Le bijoutier de la Grand Place

Robert Bousquet est né à Paris en 1909. Après ses études, il devient apprenti en horlogerie bijouterie. Il se marie en Juin 1930 avec Ludivine Nys qui est secrétaire sténo dactylo dans un restaurant parisien.

( Document E. Bousquet )

Robert décide de s’installer à son compte. Son épouse étant originaire de Roubaix ( rue du collège ), il ouvre sa bijouterie horlogerie en Février 1932, au 42 rue de la Vigne, dans un petit commerce qui était auparavant le magasin des meubles De Beyne. Le couple Bousquet-Nys choisit son enseigne : Au Carillon.

( Document E. Bousquet )

Robert a le sens du commerce ; il offre le café à tous les visiteurs et n’hésite pas à poser un carillon géant sur son véhicule pour faire de la publicité dans la rue de la Vigne.

( Document E. Bousquet )
( Document E. Bousquet )

En 1946, Ludivine et Robert Bousquet souhaitent déjà développer leur clientèle sur la métropole lilloise et décident donc d’être présents sur un stand à la Foire Commerciale de Lille.

( Document E. Bousquet )

Le savoir faire professionnel de Robert est reconnu de sa clientèle. Les affaires fonctionnent de façon très satisfaisante, si bien que son jeune frère Henri est appelé en renfort ; il vient l’aider au SAV horlogerie dans la boutique et emménage dans une maison voisine.

Edyth, la fille de Ludivine et de Robert naît en 1952.

( Document coll. priv. )

Avec le développement important de l’activité, la boutique devient trop petite. Robert souhaite acquérir un magasin plus grand si bien que, quand il est informé que le célèbre café de l’Univers se libère sur la Grande Place, il saute sur l’occasion et s’y installe en 1953.


( Document Archives Municipales )

Le magasin est bien sûr installé au rez de chaussée ; au 1° étage sont aménagés le bureau de Robert et les archives comptables ; au 2° étage se trouve l’atelier horlogerie, desservi par un monte charge très pratique.

Robert garde son domicile rue de la Vigne, le temps d’aménager le 1° étage du bâtiment de la Grand Place. Ludivine et Robert y emménageront plus tard en 1957.

( Document E. Bousquet )

Le magasin a une surface de vente de 95 m2, ce qui permet à Robert d’étendre sa gamme d’orfèvrerie et de joaillerie et d’ajouter des articles cadeaux et trophées sportifs. Il développe également le choix en proposant des montres de marques prestigieuses, comme Lip, Tissot, Seiko, Breitling, Omega. Il est dépositaire exclusif des produits Jaeger-LeCoultre, et présente un choix fabuleux de 1000 montres exposées dans ses 15 vitrines !

( Document E. Bousquet )

Les affaires sont prospères. Robert Bousquet investit dans la publicité pour son nouveau magasin : « Le Bijoutier de Roubaix Grande Place » . En 1954, Robert Bousquet reçoit la croix de chevalier de l’ordre du mérite commercial.

( Document E. Bousquet )

Robert aime les automobiles, et en particulier les belles voitures américaines. Sur cette photo, on aperçoit son véhicule stationné en face de son magasin, une Henry J. Kaiser d’une belle couleur bleue.

( Document E. Bousquet )

Il crée le « Club du Haut Commerce de Roubaix » qui regroupe les principaux commerçants du centre ville comme Papillon Bonte, Screpel Pollet, le restaurant Maurice, la coiffeuse Marcelle Duhamel et bien d’autres. Il en devient le président.

( Document E. Bousquet )

Imaginatif, Robert Bousquet créé le concours de l’exactitude, à la fin des années 50. Ce concours, réservé aux écoliers de Roubaix, consiste en une rédaction de textes sur l’exactitude. Très populaire auprès des roubaisiens, il est reconduit d’année en année, de 1956 à 1963. Robert n’hésite pas à distribuer, sur le trottoir de son magasin, des bulletins de participation aux élèves intéressés, et aménage magnifiquement une de ses vitrines pour présenter le concours.

( Document E. Bousquet )

Les lots sont nombreux : une montre en or, un livret de Caisse d’Epargne de 10.000 anciens francs, un voyage pour visiter l’usine Lip à Besançon et y rencontrer M. Fred Lip en personne, un déplacement en hélicoptère de la compagnie Sabena à l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1958 et de nombreux autres cadeaux de valeur pour les gagnants suivants.

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À suivre . . .

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Remerciements aux Archives Municipales, et à Edyth Bousquet pour son témoignage et la documentation.

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Le Lycée de jeunes filles

En 1886, les terrains situés au Huchon, entre le sentier de Barbieux et le jardin public, face au boulevard Lacordaire appartiennent à Fidèle Duhamel, habitant 13 rue du Pays. Sa femme est née Sophie Nathalie Duhamel. La municipalité va leur racheter les terrains nécessaires à l’ouverture du futur boulevard de Douai , dont les travaux commencent en 1889.

Le 12 Août 1895, l’architecte roubaisien Ernest Thibeau, au nom de MM. Derville frères, habitant la rue de Lannoy, envoie une demande de permis de construire concernant un immeuble « à usage de maison d’éducation ». C’est ainsi qu’au coin de la rue de Barbieux et du boulevard nouvellement tracé s’installent en 1896 les sœurs de la communauté Dominicaine du Rosaire, dans un établissement d’enseignement comportant internat et externat. Il comporte un bâtiment à deux étages qui présente un triple pignon côté rue de Barbieux, prolongé par un autre, plus bas, le long du boulevard, et un autre encore avec un corps à deux étages comprenant une salle des fêtes et un préau. Un troisième bâtiment en rez de chaussée suit le mur d’enceinte jusqu’à la porte principale.

La loi sur les congrégations de 1905, va provoquer le départ des religieuses. Le 9 décembre 1904, le conseil municipal décide de réutiliser les bâtiments pour y créer un collège de jeunes filles. Le nouvel établissement ouvre en octobre 1905. La municipalité commence par louer les locaux jusqu’en 1907, puis achète l’ancien couvent des dames Dominicaines aux Derville, qui en sont toujours les propriétaires.

La municipalité procède aussitôt à la construction d’une habitation pour la directrice du collège, Mme Séverin-Bourgoignon. Cette belle maison a son entrée rue de Barbieux, pratiquement en face de la grille d’entrée de la propriété Masurel et de son moulin de briques. Le collège enseigne les lettres et les sciences, mais également le dessin, la couture et la coupe, l’enseignement ménager, la musique et les langues. Selon le Ravet-Anceau, l’enseignement des cultes catholique, protestant et israélite y est également proposé.

La maison vue de la rue et du collège

L’établissement change de vocation durant la première guerre et devient l’hôpital auxiliaire n°169 qui contribue à soigner les nombreux blessés au combat. Aussitôt après le conflit, on retrouve Mme Severin comme directrice. Celle-ci doit déployer tous ses efforts pour remettre l’établissement en état d’enseigner.

L’établissement qui comptait 232 élèves en 1911, en accueille 500 en 1932. Cette année là, on agrandit. Les travaux ont débuté à l’été 1931. On construit le jardin d’enfants entre les logements du concierge et de la directrice rue de Barbieux, et surtout on ajoute un bâtiment en forme de U pris sur l’emplacement des serres municipales. Il comprend des salles de classes et des locaux destinés à l’internat, ainsi qu’au sous-sol, la cuisine et un réfectoire. Les agrandissements sont inaugurés en septembre 1935. La directrice est alors Mlle Couteaux et le collège devient Lycée de jeunes filles, avec un effectif de 613 élèves.

Photos Delbecq (Archives municipales) et IGN (1947)

Mme Brincourt va ensuite diriger le Lycée jusqu’en 1950, remplacée en 1952 par Mme Moulier-Brunel, alors que l’établissement comporte 900 élèves. Cette année voit la création de l’association de parents d’élèves. L’année suivante, en 1953, Mme Duthoy, une ancienne élève de l’établissement, prend sa direction. En 1954 on récupère le reste du terrain des anciennes serres municipales pour y faire un terrain de sports. Le Lycée possède alors deux dortoirs et deux réfectoires, mais Nord Matin assure néanmoins que la place manque, et qu’il sera nécessaire d’agrandir encore l’établissement.

1966 voit l’édification, en face du Lycée, en traversant la rue de Barbieux, de l’école Anatole France, qui va décharger l’établissement de ses classes maternelles et primaires. Néanmoins la décision est prise de construire des locaux supplémentaires. Les travaux débutent l’hiver suivant.

Photo Nord Eclair

Il s’agit de construire côté boulevard de Paris un immeuble pour les logements des administratifs et dans le prolongement du bâtiment de 1935, les bureaux de l’administration entourant un patio, ainsi que la loge du concierge et la nouvelle entrée principale, ouvrant sur l’avenue Le Nôtre. Perpendiculairement au boulevard de Douai, d’autres bâtiments abriteront des classes, une piscine et des salles de sport. Des terrains de sports seront aménagés le long de la rue de Barbieux.

Document Nord Eclair

La conduite des travaux d’extension est confiée aux architectes Guy Lapchin, Luc Dupire et Constant Verdonck. L’aspect du Lycée, vu de l’avenue Le Nôtre, est radicalement changé.

Le bâtiment administratif et la piscine

La communauté urbaine décide en 1968 de procéder à la dénomination des établissements scolaires sur proposition des municipalités. Le 19 mai 1969, le conseil municipal choisit le nom de Baudelaire.

Il reste encore à construire un nouveau réfectoire. Celui-ci prendra place au coin du boulevard de Douai et de la rue de Barbieux. Sa construction nécessitera la démolition de l’ancienne maison de la directrice et du jardin d’enfants. Le nouveau bâtiment est constitué d’un corps avec un étage, auquel conduit une partie basse qui s’appuie sur l’ancien bâtiment d’enceinte dont l’aspect extérieur, tout comme celui de l’ancienne porte d’entrée qui a été conservée, ne change pas. La nouvelle demi-pension est fonctionnelle en 1997.

Le nouveau réfectoire. Photo site Cité Scolaire Baudelaire

Les autres documents proviennent des archives municipales, du site de l’Institut Géographique National, et d’une collection particulière.

Le Photographe de la rue Pauvrée

Georges Bourgeois est né en 1875. Il est artisan chimiste. Il a 20 ans en 1895 quand il crée son commerce de photographie au 39 bis rue Pauvrée. A cette époque héroïque ce sont encore les balbutiements de la photographie ! Georges habite avec sa femme Marie, à l’étage. Marie l’aide au laboratoire photo dans l’arrière boutique dans des conditions pénibles, car très humide à l’époque. Dans leur studio ils développent les portraits, photos de mariages, naissances etc. .

Animation de rue, face au magasin 1910 ( Document G. Bourgeois )

L’affaire connaît un démarrage prometteur. Georges Bourgeois est le premier commerçant à installer une enseigne lumineuse sur sa façade, avant la guerre de 1914. Il fera l’acquisition d’une maison d’habitation plus confortable au 112 rue Ingres.

Son fils, Georges Alfred Bourgeois naît à Roubaix en 1900 ; il prend la relève après la guerre et les affaires se développent. Il crée et offre à ses clients un petit livret de 24 pages qui propose des conseils pratiques pour la photographie.

Les ventes de matériel photo viennent apporter un complément de chiffre d’affaire aux développements et tirages. En outre, il loue des films Kodak et Pathé-Baby.

Un incendie dans les années 50 va mettre à mal son commerce, mais la devise des Georges Bourgeois de père en fils, est de ne jamais baisser les bras, et de se remettre au travail. Par conséquent, au début des années 60, le magasin devient le plus gros vendeur Kodak de la région.

La renommée du nom Bourgeois dépasse très largement le cadre de Roubaix et même de la métropole.

Le fils de Georges s’appelle Georges également : le troisième du nom ! Georges René Bourgeois naît à Roubaix en 1936. Il continue l’activité en reprenant le commerce en 1964 à son retour de la guerre d’Algérie.

A la fin des années 60, il rachète le commerce voisin au 37 de la rue, magasin de parapluies et rideaux de Mme Wilde Decauchy.

En 1970, il décide de transformer complètement son magasin. Il fait appel aux Ets Wagnon, 18 bis rue des Arts, pour l’agrandissement, aménagement intérieur, et refonte de la façade avec des vitres blindées, des matériaux modernes en inox, et des couleurs branchées comme la lave bleue.

Avant et après les travaux ( Documents G. Bourgeois et Archives Municipales )

 

Le commissariat de police de la rue Pellart a un mur commun avec le magasin de Georges Bourgeois. Le commissariat a prévu de s’agrandir, et Georges risque d’être  expulsé. Finalement le projet d’extension du commissariat est abandonné, ( un hôtel de police sera construit Boulevard de Belfort ). Georges est néanmoins exproprié, un peu plus tard, au milieu des années 80, car la rue Pauvrée va disparaître et laisser la place à la rue Jean Monnet, plus large, en accès direct à l’avenue des Nations Unies.

Georges Bourgeois doit donc faire face à des difficultés financières, car les crédits ne sont pas terminés, mais le commerce va réussir à franchir le cap.

Georges Bourgeois s’installe alors à deux pas, au 49 bis Grande Rue ( dont la façade donne sur la place de la Liberté ) et continue à se battre pour son commerce. Il obtient d’ailleurs, à plusieurs reprises, des récompenses dans des concours nationaux organisés par les fabricants. Il est également distingué par le magasine  » Le Chasseur d’Images  » et le journal  » Photo « 

Il est aidé par son neveu : Stéphane Vroman

En 1998, Georges Bourgeois est de nouveau expulsé. L’emplacement de son commerce et de ceux de ses voisins vont en effet être rasés en 2000 pour la création du centre cinématographique le « Duplexe » Il prend alors sa retraite.

Document VDN 1999

Son neveu, Stéphane, qui travaillait avec lui, s’associe avec un ami, Arnaud. Ils ouvrent un nouveau magasin à 50 mètres de là, au 33 Grande Rue, (magasin qui était auparavant le commerce des chaussures André). Il travaille sous l’enseigne Phox ; aujourd’hui il est adhérent Camara. C’est l’un des derniers commerces de photographie de la ville.

( Document Site DV Camara )

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Remerciements à Georges Bourgeois ( 3° génération ) et aux archives municipales. Les autres documents proviennent d’une collection privée.

L’évolution du groupe scolaire

En 1939, le groupe scolaire Jules Guesde c’est une école de garçons dirigée par M. Victor Huard, avec cinq classes et 203 élèves. C’est aussi une école de filles dirigée par Mme Vandercruyssen, avec cinq classes et 227 élèves. C’est enfin une école maternelle dirigée par Melle Fernande Carette avec trois classes et 147 élèves. Par comparaison, le groupe scolaire de l’avenue Linné à deux pas : Léon Marlot Garçons, c’est huit classes et 306 élèves, et Linné filles, huit classes et 309 élèves.

L’école Jules Guesde en chantier 1931 doc AmRx

La guerre a laissé des traces sur les bâtiments. On apprend par un rapport daté du 11 juillet 1945, qu’il faudra refaire les toitures pour un montant de 2 millions cent mille francs. Cette réfection est rendu nécessaire car ces toitures ont été utilisées par l’armée anglaise puis par l’armée allemande pour les tours de guets et l’installation des DCA (dispositif contre les avions). Des crevasses sont apparues du fait des vibrations, aggravées par les obus. Ceci explique en partie les fuites récurrentes du toit de l’école.

Nouvelles classes et nouveau préau Photo PhW

L’école maternelle est agrandie par décision du 30 mars 1953. Puis un rapport de décembre 1954 de l’inspecteur primaire annonce l’augmentation de la fréquentation scolaire pour la rentrée prochaine. En juillet 1955 Il est donc question d’augmenter le nombre de classes de l’école des filles et de l’école des garçons, quatre classes pour les deux écoles, plus une classe d’enseignement ménager pour les filles (gaz et éviers). Les préaux existants seront donc utilisés à cet effet, ce qui nécessite la construction de nouveaux préaux, qui longeront le mur de séparation des deux écoles.

Les entrées rue Jean Macé Photo PhW

Dans le même projet, il est question du percement d’une porte pour chaque établissement sur la rue Léon Marlot. Jusqu’ici, on n’entrait que par la rue Jean Macé. Cela nécessite la construction d’un couloir, il y en a pour 28 millions de francs pour l’ensemble des travaux.

Les accès côté rue Léon Marlot Photo PhW

En mai 1959, c’est le temps des préfabriqués, un peu partout dans Roubaix. Tandis qu’on construit des écoles dans les hauts champs, rue Édouard Vaillant et au Pont rouge, il est décidé d’affecter des classes préfabriquées Jules Guesde et Potennerie, dans le souci de faire quelques économies. L’année suivante, le groupe scolaire Oran/Delespaul et les centres sociaux rue Decrême, et boulevard de Metz seront également édifiés en préfabriqués. Le modèle est dûment approuvé par le ministère de l’éducation nationale et il est construit par la maison Lécorché Frères de Moyenmoutier dans les Vosges.

Modèle des préfabriqués doc AmRx

En 1960, les fuites de la toiture sont à nouveau à l’ordre du jour. Il est décidé que les vieilles terrasses en asphalte coulé seront désormais remplacés par une couverture en zinc à ressauts et dilatation, avec chéneaux, ce qui permet une évacuation plus prompte des eaux pluviales et ne nécessitent pas un entretien onéreux. Ce genre de couverture est dit mieux adapté à notre climat. Il sera d’ailleurs adopté pour l’ensemble des toitures scolaires roubaisiennes.

Une vingtaine d’années plus tard, l’école de garçons est fermée et réaffectée dans le cadre de la promotion sociale municipale, à l’A.F.P.S, Association pour la Formation et la Promotion Sociale, dispense des cours du soir, notamment en Français et en Mathématiques. Il existait également un atelier libre-service informatique. C’était un organisme municipal, dont les activités étaient hébergées dans l’ancienne école des garçons au 94 avenue Léon Marlot, l’école des filles étant devenue une école mixte. Puis, suite à la demande d’instances extérieures, il devient nécessaire de confier l’organisation de ces cours à un organisme indépendant et non plus municipal. L’A.D.E.P, Association pour le Développement de l’Éducation Permanente, est donc créée en juin 1998, et commence ses activités à la rentrée 98-99. Elle s’y trouve toujours, pour le bonheur de la population.

logo de l’ADEP

Inauguration du groupe scolaire

Plan du groupe scolaire Jules Guesde doc AmRx

Le groupe scolaire Jules Guesde est constitué d’une école maternelle, d’une école de garçons et d’une école de filles. Il a été réalisé de 1931 à 1933. L’architecte est Pierre Neveux et treize entreprises roubaisiennes ont participé au chantier sur une vingtaine de sociétés listées. On y trouve Léon Planquart Grand rue 222, Pennel et fils Crouy 39, Ferret Savinel et cie avenue Louis Pluquet, Derville fils rue de l’alma, Verbeeke-Beert, boulevard d’Armentières, Levast-Bayart et Adolphe Mazeman rue Pierre de Roubaix, Delespaul et fils rue d’Oran, Carette Duburcq rue du Luxembourg, Le Morvan et Stiernet rue Pellat, Rodolphe Frappe rue d’Alger, Gaston Prouvost Grand Rue et Maurice Fougous rue Pauvrée (Horlogerie électrique industrielle).

Fête pour l’inauguration doc AmRx

L’inauguration du nouveau groupe scolaire Jules Guesde prévue initialement en avril 1933, eut finalement lieu le 3 septembre de la même année. Entre-temps, il a été question de faire coïncider cet événement avec la fête annuelle de l’amicale Marlot Linné, dans le courant du mois d’août. Mais l’amicale Jules Guesde souhaite organiser elle-même cette fête. La date du 3 septembre est donc prise début juillet, et l’on annonce pour le programme des réjouissances : un cortège dont le rassemblement sera fixé à 15 heures, place du Travail, et un concert à donner après la cérémonie inaugurale. C’est la Philharmonie de Roubaix qui est désignée pour participer à ces deux moments de la journée. Son président, Paul Verbrackel, va se mettre en rapport avec le Président de l’amicale Jules Guesde, Louis Droit. La clique scolaire et post scolaire de la FAL est également sollicitée, pour la retraite aux flambeaux du samedi soir, et pour le cortège du dimanche. Pour le concert apéritif de 11 h 30, il est fait appel à la Fanfare La Paix, qui participera également au cortège dominical. Qui dit cortège, dit défilé de sociétés, et le Sport Ouvrier Roubaisien sera de la partie, de même que les sociétés de gymnastique « La Roubaisienne » et « l’Ancienne ». On complète le défilé avec des musiques : la fanfare des Trompettes « les dévoués », les accordéonistes roubaisiens de la rue Bernard, la société des Trompettes « les enfants du nord », les accordéonistes du Pile. L’illumination de l’inauguration sera assurée par la maison Albert Deny (rue decrême 170).

Officiellement invités, les directrices et directeurs sont prévenus le 11 août et il leur est suggéré d’aviser leur équipe. Melle Vandercruysse (directrice de l’école des filles) M. Huard (directeur de l’école de garçons) et la directrice de l’école maternelle non identifiée sur le courrier.

Le défilé des amicales Photo JdeRx

L’ordre du cortège est ainsi défini : en tête la clique des tambours, clairons et fifres de la F.A.L, suivie par la section féminine et la section masculine de la F.A.L, les fanions des amicales laïques. Puis viennent la fanfare des Trompettes « les enfants du Nord », les élèves filles et les élèves garçons du groupe scolaire Jules Guesde et l’amicale laïque du groupe scolaire. L’Harmonie des accordéonistes du Pile fait une respiration musicale avant les amicales laïques, puis la Philharmonique de Roubaix précède la société de gymnastique « la Roubaisienne », les accordéonistes Roubaisiens, les gymnastes de l’Ancienne. Le Sport Ouvrier Roubaisien vient à la suite de la fanfare des Trompettes « les dévoués », et devant la Fanfare Ouvrière « la Paix ». Le public et les enfants des écoles publiques suivent.

Le regroupement a lieu à 15 heures place du Travail, on démarre une demi-heure plus tard, par le boulevard de Fourmies, les rues Raphaël, Jean Macé, Horace Vernet, Léon Marlot, l’avenue Alfred Motte et la rue Jean Macé.

Les officiels photo AmRx

À 15 heures, on procède à la réception des personnalités officielles invitées, des vins d’honneur sont offerts dans la salle du réfectoire, avant qu’on visite les locaux sous la direction de l’architecte Pierre Neveux. Le cortège arrive vers 16 heures 30, et il se place dans la cour des garçons. La Clique scolaire fait une sonnerie, et les discours s’enchaînent : Paul Droit président de l’amicale Jules Guesde, Gaston Duburcq pour la F.A.L, M. Laforest pour l’inspection académique, et Jean Lebas maire de Roubaix. Une nouvelle sonnerie de la clique clôture ce moment officiel. Le public est alors invité à visiter les locaux.

École de garçons côté rue Jean Macé Photo PhW

Le concert des fêtes inaugurales est organisé le lundi 4 septembre, avec le concours des grands prix et lauréats du 14 juillet 1933, parmi lesquels on retrouvera les noms suivants : Mademoiselle Odette Proisy, Monsieur Maurice Gilmé, Monsieur Léon Briffaut, Monsieur Robert Gilmé et Monsieur Vanoteghem. La pianiste accompagnatrice est Madame Scalbert.

Le Garage du Parc

Amédée Haustrate est passionné d’automobiles. Il construit un garage sur un terrain vierge, au 70 Boulevard de Cambrai, au début des années 1920 et commence son activité en tant que réparateur de toutes marques.

L’activité est très rapidement satisfaisante, si bien qu’Amédée Haustrate passe un accord avec le constructeur des automobiles « La Licorne » pour l’exclusivité sur les métropoles Lilloise et Douaisienne. Il devient également dépositaire des marques Fiat, Donnet et Dodge.

Collections privée et La Licorne

Afin de développer son garage et la marque automobile « La Licorne », peu connue, il réserve deux stands à la Foire Commerciale de Lille.

Dans les années 1930, il engage un directeur commercial, Georges Briet, pour l’aider à satisfaire les nombreuses demandes de ses clients

Amédée Haustrate est également expert automobile. En 1937, il a son bureau au 59 rue du Trichon, et son domicile au 202 rue du Moulin.

Désiré Henneron reprend le garage en 1938, juste avant guerre. Il n’est pas mobilisé, car il est affecté à la réparation des véhicules militaires.

A la libération, il reprend son activité et décide de prendre le nom de « Garage du Parc » pour son établissement, vu la proximité immédiate du parc de Barbieux.

Il fait construire sa maison sur le terrain à la droite du garage en 1946, par l’entreprise de M Delfosse sise rue de Crouy.

Document Médiathèque de Roubaix

Sur cette photo, entre les deux pompes à essence ( Super et Ordinaire ), on reconnaît Désiré Henneron, qui est le 2° en partant de la droite. Son salarié à sa gauche est Maurice Roucou, et tout à gauche, deux autres collaborateurs du garage.

Il devient agent Citroën en 1948.

En 1961, il réalise quelques travaux sur sa façade : modification d’une fenêtre et percement d’une porte ( à la gauche de la porte d’entrée du garage ) pour l’installation d’un petit bureau. Les travaux sont confiés à M Delfosse qu’il connaît bien et qu’il apprécie.

document Archives Municipales

Paul Deldalle travaille dans un garage à Paris. Il élève ses deux enfants avec son épouse Thérèse. La vie n’est pas facile à Paris et ils décident de revenir dans le Nord.

Par relation, il rencontre Désiré Henneron. Le courant passe bien entre les deux hommes.

Paul Deldalle reprend le garage en Mai 1964, et embauche Désiré Henneron et Maurice Roucou.

Paul veut réussir, il a plein de projets pour développer sa petite entreprise. Il ne compte pas ses heures : levé à l’aube, il termine ses journées très tard et ce 6 jours sur 7.

En 1968, il fait modifier sa façade en aménageant une baie à droite de l’entrée principale, par l’entreprise de Thomas Piskozub sise rue Emile Moreau. Cette porte donne accès à une mini station de lavage pour les véhicules des clients.

Cette même année, il remplace les 2 pompes à essence par des volucompteurs plus modernes qu’il supprimera malheureusement en 1980 car le prix des carburants devient très concurrencé par les Hypermarchés.

Archives Municpales

Il souhaite s’agrandir et réussit à faire l’acquisition de 3 petites parcelles de terrain, à droite de son habitation, juste avant la maternité Boucicaut et, après de longues négociations difficiles avec la mairie, les plans de l’architecte Jacques Mollet sont enfin acceptés en 1981 ; le garage ouvre enfin en 1983.

Photos Google Maps et Archives Municipales

C’est maintenant un garage moderne de 1200 m2 très lumineux, très fonctionnel.
L’ancien garage de 400 m2 devient un parking pour les véhicules et l’atelier de carrosserie. La cabine de peinture se trouve au fond derrière le jardin. A droite est aménagée une longue cour pour stocker provisoirement les épaves.

En 1985, la concurrence est rude sur la ville de Roubaix : un seul concessionnaire, les Ets Cabour Van Cauwenberghe situé Grande Rue et rue Racine, mais surtout, onze agents Citroën répartis sur la ville.

Paul Deldalle prend une retraite bien méritée en 1990, et laisse ses 2 fils, Jean et Xavier, aux commandes du garage. Ils sont complémentaires, l’un étant mécanicien, l’autre carrossier.

Les affaires continuent à être satisfaisantes, malgré des marges de plus en plus réduites et la concurrence de grandes enseignes spécialisées dans le petit entretien automobile. Mais, les deux fils de Paul ont été à bonne école, ils appliquent la recette paternelle : travailler dur avec ténacité et persévérance.

Photos actuelles BT

 

 

Remerciements aux Archives Municipales et à la BNR pour leur documentation, et à Paul, Jean et Xavier Deldalle pour leurs témoignages.

La tour du fer à cheval

C’est par une lettre du 26 avril 1957, émanant du service des permis de construire de Roubaix qu’on apprend que les travaux de construction de l’immeuble-tour sur le terrain municipal du Parc de Barbieux, au lieudit « Le fer à cheval » ont démarré, sans que l’administration en soit avertie. Cette lettre est adressée à l’architecte Guillaume Gillet, auteur des plans de la dite tour, domicilié à Paris. Erreur de jeunesse ? Problème de coordination dans les échanges administratifs ? Toujours est-il que cela représente un faux départ pour le chantier, car l’ordre formel d’arrêter les travaux est donné, à l’architecte et à son entrepreneur, la société Planquart et fils. Guillaume Gillet, responsable des travaux, doit se mettre en contact avec les services compétents, en vue de l’obtention du permis de construire.

l'architecte Guillaume Gillet Photo NE
l’architecte Guillaume Gillet Photo NE

Cela ne nuira pas à la carrière de l’architecte, ni à ses relations avec les autorités roubaisiennes, car on le retrouvera sur des chantiers importants et ultérieurs : il œuvrera à Roubaix de 1958 à 1972 dans le quartier Édouard Anseele, pour la construction de logements et du centre commercial Roubaix 2000, puis de 1961 à 1975 dans la zone à urbaniser en priorité (ZUP) des Trois Ponts, pour des logements et commerces. L’opération de la Tour du Fer à cheval s’inscrit dans un programme de constructions de tours (on construit également quasi simultanément quai de Marseille) voulu par le CIL dont l’architecte en chef Guy Lapchin avait réalisé les premières études avant de les confier à son jeune collègue. Le 17 mai 1957, une demande de permis de construire est dûment demandée pour l’édification d’une tour de 60 logements. Le 22 mai parvient une première réponse avec demande de modifications concernant la conformité des conduits, de la ventilation des toilettes et des salles de bains et des fosses septiques. Le 20 août, le permis est accordé sous réserve des modifications à opérer.

Situation du chantier en octobre 1957 Photo NE
Situation du chantier en octobre 1957 Photo NE

Le chantier redémarre, comme l’atteste un article de presse d’octobre 1957, qui nous en apprend un peu plus sur le programme des tours. On annonce l’édification de quatre tours d’une quinzaine d’étages. Sont citées la tour du quai de Marseille, et celle du fer à cheval, mais aucune indication pour les deux autres.

La tour du fer à cheval est située en bordure de l’avenue jean Jaurès, et à proximité de la résidence du Parc située à Croix, dont elle semble toutefois faire partie, bien qu’elle en soit séparée par un morceau de la rue Jussieu, à Croix. En octobre, les fondations sont faites et on a réalisé le sous-sol, deux rez-de-chaussées et le premier étage. On prévoit la fin du gros œuvre pour le mois d’août 1958, la fin des travaux pour la fin de l’année, et la réception des premiers locataires en 1959.

Le journaliste vante les matériaux employés : pierres blanches de l’Oise et panneaux d’aluminium. Quatre appartements sont prévus par étage, deux avec une chambre et deux avec trois chambres, et chacun aura son balcon. Le quinzième et dernier étage sera commun aux locataires : des salles de jeux, une bibliothèque y seront installées ! La tour de la Résidence, tel est son nom, est alors présentée comme une curiosité sur la route de Lille à Roubaix, et comme le symbole d’une architecture futuriste !

Mais il semble qu’on soit revenu sur l’utilisation du 15e étage, qui sera transformé en quatre appartements, portera donc le nombre à 64 logements, et nécessitera une demande de modification le 25 mai 1958, accordée en juillet de la même année.

Deux vues de la tour aujourd'hui Photo PhW
Deux vues de la tour aujourd’hui Photo PhW

Le Ravet Anceau de 1961 indique que la tour du fer-à-cheval accueille parmi ses locataires des représentants, des ingénieurs, des pharmaciens, des directeurs, des industriels, des professeurs, et même l’architecte Guillaume Gillet venu habiter l’un des quatre appartements du 15e étage.

Guillaume Gillet est un architecte français, né le 20 novembre 1912 à Fontaine-Chaalis (Oise) et mort le 23 septembre 1987 à Paris. Grand Prix de Rome, il est connu pour son architecture moderne, principalement dans le domaine de l’architecture religieuse et pénitentiaire. (d’après Wikipédia)

La clinique Descarpentries

Maurice Descarpentries est fils et petit-fils de médecin. Originaire de Lomme, après ses études au collège d’Armentières, il entre à la faculté de médecine de Lille. Il passe ses examens avec succès, devient médecin et continue donc la tradition familiale : docteur de père en fils. En 1905 il habite au 6 rue Pauvrée et partage son cabinet médical du 46 rue Pauvrée avec le Docteur Fauverghe. Il entre comme chirurgien à l’hôpital de la Fraternité de Roubaix.

Maurice Descarpentries ( coll privée )
Maurice Descarpentries ( coll privée )

En 1910 il a 31 ans; il décide de construire sa propre clinique privée. Il choisit un terrain vierge, à l’angle du Boulevard de la République à Roubaix et du Boulevard Descat à Tourcoing. Selon lui, c’est un endroit très bien placé, au beau milieu de ces 2 importantes cités, qui lui assure de grandes facilités de communication avec le passage des tramways; c’est un lieu très calme face au canal, éloigné des usines et des quartiers populaires. Il souhaite une clinique modèle, gaie, avec toutes les techniques modernes d’hygiène. Il s’est inspiré pour cela, des autres cliniques privées qu’il a visitées, Pour la construction, il confie le dossier à Auguste Dubois, architecte diplômé par le gouvernement, qui a son bureau au 4 rue de la Fosse aux chênes.

La clinique Descarpentries (coll privée )
La clinique Descarpentries (coll privée )

La clinique ouvre en Avril 1913. Elle comprend un vaste bâtiment dont une aile est formée par l’habitation du docteur, et l’autre par les chambres des malades. Ce bâtiment entoure le jardin. Le rez de chaussée comprend un vestibule, un bureau, une salle d’attente. Dans le fond se trouvent le laboratoire et la salle de radiographie.

Une chambre ( coll privée)
Une chambre ( coll privée)

Au premier étage, on trouve les chambres des malades, et une longue galerie de 100 mètres, qui donne sur le jardin. Toutes les chambres sont gaies; elles sont bien isolées du bruit et de la chaleur, avec des matériaux très modernes pour l’époque. Elles sont éclairées à l’électricité par un plafonnier, et chauffées par un radiateur. Certaines chambres ont des toilettes. Les malades peuvent contacter la salle de garde, par une sonnette électrique. La salle d’opération se trouve au même étage, très moderne, très vaste, avec une hygiène absolue. Tout le personnel est logé au deuxième étage.

La salle d'opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )
La salle d’opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )

Les débuts pour la clinique sont difficiles; la guerre 14-18 commence juste après l’ouverture de 1913. Il faut attendre le début des années 1920 pour que le succès soit au rendez vous; la clinique ne désemplit pas, et Maurice Descarpentries pense déjà à agrandir. En 1926 il fait construire un logement de 4 pièces au dessus de l’entrée principale. C’est une prouesse technique que de construire un étage sur le vide, et c’est un bel ensemble homogène et harmonieux puisque le constructeur a utilisé les mêmes matériaux.

Entrée de la clinique ( coll privée )
Entrée de la clinique ( coll privée )

La fille du docteur Descarpentries, Marguerite, se marie en 1927 avec Michel Samsoen, qui est également médecin chirurgien et va donc pouvoir aider son beau père à la direction de la clinique. En 1936 la clinique se modernise encore: un monte malade est installé par l’entreprise Henri Monnier de Roubaix. Cet ascenseur est particulièrement utile et pratique et on imagine aisément le soulagement des brancardiers! Parmi les clients de la clinique, on trouve des personnalités renommées, comme par exemple Maxence Van Der Meersch qui s’y fait soigner par son ami de longue date,

Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )
Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )

Maurice Descarpentries continue ses nombreux travaux de recherches pour le développement de la médecine. Il se spécialise dans la chirurgie, l’anesthésie, la gynécologie. Il se signale au monde savant par des publications remarquables. De nombreuses distinctions lui sont décernées: chevalier de l’ordre de Léopold, officier de l’instruction publique, médaille d’argent de l’assistance publique, officier d’académie,

Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )
Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )

Michel Descarpentries décède en 1945. Son gendre Michel Samsoen continue alors à gérer la clinique, aidé par son directeur Casiez Ecrepont qui occupe le logement de fonction de l’établissement,

Projet d'aménagement 1963 ( archives municipales )
Projet d’aménagement 1963 ( archives municipales )

Les affaires sont toujours florissantes dans les années 50, et en 1963 Michel Samsoen fait une demande de permis de construire pour une chaufferie et une chambre, mais ne réalisera pas les travaux, car les premières difficultés apparaissent. Un rapprochement avec d’autres établissements est nécessaire ( comme par exemple la clinique du Dr Omez boulevard de Cambrai ou la clinique Saint Martin rue de l’Amiral Courbet ) Malheureusement la clinique ferme au milieu des années 1970 entraînant le licenciement d’une quinzaine de personnes. Michel Samsoen prend sa retraite. Son fils Maurice Samsoen, qui l’aidait à la gestion, participera à la création de la Clinique du Parc à Croix, puis partira à la clinique de Wattrelos. La clinique Descarpentries est vendue en 1980 à Lucien Lagache, commerçant possédant 3 magasins de meubles et d’électro-ménager rue de Lannoy, dépositaire des produits Brandt et Grammont. Il va transformer le bâtiment en magasin de meubles haut de gamme. La clinique va pouvoir revivre à nouveau sous une forme différente !

Lucien Lagache ( coll privée )
Lucien Lagache ( coll privée )

Le concept est intéressant et original. L’idée est de proposer des meubles de très grande qualité et de finition parfaite à la clientèle, en conservant l’architecture et l’agencement intérieur. Lucien Lagache veut que chaque meuble soit présenté un peu «comme chez soi». La clinique a été livrée «dans son jus» avec tous les meubles, la salle d’opération, les bureaux, etc… Les chambres de la clinique deviennent des salons, des salles de séjour ou des cuisines. Il est nécessaire que le meuble soit présenté dans une ambiance adéquate, comme par exemple un meuble Louis XV dans une pièce de couleur vieux rose, un style Empire dans un décor vert. Le nom donné est «La Châtellenie». D’importants travaux sont donc réalisés en 1981:rénovation de la façade et peintures intérieures. L’emplacement des deux maisons situées au 71 et 73 du Boulevard, qui avaient été rasées, va devenir le parking clients pour le magasin. Une mini cafétéria sera créée.

La Châtellenie ( archives municipales )
La Châtellenie ( archives municipales )

Le démarrage est difficile: retard dans les travaux, manque de trésorerie , peu de rotation des stocks, tracasseries administratives. Lucien Lagache se démène pour s’en sortir; ainsi il expose et vend ses meubles soldés à la salle du Fresnoy de M Deconinck, toute proche. Deux ans plus tard «La Châtellenie» dépose le bilan. En 1986, celui-ci est assorti d’un concordat en vue de l’apurement des dettes. En 2001, le bâtiment est vendu aux enchères. S’en suit alors un imbroglio juridique sur les actes de propriété du bâtiment, qui va durer quelques années, et n’est pas terminé, car Lucette Lagache continue à se battre.

Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )
Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )

Début 2015, LMH Lille Métropole Habitat, propriétaire de l’immeuble, envisage des travaux de réhabilitation et extension pour la création de 88 chambres pour l’Oasis, foyer de jeunes travailleurs de la rue de Lille, ce qui entraîne un mécontentement des riverains inquiets. Une procédure judiciaire est engagée. Un nouveau permis de construire est délivré en Juillet 2016.

Le bâtiment de nos jours ( Photo BT avec l’aimable autorisation de Lille Métropole Habitat )

Cela fait maintenant 35 ans que ce superbe immeuble à l’entrée de la ville est inoccupé, dévasté, pillé, défiguré. Pendant combien de temps encore va-t-on laisser à l’abandon ce bâtiment, mémoire des Roubaisiens ?

 

Remerciements à Maurice Samsoen et Lucette Lagache pour leurs témoignages et documents

On reconstruit aux Nations Unies

Photo Nord Éclair
Photo Nord Éclair

En janvier 1980, toute la zone située devant l’église Notre-Dame, nivelée, attend le bon plaisir des lotisseurs. Avant la fin des démolitions dans la partie nord, avant la construction des chaussées, les travaux vont commencer par la plantation du mail destiné à aérer le centre ville. En avril, on plante 73 marronniers sur 485 prévus au total. Le maire, Pierre Prouvost et les responsables des espaces verts vont assister aux travaux, confiés à l’entreprise Masquelier. On choisit des arbres déjà vieux de 15 ans pour faciliter la reprise de leur végétation. Ce premier espace vert, représentant 6000 mètres carrés, devrait être suivi d’un autre, côté Blanchemaille, de deux hectares. Les 73 arbres sont plantés en deux jours.

Photos La Voix du Nord
Photos La Voix du Nord

Dès le mois de mai on met en chantier le parking et 193 logements. MM. Avinel, vice-président de la CUDL, Prouvost, le député-maire de Roubaix, et Albert Crépeau, secrétaire général du Nord posent la première pierre du Parking-Silo et d’un premier immeuble, la résidence Notre-Dame, qui sera érigée près de l’église, entre les rues Nain, des Lignes, et le prolongement de la rue de l’Hospice, sous l’égide du CIL et de la société d’HLM « Le Toit Familial ».

Les immeubles en construction au coin des rues Nain et des Lignes. Photo LVDN
Les immeubles en construction au coin des rues Nain et des Lignes. Photo LVDN

Tous ces logements seront pour une part livrés en la location, les autres en accession à la propriété, dans le but de mêler les populations. En septembre, le chantier est bien avancé. Il concerne 193 appartements. On constate pourtant qu’il reste encore une zone à démolir entre cet ensemble et la rue du vieil abreuvoir, au premier plan sur la photo suivante.

L'état des travaux - Photo Delbeck
L’état des travaux – Photo Delbeck

La tranche suivante intéressera les rues du Vieil Abreuvoir et du Curé, tout au sud de la zone à lotir. La première de ces deux rues devant devenir piétonnière, Au coin de ces deux voies, seul aura survécu le bloc du café du Carillon, qui sera désormais flanqué d’immeubles neufs représentant 26 logements rue du Curé et 28 rue du vieil abreuvoir. Au rez de chaussée, on installera des cellules commerciales.

La rue du vieil abreuvoir avant travaux et le projet – documents Nord Eclair
La rue du vieil abreuvoir avant travaux et le projet – documents Nord Eclair

Au coin des rues du vieil abreuvoir et Nain, l’ancienne poste, devenue recette municipale, est rachetée la société Texim de Villeneuve d’Ascq, qui désire y installer commerces et bureaux. L’extérieur du bâtiment, en bon état général sera peu transformé. Le rez de chaussée abritera une surface commerciale.

Document Nord Eclair
Document Nord Eclair

En avril 1981, le CIL aménage deux appartements témoins dans l’ensemble Notre-Dame. La suite des travaux comprend un groupe d’immeubles formant un U, la résidence Le Nain, et un groupe scolaire, situés entre le prolongement de la rue de l’Hospice, les rues Nain et du vieil abreuvoir. A l’instigation du CIL également, cet ensemble représentera 46 appartements en locatif et 98 en accession à la propriété.

Document Nord Eclair
Document Nord Eclair

Néanmoins, en juillet 82, la Voix du Nord se fait l’écho des difficultés qu’éprouvent les promoteurs à vendre leurs appartements. Ceux-ci semblent pâtir d’une mauvaise réputation et peinent à attirer les classes moyennes espérées. Celles-ci seraient rebutées par la petite délinquance et les impôts locaux. La municipalité réagit par une « offensive de charme » : on déclasse fiscalement les nouveaux appartements pour diminuer les impôts des acquéreurs. ; on assure par la voix du commissaire de police que le quartier est est un des plus calmes de Roubaix, et on nomme deux îlotiers chargés d’assurer la sécurité. Cette capagne porte ses fruits. En septembre, il ne reste que 35 appartements de libres.

Les travaux se poursuivent et, à l’été 83, les ensembles de la zone sont construits.

Photo la Voix du Nord
Photo la Voix du Nord

Les prochains travaux vont maintenant porter sur la zone marquée par un 3 sur la photo précédente, dans le triangle formé par ce qu’on appelle désormais l’avenue des Nations Unies et les rues du Pays et des Lignes. Un nouvel ensemble, qu’on nomme « Ambroise Paré », va englober et former un ensemble avec l’école d’infirmières, restée debout, sera érigé par la SRIEM, la Société Roubaisienne Immobilière d’Économie Mixte et comprendra 101 logements locatifs. La même société prolongera cet ensemble, toujours le long de l’avenue des Nations Unies, sur l’autre trottoir de la rue des Lignes.

L'ensemble, vu des Nations Unies et de la rue du Pays
L’ensemble, vu des Nations Unies et de la rue du Pays

 

Les documents proviennent des archives municipales.

 

 

 

Une brasserie, un cinéma, une teinturerie.

La rue Copernic commence rue Jules Guesde pour se terminer rue de Leuze. Sa longueur est de 130 mètres sur une largeur de 12 mètres. Elle fut classée dans le réseau urbain le 29 décembre 1905. En 1909 on avait construit à l’angle de la rue du Tilleul (devenue rue Jules Guesde), une maison à usage d’estaminet avec salle de concerts. Plus tard ce fut un cinéma, le Studio 47. A l’occasion d’une visite sur place, Daniel Najberg nous fit remarquer ce que seul son coup d’œil de passionné du cinéma aurait pu voir : la cabine du projectionniste était encore en place et visible de la rue.

La cabine de projection de l'ancien cinéma
La cabine de projection de l’ancien cinéma

En 1903, on avait bâti 17 maisons dont 5 en front à rue et 12 en courée constituant la cité Raux-Penet du nom de son propriétaire. Si la courée a disparu, son entrée subsiste fortement transformée au n°5. Avant même que la rue Copernic soit véritablement créée, on y trouvait déjà la Brasserie Coopérative « Union de Saint Amand » fondée le 29 octobre 1898 qui comptait 1.300 adhérents en 1915. Cette coopérative cessa son activité avant 1940.

Carton et action de la brasserie St Amand Coll Particulière
Carton et action de la brasserie St Amand Coll Particulière

Les bâtiments de la brasserie furent rachetés par la Teinturerie du Pile, laquelle se trouvait déjà rue de Condé depuis 1935. Les deux associés Achille Beghin, et Henri Descamps rachètent donc la brasserie pour étendre leurs activités. Différents travaux y furent exécutés, en particulier en 1946 quand on y éleva une cheminée haute de 30 mètres, pour remplacer la précédente plus modeste qui avait été détruite durant l’occupation.

La cheminée de la teinturerie doc AmRx
La cheminée de la teinturerie doc AmRx

La teinturerie du Pile devient vite une référence de la teinture en écheveaux. L’entreprise a pour clients le tissage Craye (l’actuelle Manufacture), Bergère du Nord, Phildar. René Béghin reprend l’affaire et la production progresse de 3 tonnes de fil par jour à 14 tonnes. En 1988, l’usine dépose le bilan, pour fermer définitivement en 1991. L’usine est cédée au franc symbolique à la Ville. En l’an 2000, on décide de raser le bâtiment et les deux cheminées les plus récentes. La plus ancienne subsistera comme la trace de l’industrie dans le quartier.

La rue Copernic aujourd'hui Vue google maps
La rue Copernic aujourd’hui Vue google maps

Que fera-on de l’espace ainsi dégagé ? La réponse se trouve probablement dans le Programme Métropolitain de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés dans lequel on retrouve le quartier du Pile à Roubaix et celui du Crétinier à Wattrelos.

Sources

Histoire des rues de Roubaix par les flâneurs

Article Voix du Nord

Série permis de construire Archives Municipales

http://www.lafabriquedesquartiers.fr