Damart Hem partie 2

Damart Hem partie 2

Le centre d’expédition n’ouvre donc ses portes qu’en septembre 87 soit plus de 5 ans après la cession des terrains destinés à sa construction et son inauguration a lieu en Novembre en présence de nombreuses personnalités : parmi elles, Mr Longuet, ministre délégué chargé de la Poste et des Télécommunications, Mr Aurousseau, préfet de la région, Mr Diligent, sénateur-maire de Roubaix, et bien sûr Mme Massart maire de Hem.

Photos de l’inauguration (Documents Nord-Eclair)

C’est Paul-Georges Despature, président du directoire de la SA, qui accueille les prestigieux invités en compagnie des « pères fondateurs » de Damart : Joseph, Jules et Paul Despature, et de Xavier Ruyant, directeur du nouveau centre hémois. Sont également de la fête Nicolas Hulot, journaliste-aventurier, et Hubert de Chevigny, pilote d’ULM, ayant vaincu début 87 le pôle nord en ULM, équipés de sous-vêtements thermolactyl et sponsorisés par la Poste.

Lors de la visite Mr Longuet découvre la partie stockage cartons entièrement automatisée, la galerie de liaison où est coupé, à cette occasion, le traditionnel ruban, l’unité de prélèvement où le ministre s’entretient avec quelques ouvrières, l’unité d’emballage avec ses nouvelles machines automatiques, et enfin la zone d’expédition avec la toute nouvelle peseuse-affranchisseuse spécialement mise au point pour l’usine hémoise.

Le traditionnel ruban (Document Nord-Eclair)

Pour commémorer l’événement de l’inauguration d’un centre de vente par correspondance par le ministre de la Poste, un bureau de poste provisoire est installé où est apposé le cachet commémoratif de la manifestation, reprenant, comme il se doit, le désormais fameux slogan Damart « froid moi jamais ».

Cachet commémoratif (Document collection privée)

Au cours de son discours Mr Despature souligne la qualité des liens que son entreprise entretient avec la Poste « maillon vital, fournisseur indispensable et souvent unique pour la VPC (Vente Par Correspondance) » ajoutant que « pour que la Poste et la VPC restent compétitives il importe que l’évolution générale des tarifs s’oriente vers la stabilisation». Chez Damart en effet le budget annuel dédié à l’affranchissement dépasse l’investissement consenti pour la construction des bâtiments hémois soit quelques 100 millions de francs.

En réponse Mr Longuet s’engage donc, tant sur la fiabilité du service que sur la compétitivité des tarifs, avec en point de mire, l’horizon 92 et le marché unique européen, et se déclare désireux de rendre hommage par le biais de Damart à la VPC en général laquelle représente 10% du chiffre d’affaires de la Poste.

Photo aérienne du centre d’expédition en 1988 (Document IGN)

Ainsi que le souligne Mme Massart dans son discours ce bâtiment, très moderne, ne fait pas l’unanimité et représente la « cathédrale du thermolactyl » pour les uns et le « Beaubourg d’Hem » pour les autres, l’important étant que le dynamisme de Damart pourrait permettre aux hémois de bénéficier de nouveaux emplois.

Photo de Damart Hem (Document collection privée)

Quelques temps plus tard, un transporteur de la Somme perd le contrôle de son poids-lourd et , juste devant l’usine flambant neuve, finit sa course dans le fossé. Bilan de cet accident impressionnant: plus de peur que de mal pour le chauffeur, une circulation interrompue pendant 3 heures à hauteur de Damart en fin de voie rapide, et un pylône d’éclairage public renversé…

Photos de l’accident en 1987 (Document Nord-Eclair)

Soucieux de rassembler toute son activité logistique à Hem l’entreprise réalise en 2009 un agrandissement considérable du site inauguré en grande pompe 22 ans plus tôt. Deux bâtiments sont ajoutés : le premier, de 4.000 mètres carrés, doit permettre le stockage de catalogues et le routage des mailings. Le second, sur 10.000 mètres carrés, doit servir à la préparation des colis.

L’extension de 15.000 mètres carrés porte donc l’ensemble de l’usine à 50.000 mètres carrés. C’est désormais de Hem que partent toutes les commandes pour les clients de la VAD (Vente A Distance), les stocks pour les différents magasins et points de vente, ainsi que les 140 millions de catalogues envoyés chaque année en France et à l’étranger.

Un tel flux nécessitant de meilleures conditions d’accès aux axes routiers un aménagement de la voie rapide a été réalisé par le Département afin que le site hémois lui soit désormais directement raccordé.

Extension du site originel en 2009 (Document VDDT Architectes)

A l’occasion de l’inauguration du nouveau site c’est le premier ministre François Fillon en personne qui se rend sur place accompagné de deux de ses secrétaires d’état: Valérie Letard et Laurent Wauquier. Une salariée, parmi les 500 personnes (essentiellement des femmes) désormais employées sur la plate-forme, leur explique l’organisation mise en place pour éviter aux préparatrices de commandes de trop se déplacer. A l’issue de la cérémonie le 1er ministre rencontre les professionnels de la VAD en mairie de Hem puis prononce un discours à la salle des fêtes.

Inauguration de l’extension du site en Octobre 2009 (Document Alamy Banque d’Images)

Puis en 2015, dans l’optique de doper de 25 % ses performances opérationnelles et de diviser par deux ses délais de livraison, Damart annonce un investissement de 5 millions d’euros dans la modernisation de sa plate-forme logistique de Hem. Ce site doit en effet accompagner la croissance du réseau de magasins. De 85 points de vente en 2015, Damart devrait compter plus de 125 implantations en France d’ici huit ans.

De plus, les ventes sont très liées aux variations climatiques. Si chaque année 4 millions de Thermolactyl sont vendus, l’usine doit pouvoir faire face lors de grands froids à des pics atteignant 30.000 commandes par jour ! Le projet consiste donc en la mise en place d’un système de type « trieur à pochette ».

Enfin, cette mécanisation accrue doit permettre aux 450 salariés de la plate-forme de bénéficier de meilleures conditions de travail : réduction du nombre de tâches répétitives, diminution des ports de charges, simplification de l’organisation des ateliers…

Nouvelle machine à colis (Documents la Voix du Nord)

Comme le montre la photo aérienne de 2020 la physionomie du boulevard Clémenceau à hauteur de la sortie de la voie rapide a bien changé en presque 40 ans et les champs ont donc laissé la place à un énorme site industriel sur lequel plusieurs centaines de salariés travaillent.

Site Damart à Hem en 2020 (Documents Google Maps)

Café Janssoone (Suite)

Photo de Paul et Raymonde avec leurs parents et beaux-parents Janssoone (dont Jules) et Cristal

Jules a un fils, Paul, que l’on retrouve en 1955, au 96 rue Jean Jaurès, dans les rubriques cafetiers et débits de tabac sur le Ravet-Anceau. Il tient son établissement avec son épouse Raymonde comme en atteste cette photo du couple prise devant leur établissement.

Paul et Raymonde puis Jean-Paul et Daniel leurs fils devant la façade du café Janssoone (Documents Joffrey Janssoone)

Une publicité de l’année 1966 montre que le café est le siège de l’Union Sportive de Hem et de la société d’épargne « Les amis du Beau-Chêne ». la publicité vante des consommations de premier choix, des articles fumeurs, des cartes postales et de la confiserie.

Publicité de 1966 (Document collection privée)
Les fils de Paul et Raymonde dans le jardin qui donne sur le patronage et l’un d’eux, Daniel, dans la cour du café-tabac (Documents Joffrey Janssoone)

Instantané de mémoire de Joffrey Janssoone, petit-fils des exploitants: «Je me souviens d’un café bondé, le comptoir plein, les tables devant le comptoir prise par les habitués où, très jeune, je m’asseyais de temps en temps avec eux. Les tables derrières étaient prises par les « beloteux » et les flippers installés dans le fond. Ma grand mère était au service, mon grand père au tabac qui me donnait mon dimanche pour avoir rangé les cigarettes dans les présentoirs.

Le week-end toute la famille était là pour travailler : les belles filles donnait un coup de main en salle, les frères servaient au comptoir sur lequel se trouvaient des œufs durs. Parfois 3 rangées de clients patientaient devant ; j’étais petit et je devais me frayer un chemin entre eux pour passer. Mon père et mon parrain jouaient au bout du comptoir au 421 avec les clients en racontant des blagues.

Certaines femmes appelaient au café pour savoir si leur mari était toujours là à l’apéro… Avec les autres enfants nous jouions dans le jardin qui communiquait avec le patronage de l’église Saint-Joseph. Je me souviens également de ma grand mère et de son balai à l’heure de la fermeture, poussant les derniers clients vers la sortie: PRESSONS PRESSONS !»

Publicité pour le café tabac ( juke-box, tilt, billard, articles fumeurs, confiseries, cartes postales). (Document Historihem)
Paul et Raymonde au comptoir et au billard (Documents Joffrey Janssoone)

Instantané de mémoire de Patrick Debuine, ami de la famille : « Lorsque les juke-box ont été installés cela a créé beaucoup de contentement dans la jeune clientèle mais aussi beaucoup de mécontentement parmi les clients plus âgés notamment les joueurs de belote qui ne s’entendaient plus penser et ne parvenaient plus à se concentrer dans une atmosphère devenue beaucoup trop bruyante à leur goût».

Raymonde devant la façade du café-tabac et Jean-Paul avec des clients (Document Joffrey Janssoone)

Le café tabac reste au nom de Paul jusqu’aux années 1980. En 1982, la publicité parue dans la brochure de l’Office Municipal d’Information hémois, fait état du café-tabac Janssoone-Cristal, du nom de jeune fille de Raymonde. Enfin, en 1983, l’établissement est répertorié au nom de Veuve Janssoone, laquelle continue à exploiter seule l’établissement quelques temps après le décès de son mari. Le café tabacs Janssoone vante alors principalement ses bières : Stella, Pelforth et Palten.

Dernières publicités Janssoone de 1982 et 1983 (Documents collection privée)

Lorsque Raymonde prend sa retraite, elle déménage au n°94, dans la maison voisine, et le café est revendu à la famille Sales. Paul et Raymonde ont eu 2 fils : Jean-Paul et Daniel. Jean-Paul, marié à Maryse, a une fille Emilie en 1979 (puis 2 fils en 1992 et 1996). Ils habitent au n°92 et sont donc les voisins de Raymonde. Daniel quant à lui, marié à Josette, a un fils Joffrey, également en 1979, et se trouve domicilié dans la maison voisine de son frère, au n°90.

Daniel Janssoone crée une entreprise d’électricité générale à son domicile et fait de la publicité pour son activité en ces termes :tout dépannage électrique, installations industrielles, éclairage magasins, force motrice, installations encastrées, tous chauffages électriques, eau chaude, cuisines électriques.

Publicité Janssoone électricité générale (Document collection privée)

En 1984, ce n’est donc plus la famille Janssoone qui tient l’établissement mais François Sales et son épouse, d’après le répertoire des commerçants, artisans et professions libérales d’ Hem. Le café fonctionne sous l’enseigne Au Beau-Chêne, sans doute en référence au Beau-Chêne du début du vingtième siècle, qui a perduré ensuite même quand les Janssoone l’exploitaient mais que les clients avaient pris l’habitude de dénommer « Chez Janssoone ».

Publicité Au Beau-Chêne (Documents collection privée et Historihem)

L’établissement Au Beau Chêne a été répertorié au registre du commerce et des sociétés jusqu’en 2012, date de sa radiation. Puis le 96 rue Jean Jaurès a été la propriété de la SCI (Société Civile Immobilière) Dubois Immobilier de 2011 à 2021, avant d’abriter 2 entreprises individuelles à ce jour.

Le Beau-Chêne en 2008 puis en travaux en 2017 et le 96 rue Jean Jaurès en 2022 (Documents Google Maps)

Une pensée pour Emilie Janssoone disparue trop tôt, en Mars 2022, alors qu’elle se faisait une joie d’apporter son témoignage.

Remerciements à Joffrey Janssoone et Patrick Debuine, à l’association Historihem ainsi qu’à André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem, à Bernard Thiebaut pour son livre : Mémoire en Images de Hem.

La « Maison Hantée »

A la sortie d’ Hempempont, à la limite des territoires des villes de Hem et de Villeneuve d’Ascq, se situe une grande bâtisse en briques rouges, construite en 1939, qui semble à l’abandon. Entièrement claquemurée elle ne laisse deviner que des tentures en lambeaux aux fenêtres et des amoncellement de branchages devant la façade. A l’entrée un chien bruyant et agressif joue les cerbères.

Photos de la maison (Document collection privée)

Pourtant cette maison, tout droit sortie d’un film d’Alfred Hitchcock, a en fait toujours été habitée par des agriculteurs, connus du quartier pour vendre des pommes de terre. Un panneau de bois posé devant la grille fait en effet régulièrement la publicité de cette vente à tous les automobilistes qui passent devant pour rejoindre la voie rapide.

Pourtant la rumeur publique est tenace et veut que la demeure soit hantée par le fantôme d’un enfant de 5 ans décédé dans ses murs et dont les parents ont dès lors quitté la maison pour la mettre en location. Depuis, les différents occupants ne seraient pas restés, terrifiés par des pleurs d’enfant et des bruits de pas.

Différents propriétaires et/ou locataires s’y seraient également pendus dans la même pièce au fil des décennies. Par ailleurs il serait impossible de détruire l’immeuble car les engins de chantier y tomberaient en panne et les ouvriers y seraient blessés dans d’étranges circonstances.

Un étudiant en communication lui a consacré son mémoire de fin d’études et la propriété est devenue une star du Web, se classant dans le top cinq des maisons hantées recensées dans la région. De nombreux sites lui consacrent régulièrement des articles faisant d’elle une icône des phénomènes surnaturels.

Parallèlement, en raison de sa réputation, la demeure attire les jeunes en mal de sensations fortes et les buveurs de bière balancent des canettes sur la maison et ses occupants. Ceux-ci se voient donc contraints de murer les fenêtres afin d’éviter une casse permanente.

Photo de la façade avec ses menuiseries puis murée (Documents divers sites internet consacrés aux phénomènes paranormaux).

Pourtant en 2006, la maison quitte le domaine ésotérique pour le religieux. L’église évangélique d’expression africaine l’achète en effet pour y installer un centre culturel et le pasteur Emmanuel Kamondji explique dans le journal « La Voix du Nord » que la rumeur des fantômes pourrait avoir été propagée par un banal conflit de voisinage.

Photo du pasteur devant la maison en 2006 (Document La Voix du Nord)

Cette église cherchait en effet des locaux depuis une dizaine d’années pour y installer un temple, et un centre pour les associations de catéchèse, d’alphabétisation ou de soutien aux SDF et a été séduite par la situation de la propriété, au bord de la voie rapide, et par ses larges volumes.

Photo panoramique de la maison à l’époque et de l’emplacement de celle-ci en 2021 (Documents Google Maps)

Les paroissiens, qui doivent prendre possession des lieux dès 2007, commencent aussitôt à débroussailler le jardin avant que les travaux de réfection ne commencent, dès les financements trouvés. Les aménagements intérieurs permettent rapidement aux fidèles de se réunir dans les salles prévues à cet effet.

Photos de l’intérieur avant l’incendie (Document collection privée)

Fin 2014, un incendie, vraisemblablement d’origine criminelle, ravage la maison en fin de soirée. La porte d’entrée a en effet été fracturée et le feu s’est propagé dans les escaliers pour atteindre les combles. Plusieurs centre de secours des environs doivent unir leurs efforts pour venir à bout du sinistre.

Photos de l’incendie en décembre 2014 (Document La Voix du Nord)

Les dégâts occasionnés par l’incendie étant trop importants pour pouvoir envisager une rénovation l’église évangélique propriétaire des lieux doit se résoudre à faire abattre l’immeuble en juin 2015.

Le bâtiment après l’incendie (Documents collection privée)

Ainsi que le relate le journal La Voix du Nord, dans son article au titre évocateur : « la maison hantée ne fera plus peur », paru au lendemain de la démolition, malgré les anciennes rumeurs aucune avarie n’est venue perturber le travail de la pelle hydraulique, laquelle est venue à bout de la « maison hantée » en une heure et demie.

L’article précise toutefois que les ouvriers ont attendu que toute la maison soit par terre avant de faire le tri car on ne sait jamais : une tuile qui vole…

Démolition du bâtiment en juin 2015 (Documents collection privée)

Damart Hem partie 1

Héritiers d’une usine de draperie et tissage fondée en 1850 à Roubaix, et face au déclin du secteur textile, trois frères, Joseph, Paul et Jules Despature, recherchent une idée de génie pour sauver leur entreprise. Elle leur est soufflée par leur vieille tante, qui, victime de rhumatismes, ne jure que par les vertus de la triboélectricité (phénomène créé par la mise en contact de deux matériaux de nature différente).

En 1953, ils ont donc l’idée de créer des sous-vêtements réchauffant à partir d’une fibre synthétique, la chlorofibre, très efficace contre le froid, l’humidité et les rhumatismes. Par une alchimie savante, les micro-frottements du tissu créent, au contact de la peau, une énergie qui génère une chaleur électrostatique. Ils appellent leur création : le Thermolactyl et, comme leur entreprise se situe rue Dammartin à Roubaix, choisissent comme nom pour leur marque : Damart.

les frères Despature (Document site Damart)

L‘entreprise a alors la bonne idée de faire contrôler son nouveau produit par le milieu médical avant son lancement, puis d’éditer un petit catalogue de vente par correspondance, afin de vendre ses produits en direct de l’usine. Et elle bénéficie de la grande vague de froid hivernal de l’hiver 1954.

La société s’installe au 25 rue de la Fosse-aux-Chênes à Roubaix et se spécialise dans la confection de vêtements, sous vêtements, corseterie pour les personnes de 50 ans et plus, ainsi que des chaussures, y compris pour enfants.

siège de la société de nos jours (Document Google Maps)

A la fin des années 50, la société Damart s’installe également au 160 boulevard de Fourmies à Roubaix, sur le site de l’ancienne usine Ternynck (usine aussi vieille que le quartier, construite en même temps que le Boulevard de Fourmies), et prolonge le bâtiment de la filature vers le Boulevard de Fourmies. Ce site abrite les services des expéditions, la majorité des ventes se faisant par correspondance, qui emploient à cette époque 200 personnes.

Damart au Nouveau-Roubaix (Document collection privée et Google Maps)

Damart soigne avec humour ses slogans publicitaires qui sont restés gravés dans les mémoires. Dès la deuxième moitié des années 1960, elle détourne, pour la radio, le célèbre tube de 1965 du chanteur français Henri Salvador, « Le travail c’est la santé », devenu « Le travail c’est la santé, Thermolactyl, c’est la conserver !« . Puis la marque invente, en 1971, pour la télévision, le célèbre « Froid, moi ? Jamais ! Je porte Thermolactyl de Damart !« .

Publicité 1965 et 1971 (Document site j’aime les mots.com)

En 1982, un nouveau projet d’implantation voit le jour : Damart projette de construire une nouvelle unité, sur un terrain de 53000 mètres carrés en bordure du boulevard Clémenceau, dans la commune voisine de Hem. Après deux ans de négociations l’acte administratif de cession du terrain est enfin signé même si le projet n’est encore qu’à l’état d’ébauche.

A cette époque, comme le montre la photo aérienne ci-dessous, le boulevard Clémenceau à Hem est encore bordé de champs du côté gauche en venant du centre ville juste au bord de la voie rapide. Or le problème de l’emploi y est le même que dans tout le versant nord-est de la métropole, à savoir un taux de chômage élevé qui touche plus de 10% de la population active.

Photo aérienne de Hem Clémenceau (Document IGN)

C’est la raison pour laquelle depuis 5 ans, le maire de la ville, souhaitant drainer des emplois sur Hem a créé la commission d’emploi, et la municipalité intervient ainsi dans des opérations destinées à favoriser l’implantation d’entreprises créatrices d’emplois pour la commune, le projet Damart représentant à cet égard une inestimable opportunité.

Quant à l’entreprise, à l’étroit dans ses locaux du boulevard de Fourmies à Roubaix, elle voit dans la construction de cette nouvelle unité beaucoup d’avantages :

  • d’une part la proximité des unités déjà existantes devrait permettre un déplacement des services sans trop de difficultés.

  • d’autre part, une bonne partie du personnel de Damart Roubaix est originaire de Hem et le transfert des activités représente un avantage certain pour ces employés.

    Finalement, ce n’est qu’en 1986 que tombe l’arrêté préfectoral créant la ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) et permettant aux travaux de débuter. En juillet 1986, camions et bulldozers font leur apparition entre le boulevard Clémenceau et la rue de Beaumont.

    Deux immenses bâtiments sont construits : l’un réservé au stockage, d’une surface de 5000 mètres carrés sur 20 m de haut, l’autre destiné à l’exploitation, composé de 2 niveaux d’une surface de 8000 mètres carrés chacun. Les deux sont reliés entre eux par une galerie de 64 mètres de long.

A suivre. . . 

Café Janssoone

La rue des Trois Baudets à Hem a donné son nom au quartier qui l’entoure. Au dix-septième siècle c’était un simple sentier de terre qui menait à Roubaix et ce n’est qu’au dix-neuvième siècle qu’elle apparaît avec le nom de Chemin de Hem aux trois Baudets. Au début du vingtième siècle comme l’atteste la carte postale ci-dessous elle prend le nom de Chemin des Trois Baudets.

Chemin des 3 Baudets (Document Mémoire en Images de Hem)

Elle doit son nom à la forte pente à monter en venant de Roubaix pour aller au centre de Hem. La diligence s’arrête alors au bas de la rue au lieu dit « Le pain d’or » (actuel coin des rues Jean Jaurés et Clémenceau) nom de l’estaminet qui s’y trouve et dont le propriétaire sort alors ses ânes pour aider les chevaux fatigués à monter la côte jusqu’au relais de diligence situé au coin de la rue du Bas Voisinage (actuelle rue Louis Loucheur).

3 ânes pour grimper la côte (Document Au Temps d’Hem)

A l’époque les estaminets sont déjà nombreux dans cette petite rue et aux alentours immédiats : le Pain d’Or, le Beau-Chêne, le Congo, le Chasseur Belge (devenu en 1902 le Grand Saint-Eloi), la Fosse de la Verrerie, la Gaité, l’Harmonie, le Mirliton, le Point du Jour, le Pont de Canteleu, le Plafonnier, le Saint-Louis (relais de diligence des Trois-Baudets) au coin de la rue du Bas Voisinage, le Vrai Bon vivant, la Truelle d’Or…

La rue des Trois Baudets puis rue Jean Jaurés avec le futur café Janssoone au n°96 (Document Mémoire en Images de Hem)

C’est donc vers le milieu de la rue, plus exactement au numéro 96, que, dans les années 1920, s’installe Jules Janssoone, fils de Achille Janssoone, tisserand à Roubaix, en qualité de menuisier/ébéniste et exploitant d’un café-tabac. L’établissement sert également de siège au comité local du syndicat des petits propriétaires et bénéficiaires des HBM (Habitations à bon marché) qui a pour objectif la défense de la petite propriété familiale. C’est aussi chez lui que se déroule la perception de la taxe sur le chiffre d’affaires.

Un Comité Républicain Démocrate est fondé à Hem en 1926, à l’initiative de Georges Bernard (Voir sur notre site un article sur cette personnalité intitulé Georges Bernard- La Villa Pax) au cours d’une réunion à laquelle Jules Janssoone participe et est élu membre du comité. Jules Janssoone s’implique dans la vie politique de la commune où il figure sur la liste de concentration républicaine au titre de candidat aux élections municipales de 1929, au cours desquelles il est élu.

Jules dans son atelier (Document Joffrey Janssoone)

Au début de la seconde guerre mondiale c’est l’affolement et l’évacuation de la population civile est prévue par le commandement militaire. Une commission municipale d’évacuation de la population est donc constituée à Hem comme ailleurs, dans laquelle figure Jules Janssoone. Une réunion en mairie à pour objet d’indiquer la mission de chacun de ses membres, fixer les points de groupement, des moyens de transport et des points de rassemblement de la population.

Une enquête fait ressortir 4550 personnes à évacuer, dont 408 malades et vieillards et 1635 femmes et enfants. Pour cela les industriels, agriculteurs, commerçants et particuliers peuvent mettre à disposition 2 camions de plus de 3 tonnes, 12 camions de moins de 3 tonnes, 97 camionnettes et voitures de tourisme, 18 chariots à 4 roues et 4 tombereaux.

Instantané de mémoire de Rose Gosman habitant rue Jean Jaurès (Document Historihem) : « Lundi 20 mai, tout le monde partait. Ma tante, marchande de lait au bidon, avait une voiture C4. Elle emmena ma mère, ma marraine, les parents de la marraine ; moi, j’étais assise sur le bidon d’essence, la tête baissée par le plafond de la voiture. Mon père partit en vélo…La voiture tombait constamment en panne, nous roulions au pas à cause de l’embouteillage des routes et les bougies s’encrassaient. Mon père avançait plus vite que nous en vélo ! Il demandait aux gens «  Vous n’avez pas vu une voiture avec un sac blanc sur le capot ? » Par manque de place, nous avions mis en équilibre sur le capot de la C4 un grand sac en toile blanche rempli d’effets. Nous avons été mitraillé par des avions à La Bassée. Nous avons dormi dans une ferme à Beuvry : c’est la première fois que je dormais dans du foin. »

Exemple de photos de l’exode en 1940 (Documents Wikipedia)

Pendant la guerre tout est bon à prendre pour venir en aide aux prisonniers. Ainsi des jeux sont organisés et chaque fois une recette assez rondelette est remise au comité local d’entraide. C’est dans ce cadre qu’un groupe d’amis a l’idée d’organiser une soirée chantante chez Jules Janssoone.

Le succès de la soirée dépasse toutes les espérances grâce au concours bénévole d’artistes réputés : « les Prudents » et « les Charlystes », duettistes (Personne qui chante ou qui joue d’un instrument en duo ou personne qui fait un numéro de music-hall, de cirque avec une autre) , « Raymolus » et « Marcel Eelbo », comiques, accompagnés au piano par Mlle Bauwens. Les jeux de 421 sont récompensés d’un lapin, don de Mr Balduyck et d’un filet d’Anvers, don de Mr Demaline, boucher dans la rue. Au total, la soirée permet de récolter la coquette somme de 2515,20 francs pour le comité d’entraide.

Exemple de duettistes des années 1920-1930 (Document les Amis du Louxor)

A suivre…

Une pensée pour Emilie Janssoone disparue trop tôt, en Mars 2022, alors qu’elle se faisait une joie d’apporter son témoignage.

Remerciements à Joffrey Janssoone et Patrick Debuine, à l’association Historihem ainsi qu’à André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem, à Bernard Thiebaut pour son livre : Mémoire en Images de Hem.

Teinturerie Lenfant

(suite de l’article précédemment édité et intitulé :Henri Delecroix)

Entre temps, Henri Delecroix a cédé son entreprise au fils de Louis LENFANT, le dernier tisserand à l’ « otil » de la rue du Calvaire, Rémy Lenfant. Celui-ci avait initialement créé une teinturerie à Willems au lieu dit « Le Robigeux », 32 rue d’Hem, en 1911. Il s’y occupait des écritures, son beau-frère Jules FONTAINE, était chargé de la clientèle, et Albéric PARENT y était technicien teinturier. Il abandonne donc l’activité brasserie de son prédécesseur pour rouvrir une teinturerie à Hem.

CPA de la 1ère teinturerie Rémy Lenfant à Hem ( Document collection privée)
Courrier de la teinturerie en 1929 (Document Historihem)

Dans les années 1920, Rémy Lenfant achète également 1.100 mètres carrés de terre agricole dans l’avenue de la Gare (actuelle avenue Delecroix, après s’être également appelée rue de la Place) et y construit sa résidence, presque en face de sa nouvelle usine, située dans la rue du Rivage, laquelle bien que prenant sa source dans l’avenue lui est presque parallèle.

Photo aérienne de la propriété en 1933 et en 2022 (Document IGN et Google Maps)
Photos de la maison de maître (Documents Historihem et Google Maps)

On retrouve la teinturerie « Remy Lenfant et Cie » dans l’annuaire dès 1923. L’ usine ayant brûlé en 1940, à l’exception des bâtiments situés en bordure de rue, est reconstruite après 1946 grâce aux indemnités perçues pour les dommages de guerre. A la fin des années 40, Rémy Lenfant possède également une usine au 45 rue Jules Guesde à Roubaix.

Vue aérienne de l’usine de Roubaix en 1951, et en 2022 le magasin Lidl à son ancien emplacement (Documents IGN et Google Maps)

L’usine de Hem pratique le blanchiment, l’apprêt et la teinture sur bobines et sur écheveaux des fils de laine, de lin, de coton et de fibres synthétiques ainsi sur les articles non confectionnés. L’activité de teinturerie des tissus reprend en 1951 et celle des fils vers 1970.

En-tête de facture de 1955 (Document Historihem) et en tête d’enveloppe (Document collection privée)
Publicités de l’entreprise dans les années 60 (Documents Historihem et collection privée)
Vue aérienne de la teinturerie dans les années 60 (Document Historihem)

L’entreprise puise sa force dans son évolution constante au fil des décennies : dans les années 1950 la teinturerie se spécialise ainsi dans les revêtements de sièges et tissus d’ameublement. Puis 10 ans plus tard elle réalise des investissements lourds avec achat d’autoclaves pour teindre le fil.

Dans les années 1970-80, les investissements continuent et la teinture des rubans, ceintures et fermetures éclair débute. Puis dans les années 1990, l’usine s’ouvre à de nouveaux marchés avec la teinture de vêtements finis ou semi-finis, sans pour autant abandonner les tissus d’ameublement, fils et rubans.

Vues de l’usine en 1992 (Document Historihem) et publicité (Document collection privée)

A cette époque, l’entreprise est gérée par Jean-Pierre Lenfant et Géry Fontaine, les arrières petits fils des fondateurs. Ils emploient 14 personnes alors qu’avant 1940, les salariés étaient une cinquantaine. L’eau, pompée à 18 mètres dans le forage de la brasserie en 1910, est pompée, dès lors, à 160 mètres de profondeur.

Vues de l’usine de l’extérieur (Documents Google Maps et Historihem)
Vues des ateliers (Documents Historihem)

Dans les années 2000, la teinturerie Lenfant est titulaire du label Nord Terre Textile et a réalisé un important programme d’investissement dans une rame en grande largeur (3m20) qui lui permet de diversifier ses services aux clients et de renforcer encore la qualité. Le dirigeant de l’entreprise est désormais Jérôme Lenfant et François Fontaine est administrateur.

Logo et publicité de l’entreprise des années 2000 (Document site internet)

Remerciements à l’association Historihem, André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Hem 1000 ans d’histoire ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem

La brasserie Leclercq à Hem (Suite)

 

Publicités Leclercq Frères au 14 rue de Croix (Documents Historihem)

Après la guerre l’activité reprend sous le nom de Leclercq Frères, répertoriée dans le Ravet-Anceau de 1923 aux rubriques brasseur et cultivateur. Comme souvent à cette époque la brasserie est propriétaire d’estaminets tels que celui exploité par Jean Corteville sur la Place Verte (actuelle place de la République) qui distribue leurs bières. Sur la photo ci-dessous datant de 1932, la fanfare « La Gauloise », pose au complet devant l’estaminet.

Maison Jean Corteville (Document Mémoire en images de Hem)

Pendant la seconde guerre mondiale, la brasserie Leclercq est retenue comme abri pour le secteur de l’Hempempont, la rue de Lille et le Trié, avec la pelleterie et l’usine Electra, dans le cadre des instructions préfectorales de la défense passive dont le commandement est assuré par le maire de Hem. En 1945 et 1948, le Ravet-Anceau reprend l’entreprise Leclercq Frères à la rubrique brasserie.

Publicités bières Leclercq années 50 au 40 rue de Croix (Documents Historihem)

Dans l’annuaire de 1953, en revanche l’entreprise apparaît à la rubrique brasserie au nom de M. Leclercq. Puis dès 1955, l’entreprise « Brasserie Leclercq » est reprise à la rubrique du commerce de gros de vins et spiritueux. La fabrication s’arrête donc dans les années 50. C’est dans les années 60 que l’on retrouve ses dernières publicités Elle commercialise alors une bière Bock du Faisan de qualité supérieure. Les bâtiments sont vendus et démolis en 1976.

Bière Bock du Faisan (Documents Historihem)
Vues aériennes en 1947 et 1962 (Documents IGN)
Dernières publicités années 1960 (Documents Historihem et Nord-Eclair)

En 1982, on retrouve Jean Pollet inscrit en qualité d’exploitant agricole au 40 rue de Croix. Puis en 1998, La Gourmandine / Le Clos de la Source, installé à Mouvaux depuis 1991, ouvre un nouvel établissement dans le domaine, chargé d’histoire, du 40 rue de Croix à Hem. Il s’agit d’un service de traiteur qui met 4 espaces à disposition de sa clientèle dans l’ancienne et magnifique ferme-brasserie :

– La Nova (180 m²): Poutres apparentes, mezzanine et terrasse ouverte sur le jardin pour une salle très accueillante,
– La Grange (300 m²): Un toit de chaume magnifique, des murs de briques, de belles poutres en chêne, une mezzanine
– La Voûte (100 m²): Aménagée dans les anciennes écuries, la salle dispose d’un plafond de deux hauteurs en forme de voûte recouverte d briques.
– La Champêtre (60 m²): moderne et intime, idéale pour des repas de petits groupes réussis.

Le clos de la Source vu de la rue et de la cour intérieure (Documents Google Maps et site internet)
Vues d’une salle décorée (Documents site internet)

Exception faite de la malterie disparue depuis 1976 après plus de 50 ans de fonctionnement, le quartier est donc resté identique à ce qu’il était au début du 20ème siècle si l’on fait abstraction de la proximité de la voie rapide qui ne parvient cependant pas à altérer le charme et la tranquillité des lieux.

Vue aérienne de 1982 (Document IGN) et de 2020 (Document Google Maps)

Remerciements à Historihem, la Ville de Hem, André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Hem 1000 ans d’histoire, et Bernard Thiebaut pour son ouvrage Hem Mémoire en images.

Henri Delecroix

C’est dans l’annuaire de 1893 que le nombre de brasseries à Hem passe de 3 à 5 avec la brasserie d’Henri Delecroix. Né en 1861, de parents cultivateurs, et de santé fragile il passe son enfance sur la côte où il fait ses études. Rentré à Hem il y crée en 1888 une brasserie dotée d’un outillage moderne qui prend rapidement de l’extension dans les environs. Installée rue du Rivage, l’entreprise prend le nom de brasserie du Rivage.

CPA de la brasserie du Rivage (Documents collection privée)
Facture de 1893 (Document Historihem)

Comme la plupart des brasseurs de l’époque Henri Delecroix est propriétaire de plusieurs estaminets sur la commune. Ainsi on peut citer le café brasserie du Rivage situé au coin de la rue du même nom, le Franc Bouleux au 244 rue de Lannoy (actuelle rue Jules Guesde), la Halte au Petit Lannoy, l’Hermitage rue Poivrée (actuelle rue du Général Leclerc), la Paix (au bout de la rue du Cimetière), le Pinson (au coin de la rue de la Vallée et de la rue de Lannoy…

Quelques estaminets appartenant à Henri Delecroix : le Rivage, le Franc-Bouleux, la Paix et le Pinson (Documents collection privée)

Entré au conseil municipal dès 1896, Henri Delecroix est élu maire de la ville (d’Union Républicaine) en mai 1900 et reste à la tête de la commune jusqu’en 1925. Les journaux de l’époque le décrivent comme bienveillant : « il n’est vraiment heureux que lorsqu’il peut donner satisfaction…sincèrement démocrate il accorde toute sollicitude aux humbles, aux travailleurs ». Les caricatures le représentent assez petit mais râblé, cheveux en brosse, belle moustache et barbe en pointe.

Caricature représentant Henri Delecroix et photo des membres du Conseil Municipal (Documents Historihem)

C’est l’époque où est votée la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de Mr Waldeck-Rousseau. Mr Delecroix est de la même tendance républicaine de gauche et répercute donc son programme au plan local, si bien que ses rapports avec les catholiques se durcissent, notamment lorsqu’il réclame la clef de l’église au curé : Edmond Pollet.

Rapports tendus avec le clergé (Document Au Temps d’Hem)

La gestion de l’équipe Delecroix marque la vie municipale d’une très large empreinte sociale (assurance accidents des employés communaux, consultations pour nourrissons, fourniture de livres aux indigents…) Il fait aussi établir avant la 1ère guerre un projet de distribution d’eau potable « sur évier » par la société des Eaux du Nord et met en place un service d’ébouage.

Photos d’Henri Delecroix (Documents Historihem)

Le progrès technique facilite également la vie de tous les jours et un avis favorable est donné par le conseil municipal suite à l’enquête sur la création d’une ligne de tramways électriques à travers Hem. C’est la ligne Roubaix Hem qui entre en service la 1ère suivie de la ligne de Lille à Leers.

La ligne de tramways (Document Au Temps d’Hem)
Document de 1914 (Document Historihem)

En Octobre 1914, avec le début de l’occupation allemande, comme tous les autres maires, Henri Delecroix reçoit un ordre d’évacuation du préfet pour tous les hommes mobilisables encore dans leurs foyers sauf les fonctionnaires qui restent à leur poste. Les vexations journalières commencent et la ville est soumise à un pillage filtré et méthodique qui fait le vide partout.

Des ouvriers hémois sont incorporés de force dans des bataillons civils et expédiés dans les Ardennes pour du travail obligatoire pour les occupants. L’autorité allemande ajoute à la déportation des hommes celle des femmes, expédiées dans les villages désertés des Ardennes ou réquisitionnées pour la moisson.

 Jeunes hommes déportés et jeunes filles d’Hempempont réquisitionnées pour la moisson (Documents Hem d’hier et d’aujourd’hui)

La commune doit quant à elle subvenir au logement, au bien-être et à la nourriture de l’ennemi. La population est réquisitionnée à tout moment pour travailler suivant le bon vouloir des allemands et ne peut pas quitter la ville comme elle le veut. La commune fournit chaque jour du bois à brûler aux troupes allemandes. En revanche, les écoles et les églises ne peuvent pas être chauffées.

Avertissement et appel à la population (Documents Hem d’hier et d’aujourd’hui)

4 ans plus tard les troupes allemandes évacuent et en décembre 1918, Henri Delecroix peut réunir son conseil municipal. Le conseil a la possibilité d’ ouvrir à nouveau les dossiers laissés pour compte pendant la guerre et de prévoir un budget spécial pour faire face à toutes les dépenses concernant les dommages de guerre avec une aide préfectorale.

Au début des années 1920, le projet relatif à l’établissement de la distribution d’eau potable dans toute la commune est relancé et en 1926 les canalisations sont implantées et 22 bornes fontaines installées. Puis c’est l’éclairage public de la commune qui est soumis au vote du conseil municipal et l’installation du réseau d’électricité pour tous usages dans la commune est réalisée par la société Tricoit de Lannoy.

Borne fontaine (Document Hem mille ans d’histoire et document au temps d’Hem)

Puis, en 1925, Henri Delecroix perd son mandat de maire au profit de Julien Lallart. Il décède en 1933 d’une longue maladie à son domicile, 11 place Verte (actuelle place de la République).

Domicile de Henri Delecroix sur la place d’Hem (Document Historihem) et photo aérienne de la demeure en 2020 (Document Google Maps)

A suivre…

Remerciements à l’association Historihem, André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Hem 1000 ans d’histoire ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem

La brasserie Leclercq à Hem

Dès l’époque de la révolution française, on retrouve, à l’extrémité sud-est du bois de la Fontaine (situé sur Croix), les familles Leclercq, fermiers, cultivateurs et brasseurs à Hem, au pavé de Croix. C’est Jean-Philippe Leclercq, échevin pendant 44 ans, qui crée une brasserie avant la révolution. La ferme quant à elle existe déjà depuis le 16ème siècle.

Blason de la famille Leclercq, première brasserie de Hem (Document Hem 1000 ans d’histoire)

Parmi les dépendances se trouve la célèbre « grange au mars » où l’on stocke la belle et bonne bière de saison du bon vieux temps jusqu’en mars. C’est dans la cave de cette grange de plus de deux cent mètres carrés, située presque en face de la future brasserie Leclercq du 20ème siècle à gauche de la ferme (actuellement Le Clos de la Source), que deux prêtres, natifs de l’endroit les abbés Denis et Henri Leclercq, célèbrent la messe en cachette lors de la révolution.

La dépendance de la brasserie, à gauche, marquée d’un point blanc, au début du 20ème siècle (Document Historihem)

C’est le journal Nord-Eclair qui en 1968, relate la démolition en cours de ce bâtiment, frappé d’alignement depuis très longtemps, qui était tombé en ruine. On constate en effet sur une photo de la brasserie Leclercq au début du 20ème siècle, sur le trottoir d’en face une ruine dépassant les autres maisons.

La grange au Mars en cours de démolition en 1968 (Document Nord-Eclair)

Après la révolution, Charles Leclercq, fils de Jean-Philippe, répertorié comme laboureur, autrement dit paysan aisé possédant un cheval pour labourer, devient maire de la ville de Hem.

Charles Leclercq nommé maire de Hem en 1795 (Document Au temps d’Hem)

Ce n’est qu’à partir de 1850 qu’il est cité comme brasseur, remplacé ensuite par son fils Louis-Florentin qui épouse Esther Taffin et qui rentre au conseil municipal après la chute du second empire. La famille d’Esther possède un terrain, situé entre la rue de Lille (actuelle rue du Général Leclercq) et le cours de la Marque, que son époux met en lotissements. Par ailleurs, entre 1830 et 1850, il prospère en exploitant des carrières de sable sur ses terres d’ Hempempont.

Plan de la brasserie vers 1830 (Document Historihem)
Plan du quartier dans les années 1860 (Document Historihem)
Papier à en-tête Leclercq-Taffin (Document collection privée)

C’est Louis-Florentin Leclercq-Taffin qui fonde en 1890 un syndicat des brasseurs de la campagne dont il devient le président, en vue de défendre les intérêts de ceux-ci, le cas échéant, contre les brasseurs des villes déjà organisés en syndicat des brasseurs du Nord. Il devient à son tour maire de la ville de Hem par la suite.

Ce n’est qu’en 1904 qu’une malterie est construite par Louis et adjointe ainsi à la « ferme-brasserie » mise en place par son père. L’année de sa construction apparaît clairement sur sa cheminée. Dès lors la brasserie Leclercq, connue sous le nom de Brasserie d’ Hempempont, prend de l’expansion, se modernise et voit sa renommée grandir ainsi que son personnel.

La brasserie au début du 20ème siècle (Document collection privée) et la brasserie à côté de la ferme (Document Historihem)
Les ouvriers prennent la pose en 1904 (Document Hem 1000 ans d’histoire)
La ferme et l’habitation de la famille (Documents Historihem)

Pendant la première guerre mondiale, Charles Leclercq, héritier avec son frère de l’entreprise familiale, écrit à celui-ci qui est au front : « après un repos de 8 jours, nous avons de nouveau des allemands à loger mais nous ne nous tracassons pas trop car nous sommes habitués ; c’est la 14ème fois que nous en avons à loger. A la brasserie, je force la fabrication et remplis les caves des clients en prévision des mesures prises pour la réquisition du malt. A Lille il n’y a plus que 3 brasseries qui travaillent sous le contrôle et pour le compte des boches…A la ferme on sarcle les blés ».

Charles doit ensuite évacuer, comme l’ordre en a été donné à tous les hommes de 18 à 48 ans. Ne pouvant aller au delà de Lille, il s’y cache dans les caves de son beau-père, Mr Salembier. Puis il retourne à Hem auprès de sa femme et de leurs 8 enfants. Il n’est pas inquiété alors que son frère le croyait prisonnier des allemands.

A suivre…

Remerciements à Historihem, la Ville de Hem, André Camion et Jacquy Delaporte pour leurs ouvrages Hem d’hier et d’aujourd’hui et Hem 1000 ans d’histoire, et Bernard Thiebaut pour son ouvrage Hem Mémoire en images.

Georges Bernard – La villa Pax

Pendant la première guerre mondiale, un jeune appelé hémois, dont le père est ouvrier à la brasserie Leclercq, comprend qu’il est nécessaire, pour soutenir le moral des hommes, de leur donner des nouvelles des copains et de la famille. A cet effet le sergent Georges Bernard, né à Hem en 1890, crée « le Trait d’Union », un bulletin d’information.

Le Trait d’Union n° 4 partie haute de la page 1 (Document archives Historihem)

Georges n’a reçu qu’une instruction primaire à l’école privée Saint Corneille mais a ensuite poursuivi ses études aux cours du soir à Lille. Capacitaire en droit, il a été reçu à plusieurs concours administratifs. Il a rassemblé toutes les adresses des camarades de Hem qui sont au front afin de pouvoir établir une liaison entre eux et les civils restés au village.

Tiré chaque mois à 300 exemplaires, ce petit journal est attendu par tous et apporte des nouvelles des poilus à la famille et des nouvelles du village aux hommes dans leurs tranchées. Le secrétaire du journal est Jean Castelain, professeur à Saint Charles, qui, réfugié à Paris, y a trouvé du travail au Crédit du Nord et une machine à écrire pour taper ses textes, toujours sous la direction de Georges.

Photo de Georges Bernard (à droite) au front en avril 1916 (Document archives Historihem)

Le Trait d’Union  assure ainsi la liaison entre les mobilisés et la population d’Hem jusque la fin de la guerre en novembre 1918. A son retour, titulaire de la croix de guerre, Georges Bernard devient le Président-fondateur de la Fraternelle des Anciens Combattants.

Photo de la FAC (Document archives Historihem)
Photo du drapeau de la FAC (Document archives Historihem)

Il entre également en politique et devient conseiller municipal à Hem, de 1920 à 1925, et porte-parole du Parti Démocrate Populaire. Il représente les chefs de familles nombreuses et entre au conseil d’administration de la société d’habitations à bon marché « Notre Toit ».

En 1926, il commence à faire construire la villa Pax au 73 rue du Calvaire à Hem. Un portrait d’Achille Plouvier se trouve dans la salle à manger de cette villa. Il s’agit du père de Cécile Plouvier épouse Bernard qui était un maillon de la chaîne des organistes de la famille Plouvier qui se sont succédé à Lannoy depuis François Plouvier, né en 1789, jusqu’à Louis Plouvier, né à Lannoy en 1921, et qui a tenu de longues années les orgues de la paroisse St Jean Baptiste de Roubaix.

Portrait d’Achille Plouvier (Document collection privée)

Cette villa devait initialement être accolée à une seconde maison identique qu’aurait occupée l’un des frères de Georges mais qui n’a finalement jamais été construite, ce qui explique sans doute le fait que l’un des pignons de la maison soit aveugle. Quant au nom de la demeure on peut imaginer qu’il ait été choisi pour marquer l’attachement de cet ancien combattant à la paix.

Photo de Georges Bernard en 1931 avec son épouse Cécile Plouvier et ses enfants devant la villa Pax (Document collection privée)

Mais le 25 septembre 1939, le petit journal réapparaît malheureusement, sous le n° 1 et pour  les quatre ans de la seconde guerre mondiale, toujours sous la direction de Georges Bernard. Ce 1er numéro du nouveau Trait d’Union fait d’ailleurs référence au « fléau de la guerre ». Son but est le même qu’auparavant : apporter soutien et réconfort aux soldats et à leurs familles.

Trait d’Union n° 1 de 1939 (Documents archives Historihem)

Georges Bernard reprend une teinturerie construite en 1923, 32 rue de Hem à Willems près de la Marque. L’atelier de fabrication se trouve en rez-de-chaussée ; les murs sont en brique et une grande cheminée d’usine surplombe la cour. Pendant la guerre l’entreprise ferme ses portes et les rouvre après guerre.

Photo de l’usine de nos jours, fermée en 2012 (Document vivacités Hauts de France)
Publicité 1965 (Document Ravet Anceau)

Lors de ses loisirs il est membre de la fanfare Saint-Corneille en plus de ses multiples occupations citées plus haut.

Photo fanfare Saint-Corneille (Document archives Historihem)

Après-guerre, il est également reconnu comme ayant fait partie de la résistance dans les rangs de Libération-Nord. Il est proposé pour recevoir la croix de chevalier de la légion d’honneur. Il reçoit également la médaille militaire en 1964.

Attestation de Libération-Nord mouvement de résistance (Document archives Historihem)
Photos de la remise de médaille militaire en 1964 (Documents archives Historihem)

Il décède en décembre 1972 et ses funérailles sont célébrées en l’église Saint-Corneille en présence d’une assemblée fort nombreuse et sous une avalanche de fleurs dont les couronnes envoyées par l’usine de Willems.

Dans le chœur ont pris place les porte-drapeaux  de la légion d’honneur, des Francs Amateurs d’Hem, de la Fraternelle des Anciens Combattants et des médaillés militaires. Mr Leplat, maire de Hem est également présent avec plusieurs membres du conseil municipal.

Sa veuve continue ensuite à vivre dans la villa Pax comme l’atteste le Ravet-Anceau de 1979.

A ce jour la villa abrite le siège social de la société de Mr Christophe Czapla ainsi que son épouse en qualité de profession libérale.

Photo aérienne de la villa en 1976 et 2021 (Document IGN et Google Maps)
Photo de la villa en 2021 (Documents Google Maps)

Remerciements à André Camion et Jacquy Delaporte, à Historihem et à Mr et Mme Christophe Czapla ainsi qu’aux descendants de Georges Bernard