Le château Hannart se trouve au 66 rue de Barbieux à Roubaix, juste à côté du château Ternynck, au 68 de la rue. Sur la photo ci-dessous, on distingue parfaitement sur la gauche, les anciennes écuries du château Ternynck qui est occupé aujourd’hui par l’institution Jeanne d’Arc.
le château Hannart ( document archives municipales )la façade avant ( document archives municipales )la façade arrière ( document archives municipales )
Le château appartient à la famille Hannart qui dirige la grande teinturerie à Wasquehal et trois usines d’apprêt à Roubaix. Le château se trouve en front de rue. Il est très vaste. Au rez de chaussée, on trouve : l’entrée, le hall, le living, le petit salon, le grand salon, le bureau, l’office et une immense salle de billard. A l’étage, se situent : le hall, 4 chambres, un bureau, un vestibule, une lingerie, les toilettes et 2 salles de bain. Il en est de même pour le deuxième étage.
plan du rez de chaussée ( document archives municipales )
Derrière l’immeuble, l’immense parc se termine sur l’avenue Le Nôtre. Depuis plus d’un siècle, cet imposant édifice appartient à Mme Amicie Hannart-Ménart qui y habite. Amicie est veuve depuis 1899. Son mari Georges Hannart dirigeait, de son vivant, son entreprise de teinturerie et apprêts à Roubaix.
plan cadastral ( document archives municipales )
Amicie décède à la fin des années 1940. Les consorts de la famille Hannart confient le dossier à l’architecte A. Lemay, 29 rue Colson à Lille, en 1951, pour transformer l’immeuble en 8 appartements locatifs. Le permis de construire est accordé, les travaux peuvent ainsi commencer. Les premiers locataires prennent possession de leur logement en 1952. En 1960, il n’y a plus de locataires et le château Hannart est rasé quelques temps après. Sur le terrain vierge, se construit alors une maison individuelle occupée par J. Heroult, ingénieur, au milieu des années 1960.
maison individuelle ( document archives municipales )
L’institution Jeanne d’Arc reprend ensuite l’ensemble du terrain, fait construire sa nouvelle école maternelle et fait pratiquer une ouverture, en 1998, sur l’avenue Le Notre pour une deuxième entrée.
Plan CadastralVue aérienne ( Document IGN )
Un peu plus tard, en 2008, l’institution fait raser la petite maison sur la rue de Barbieux, pour y construire l’extension du collège Jeanne d’Arc. ( voir sur notre site, un article précédemment édité et intitulé : du château Ternynck à l’école Jeanne d’Arc ).
Sur le plan cadastral de 1824, la rue n’est qu’un chemin vicinal à savoir le chemin de la Fosse de la Léverie à Lannoy. Ce n’est que sur le plan de 1928 qu’elle est répertoriée en tant que rue des Ecoles après la construction des écoles Paul Bert (pour les filles) et Jules Ferry (pour les garçons) au n°31 au début du vingtième siècle et l’inauguration de l’Eglise Paroissiale du quartier des Trois Baudets : l’Eglise Saint-Joseph à la même époque.
Extrait du plan cadastral de 1824 sur lequel on retrouve, reliant les 3 Baudets aux Hauts-Champs le chemin de la Fosse de la Léverie (Document archives départementales)
Malgré la construction de l’école et de l’église, la rue des Ecoles au début du 20ème siècle reste une rue de pleine campagne essentiellement bordée de champs et dépourvue tant d’habitation que de commerce. Les seules habitations isolées présentes sur la photo aérienne de 1933 sont les 3 Fermes qui ont donné leur nom à une rue et au quartier par la suite. (Sur ce sujet voir un précédent article paru sur notre site et intitulé Les 3 fermes).
Plan de 1928 (Document Historihem)Vue aérienne de 1933 (Document IGN)
On y voit également le Parc du Château Olivier, aussi dénommé Château de la Lionderie, puisqu’il se trouve à l’angle que la rue des Ecoles fait avec la rue du même nom. Le château, qui sert de dépôt de munitions allemand est entièrement détruit durant la seconde guerre mondiale et c’est le lotissement de la Lionderie qui est construit sur ses terres. (Sur ce sujet voir un précédent article paru sur notre site et intitulé Période de guerre au Château Olivier).
Le Château Olivier (Documents Historihem)
En 1953, sans doute en raison du commencement du chantier, seule une alimentation générale est répertoriée au n°84 de la rue, dans les anciennes écuries du château, tenue par J. Picavet. Elle est ensuite reprise par les Van Vynckt Lehouck puis, dans les années 1960 par Paul Desmettre jusqu’au début des années 1970. C’est Ahmed Khalesse qui, au début des années 1980, sera le dernier à faire tourner cette épicerie de quartier. La maison abrite aujourd’hui une maison d’assistantes maternelles : Mes copains hémois.
Publicité des années 1950 puis des années 1960-1970 et photo de la maison en 2023 (Documents Historihem, Nord-Eclair et Google Maps)
Mais très vite le quartier change avec la construction de ce lotissement, situé entre la rue de la Lionderie et les 3 Fermes, et l’arrivée massive des nouveaux habitants, clients potentiels pour le petit commerce. Ces nouvelles familles s’ajoutent en effet à celles qui sont déjà logées dans les maisons des rue Ribot, Lemire et Foch. L’épicerie du quartier voit alors des voisins s’installer.
Construction du futur lotissement de la Lionderie en 1951 (Document IGN)Le lotissement de la Lionderie en gros plan (Documents Histotihem)
Ainsi une entreprise de parquets apparaît dans le Ravet-Anceau de 1958, au nom de E. Dewitte, au n°81 de la rue des Ecoles, laquelle y restera en activité pendant plus de 20 ans avant que la maison qui l’abrite redevienne une simple maison d’habitation. La même année apparaît au n°88 le tabac-presse Lobry (Sur ce sujet voir sur notre site un précédent article intitulé Lobry-Milidée). Aujourd’hui ce bâtiment abrite les locaux d’Horizon9 : Association de prévention et d’éducation spécialisées intervenant auprès des jeunes de 11 à 25 ans et leur famille.
Le 81 rue des Ecoles, une ancienne publicité Lobry puis Mauricette Duquenne et le 88 en 2023 (Document Google Maps)
Puis c’est une alimentation générale, le magasin Hem-Service, qui ouvre ses portes. Sa publicité de 1961 spécifie que celui-ci se trouve face à l’église, ce qui n’est, de fait, pas du tout le cas puisque le magasin est en fait situé au coin de la rue des Ecoles et de la rue de la Lionderie. Au gré des annuaires il est ainsi référencé au 82 rue des Ecoles ou au 0 rue de la Lionderie. (Sur ce sujet voir sur notre site un précédent article intitulé Hem-Service)
Publicité pour le magasin d’alimentation générale au début des années 1960 et dans les années 1980 (Documents Historihem et Nord-Eclair)
En janvier 1968, un groupe de 99 maisons, en accession à la propriété, construit par « la Maison Roubaisienne, est en voie d’achèvement face à l’église Saint-Joseph. Cette construction entraîne la création de 4 nouvelles rues : rue de Flandre, rue d’Artois, rue de Picardie et rue d’Alsace.
Le groupe de maisons construit rue des Ecoles et dans les 4 nouvelles rues situées derrière (Document Nord-Eclair)
Ce groupe s’ajoute au vaste lotissement des 3 Fermes, sorti de terre en 1 an, comprenant 264 logements neufs répartis dans les rues des Ecoles et des Trois Fermes ainsi que dans 3 nouvelles rues : Nadaud, Jules Watteeuw et Desrousseaux. La vue panoramique de janvier 1969 est à cet égard impressionnante car on n’y retrouve plus trace des 3 fermes de la rue ni de ses champs mais une ville semble sortie de terre.
Vue aérienne de la rue des Ecoles en janvier 1969 (Document IGN)
1968 est aussi l’année où apparaît, au n°43 de la rue, la bonneterie de Nicole Coquempot, boutique petite par la taille, mais où chacune trouve son bonheur pendant de nombreuses années, la boutique ne fermant ses portes qu’à la toute fin des années 1990. (Sur ce sujet voir sur notre site un précédent article intitulé Nicole Coquempot) Puis deux ans plus tard, dans le groupe de maisons créé en 1968 face à l’église Saint-Joseph, c’est un artisan peintre qui s’installe au n°4 à savoir Michel Decauchy. De nos jours, ces 2 maisons ont retrouvé leur usage d’habitation.
Publicité pour la boutique Coquempot et pour l’entreprise artisanale Decauchy (Documents Historihem)
Un immeuble collectif vient d’être achevé en février 1959 rue Jules-Guesde à Wattrelos dans le quartier de la Baillerie. Haut de quatre étages, il comporte quatre-vingt-dix appartements, répartis selon plusieurs types de logements. Le CIL construit de nouveaux logements qui innovent en matière de construction et notamment en termes de préfabrication. Il s’agit ici d’une formule industrielle techniquement très poussée que l’on a déjà expérimentée à Tourcoing. Cette technique nouvelle répond à toutes les nécessités de l’habitat moderne. Elle est axée sur une conception spéciale de la construction où les cellules sont assemblées par pans entiers, au lieu de s’élever brique par brique. D’où un gain énorme de temps, le collectif de la Baillerie n’a demandé que huit mois de travail. Avec les moyens habituels il aurait fallu au bas mot quinze mois pour l’achever.
L’immeuble de la Baillerie doc NE
Des parties de logement (murs, cloisons, planchers) ont été construits en usine pour être ensuite assemblés sur le chantier. Cet immeuble de 90 logements est construit sur cinq niveaux : sa longueur est de 180 mètres et l’épaisseur de 10 m 50. Chaque cage d’escalier comporte 10 appartements, deux par étage. Ce sont des appartements du type F3 (trois pièces principales) F4 (quatre pièces principales) dont les surfaces sont celles imposées par la législation. Ces logements ont été étudiés de manière à séparer les pièces de jour (séjour et cuisine) des pièces de nuit (chambre et salle d’eau). Les dégagements ont été réduits au minimum. La cage d’escalier très large permet un accès agréable et facile aux appartements.
L’appartement de la Baillerie donne une très grande sensation d’espace et de confort. Le chauffage collectif évite à la ménagère les fatigues insupportables du chauffage individuel, il est réalisé par sol et plafonds chauffants. Ainsi sont supprimés les tuyauteries et radiateurs encombrants. La parfaite isolation du logement permet de limiter la dépense du chauffage à des chiffres très bas et garantis.
L’insonorisation parfaite est obtenue par l’emploi de matériaux appropriés : cloisons en dur et en lourd, planchers recouverts de plastique feutre absorbant les bruits de choc, revêtements muraux spécialement étudiés amortissant les résonances. Les chambres sont spacieuses et habitables par deux personnes. De larges baies dans la salle de séjour et la chambre principale donnent de l’ampleur à ces pièces. La lumière pénètre ainsi à flot dans toutes les parties du logement.
Le salon de l’appartement témoin doc NE
La cuisine est largement dimensionnée et facile à aménager. Elle offre la possibilité de placer une table pour les repas, un réfrigérateur, des éléments hauts de placard. Le service de la cuisine est complété par un vide-ordures.
Un des appartements du nouveau collectif de la rue Jules-Guesde à Wattrelos pourra être visité deux week-ends de suite en février et mars. Des autobus de l’E.L.R.T. transporteront gratuitement les visiteurs aller et retour. Dimanche 1er mars, présentation officielle de cet appartement à 11 heures à diverses personnalités par des dirigeants du CIL. Le jour dit, l’appartement-type du premier collectif d’une cité de 2.500 logements reçoit d’innombrables visiteurs. Ce premier immeuble est en effet appelé à être suivi par plusieurs autres collectifs et logements qui constitueront une importante cité.
C’est en 1964 que le CIL programme la construction de 1146 logements dans le quartier Longchamp, laquelle va être réalisée à partir de 1966, la population de Hem étant passée de 9059 habitants en 1954 à 13687 habitants en 1962. Le groupe Longchamp compte dans sa 1ère tranche 646 logements et un programme triennal prévoit, avant 1970, 1300 logements supplémentaires, tous collectifs.
Physionomie du groupe Lonchamp en 1966 (Document Nord-Eclair)
Après l’énorme concentration des Hauts Champs, c’est en effet encore la campagne, et le bâtisseur n’a pas encore annexé ce coin de nature qui s’étend très loin, jusque vers la gare de Lannoy. C’est sur cette morne plaine qu’une énorme cité de 1200 logements devrait sortir du sol en 3 ans, sur les communes de Hem et Lys-lez-Lannoy.
De la morne plaine à la cité Longchamp en 1965 (Document Nord-Eclair/ Voix du Nord)
En octobre 66, Edgar Pisani, ministre de l’équipement se rend dans le nouveau quartier pour y inaugurer le 20.000 ème logement du Comité Interprofessionnel du Logement, événement local et régional, dans le groupe des 3 Fermes qui se compose de plus de 250 logements dont une quarantaine de maisons individuelles.
Inauguration du 20.000ème logement du Cil de Roubaix-Tourcoing en octobre 1966 (Document Nord-Eclair)
Le remarquable agencement de l’appartement témoin intéresse fortement le ministre et les visiteurs. C’est Mme Robert Delannoy, épouse du président du CIL, et présidente de l’Association pour la Décoration des cités et l’Encouragement aux Arts, qui a assuré la décoration de l’appartement. Elle a fait appel au peintre roubaisien Paul Hemery pour réaliser les 3 belles toiles qui ornent le séjour et la gouache destinée à la chambre d’enfants.
Intérieur de l’appartement témoin (Document Nord-Eclair)
La première tranche du groupe scolaire Longchamp, en 1968, rendu indispensable avec l’arrivée de la nouvelle population familiale (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site) comprend une école primaire mixte avec 10 classes mixtes, une salle polyvalente de 72 m2, un bureau de direction, une cour de récréation de 1.100 m2, un local de détente de 220 m2, un groupe sanitaire pour garçons et un pour filles, un dépôt de 6 m2, un logement de direction et un logement d’adjoint .L’école maternelle comprend quatre salles de classe, une cour de 600 m2, une salle de jeux de 120 m2, une salle de repas de 36 m2, une salle de propreté de 36 m2, un hall d’entrée formant salle d’attente, un logement de direction . Aux deux écoles s’ajoute une cantine de 280 rationnaires et un logement de concierge.
1ère tranche du groupe scolaire (Document Nord-Eclair)
1968 est aussi l’année de construction de la chapelle Saint-André (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site) et de 2 tours de 12 étages, l’une avenue Schweitzer au pied de laquelle s’ouvre un centre commercial indispensable à la nouvelle population du quartier (sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site),l’autre non loin de la nouvelle chapelle.
Le centre commercial Longchamp en construction en 1967 puis en 1968 et la chapelle Saint-André en 1969 (Document Nord-Eclair)
Une seconde tranche de travaux s’engage ensuite pour le groupe scolaire Longchamp, sur le même terrain, en 1970, pour la construction d’une seconde école maternelle de 4 classes, ouverte en fin d’année, puis d’une école primaire mixte de 10 classes plus 2 classes de perfectionnement, dont l’ouverture est prévue pour le printemps 1971, ainsi que 2 logements de fonction pour un directeur et une directrice. Il y a également un plateau d’évolution mais pas de salle des sports, une telle salle existant déjà dans l’école Marie Curie des Hauts Champs (sur le sujet voir un précédent article édité sur notre site). Au total 1000 élèves peuvent être accueillis dans le groupe scolaire.
2 ème tranche du groupe scolaire (Document Nord-Eclair)
A l’amorce de la nouvelle décennie, la presse locale annonce un quartier Longchamp totalement achevé pour 1973. A l’été 1970, sont ainsi achevés : 12 immeubles sur les 25 tours et immeubles prévus. Leur achèvement est prévu pour le début de l’années 1973. A ce moment là on pourra parler, sur les territoires de Hem et Lys-lez-Lannoy, d’une véritable ville nouvelle accueillant 4.500 habitants.
Plan du quartier Lonchamp en 1970 avec emplacement des constructions achevées et à venir (Document Nord-Eclair)
Un foyer logement est construit, derrière l’église Saint-André, rue Galilée, sous forme d’un immeuble identique aux autres et haut de 4 étages. Dans ce foyer, qui devrait être terminé pour l’été 1972, il y a 80 appartements, 59 de 33 mètres carrés et les autres de 23 mètres carrés seulement. Une salle de soins, une salle de réunion de 150 places et un véritable restaurant y sont aménagés ce dernier devant également être ouvert aux habitants du quartier.
Construction du futur foyer logement en 1971 (Document Nord-Eclair)
C’est en 1974 que le quartier des Hauts Champs/Longchamp s’enrichit d’une toute nouvelle cheminée, de 53 mètres de haut, au niveau de la chaufferie, située rue Edgar Degas, sur le territoire de Roubaix, à la demande du services des Mines de la Préfecture, après des plaintes formulées par les riverains. Ceux-ci se plaignent, en effet, que l’actuelle cheminée, beaucoup plus petite, dégage, à certaines périodes des « noirons » qui se répandent sur le quartier. Pour éviter toute interruption de chauffage celle-ci fonctionne jusqu’à la mise en service de la nouvelle. La cheminée sera démolie en 1995.
Une nouvelle cheminée à Longchamp en 1974, vues aériennes de 1965 et 1975, et démolition en 1995 (Documents Nord-Eclair, ateliers mémoire et google maps)
Le 21 mars 1972, les municipalités de Roubaix, Hem et Lys-lez-Lannoy décident de la création d’un syndicat inter-communal à vocation unique : l’équipement sportif du quartier des Trois Villes. C’est Mr Desmulliez, député et maire de Lys-lez-Lannoy qui en est le président.
Les 3 maires se mettent également d’accord sur la réalisation d’un premier équipement : une piscine à construire entre la maison médicale et l’école de Longchamp, le long de l’avenue du président Coty. Le modèle de piscine « Plein Ciel » choisi est accepté par le Secrétariat d’ Etat à la jeunesse et au sport.(sur ce sujet voir un précédent article édité sur notre site). L’équipement est construit en 1975.
Construction de la piscine en 1975 (Document Nord-Eclair)
Au milieu des années 1970, Longchamp est un quartier populaire qui abrite des familles nombreuses. Les témoignages recueillis dans le livre « Un temps de passage » font état de convivialité et de solidarité. En 1978, la tour 90 , rue du Dr Schweitzer obtient même le 3 ème prix du concours départemental des villes fleuries dans la catégorie « immeuble collectif ». Puis la délinquance s’installe et les témoins parlent d’insécurité, de drogue, de voitures brûlées et des immeubles du quartier se vident.
Une photo dans le quartier en 1975 et le prix des villes fleuries en 1978 ; vue aérienne de 1976 (Documents Historihem, Nord-Eclair et IGN)
Remerciements à l’association Historihem, la mairie de Hem et Richard Baron et Olivier de Solminihac pour leur ouvrage « Un temps de passage »
Contrairement à la ville de Roubaix, l’habitat ouvrier à Hem ne date pas du 19ème siècle. Mais les courées, petite touche architecturale du Nord sont bel et bien présente dans la ville et y existent encore de nos jours.
La courée comporte généralement une ou deux rangées de petites maisons, dans une ruelle privée à laquelle on accède par un passage étroit. Jusque dans le milieu du 20ème siècle la plupart ne disposent que d’un point d’eau unique et de cabinets d’aisance extérieurs communs à l’ensemble des maisons lesquelles sont, en général, mal isolées, humides et parfois insalubres.
Exemples de différentes courées du Nord (Doc Wikipedia)
Contrairement aux corons, construits par les compagnies minières, les courées n’ont pas été construites par les industriels mais par une nébuleuse de rentiers, commerçants, cabaretiers voire d’artisans, à la recherche d’un placement sûr pour leurs économies. Les terrains en bord de rue étant trop chers, ces investisseurs achètent alors un étroit rectangle de terrain à front sur rue. On y édifie par exemple un cabaret, au loyer plutôt rentable, auquel on accole un couloir étroit donnant accès aux rangées de maisons construites au rabais, d’une quarantaine de mètres carrés habitables au maximum, avec des escaliers raides où il n’est pas rare de vivre à dix.
Une courée de la métropole lilloise au 19ème siècle (Document Voix du Nord)
Après la fin de la seconde guerre mondiale, les courées sont la cible des plans d’aménagement urbains. À l’époque, la mode est au logement collectif et social. Les courées sont détruites ou se dégradent, jusqu’à devenir le symbole de l’habitat insalubre. « Taudis. Le mot n’est pas exagéré pour caractériser le logement des ouvriers roubaisiens d’après les observateurs de l’époque comme les historiens contemporains. »
Des propriétaires, découragés par l’insalubrité finissent par partir à la fin du 20ème siècle. Ces départs successifs sont “un cercle vicieux de dégradation”. Aux côtés des portes fleuries de maisons coquettes et entretenues, des planches de bois obstruent ce qui fut une entrée ou une fenêtre. Certaines maisons sont ainsi laissées à l’abandon. “Elles se dégradent rapidement puisqu’elles ne sont plus entretenues et elles contaminent les maisons voisines.
Pourtant, le fait est là : à la fin du 20ème siècle, ces maisonnettes typiques mais aux abords parfois inhospitaliers, mal éclairés et souvent sans réseaux d’assainissement, sont désormais considérés comme un vestige de notre patrimoine historique et, dès 1992, la ville de Hem adhère à l’ « OPAH courée » (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat) qui réalise de nombreuses études.
Ce n’est pourtant que 10 ans plus tard que l’ARIM (Association nationale de Rénovation Immobilière) établit un diagnostic pour déterminer quelles courées à Hem, parmi les 37 impasses et courées recensées, nécessitent les premiers soins. 6 d’entre elles sont alors répertoriées pour être les premières à se voir proposer des travaux entre 2003 et 2005.
Le dispositif est conçu comme un levier pour inciter les habitants à rénover leurs installations sanitaires ainsi que l’isolation des murs avec l’aide de grosses subventions.
OPAH courée à Hem en 2003 (Document Nord-Eclair)
Dans la ville de Hem, cet habitat se retrouve principalement au centre de la ville. Ainsi le quartier de la Place de la République en compte trois :
– La cour Beghin est une toute petite courée du quartier de la Place qui donne dans la rue Jules Ferry à hauteur du n°1 ; elle tient son nom du propriétaire des maisons de la cour.
La cour Beghin en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-Une autre toute petite cour, la cour Droissart, dont le nom est commun à une impasse et une voie communale toutes proches donne sur la rue Henri Delecroix, juste à la sortie de la Place de la République, et ne compte que quelques maisons.
La cour Droissart en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-C’est dans ce même quartier que l’on trouve la Cour Ducatillon, d’une longueur de 70m, qui donne entre les n°5 et 6 de la Place de la République, laquelle a également pris le nom du propriétaire des 6 maisons qui la constituent. L’objectif de l’OPAH courées en 2003 est d’y refaire, à sa charge, le réseau d’égouts, de rénover l’éclairage public alors en mauvais état, et d’installer un système de gouttières et de gestion des eaux de pluie.
La cour Ducatillon en 2003, puis en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Nord-Eclair et Google Maps)
Egalement dans le centre mais en direction d’Hempempont, on trouve 5 autres courées :
– La cour Boussemart, se situe dans le quartier d’Hempempont et joint l’allée qui conduit à l’usine Meillassoux-Mulaton à la rue du Général Leclerc. Il s’agit d’un petit groupe de quatre ou cinq maisons, au lieu-dit : « la Grande Halte », séparé du supermarché par l’allée Mulaton. Son nom est également celui du propriétaire du terrain et le lotissement remonte au début du 20ème siècle.
La cour Boussemart en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-La cité Dancorai, se situe rue du Général Leclerc, en face du Centre Communal d’Action Sociale et porte également le nom de son propriétaire, un maréchal ferrant, tenancier d’un estaminet en 1857, à l’enseigne « Au Bellevue ».
La cité Dancorai en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-La cité Droulers donne sur la Rangée du Général Leclerc ; elle est perpendiculaire à l’allée Gabert et compte une dizaine de maisons.
La cité Droulers en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-C’est dans la rue Edouard Vaillant que se situe la cour Jacquart. Cette rangée de 8 maisons relie la rue à la ferme Franchomme.
La cour Jacquart en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-Et c’est également sur la rue Vaillant que donne la cité Picard qui relie celle-ci à la Rangée du Général Leclerc, laquelle se jette dans l’allée Gabert. Sa particularité est d’être constituée d’une trentaine de maisons rangées en quadrilatère.
La cité Picard en 2023 de face par le sentier qui la relie à la rue Vaillant et en vue aérienne (Documents Google Maps)
Sur la rue Jules Guesde, on dénombre également 5 courées, dans le quartier du Petit Lannoy, à savoir :
– Dans le quartier de la Vallée, la cour Loridan donne dans la rue Jules Guesde. Plus semblable aux courées roubaisiennes elle a son entrée semblable à une porte dans le n°160 de la rue Jules Guesde et compte 5 logements.
La cour Loridan en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-On trouve la petite cour Pipart, qui rassemble 3 logements, dans le quartier du Petit Lannoy, rue Jules Guesde, pratiquement face à l’impasse Desurmont. En 2003, après diagnostic de l’ARIM, le Cal-Pact qui en est alors propriétaire propose aux habitants de remplacer la fosse à vidange par un réseau d’assainissement, d’installer un éclairage public jusqu’alors inexistant, de réaménager la voie d’accès fort étroite et peu entretenue et de créer un système de gestion des eaux de pluie.
La cour Pipart en 2003 puis en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Nord -Eclair et Google Maps)
-La cour Plouvier, est située dans le quartier du Petit Lannoy, donnant dans la rue Jules Guesde et porte le nom d’un maçon. Elle a été réhabilitée en 1989.
La cour Plouvier en 2023 en vue aérienne (Document Google Maps)
-La cité Six a la particularité de donner dans une impasse, l’impasse Vandemeulebrouck, qui donne elle-même dans la rue Jules Guesde. Elle ne compte même pas une dizaine de maisons.
La cité Six en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
-C’est encore dans le quartier du Petit Lannoy que l’on trouve la cité Vandendorpe, d’une longueur de 51 m, qui prend accès dans la rue de la Lèverie et tient son nom d’un ancien boucher. Elle a depuis été rebaptisée allée Vandendorpe.
La cité Vandendorpe en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
Non loin de là, dans le quartier des Trois Fermes, se situe la cour Christiaens, qui le relie à la rue Jules Guesde près de l’école Saint Charles. Elle tient son nom du propriétaire qui a mis le terrain en construction avant la 1ère guerre mondiale et comporte 8 maisons.
La cour Christiaens en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
Enfin, à la frontière de la ville de Roubaix et dans la rue du même nom, se situe la cour Leplat, qui ne compte que quelques maisons à proximité du collège Saint Paul.
La cour Leplat en 2023 de face et en vue aérienne (Documents Google Maps)
Il est intéressant de constater qu’en 2011, une rue inspirée des courées d’antan est sortie de terre dans le quartier des Hauts-Champs à Hem basée sur le concept d’une nouvelle manière de partager la route à savoir : des maisons le long d’une chaussée mais pas de trottoirs. Résultat : en 2015 la Voix du Nord, dans sa rétrospective de l’année parle de cette rue comme de la rue la plus mal fichue, arguant que les riverains craignent pour leur sécurité.
Vue aérienne de la rue Dolto, une parallèle des rues du Professeur Nobel et Henri Dunant (Document Google Maps).
Plus récemment, certaines annonces immobilières vantent les qualités des maisons de courées, il est vrai rénovées, que les agences proposent à la vente. Elles ont été réhabilitées et bénéficient de tous les éléments de confort moderne. En fait, la courée cesse d’être une forme d’habitat dévalorisée et paraît de nature à faire revivre un idéal de convivialité.
Il existe donc encore des courées et des cités aujourd’hui, à Hem comme dans le reste de la métropole lilloise. Elles appartiennent à des particuliers qui y habitent. Elles n’attirent cependant plus les mêmes catégories de population et sont paradoxalement recherchées pour leur « promiscuité », qui était un de leurs désavantages auparavant mais qui attire notamment les artistes et les étudiants.
Remerciements à l’association Historihem pour son Histoire des Rues
Le changement des noms de rues de la commune marque la volonté des membres du conseil municipalité de rendre hommage aux héros du passé. Voici une nouvelle série de dénominations décidée en séance du conseil municipal début 1947.
La rue Gabriel Péri vue google maps
La rue Thiers prend le nom de rue Gabriel Péri, en hommage au député communiste, résistant fusillé par les allemands le 15 décembre 1941. Journaliste et homme politique français, membre du Comité central du Parti communiste français, responsable du service de politique étrangère de L’Humanité et député de Seine-et-Oise, il est arrêté comme résistant par la police française et fusillé comme otage par les Allemands au fort du Mont-Valérien.
la rue de l’industrie
La rue de l’Industrie se transforme en rue de Stalingrad, en hommage à la vaillance de l’armée rouge soviétique. La bataille de Stalingrad est la succession de combats qui, du 17 juillet 1942 au 2 février 1943, ont opposé les forces de l’URSS à celles du Troisième Reich et ses alliés pour le contrôle de la ville de Stalingrad. Cette bataille constitue, avec plus d’un million de soldats de l’Armée rouge engagés simultanément à la mi-novembre 1942, l’une des grandes défaites de l’armée allemande sur le front de l’Est et un tournant stratégique majeur de la Seconde Guerre mondiale, qui coïncide avec le débarquement sur le front de l’Ouest des 700 000 hommes de l’opération Torch en Afrique du Nord. La bataille de Stalingrad reste dans les mémoires pour l’ampleur des moyens déployés et des destructions, le nombre de victimes principalement militaires, les conditions hivernales rudes, la férocité de combats urbains qui ont aussi touché les civils, ainsi que pour ses impacts psychologiques et symboliques au moment de l’évènement puis dans l’après-guerre.
La rue de Londres vue google maps
La rue des Trois Bouteilles devient la rue de Londres à titre d’hommage public à la vaillance de l’armée et de la population anglaise.
Rue du Président Roosevelt vue Google Maps
La rue traversière est remplacée par la rue du Président Roosevelt, grand démocrate et au peuple américain. Franklin Roosevelt est l’un des principaux acteurs de la Seconde Guerre mondiale, rompant avec l’isolationnisme traditionnel de son pays. Avant l’entrée en guerre des États-Unis, il lance le programme prêt-bail afin de fournir les pays alliés en matériel de guerre. Après l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais, il assume pleinement ses fonctions de commandant en chef de l’armée américaine et prépare largement la victoire des Alliés. Il tient un rôle de premier plan dans la transformation du monde à la sortie du conflit, inspirant notamment la fondation de l’ONU.
En effet, une école de police d’une importance considérable est inaugurée en 1993, construite sur un terrain de 6 hectares à l’emplacement des deux anciennes barres, en partie sur Roubaix et Hem. Sa partie circulaire est destinée à accueillir l’administration, l’enseignement et le restaurant tandis que 7 bâtiments sont réservés à l’hébergement du personnel et des élèves. Le terrain, qui s’étend finalement jusqu’à l’avenue Laennec abrite également un stade et une salle des sports et un stand de tir, destinés à l’entraînement des futurs gardiens de la paix. (sur le sujet de l’école de police voir un précédent article édité sur notre site)
L’école de police de Roubaix-Hem, cœur des Hauts-Champs (Documents Nord-Eclair)
La démolition de la grande barre n’a pas miraculeusement transformé le quartier en un coup de baguette magique. Ainsi, un an plus tard, en 1986, le club des jeunes, un bâtiment de 200 mètres carrés appartenant au CIL, est détruit par un incendie, dont l’origine criminelle ne semble faire aucun doute, dans la rue Villemin.
Un incendie criminel détruit le club des jeunes (Document Nord-Eclair)
Puis en 1988, soit 3 ans plus tard, une opération « garages » est décidée par la municipalité dans le quartier, sur deux batteries d’une centaine de garages situés entre les rues Beaujon et Larrey. Il s’agit de faire réhabiliter par des « tucistes » des garages inoccupés et transformés en dépôts d’immondices (voitures hors d’usage, caddies abandonnés, fonds de greniers et déchets de jardin).
Opération garages en 1988 (Document Nord-Eclair)
C’est durant cette même année que commence la démolition des bâtiments dits M58 du mail Dunant. C’est la première étape du nouvel aménagement de l’espace compris entre l’avenue Laennec et les rues Henri Dunant, Ambroise Paré et Dominique Larrey.
Seuls sont épargnés le bâtiment abritant la maison de quartier Dominique Larrey et un bloc situé au coin des rues Dominique Larrey et Ambroise Paré destiné à la réhabilitation en vue d’accueillir une brasserie restaurant. Une salle de spectacle destinée à accueillir 350 personnes va être construite.
Démolition des bâtiments M58 et nouveau mail Dunant en 1992 (Documents Historihem)
Au début du 21ème siècle le quartier des Hauts-Champs a vu s’implanter, en lieu et place d’un immeuble vieillissant, 3 bâtiments : outre la salle culturelle Henri Dunant déjà citée, la maison des associations Nadine Brasiello et la salle d’études Jacques Sockeel. Le mail Dunant est ainsi devenu un cœur de quartier en opérant la jonction entre les logements individuels des Hauts-Champs et les appartements du quartier Longchamp.
La restructuration du site Blaise Pascal est en projet avec construction d’un nouveau gymnase et réhabilitation de l’ancienne salle. Le réaménagement de l’avenue Laennec est également programmé avec aménagement d’une chaussée étudiée pour amener les automobilistes à réduire leur vitesse, matérialisation d’aires de stationnement et de cheminement piétonnier, création de jardins privatifs devant les habitations.
Les Hauts-Champs vus du Ciel en 2001 (Document Voix du Nord)Photo panoramique du quartier en 2000-2005 (Document IGN)
Un petit centre commercial abritant un supermarché, un salon de coiffure, une boulangerie et une boucherie voit le jour en 2005, au bout de la rue Briet, au coin de la rue Blaise Pascal, juste à côté de la pharmacie de la rue Briet. Ce nouveau commerce de proximité était très attendu par les habitants du quartier, toujours obligés de s’éloigner pour les courses alimentaires, depuis la disparition du supermarché de l’avenue Laennec.
Le nouveau centre commercial en 2005 et 2008 et une vue panoramique du carrefour en 2004 et 2008 (Documents Ville de Hem, IGN et Google Maps)
En 2007, square Berthelot, au carrefour des avenues Laennec et Dunant, les habitations sont murées et destinées à être rasées pour laisser place à la construction de la future Maison de l’Emploi et des Services. Le square accueille également l’UTPAS (Unité Territoriale de Prévention et d’action sociale de Roubaix-Hem) avec ses 64 agents (travailleurs sociaux et médico-sociaux).
Fin du Square Berthelot, Maison de l’Emploi et des services en construction en 2008 et terminée en 2012 ; square Berthelot en face en 2008 et l’Utpas en 2012 (Documents Ville de Hem et Google Maps)
Durant cette même année l’avenue Laennec passe en 2 fois une voie au lieu de 2 fois 2 voies de manière à gagner de la place pour disposer de trottoirs plus large et aménager des parvis devant la salle Diligent et le Pôle, sans oublier les arrêts de bus. Le coeur d’îlot Beaujon-Villemin-Maillot va également se transformer l’année suivante : la cour de 97 garages va s’ouvrir et s’aérer et 18 nouveaux logements vont être construits et 2 nouvelles rues créées.
Aménagement de l’avenue Laennec et projet d’aménagement du cœur d’îlot Beaujon-Villemin-Maillot (Documents Ville de Hem)
En 50 ans d’existence le quartier des Hauts-Champs s’est métamorphosé. Il avait été construit et pensé pour loger un maximum d’habitants rapidement et notamment nombre de ceux qui devaient quitter les quartiers insalubres de Roubaix. Il se composait alors d’un maximum de logements collectifs concentrés sur 2 barres d’immeubles le long de l’avenue Calmette sur Hem et de l’avenue Joseph Dubar sur Roubaix. Mais au fil des décennies il a fallu admettre que revenir aux immeubles collectifs de plus modeste dimension, voire même aux logements individuels assurerait une meilleure qualité de vie aux habitants.
Vue panoramique du quartier en 2023 (Document Google Maps)
Un prochain article traitera du quartier Longchamp ultérieurement. Il en sera de même pour les écoles de ces quartiers.
Remerciements aux archives municipales de Roubaix et à la ville de Hem.
La décennie suivante est déterminante pour l’avenir de la cité qui a déjà (ou seulement) vingt ans d’âge. Sa population est très atypique et 50% de ses habitants ont moins de 20 ans et la densité des familles nombreuses et notamment de familles d’immigrés y est supérieure à la moyenne.
La grande barre de face et de dos et vue panoramique en 1975 (Documents Nord-Eclair et Historihem)
Le terrain a été utilisé pour des constructions rentables et manque cruellement d’équipements collectifs. Les logements de la grande barre s’avèrent dépourvus d’attractivité : les caves ne sont pas sûres, les chiens rendent difficiles les conditions de propreté et le chauffage par le sol pose des problèmes sur le plan de la santé.
Bilan de la situation en 1980 : sur 375 logements 70 sont inoccupés de façon permanente ; les autres sont occupés par des locataires désireux de déménager au plus tôt. Le projet de réhabilitation imaginé par les promoteurs s’élève à la somme colossale de 2 milliards de centimes. La municipalité hémoise estime qu’il y aurait peut-être mieux à faire d’une telle somme pour donner un visage plus humain au quartier.
Malpropreté et dégradation des lieux en 1975, en 1983 et en 1984 et l’incendie d’un appartement en 1978 (Document Nord-Eclair)
La structure, alors la plus menacée, c’est le centre social, lequel est pourtant le nœud vital du quartier, avec sa maison familiale, sa salle polyvalente et son club des jeunes. C’est pourtant le lieu de rencontre idéale entre les générations, qui propose une multiplicité d’activités, élément moteur indispensable de la cité.
Par ailleurs on peut citer le terrain de foot, géré par une association de quartier, le terrain d’aventures sur lequel travaillent deux animateurs, Promopop, le club de prévention dépendant de la DDASS, qui emploie quatre éducateurs à plein temps, le récent marché de la rue Dunant tous les jeudis après-midi. On déplore cependant la disparition de la supérette de l’avenue Laennec, en espérant une réouverture prochaine.
Le centre social menacé de disparition (Document Nord-Eclair)
Dans le quartier, même s’il existe ces raisons d’espérer, la tension est au maximum dans les relations humaines. Le chômage crée des ravages (Hem ville dortoir n’offre déjà que 2200 emplois à une population forte de 7890 salariés en 1975), notamment dans les familles immigrées : sur 60 jeunes 3 seulement ont du travail…des bandes se constituent où ces jeunes, au ban de la société, se retrouvent une « famille » d’adoption.
Le résultat est le suivant : gymkanas nocturnes, lampadaires et vitres brisées, « balades »sur les toits des garages ou dans les jardins, musique à tue-tête et bien d’autres désagréments qui pourrissent la vie des habitants du quartier, lesquels ne supportent plus le tapage nocturne et l’insécurité permanente qui sévit dans la cité.
Les jeunes en bande ; ne pas désespérer du bonheur (Document Nord-Eclair)
Au début des années 1980, le quartier est donc « défavorablement renommé ». L’avenue Laennec est devenue l’autoroute des adolescents de Roubaix-Tourcoing qui y trouvent un public pour leurs rodéos automobiles. Par ailleurs les locaux désaffectés du supermarché subit fréquemment des incendies d’origine criminelle tel que celui de l’été 1983 qui dévore les vieux meubles, plafonds et paille d’isolation des murs avant l’arrivée des pompiers sans atteindre la laverie et le débit de tabac voisins.
L’autoroute des adolescents en 1981 et l’incendie du supermarché en 1983 (Documents Nord-Eclair)
C’est l’organisme GIL, sis à Tourcoing, qui en est le propriétaire et qui gère les milliers de logements construits par les HLM et le CIL, et emploie pour ce faire des gardiens d’immeubles, femmes de ménage et hommes d’entretien en grand nombre. Pour se rapprocher des locataires il décide d’ouvrir trois agences décentralisées dans certains quartiers dont celui des Hauts-Champs. L’agence y est ouverte rue Henri Dunant pour gérer toutes les demandes de réparation, mutation, visite de logement, encaissement des loyers, etc.
Agence du GIL à Hem (Document Nord-Eclair)
Par ailleurs un centre municipal d’accueil puis une mission locale sont ouverts, dans la grande barre. La mission locale est en prise directe avec les jeunes auxquels elle propose stages de formation et emplois à l’issue de celle-ci. Elle agit en lien avec tous les organismes déjà existants : centre social, club de prévention et associations locales. Elle coordonne le lancement de deux maisons de quartier dont la première s’ouvre rue Dominique Larrey et contribue à l’ouverture d’une maison des jeunes rue Villemin.
Centre municipal et mission locale dans la grande barre en 1982 (Documents Nord-Eclair)
Finalement, en 1985, la décision est prise de mettre à bas la grande barre et de lancer une vaste campagne de réhabilitation des autres immeubles, au total 529 logements collectifs et 151 logements individuels. Une programmation annuelle des réhabilitations est établie sur une durée de cinq ans et un questionnaire est envoyé aux habitants du quartier. La municipalité va également améliorer les services de la permanence d’accueil d’information et d’orientation. Reste en suspens le devenir de la petite barre : démolition ou réhabilitation.
Programmation annuelle de réhabilitation du quartier sur 5 ans et questionnaire aux habitants (Documents Ville de Hem)
Après l’arrêté de péril pris en décembre 1984, avec injonction au propriétaire, le CIL, de détruire l’immeuble dans les 4 mois à venir, c’est finalement en septembre 1985 que commence la démolition de la grande barre, symbole 25 ans plus tôt de la « cité d’avenir » projetée sur l’ancienne plaine des Hauts-Champs.
La grande barre avant sa démolition (Document Nord-Eclair)
Entretemps, avant que l’immeuble ne soit muré, le vent faisait claquer les portes des logements vidés de leurs occupants et l’immeuble n’abritait plus que des squatters indésirables et des récupérateurs de tuyauterie gratuite, de baignoires à bon marché et de portes à prix cassés. Les riverains, à la fois soulagés et inquiets assistent à la fin d’une époque…
Démolition de la grande barre en septembre 1985 (Documents Ville de Hem et Historihem)
Près de deux ans après cette démolition la petite barre tombe à son tour sous les coups des démolisseurs. Immeuble inoccupé depuis de nombreux mois, sans portes ni fenêtres, c’était devenu un véritable chancre dans le quartier et un danger pour les enfants désireux d’en faire un terrain d’aventures.
Démolition de la petite barre en février 1987 (Document Nord-Eclair)Vue panoramique des Hauts-Champs en 1990 (Document Nord-Eclair)
Cette fois, entre l’arrêté de péril et la démolition des premières cloisons ne se sont écoulés que 9 jours. La municipalité souhaiterait voir à sa place un lotissement de maisons individuelles dès 1988. Finalement en 1994, après avoir accueilli le village du chantier de l’école de police, c’est un terrain de football en herbe ainsi qu’un terrain de basket en enrobé qui sont destinés à investir les 3.200 mètres carrés sur lesquels étaient bâtie la petite barre, à l’angle des avenue Calmette et Laennec.
Début d’aménagement de terrains de sports en 1994 à son emplacement (Document Nord-Eclair)
A suivre…
Remerciements aux archives municipales de Roubaix et à la ville de Hem.
En 1963, il est décidé de construire une route reliant la rue Roger-Salengro (ex rue de la Papinerie) à la rue des Patriotes. Mais pour cela, il est nécessaire de démolir une partie de la ferme de Monsieur Lampe, qui doit être diminuée de quinze mètres sur toute sa longueur. Cette vieille cense dont le portail date de 1815, doit être amputée de sa grange qui est plus ancienne puisqu’elle remonte au 17eme siècle, comme d’ailleurs tous les autres bâtiments. Les travaux devraient commencer à l’hiver 1964, afin que la route soit ouverte à la fin de l’été. Sur la photo aérienne ci-dessus, on peut apercevoir la ferme Lampe au bout de la rue des Patriotes et en bas à gauche l’arrivée de la rue Salengro.
Les travaux de 1963 photo NE
De la ferme Lampe, il n’y a aujourd’hui plus aucune trace, et le tronçon créé a repris le nom de la rue Roger-Salengro. Un carrefour s’est formé à la jonction de la rue des Patriotes, de la rue Roger-Salengro, de la rue Joseph Leroy et de la rue de Néchin. Un parking occupe aujourd’hui l’emplacement de l’ancienne ferme.
Le carrefour d’aujourd’hui vue Google maps
Après des années de procédures interminables, en 2005, la mairie récupère le terrain de la ferme Lampe. Il faut une dizaine de jours pour que l’entreprise Messien de Villeneuve d’Ascq fasse place nette.
Les derniers instants de la ferme Lampe Photo NE
Après la phase de démolition intervient une phase de consolidation du terrain. Mi février un parking de 160 places va voir le jour. C’est l’entreprise STPV qui est chargée de l’aménagement du terrain. Une bouffée d’oxygène pour le centre ville et ses commerces !
Au 4 de l’avenue Gustave Delory à Roubaix, se trouve un terrain de 3100 m2. Il se situe au beau milieu de 3 rues : la rue Bossuet, l’avenue Le Notre et bien sûr, l’avenue Gustave Delory. Il est donc situé juste en face du parc de Barbieux.
Un immeuble y a été construit en 1900. Cette maison de maître comporte au rez de chaussée un hall d’entrée, 4 pièces, et plusieurs couloirs menant aux pièces de service ( bâtiment marteau ). Au 1° étage, se trouvent quatre chambres et au 2° étage cinq chambres mansardées . Un garage séparé se trouve à l’arrière sur la rue Bossuet voisine.
Photo aérienne 1953
La propriété appartient à V. Valentin-Decoster, industriel dans les années 1920, puis à René Valentin Leloup à partir de 1943. En 1973, René Valentin habite dans la résidence d’Armenonville, au 526 boulevard de Paris. Il souhaite démolir l’habitation et le garage de cette propriété de l’avenue Delory, En effet, cette maison principale est inoccupée depuis quelques temps déjà et en très mauvais état. La toiture et les chéneaux ne sont plus étanches, et ce, depuis des années. Des infiltrations d’eau ont endommagé les plafonds, les murs et les planchers. Le garage est également très endommagé. L’ensemble a manifestement souffert d’un manque d’entretien prolongé.
De plus, l’immeuble inoccupé a subi plusieurs cambriolages et dégradations. Les frais de remise en état et de mise aux normes sont trop importants et paraissent donc disproportionnés avec l’usage qui pourrait en être fait. Le permis de démolir est accordé en Février 1974. Dans le courant de cette même année, un permis de construire est déposé par la SCI Delory-Bossuet pour la construction d’un lotissement de maisons individuelles.
Plan cadastralle lotissement en construction en 1975 ( document IGN )
Les 15 maisons sont identiques avec un étage. Les façades sont en briques, comme l’exige le cahier des charges de l’avenue. Les pièces principales et les 4 chambres sont réparties sur une surface habitable d’environ 95 m2. Les garages de 50 m2 chacun, sont en sous sol et accessibles par une entrée commune sur la rue Bossuet. Le jardin individuel de chaque maison est de taille très réduite, car les parcelles de terrain sont petites.