Poissonnerie du boulevard de Fourmies

Dans les années 1930, le 161 du boulevard de Fourmies est occupé par un estaminet, appartenant à la brasserie Brabant-Desprets qui se situe à Hem, au 454 rue Jules Guesde. C’est un café « tenu » par la brasserie et géré par M Plaisant dans les années 1930 et Mr Caty dans les années 1940.

Plan cadastral

Pierre Victor est né en 1921 ; il est caviste à la brasserie Brabant-Desprets et entretient d’excellentes relations avec sa direction. Pierre a toujours souhaité créer son commerce, et lorsque le café du 161 boulevard de Fourmies se libère à la fin des années 1940, il négocie un accord avec son patron pour reprendre les murs et le pas de porte. Pierre crée alors son commerce de poissonnerie, car le métier lui plait et de nombreux membres de sa famille travaillent dans ce domaine. Il fait effectuer les modifications et l’aménagement et la poissonnerie ouvre alors en 1949.

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Le terrain a une superficie de 124 m2. la surface de vente est assez réduite puisque derrière, se trouvent la salle de séjour et la cuisine ; la chambre froide est au fond de la cour et les chambres sont à l’étage. Pierre se marie avec Gisèle, née Delplanque et le couple a une fille Annie, née en 1946.

La photo ci-dessous, date du début des années 1950. Giséle, la femme de Pierre se trouve sur le pas de la porte d’entrée de la poissonnerie. A l’extérieur on distinge un tableau noir affichant les poissons frais du jour, et quelques bourriches d’huitres sur un étal. La porte de gauche est celle d’Oscar Tiberghien entreprise de déménagements, et à droite, la maison particulière de Roland Jaune qui transformera ensuite son habitation en commerce pour un brocanteur : « Le Grenier d’Auvergne ».

Le magasin au début des années 1950 ( document archives municipales )

Les affaires démarrent très correctement. Pierre souhaite développer encore son activité. Avec son frère Maurice, poissonnier au Brun Pain à Tourcoing, il crée un entrepôt «Belle Moule» à Marcq en Baroeul, pour importer des moules de Hollande et les distribuer dans toutes les poissonneries de la métropole. Peu de temps après, il devient mareyeur à Boulogne sur mer. Sa petite entreprise, « Océan Marée » est l’intermédiaire entre les pêcheurs boulonnais et les détaillants poissonniers de la région. Gisèle tient le magasin et Pierre l’aide surtout le vendredi, parce qu’il gère ses activités de négoce, le reste de la semaine.

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document collection privée

En 1960, Pierre et Gisèle décident d’une transformation complète du magasin. Ils font installer une nouvelle chambre froide placée entre le magasin et l’habitation. L’intérieur du point de vente se modifie également : le comptoir en bois est remplacé par un comptoir réfrigéré, sur lequel est posé la nouvelle balance Berkel. Ils développent également leur gamme de produits : poissons, huitres et saurisserie.

document archives municipales

Au début des années 1970, à chaque période de fin d’année, Pierre et son épouse louent une immense barque, qu’ils déposent sur le trottoir pour vendre leurs produits de fête ( huitres, homards, langoustes etc ). Annie, leur fille, aide ses parents, entre autre, durant la période festive.

document collection privée

En fin d’année 1974, un camion de livraison se gare pendant trois jours de suite, devant la poissonnerie pour proposer 10 tonnes d’huitres fraîches en direct de l’île d’Oléron, de Bretagne et du bassin d’Arcachon à des prix très attractifs et séduisants.

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Annie se marie avec Michel Destoop. Ils habitent dans la rue voisine, au 3 rue Germain Pilon. Michel crée son entreprise de transports, avec l’aide de son beau-père. Il se spécialise dans le transport des produits de la mer depuis Boulogne sur mer, avec sa société : « Transports Le Bélier ».

Michel et son camion de transports « Le Bélier », rue Germain Pilon

Pierre Victor prend sa retraite en 1977 ; c’est l’occasion de fêter cet événement avec de nombreux commerçants regroupés au sein de l’association des commerçants du boulevard de Fourmies, à la salle de réception « La Huchette », rue Henri Regnault. Pierre décide alors de se consacrer à une activité de loisirs. Il reprend l’étang des Couartes à Saint Josse dans le Pas de Calais.

Pierre et Gisèle, lors de leur départ en retraite, entourés des membres de la famille, et des commerçants du boulevard de Fourmies ( document A. Destoop )
Pierre et Gisèle ( document A. Destoop 1980 )

La poissonnerie du boulevard de Fourmies est ensuite cédée à Raymond et Huguette Broutin. En Juin 1985, ils décident de transformer la façade du bâtiment avec la porte d’entrée à droite, et à l’étage en perçant une fausse fenêtre et en remplaçant les deux autres fenêtres.

documents archives municipales

La poissonnerie Broutin continue d’exister encore durant de nombreuses années et ferme définitivement ses portes en 2009. Depuis, le commerce reste toujours inoccupé à ce jour.

La profession de détaillant-poissonnier a complétement disparu de nos jours. D ‘après le Ravet Anceau de 1968, à l’époque 47 poissonneries étaient implantées à Roubaix. Il n’en reste plus une seule, aujourd’hui. La poissonnerie du boulevard était la dernière.

Photos BT

Remerciements à Annie Destoop ainsi qu’aux archives municipales.

Café Vandamme (suite)

Lors des années 1960 et 70 , le café Vandamme-Messiaen à Leers devient une véritable institution sur la place de Leers. De nombreuses familles Leersoises participent aux repas de communions, mariages et enterrements.

le café Vandamme au début des années 60 ( document Ch Duhamel )

Marguerite Vandamme, qui travaille à la radiodiffusion de Lille, prend toujours congés lors de la fête foraine de la commune pour aider ses parents. Les familles y viennent nombreuses le dimanche pour ses savoureuses frites, croque-monsieurs, sandwichs, et hot-dogs.

Jules, Jeanne, Marguerite, Eloi et les cousins Bernard et Jean Pierre Desmet. C’est toujours le comptoir initial qui est présent en 1965 ( document Ch Duhamel )
1966, le comptoir vient d’être changé ( document Ch Duhamel )

En 1967, Eloi Duhamel, l’époux de Marguerite Vandamme, en accord avec ses beaux-parents, décide de rénover le bâtiment principal dont les origines remontent au milieu du XVIIIe siècle. Jules décède subitement en juin alors que le permis de construire vient juste d’être déposé.

La construction du nouveau bâtiment débute dès l’automne. C’est l’entreprise de bâtiment de Pierre Derycke, sise rue de Néchin à Leers, qui assure le gros œuvre.

La photo ci-dessous montre l’ampleur des travaux : des étais sont placés pour supporter la charpente et la toiture. Malgré ces travaux très importants, le café reste ouvert et Jeanne reçoit les clients dans la salle de réception située à l’arrière.

les travaux en 1968 ( document Ch Duhamel )
le café extérieur et sa terrasse en 1969 ( documents Ch Duhamel )

Sur les 2 photos ci-dessus, on remarque la nouvelle façade en pierres de taille au rez de chaussée, et en briques à l’étage, les menuiseries neuves en bois, les enseignes des dépositaires de bière ( Deher-Brau, Météor et Setz-Brau ). A gauche, la vitrine coulissante permet la vente à emporter, et à droite se trouve une terrasse avec ses tonneaux et parasols en période estivale.

Eloi perçoit le goût des jeunes et installe jusqu’à 3 flippers dans les années 1970. Devant l’évolution du café, Marguerite Pipart à la friterie, les cousins cités précédemment , et leurs enfants Joëlle et Christian viennent aider principalement le week-end .

Marguerite Pipart et Joëlle à la friture en 1971 ( document Ch Duhamel )
Christian et son cousin Jean Marc 1974 ( document Ch Duhamel )

A la fin de cette décennie l’activité ralentit, et Christian doit effectuer son service militaire. Il est donc décidé d’arrêter la friterie fin décembre 1978 après 30 années d’activité.

Heureusement, le café est encore le siège de nombreuses associations ; principalement celles des réfractaires et maquisards dont le président est le cousin Maurice Desmet, des anciens d’Afrique du Nord, des cyclos du Leers omnisports, du club de compétition cycliste Leersois, du club de tir aux pigeons d’argile, sans oublier le siège des agriculteurs de la commune présent depuis l’ouverture du café en 1933.

Lors des fêtes commémoratives, le jeu de 421 est tenu par les associations comme celles des réfractaires et maquisards

Jeanne Vandamme avec Louis Baussard, le cordonnier et Marcel Spileers, le crémier, commerçants du centre-ville 1972 ( document Ch Duhamel )

Marguerite Vandamme et son époux succèdent à Jeanne qui reste néanmoins très active dans le commerce jusqu’à son décès en 1994.

Marguerite et sa fille Joëlle, le comptoir est récent ( document Ch Duhamel )

Eloi décède en 1998 et Marguerite, dont le contact avec les clients est sincère et apprécié, continue l’activité avec l’aide de son filleul Francis Messian et de son fils Christian. Les parties de belote y sont nombreuses.

Marguerite à droite et Christian à gauche entre deux fidèles clients et amis ( document Ch Duhamel )

Marguerite chute en 2009, en conséquence elle ne peut maintenir son activité que les vendredi soir et dimanche matin jusqu’à son décès fin 2016, à l’âge de 88 ans. C’est l’année où le café ferme définitivement.

La salle de réception, prête pour l’assemblée générale des cyclotouristes ( documents Ch Duhamel )
1968-2016 l’intérieur du café Vandamme que de nombreux Leersois ont connu ( document Ch Duhamel )

En 2019, le café est cédé à Jean-Bernard Michiels de la « Poissonnerie Leersoise ». Il transforme complètement l’établissement, ne garde que la façade, et divise l’ancien café en 2 commerces. Il transfère sa poissonnerie, l’espace cuisine et les chambres froides à gauche, et garde l’activité de café à droite en créant l’enseigne « Le Petit Vandamme » en 2020.

Témoignage de JB Michiels : En appelant le café : « Le Petit Vandamme », je souhaite rendre hommage aux Leersois qui ont connu ce lieu durant de longues années. C’est un chouette clin d’œil au passé du lieu, et à ses propriétaires qui ont fait les belles heures du commerce local.

la façade actuelle ( photo BT )

Le café Vandamme a vécu une époque fabuleuse. Ce fut une véritable institution à Leers, pendant plus d’un siècle. Tous les Leersois en gardent un excellent et mémorable souvenir.

Remerciements à Christian Duhamel, le fils de Marguerite Vandamme