Les courées de Hem

Contrairement à la ville de Roubaix, l’habitat ouvrier à Hem ne date pas du 19ème siècle. Mais les courées, petite touche architecturale du Nord sont bel et bien présente dans la ville et y existent encore de nos jours.

La courée comporte généralement une ou deux rangées de petites maisons, dans une ruelle privée à laquelle on accède par un passage étroit. Jusque dans le milieu du 20ème siècle la plupart ne disposent que d’un point d’eau unique et de cabinets d’aisance extérieurs communs à l’ensemble des maisons lesquelles sont, en général, mal isolées, humides et parfois insalubres.

Exemples de différentes courées du Nord (Doc Wikipedia)

Contrairement aux corons, construits par les compagnies minières, les courées n’ont pas été construites par les industriels mais par une nébuleuse de rentiers, commerçants, cabaretiers voire d’artisans, à la recherche d’un placement sûr pour leurs économies. Les terrains en bord de rue étant trop chers, ces investisseurs achètent alors un étroit rectangle de terrain à front sur rue. On y édifie par exemple un cabaret, au loyer plutôt rentable, auquel on accole un couloir étroit donnant accès aux rangées de maisons construites au rabais, d’une quarantaine de mètres carrés habitables au maximum, avec des escaliers raides où il n’est pas rare de vivre à dix.

Une courée de la métropole lilloise au 19ème siècle (Document Voix du Nord)

Après la fin de la seconde guerre mondiale, les courées sont la cible des plans d’aménagement urbains. À l’époque, la mode est au logement collectif et social. Les courées sont détruites ou se dégradent, jusqu’à devenir le symbole de l’habitat insalubre. « Taudis. Le mot n’est pas exagéré pour caractériser le logement des ouvriers roubaisiens d’après les observateurs de l’époque comme les historiens contemporains. »

Des propriétaires, découragés par l’insalubrité finissent par partir à la fin du 20ème siècle. Ces départs successifs sont “un cercle vicieux de dégradation”. Aux côtés des portes fleuries de maisons coquettes et entretenues, des planches de bois obstruent ce qui fut une entrée ou une fenêtre. Certaines maisons sont ainsi laissées à l’abandon. “Elles se dégradent rapidement puisqu’elles ne sont plus entretenues et elles contaminent les maisons voisines.

Pourtant, le fait est là : à la fin du 20ème siècle, ces maisonnettes typiques mais aux abords parfois inhospitaliers, mal éclairés et souvent sans réseaux d’assainissement, sont désormais considérés comme un vestige de notre patrimoine historique et, dès 1992, la ville de Hem adhère à l’ « OPAH courée » (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat) qui réalise de nombreuses études.

Ce n’est pourtant que 10 ans plus tard que l’ARIM (Association nationale de Rénovation Immobilière) établit un diagnostic pour déterminer quelles courées à Hem, parmi les 37 impasses et courées recensées, nécessitent les premiers soins. 6 d’entre elles sont alors répertoriées pour être les premières à se voir proposer des travaux entre 2003 et 2005.

Le dispositif est conçu comme un levier pour inciter les habitants à rénover leurs installations sanitaires ainsi que l’isolation des murs avec l’aide de grosses subventions.

OPAH courée à Hem en 2003 (Document Nord-Eclair)

Dans la ville de Hem, cet habitat se retrouve principalement au centre de la ville. Ainsi le quartier de la Place de la République en compte trois :

– La cour Beghin est une toute petite courée du quartier de la Place qui donne dans la rue Jules Ferry à hauteur du n°1 ; elle tient son nom du propriétaire des maisons de la cour.

La cour Beghin en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-Une autre toute petite cour, la cour Droissart, dont le nom est commun à une impasse et une voie communale toutes proches donne sur la rue Henri Delecroix, juste à la sortie de la Place de la République, et ne compte que quelques maisons.

La cour Droissart en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-C’est dans ce même quartier que l’on trouve la Cour Ducatillon, d’une longueur de 70m, qui donne entre les n°5 et 6 de la Place de la République, laquelle a également pris le nom du propriétaire des 6 maisons qui la constituent. L’objectif de l’OPAH courées en 2003 est d’y refaire, à sa charge, le réseau d’égouts, de rénover l’éclairage public alors en mauvais état, et d’installer un système de gouttières et de gestion des eaux de pluie.

La cour Ducatillon en 2003, puis en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Nord-Eclair et Google Maps)

Egalement dans le centre mais en direction d’Hempempont, on trouve 5 autres courées :

– La cour Boussemart, se situe dans le quartier d’Hempempont et joint l’allée qui conduit à l’usine Meillassoux-Mulaton à la rue du Général Leclerc. Il s’agit d’un petit groupe de quatre ou cinq maisons, au lieu-dit : « la Grande Halte », séparé du supermarché par l’allée Mulaton. Son nom est également celui du propriétaire du terrain et le lotissement remonte au début du 20ème siècle.

La cour Boussemart en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-La cité Dancorai, se situe rue du Général Leclerc, en face du Centre Communal d’Action Sociale et porte également le nom de son propriétaire, un maréchal ferrant, tenancier d’un estaminet en 1857, à l’enseigne « Au Bellevue ».

La cité Dancorai en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-La cité Droulers donne sur la Rangée du Général Leclerc ; elle est perpendiculaire à l’allée Gabert et compte une dizaine de maisons.

La cité Droulers en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-C’est dans la rue Edouard Vaillant que se situe la cour Jacquart. Cette rangée de 8 maisons relie la rue à la ferme Franchomme.

La cour Jacquart en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-Et c’est également sur la rue Vaillant que donne la cité Picard qui relie celle-ci à la Rangée du Général Leclerc, laquelle se jette dans l’allée Gabert. Sa particularité est d’être constituée d’une trentaine de maisons rangées en quadrilatère.

La cité Picard en 2023 de face par le sentier qui la relie à la rue Vaillant et en vue aérienne (Documents Google Maps)

Sur la rue Jules Guesde, on dénombre également 5 courées, dans le quartier du Petit Lannoy, à savoir :

– Dans le quartier de la Vallée, la cour Loridan donne dans la rue Jules Guesde. Plus semblable aux courées roubaisiennes elle a son entrée semblable à une porte dans le n°160 de la rue Jules Guesde et compte 5 logements.

La cour Loridan en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-On trouve la petite cour Pipart, qui rassemble 3 logements, dans le quartier du Petit Lannoy, rue Jules Guesde, pratiquement face à l’impasse Desurmont. En 2003, après diagnostic de l’ARIM, le Cal-Pact qui en est alors propriétaire propose aux habitants de remplacer la fosse à vidange par un réseau d’assainissement, d’installer un éclairage public jusqu’alors inexistant, de réaménager la voie d’accès fort étroite et peu entretenue et de créer un système de gestion des eaux de pluie.

La cour Pipart en 2003 puis en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Nord -Eclair et Google Maps)

-La cour Plouvier, est située dans le quartier du Petit Lannoy, donnant dans la rue Jules Guesde et porte le nom d’un maçon. Elle a été réhabilitée en 1989.

La cour Plouvier en 2023 en vue aérienne (Document Google Maps)

-La cité Six a la particularité de donner dans une impasse, l’impasse Vandemeulebrouck, qui donne elle-même dans la rue Jules Guesde. Elle ne compte même pas une dizaine de maisons.

La cité Six en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

-C’est encore dans le quartier du Petit Lannoy que l’on trouve la cité Vandendorpe, d’une longueur de 51 m, qui prend accès dans la rue de la Lèverie et tient son nom d’un ancien boucher. Elle a depuis été rebaptisée allée Vandendorpe.

La cité Vandendorpe en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

Non loin de là, dans le quartier des Trois Fermes, se situe la cour Christiaens, qui le relie à la rue Jules Guesde près de l’école Saint Charles. Elle tient son nom du propriétaire qui a mis le terrain en construction avant la 1ère guerre mondiale et comporte 8 maisons.

La cour Christiaens en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

Enfin, à la frontière de la ville de Roubaix et dans la rue du même nom, se situe la cour Leplat, qui ne compte que quelques maisons à proximité du collège Saint Paul.

La cour Leplat en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)

Il est intéressant de constater qu’en 2011, une rue inspirée des courées d’antan est sortie de terre dans le quartier des Hauts-Champs à Hem basée sur le concept d’une nouvelle manière de partager la route à savoir : des maisons le long d’une chaussée mais pas de trottoirs. Résultat : en 2015 la Voix du Nord, dans sa rétrospective de l’année parle de cette rue comme de la rue la plus mal fichue, arguant que les riverains craignent pour leur sécurité.

Vue aérienne de la rue Dolto, une parallèle des rues du Professeur Nobel et Henri Dunant (Document Google Maps).

Plus récemment, certaines annonces immobilières vantent les qualités des maisons de courées, il est vrai rénovées, que les agences proposent à la vente. Elles ont été réhabilitées et bénéficient de tous les éléments de confort moderne. En fait, la courée cesse d’être une forme d’habitat dévalorisée et paraît de nature à faire revivre un idéal de convivialité.

Il existe donc encore des courées et des cités aujourd’hui, à Hem comme dans le reste de la métropole lilloise. Elles appartiennent à des particuliers qui y habitent. Elles n’attirent cependant plus les mêmes catégories de population et sont paradoxalement recherchées pour leur « promiscuité », qui était un de leurs désavantages auparavant mais qui attire notamment les artistes et les étudiants.

Remerciements à l’association Historihem pour son Histoire des Rues

Rue du Caire

La rue du Caire débute rue de Cartigny et traverse les rues d’Oran et de Constantine. Elle mesure 670 mètres de long sur 12 de large. Elle nous permet d’avoir un regard sur l’évolution de l’urbanisme roubaisien. On trouve en effet trace sur son parcours de différents habitats qui se sont succédé au cours des années. Réalisée au début du vingtième siècle, la rue du Caire comportait plusieurs courées qui ont aujourd’hui été murées, la cour Bonnard Pollet au n°14 (12 maisons), la cour Larnou au n°9 (20 maisons) et la cour Cruquenaire au n°128 (4 maisons). Mais elle connut aussi des expériences intéressantes d’urbanisme. La cité Saint Henri, des numéros 96 à 110, est construite en 1894 et inaugurée le 2 décembre 1894. Réalisée sur un terrain offert par les fils d’Henri Dubar Ferrier (d’où le nom de la cité), elle avait pour ambition de proposer des logements répondant à leurs aspirations. La construction fut réalisée par une entreprise de Wattrelos, cela coûtait 2310 francs par maison, et la location était fixée à 14,50 francs par mois. A cette époque, un bon ouvrier tisserand gagnait de 3,50 francs à 4,50 francs par jour.

La cité Saint Henri en 1894 Dessin paru dans le Journal de Roubaix
La cité Saint Henri en 1894 Dessin paru dans le Journal de Roubaix

Citons aussi la série de maisons réalisée par la société anonyme Roubaisienne d’habitations ouvrières.  Ces habitations sont reconnaissables à leur décrochement caractéristique.  Victor Hache était le directeur de cette société, qui construisit notamment à Roubaix (avenue Linné, rue Michelet), à Wattrelos, et à Leers. Leur réalisation date des années vingt et ces maisons ont toujours fière allure.

Maisons de la Société anonyme roubaisienne d'habitations ouvrières Photo PhW
Maisons de la S.A. roubaisienne d’habitations ouvrières Photo PhW

Depuis 1965, le CIL de Roubaix Tourcoing a construit des dominos, qui sont des résidences pour personnes âgées. Les premiers dominos réalisés se trouvent dans le quartier de Beaumont à Hem derrière l’église Saint Paul, et rue du Caire à Roubaix. Cette cité des Dominos se situe entre les numéros 105 à 143. Elle représente un véritable îlot résidentiel qui porte à présent le nom du Béguinage du Bon Repos. Depuis il y en a eu d’autres, à Leers, Wattrelos, rue de Toul, à Toufflers, à Lys lez Lannoy et à Roubaix, comme le béguinage Marlot ou le béguinage Brossolette, dans la rue et près de la tour du même nom.

Le béguinage du bon repos Photo PhW
Le béguinage du bon repos Photo PhW

Enfin, un immeuble résidentiel du CIL existait au bout de la rue du Caire, édifié au cours des années soixante. Il est mentionné dans le Ravet-Anceau, et il possédait neuf entrées, réparties entre les n°188 et 230. Nous n’en avons pas retrouvé d’images, ni la date de sa démolition. Le témoignage de personnes y ayant résidé nous permettrait de savoir quelles étaient les conditions de vie de cet immeuble, quel était son état et ce qui a décidé de sa destruction. Aux dernières nouvelles, une mosquée serait bientôt construite sur son emplacement.

D’après l’Histoire des rue de Roubaix par les Flâneurs et les témoignages des participants de l’atelier mémoire

 

La cité disparue

En 1972 la Sarhnord entame la démolition d’une ancienne usine textile, située aux n°309 à 313 de la Grand-rue. On y trouvait autrefois les industriels Bonte & Lesur et leur fabrique de tissus, puis le tissage Bonte et Cie. Un temps inoccupés, les lieux furent ensuite repris par une société de fabrication de meubles, la  société Dupont-Mobildar, à laquelle succédera vers 1970 la société de meubles Leville-Mobildar réunies, dernière entreprise sur les lieux. Un projet de lotissement, présenté comme une formule originale de logement social est alors mis en œuvre, qui sera appelé la cité de promotion. Cela fait suite à une première expérience roubaisienne qui s’est déroulée  dans la rue St Antoine, dont l’objet était d’accueillir des personnes socialement handicapées et perturbées. Il s’agit donc ici de créer une cité sur les 11.127 m² qu’occupaient les anciens établissements textiles et mobiliers. Les travaux sont menés par La Sahrnord et l’entreprise Théry d’Arras.

plan du lotissement

L’expérience débute en juillet 1974. Le CIL, le bureau d’aide sociale, la communauté urbaine de Lille, la direction de l’action sanitaire et sociale, le ministère de l’équipement se sont associés pour l’opération, et le CAL de Roubaix va gérer ce lotissement original. Cette cité se trouve donc dans le quartier de l’entrepont, et ses maisons en ciment seront construites sur un chantier détrempé par les mauvaises conditions climatiques. Une partie du lotissement est consacrée aux espaces verts, ce qui lui vaut d’être présenté comme un poumon de verdure pour l’Entrepont. Cependant la cité de promotion est un monde à part, avec son centre social avec salle de soins médicaux, et salles pour activités diverses. Elle comprend 27 logements de type F6 ou F7 pour familles nombreuses, plus 8 maisons rénovées de la rue de la Conférence, soit 32 logements proposés. Un monde à part, mais ouvert sur le quartier, car les enfants vont dans les écoles du quartier, et les habitants feront leurs courses dans les magasins du quartier.

entrée de la cité familiale

Ces  maisons hautes d’un étage, ont une surface de 110 m² au sol,  attenante à un lopin d’espaces verts. L’Orsucomn, le Pact, le Bureau d’aide sociale seront à l’origine des placements, et  l’administration du centre social sera confiée à la CAF et au PACT. Il s’agissait d’un public en très grande difficulté, et les familles étaient suivies par des travailleurs sociaux. Les témoins racontent que ces familles étaient renfermées sur elles-mêmes, coupées du monde, elles n’allaient pas vers les autres, elles étaient sauvages. Qui étaient-elles ? D’où venaient-elles ? On évoque des familles immigrées, des familles ayant connu des accidents de la vie, des familles d’origine rurale, Dès le début, en tous cas, des familles en détresse, peu acceptées par la population.

La cité familiale en 1986 Photo Coll Particulière

On se demande très vite dans le quartier pourquoi on a fait un ghetto.  Au départ, ça s’appelait la cité promotion, puis on a parlé de cité de transit, enfin de cité familiale, Les personnes ne devaient pas rester dans cette cité, elles ne faisaient que passer. De ce fait, les maisons étaient très mal tenues. Il y avait aussi la découverte de l’habitat urbain, pour une famille de la campagne, comment s’adapter à l’usage du nouvel habitat. On évoque la présence de poulets, de lapins, dans les maisons. Bientôt, il n’y a plus de permanence sociale sur place, le suivi est fait par des extérieurs.

Vue de la cité Photo Coll Particulière

On tire alors un constat d’échec : cette concentration de personnes en difficulté  est jugée inopérante. Les familles partent, ne sont pas remplacées, et on mure les maisons. La cité se vide, on commence à démolir. Quinze ans à peine après sa construction, les pavillons sont à l’état de ruine, la cité s’est transformée en terrain d’aventure pour les enfants du quartier, ou en chantier de récupération de matériaux divers, ou encore en dépôts d’ordures.  Deux ou trois locataires occupent encore les logements, assez vindicatifs. La ville met en demeure la Sahrnord de démolir, car il y a danger pour les enfants qui jouent au milieu des ruines et des gravats, La destruction de la cité est décidée en décembre 1988.

Derniers instants de la cité en 1988 Photo Nord Éclair

Quelques années plus tard, l’endroit est devenu un petit coin de nature : le Jardin de Chlorophylle,  un havre de paix, à deux pas de l’agitation de la ville. Entretenu par une structure d’insertion sociale, il est animé depuis par l’association Angle 349, qui s’applique à faire découvrir au public le milieu naturel sous ses diverses formes et à initier aux notions d’écologie, en particulier à destination des enfants.

Vue actuelle Extrait Google Maps
Remerciements aux membres de l’atelier mémoire pour leurs témoignages et leurs documents

 

Autour des Hauts Champs

Avant de devenir le quartier qui fut construit de 1958 à 1960, les Hauts Champs étaient constitués de vastes terres agricoles, qui s’étendaient de Lys Lez Lannoy et d’Hem jusqu’à Roubaix. L’appellation concerne d’ailleurs aussi le quartier du Nouveau Roubaix, avant qu’y soient construits les fameux HBM dans les années trente. L’ouverture du boulevard industriel (avenue Motte) a divisé le vaste lieu dit, lequel est également délimité au sud par un chemin venant du hameau des Trois Baudets à Hem rejoignant la ligne de chemin de fer Menin Somain, à l’orée de Lannoy. A l’est, l’usine Motte Bossut terminée en 1903, et le quartier de la Justice constituent le troisième côté de la grande surface triangulaire des Hauts Champs.

Ce vaste espace s’est rempli de logements progressivement après la seconde guerre mondiale. Le Comité Interprofessionnel du Logement réalise la cité des Trois Baudets à Hem de 1947 à 1949. Puis c’est au tour de la cité de la gare de débord, de 1949 à 1951. Jusqu’en 1957, les Hauts Champs seront encore un espace de champs, toutefois occupé par une grande briqueterie, près de laquelle s’édifie un nouveau groupe scolaire, dit des Hauts Champs.

La briqueterie et le groupe scolaire Photo aérienne IGN 1957

Conçue par les architectes Jean Dubuisson et Guy Lapchin, la cité des Hauts Champs sera réalisée de 1958 à 1960. On y retrouve les caractéristiques architecturales en vogue à l’époque : ce sont de grandes barres d’immeubles et de logements collectifs, dont l’espace et la lumière contrastent avec l’habitat enserré et étouffant des courées de la ville industrielle.

La cité des Hauts Champs Photo aérienne IGN 1964

Mais la construction ne s’arrête pas là. Dès 1964, commence la réalisation du Groupe du Chemin Vert, œuvre de l’architecte Robert Puchaux, sous la forme d’un ensemble de logements « cubes ». Puis de 1967 à 1975 seront construits sur Hem l’ensemble de Longchamp, les cités des Trois fermes, de la Lionderie, des Provinces et de la Vallée.

 

Le chantier du chemin vert en 1965 Photo Nord Éclair

En près de vingt ans le grand espace agricole des Hauts Champs a disparu sous les constructions, et s’est trouvé englobé dans un grand ensemble d’habitations, qui a dépassé les limites des communes. Nombre de problèmes sont alors posés, qui ne peuvent être résolus que dans une logique intercommunale. Dès lors, plus question du seul quartier des hauts Champs, mais bien du quartier des Trois Villes, qui associe les villes d’Hem, Lys lez Lannoy et Roubaix.

La cité Motte-Grimonprez

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Document Journal de Roubaix du 25 Juillet 1937

Alfred Motte décède à Roubaix en 1887. Par testament, il lègue une rente de près de 17000 francs de l’époque au bureau de bienfaisance, en précisant que les intérêts devraient être capitalisés pendant 100 ans pour servir à diverses œuvres de bienfaisance, telles que maisons d’ouvriers louées à prix modérés, bains chauds et gratuits, hôpital pour maladies infectieuses, primes aux ménages les mieux tenus.

La première fondation devait obligatoirement consister à créer une ou plusieurs cités sans charge de loyer pour les femmes veuves de maris morts d’accidents dans l’industrie.

Plutôt que d’attendre 100 ans, la famille décide de commencer la réalisation dès qu’un million sera produit par la capitalisation de la rente. Ce premier million se fait attendre beaucoup plus longtemps que prévu : cet évènement ne se produit que 52 ans plus tard, en 1937. On construit donc alors avec cet argent, avenue Gustave Delory, une cité comprenant 12 maisons ouvrières pour des familles dont le chef est accidenté du travail. Les maisons sont implantées le long d’une voie privée, séparée de l’avenue par un portail monumental.

C’est ainsi que les Ravet-Anceau de l’époque font mention au numéro 225 de la « Fondation Motte-Grimonprez, bureau de bienfaisance ».

La cité existe encore de nos jours. Elle est en bon état, mais son fronton a été remplacé par un portail plus modeste. Des maisons complémentaires ont été ajoutées derrière celles d’origine. Une plaque indique encore le nom de la fondation.

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