La future cité de la Baillerie

M. Ignace Mulliez président du CIL accueille les diverses personnalités et exprime à M. Jean Delvainquière maire, tout le plaisir qu’il éprouve à prendre la parole pour la première fois sur le territoire de Wattrelos. Il souligne que la ville comptera d’ici quelques années 50.000 habitants et il souhaite que la réforme des finances communales permettra à notre ville d’arriver à son plein épanouissement. Il affirme que la cité de la Baillerie sera l‘un des endroits les plus attractifs de l’agglomération. Cet imposant ensemble de logements bâti sur 40 hectares devra obligatoirement comporter un centre commercial, un centre scolaire, culturel et sportif, qui sont une nécessité Les besoins en logements dépassent de beaucoup les possibilités de la construction traditionnelle économique et humaine. M. Mulliez souligne enfin l’intérêt de la préfabrication en collectifs et termine en faisant l’inventaire de tous les aspects de cette question.

La présentation de la maquette doc NE

M. Jean Delvainquière, non sans humour, affirme qu’avec la construction de cette cité, vont commencer pour l’administration communale de nombreuses difficultés d’ordre pratique, mais que les édiles wattrelosiens ne manqueront pas d’y faire face dans l’intérêt de la population appelée à résider dans ce quartier. Le maire assure aussi les dirigeants du CIL que tout sera fait pour le développement commercial, culturel et sportif de cette nouvelle cité. La ville a en effet déjà prévu la construction d’un groupe scolaire de 40 classes. Il remercie M. Mulliez des réalisations entreprises par le CIL sur le territoire de Wattrelos qui donne à notre ville une importance sans cesse accrue.

Les besoins en logements dépassent de beaucoup les possibilités de la construction traditionnelle limitée par le manque d’ouvriers qualifiés du bâtiment. Il est nécessaire si l’on veut faire face à ces besoins de recourir au maximum à des moyens et méthodes de production industrielle. La fabrication en série d’éléments standard, qui permet dans tous les domaines d’activité à adapter la production aux besoins et efficacement réalisée en usine où la concentration des moyens industriels et l’organisation rationnelle du travail permettent de réaliser une production massive dans les meilleures conditions de productivité.

À côté des avantages qui montrent que ces logements ont été étudiés en fonction de l’agrément humain, il faut souligner le délai d’exécution de cet immeuble de 90 logements. Le premier coup de pioche a été donné en en mai 1958, en décembre 1958 les appartements étaient dans l’état d’être réceptionnés. Ainsi la qualité du logement et sa rapidité d’exécution en font le logement d’avenir qui doit être construit en grande série pour répondre aux besoins de la France. Construire annuellement 350.000 logements constitue un tour de force. Un tel programme est réalisable si nous utilisons les moyens mis à disposition comme ceux que nous avons mis en œuvre pour les 90 logements de la Baillerie.

La maquette du futur quartier doc NE

Une maquette de l’avant projet d’implantation des bâtiments sur la plaine de la Baillerie est présentée à la presse. Ce nouveau quartier devrait accueillir avant dix ans d’ici 10.000 habitants. Lors de la visite officielle, M. Mulliez a eu l’occasion d’indiquer que ce premier immeuble n’est que l’embryon d’un vaste ensemble d’habitations qui s’étendant sur la vaste plaine derrière la rue de la Baillerie doit comporter plus de 2.000 logements à construire aux cours des six ou sept prochaines années. Cette importante cité sera composée à la fois de maisons familiales entourées de jardins et de blocs d’appartements. Parmi ceux-ci, deux bandes d’une dizaine d’étages et quelques tours sont prévues de façon à permettre tout autour des bâtiments l’aménagement de très larges espaces verts. Un équipement commercial et social complétera naturellement l’organisation de ce nouveau quartier appelé à devenir l’un des plus attrayants de Wattrelos dont la population s’accroît d’année en année, et ne tardera pas à correspondre à celles des grandes sous préfectures du département.

Un premier immeuble à la Baillerie

Un immeuble collectif vient d’être achevé en février 1959 rue Jules-Guesde à Wattrelos dans le quartier de la Baillerie. Haut de quatre étages, il comporte quatre-vingt-dix appartements, répartis selon plusieurs types de logements. Le CIL construit de nouveaux logements qui innovent en matière de construction et notamment en termes de préfabrication. Il s’agit ici d’une formule industrielle techniquement très poussée que l’on a déjà expérimentée à Tourcoing. Cette technique nouvelle répond à toutes les nécessités de l’habitat moderne. Elle est axée sur une conception spéciale de la construction où les cellules sont assemblées par pans entiers, au lieu de s’élever brique par brique. D’où un gain énorme de temps, le collectif de la Baillerie n’a demandé que huit mois de travail. Avec les moyens habituels il aurait fallu au bas mot quinze mois pour l’achever.

L’immeuble de la Baillerie doc NE

Des parties de logement (murs, cloisons, planchers) ont été construits en usine pour être ensuite assemblés sur le chantier. Cet immeuble de 90 logements est construit sur cinq niveaux : sa longueur est de 180 mètres et l’épaisseur de 10 m 50. Chaque cage d’escalier comporte 10 appartements, deux par étage. Ce sont des appartements du type F3 (trois pièces principales) F4 (quatre pièces principales) dont les surfaces sont celles imposées par la législation. Ces logements ont été étudiés de manière à séparer les pièces de jour (séjour et cuisine) des pièces de nuit (chambre et salle d’eau). Les dégagements ont été réduits au minimum. La cage d’escalier très large permet un accès agréable et facile aux appartements.

L’appartement de la Baillerie donne une très grande sensation d’espace et de confort. Le chauffage collectif évite à la ménagère les fatigues insupportables du chauffage individuel, il est réalisé par sol et plafonds chauffants. Ainsi sont supprimés les tuyauteries et radiateurs encombrants. La parfaite isolation du logement permet de limiter la dépense du chauffage à des chiffres très bas et garantis.

L’insonorisation parfaite est obtenue par l’emploi de matériaux appropriés : cloisons en dur et en lourd, planchers recouverts de plastique feutre absorbant les bruits de choc, revêtements muraux spécialement étudiés amortissant les résonances. Les chambres sont spacieuses et habitables par deux personnes. De larges baies dans la salle de séjour et la chambre principale donnent de l’ampleur à ces pièces. La lumière pénètre ainsi à flot dans toutes les parties du logement.

Le salon de l’appartement témoin doc NE

La cuisine est largement dimensionnée et facile à aménager. Elle offre la possibilité de placer une table pour les repas, un réfrigérateur, des éléments hauts de placard. Le service de la cuisine est complété par un vide-ordures.

Un des appartements du nouveau collectif de la rue Jules-Guesde à Wattrelos pourra être visité deux week-ends de suite en février et mars. Des autobus de l’E.L.R.T. transporteront gratuitement les visiteurs aller et retour. Dimanche 1er mars, présentation officielle de cet appartement à 11 heures à diverses personnalités par des dirigeants du CIL. Le jour dit, l’appartement-type du premier collectif d’une cité de 2.500 logements reçoit d’innombrables visiteurs. Ce premier immeuble est en effet appelé à être suivi par plusieurs autres collectifs et logements qui constitueront une importante cité.

Les fêtes de la Mottelette

En 1959, on prépare les fêtes du quartier de la Mottelette, qui se dérouleront le 9 et 10 mai. Comme prélude, une caravane publicitaire a défilé un samedi de mars dans les principales artères de la commune et jusqu’à Lys, Toufflers, Lannoy et même Roubaix ! Plusieurs véhicules automobiles attirèrent la curiosité de nombreux promeneurs et riverains, sensibles aux appels délivrés au micro par des virtuoses de la chanson de quartier. Mais le clou du spectacle fut la haute stature du Géant Don Carlos de la Mottelette défilant avec un grand sourire. Une camionnette de musiciens entonna même l’hymne cher à Don Carlos.

Don Carlos de la Mottelette Photo NE

Cette fête attira énormément de monde. Lorsque le grand cortège folklorique et rétrospectif se mit en route rue de Wattrelos à proximité du Grimonpont, des milliers de personnes se trouvaient massées tout le long du parcours emprunté par le défilé. Ce cortège évoquait le souvenir de tout ce qui faisait le charme de la commune il y a un demi-siècle, et tout particulièrement le quartier de la Mottelette.

On vit tout d’abord un détachement de hussards de la garde à cheval dont l’un portait le fanion du quartier. Il était suivi de l’Harmonie Municipale de Lys qui clique en tête précédait l’amicale sportive de Mouvaux. Un charmant petit groupe de musiciens représentait les petits camarades que M. Alfred Delbecq musicien de renom, aujourd’hui âgé de 86 ans, réunissait il y a bien longtemps pour leur faire apprécier l’art musical.

Le moulin de la Mottelette doc Coll Part

Suivaient le char de l’ancien moulin Jacques que les anciens connurent alors qu’il avait ses assises sur une petite butte située à côté de la briqueterie Salembier, l’Harmonie communale de Leers-Nord, la noce enfantine et surtout le char sur lequel se trouvait le fameux métier à tisser d’autrefois et qui précédait le char aux figurines représentant les récoltes du quartier.

Le char du métier à tisser Photo NE

Un groupe de clowns déchaîna l’hilarité sur son passage et l’émouvant char des ancêtres dont Saïe et Rosine fermaient la marche de cette seconde partie du cortège.

La troisième et dernière partie de ce défilé était emmenée par l’Harmonie Municipale de Leers qui précédait aux sons d’airs entraînants le gracieux char des Miss entourées de gentils bambins figurant une corbeille fleurie. Suivaient un groupe de cyclistes humoristiques et le char de la Municipalité. Don Carlos de la Mottelette le sympathique géant portait un regard satisfait sur tout cela en fumant sa pipe.

Don Carlos devant Motte-Bossut photo NE

Après l’arrivée du cortège face à la salle des fêtes, l’Harmonie communale de Leers-Nord donne une aubade d’honneur aux visiteurs. La grande salle archi-comble devait servir de décor à une soirée de music-hall. Après les exécutions musicales de l’Harmonie de Lys, qui faisaient suite à un discours humoristique de M. Paul Leroy, maire du quartier, le public assiste alors à une cascade de numéros de music-hall : mouvements gymniques et ballets de l’amicale sportive Mouvalloise, puis sur scène Claude Brambrugge baryton, 1er prix de Conservatoire, Rigobert, chanteur, diseur et siffleur, les Egypsis, les Ramsés, illusionnistes prestidigitateurs.

Rigobert Luysch doc NE

Après l’entracte, l’Harmonie Municipale de Leers interprète des airs de Charles Trenet, arrangés par Laurent Delbecq. Suivent les acrobaties cyclistes de Line et Gérad et le magnifique tour de chant du jeune prodige Bernard Nuytens, originaire du quartier, qui fut fréquemment ovationné et bissé.

Cette soirée s’acheva par une production hilarante des clowns musicaux internationaux Gümano et Vincetti. Le piano d’accompagnement fut tenu à la perfection par Melle Delcambre. Il faut également mentionner la prestation de Popol animateur-présentateur incomparable, de Gégé le speaker souffleur, et de D’Jeny régleur régisseur, tous bien connus des leersois.

Cet article pose beaucoup de questions, auxquelles un érudit local ou les souvenirs des anciens pourraient répondre. Ainsi qui est ce Don Carlos ? Un personnage inventé ou réel ? Qu’est-il advenu du Géant ? Qui sont Alfred et Laurent Delbecq ? Une famille de musiciens leersois ? Le travail n’est pas terminé, nous partons en recherche.

La Martinoire, zone industrielle

La plaine de la Martinoire avant travaux photo NE

Le lieu dit La Martinoire est encadré par la voie de chemin de fer au Nord, la frontière avec la en Belgique à l’est, et les quartiers du sapin vert de la Mousserie et du Crétinier à l’ouest. La décision de transformer ces terres agricoles en zone industrielle date de 1959. La Martinoire est la première zone industrielle du département du Nord et elle est créée sans l’aval gouvernemental, Roubaix et ses environs n’étant pas prioritaires à l’époque. Ce parc d’activités permet donc aux entreprises locales de s’étendre. Tous les terrains ont été vendus et 3.500 emplois ont été créés.

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