Le parc de Beaumont

Suite d’un précédent article intitulé : le parc Masurel

L’entreprise Ferret Savinel confie à l’architecte J.P Watel, en 1980, le soin de concevoir le projet ambitieux du parc Masurel sur un terrain de 8 ha, appelé à devenir le parc de Beaumont.

document Ferret Savinel

Les 129 maisons sont disposées autour d’une boucle formée par la voie principale, sur laquelle viennent se greffer quelques placettes aménagées.

L’accès de la demeure Masurel se faisait par l’avenue Gustave Delory. L’accès au parc se fait désormais par la rue Edouard Vaillant, avec une entrée et une sortie séparées : l’avenue des Hêtres.

documents Ferret Savinel

Les 129 maisons sont de construction traditionnelle, en briques.

5 conceptions différentes de maisons individuelles sont proposées à la clientèle : les Merisiers, les Marronniers, les Sureaux, les Bouleaux et les Peupliers. Les prix varient de 450.000 Francs pour le modèle le moins cher à 700.000 Francs pour le modèle de grand standing ( les Peupliers ) .

document Ferret Savinel

La conception du lotissement est tout à fait originale. Le constructeur a pris en compte les réactions de la clientèle chez les nouveaux propriétaires de maisons individuelles, à savoir : l’inconvénient d’avoir à entretenir un immense et vaste jardin ! Il a donc disposé les maisons sur des petites parcelles de terrain ( de 350 à 700 m2 ) et laissé le reste du terrain en espace vert commun.

document Nord Eclair

Presque 50 % de la superficie totale du lotissement est ainsi réservé à un grand parc préservé de toute construction et accessible au public. Le parc sera privé mais libre d’accès. Il sera entretenu par la copropriété.

La création de ce lotissement respecte totalement l’environnement. La plupart des arbres centenaires du parc Masurel ont bien sûr été préservés.

Photo aérienne 2011 ( document collection privée )

Remerciements aux archives municipales.

Le parc Masurel

Le parc Masurel se trouve avenue Gustave Delory, derrière les villas et les appartements cossus. Le parc est donc invisible de l’avenue.

document Nord Eclair

L’entrée du parc se fait par une allée privée au N° 24. C’est aujourd’hui l’entrée de la prestigieuse école EDHEC.

Photo BT 2021

Ce terrain se termine rue Edouard Vaillant, à l’Est, et sur la ville de Croix, au Sud.

C’est un parc immense de 8 hectares. On y trouve des arbres magnifiques, dont certains sont centenaires : des bouleaux, chênes, marronniers, merisiers, peupliers.

On l’appelle Parc Masurel, car Ernest Masurel et son épouse Marcelle Huet sont propriétaires du terrain et de la demeure.

document collection privée
document IGN

M et Mme Masurel y résident. C’est en fait, un véritable château ! Ses dimensions sont de 27,50m de longueur sur 15m de largeur soit 400 m2 au sol.

Il y a 3 niveaux, soit un total de plus de 1200 m2 habitables.

La façade avant ( document archives municipales )

Au rez de chaussée on trouve un hall, une salle à manger, un salon, un bureau, une cuisine, un office et une salle à manger pour le personnel.

Au 1° étage : 8 chambres pour les membres de la famille et les invités, 2 WC et 2 salles de bains.

Au 3° étage : 9 chambres et 2 salles de rangement.

M et Mme Masurel ont trois enfants, et au vu du nombre de chambres, on peut imaginer qu’il devait y avoir beaucoup de personnel : femmes de chambre, cuisiniers, et jardiniers.

Il existe également sur le terrain, une maison de 100 m2 pour le gardien.

document archives municipales

M Masurel devenu veuf, décède en 1974. Les héritiers ne tiennent pas à reprendre la demeure, étant donné les frais d’entretien que cela représenterait. Ils décident donc de mettre la propriété en vente.

Toutes les richesses à l’intérieur du château sont vendues ( tableaux, œuvres d’art, boiseries, marbres etc ). La maison est cédée au promoteur Ferret Savinel et sera démolie. Le projet de construction d’un lotissement est signé par le P.D.G de l’entreprise Ferret Savinel, Jean Arnault en Juillet 1979.

Le château pendant la démolition ( document archives municipales )

à suivre . . .

Remerciements aux archives municipales.

La Roseraie

Joanny Dufour Marsy est un industriel. Le siège de l’entreprise Dufour est basé chez lui, au 30 rue du Château. La société fabrique des courroies en cuir pour machines-outils, dans son usine de Charenton, dans la région parisienne. Les affaires sont florissantes, au début des années 1900, grâce à l’industrie textile roubaisienne. Il fait l’acquisition d’un terrain, avenue des Villas (aujourd’hui, le 45 avenue Gustave Delory), en 1910, pour y construire une maison individuelle. Il s’agit d’une grande avenue où les industriels commencent à faire bâtir de somptueuses villas. J. Dufour préfère une habitation plus modeste que les hôtels particuliers de l’avenue ; il fait appel à l’architecte Albert Bouvy, pour créer une maison à colombages : un chalet coquet et plein de charme.

Façade Sud 1913 ( collection privée )

L’habitation est confortable : au rez de chaussée, on trouve un vestibule, une cuisine, une petite salle et un grand séjour de 38m2 qui donne sur une terrasse extérieure. Au 1er étage, il y a 4 chambres, le second étage est composé de 2 chambres et un grenier.

Le terrain est immense, en forme de L sur 3387 m2. J. Dufour est passionné d’horticulture et y fait donc planter des arbres, des arbustes et surtout des rosiers. Sa demeure devient « La Roseraie ».

Façade Nord 1913, au fond à gauche, une des villas avenue G. Delory, aujourd’hui Comexpert ( collection privée )
( document Archives Municipales )

A la fin des années 1920, Marcel Delvas, négociant en laines, son épouse Thérèse et leurs deux filles : Colette et Jacqueline habitent les lieux.

Au milieu des années 1930, le nouveau propriétaire est Robert Delcourt. Il dirige un négoce de vins et spiritueux : L’Économie, rue Jules Guesde. Robert est marié avec Monique Pollet : la fille de Charles Pollet, un des frères fondateurs de La Redoute. Avec leurs enfants, ils vont habiter La Roseraie pendant de longues années.

Robert aménage un garage pour deux voitures dans le fond du jardin et construit un puits décoratif devant la maison. La famille apprécie les charmes de ce pavillon dans un parc verdoyant et magnifique.

Vue depuis l’avenue G. Delory, le mur d’enceinte et la barrière en bois ( document Archives Municipales )

Robert décède en 1988. Son épouse Monique a bien du mal à gérer seule cette grande propriété. Avec les années, la Roseraie s’est dégradée : pannes de chaudière, fuites à la toiture, humidité dans les murs, décoration à refaire. En 1989, les travaux de rénovation deviennent trop importants ; Monique et ses enfants décident de céder la propriété à un promoteur immobilier, la société Palm Promotion. Cette filiale du groupe Rabot Dutilleul, confie le dossier à l’architecte Jacques Lapchin et propose d’édifier sur le terrain un lotissement de maisons et d’appartements, en locatif, à caractère social. Ce choix entraîne inévitablement l’abattage de très nombreux arbres centenaires.

( document Archives Municipales )
( document Archives Municipales )

Les riverains réagissent ; une quarantaine de familles se mobilisent pour défendre l’environnement et leur cadre de vie. Une association : Delory–Lafargue-Anatole France, est créée ; des pétitions sont signées et adressées à M. le Maire.

( document Archives Municipales )
Photo prise du fond de la propriété ( document Archives Municipales )
( document Nord Éclair )

André Diligent et ses adjoints, Jacques Lamaire et René Vandierendonck, apportent quelques légères modifications au projet de Palm Promotion, mais le permis de construire est signé.

( document Archives Municipales )
( Photo BT 2019 )

Il n’est pas toujours facile de trouver un accord entre nature, écologie, esthétique et une nécessaire mixité sociale.

Remerciements aux Archives Municipales.

.

Évolutions d’un carrefour

 La jonction de l’avenue Delory et de la rue Henri Regnault est parcourue, dès l’origine, par la ligne 3 de tramway, venant de la place du Travail pour emprunter le boulevard Clemenceau vers Hem. Au début des années 50, les rues Charles Fourier (ancien chemin vicinal menant à Hem) et Horace Vernet, après avoir traversé une zone de jardins ouvriers, sont encore à peine ébauchées à leur extrémité, tandis que du côté de Hem, l’avenue de Roubaix sert essentiellement à desservir la ferme de la Tousserie, avant de rejoindre le boulevard Clémenceau. La ferme de la Haye vient d’être abattue pour faire place à des maisons individuelles. Sur son emplacement va s’édifier l’école Ste Bernadette.


Dans la deuxième partie des années 50, le carrefour prend de l’importance avec l’implantation définitive des rues  Charles Fourier et Horace Vernet, et la construction d’immeubles collectifs importants. Pourtant, malgré l’augmentation du trafic, on ne se préoccupe toujours pas de l’aménager.

L’immeuble de la rue Régnault, plus connu sous le nom de la Banane

En 1960, l’importance de la circulation oblige à prendre des mesures. On décide d’implanter des îlots directionnels pour séparer les flux et protéger les piétons. Le terre-plein principal doit comprendre un espace vert, entouré d’un trottoir revêtu de carreaux de ciment. Des poteaux d’éclairage sont également prévus. Une adjudication est lancée, précisant que les adjudicataires sont obligés d’utiliser de la main-d’œuvre locale pour réaliser les travaux.


A la même époque, on généralise l’opération en installant des refuges pour piétons aux intersections importantes de l’avenue. Les habitants signent une pétition pour réclamer des feux rouges pour rendre la traversée de l’avenue moins dangereuse, tout en saluant les mesures prises : création des refuges, matérialisation des passages pour piétons ainsi que la limitation de vitesse.

Photo La voix du Nord

Nord Éclair insiste sur le fait que l’avenue très roulante et protégée par des « stops » aux intersections, incite les automobilistes à la vitesse. Le journal déplore le nombre important d’accidents. Il faut implanter des feux rouges. C’est chose faite au début des années 70 et la circulation est désormais rythmée par des feux tricolores montés, placés sur des portiques au carrefour qui nous intéresse.

En 1974, on remodèle l’aménagement du terre-plein pour permettre un accès plus direct à la rue Henri Regnault en venant du rond-point des trois baudets par l’avenue Delory, mais aussi pour desservir la nouvelle voie rapide. A cet effet, le terre-plein principal est coupé en deux, et les voies de circulation sont matérialisées par une signalisation peinte au sol.


Mais la circulation reste dangereuse, et on se préoccupe ensuite de séparer sur l’avenue Delory les sens opposés de circulation autrement que par une ligne continue. On élargit la zone d’exclusion centrale, et on en profite pour matérialiser des voies cyclables de manière à supprimer une des voies  dans chaque sens. Les circulations ne se font plus désormais que par une seule voie pour chaque direction sur l’avenue.  Notre carrefour s’enrichit alors de terre-pleins de séparation, qui s’ajoutent à ceux déjà existants. Il prend alors l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.

Photos aériennes IGN

 

Les autres documents proviennent de la Médiathèque de Roubaix et des Archives municipales

Chaussées de l’avenue Delory

A l’origine, la chaussée de l’avenue des Villas (première dénomination de l’avenue Delory) est simplement couverte de scories. On songe très vite à un revêtement plus efficace, et c’est ainsi que l’avenue va être empierrée tronçon après tronçon par l’emploi de Macadam. C’est une technique d’empierrement développée par un écossais, M. Mc Adam, et qui consiste à étaler des couches de pierres de plus en plus petites, les plus grosses à la base et les plus fines au dessus, l’ensemble étant ensuite compacté.

En 1906 on envisage d’effectuer cette opération depuis la rue de Barbieux jusqu’à la rue de Beaumont en utilisant en sous-couche des cassons de porphyre, recouverts de gravier de St Omer sur une largeur de 12 mètres. Jules Noyelle, conseiller municipal, explique que cette partie de l’Avenue des Villas est assez fréquentée pour qu’on améliore la viabilité qui est très mauvaise. Les rechargements en scories que l’on y fait fréquemment n’ont pas de durée efficace… Louis Cauche obtient l’adjudication et effectue les travaux.

Document archives municipales

En 1907, M. Watel-Dhalluin et plusieurs autres propriétaires demandent la construction d’un aqueduc dans l’axe de l’avenue. Ce conduit se déverserait dans les fossés et les étangs du parc Barbieux. La municipalité refuse de polluer le parc. Néanmoins, la question de l’aqueduc se pose. Le fameux fossé sera couvert et séparé des étangs dans les années 20. L’aqueduc de l’avenue Delory pourra alors s’y déverser.

En 1910, on termine l’empierrement de la partie entre les rues de Barbieux et Lenôtre. Pour la plus grande partie de l’avenue la chaussée n’est bordée que de bas-côtés herbeux plantés d’arbres.

L’avenue en 1936 – Photo Collection B. Thiebaut

Les travaux resteront au point mort jusqu’après la guerre, et la chaussée va se dégrader progressivement. L’avenue est boueuse l’hiver et poussiéreuse l’été. Une partie des arbres plantés à l’origine, situés entre les fermes de Gourgemetz et de la Haye vont ensuite disparaître. Pour quelle raison ? Ils seront replantés dans les années 50. Deux photos aériennes de 1950 et 1957 nous le montrent :

Photos IGN

En l’espace de sept ans, les fermes et les champs ont été remplacés par des lotissements. Les travaux ont sans doute contribué à dégrader les trottoirs, car les journaux se font l’écho des nouveaux riverains qui dénoncent l’état des accès aux habitations, et attendent impatiemment les travaux de voirie nécessaires. C’est chose faite en 1957. On aménage les trottoirs et on replante les arbres manquants. Notez les moyens techniques utilisés qui sont un « must » pour l’époque : le camion GMC récupéré des surplus militaires et la pelle mécanique à câbles. C’est également à cette époque qu’on recouvre la chaussée de tarmacadam.

Photos Nord Eclair 1957

L’avenue commence à prendre l’aspect qu’on lui connaît. Les prochains aménagements concerneront essentiellement les mesures de sécurité à prendre concernant la circulation qui va progressivement se densifier.

 

La fin de l’avenue des Villas

Les travaux de terrassement de l’avenue des Villas sont à peine terminés que les destins de ses deux parties constitutives sont amenés à se séparer. Monsieur Wattine fait remarquer au conseil municipal en 1907 que ce nom unique ne fournit qu’une indication trop vague pour situer un lieu et s’y diriger, et que les autres boulevards de ceinture ont été découpés pour cette même raison. Par ailleurs, on peut remarquer que l’angle droit que forme cette avenue en son milieu suggère des voies différentes. Enfin, elle présente au début du 20ème siècle un manque d’unité évident : une première partie, celle touchant au parc Barbieux, est bordée de belles villas, puis l’avenue traverse une vaste zone coupe à travers champs. Enfin, après le virage, s’installent des usines dans un quartier au caractère plus industriel et populaire .

Plusieurs propositions sont faites pour découper l’ avenue en deux ou en trois parties. Elles s’accordent pour suggérer que la partie située entre la route de Roubaix à Lannoy (rue de Lannoy ) et nouveau boulevard de Roubaix à Hem (boulevard Clemenceau), prendrait la dénomination d’Alfred Motte ; le reste, jusqu’au parc Barbieux, conserverait le nom d’avenue des Villas. La séparation est effective sur ces bases en 1914. Les deux avenues, maintenant séparées, vont désormais évoluer de manière indépendante.

Pour la future avenue Delory, son extrémité côté Barbieux prend tout de suite l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Les industriels, très vite attirés par la proximité du « beau jardin », viennent y installer « campagnes » et villas bourgeoises dès avant la première guerre.

La descente de l’avenue Delory vers le Parc de Barbieux

Quant au reste de l’avenue, son caractère champêtre persistera près d’un demi siècle. Elle continuera à traverser la campagne, uniquement bordée par les fermes anciennes de Gourgemetz et de la Haye, jusqu’à ce que les lotissements de maisons individuelles ne remplacent les champs à partir des années 50.

Finalement, l’avenue des Villas ne prendra le nom de Gustave Delory  par une décision du conseil municipal en 1925.

Photos collection B. Thiebaut

Avenue des villas : un prolongement

L’avenue des Villas est maintenant ouverte entre la rue de Lannoy et la rue de Barbieux. Pour se rendre au parc, il est prévu d’emprunter la rue Montyon, qui n’est pas achevée. Elle est toujours barrée par une construction, et constituée par le tronçon d’un ancien sentier communal. De plus, elle forme un angle important avec l’avenue des Villas, et sa largeur prévue n’est que de douze mètres contre 30 à l’avenue des Villas. Ces inconvénients inspirent un autre plan : plutôt que de réaliser enfin la rue Montyon, pourquoi ne pas prolonger l’avenue des Villas en ligne droite par une voie de même largeur qu’elle ?

Le prolongement imaginé – Document archives municipales.

 Les propriétaires des terrains nécessaires à la prolongation de l’avenue sont essentiellement la société Lemaire Lefebvre, Edmond Ternynck-Dorneuil, ainsi que Pierre Delsalle-Defives, qui possède les bâtiments situés le long de la rue de Barbieux, juste dans l’alignement de l’avenue qu’ils barrent entièrement.

Dans une lettre datée du 21 Février 1899, certains des propriétaires concernés acceptent de céder les terrains nécessaires pour prolonger l’avenue entre la rue de Barbieux et l’avenue Lenôtre « en prolongation directe et sans courbe ». La ville s’engage à racheter ou à exproprier les deux propriétés implantées sur le passage de la voie, et à déclasser la rue Montyon, en restituant le terrain sur laquelle elle a été tracée. Ce terrain avait été cédé gratuitement quelques années plus tôt par Maxime Brame, qui le tenait de son père, Jules Brame, député et sénateur, également propriétaire du château de Beaumont à Hem. Le reste de ses propriétés a ensuite été cédé à la société Lemaire et Lefebvre, qui les a acquises en 1896. C’est donc elle qui récupérerait les terrains libérés par la rue Montyon.

Un obstacle toutefois , Edmond Ternynck, qui possède un terrain situé le long de l’avenue Lenôtre entre la rue Bossuet à la rue Montyon, et peu soucieux de voir ce terrain amputé et coupé en deux, entend contraindre la ville à tenir ses premiers engagements en ce qui concerne la rue Montyon. Il refuse tout arrangement amiable.

Le tracé est en nette pente (3,4 %) vers l’avenue Lenôtre et les eaux devront s’y déverser. Il faudra y construire un acqueduc pour les recevoir. Le projet est approuvé par le préfet et déclaré d’utilité publique en janvier 1901.

Document archives municipales

On procède activement aux formalités d’expropriation, d’indemnisation et d’acquisition des immeubles en vue de démolition. Edmond Ternynck, mis devant le fait accompli, accepte finalement un règlement à l’amiable. La rue Montyon est déclassée et supprimée, les servitudes la concernant disparaissent et les terrains qui la constituaient sont redistribués à leurs anciens propriétaires.

Les travaux peuvent démarrer. On se borne à niveler la voie nouvelle et à recouvrir le sol de cendrées. Les riverains vont pouvoir construire le long de la nouvelle avenue.

 

 

Avant l’avenue des Villas

En 1884, la partie sud de Roubaix, que l’on appelait « Roubaix Campagne », n’était constituée que de terres agricoles et de quelques hameaux. Ces terres dépendaient de quelques grosses fermes : Gourgemez, la Haye, la Petite Vigne, Maufait, l’Espierre, le Petit Beaumont… La population de la ville s’est considérablement développée et la partie sud va s’urbaniser progressivement : les usines et les habitations vont gagner ces zones potentiellement libres.

Pl1884-96dpiPlan cadastral de Roubaix Sud en 1884 – Document archives municipales

On veut donc structurer cette zone en traçant des voies le long desquelles s’implanteront les nouvelles constructions. Un projet de boulevard de ceinture se décide dès 1866. Il sera constitué des boulevards Lacordaire, de Reims, de Lyon et de Mulhouse pour relier le quartier de Barbieux à la gare de Roubaix-Wattrelos. Le projet se réalise vers 1888.

Entre temps les terres agricoles ont été, pour une bonne part, reprises par diverses sociétés,  et en particulier par la société Lemaire frères et Lefebvre, qui possède alors la majeure partie de ce qui constitue aujourd’hui le Nouveau Roubaix.

On retrouve souvent le nom de cette société lorsqu’il est question de tracer des voies nouvelles, dans les années 1890 . Certains terrains sont rachetés pour implanter la place du Travail en 1891, le boulevard de Fourmies, jusqu’à la place de l’Avenir, en 1892 et la rue Carpeaux en 1896. D’autres terrains sont cédés gratuitement, par exemple, ceux qui sont nécessaires à la prolongation du boulevard de Fourmies. Enfin, cette même société propose aussi de céder à la Ville des rues qu’elle a construites sur ses propriétés : c’est le cas de la rue Henri Regnault en 1891, la rue Meissonnier en 1895, la rue David D’angers, la rue Rubens et la rue Philibert Delorme en 1896. La société Lemaire frères et Lefebvre construit également des maisons dans le nouveau quartier.

Les ouvertures de rues et les constructions se multipliant, la municipalité veut voir plus grand, et construire une ceinture plus large, qui englobera toute cette zone et reliera la rue de Lannoy et Barbieux, en restant proche des limites de la commune.

QuartiersSud-1896--96dpiPlan des quartiers sud en 1896,  en noir les rues existantes, en rouge les voies projetées Document archives municipales

Dans un rapport au conseil municipal en 1896, le directeur de la voirie propose l’ouverture, entre le chemin de Barbieux et la rue de Lannoy, d’une avenue dite « des villas ». Il souligne l’engagement des propriétaires de céder les terrains concernés à titre gratuit pour que cette ouverture se réalise. Le projet va donc pouvoir prendre corps.

La cité Motte-Grimonprez

Cite96dpi

Document Journal de Roubaix du 25 Juillet 1937

Alfred Motte décède à Roubaix en 1887. Par testament, il lègue une rente de près de 17000 francs de l’époque au bureau de bienfaisance, en précisant que les intérêts devraient être capitalisés pendant 100 ans pour servir à diverses œuvres de bienfaisance, telles que maisons d’ouvriers louées à prix modérés, bains chauds et gratuits, hôpital pour maladies infectieuses, primes aux ménages les mieux tenus.

La première fondation devait obligatoirement consister à créer une ou plusieurs cités sans charge de loyer pour les femmes veuves de maris morts d’accidents dans l’industrie.

Plutôt que d’attendre 100 ans, la famille décide de commencer la réalisation dès qu’un million sera produit par la capitalisation de la rente. Ce premier million se fait attendre beaucoup plus longtemps que prévu : cet évènement ne se produit que 52 ans plus tard, en 1937. On construit donc alors avec cet argent, avenue Gustave Delory, une cité comprenant 12 maisons ouvrières pour des familles dont le chef est accidenté du travail. Les maisons sont implantées le long d’une voie privée, séparée de l’avenue par un portail monumental.

C’est ainsi que les Ravet-Anceau de l’époque font mention au numéro 225 de la « Fondation Motte-Grimonprez, bureau de bienfaisance ».

La cité existe encore de nos jours. Elle est en bon état, mais son fronton a été remplacé par un portail plus modeste. Des maisons complémentaires ont été ajoutées derrière celles d’origine. Une plaque indique encore le nom de la fondation.

citeaujourdhui96dpi

plaques96dpi