant que Didier Schulmann conservateur du musée de Roubaix essaie de le replacer dans la commune, mais en vain.

Les jardins des nouveaux bâtiments de la CAF (Caisse d’Allocations Familiales), qui remplacent les anciens locaux du 7 de la Grande rue, construits boulevard Gambetta à l’ancien emplacement de la caserne des pompiers, lui offrent une occasion rêvée.

document Nord Eclair

Les services municipaux commencent alors l’entretien du fronton. Il est nettoyé, rafraîchi et remonté. On crée une toiture en zinc qui est posée sur toute la partie supérieure du triangle, de façon à le protéger des intempéries.

Un haut relief est prévu récapitulant les 41 souscripteurs qui ont financé les travaux.

document archives municipales
document archives municipales

Le fronton trône désormais sur une poutre en béton posée sur 4 piliers habillés en pierre bleue de Soignies, plantés sur un coin de pelouse de ce terrain qui appartient à la C.A.F.

L’inauguration du fronton a lieu le 23 Septembre 1987 à 15h, sur place, dans

les jardins de la nouvelle caisse boulevard Gambetta, en présence d’ André Diligent sénateur-maire, de Francine Mulliez présidente du comité de souscription et de Louis Vancapernolle président de la C.A.F. de Roubaix.

documents Nord Eclair

André Diligent sénateur maire prend la parole. Il fait appel au mécénat et à la fibre roubaisienne pour sauver le patrimoine culturel de la ville.

Francine Mulliez remercie les donateurs et enlève le voile du fronton en présence d’une nombreuse assistance.

Pierre Boisard, président national de la CAF coupe le cordon d’inauguration.

Le fronton veille désormais à travers les vitres fumées de la CAF sur les guichets informatisés.

Les bureaux de la Caisse sont d’ailleurs fermés ce jour pour cet événement. Un chahut est organisé par une cinquantaine de cégétistes qui décident d’ajouter leur gain de sel à la cérémonie et viennent troubler le moment.

Les 27 maires des communes desservies en prestations familiales de la CAF de Roubaix sont également présents. Les 27 municipalités représentent 83.000 allocataires.

Il y a à Roubaix, des gens capables de générosité pour sauver le patrimoine de la ville, une générosité qui permet de sauver ce fronton et de lui offrir au sein de la cité textile, la destinée pour laquelle il a été sculpté.

Cependant, il est dommage de constater que malheureusement aujourd’hui, le monument est en piteux état car il n’est plus du tout entretenu depuis quelques années . . .

Photos BT 2023

Remerciements aux archives municipales.

La boucherie Blootacker

Gaston Blootacker naît à Ypres en 1903. Il devient apprenti boucher-charcutier et apprend le métier dans différents commerces en Belgique et, en France, chez J. Rubben au 135 rue Daubenton à Roubaix. Il se marie en 1927, avec Yvonne, née Storme qui est couturière dans un atelier du boulevard de Paris. Gaston est ambitieux et bien décidé à ouvrir son propre commerce. L’occasion se présente en 1935, lorsque la boucherie située au 178 de la rue de l’Alma se libère, suite au décès de l’ancien gérant : F. Duquesnoy. Gaston Blootacker signe alors un bail avec Mme Vve Duquesnoy et peut enfin ouvrir son commerce.

rue de l’Alma ( document collection privée )

C’est une petite échoppe dans un quartier populaire. La façade se compose d’une porte d’entrée centrale et deux petites vitrines latérales. A l’intérieur, la boucherie se trouve sur le côté droit. Derrière le billot (plan de travail en bois) et le bloc de marbre, se trouve la chambre froide réfrigérée par des blocs de glace achetés à la « Glacière de Croix ». Quelques années plus tard, la chambre froide sera électrifiée : le technicien « Frigidaire » posera deux moteurs à l’emplacement des blocs de glace.

A gauche c’est le côté charcuterie, les jambons, saucisses et pâtés sont présentés sur des plaques de marbre, on y trouve également la trancheuse à jambon. Plusieurs machines de production sont dans l’atelier de fabrication : les cuves pour cuisson, le hachoir à courroie, le poussoir pour saucisses, et le four électrique. Le fumoir est alimenté par de la sciure de bois provenant de Mr Plouvier ébéniste rue de France. La cuisine se situe à gauche du magasin et les chambres sont à l’étage.

Plan du magasin ( document J. Lepers )

Grâce au savoir faire de Gaston, les affaires démarrent correctement. C’est un quartier d’ouvriers qui logent dans de petites maisons situées dans les courées Thomas-Leclercq, Delporte-Rousseau, Saint-Emile et le fort Frasez situé juste en face.

Dans les années 1930, les gens vivent modestement et Yvonne doit bien souvent accorder des délais de paiement à ses clients. C’est la condition impérative pour que les habitants puissent consommer de la viande et pour que les commerçants puissent faire fonctionner leur commerce. Gaston est d’origine belge, et c’est pour cette raison qu’il indique sur sa vitrine extérieure HIER SPREECKT MEN VLAAMSCH ce qui veut dire : Ici, on parle Flamand.

A la fin des années 1940, Gaston et Yvonne achétent la maison voisine au 176, car le manque de place est évident. Ils ont 5 enfants ; Nicole, Chantal, Joëlle, Jean-Claude et Annie. Gaston achète également un garage dans la rue Archimède pour pouvoir garer sa Renault Celta 4 de couleur bleue et bleu ciel.

Gaston au volant de sa Celta 4 ( document J. Lepers )

Comme toutes les grandes artères de la ville, la rue de l’Alma est célèbre pour sa braderie annuelle, le dernier lundi de Juillet. Cette manifestation est très importante car elle permet, d’une part pour les « bradeux » de passer une journée en plein été et de profiter de prix promotionnels, et d’autre part pour les commerçants de pouvoir faire de bonnes affaires. La famille Blootacker attend toujours ce grand évènement avec impatience. Tous les membres de la famille sont bien sûr présents.

Cette année là, sur la photo ci-dessous, une tombola est proposée à tous les acheteurs, pour gagner, par un tirage au sort le lundi soir à 20h30, une superbe tête de veau. Et à droite Gaston a posé un panneau où il est indiqué : « T’chi qui n’a nin, sin p’tit bout de saucisson à 20 sous ».

Braderie de la rue de l’Alma ( document J. Lepers )

Gaston et Yvonne ne comptent pas leurs heures. La boucherie ouvre à 6h et ferme vers 21h30 car ils attendent les ouvrières du textile qui font leurs achats au retour du travail. Le commerce ouvre 6,5 jours sur 7 et de plus, bien souvent, le dimanche après midi est consacré au nettoyage du magasin. Les sorties et loisirs sont donc rares !

Deux des enfants, Joëlle et Annie aident les parents à la gestion du commerce, le soir après leur travail ou le weekend. Leurs tâches sont assez variées : vendre les produits à la clientèle, préparer la charcuterie à l’atelier, livrer à domicile, ou accompagner les parents à l’abattoir pour les achats. Gaston se fait aider également par des garçons bouchers et des apprentis.

Gaston et Yvonne Blootacker ( document J. Lepers )

Gaston décède en 1970 à l’âge de 67 ans. Son épouse Yvonne continue seule l’activité jusqu’en 1976 où elle sera expulsée par son propriétaire . En effet, la famille Duquesnoy qui possède une grande partie de la rue et des courées voisines a décidé de céder l’ensemble de ses biens à La Redoute qui souhaite construire et agrandir. Le projet de développement de cette entreprise n’aboutit cependant pas, car peu de temps après, le quartier se transforme et devient, au début des années 1980, le quartier Alma-Gare Fontenoy, que nous connaissons encore aujourd’hui.

Les façades actuelles de la rangée de maisons ( photo BT )

Remerciements à Joëlle Lepers-Blootacker

Claude Le Comte ( suite )

En Août 1990, le même immeuble est ravagé par un spectaculaire incendie dont le panache de fumée est visible à plusieurs kilomètres à la ronde. L’épaisse fumée laisse ensuite place à un important brasier et les engins de secours arrivent rapidement sur les lieux des casernes de Roubaix, Marcq-en-Baroeul et Lille Bouvines avec 35 pompiers qui mettent en batterie 10 grosses lances et 8 petites.

document Nord-Eclair

Le sinistre trouve un élément de choix dans le matériel électrique et électroménager mais aussi les fauteuils, salons et tissus d’ameublement, ainsi que les cartons vides de matériel déposés à l’entrée.

Les murs extérieurs ont tenu le coup et sont toujours debout mais l’intérieur est réduit à néant.Les piliers en pierre bleue sont fissurés, les poteaux de fonte ont fondu et l’ensemble de la galerie et des réserves à l’arrière a été anéantie. En témoignent notamment la photo des auto-tamponneuses, anciennement utilisées par le parc d’attraction de Hem, avant d’être entreposées à Roubaix, une fois cette attraction supprimée.

L’incendie ( documents Nord-Eclair )
( documents Nord-Eclair )

Fort heureusement l’incendie ne fait pas de victime, hormis un pompier légèrement intoxiqué par la fumée. La majorité des 150 salariés étant employés sur des chantiers à l’extérieur peuvent continuer le travail. Quant aux salariés du site, les dispositions sont prises pour les dispatcher sur le Centre Equestre de Hem afin de leur éviter le chômage technique.

Le bilan matériel se monte à plusieurs millions de francs de dégâts et 2000 mètres carrés détruits. Pourtant le feu se limite à l’entreprise même si des flammèches projetées ont touché une habitation désaffectée située de l’autre côté de la rue. Quelques dégâts ont aussi été constatés sur un immeuble contigu et sur celui de la CPAM qui a été privé d’électricité. Les services EDF sont intervenus rapidement pour la rétablir notamment pour permettre aux 200 salariés de la sécurité sociale de reprendre le travail.

L’escalier intérieur de marbre noirci par la fumée ( Document Nord-Eclair )

Après le sinistre Claude Le Comte parvient à continuer son activité dans les bureaux situés au rez-de-chaussée à l’avant du bâtiment et dans le sous-sol après avoir installé une toiture provisoire en tôle sur l’immeuble afin de le protéger des intempéries. Il s’agit tout au plus d’une remise en état partielle, l’arrière n’ayant jamais été refait comme en témoignent les arbres ayant pris possession du terrain sur les photos de 2021.

Photos façade et aérienne ( Documents Photo BT et Google Maps )

Pendant ce temps, dans les années 1990, au n°30-32 rue du Grand Chemin, les Ets Mom vendent des meubles pour enfants, des articles de puériculture (Bébé Confort) et des jouets (Playmobil, Smoby, Fisher Price, Lego, Berchet, Clairbois, Disney…) Ce commerce, étendu par la suite aux n°34-36, fonctionne jusqu’au décès de Claude en Novembre 2004, à l’âge de 71 ans, lequel entraîne la cessation de l’entreprise.

Publicités années 1990 ( Documents collection privée )
Façade Ets Mom années 1990 et 2008 ( Documents Archives Municipales )

Quant aux Ets Le Comte au n°25, l’entreprise d’électricité est cédée avec les 35 salariés restants, dont certains avec une ancienneté de plus de 30 ans, à une entreprise située dans un autre département. Les repreneurs déménagent le siège rue des Arts à Roubaix où l’activité continue jusqu’en 2021, année de sa cessation.

Façade Ets Lecomte en 2004 après le décès de Claude ( Document Pascal Le Comte )

En 2005, c’est la veuve de Claude, Yvonne Le Comte, née De Vriendt, qui s’inscrit en qualité d’entrepreneur individuel, pour une activité de location de terrains et autres biens immobiliers, au 57 rue de l’Alma qui abrite ensuite plusieurs entreprises différentes (Expert Fenêtres et Meilleur taux. Com). Au 59 plusieurs salons de coiffure se succèdent dont le dernier D&B coiffure à partir de 2021.

Les 57-59 rue de l’Alma en 2021 ( Documents Google Maps )

En 2008, un permis de construire est demandé par la SEM Ville Renouvelée, pour le 25 rue du Grand Chemin, en vue d’une réhabilitation d’immeuble existant plus construction neuve pour un total de 17 logements. Pourtant à ce jour en 2022, aucune suite n’a été donnée au projet et l’immeuble est toujours dans un état déplorable et ne cesse de se détériorer.

Les photos de l’immeuble en l’état en 2009 ( Documents archives municipales )
Projet de 2009 ( Document archives municipales ) photo de la façade en 2022 ( Document photo BT )

En 2005, la société Mom est radiée du registre du commerce et des sociétés. En 2010, un permis de construire est demandé pour le 30-32 par la SEM Ville Renouvelée pour rénovation des 2 bâtiments avec des locaux à usage commercial au rez-de-chaussée et des appartements sur les 2 étages. En 2012, les immeubles sont en travaux ainsi que ceux du 34-36. A ce jour les 4 immeubles présentent une façade rénovée.

Les immeubles 30, 32 34, 36 en 2022 ( Document photo BT )

Pendant plus de 50 ans Claude Le Comte a donc développé ce qui n’était au départ qu’un petit artisanat dans l’électricité tout en diversifiant ses activités et en se constituant un patrimoine immobilier important. A ce jour, 18 ans après son décès, le centre de loisirs Le Comte à Hem continue à fonctionner sous la direction de son fils Pascal et de sa petite-fille Amandine.

Remerciements à Pascal Le Comte, ainsi qu’aux archives municipales.

Spittael

Georges Spittael est passionné par les métaux : il travaille l’acier, la tôle émaillée. Il décide de fabriquer des cuisinières. Après la première guerre mondiale, il s’installe artisan et fabrique des cuisinières à charbon au 206 boulevard Gambetta à Tourcoing. C’est un quartier assez chic et cossu. Les résidents sont des entrepreneurs et cadres de l’industrie textile. Son affaire fonctionne très bien. Il est artisan et travaille seul. Son épouse l’aide à la livraison des cuisinières sur « s’carette à quiens » ( charrette à chiens ) au début des années 1920.

document Ravet Anceau Tourcoing 1928

Georges a un fils, Gérard, né en 1921. Il le forme à la production artisanale des fourneaux. A l’âge adulte, Gérard décide de s’installer également à son compte. Il trouve un local dans le quartier du Blanc-Seau pour créer son atelier, et une maison pour se loger, au 134 bis de la Grand-rue à Roubaix ( à l’angle de la rue Pierre de Roubaix ). Il a pour voisins, au 136 le coiffeur V. Potteuw et au 138 la maison de pianos Screpel-Pollet bien connue.

Gérard se marie avec Gabrielle née Vienne, qui l’aide à l’atelier et qui livre les cuisinières sur la baladeuse qui a remplacé l’ancienne charette.

document Ravet Anceau Roubaix 1947

Après la seconde guerre mondiale, les affaires reprennent. La famille Lecat-Willot propriétaire de Screpel-Pollet, au 138 de la Grand’rue, souhaite agrandir l’entreprise. La famille Lecat propose alors à Gérard Spittael de lui reprendre son habitation en 1949, afin que le magasin de la Grand’rue puisse s’étaler jusqu’à leur atelier de réparation de pianos, rue Pierre de Roubaix.

L’affaire est conclue. Gérard trouve un nouveau local au 70-72 rue de la Fosse aux Chênes. C’était autrefois l’entreprise Achille Sénécaut, imprimeur, fabricant de chromos et d’images publicitaires.

plan cadastral ( document archives municipales )

Le bâtiment est très grand : 500 m2 de surface au sol ce qui permet de développer de façon importante la production de cuisinières mixtes : gaz et charbon, à feu continu, en tôle émaillée. Gérard et Gabrielle s’installent à l’étage, avec toute la petite famille, puisqu’ils ont 5 enfants ( Gérard fils, Françoise, Michel, Jacky et Christine )

document collection privée

Au début des années 1950, Gérard Spittael ouvre un dépôt à Hénin-Liétard ( aujourd’hui Hénin-Beaumont ) et propose à son demi-frère de gérer ce dépôt et commencer la vente. Il ouvre également un magasin à Tourcoing au 61 rue Saint Jacques.

document 1955 ( archives municipales )

En 1955, Gérard demande un permis de construire pour refaire la façade du 70 de la rue de la Fosse aux Chênes, remplacer la porte en bois par une porte vitrée et changer les fenêtres de l’habitation à l’étage.

Au milieu des années 1960, Georges décide de développer son affaire. En complément de sa fabrication de cuisinières, il propose une gamme de réfrigérateurs de marque Frigidaire, Frigéco et Arthur Martin ainsi que des téléviseurs Clarville, car son fils aîné, Gérard a reçu une formation pour dépanner les téléviseurs.

Publicités fin des années 1960 ( documents Nord Eclair )

Par ailleurs, Gérard investit dans un superbe fourgon Citroën. C’est une ancienne ambulance qu’il aménage en camion publicitaire pour assurer les livraisons.

En 1969, le gaz de Hollande arrive prochainement. Les roubaisiens sont peut-être obligés de remplacer leur cuisinière à gaz, pour des raisons techniques. C’est l’opportunité pour Gérard de communiquer par la presse locale sur le choix immense de marques de gazinières qu’il propose au magasin : Arthur-Martin, Rosières, De Dietrich, Scholtes, Faure, Franco-belge etc

Publicité 1969 gaz de Hollande ( document collection privée )
De Dietrich ( document collection privée )

A la fin des années 1960, Gérard Spittael loue un entrepôt rue de la Fosse aux Chênes, juste en face du magasin, pour y stocker ses produits, et un dépôt pour atelier et dépendance au N° 1 rue du Nouveau Monde. En 1972, Gérard a l’opportunité de reprendre le 112 et 114 rue Saint Antoine, qui appartenaient auparavant aux Ets Alfred Fauvarque ( papiers et cartons ). Cette nouvelle acquisition est particulièrement intéressante car elle communique avec le bâtiment de la rue de la Fosse-aux-Chênes. Le 112 devient un parking pour la clientèle et au 114, Gérard décide de créer un superbe magasin de meubles de 679 m2. Au total Gérard possède ainsi plus de 1200 m2 de terrain.

plan cadastral ( archives municipales )
plan cadastral

De nombreux fauteuils, fauteuils relax et salons sont proposés à la clientèle, et en particulier de marque Himolla. Plus de 100 salons de tout style, sont ainsi exposés : rustique, moderne, contemporain. Le magasin accorde des larges facilités de paiement. Pour contrer la concurrence des points de vente belges, Gérard ouvre son magasin lors de nombreux dimanches. Les enfants de Gérard Spittael aident à la tenue du commerce : Gérard fils à l’atelier pour la partie technique, Françoise à la comptabilité, Michel et Jacky pour la vente de salons et fauteuils, ainsi que le service de livraisons.

publicités ( documents Nord Eclair )

Lorsque l’énergie électrique prend de l’ampleur sur le marché du chauffage en 1974, Gérard s’adapte à l’évolution, et profite de l’ouverture d’un magasin à Roubaix 2000, pour communiquer. Spittael devient vendeur agréé EDF.

1974 ( document Nord Eclair )

En 1980, Gérard Spittael ouvre un magasin ( de salons et fauteuils ) à Lesquin, route de l’aéroport, impasse Leclerc.

1980 ( document Nord Eclair )

Gérard Spittael et son épouse sont régulièrement présents lors de « salons du confort ménager » pour présenter leurs gammes de fauteuils et salons.

publicités 1990 ( documents Nord Eclair )

A la fin des années 1990, suite à quelques difficultés financières, Gérard décide de jeter l’éponge, de vendre l’ensemble de ses bâtiments et de prendre une retraite bien méritée. Il décède en 1998.

Depuis la production artisanale des cuisinières dans les années 1910, trois générations Spittael se sont succédé à la tête de l’entreprise. Le bâtiment qui abritait la société au 70 72 rue de la Fosse aux Chênes a ensuite perdue sa vocation commerciale

La façade du 70 de la rue de la Fosse aux Chênes en 2008 ( photo BT )

Remerciements à Gérard, Christine et Steve Spittael, ainsi qu’aux archives municipales.

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Le grand prix cycliste de l’Alma

Le vainqueur du Grand Prix 1961 Photo NE

Roubaix est une ville de sports et particulièrement de cyclisme. Le vélodrome, Paris Roubaix, bien sûr, mais aussi des courses de quartier, comme celle-ci, organisée par le Nord Touriste, le grand prix cycliste de l’Aalma 1961. Il se déroule un dimanche après-midi de juillet et le départ est donné par M. Dupriez, secrétaire général du Nord Touriste. Soixante quatre concurrents sont regroupés au coin de la rue de l’Alma et la rue de Tourcoing. Ils vont traverser par sept fois une partie de la ville, par la rue de l’Alma, la place de la gare, les rues de l’alouette, de l’épeule, les boulevards Montesquieu, de Cambrai, de Douai, Lacordaire, de Lyon, de Reims, de Mulhouse, la rue Molière, les boulevards Beaurepaire, de Colmar, de Strasbourg, la rue de la Vigne, les rues des Sept Ponts, de Tourcoing et de l’Alma, soit 80 kilomètres de course. L’arrivée est jugée entre les rues du Fontenoy et d’Arcole.

Le vainqueur de l’édition 1961 est André Flouquet de l’Étoile Cycliste de La Marlière qui devance son co-équipier Bourgeois et le cominois Druant.

Posent sur la photo le vainqueur, André Flouquet, MM Plateau, président de l’Union Commerciale et le sympathique Lydol, animateur fantaisiste qui commenta la course.

La rue de l’Alma en 1961

C’est une longue rue très commerçante et animée qui a perdu ses tissages d’autrefois mais le textile reste bien présent avec plus d’une vingtaine d’enseignes et d’entreprises parmi lesquelles des bonneteries, marchands de tissus, tailleurs, marchands de rideaux, de broderies, et autres négociants. Parmi les fabriques, il reste au début de la rue, non loin de son intersection avec la rue du Grand Chemin, la SARL Truffaut et Bony fabrique de coutils au n°8, et à l’autre bout, à deux pas de la rue de Tourcoing, la société textile de l’alma retorderie de rayonne, aux n°229-231.

L’habitat est ancien comme l’indique la présence de courées : côté impairs, le Fort Wattel au 123 le Fort Frasez 139-147, la cour du petit barbier 151-153. Côté pairs la cour Thomas Leclercq au 180, la cour Lefebvre au 204, la cour Carpentier au 218, la cour Decock au 224 bis, la cour Tesse au 238 bis, la cour Lefebvre Lecaillon au 252 et la cour Masson au 278. Près d’une vingtaine de cafés tout au long de son parcours et, proximité de la gare oblige, trois hôtels : hôtel de la poste 53-55, hôtel du commerce 119 hôtel de bruxelles 52.

Tout cela fait de la rue de l’Alma une voie populeuse avec une diversité importante de commerces : côté impairs les cycles Terrot chez Theerlynck 13-15 ; le lavoir blanchisserie automatique du 39, au 65bis Jansoone machines à couper les tissus, Niedergang et fils cycles 69, une pharmacie au 79, les meubles Collet 83, aux 89-91 le cinéma Royal, au105 le bar Royal, l’herboristerie du Fontenoy Dherbomez au 133, le poissonnier du 137, et les meubles Roussel au 239.

Présents de longue date, les Ets Jansoone et le charcutier Tonneau doc BNRx

Côté pairs, Plateau Jusy maroquinier 70-72, Carlier Vogliazzo Produits d’italie au 110, les magasins La Redoute réalisés à la fin des années cinquante aux n°112 à 124 , les chaussures Termeulen 138-140, un poissonnier au 144, les volailles Tonneau du 148, l’horloger Jouvenel aux 154-156, Elle et lui confections aux 162-164, la maison du rideau au 190.

Les « nouveaux » magasins de la Redoute doc BNRx

On dénombre six épiciers, quatre bouchers, trois boulangers, deux pâtissiers, deux poissonniers, trois coiffeurs pour hommes et deux pour dames. La traditionnelle braderie dite du Fontenoy se déroule rue de l’Alma en juillet : de nombreux étals de marchands, riverains et forains sont installés tout au long de la rue de l’Alma, et une foule énorme se presse à cet événement organisé par l’Union des commerçants du quartier. L’après-midi, les bradeux partis, la rue retrouve son aspect habituel mais la manifestation n’est pas terminée pour autant, dans les nombreux cafés, des jeux continuent et le grand prix cycliste vient compléter l’animation.

La braderie de 1961, que de monde ! Photo NE

En 1961, la rue de l’Alma n’est pas encore concernée par les grandes transformations d’urbanisme. C’est une rue commerçante comme peuvent l’être la Grand Rue, la rue de l’épeule, la rue de Lannoy, qui ont fait la réputation de Roubaix, ville de commerce.