Un premier immeuble à la Baillerie

Un immeuble collectif vient d’être achevé en février 1959 rue Jules-Guesde à Wattrelos dans le quartier de la Baillerie. Haut de quatre étages, il comporte quatre-vingt-dix appartements, répartis selon plusieurs types de logements. Le CIL construit de nouveaux logements qui innovent en matière de construction et notamment en termes de préfabrication. Il s’agit ici d’une formule industrielle techniquement très poussée que l’on a déjà expérimentée à Tourcoing. Cette technique nouvelle répond à toutes les nécessités de l’habitat moderne. Elle est axée sur une conception spéciale de la construction où les cellules sont assemblées par pans entiers, au lieu de s’élever brique par brique. D’où un gain énorme de temps, le collectif de la Baillerie n’a demandé que huit mois de travail. Avec les moyens habituels il aurait fallu au bas mot quinze mois pour l’achever.

L’immeuble de la Baillerie doc NE

Des parties de logement (murs, cloisons, planchers) ont été construits en usine pour être ensuite assemblés sur le chantier. Cet immeuble de 90 logements est construit sur cinq niveaux : sa longueur est de 180 mètres et l’épaisseur de 10 m 50. Chaque cage d’escalier comporte 10 appartements, deux par étage. Ce sont des appartements du type F3 (trois pièces principales) F4 (quatre pièces principales) dont les surfaces sont celles imposées par la législation. Ces logements ont été étudiés de manière à séparer les pièces de jour (séjour et cuisine) des pièces de nuit (chambre et salle d’eau). Les dégagements ont été réduits au minimum. La cage d’escalier très large permet un accès agréable et facile aux appartements.

L’appartement de la Baillerie donne une très grande sensation d’espace et de confort. Le chauffage collectif évite à la ménagère les fatigues insupportables du chauffage individuel, il est réalisé par sol et plafonds chauffants. Ainsi sont supprimés les tuyauteries et radiateurs encombrants. La parfaite isolation du logement permet de limiter la dépense du chauffage à des chiffres très bas et garantis.

L’insonorisation parfaite est obtenue par l’emploi de matériaux appropriés : cloisons en dur et en lourd, planchers recouverts de plastique feutre absorbant les bruits de choc, revêtements muraux spécialement étudiés amortissant les résonances. Les chambres sont spacieuses et habitables par deux personnes. De larges baies dans la salle de séjour et la chambre principale donnent de l’ampleur à ces pièces. La lumière pénètre ainsi à flot dans toutes les parties du logement.

Le salon de l’appartement témoin doc NE

La cuisine est largement dimensionnée et facile à aménager. Elle offre la possibilité de placer une table pour les repas, un réfrigérateur, des éléments hauts de placard. Le service de la cuisine est complété par un vide-ordures.

Un des appartements du nouveau collectif de la rue Jules-Guesde à Wattrelos pourra être visité deux week-ends de suite en février et mars. Des autobus de l’E.L.R.T. transporteront gratuitement les visiteurs aller et retour. Dimanche 1er mars, présentation officielle de cet appartement à 11 heures à diverses personnalités par des dirigeants du CIL. Le jour dit, l’appartement-type du premier collectif d’une cité de 2.500 logements reçoit d’innombrables visiteurs. Ce premier immeuble est en effet appelé à être suivi par plusieurs autres collectifs et logements qui constitueront une importante cité.

Quartier Longchamp

C’est en 1964 que le CIL programme la construction de 1146 logements dans le quartier Longchamp, laquelle va être réalisée à partir de 1966, la population de Hem étant passée de 9059 habitants en 1954 à 13687 habitants en 1962. Le groupe Longchamp compte dans sa 1ère tranche 646 logements et un programme triennal prévoit, avant 1970, 1300 logements supplémentaires, tous collectifs.

Physionomie du groupe Lonchamp en 1966 (Document Nord-Eclair)

Après l’énorme concentration des Hauts Champs, c’est en effet encore la campagne, et le bâtisseur n’a pas encore annexé ce coin de nature qui s’étend très loin, jusque vers la gare de Lannoy. C’est sur cette morne plaine qu’une énorme cité de 1200 logements devrait sortir du sol en 3 ans, sur les communes de Hem et Lys-lez-Lannoy.

De la morne plaine à la cité Longchamp en 1965 (Document Nord-Eclair/ Voix du Nord)

En octobre 66, Edgar Pisani, ministre de l’équipement se rend dans le nouveau quartier pour y inaugurer le 20.000 ème logement du Comité Interprofessionnel du Logement, événement local et régional, dans le groupe des 3 Fermes qui se compose de plus de 250 logements dont une quarantaine de maisons individuelles.

Inauguration du 20.000ème logement du Cil de Roubaix-Tourcoing en octobre 1966 (Document Nord-Eclair)

Le remarquable agencement de l’appartement témoin intéresse fortement le ministre et les visiteurs. C’est Mme Robert Delannoy, épouse du président du CIL, et présidente de l’Association pour la Décoration des cités et l’Encouragement aux Arts, qui a assuré la décoration de l’appartement. Elle a fait appel au peintre roubaisien Paul Hemery pour réaliser les 3 belles toiles qui ornent le séjour et la gouache destinée à la chambre d’enfants.

Intérieur de l’appartement témoin (Document Nord-Eclair)

La première tranche du groupe scolaire Longchamp, en 1968, rendu indispensable avec l’arrivée de la nouvelle population familiale (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site) comprend une école primaire mixte avec 10 classes mixtes, une salle polyvalente de 72 m2, un bureau de direction, une cour de récréation de 1.100 m2, un local de détente de 220 m2, un groupe sanitaire pour garçons et un pour filles, un dépôt de 6 m2, un logement de direction et un logement d’adjoint .L’école maternelle comprend quatre salles de classe, une cour de 600 m2, une salle de jeux de 120 m2, une salle de repas de 36 m2, une salle de propreté de 36 m2, un hall d’entrée formant salle d’attente, un logement de direction . Aux deux écoles s’ajoute une cantine de 280 rationnaires et un logement de concierge.

1ère tranche du groupe scolaire (Document Nord-Eclair)

1968 est aussi l’année de construction de la chapelle Saint-André (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site) et de 2 tours de 12 étages, l’une avenue Schweitzer au pied de laquelle s’ouvre un centre commercial indispensable à la nouvelle population du quartier (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site),l’autre non loin de la nouvelle chapelle.

Le centre commercial Longchamp en construction en 1967 puis en 1968 et la chapelle Saint-André en 1969 (Document Nord-Eclair)

Une seconde tranche de travaux s’engage ensuite pour le groupe scolaire Longchamp, sur le même terrain, en 1970, pour la construction d’une seconde école maternelle de 4 classes, ouverte en fin d’année, puis d’une école primaire mixte de 10 classes plus 2 classes de perfectionnement, dont l’ouverture est prévue pour le printemps 1971, ainsi que 2 logements de fonction pour un directeur et une directrice. Il y a également un plateau d’évolution mais pas de salle des sports, une telle salle existant déjà dans l’école Marie Curie des Hauts Champs (sur le sujet voir un précédent article édité sur notre site). Au total 1000 élèves peuvent être accueillis dans le groupe scolaire.

2 ème tranche du groupe scolaire (Document Nord-Eclair)

A l’amorce de la nouvelle décennie, la presse locale annonce un quartier Longchamp totalement achevé pour 1973. A l’été 1970, sont ainsi achevés : 12 immeubles sur les 25 tours et immeubles prévus. Leur achèvement est prévu pour le début de l’années 1973. A ce moment là on pourra parler, sur les territoires de Hem et Lys-lez-Lannoy, d’une véritable ville nouvelle accueillant 4.500 habitants.

Plan du quartier Lonchamp en 1970 avec emplacement des constructions achevées et à venir (Document Nord-Eclair)

Un foyer logement est construit, derrière l’église Saint-André, rue Galilée, sous forme d’un immeuble identique aux autres et haut de 4 étages. Dans ce foyer, qui devrait être terminé pour l’été 1972, il y a 80 appartements, 59 de 33 mètres carrés et les autres de 23 mètres carrés seulement. Une salle de soins, une salle de réunion de 150 places et un véritable restaurant y sont aménagés ce dernier devant également être ouvert aux habitants du quartier.

Construction du futur foyer logement en 1971 (Document Nord-Eclair)

C’est en 1974 que le quartier des Hauts Champs/Longchamp s’enrichit d’une toute nouvelle cheminée, de 53 mètres de haut, au niveau de la chaufferie, située rue Edgar Degas, sur le territoire de Roubaix, à la demande du services des Mines de la Préfecture, après des plaintes formulées par les riverains. Ceux-ci se plaignent, en effet, que l’actuelle cheminée, beaucoup plus petite, dégage, à certaines périodes des « noirons » qui se répandent sur le quartier. Pour éviter toute interruption de chauffage celle-ci fonctionne jusqu’à la mise en service de la nouvelle. La cheminée sera démolie en 1995.

Une nouvelle cheminée à Longchamp en 1974, vues aériennes de 1965 et 1975, et démolition en 1995 (Documents Nord-Eclair, ateliers mémoire et google maps)

Le 21 mars 1972, les municipalités de Roubaix, Hem et Lys-lez-Lannoy décident de la création d’un syndicat inter-communal à vocation unique : l’équipement sportif du quartier des Trois Villes. C’est Mr Desmulliez, député et maire de Lys-lez-Lannoy qui en est le président.

Les 3 maires se mettent également d’accord sur la réalisation d’un premier équipement : une piscine à construire entre la maison médicale et l’école de Longchamp, le long de l’avenue du président Coty. Le modèle de piscine « Plein Ciel » choisi est accepté par le Secrétariat d’ Etat à la jeunesse et au sport.(sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). L’équipement est construit en 1975.

Construction de la piscine en 1975 (Document Nord-Eclair)

Au milieu des années 1970, Longchamp est un quartier populaire qui abrite des familles nombreuses. Les témoignages recueillis dans le livre « Un temps de passage » font état de convivialité et de solidarité. En 1978, la tour 90 , rue du Dr Schweitzer obtient même le 3 ème prix du concours départemental des villes fleuries dans la catégorie « immeuble collectif ». Puis la délinquance s’installe et les témoins parlent d’insécurité, de drogue, de voitures brûlées et des immeubles du quartier se vident.

Une photo dans le quartier en 1975 et le prix des villes fleuries en 1978 ; vue aérienne de 1976 (Documents Historihem, Nord-Eclair et IGN)

Remerciements à l’association Historihem, la mairie de Hem et Richard Baron et Olivier de Solminihac pour leur ouvrage « Un temps de passage »

A suivre…

Quand Le Corbusier vint à Hem

Le château de la Marquise doc Historihem

Le château de la Marquise, une vaste propriété qui appartenait autrefois à la Marquise d’Auray, servit de dépôt de munitions pendant l’occupation. En septembre 1944, les allemands préviennent la population qu’ils vont faire sauter les dépôts de munitions. Après les explosions la destruction est totale, il ne reste plus rien du château.

Après l’explosion du dépôt de munitions doc Historihem

La propriété a ensuite été acquise par la société roubaisienne d’HLM, pour y édifier des logements. L’aménagement de ce lotissement doit comprendre un jardin public et fait l’objet d’études. À l’époque, il y a deux chantiers à l’étude, la résidence du Parc à Croix et le lotissement de la Marquise à Hem. « Pour les immeubles de la résidence du parc construits sur le terrain du peignage Holden, nous avons fait appel à Jean Dubuisson. Pour la Marquise à Hem, nous hésitions… »1

Vue du lotissement de la Marquise IGN 1947

Un samedi d’octobre 1952, un visiteur de marque est attendu sur le terrain hémois. Il s’agit de M. Le Corbusier, l’architecte bien connu, recommandé aux roubaisiens par Eugène Claudius Petit, Ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Le Corbusier a élaboré les plans et supervisé la construction de la Cité radieuse de Marseille, sa première unité d’habitation dont la construction s’achève en 1952. Il s’agit d’un « village vertical », composé de 360 appartements en duplex distribués par des « rues intérieures ». Surnommée familièrement « La Maison du Fada », cette réalisation fait partie des œuvres de Le Corbusier classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les autorités indiennes, au début des années 1950, lui confient le projet de la ville de Chandigarh, nouvelle capitale du Pendjab située sur un haut plateau dominé par la chaine himalayenne.

C’est donc en octobre 1952 qu’il vient visiter le site hémois. Il est accompagné de M. Albert Prouvost, Président du CIL de Roubaix Tourcoing et des dirigeants des sociétés d’HLM, MM Victor et Michel Hache directeurs de la société La Maison Roubaisienne. Les personnalités ont été auparavant accueillies à la mairie par M. le docteur Leplat maire d’Hem, Marquette adjoint et Lepers secrétaire de la mairie. À la suite de quoi, Le Corbusier se met au travail et envoie un projet à Albert Prouvost.

Le projet Le Corbusier de 1953 pour la Marquise site http://www.fondationlecorbusier.fr

Albert Prouvost raconte très précisément comment il s’est personnellement opposé à l’intervention de Le Corbusier.  « Le célèbre architecte… nous soumet un projet qui ne plait pas : immeubles trop hauts trop rapprochés les uns des autres, balcons conformes au modulor qui ne laissent apercevoir qu’un pan de ciel et ne permettent pas de profiter des beaux arbres de la marquise d’Auray. » Et il ajoute : « Je le lui fais remarquer en m’efforçant à la diplomatie ». Le grand architecte lui répond par courrier : « ce sera bien assez bon pour vos pauvres types ! » Albert Prouvost se vexe. « Sans doute fallait-il prendre cette phrase au deuxième degré », ajoute-t-il dans ses mémoires1. Le projet resta sans suite.

Albert Prouvost et Le Corbusier

L’architecte et l’industriel ne parviennent pas à s’entendre. Ce fut finalement un collège d’architectes qui se forma sous l’impulsion de MM. Lapchin architecte en chef du CIL, et Marché géomètre. On retrouve dans ce collectif les noms suivants : MM Finet, Lecroart, de Maigret, Ros, Maillard, Neveux, Spender, Verdonck…Un plan masse fut établi et on s’attacha à préserver le site qui fut divisé en 105 parcelles. Un article de la presse locale de 1958 évoque dans son titre Le Corbusier, en dénaturant le sens de sa création : sur le terrain de l’ancien château de la Marquise, on prépare une authentique Cité Radieuse. Le groupe CIL UMIC avait en effet abandonné la construction de HLM pour des maisons individuelles destinés à des milieux plus favorisés2.

1Toujours Plus loin, Mémoires d’Albert Prouvost éditions La Voix du Nord

2Article de presse de 1958 figurant dans le site Historihem

Guy Lapchin architecte

Guy Lapchin était un architecte parisien jusqu’à ce qu’il déménage avec femme et enfants pour s’installer à Croix, rue Gustave Delory et ensuite à Roubaix avenue Louis Pluquet. Un peu plus tard, il devient architecte en chef du Comité Inter-professionnel du Logement (CIL) de Roubaix-Tourcoing ; il construira à ce titre plus de 10 000 logements jusqu’en 1957, année de création de sa propre agence installée à Roubaix. D’après le témoignage de l’entrepreneur René Dutilleul1, c’est par le biais d’un concours de prototypes, organisé pour la fameuse Exposition sur l’habitat qui eut lieu à Roubaix en 1946 parallèlement à la construction de la cité expérimentale du Congo à Mouvaux, que le CIL comptait choisir un architecte. C’est Guy Lapchin alors associé à l’architecte Joseph Delplanque, qui remporta le concours. Albert Prouvost, l’un des fondateurs du CIL, nous propose une autre version. Il raconte que c’est lui qui a choisi le premier architecte du CIL, un certain René Magnan : « Je m’assure le concours d’un architecte, René Magnan, qui deviaux endra un grand urbaniste et dirigera notre bureau d’étude, aidé de Jean-Serge Dubus, ancien journaliste à l’Écho du Nord et d’Henri Hof, ancien directeur financier de la ville de Lille. Bientôt Guy Lapchin, remarquable architecte remplacera René Magnan »

Vue de la cité expérimentale du Congo extrait Mouvaux historique

Guy Lapchin et Joseph Delplanque seront responsables des opérations du CIL, jusqu’à la création du CIL de la vallée de la Lys, dont Delplanque prendra la tête, Lapchin restant responsable de Roubaix. Après le projet de cité-jardin du Galon d’eau, Le CIL de Roubaix-Tourcoing, lance un autre chantier sur la plaine du Pont Rouge. Le secteur concerné s’étend entre la rue de Lannoy, la rue Saint-Hubert et l’avenue Salengro, au-delà de la rue de Maufait. Le projet est confié à la société d’HBM du Toit Familial de Roubaix-Tourcoing, fondée par le CIL en 1946, et à l’architecte en chef du CIL Guy Lapchin. Nous avons évoqué ces constructions par ailleurs dans notre site (On lotit au Pont Rouge). Les travaux démarrent par un groupe d’habitations collectives au croisement de la rue de Lannoy et de la future rue Robert Schuman. Ce groupe comprend 6 petits immeubles de briques rouges, affichant trois niveaux et des toits fortement pentus. Les bâtiments sont disposés autour d’un vaste espace vert dégagé. Dans une second temps, le programme est complété par un ensemble de maisons individuelles groupées. Au total, ce sont 293 logements sociaux qui seront réalisés. Ils sont aujourd’hui gérés par Vilogia.

Vues du Pont Rouge Photos JPM

Guy Lapchin aurait eu l’idée de recourir aux architectes Dubuisson, Gillet, ou Prouvé, pour la réalisation des nombreux chantiers du CIL. Jean Dubuisson, prix de Rome en 1945, se voit ainsi confier la résidence du Parc à Croix. Il réalise aussi avec Guy Lapchin les Hauts Champs à Roubaix pour le CIL à travers la société d’HLM le Toit Familial. De même Guillaume Gillet, premier grand prix de Rome en 1946, fut un fidèle du CIL, de la résidence du Parc à Croix jusqu’au fameux «Os à moelle» de l’opération Roubaix 2000. Jean Prouvé, un des plus grands architectes constructeurs du XXe siècle, réalise en 1959 les murs rideaux d’aluminium de la tour du fer à cheval élevée par Guillaume Gillet.

Les quatre architectes : Guy Lapchin, Jean Dubuisson, Guillaume Gillet, Jean Prouvé

En 1957, Guy Lapchin décide de créer sa propre agence, au 71 boulevard de Paris à Roubaix. Elle a pour domaine d’activité l’architecture, l’urbanisme et le paysage. L’équipe travaille sur des projets aussi divers que le logement, la santé, les bureaux, les locaux industriels et commerciaux. Sa zone d’activité s’étend sur tout le département du Nord. L’agence a eu pendant une vingtaine d’années une antenne à Douchy-lez-Mines puis avenue de Verdun à Valenciennes. L’agence a dû déménager en 1986 dans la zone industrielle « La Pilaterie » à Wasquehal. Le cabinet Lapchin est une entreprise familiale : après sa création par Mr Guy Lapchin, son fils Jacques, dès la fin de ses études, vient le rejoindre en 1967, puis son beau-frère Pierre Ros devient un associé en 1981. Enfin, son petit-fils Franck entre dans le cabinet en 1989.

Les tours du centre Photos NE

1Cité par Alice Thomine in Le logement social à Roubaix au xxe siècle Ed Ihris

2In Albert A Prouvost Toujours plus loin Ed la Voix du Nord

Photos architectes : Lapchin Nord éclair, Dubuisson amc architecture, Gillet, musée HLM, Prouvé printerest

CIL Laboureur 1951

Le Laboureur de 1947 vue IGN

La photo aérienne de 1947 nous montre un quartier du Laboureur encore fort champêtre, où apparaissent néanmoins les maisons construites par la Société Roubaisienne d’habitations ouvrières dans les années vingt (cf notre article les 52 maisons du Laboureur). Sur la gauche, l’ensemble des maisons situées rue du Commandant Bossut et square Louise de Bettignies, sur la droite les maisons du square Léon Marlot.

Vue des chantiers 1951 au Laboureur vue IGN

Un article de presse de janvier 1951 nous apprend que la construction a repris et occupe progressivement les espaces libres. Les nouvelles habitations sont édifiées par le CIL, à l’image de ce qui se fait dans le Nouveau Roubaix ou la cité des Canaux entre Roubaix et Tourcoing. À Wattrelos, cela se fait en trois tranches : la première, déjà entamée au moment de l’article, comprend 78 logements entre la rue Faidherbe et la rue des Dragons. Les travaux qui ont du être interrompus à cause du gel ont repris et on pense que la location pour ces logements sera ouverte dans quelques mois. Sur cette autre vue aérienne datant de 1951, on peut voir nettement le chantier des nouvelles constructions au dessus de la rue Faidherbe, et à côté des maisons des années vingt.

Les nouveaux bâtiments terminés rue Monge Coll Particulière

La seconde tranche, dont le gros œuvre est en cours, comprend la construction de 294 maisons qui borderont la rue Monge jusqu’à la rue Ma Campagne. Une troisième tranche de 190 habitations qui rejoindront la rue de Béthune seront constituées par des appartements. À l’instar du Nouveau Roubaix et de la cité des canaux, les premiers immeubles collectifs du CIL apparaissent, alors que jusqu’ici on reproduisait le modèle de maison plébiscité par les visiteurs et les professionnels lors de l’exposition de la cité expérimentale du Congo au Blanc Seau en 1946. Des espaces verts sont ménagés ça et là entre les immeubles, il est même prévu qu’une Maison de l’Enfance avec personnel spécialisé vienne compléter l’ensemble. Nous reparlerons ultérieurement plus longuement de cet établissement particulier.

Les immeubles du square Destombes

En 1952, Roubaix est couvert de chantiers CIL : le groupe du Pont Rouge, le Fort Desprez, les lotissements divers du Nouveau Roubaix, le parc de la Potennerie et le square Destombes en font partie.

Etat du chantier en 1952 Photo NE
État du chantier en 1952 Photo NE

Les immeubles construits par le CIL dans le square Destombes ont de nombreux points communs avec ceux de la Potennerie. Les deux lotissements ont en effet obligation de préserver les plantations et arbres existants. A la Potennerie, l’achat de la propriété privée Huet va permettre la construction d’immeubles collectifs, après la démolition de la maison de maître du lieu, dite château Huet. Le square Destombes appartient à la ville, qui vend une partie de sa surface pour construire des immeubles identiques.

Plan CIL Square Destombes Photo NE
Plan CIL Square Destombes Photo NE

Les plans des immeubles du CIL du square Destombes sont sensiblement ceux qui ont été utilisés pour réaliser les immeubles de la cité du Galon d’eau, de la cité des Canaux, et de la cité du Pont Rouge. Pour le premier site cité, ils se trouvent à l’angle de la Grand Rue et de la rue Nadaud. Pour le second, ils sont en front à rue du boulevard Gambetta à Tourcoing. Pour le troisième, ils se trouvent dans l’angle de la rue de Lannoy et de la rue Yolande.

Plan des immeubles AmRx
Plan des immeubles AmRx

C’est la société le Toit Familial sise 16 rue St Vincent de Paul à Roubaix qui va construire. Cette société a fait l’acquisition du terrain (5529 m²) auprès de la ville le 26 avril 1952. Le permis de construire a été délivré le 10 janvier 1952, et l’arrêté de certificat de conformité délivré le 28 avril 1954.

En tête le Toit Familial AmRx
En tête le Toit Familial AmRx

Entre-temps, le CIL aura construit trois immeubles de trois étages parallèles à la rue Lalande et un quatrième perpendiculaire, plus long que les trois précédents, et avec un décrochement, du à la configuration des lieux. Tous ces immeubles sont réalisés au fond du square, loin du déferlement automobile de la rue Pierre de Roubaix. L’espace jeux pour enfants a été préservé, ce qui ajoute à la qualité de vie des résidents.

Le square et les immeubles Coll Particulière
Le square et les immeubles Coll Particulière

Le 25 août 1956, le CIL demande à la ville de Roubaix la certification que les immeubles collectifs du square Destombes sont en état d’être habités dans toutes leurs parties (88 logements) et qu’ils sont affectés à l’habitation aux ¾ de la superficie totale du terrain. Auront ainsi été réalisés, quatre bâtiments collectifs comportant 88 appartements.

Le square aujourd'hui Photo Google
Le square aujourd’hui Photo Google

 

 

 

Du fort Despretz au square des près

Le fort Desprez se situe entre la rue Lalande et la rue Masséna, avec un accès au 231 de la rue de Lannoy. Il était constitué par des rangées de petites maisons alignées , situées en arrière des maisons qui bordaient la rue de Lannoy. Non loin de cet endroit, Victor Despret tient une épicerie au n°261 de la même rue en 1910. Il est fils de Pierre Amand Despret, cultivateur aux trois ponts, et petit-fils de Florimond Despret également cultivateur. Le fort Despret leur doit probablement sa construction, et il était destiné au logement des journaliers qui venaient travailler à la ferme, et plus tard aux ouvriers de l’usine Motte du boulevard de Mulhouse.

Le magasin de Victor Despret 261 rue de Lannoy CP Méd Rx
Le magasin de Victor Despret 261 rue de Lannoy CP Méd Rx

Au moment où l’on décide de le démolir, Le fort Despret, c’est encore soixante-douze maisons, dont beaucoup de ses occupants sont propriétaires, malgré l’insalubrité qui y règne. Il faudra les reloger. Un projet de 120 appartements clairs agréables et confortables est alors affiché, qu’on vend comme un espace vert, le square des prés en continuité du square Destombes. C’est oublier qu’entre les deux squares, il y a une voie très passante, la rue Pierre de Roubaix, et le mur du square Destombes. La continuité affichée est démentie par l’histoire des deux parcelles de terrain : le square des près est issu d’une série de maisons insalubres, vraisemblablement antérieure à la propriété Delaoutre, qui contenait une maison de maître et un magnifique jardin devenus en 1910 square Destombes, du nom du mécène qui en permit l’acquisition pour la ville.

Le fort Despret vu de la rue de Lannoy, n°231 Coll Particulière
Le fort Despret vu de la rue de Lannoy, n°231 Coll Particulière

Le fort Despret fait plutôt partie des ensembles de construction de la première partie du dix-neuvième siècle, comme le fort Bayart, le fort Mulliez, le fort Frasez, dont la rénovation urbaine s’empara pour des réalisations fort diverses : les forts Bayart et Frasez devinrent des rues, les forts Mulliez et Despret devinrent des squares. Le dimanche 18 octobre 1955, le cortège présidentiel dans lequel se trouve René Coty s’arrêtera un instant devant le fort Desprez, en cours de démolition, et le secrétaire d’Etat à la reconstruction Bernard Chochoy vient y poser la première pierre en avril 1956.

Le projet du square photo NE
Le projet du square photo NE

De nos jours, si l’on peut apercevoir l’espace vert du square des près, il n’est cependant pas accessible. L’ouverture et le square prévus par la maquette originale n’ont pas été réalisés, car on a bâti à la place une série de trois immeubles parallèles aux bâtiments qui se trouvent le long de la rue Lalande. Quant à l’épicerie Despret, elle existe toujours, même si le fonds de commerce a changé de propriétaires. Elle se trouve toujours devant le square contemporain, comme gardienne de la mémoire des lieux.

Du fort au square

Le fort développement des industries textiles à Roubaix au dix-neuvième siècle a entraîné un important accroissement de la population roubaisienne. Pour loger tout ce monde, on a bâti très vite, en utilisant au mieux les terrains non accaparés par les usines. Pas de moyens de déplacement, il fallait donc loger l’ouvrier à proximité des usines. Ce furent les forts, les cours et les courées, qui offrent encore un siècle plus tard, en 1953, « le lamentable spectacle d’un anachronisme qui est tout à la fois un défi à l’hygiène et au progrès ».

Une vue du fort Mulliez photo NE

Le fort Mulliez était de ces ensembles d’habitations, qui ressemblent « plus à un ghetto qu’à une cité ». Un labyrinthe de cent vingt maisons ! Le CIL en a donc racheté un certain nombre dans le but de les démolir et de construire une cité moderne. Mais il faut gérer le relogement. Certains habitants partent s’installer ailleurs , mais d’autres ont un peu de mal à quitter leur quartier, qu’ils ont connu « quand les maisons étaient relativement neuves et que tout autour s’alignaient des jardins et des champs ». Ainsi M. Georges Monnet interviewé par le journaliste Marcel Leclercq, évoque une ferme qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle institution Notre Dame des Victoires toute proche, ce qui situe ses souvenirs avant 1900. Il exerçait la profession de rentreur au Peignage Amédée Prouvost rue de Cartigny. Il était né en 1873 dans la maison du fort Mulliez qu’il occupe encore.

Fort Mulliez en démolition Photo NE
Fort Mulliez en démolition Photo NE

Mais à présent, le fort Mulliez présente le triste spectacle de toitures basses, d’étroites lucarnes, de pièces exiguës sans soleil. Il devient urgent de s’occuper de ce vieil habitat qui se dégrade peu à peu. Ainsi en août 1953, la toiture d’une maison s’effondre en partie, les locataires ont des enfants, il faut les reloger. Le CIL a en projet une construction moderne à trois étages avec des appartements bien éclairés qui donneront sur un grand espace vert.

Maquette du projet square Photo NE
Maquette du projet square Photo NE

La première tranche de travaux est prévue pour le printemps 1954. Le CIL posera à cette occasion la première pierre de son 5000e logement sur l’emplacement du fort Mulliez. En février les travaux de démolition sont activement menés. En mars a lieu la cérémonie de la première pierre posée par le Président du Conseil Laignel. En mai le chantier avance bien.

Etat du chantier en 1954 Photo NE
Etat du chantier en 1954 Photo NE

En octobre 1955, le square des Mulliez devient une vitrine et un lieu de visite : sous la conduite d’Albert Prouvost, président du CIL, des personnalités soviétiques viennent admirer la nouvelle réalisation. Cette opération en préfigure d’autres, de tailles diverses : celle du fort Desprets, rue de Lannoy et celle du quartier Edouard Anseele d’une toute autre envergure.

Le square aujourd'hui Google maps
Le square des Mulliez aujourd’hui Google maps

 

Les appartements du Hutin

Les trois bâtiments qui se trouvent rue du Hutin et rue de l’Espierre ont été construits par le CIL en 1959 et 1960. Après une visite des officiels en mai 1960, les appartements sont mis en location en octobre. Ils correspondent aux n°65 et 73 de la rue du Hutin pour le premier bâtiment, soit vingt appartements identiques. Et deux autres bâtiments juste derrière, dans la rue de l’Espierre, dont le tracé perpendiculaire à la rue du Hutin qui traverse le lotissement : cinq entrées pour le premier et deux entrées pour le second plus petit. Soit un ensemble de 90 appartements.

Visite des officiels au Hutin mai 1960 NE
Visite des officiels au Hutin mai 1960 NE

La description d’un appartement nous est proposée par une des locataires, membre de l’atelier : dès le rez-de-chaussée, on accède directement à deux appartements. Tous les appartements du bâtiment  sont strictement identiques, même surface, même disposition. On y accède par une petite entrée, où se trouvent un petit placard, et les WC. On entre ensuite dans le séjour sur la droite, avec une très grande fenêtre, les appartements sont très bien exposés. Le soleil se lève du côté du séjour et se couche dans la cuisine, qui est rectangulaire avec deux grandes fenêtres. Il y a aussi une petite salle de bain avec une fenêtre, on ne peut y accéder que par la cuisine, sans doute à cause de la disposition des canalisations. Au bout du séjour, on a un petit couloir sans porte et deux chambres de part et d’autre de ce couloir. Il y avait des placards dans les appartements, ils sont d’origine, et dans l’espace entre les deux chambres, on a monté un genre de dressing, avec des portes coulissantes en bois, qu’on a ensuite enlevées pour mettre des tentures, c’est assez profond et assez haut.  Ces placards, c’était bien pour les jeunes ménages, ça évitait d’acheter des meubles.

Croquis d'un appartement par notre témoin
Croquis d’un appartement par notre témoin

Il reste encore quelques locataires qui sont là depuis le début, ils m’ont raconté qu’au début, ils étaient chauffés avec des feux à charbon. Autrefois les caves communiquaient et elles avaient une petite cellule réservée au stock de charbon. Puis elles ont servi pour des dealers, elles ont été finalement condamnées en 2009, autant l’accès par le bloc que par l’extérieur. Les charges n’ont pas été réduites pour autant. Sur la droite au rez-de-chaussée droit du n°65, il y a eu des ilotiers qui avaient une permanence. Ils ont fermé rapidement. Après il y a eu un gardien, c’était son logement de fonction.

Les appartements et la verdure Photo CQ ECHO
Les appartements et la verdure Photo CQ ECHO

Depuis 20 ans que je suis là, les bailleurs se sont succédé : l’Opac de Roubaix, puis Roubaix habitat maintenant c’est LMH. Il y a eu du changement concernant les espaces verts. Quand je suis arrivée, il y avait de la verdure, c’était magnifique, des arbres, de la végétation, on entendait les oiseaux dès le matin. Après la réhabilitation, ils ont tout coupé, les arbres soi-disant malades, pour faire un parking. Ça ne nous laisse plus de place pour les espaces verts, et ils en ont encore enlevé pour placer les conteneurs de récupération, alors on plante des fleurs en bas de nos fenêtres, sur le devant des fenêtres ou les petits parterres non exploités, dans la descente d’escalier. Entre voisins on se passe des plantes et des graines. Ils ont fait le parking sans concertation, ils ont dessouché les arbres avec des bulldozers. Les gens ont commencé à se garer, du jour au lendemain, le parking s’est ajouté à nos charges, du coup boycott du parking qui s’est retrouvé vide, on se garait dans la rue. Après, quelques locataires paient leur place, et comme des gens venaient se garer sans payer, on a mis des poteaux fixes et noirs pour empêcher le passage, du coup les véhicules de secours ne peuvent plus passer.

Les appartements aujourd'hui vue Google Maps
Les appartements aujourd’hui vue Google Maps

Pour l’époque, fin des années cinquante, l’accès à l’électricité et à l’eau courante, c’était moderne. Il y avait des locataires portugais, algériens, français, qui arrivaient dans des appartements avec confort, salle de bains, on disait pièce d’eau à cette époque. C’était des ouvriers du textile ou des travailleurs du bâtiment. Le chauffage central individuel au gaz était installé quand je suis arrivée. En 2009, il y a eu une réhabilitation extérieure, remise aux normes des vieilles chaudières, les sanitaires, mais le double vitrage date des années quatre-vingt. Les changements sont difficiles à obtenir : par exemple, les lampadaires, on en a sur la façade arrière du bâtiment, et on a du mal à faire changer les ampoules. La grande transformation,  c’est l’évacuation des eaux usées, on a une colonne d’évacuation qui est à l’intérieur du mur de cuisine, entre chambre et cuisine, alors quand c’est bouché, je ne vous parle pas de l’odeur. Comme maintenant tout le monde a un lave-vaisselle, une machine à laver, le débit a augmenté. On voit aussi qu’il y a un changement des mentalités, à cause du mode de vie. Aujourd’hui, c’est chacun chez soi et chacun pour soi. Quand je suis arrivée là j’ai été bien accueillie, il y avait de tout, les enfants jouaient dehors, les mamans se rassemblaient devant le bloc, on papotait. Aujourd’hui, c’est bien différent.

La représentation des locataires

En ce dimanche de février 1964, ils sont venus d’un peu partout, de Croix, de Tourcoing, de Wattrelos, des Hauts Champs…Plusieurs dizaines de véhicules en cortèges se retrouvent sur la Grand place de Roubaix, vers 11 h 00 avec force coups de klaxon. Une partie se gare contre le trottoir de l’esplanade de la mairie, le reste va se garer plus loin, tout cela sans embouteillages. Des affichettes jaunes indiquent qu’il s’agit de la manifestation des locataires CIL HLM contre la hausse des loyers et le manque de logements décents pour trop de gens.

Une délégation de responsables locaux et nationaux est reçue à midi par MM Provo maire de Roubaix et Thibaut, adjoint au logement, dans le salon de l’administration de l’hôtel de ville. M. Desjardin y participe, en tant que vice président de la Fédération de Roubaix Tourcoing et environs, et comme président du syndicat de locataires des Hauts Champs. Le gros de la manifestation reste sur le perron avec banderoles et pancartes, distribuant des tracts aux passants.

Manifestation des locataires en février 1964 Photo Nord Éclair

 

Quelles sont les raisons de cette manifestation ? Les loyers ont augmenté de 54% en six ans et l’on annonce encore une augmentation de 30%, tandis que le nombre des personnes mal logées va croissant. Les revendications de la Confédération Nationale des locataires sont présentées au maire de Roubaix : fixation de taux de loyers à un niveau acceptable et supportable pour toutes les familles, réglementation du prix des loyers et des charges ainsi que droit au maintien dans les logements, effort plus important pour l’entretien et l’amélioration de l’habitat à partir des sommes prélevées sur le montant des loyers, mise à disposition des logements vacants pour les sans logis, réforme de l’allocation logement

Les manifestants réclament une politique du territoire qui réponde aux besoins, et qui soit décidée par les collectivités publiques, les syndicats, les organismes se préoccupant du logement et la confédération nationale des locataires.

Victor Provo est d’accord avec tout ça, et fait quelques remarques : malgré l’immense travail accompli depuis la guerre, l’élan a été ralenti à cause des investissements réduits, des études de projets trop longues. La moyenne de 2000 logements annuels est tombée à 800 sans amélioration prévisible. Le maire socialiste estime aberrante la politique qui consiste à augmenter les loyers tout en bloquant les salaires. Il rappelle que les CIL et HLM doivent également suivre le coût de la vie et rembourser les emprunts. Il termine en félicitant les délégués pour leur manifestation calme et digne, et donne l’assurance que lui-même et son administration poursuivront l’œuvre entreprise.

En mai 1964, autre manifestation symbolique, le congrès national des « CIL paritaires » se déroulera à Roubaix.

L’association des locataires en réunion en 1962 Photo Nord Éclair

Localement, l’association des locataires des Hauts Champs poursuit son action et il y a de quoi faire. En février 1964, l’éclairage est inexistant sur Hem, et les allées autrefois prévues en tarmacadam, sont toujours en scories, ce qui transforme la cité en cloaque boueux pendant l’hiver. Le 6 octobre 1963, les locataires ont fait une manifestation publique pour faire connaître les problèmes du quartier, à la suite de quoi, le 7 novembre, les dirigeants du CIL et du Toit Familial se sont rendus au local de l’association des locataires, pour étudier les revendications. Le 6 décembre, c’est au tour des représentants de l’association, MM Desjardin, Leroy et Monnier de se déplacer au CIL. Tout cela aboutit à la promesse d’allées en tarmacadam pour le début de l’année 1964, dès que le temps le permettra.

Par voie de presse, l’association informe les locataires de ces démarches, et annonce la tenue de nouvelles réunions, avec la commission des équipements sociaux du CIL, en attendant le dépouillement complet de l’enquête-questionnaire lancée le 6 octobre auprès des habitants.