Juin 1900

Cyclisme. Réunion du Club des joyeux cyclistes au local rue Montgolfier 2 chez Henri Vreck à l’estaminet « Aux joyeux cyclistes ». Nomination de la commission dans laquelle on retrouve les noms suivants : Féréol Lecomte, Pierre Cnudde, Eugène Petit, Henri Vreck. Le capitaine de route est André Lobstein avec un lieutenant, Auguste Delomeilleur. Commissaires Alfred Pollet et Henri Prévost. On peut s’inscrire au local.

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Cyclisme. Un groupe de sportsmen de Roubaix et de Vimy organise pour le dimanche 17 juin une grande course cycliste Roubaix Vimy aller et retour soit 100 kilomètres. Cette épreuve est ouverte à tous les coureurs non professionnels. Aucune licence n’est exigée, l’entraînement par bicyclette est le seul autorisé. L’itinéraire part de Roubaix, puis passe par Hem, Forest, Ascq, Lesquin, Fâches, Wattignies, Seclin, Carvin, Lens, Vimy, contrôle à l’hôtel des pompiers et retour. Parmi les nombreux prix décernés aux vainqueurs, le premier est une bicyclette, le second un superbe objet d’art offert par M. Motte député du Nord. Les engagements seront adressés accompagnés d’un droit de deux francs à M. Théo Callens, 34 rue du Général Chanzy, Roubaix.

Escrime. M. Victor Fort, membre du Contre de Quarte de Roubaix, a remporté dimanche dernier un succès remarquable au tournoi de Liège en se classant 4e dans un concours auquel ont pris part 47 grands maîtres de Belgique, de France, d’Italie, d’Allemagne et de Hollande.

Gymnastique JO 1900 à Vincennes doc Gallica

Gymnastique. La population roubaisienne a fait un accueil enthousiaste aux vaillants gymnastes de la Roubaisienne de retour de Paris, couverts de lauriers. Dès sept heures et demie la rue de la Gare est envahie par la foule. La Grande Harmonie entame la Marseillaise à l’arrivée des héros. Un cortège se forme alors, en tête l’Union des Trompettes, puis la Fanfare Delattre, la Fanfare de Beaurepaire, la Concordia, la Fanfare des Trompettes, la Revanche, la Caecilia, les Mélomanes Roubaisiens, la musique municipale de la Grande Harmonie, la société de gymnastique l’Ancienne et la Roubaisienne. Sur la Grand Place, les gymnastes sont acclamés par la foule avant d’être accueillis par les membres du Conseil Municipal avec à leur tête le maire Henri Carrette. M. Mouvaux président de la Roubaisienne prend la parole et rend hommage aux champions et à leur moniteur chef, M Piesvaux. Le maire de Roubaix répond qu’il est heureux du succès remporté par la société roubaisienne qui est à présent renommée dans le monde entier. Des vivats sont alors chantés pour la Roubaisienne, M. Piesvaux et M. Demey le champion athlétique. Des vins d’honneur sont ensuite offerts, pendant lesquels M. Durand membre de la Roubaisienne explique en détail le succès de la société classée première du concours de Paris.

Athlétisme. Les championnats du Nord d’athlétisme ont eu lieu sur le terrain de l’Iris Club Lillois, au Vélodrome de Lille. Le tourquennois Malfait remporte les 100 et 400 mètres. Les 800 et 1500 mètres reviennent au lillois Bandeville, le 110 mètres haies et le saut en longueur au lillois Buchet, le 400 mètres haies au lillois Varet. Les roubaisiens remportent les épreuves suivantes : Dansette, le saut en hauteur, Cunin, le saut à la perche, le poids et Scrépel le disque. Tous les résultats sont de bon augure avant les championnats de France qui auront bientôt lieu.

Vélodrome et arènes. Des pourparlers pour la réouverture des arènes de Roubaix et du vélodrome, avec la société en liquidation. On étudie la possibilité de louer le vélodrome pour une ou deux réunions d’essai. Si les démarches aboutissent, des courses de taureaux seront donnée dès le mois de juillet. La société qui a la ferme intention de reprendre les arènes a déjà annoncé son programme : deux ou trois courses espagnoles, deux courses landaises et une grande fête musicale et artistique dans le genre de la représentation de Mireille qui n’a pu avoir lieu l’année précédente.

Cyclisme. Le ministre des finances vient de faire adresser aux maires et aux percepteurs des instructions en vue de la mise en exécution des nouvelles dispositions relatives au remplacement gratuit des plaques de vélocipède perdues ou soustraites. Il convient d’avoir fait une déclaration de perte ou de soustraction à la mairie sur papier timbré à 60 centimes aux frais du contribuable, dans les deux jours à partir du constat de la perte. Toutefois jusqu’au 1er juillet prochain, on pourra déclarer exceptionnellement au-delà des deux jours auprès des percepteurs.

Cyclisme. Une grande course vélocipédique sur route pour amateurs, Roubaix Fleurbaix et retour va être organisée par la Renaissance Vélocipédique le dimanche 1er juillet. Les inscriptions sont reçues chez M. Géry Haeck rue de Mouvaux 64, Blanc Seau, Tourcoing. Droit d’inscription 1,50 francs. Le départ se fera à deux heures précises chez M. Guillaume Saverys, rue de Mouvaux 99 à Roubaix.

Nord Touriste

La société le Nord Touriste vient d’obtenir l’autorisation de la douane belge pour la libre circulation à la frontière, des véhicules automobiles sous le couvert de permis spéciaux délivrés par ladite société. Il ne reste plus pour profiter de cette faveur qui sera très appréciée par les pratiquants du teuf teuf (l’expression est de l’époque), qu’à régulariser la question du cautionnement à fournir par la société. MM Les chauffeurs peuvent dès maintenant s’inscrire auprès du bureau du Nord Touriste, à l’hôtel Ferraille rue de la Gare. Il faut prévoir les renseignements suivants : noms et domicile, nombre et description des automobiles et motocycles, estimation de leur valeur. Il faut bien entendu au préalable être membre du Nord Touriste. Cotisation annuelle cinq francs et 50 centimes pour l’insigne.

La Roubaisienne en 1902

Les membres de la Roubaisienne Coll Particulière

La « Roubaisienne », Société municipale de Gymnastique et de Tir , dont le siège se trouvait à l’époque au N° 20 rue Jeanne d’Arc, a été autorisée par un arrêté préfectoral du 8 Juin 1883. Rappelons que le but de cette société est de «propager le goût pour les exercices du corps, de développer la force, l’adresse et le courage, afin de faire des hommes vigoureux, en un mot, de préparer, pour le Pays, des hommes vaillants ». Sa devise est « Pro Patria ».

La commission de la Roubaisienne Coll Particulière

En 1902, la Commission administrative se compose comme suit : Président honoraire, G. Pennel, Président actif Lucien Mouraux. 1er Vice-Président, Ch. Weill, 2e Vice Président, Carlos Roussé. Secrétaire Henri Lepaul. adjoint Albert Inglebert. Trésorier, Arthur Desrousseaux, adjoint J. Piesvaux. Chef de gymnastique, J. Piesvaux. Porte drapeau Wardavoir. Commissaire des fêtes, E. Draux. Garde du matériel et d’habillement L. Farcy. Commissaire des Pupilles A. Tettelin. Natation Vanmullen. Tir et instruction militaire, E. Bleuse. Commissaires d’ordre : MM. Alfred Vandeputte, Dejonghe, J. Wardavoir, Henri Vergin, Léon Cunin, U. Vanmullen. La société compte 160 membres actifs, 25 membres anciens, 35 pupilles, 12 membres donateurs, 50 membres honoraires et protecteurs, plus environ 60 sociétaires sous les drapeaux.

Les bains roubaisiens rue Pierre Motte CP Méd Rx

Ses cours ont lieu : pour les membres actifs, les mercredis et samedis de 8 heures et demie à 11 heures du soir ; pour les pupilles, les mardis et jeudis, de 8 à 10 heures du soir ; pour les anciens, le Vendredi de 8 heures et demie à 11 heures du soir. Le cours de natation s’est fait le Mardi, de 8 à 9 heures et demie du soir, à l’établissement des Bains roubaisiens, Rue Pierre Motte. Le cours d instruction militaire a été donné le Dimanche matin, de 9 heures à 10 heures et demie, et le Vendredi de 8 heures et demie à 9 heures et demie, au local, Rue Jeanne d’Arc. Le tir à la carabine et au tir réduit aux fusils Gras et Lebel, au Stand, Boulevard Gambetta. Le tir a 1’arme de guerre, au Stand du Tir National, Grand Rue. (Distance 200 mètres).

La cotisation annuelle est de 10 francs pour les membres honoraires et de 20 francs pour les membres protecteurs. Pour les membres actifs, anciens et pupilles, elle est de 1 fr. 50 par mois. Des jetons de présence, à déduire des cotisations, sont remis aux gymnastes assidus.

Les activités de 1902

Pendant l’année 1902, la Roubaisienne a organisé, entre ses sociétaires adultes et pupilles, des concours de saut a la perche, de jeux athlétiques, de natation, d’instruction militaire et des concours individuels. Les cours des moniteurs de l’Association régionale des gymnastes du Nord et du Pas-de-Calais ont été suivis par les meilleurs élèves. La Roubaisienne a obtenu les succès suivants : le 9 Février, lors de la fête organisée par l’Union des sports, M. Bauwens a été proclamé Champion du Nord pour la lutte libre. Cinq gymnastes ont participé, le 5 Juin, à un petit concours à Lens, tous sont revenus lauréats.

Fête fédérale du Mans 1902 Coll Particulière

Une section de 60 membres s’est rendue, le 15 Août, au concours d’Issy les Moulineaux. Malgré la valeur des sociétés rivales de Calais, de Paris, de Tourcoing, elle obtint la plus haute récompense ; à son retour, elle fut chaleureusement félicitée par l’Administration municipale et la population qui leur a organisé une superbe réception.

La Société a participé aux fêtes suivantes : le 22 Juin, à la Fête fédérale du Mans avec une délégation dont faisaient partie MM. L. Mouraux, Président, Piesvaux, Directeur, Juré des concours, H. Lepaul, Cl. Durant, A. Desrousseaux et A. Vandeputte. C’est à cette fête que M. Mouraux a reçu de M. le Président de la République, les palmes d’Officier d ’Académie.

Le même jour, deux sections se rendaient, l’une à Mouscron et l’autre à Dunkerque.

La Roubaisienne en action CP Méd Rx

Le 14 Juillet, elle donne une séance de nuit au Square Pierre Catteau et, le 28 du même mois, elle organise une fête au profit des sinistrés de la Martinique. Elle prête son concours, le 12 Octobre, à la Société des Vétérans de terre et de mer. Le 27 du même mois, elle offre à l’Hippodrome, à ses membres honoraires, une grande solennité gymnique dont la partie musicale a été confiée à la Fanfare Delattre. Le 2 Novembre, les gymnastes danseurs sont allés exécuter un ballet à Wattrelos.

La Société n’a pas oublié ses membres sous les drapeaux ; elle leur a envoyé à chacun, le 14 Septembre, un mandat au moyen des ressources provenant du tronc du « Sou des soldats » et des amendes infligées par application du Règlement. Et le 8 Novembre, un punch a été offert aux 31 conscrits qui devaient quitter la Société pour accomplir leur service militaire.

D’après les Rapports du Maire

Ballon(s) et inondations

Une première question au moment d’entamer cet article. Parle-t-on du quartier du Ballon ou des Ballons ? Il semble que l’appellation soit issue de la partie belge herseautoise comprise entre les deux rivières Berckem et Espierre. Mais nos amis belges parlent du quartier des Ballons, alors que côté wattrelosien, nous avions une rue du Ballon venant de la Vieille Place et qui correspond aujourd’hui au tracé des rues Louis Dornier et Georges Philippot. Les deux rivières citées plus haut ont régulièrement fait du quartier du ou des Ballons des plaines d’inondations. Un rapport de 1925 signale une année particulièrement catastrophique, avec 3 à 400 habitations régulièrement inondées et contaminées. Le quartier du Ballon connaît de manière plus ou moins fréquente entre 20 et 30 inondations par an, entraînant la destruction de récoltes, la contamination des puits et la dégradation des immeubles. Le 8 janvier 1925, les prairies et le champs qui entourent le gazomètre de Wattrelos, situé non loin de l’abattoir, donnent l’impression d’être un vaste étang. De fortes pluies en avril, juillet et août 1928 entraînent des inondations dont les dégâts seront indemnisés pour certains agriculteurs, notamment Clotaire Flipot, demeurant 1 rue du Ballon et Louis Houzet pour les dommages subis par son champ de betteraves. L’Espierre débordera à nouveau en juin, juillet et août 1930. La même année est créée l’« Association des victimes de l’Espierre et du Berckem ».

Wattrelos au temps du Consultat ext ADN ca 1807

On peut apercevoir sur ce cadastre du Consulat le parcours de l’Espierre partant du hameau du Ballon, tout en haut du plan, et formant un arc de cercle au travers des Près, passant entre la Vieille Place et la grand Place et rejoignant par de légers méandres le Laboureur. Les inondations vont donc concerner une grande partie du territoire wattrelosien. Les fortes pluies orageuses sont à l’origine du phénomène mais pas seulement. Il apparaît que le lit des deux rivières responsables des inondations se sont progressivement comblés à la suite du développement industriel et des rejets des usines roubaisiennes, tourquennoises et wattrelosiennes. La configuration des lieux est également propice aux inondations. Les ponts ou passerelles sont positionnés trop bas et forment barrage lors de fortes pluies. Le cours de l’Espierre présente plusieurs coudes ce qui ne favorise pas l’écoulement des eaux. De plus, le Berckem qui rejoint l’Espierre, se jette à angle droit et augmente fortement l’arrivée d’eau dans le cours principal. Lors d’abondantes pluies, le niveau des eaux s’élève rapidement, et quelques minutes suffisent pour provoquer des envahissements de 40, 50 voire 60 cm d’eau ! Sans oublier les odeurs amenées par les eaux polluées par les nombreuses industries. Il faut incessamment curer les ruisseaux obstrués, élargir les berges, redresser le lit des cours d’eaux. Entre les deux guerres ont lieu les débordements les plus catastrophiques de l’Espierre.

Quartier du Ballon inondé en 1957 Photo NE

D’avril à septembre 1957, d’importants travaux sont menés qui aboutissent aux résultats suivants : côté français, on a redressé le cours de l’Espierre et établi un nouveau pont pour faire la jonction entre la Martinoire et les Ballons. La rectification du cours de l’Espierre a entraîné de gros travaux de terrassement sur plus de cent mètres pour établir le nouveau lit de l’Espierre, plus profond et plus large que l’ancien. L’ancien lit a été comblé et une route reliera désormais à cet endroit la Martinoire et les Ballons. Les travaux français ont entraîné des craintes côté belge, car l’arrivée plus directe des eaux risque d’entraîner des inondations plus massives encore de l’autre côté de la frontière. D’autres travaux sont à envisager sur le territoire de Wattrelos afin de contenir les eaux, comme l’amélioration de l’étroit Pont des Vaches situé dans la plaine des Près ainsi que la suppression de méandres existant encore au sud de la rue Pierre Catteau.

La cité du 11 Novembre sous les eaux en 1957 Photo NE

En 1961, en vue de régler le problème de l’Espierre, les villes de Roubaix, Tourcoing, Wattrelos, Mouvaux, Croix, Wasquehal, Lys lez Lannoy, Leers, Hem et Bondues s’associent sous la forme d’un syndicat intercommunal d’assainissement du bassin de l’Espierre et du bassin de Tourcoing, tributaire de la Lys. Le problème qui existait déjà en 1925 s’est amplifié au fur et à mesure du développement industriel de la région. Ces vingt dernières années, l’urbanisation intensive du bassin de l’Espierre a augmenté les surfaces de ruissellement imperméables et a aggravé l’insuffisance de débit provoquant des inondations fréquentes sur le territoire de Wattrelos dans les quartiers du Mont à Leux, des Ballons, de la Broche de fer, du Breuil, du Rivage, pareil sur Roubaix, en raison du refoulement des eaux dans les égouts.

Les Ballons en 1964 Photo NE

En 1964, un important programme de construction de collecteurs a été mis en place par ce syndicat, dont le financement sera pris en compte par l’État. Pour Wattrelos, il s’agit d’un collecteur d’assainissement démarrant au Mont-à-Leux, empruntant la rue de la Martinoire, le lit actuel de L’Espierre jusqu’à la gare de Wattrelos, avec une dérivation par la rue de l’abattoir, la rue du général de Gaulle, la rue des poilus, le cimetière pour aboutir à la station d’épuration du Grimonpont. D’autre part, l’Espierre et le Berckhem, son affluent, seront entièrement canalisés entre le quartier de l’Union et la cité Amédée Prouvost, ce qui signifie qu’ils seront convertis en collecteurs souterrains. La dérivation vers le Grimonpont doit permettre la suppression du lit actuel de L’Espierre entre la gare de Wattrelos et le Sartel, et son remplacement par un aqueduc de section moyenne, un diamètre de 1,80 m enterré à une profondeur variable de 9 à 14 mètres. Coût des travaux, près de deux milliards d’anciens francs. Roubaix de son côté creuse un collecteur qui part de Mouvaux jusqu’au Laboureur. Ces travaux suffiront-ils ?

à suivre

Une dernière danse au bal masqué

Enseigne du 227 rue Carnot extrait festival-traitdunion.com

Ce n’est pas une histoire triste, juste un reflet de notre époque. Dans la rue principale de ma ville, une cité réputée festive, se trouve un magasin original dont le nom «Au bal masqué» est déjà une invitation à la fête. On y trouve, en effet, nombreux costumes, déguisements et accessoires pour passer de bons moments en famille ou entre amis. La propriétaire du magasin, toujours souriante et disponible, nous conseille, nous met à l’aise, ce qui est indispensable lorsque l’on doit sortir de sa cabine d’essayage revêtu d’un costume de Robin des bois plutôt moulant ou d’une tunique de Tarzanne un peu courte pour se poser devant son grand miroir, à la vue souvent d’autres clients riant sous cape (de Zorro).

Vitrine du Bal Masqué extrait cow.badminton.fr

Au gré des saisons et des fêtes, la porte s’ouvre à qui veut vivre des moments de bonheur et toujours sous le regard bienveillant de cette vendeuse pas ordinaire qui, il y a encore quelques mois, se réjouissait de rénover la devanture du magasin pour marquer le coup de ses 25 ans d’existence. Malheureusement, au fil des années, le chiffre d’affaire diminuait mais elle tenait à son affaire qui lui permettait de nombreux contacts et d’être au cœur des animations de cette ville au «cœur qui bat». Il faut dire que depuis quelques temps un nouveau et grand centre commercial s’était installé dans une ville voisine avec un magasin flambant neuf proposant aussi des déguisements, d’une qualité moindre mais d’un prix plus bas et comme les gens adorent se promener en famille dans les centres commerciaux le samedi plutôt que de se promener là où l’air est plus frais, petit à petit la sonnette de la porte du magasin s’est mis à moins retentir.

Vitrine récente du Bal Masqué Coll particulière

Tant et si bien que le magasin fermera bientôt définitivement sa porte… La crise du Covid-19 ayant été comme un dernier coup de grâce, même s’il n’y avait plus beaucoup d’illusions. Bien entendu tout le monde va déplorer cette fermeture, incriminant je ne sais quel responsable. Parce qu’il faut toujours un responsable. Mais que ce soit clair, le principal responsable c’est notre mode de vie, qui fait que l’on ignore souvent le petit commerce près de chez nous, pour aller vers la nouveauté, le clinquant. Souvenons-nous des petits magasins où nous allions avec nos parents ou grands-parents et cessons de nous plaindre constamment si une banque, une compagnie d’assurance ou un temple de la mal-bouffe viennent s’installer à leur place. A l’heure où nous sommes amenés à changer nos comportements de consommateurs sous peine de graves désillusions, aidons nos commerces de proximité et peut-être, je dis bien peut-être, d’ici quelques temps, on ouvrira à nouveau des magasins colorés et chaleureux dans nos rues. Et si vous vouliez avoir des nouvelles de la propriétaire du magasin, rassurez-vous… Elle va bien !

Le parc du Brondeloire

En 1993, une étude de faisabilité concernant la voie ferrée Lille/Mouscron avait pour but de relever les points de vue à l’arrivée sur Roubaix. Le quartier de l’Épeule fait déjà partie de cette «mise en scène du panorama de Roubaix». En novembre 1994, le Grand Projet Urbain de Roubaix est lancé. L’étude de l’agence Devillers est axée sur les territoires de la Boucle du Canal comprenant les communes de Roubaix et Tourcoing, un complément d’étude incluant les quartiers de l’Epeule/ Fresnoy/ Mackellerie. Le foisonnement végétal bordant la voie de chemin de fer est mis en avant, et on a l’idée d’aménager un grand parc longitudinal du côté de l’Epeule.

Le long de la voie ferrée en 1988 Photo IGN

Un concours est alors lancé par la ville de Roubaix en mai 1996. Vingt quatre réponses locales ont été reçues, trois équipes sont finalement retenues, qui ont trois mois pour proposer une esquisse. Finalement, le 5 novembre 1996, c’est l’équipe B3L Paysages qui est retenue. Leur proposition se distingue par la volonté de placer les équipements sportifs perpendiculairement à la voie. Ils composent ainsi le parc par une trame longitudinale essentiellement végétale composée de bandes boisées, et d’une voie verte. Cette trame longitudinale est ensuite entrecoupée par les équipements programmés (terrains multisports, terrains de foot) et les éléments installés (butte, jardins familiaux). De plus, ils suggèrent la conservation des déchets de démolition pour constituer une butte culminant à sept mètres de haut, qui permettrait une vue sur la Mackellerie séparée de l’Epeule par la voie ferrée. Son flanc Est servirait de tribunes sur le stade. Sa face exposée au sud serait utilisée comme lieu de détente et comme point de vue privilégié sur les toits de Roubaix. Sur la face nord de cette butte, un amphithéâtre en gabions serait réalisé afin de conserver un bosquet de bouleaux déjà présent sur le site.

Le projet B3L Paysages doc AmRx

C’est en septembre 1997 que démarrent les travaux de démolition en vue de réaliser le parc Bell-Brondeloire. Sont concernés deux hectares de bâtiments en état de décomposition avancée, et les jardins familiaux. On va détruire tout ce qui se trouve entre le groupe Bell de l’OPAC de Roubaix, le supermarché Match, la rue du Brondeloire, le bâtiment Flipo Richir et la voie de chemin de fer. Cela représente une longue bande de terrain à assainir le long du remblai du chemin de fer. Les travaux de démolition doivent durer deux mois et demi. Les jardins ouvriers vont être déplacés de 150 mètres par rapport à leur situation initiale. Douze parcelles seront installées durant le premier semestre 1998, au beau milieu du futur parc. On a prévu un espace clôturé et gardienné pour les nouveaux jardins familiaux, un terrain de football avec vestiaires, des espaces de détente, un autre terrain multisports (foot, basket) aménagé en accès libre, et suffisamment loin des habitations pour ne pas gêner les riverains.

Les jardins familiaux déplacés doc AmRx

En 1998 est inauguré le parc du Brondeloire dont l’emplacement a été choisi parce que la grande surface libre appartenait déjà à la Mairie. De plus, le comité du quartier de l’Epeule réclamait depuis une dizaine d’années des équipements sportifs, car la population du quartier est jeune, notamment dans les logements du «groupe Bell». La décision de faire un parc sportif est prise immédiatement. Les entrepreneurs SOREVE et Nord Espace vert se sont occupés du chantier. L’Agence Paysages a abandonné le suivi du chantier en cours, et on constatera des différences entre la phase chantier et ce qui a été réalisé. Conséquence, les bouleaux qui définissent la forme du forum dans la butte du parc, sont pour la plupart morts ou en très mauvaise santé. Comment justifier ce forum si les bouleaux disparaissent? Les voliges destinées à délimiter les différentes pièces du jardin à l’ouest du parc n’ont pas été installées. Il en résulte une dégradation de ces espaces. Des adventices poussent sur les rebords des allées en grave. Les matériaux se mélangent (graves et terres végétales). On distingue encore les différents massifs.

Amphithéâtre et promenade doc AmRx

Il est vrai que l’appropriation du site a été très rapide. Une association d’habitants a réalisé l’entretien et l’animation du parc pendant un temps. Le parc était attendu depuis dix longues années. Cette attente et la sur-utilisation ont très vite eu des répercutions sur le site. Le parc du Brondeloire a subi de nombreuses dégradations, il n’a pas connu de trêve en terme d’utilisation. Le site ne ferme pas totalement, il y a des brèches dans l’enceinte du parc et il n’est pas gardé la nuit. Dès Mai 1998, l’amphithéâtre en gabion est remis en cause. Il a subi de petites dégradations aux conséquences importantes. Son accès et son utilisation ne se font pas en toute sécurité. De plus des pierres ont été arrachées des grillages et projetées contre les trains passant à proximité, ou sur des voitures. On projette de noyer les galets dans du béton et de poser des garde-corps. Finalement on comblera l’amphithéâtre par de la terre et pour retenir celle-ci on posera des rondins de bois, et on sécurisera l’accès par un grillage. L’amphithéâtre a donc perdu sa forme et son utilité. Seule une assise a été installée à la base de la butte.

Terrains de sports doc AmRx

Le terrain de sport est également très dégradé, le parc est soumis à de très grosses contraintes d’usure notamment en hiver durant les périodes de gel et parce qu’il est très sollicité. Selon les services des sports, il serait déjà à reconstruire. Le parc est très utilisé, notamment en été ou les activités manquent terriblement dans le quartier. Les enfants viennent donc jouer dans le parc, terrain de foot et terrains de sports sont saturés. Les potagers sont également très vivants à la belle saison. On signale cependant des conflits dans les potagers (vols de légumes). En hiver, le parc offre moins de possibilités mis à part le terrain de foot. Des problèmes de trafics de drogues sont récurrents, et empêchent parfois d’autres usagers d’utiliser les infrastructures sportives, comme par exemple les écoles qui n’ont pas eu accès au parc pendant plusieurs jours. Dix ans à peine et une grande partie du parc est à refaire.

Le long de la voie de chemin de fer en 2000 doc IGN

à suivre

La famille Pratt

Lucien Delvarre est ouvrier typographe à l’imprimerie Collin, au 27 rue Nationale à Roubaix. Après sa journée de travail, il s’occupe des nombreuses associations dont il fait partie : MLO (Mouvement de Libération Ouvrière), Culture et Liberté, Citoyens du monde, Comité de quartier.

Lucien est également passionné par la musique. Il joue de plusieurs instruments : le violon, le piano, la basse, la guitare, le cor pour lequel il a obtenu le 1° prix au conservatoire. Il fait partie de la célèbre fanfare Delattre et chante dans diverses chorales. C’est à l’occasion de sa participation dans un groupe vocal qu’il rencontre sa future épouse Betty,

Lucien Delvarre ( Document C. Delvarre )

Au milieu des années 1950, ils habitent au 81 avenue Alfred Motte, dans un appartement HBM ( Habitation Bon Marché ) au 3° étage. Le logement est petit mais coquet. L’immeuble se situe à l’angle de la rue Ingres.

Photo BT

Lucien et Betty ont 3 enfants et commencent bien sûr à les motiver sur leur passion musicale. En 1966, l’aîné, Jean-Luc, 17 ans, est typographe comme son père ; il joue de la guitare et de la basse. Emmanuel, 14 ans, joue de la guitare et de la batterie. Christophe, 11 ans, étudie le piano et la contrebasse au conservatoire de la rue de Soubise, et joue de la guitare également. Très rapidement, les trois garçons, passionnés et motivés par leur père, sont doués pour la musique, et jouent de leur instrument avec plaisir, bien souvent acheté chez Waeterloos, rue de Lannoy.

Document Nord Eclair

Lucien et Betty décident donc de créer un ensemble vocal comprenant les 5 membres de la famille. Ils travaillent fréquemment, lors de répétitions dans leur appartement de l’avenue Alfred Motte, sur des musiques très diverses comme la variété, le folk, le negro-spiritual. Lucien devient l’homme orchestre du groupe. Il fait également les arrangements et compose parfois avec son ami Jean Prez, comme par exemple : Valse Printanière.

Valse Printanière ( Document C. Delvarre )
Documents Nord Éclair et collection privée

Lucien est sollicité pour participer à un premier concours de chant, à Croix. L’organisateur lui demande de trouver un nom de scène pour son groupe. Lucien décide, rapidement, d’appeler son ensemble vocal : «la famille Pratt » car il s’est souvenu d’un film  : La Mélodie du Bonheur avec la famille Von Trapp. Il inverse simplement les lettres du nom Trapp.

Document collection privée

La famille Pratt connaît un franc succès lors de cette première présentation. Les spectacles se succèdent alors très régulièrement, au gré des demandes, car Lucien ne fait aucune publicité pour communiquer. Le  »bouche à oreille » est le meilleur moyen pour faire reconnaître le talent de la famille Pratt. Lucien souhaite, avant tout, que le groupe reste amateur. Jouer un instrument de musique et chanter doit rester un plaisir.

Les déplacements sont toujours épiques ; à cinq dans l’ Ami 6 break, les guitares dans le coffre, et la basse sur le toit du véhicule ! Les concerts se déroulent non seulement à Roubaix, mais également dans toute la région, et même à Blankenberge en Belgique. Leur costume de scène est très simple ; chemise blanche, gilet et cravate fantaisie.

Document C. Delvarre

Au début des années 1970, les adolescents deviennent adultes. L’aîné, Jean Luc, se marie et part habiter en Savoie. La famille Pratt continue à 4. Puis les deux autres garçons se tournent également vers d’autres horizons ; Emmanuel part en Bourgogne, Christophe reste sur la métropole lilloise.

La petite famille continue néanmoins à faire de la musique dans les réunions familiales ou en animant les messes dominicales à l’église Sainte Bernadette de Roubaix. Lucien se consacre également à d’autres passions dont la photographie. Dans les années 1980, il prend des milliers de clichés de sa ville de Roubaix, qu’il aime tant. En 1999, à 79 ans, il présente une projection de ses diapositives, dans le local du comité de son quartier au Nouveau Roubaix, au 58 rue Jean Macé.

Document Voix du Nord 1999

Plus tard, il offrira beaucoup de ces diapositives à la ville. Ces photos sont d’ailleurs toujours visibles, sur le site Internet de la B.N.R. Bibliothèque Numérique de Roubaix. Lucien décède en 2016. On garde de lui, une excellente image : un homme heureux, passionné, bénévole, simple, modeste, généreux.

Lucien Delvarre ( Document C. Delvarre )

Remerciements à Christophe Delvarre

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