Les roubaisiens connaissent le grand immeuble qui surplombe Mac Arthur Glen : c’est l’Os à moelle, surnom du à sa forme, encore appelé le H13, de sa dénomination technique liée à ses treize étages, et également connu sous le nom de Résidence des Tuileries, appellation liée à son implantation sur l’ancienne rue qui portait ce nom. Cette gigantesque barre a été construite à partir de 1966, par l’architecte Guillaume Gillet. Elle cumulait de grandes innovations pour l’époque : plus de trois cents appartements, des ascenseurs, l’eau chaude, les équipements électriques.
L’os à moelle en 1988 Photo NE
Vingt ans plus tard, alors que la résidence universitaire de la rue des Halles est en construction, on sait déjà qu’elle ne suffira pas pour accueillir les 1700 étudiants de LEA. La ville de Roubaix et le CIL élaborent alors le projet de transformer une entrée complète de l’Os à moelle en résidence universitaire. C’est donc 112 chambres et 25 studios avec des cuisines communes qui seront proposés aux étudiants pour la rentrée d’octobre 1988.
Maquette du projet de résidence Photo NE
C’est en novembre 1988 que le maire André Diligent inaugure la nouvelle résidence universitaire des Tuileries, en présence de M. Pierre Sander, président du CIL. Les appartements ont été tapissés, peints et meublés en cinq mois, et les 130 chambres sont déjà toutes occupées, une liste d’attente a même été mise en place.
Inauguration de la résidence en novembre 1988 Photo NE
Cette résidence est idéalement située : à proximité de l’IUT, à deux pas du centre et immédiatement à côté du restaurant universitaire, qui se trouve dans le centre commercial Roubaix 2000. Si la configuration des lieux a changé depuis, le H13 s’élève toujours au même endroit, et la résidence des Tuileries au 23 de la rue Winston Churchill, désormais gérée par Vilogia, propose toujours aux étudiants des appartements meublés d’une surface de 32 m².
Il y a quarante ans débutait le chantier d’un bâtiment abritant une institution bien connue des roubaisiens, l’hôtel des impôts de la rue Charles Fourier. L’idée était dans l’air depuis quelques temps et on avait imaginé de construire sur l’ancien emplacement du Lido, place des Halles, un nouvel hôtel des postes et un nouvel hôtel des impôts. Mais ce fut une médiathèque qui côtoya bientôt les murs des nouveaux locaux de l’administration postale. Il est vrai que le centre des Impôts et du Trésor public avait pris lieu et place de l’ancienne bibliothèque située n°22 grand place. Mais les services fiscaux réclamaient des locaux plus adaptés.
La situation en 1962 : en 1 l’usine Boulangé, en 2 le centre médico-social, en 3 le terrain du futur hôtel, en 4 l’immeuble Ternynck, dit la Banane Photo IGN
Une nouvelle opportunité se présente pour les services de l’Etat, avec la vente par la ville d’un terrain, qui se situait derrière ce qu’on appelait encore à l’époque le centre médico social du boulevard de Fourmies, aujourd’hui la mairie de quartier est. Sur ce terrain important se trouvaient autrefois des jardins ouvriers.
L’emplacement derrière le centre médico-social Photo NE
On prévoit d’y bâtir un immeuble à quatre niveaux, qui accueillerait les 180 fonctionnaires dont la fonction est de desservir les localités du canton de Lannoy. Le chantier débute à l’été 1974. Et l’ouverture est annoncée pour février 1975. L’article de journal indique que les autobus des lignes 15 et 26 desservent régulièrement ce quartier.
Le chantier début 1975 Photo NE
Cet hôtel des impôts accueille les contributions directes et indirectes, l’enregistrement et les recettes, et la totalité des services fiscaux roubaisiens. Ce regroupement de services évitera aux roubaisiens les aller et retours entre le n°8 de la rue du Curoir, où se trouvait le service des contributions directes et le n°27 rue du vieil abreuvoir où se trouvait le service de vérification générale des impôts et la recette municipale. Mais désormais et comme toujours, ils n’auront garde d’oublier l’échéance du dépôt de la déclaration, et celle du paiement du tiers.
En octobre 1980, dans le quartier des Trois ponts, on pose la première pierre d’un foyer logement pour personnes âgées dont l’ouverture est annoncée pour la fin de l’année 1981. Le maire, Pierre Prouvost, procède à l’opération, entouré de M. Naeye, directeur départemental des HLM et de M. Patrick Kanner, alors directeur du centre d’action sociale.
La première pierre en 1980 Photo NE
C’est le septième foyer logement pour personnes âgées de la ville de Roubaix et il se situe à l’angle de la rue d’Anzin et de la rue Brame. Œuvre de l’architecte Gilles Neveux, c’est un immeuble en L à cinq niveaux. Au rez-de-chaussée se trouvent l’accueil, les salles de télévision, le fumoir, la salle à manger, la cuisine et divers locaux communs. Quatre-vingts logements sont répartis dans les quatre étages, et chacun d’eux dispose d’un balcon. M. Neveux donne toutes les explications nécessaires lors du vin d’honneur qui est servi dans les locaux du centre social des Trois Ponts. M. Naeye, pour l’office départemental des HLM, explique la longue gestation du projet : plus de deux ans pour qu’il aboutisse ! Le nouveau foyer coûtera 1,66 milliards de centimes (de l’époque, l’euro n’existe pas encore). Le Conseil Général s’associe au projet de financement.
A cette époque, la ville compte 15.000 personnes de plus de 65 ans. Pierre Prouvost rappelle les efforts importants faits dans le domaine du maintien à domicile, de l’extension de la politique des foyers logements, du logement individuel et évoque des projets de réhabilitation d’un habitat destiné au troisième âge. Animation et restauration accompagnent ces efforts. Le foyer de la rue d’Anzin pourra accueillir 1.300 repas par jour. La subvention municipale au CAS est d’un milliard de centimes.
L’inauguration en 1982 Photo NE
Le samedi 18 septembre 1982, la résidence des Trois Ponts est officiellement inaugurée, et on vante la qualité de ses équipements : jardin d’hiver, salle de jeux, restaurant de cent convives, isolation thermique et acoustique des appartements, alarme de détresse dans chaque. Un conseil de gestion réunit les résidents, le club du 3eme âge, le personnel de la résidence, le centre d’action sociale, le centre social du quartier ? On raconte qu’André Diligent vint régulièrement y manger le lundi midi.
Le foyer vu de l’avenue Brame Photo Coll Privée
Vingt ans plus tard, la population roubaisienne s’est-elle rajeunie, toujours est-il que le foyer-logement ne fait plus le plein de résidents. Les dernières personnes âgées (CCAS) quittent peu à peu l’établissement. On tente de le reconvertir : une association douaisienne de personnes handicapées occupe les lieux jusqu’en 2008, le temps d’une opération tiroir. Plusieurs projets de « recyclage » du bâtiment sont étudiés, mais l’immeuble ayant été conçu pour les personnes âgées est peu facilement transformable, et cela entraînerait des coûts trop élevés.
Le foyer vu de la rue d’Anzin Photo Coll Privée
En novembre 2012, un marché de travaux est lancé portant sur des travaux de désamiantage, déconstruction et de démolition du Foyer de la rue d’Anzin, dont se chargera une entreprise d’Haubourdin. Sa démolition s’est terminée en octobre 2013.
Merci à Gérard et Jacky pour les informations complémentaires
En Janvier 1964, le CIL, la société roubaisienne d’habitations ouvrières et la caisse fraternelle de capitalisation confient à l’architecte Robert Puchaux la conception d’un nouveau groupe d’habitations, qui se situeront dans le dernier espace libre de la plaine des hauts champs, entre la rue Joseph Dubar et la rue Degas. Oubliées les grandes barres collectives, les quatorze bâtiments abriteront chacun quatorze logements, soit en tout 224 appartements de types différents : 112 type 2, 56 type 3, 56 type 4. Le nouveau groupe sera doté d’un centre commercial qu’on bâtira en son milieu. La cité du chemin vert se dressera entièrement sur le territoire roubaisien.
Le chantier en janvier 1965 Photo Nord Eclair
Un an et demi plus tard, le samedi 22 mai 1965, on procède à l’inauguration du groupe du chemin vert, réalisé par la société anonyme roubaisienne d’habitations ouvrières pour le compte du CIL, entre les rues Degas, Dubar, Michelet, et Pranard. Les immeubles sont présentés comme des points de ponctuation, d’où leur appellation de ponctuels, sur une surface de 40.500 m². Ils sont équipés du chauffage central. Il est possible de visiter le logement témoin tous les jours du 22 au 30 mai.
Au moment de l’inauguration Photo Nord Éclair
Le nouveau groupe reçoit les éloges de la presse : architecture sobre et moderne, tourelles qui ne manquent ni d’élégance, ni d’originalité. Le logement témoin a été aménagé par Mme Robert Delannoy, épouse du Président du CIL. Le maire de Roubaix, Victor Provo inaugure le nouveau groupe en présence de M. Bourgin secrétaire général de la préfecture, et Robert Delannoy le Président du CIL de Roubaix Tourcoing. Celui-ci présente le groupe du chemin vert comme une transition entre la cité des Hauts Champs et les logements futurs du groupe Longchamp. Il annonce un vaste programme d’équipements : le petit centre urbain de l’avenir comprendra des sections commerciales, administrative, une gare d’autobus, une place du marché. Il y avait donc confusion : le centre commercial sera pour Longchamp, non pour le chemin vert. Sont également prévus deux groupes scolaires, des cabinets médicaux, un centre socio culturel, un foyer de jeunes travailleurs, une maison des jeunes, un grand terrain de sports volley, basket, athlétisme, une piscine, une patinoire…
Le logement témoin Photo Nord Éclair
En contre point, Victor Provo souligne les besoins énormes de la ville de Roubaix, et il éprouve quelque amertume devant les chiffres : seulement 16.000 logements pour 400.000 personnes ! Il signale les lenteurs pour les opérations en cours : on a démoli 2500 logements sur le quartier Anseele et on a construit seulement 900 appartements, quatre ans après ! Il faut continuer la rénovation des quartiers, c’est pour lui une priorité. Il rend toutefois hommage à la belle réalisation de ce groupe du chemin vert, dont la mise en location interviendra au cours du second semestre de l’année 1965.
Le temps des dépôts d’ébouage étant dépassé, la décision de construire un incinérateur est prise au milieu des années trente. Le Cul de Four fut choisi, en raison de sa proximité du canal pour le transport, et de son environnement relativement campagnard. En effet, la Mousserie toute proche était encore une plaine agricole.
L’usine d’incinération se construit sur les bassins de l’ancienne école de natation. On peut apercevoir à droite la brasserie Meyerbeer. Photo Archives Municipales de Roubaix.
Le vieil établissement de l’école de natation, créé en 1880 laisse bientôt la place à un nouvel équipement.Nous sommes en 1936 et l’usine d’incinération des ordures ménagères de Roubaix s’installe rue Meyerbeer. Après une courte période d’essai, elle fonctionne à plein rendement en novembre 1937.
Les fours de l’usine d’incinération Photo Journal de Roubaix
35.000 tonnes d’ordures ménagères sont traitées annuellement, et bientôt on atteindra les 50.000 tonnes. L’usine produit de la vapeur et des kilowatts, et du mâchefer pour les travaux de voirie. Mais elle produit aussi beaucoup de cendres et de là viendra son cauchemar. Les ordures sont brûlées dans une batterie de cinq fours, alimentés par les seuls déchets. Tout y brûle sauf ce qui est métallique. Les habitants du Cul de Four se souviennent de la perpétuelle fumée de la grande cheminée haute de 75 mètres, car le service ne s’arrête jamais.
L’usine en 1939 Photo Archives Municipales de Roubaix
En 1972, la compagnie générale de chauffe exploite cette usine avec un effectif de 28 personnes, et le directeur est alors M. Louis Coquant. Les cendres deviennent vite un problème. Mille kilos d’ordures donnent 300 à 400 kilos de cendres. On les vendait autrefois, pour les entrepreneurs de travaux publics. Les derniers temps, elles étaient données gratuitement. Puis il faut payer l’entrepreneur pour s’en débarrasser. On commence également à parler de pollution, avec les nouveaux emballages, comme les bouteilles de plastique, qui produisent un gaz toxique et détériorent les conduits de cheminée. La généralisation de l’emballage perdu a fait accroître le tonnage d’ordures.
Vie et mort de la cheminée de l’usine d’incinération Photo Archives Municipales de Roubaix et Nord Éclair
En janvier 1981, la haute cheminée était inactive depuis quelque temps, et elle est abattue à l’aide de bâtons de dynamite soigneusement disposés. Elle va s’effondrer en moins de cinq secondes après une semaine de préparation. Le projet de l’époque prévoyait la destruction de l’usine incinération pour laisser la place au centre technique municipal. On se prépare également à démolir l’ancienne brasserie Meyerbeer.
Aujourd’hui, la chaufferie biomasse du quai de Gand fournit l’essentiel de la chaleur du chauffage urbain. Mise en service en 2011, cette énergie irrigue aussi bien les bâtiments municipaux que les hôpitaux, le vélodrome et des logements collectifs. Cela met en valeur que le quartier du Cul de four a toujours contribué à l’apport énergétique de la ville, que ce soit pour l’éclairage avec l’usine à gaz de la rue de Tourcoing et la production d’électricité avec l’usine d’incinération de la rue Meyerbeer.
D’après le Journal de Roubaix, Nord Éclair, et le fonds des archives municipales de Roubaix
C’est à l’occasion de la construction du marché couvert de Roubaix, en 1881 que l’on encadre ce terrain en forme de rectangle par trois nouvelles rues qui viennent compléter la rue Pierre Motte : la rue des Halles, la rue de la sagesse et la rue Jeanne d’arc. Si les trois premières ont survécu à la disparition des halles, en 1956, ce n’est pas le cas de la quatrième.
A gauche, le début de la rue Jeanne d’arc CP Médiathèque de Roubaix
La rue Jeanne d’arc, c’était quoi ? Le côté des numéros impairs était entièrement occupé par le marché des halles, l’autre côté étant constitué en partie des accès aux propriétés et maisons de la rue du Château, qui lui est parallèle et de loin antérieure. Les numéros pairs de la rue Jeanne d’Arc commençaient rue Pierre Motte avec un magasin de confection, auquel succédaient un magasin de soldes, un boucher hippophagique, un cordonnier, un marchand de fruits, un commerce de dentelles, un estaminet, un tonnelier, les halles Flipo, l’estaminet Monnet, un boucher, quatre estaminets.
Les Halles Flipo et la vitrine du café de l’URSA Photos Nord Eclair
La rue Jeanne d’arc était connue comme un haut lieu du sport, avec la présence d’une salle de gymnastique qui abritait depuis 1893 la société la Roubaisienne au n°20, et qui sera transformée en magasin, les Halles Flipo. Il y avait aussi un haut lieu de l’haltérophilie au n°22, qui abritait l’Union Roubaisienne des Sports Athlétiques, et qui vit évoluer de nombreux champions, parmi lesquels Marcel Dumoulin, huit fois champion de France d’Haltérophilie, qui participa aux jeux olympiques de 1928 et 1932.
Vue générale de la rue Jeanne d’arc Photo Nord Eclair
La rue Jeanne d’arc disparaît donc en 1968 pour permettre l’implantation du Lido, centre commercial de transition entre la rue de Lannoy et Roubaix 2000[1]. La dernière démolition concerna l’auberge des Halles, qui fut autrefois un vieux relais de poste, selon Nord Éclair.
Le projet Poste Bibliothèque Publié dans Nord Éclair
En 1972, c’est la rue du Château qui sera amputée de ses dix sept premiers numéros, parmi lesquels l’ancienne caisse d’épargne, et quelques maisons d’industriels, ce qui permit de mettre en œuvre le projet d’une bibliothèque de vastes dimensions. En 1968 on prévoyait de construire un nouvel hôtel des postes et un hôtel financier (sic) regroupant l’ensemble des recettes et perceptions de la ville. Si la construction du nouvel hôtel des Postes fut bel et bien menée, c’est une médiathèque qui remplaça le projet d’hôtel des impôts, pour le plus grand bonheur des roubaisiens.
D’après Nord Éclair, Nord Matin et l’Histoire des rues de Roubaix par les Flâneurs
Le Colisée d’aujourd’hui fut autrefois un cinéma dancing ouvert en 1927 par Henri Deconninck, dans la foulée de la création du Fresnoy, le célèbre parc des loisirs, maintenant devenu le Studio national des arts contemporains. On se souvient de l’ouverture du Colisée 2, en septembre 1971, au premier étage du nouveau centre commercial Roubaix 2000. Inauguré en octobre, ce cinéma, idéalement situé,pouvait accueillir 220 cinéphiles.
La salle du Colisée 3 Photo Nord Matin
Trois ans plus tard, une nouvelle salle de cinéma est présentée à la presse : le Colisée 3. Cette petite salle chaude et intime, très confortable, propose cent places et se situe à proximité du Colisée 2, derrière la cabine de projection. Elle propose des films d’art et essai, un peu plus difficiles, un peu moins commerciaux, ou des films déjà projetés dans la grande salle de la rue de l’Epeule, des films de qualité. Les Colisée 2 et 3 partagent le même accès et la même caisse, à l’étage du centre commercial.
Publicité pour l’ouverture Nord Eclair
L’ouverture officielle a lieu le vendredi 31 mai 1974 avec la projection du film La fête à Jules du réalisateur belge Benoît Lamy. Un débat est prévu à l’issue de la séance de 21 h 50 avec le cinéaste. Le colisée 3 aura cinq séances par jour, à la différence du Colisée 2 qui n’en propose que quatre. La veille de cette séance, le réalisateur belge Benoît Lamy, et son assistante Mme Piereux ont été reçus dans le salon du Colisée 1 par les organisateurs et M. Desrousseaux, le directeur du cinéma. Le sujet du film est évoqué : il traite des conditions de vie des personnes du troisième âge, marque le refus des stéréotypes péjoratifs. Il est fait, dit son auteur, pour un public jeune, car il montre ce qui les attend.
L’arrivée de cette troisième salle de cinéma dans le centre de Roubaix, amorce le développement des complexes de petites salles, permettant de diversifier l’offre. Quelques années plus tard, le Casino se transformera de cette manière, en proposant sept salles et en transportant son entrée dans la Grand rue. Après l’extinction provisoire des cinémas roubaisiens, c’est aujourd’hui le Duplexe qui reprend avec bonheur le flambeau du cinéma à Roubaix.
Il existait autrefois, avant la première guerre mondiale, une usine à gaz dans la rue de Tourcoing. Elle avait été construite au n°58 de la rue par la société roubaisienne d’éclairage par le gaz et l’électricité. Une grande halle abritait 38 fours, il y avait une salle des machines, une chaufferie. Cette usine fournissait en gaz la ville et les industries roubaisiennes. Dans la nuit du 16 au 17 octobre 1918, les soldats allemands truffèrent les installations d’explosifs. Puis ils firent sauter l’usine, le 17 octobre à 10 h 30. Après avoir pillé la ville, ils la laissaient sans énergie.
usine après bombardement
Dès le 2 décembre 1918, quatre fours étaient reconstruits, ce qui permit d’éclairer la ville de manière restreinte. Car c’était encore l’époque des allumeurs de réverbères, bien qu’une première tentative d’éclairage électrique ait été faite pour la rue de la gare, à l’occasion de l’exposition internationale de 1911. Le 1er avril 1919, l’usine satisfaisait aux besoins immédiats des particuliers et de l’industrie. En 1920, la société entreprend la construction d’une batterie mécanique moderne afin de remplacer les anciens fours. A la fin de l’année, la modernisation est achevée. Monsieur Ricard, le directeur de l’établissement, fait visiter les nouvelles installations à la presse en février 1921, assisté de ses collaborateurs, MM. Tourrière, ingénieur, et Leclercq, chef de fabrication. La nouvelle batterie est composée de huit fours, dont le chargement est plus rapide qu’autrefois, grâce à l’appareillage mécanique. Progrès important, car il fallait plus de trois heures pour cette opération avant la guerre, et seulement 40 minutes en 1921. Le coût de l’installation se monte à plus de deux millions des francs de l’époque. La société d’éclairage souhaite construire une autre batterie dès que les matériaux de construction subiront une baisse sensible. Parallèlement le réseau d’électricité, composé de trente deux postes entièrement détruits par les allemands, fut reconstitué et progressivement augmenté, avec l’aide de l’Energie Electrique du Nord de la France, autre société implantée à Wasquehal.
L’usine reconstruite en 1921 Le Monde illustré
Voilà donc une contribution historique à l’appellation du quartier « Cul de four », qui se situait donc à proximité des fours de l’usine de la société roubaisienne d’éclairage de la rue de Tourcoing. Mais la discussion reste ouverte, car le mot four a d’autres acceptions, du boulanger aux ouvriers des briqueteries. Décider péremptoirement de l’origine de l’appellation du quartier serait prendre le risque de faire un four…
D’après le Monde Illustré (article et photos) et le Journal de Roubaix de février 1921
En 1972 la Sarhnord entame la démolition d’une ancienne usine textile, située aux n°309 à 313 de la Grand-rue. On y trouvait autrefois les industriels Bonte & Lesur et leur fabrique de tissus, puis le tissage Bonte et Cie. Un temps inoccupés, les lieux furent ensuite repris par une société de fabrication de meubles, la société Dupont-Mobildar, à laquelle succédera vers 1970 la société de meubles Leville-Mobildar réunies, dernière entreprise sur les lieux. Un projet de lotissement, présenté comme une formule originale de logement social est alors mis en œuvre, qui sera appelé la cité de promotion. Cela fait suite à une première expérience roubaisienne qui s’est déroulée dans la rue St Antoine, dont l’objet était d’accueillir des personnes socialement handicapées et perturbées. Il s’agit donc ici de créer une cité sur les 11.127 m² qu’occupaient les anciens établissements textiles et mobiliers. Les travaux sont menés par La Sahrnord et l’entreprise Théry d’Arras.
plan du lotissement
L’expérience débute en juillet 1974. Le CIL, le bureau d’aide sociale, la communauté urbaine de Lille, la direction de l’action sanitaire et sociale, le ministère de l’équipement se sont associés pour l’opération, et le CAL de Roubaix va gérer ce lotissement original. Cette cité se trouve donc dans le quartier de l’entrepont, et ses maisons en ciment seront construites sur un chantier détrempé par les mauvaises conditions climatiques. Une partie du lotissement est consacrée aux espaces verts, ce qui lui vaut d’être présenté comme un poumon de verdure pour l’Entrepont. Cependant la cité de promotion est un monde à part, avec son centre social avec salle de soins médicaux, et salles pour activités diverses. Elle comprend 27 logements de type F6 ou F7 pour familles nombreuses, plus 8 maisons rénovées de la rue de la Conférence, soit 32 logements proposés. Un monde à part, mais ouvert sur le quartier, car les enfants vont dans les écoles du quartier, et les habitants feront leurs courses dans les magasins du quartier.
entrée de la cité familiale
Ces maisons hautes d’un étage, ont une surface de 110 m² au sol, attenante à un lopin d’espaces verts. L’Orsucomn, le Pact, le Bureau d’aide sociale seront à l’origine des placements, et l’administration du centre social sera confiée à la CAF et au PACT. Il s’agissait d’un public en très grande difficulté, et les familles étaient suivies par des travailleurs sociaux. Les témoins racontent que ces familles étaient renfermées sur elles-mêmes, coupées du monde, elles n’allaient pas vers les autres, elles étaient sauvages. Qui étaient-elles ? D’où venaient-elles ? On évoque des familles immigrées, des familles ayant connu des accidents de la vie, des familles d’origine rurale, Dès le début, en tous cas, des familles en détresse, peu acceptées par la population.
La cité familiale en 1986 Photo Coll Particulière
On se demande très vite dans le quartier pourquoi on a fait un ghetto. Au départ, ça s’appelait la cité promotion, puis on a parlé de cité de transit, enfin de cité familiale, Les personnes ne devaient pas rester dans cette cité, elles ne faisaient que passer. De ce fait, les maisons étaient très mal tenues. Il y avait aussi la découverte de l’habitat urbain, pour une famille de la campagne, comment s’adapter à l’usage du nouvel habitat. On évoque la présence de poulets, de lapins, dans les maisons. Bientôt, il n’y a plus de permanence sociale sur place, le suivi est fait par des extérieurs.
Vue de la cité Photo Coll Particulière
On tire alors un constat d’échec : cette concentration de personnes en difficulté est jugée inopérante. Les familles partent, ne sont pas remplacées, et on mure les maisons. La cité se vide, on commence à démolir. Quinze ans à peine après sa construction, les pavillons sont à l’état de ruine, la cité s’est transformée en terrain d’aventure pour les enfants du quartier, ou en chantier de récupération de matériaux divers, ou encore en dépôts d’ordures. Deux ou trois locataires occupent encore les logements, assez vindicatifs. La ville met en demeure la Sahrnord de démolir, car il y a danger pour les enfants qui jouent au milieu des ruines et des gravats, La destruction de la cité est décidée en décembre 1988.
Derniers instants de la cité en 1988 Photo Nord Éclair
Quelques années plus tard, l’endroit est devenu un petit coin de nature : le Jardin de Chlorophylle, un havre de paix, à deux pas de l’agitation de la ville. Entretenu par une structure d’insertion sociale, il est animé depuis par l’association Angle 349, qui s’applique à faire découvrir au public le milieu naturel sous ses diverses formes et à initier aux notions d’écologie, en particulier à destination des enfants.
Vue actuelle Extrait Google Maps
Remerciements aux membres de l’atelier mémoire pour leurs témoignages et leurs documents
Lors d’une séance plénière de l’atelier mémoire, notre ami Paul Meunier évoquait un endroit bien connu des anciennes générations de roubaisiens, le Jardin Ma Tante. Sa mère avait l’habitude de s’y promener, étant jeune. Cet endroit participe d’un mystère, celui de l’évolution de la propriété des Près appartenant à M. Cordonnier. Une grande partie de la surface sera utilisée pour la réalisation des deux stades du quartier, le stade Dubrulle Verriest, et le stade Maertens. Le Jardin Ma Tante aurait été une situation transitoire entre les deux époques, c’est-à-dire entre le décès de Monsieur Cordonnier survenu en 1876 et l’apparition des espaces sportifs.
Roubaix au début du vingtième siècle AmRx
Que savons-nous du Jardin Ma Tante ? C’était un grand parc floral avec des gloriettes, des labyrinthes de haies où les familles pouvaient venir se promener. Jean Piat, le journaliste et historien de Roubaix l’évoque ainsi : les promeneurs se reposaient au Jardin Ma Tante, y jouaient une partie de boules, ou dégustaient une portion de jambon avec des frites et du pain au son.
Publicité du journal l’Étoile du Nord Bibliothèque Gallica
Nous trouvons des traces de l’endroit dans les publicités d’un journal roubaisien éphémère, l’Étoile du Nord. On peut y lire que le Jardin Ma tante est la propriété des sympathiques directeurs Robyns et Loucheur, que c’est un jardin de verdure pittoresque et magnifique, un véritable paradis rustique et agréable. Un café moderne s’y trouve où l’on peut prendre un five o’clock campagnard à base de café et de pain bis. On y vient régulièrement le dimanche et le jeudi. Un concurrent du Beau Jardin, alias le parc de Barbieux ? On pourrait le croire, car le Jardin Ma Tante est qualifié de Versailles roubaisien, lieu préféré des familles roubaisiennes, où il a des jeux divers pour enfants, et une grande salle de dégustation en cas de mauvais temps. Mieux encore, à l’occasion de la Pentecôte 1913, un concert et une braderie y sont organisés. Ceci situe l’action avant 1914.
Publicité de l’Étoile du Nord 1913 Bib Gallica
Fait curieux, pendant l’occupation allemande, le bulletin de Roubaix, journal à la solde des allemands, annonçait la réouverture du Jardin Ma Tante, en avril 1918. Signe d’un assouplissement de l’occupation, ou indication de leur futur départ ?
On ne parle plus du Jardin Ma Tante après guerre. La reconversion en terrains de football s’est vraisemblablement opérée à cette époque. Dans la rubrique sportive de 1919, le Stade Roubaisien joue au Stadium, alors que le Racing club de Roubaix est encore au terrain de Beaumont. Les deux clubs ne vont pas tarder à s’installer au lieu-dit du Pont Rouge, transformant ainsi une grande promenade de jardins, en pelouses plus sportives. Mais ceci est une autre histoire.