La tour du fer à cheval

C’est par une lettre du 26 avril 1957, émanant du service des permis de construire de Roubaix qu’on apprend que les travaux de construction de l’immeuble-tour sur le terrain municipal du Parc de Barbieux, au lieudit « Le fer à cheval » ont démarré, sans que l’administration en soit avertie. Cette lettre est adressée à l’architecte Guillaume Gillet, auteur des plans de la dite tour, domicilié à Paris. Erreur de jeunesse ? Problème de coordination dans les échanges administratifs ? Toujours est-il que cela représente un faux départ pour le chantier, car l’ordre formel d’arrêter les travaux est donné, à l’architecte et à son entrepreneur, la société Planquart et fils. Guillaume Gillet, responsable des travaux, doit se mettre en contact avec les services compétents, en vue de l’obtention du permis de construire.

l'architecte Guillaume Gillet Photo NE
l’architecte Guillaume Gillet Photo NE

Cela ne nuira pas à la carrière de l’architecte, ni à ses relations avec les autorités roubaisiennes, car on le retrouvera sur des chantiers importants et ultérieurs : il œuvrera à Roubaix de 1958 à 1972 dans le quartier Édouard Anseele, pour la construction de logements et du centre commercial Roubaix 2000, puis de 1961 à 1975 dans la zone à urbaniser en priorité (ZUP) des Trois Ponts, pour des logements et commerces. L’opération de la Tour du Fer à cheval s’inscrit dans un programme de constructions de tours (on construit également quasi simultanément quai de Marseille) voulu par le CIL dont l’architecte en chef Guy Lapchin avait réalisé les premières études avant de les confier à son jeune collègue. Le 17 mai 1957, une demande de permis de construire est dûment demandée pour l’édification d’une tour de 60 logements. Le 22 mai parvient une première réponse avec demande de modifications concernant la conformité des conduits, de la ventilation des toilettes et des salles de bains et des fosses septiques. Le 20 août, le permis est accordé sous réserve des modifications à opérer.

Situation du chantier en octobre 1957 Photo NE
Situation du chantier en octobre 1957 Photo NE

Le chantier redémarre, comme l’atteste un article de presse d’octobre 1957, qui nous en apprend un peu plus sur le programme des tours. On annonce l’édification de quatre tours d’une quinzaine d’étages. Sont citées la tour du quai de Marseille, et celle du fer à cheval, mais aucune indication pour les deux autres.

La tour du fer à cheval est située en bordure de l’avenue jean Jaurès, et à proximité de la résidence du Parc située à Croix, dont elle semble toutefois faire partie, bien qu’elle en soit séparée par un morceau de la rue Jussieu, à Croix. En octobre, les fondations sont faites et on a réalisé le sous-sol, deux rez-de-chaussées et le premier étage. On prévoit la fin du gros œuvre pour le mois d’août 1958, la fin des travaux pour la fin de l’année, et la réception des premiers locataires en 1959.

Le journaliste vante les matériaux employés : pierres blanches de l’Oise et panneaux d’aluminium. Quatre appartements sont prévus par étage, deux avec une chambre et deux avec trois chambres, et chacun aura son balcon. Le quinzième et dernier étage sera commun aux locataires : des salles de jeux, une bibliothèque y seront installées ! La tour de la Résidence, tel est son nom, est alors présentée comme une curiosité sur la route de Lille à Roubaix, et comme le symbole d’une architecture futuriste !

Mais il semble qu’on soit revenu sur l’utilisation du 15e étage, qui sera transformé en quatre appartements, portera donc le nombre à 64 logements, et nécessitera une demande de modification le 25 mai 1958, accordée en juillet de la même année.

Deux vues de la tour aujourd'hui Photo PhW
Deux vues de la tour aujourd’hui Photo PhW

Le Ravet Anceau de 1961 indique que la tour du fer-à-cheval accueille parmi ses locataires des représentants, des ingénieurs, des pharmaciens, des directeurs, des industriels, des professeurs, et même l’architecte Guillaume Gillet venu habiter l’un des quatre appartements du 15e étage.

Guillaume Gillet est un architecte français, né le 20 novembre 1912 à Fontaine-Chaalis (Oise) et mort le 23 septembre 1987 à Paris. Grand Prix de Rome, il est connu pour son architecture moderne, principalement dans le domaine de l’architecture religieuse et pénitentiaire. (d’après Wikipédia)

La clinique Descarpentries

Maurice Descarpentries est fils et petit-fils de médecin. Originaire de Lomme, après ses études au collège d’Armentières, il entre à la faculté de médecine de Lille. Il passe ses examens avec succès, devient médecin et continue donc la tradition familiale : docteur de père en fils. En 1905 il habite au 6 rue Pauvrée et partage son cabinet médical du 46 rue Pauvrée avec le Docteur Fauverghe. Il entre comme chirurgien à l’hôpital de la Fraternité de Roubaix.

Maurice Descarpentries ( coll privée )
Maurice Descarpentries ( coll privée )

En 1910 il a 31 ans; il décide de construire sa propre clinique privée. Il choisit un terrain vierge, à l’angle du Boulevard de la République à Roubaix et du Boulevard Descat à Tourcoing. Selon lui, c’est un endroit très bien placé, au beau milieu de ces 2 importantes cités, qui lui assure de grandes facilités de communication avec le passage des tramways; c’est un lieu très calme face au canal, éloigné des usines et des quartiers populaires. Il souhaite une clinique modèle, gaie, avec toutes les techniques modernes d’hygiène. Il s’est inspiré pour cela, des autres cliniques privées qu’il a visitées, Pour la construction, il confie le dossier à Auguste Dubois, architecte diplômé par le gouvernement, qui a son bureau au 4 rue de la Fosse aux chênes.

La clinique Descarpentries (coll privée )
La clinique Descarpentries (coll privée )

La clinique ouvre en Avril 1913. Elle comprend un vaste bâtiment dont une aile est formée par l’habitation du docteur, et l’autre par les chambres des malades. Ce bâtiment entoure le jardin. Le rez de chaussée comprend un vestibule, un bureau, une salle d’attente. Dans le fond se trouvent le laboratoire et la salle de radiographie.

Une chambre ( coll privée)
Une chambre ( coll privée)

Au premier étage, on trouve les chambres des malades, et une longue galerie de 100 mètres, qui donne sur le jardin. Toutes les chambres sont gaies; elles sont bien isolées du bruit et de la chaleur, avec des matériaux très modernes pour l’époque. Elles sont éclairées à l’électricité par un plafonnier, et chauffées par un radiateur. Certaines chambres ont des toilettes. Les malades peuvent contacter la salle de garde, par une sonnette électrique. La salle d’opération se trouve au même étage, très moderne, très vaste, avec une hygiène absolue. Tout le personnel est logé au deuxième étage.

La salle d'opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )
La salle d’opération moderne ( coll privée )-Le docteur Descarpentries entouré de ses deux enfants, et du personnel de la clinique 1916 ( coll M. Samsoen )

Les débuts pour la clinique sont difficiles; la guerre 14-18 commence juste après l’ouverture de 1913. Il faut attendre le début des années 1920 pour que le succès soit au rendez vous; la clinique ne désemplit pas, et Maurice Descarpentries pense déjà à agrandir. En 1926 il fait construire un logement de 4 pièces au dessus de l’entrée principale. C’est une prouesse technique que de construire un étage sur le vide, et c’est un bel ensemble homogène et harmonieux puisque le constructeur a utilisé les mêmes matériaux.

Entrée de la clinique ( coll privée )
Entrée de la clinique ( coll privée )

La fille du docteur Descarpentries, Marguerite, se marie en 1927 avec Michel Samsoen, qui est également médecin chirurgien et va donc pouvoir aider son beau père à la direction de la clinique. En 1936 la clinique se modernise encore: un monte malade est installé par l’entreprise Henri Monnier de Roubaix. Cet ascenseur est particulièrement utile et pratique et on imagine aisément le soulagement des brancardiers! Parmi les clients de la clinique, on trouve des personnalités renommées, comme par exemple Maxence Van Der Meersch qui s’y fait soigner par son ami de longue date,

Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )
Carte de visite M Van Der Meersch ( coll M. Samsoen )

Maurice Descarpentries continue ses nombreux travaux de recherches pour le développement de la médecine. Il se spécialise dans la chirurgie, l’anesthésie, la gynécologie. Il se signale au monde savant par des publications remarquables. De nombreuses distinctions lui sont décernées: chevalier de l’ordre de Léopold, officier de l’instruction publique, médaille d’argent de l’assistance publique, officier d’académie,

Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )
Maurice Descarpentries recevant des distinctions ( coll M. Samsoen )

Michel Descarpentries décède en 1945. Son gendre Michel Samsoen continue alors à gérer la clinique, aidé par son directeur Casiez Ecrepont qui occupe le logement de fonction de l’établissement,

Projet d'aménagement 1963 ( archives municipales )
Projet d’aménagement 1963 ( archives municipales )

Les affaires sont toujours florissantes dans les années 50, et en 1963 Michel Samsoen fait une demande de permis de construire pour une chaufferie et une chambre, mais ne réalisera pas les travaux, car les premières difficultés apparaissent. Un rapprochement avec d’autres établissements est nécessaire ( comme par exemple la clinique du Dr Omez boulevard de Cambrai ou la clinique Saint Martin rue de l’Amiral Courbet ) Malheureusement la clinique ferme au milieu des années 1970 entraînant le licenciement d’une quinzaine de personnes. Michel Samsoen prend sa retraite. Son fils Maurice Samsoen, qui l’aidait à la gestion, participera à la création de la Clinique du Parc à Croix, puis partira à la clinique de Wattrelos. La clinique Descarpentries est vendue en 1980 à Lucien Lagache, commerçant possédant 3 magasins de meubles et d’électro-ménager rue de Lannoy, dépositaire des produits Brandt et Grammont. Il va transformer le bâtiment en magasin de meubles haut de gamme. La clinique va pouvoir revivre à nouveau sous une forme différente !

Lucien Lagache ( coll privée )
Lucien Lagache ( coll privée )

Le concept est intéressant et original. L’idée est de proposer des meubles de très grande qualité et de finition parfaite à la clientèle, en conservant l’architecture et l’agencement intérieur. Lucien Lagache veut que chaque meuble soit présenté un peu «comme chez soi». La clinique a été livrée «dans son jus» avec tous les meubles, la salle d’opération, les bureaux, etc… Les chambres de la clinique deviennent des salons, des salles de séjour ou des cuisines. Il est nécessaire que le meuble soit présenté dans une ambiance adéquate, comme par exemple un meuble Louis XV dans une pièce de couleur vieux rose, un style Empire dans un décor vert. Le nom donné est «La Châtellenie». D’importants travaux sont donc réalisés en 1981:rénovation de la façade et peintures intérieures. L’emplacement des deux maisons situées au 71 et 73 du Boulevard, qui avaient été rasées, va devenir le parking clients pour le magasin. Une mini cafétéria sera créée.

La Châtellenie ( archives municipales )
La Châtellenie ( archives municipales )

Le démarrage est difficile: retard dans les travaux, manque de trésorerie , peu de rotation des stocks, tracasseries administratives. Lucien Lagache se démène pour s’en sortir; ainsi il expose et vend ses meubles soldés à la salle du Fresnoy de M Deconinck, toute proche. Deux ans plus tard «La Châtellenie» dépose le bilan. En 1986, celui-ci est assorti d’un concordat en vue de l’apurement des dettes. En 2001, le bâtiment est vendu aux enchères. S’en suit alors un imbroglio juridique sur les actes de propriété du bâtiment, qui va durer quelques années, et n’est pas terminé, car Lucette Lagache continue à se battre.

Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )
Lucien et Lucette Lagache devant le bâtiment ( Document Nord Eclair )

Début 2015, LMH Lille Métropole Habitat, propriétaire de l’immeuble, envisage des travaux de réhabilitation et extension pour la création de 88 chambres pour l’Oasis, foyer de jeunes travailleurs de la rue de Lille, ce qui entraîne un mécontentement des riverains inquiets. Une procédure judiciaire est engagée. Un nouveau permis de construire est délivré en Juillet 2016.

Le bâtiment de nos jours ( Photo BT avec l’aimable autorisation de Lille Métropole Habitat )

Cela fait maintenant 35 ans que ce superbe immeuble à l’entrée de la ville est inoccupé, dévasté, pillé, défiguré. Pendant combien de temps encore va-t-on laisser à l’abandon ce bâtiment, mémoire des Roubaisiens ?

 

Remerciements à Maurice Samsoen et Lucette Lagache pour leurs témoignages et documents

On reconstruit aux Nations Unies

Photo Nord Éclair
Photo Nord Éclair

En janvier 1980, toute la zone située devant l’église Notre-Dame, nivelée, attend le bon plaisir des lotisseurs. Avant la fin des démolitions dans la partie nord, avant la construction des chaussées, les travaux vont commencer par la plantation du mail destiné à aérer le centre ville. En avril, on plante 73 marronniers sur 485 prévus au total. Le maire, Pierre Prouvost et les responsables des espaces verts vont assister aux travaux, confiés à l’entreprise Masquelier. On choisit des arbres déjà vieux de 15 ans pour faciliter la reprise de leur végétation. Ce premier espace vert, représentant 6000 mètres carrés, devrait être suivi d’un autre, côté Blanchemaille, de deux hectares. Les 73 arbres sont plantés en deux jours.

Photos La Voix du Nord
Photos La Voix du Nord

Dès le mois de mai on met en chantier le parking et 193 logements. MM. Avinel, vice-président de la CUDL, Prouvost, le député-maire de Roubaix, et Albert Crépeau, secrétaire général du Nord posent la première pierre du Parking-Silo et d’un premier immeuble, la résidence Notre-Dame, qui sera érigée près de l’église, entre les rues Nain, des Lignes, et le prolongement de la rue de l’Hospice, sous l’égide du CIL et de la société d’HLM « Le Toit Familial ».

Les immeubles en construction au coin des rues Nain et des Lignes. Photo LVDN
Les immeubles en construction au coin des rues Nain et des Lignes. Photo LVDN

Tous ces logements seront pour une part livrés en la location, les autres en accession à la propriété, dans le but de mêler les populations. En septembre, le chantier est bien avancé. Il concerne 193 appartements. On constate pourtant qu’il reste encore une zone à démolir entre cet ensemble et la rue du vieil abreuvoir, au premier plan sur la photo suivante.

L'état des travaux - Photo Delbeck
L’état des travaux – Photo Delbeck

La tranche suivante intéressera les rues du Vieil Abreuvoir et du Curé, tout au sud de la zone à lotir. La première de ces deux rues devant devenir piétonnière, Au coin de ces deux voies, seul aura survécu le bloc du café du Carillon, qui sera désormais flanqué d’immeubles neufs représentant 26 logements rue du Curé et 28 rue du vieil abreuvoir. Au rez de chaussée, on installera des cellules commerciales.

La rue du vieil abreuvoir avant travaux et le projet – documents Nord Eclair
La rue du vieil abreuvoir avant travaux et le projet – documents Nord Eclair

Au coin des rues du vieil abreuvoir et Nain, l’ancienne poste, devenue recette municipale, est rachetée la société Texim de Villeneuve d’Ascq, qui désire y installer commerces et bureaux. L’extérieur du bâtiment, en bon état général sera peu transformé. Le rez de chaussée abritera une surface commerciale.

Document Nord Eclair
Document Nord Eclair

En avril 1981, le CIL aménage deux appartements témoins dans l’ensemble Notre-Dame. La suite des travaux comprend un groupe d’immeubles formant un U, la résidence Le Nain, et un groupe scolaire, situés entre le prolongement de la rue de l’Hospice, les rues Nain et du vieil abreuvoir. A l’instigation du CIL également, cet ensemble représentera 46 appartements en locatif et 98 en accession à la propriété.

Document Nord Eclair
Document Nord Eclair

Néanmoins, en juillet 82, la Voix du Nord se fait l’écho des difficultés qu’éprouvent les promoteurs à vendre leurs appartements. Ceux-ci semblent pâtir d’une mauvaise réputation et peinent à attirer les classes moyennes espérées. Celles-ci seraient rebutées par la petite délinquance et les impôts locaux. La municipalité réagit par une « offensive de charme » : on déclasse fiscalement les nouveaux appartements pour diminuer les impôts des acquéreurs. ; on assure par la voix du commissaire de police que le quartier est est un des plus calmes de Roubaix, et on nomme deux îlotiers chargés d’assurer la sécurité. Cette capagne porte ses fruits. En septembre, il ne reste que 35 appartements de libres.

Les travaux se poursuivent et, à l’été 83, les ensembles de la zone sont construits.

Photo la Voix du Nord
Photo la Voix du Nord

Les prochains travaux vont maintenant porter sur la zone marquée par un 3 sur la photo précédente, dans le triangle formé par ce qu’on appelle désormais l’avenue des Nations Unies et les rues du Pays et des Lignes. Un nouvel ensemble, qu’on nomme « Ambroise Paré », va englober et former un ensemble avec l’école d’infirmières, restée debout, sera érigé par la SRIEM, la Société Roubaisienne Immobilière d’Économie Mixte et comprendra 101 logements locatifs. La même société prolongera cet ensemble, toujours le long de l’avenue des Nations Unies, sur l’autre trottoir de la rue des Lignes.

L'ensemble, vu des Nations Unies et de la rue du Pays
L’ensemble, vu des Nations Unies et de la rue du Pays

 

Les documents proviennent des archives municipales.

 

 

 

Une brasserie, un cinéma, une teinturerie.

La rue Copernic commence rue Jules Guesde pour se terminer rue de Leuze. Sa longueur est de 130 mètres sur une largeur de 12 mètres. Elle fut classée dans le réseau urbain le 29 décembre 1905. En 1909 on avait construit à l’angle de la rue du Tilleul (devenue rue Jules Guesde), une maison à usage d’estaminet avec salle de concerts. Plus tard ce fut un cinéma, le Studio 47. A l’occasion d’une visite sur place, Daniel Najberg nous fit remarquer ce que seul son coup d’œil de passionné du cinéma aurait pu voir : la cabine du projectionniste était encore en place et visible de la rue.

La cabine de projection de l'ancien cinéma
La cabine de projection de l’ancien cinéma

En 1903, on avait bâti 17 maisons dont 5 en front à rue et 12 en courée constituant la cité Raux-Penet du nom de son propriétaire. Si la courée a disparu, son entrée subsiste fortement transformée au n°5. Avant même que la rue Copernic soit véritablement créée, on y trouvait déjà la Brasserie Coopérative « Union de Saint Amand » fondée le 29 octobre 1898 qui comptait 1.300 adhérents en 1915. Cette coopérative cessa son activité avant 1940.

Carton et action de la brasserie St Amand Coll Particulière
Carton et action de la brasserie St Amand Coll Particulière

Les bâtiments de la brasserie furent rachetés par la Teinturerie du Pile, laquelle se trouvait déjà rue de Condé depuis 1935. Les deux associés Achille Beghin, et Henri Descamps rachètent donc la brasserie pour étendre leurs activités. Différents travaux y furent exécutés, en particulier en 1946 quand on y éleva une cheminée haute de 30 mètres, pour remplacer la précédente plus modeste qui avait été détruite durant l’occupation.

La cheminée de la teinturerie doc AmRx
La cheminée de la teinturerie doc AmRx

La teinturerie du Pile devient vite une référence de la teinture en écheveaux. L’entreprise a pour clients le tissage Craye (l’actuelle Manufacture), Bergère du Nord, Phildar. René Béghin reprend l’affaire et la production progresse de 3 tonnes de fil par jour à 14 tonnes. En 1988, l’usine dépose le bilan, pour fermer définitivement en 1991. L’usine est cédée au franc symbolique à la Ville. En l’an 2000, on décide de raser le bâtiment et les deux cheminées les plus récentes. La plus ancienne subsistera comme la trace de l’industrie dans le quartier.

La rue Copernic aujourd'hui Vue google maps
La rue Copernic aujourd’hui Vue google maps

Que fera-on de l’espace ainsi dégagé ? La réponse se trouve probablement dans le Programme Métropolitain de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés dans lequel on retrouve le quartier du Pile à Roubaix et celui du Crétinier à Wattrelos.

Sources

Histoire des rues de Roubaix par les flâneurs

Article Voix du Nord

Série permis de construire Archives Municipales

http://www.lafabriquedesquartiers.fr

 

Le Crédit Municipal

Le Mont de Piété, ou Crédit Municipal, est un organisme de prêt sur gage, qui a pour mission de faciliter les prêts d’argent liquide pour les plus démunis. Contre le dépôt temporaire d’un objet de valeur, un prêt est accordé immédiatement. C’est la valeur estimée de l’objet sur le marché des enchères publiques qui détermine le montant du prêt. Le prêt est garanti par l’objet.

On raconte qu’un notable aurait déposé sa montre pour honorer une importante dette de jeu. Quelque peu honteux, il avait prétendu l’avoir oubliée chez sa tante. D’où l’expression « chez ma tante » pour qualifier le mont-de-piété. Le décret impérial du 11 juin 1870 signé de Napoleon III autorise la création d’un Mont-de-Piété à Roubaix au 65 rue des Longues Haies, avec de l’autre côté, une façade au 44 Boulevard Gambetta.

La rue des Longues Haies, est un quartier très populaire ou s’entassent les grandes usines textiles de l’époque et les courées ou vivent les ouvriers. Les personnes qui avaient des difficultés financières étaient très nombreuses, et pouvaient donc déposer leurs biens de valeur ( bijoux montres etc… ) au mont de Piété, qui leur accordait un prêt.

Mont de Piété rue des Longues Haies ( coll privée )
Mont de Piété rue des Longues Haies ( coll privée )

Le rez de chaussée était réservé aux dépôts de biens. Les étages étaient loués comme endroits de stockage, aux différentes entreprises textiles du quartier.

En 1918, un décret transforme les monts-de-piété en caisses de Crédit Municipal. Le changement de dénomination correspond au développement de ses activités bancaires parallèlement aux prêts sur gages. Le Mont-de-Piété de Roubaix devient Caisse de Crédit Municipal de Roubaix en 1920. Le directeur est D. Lacquement.

Dans les années 1940 1950 le directeur Gaston Fiévet continue à développer l’activité bancaire, et les prêts sur gages toujours aussi nombreux. En 1954 on compte 4 salariés dans l’agence.

Photo IGN 1953
Photo IGN 1953

Sur cette photo aérienne de 1953 on distingue parfaitement la délimitation des 2 parties du Crédit Municipal ;

– A gauche la façade du Boulevard Leclerc ( Gambetta ) avec au 44 au rez de chaussée le secteur activités bancaires, et à l’étage le logement de fonction du directeur, et au 42 le logement du chef de magasin responsable du service « Prêts sur gages ».

– Et en bas de la photo, la façade rue des Longues Haies.

Le bâtiment du Crédit Municipal n’échappera pas à la folle rénovation urbaine de la fin des années 60. Tout comme son voisin le grand Thêatre-Hippodrome, il sera rasé ( voir le récent article Ateliers Mémoire sur la résidence du thêatre ).

Gaston Fiévet prend sa retraite en 1966. Henri Descamps lui succéde. En 1972 le crédit Municipal achète un immeuble, au 30 rue de Lille, pour y emménager son agence, juste à côté de la station service Elf. C’est une grande maison bourgeoise qui était occupée par un médecin Melle Cl. Pernet.

C’est l’architecte roubaisien Luc Dupire au 109 rue de Dammartin, qui est chargé de l’aménagement de l’immeuble.

Document 1972 Archives Municipales et Google Maps
Document 1972 Archives Municipales et Google Maps

Le rez de chaussée est complètement transformé en un hall d’accueil pour la clientèle et en bureaux, l’étage est destiné au logement de fonction du directeur. Les écuries qui se trouvent dans l’immense jardin sont transformées en salle de stockage pour les objets déposés, avec une deuxième entrée de l’autre côté de l’immeuble, au 71 rue du Curoir. La configuration des locaux est donc la même que dans l’ancien bâtiment à savoir l’entrée rue de Lille pour les services bancaires, et la 2° entrée séparée rue du Curoir pour les prêts sur gages.

Document Nord Eclair 1975
Document Nord Eclair 1975

Les travaux sont achevés en Août 1975 et l’emménagement se fait en Octobre de cette même année, soit plus d’un siècle après l’ouverture de la rue des Longues Haies en 1970. C’est l’occasion de faire un bilan, en citant deux chiffres : Le montant des opérations des comptes de dépôts a été de près de 58.000.000 de Francs en 1974, et le montant des prêts aux fonctionnaires a été de 5.500.000 F pour la même période.

Document Nord Eclair 1975
Document Nord Eclair 1975

L’inauguration a lieu le samedi 13 Décembre 1975. Sur cette photo on reconnaît le maire de Roubaix Victor Provo, avec à sa droite son adjoint le docteur Guislain. qui visitent les nouveaux locaux et qui passent devant de nombreuses bicyclettes mises en dépôt par les clients

Au centre de la photo, ( de profil ) le directeur du Crédit Municipal : Henri Descamps

 

Le bâtiment de nos jours et l'enseigne, représentant un Grype ou Griffon, créature légendaire ( Photos BT )
Le bâtiment de nos jours et l’enseigne, représentant un Grype ou Griffon, créature légendaire ( Photos BT )

 

 

L’opération Balzac

Jusqu’au milieu des années 60 on pouvait voir, côté pair de la rue de l’Ommelet, entre les rues Pellart et Lavoisier, on trouve un ensemble d’habitations vétustes : la courée Hourez-Castelain, située entre les numéros 36 et 38, et le fort Balzac, entre les numéros 44 et 60, composé lui-même de plusieurs courées. Il comportait alors 84 maisons réparties en six alignements parallèles, fermés par une longue rangée perpendiculaire qui s’étendait jusqu’à la rue Lavoisier. Ces ensembles étaient reportés derrière les maisons placées en front à rue. Un passage plus large situé au centre du dispositif, noté impasse Balzac dans le Ravet-Anceau de 1885, commandait deux autres accès perpendiculaires plus étroits qui desservaient les différentes courées. L’ensemble est partiellement édifié en 1845, alors que, sur le plan cadastral de 1884 il apparaît construit dans son ensemble. A cet époque, il appartient pour l’essentiel à la veuve Henri Mulliez-Despatures. La cour Hourez-Castelain doit son nom à son propriétaire, qui tenait une crèmerie au 34 entre les deux guerres. Derrière le site, l’abattoir et la savonnerie Bass et Compagnie.

Document IGN
Document IGN

La fin des années 60 est le théâtre de vastes opérations visant la lutte contre les taudis, la suppression des courées et des logements insalubres. Dans ce but, le PACT (Propagande et Action contre les Taudis ) se porte acquéreur en 1969 du fort et le CIL construit avec le concours financier de l’État un collectif comprenant 39 logements de type P.S.R. (Programme Social de Relogement). C’est une cité de transit, destinée au logement les gens expulsés par l’opération de résorption des courées et ne disposant que de trop peu de moyens pour payer un loyer, même dans un HLM. L’ensemble comporte une antenne sociale placée au rez de chaussée.

Photos IGN et Nord Matin - 1969
Photos IGN et Nord Matin – 1969

Les finitions sont en cours en Août, et l’ouverture a lieu début 1970, la gestion étant confiée à la société d’HLM « Le Toit Familial ». La presse salue alors la construction de ce « magnifique collectif », aux « lignes sobres et modernes ».

Pourtant, dix ans après, le ton a changé : Dès 1981 les journaux dénoncent l’état de l’immeuble. Un représentant des locataires de l’immeuble déclare « le groupe Balzac n’a rien à envier aux bidonvilles ! ». On réclame des travaux importants de réhabilitation : Nouvelles portes aux entrées, (toutes les vitres en sont brisées), remplacement de l’installation électrique dans les entrées, dératisation régulière, (les rats pullulent depuis la démolition de l’abattoir), échange des boites aux lettres, remplacement au rez de chaussée par du béton du bardage isolant arraché sur les façades, rénovation des peintures, équilibrage du chauffage.

Les boites à lettres – photo Nord Eclair
Les boites à lettres – photo Nord Eclair

Le CAL, qui assure la gestion, promet des réparations, tout en doutant de leur pérennité, insiste sur le fait que les rentrée dues aux loyers ne permettent pas de faire face aux dégradations continuelles et fait un appel au civisme des locataires. Il faut dire que les 150 enfants utilisaient provisoirement comme terrain de jeu un espace libre, propriété du lycée Jean XXIII, avant qu’on y construise de nouvelles classes.

Photo la Voix du Nord
Photo la Voix du Nord

On songe à détruire ce véritable ghetto avant qu’il ne devienne invivable pour tous. 1982 voit un projet de projet de démolition. Mais les locataires, d’accords pour quitter les lieux, veulent disposer de nouveaux logements satisfaisants à proximité et forment un atelier-relogement, qui joue le rôle d’intermédiaire dans les discussions et les démarches. L’année suivante, quelques familles déménagent, mais les logements libérés sont vandalisés. Les autres sont en attente et la situation se dégrade pour eux. On met en cause l’inertie des organismes de gestion et de la mairie. L’association de quartier prend sur elle de murer certains appartements. Les dernières familles quittent les lieux en mai 1984. Vingt cinq familles sont relogées dans le quartier, les autres doivent aller plus loin. La démolition prévue pourrait être différée à cause du coût des travaux. Finalement, ceux-ci débutent en Novembre.

Photo la Voix du Nord
Photo la Voix du Nord

Les photos aériennes montrent en 1986 un terrain vague en bordure de l’avenue des Nations Unies qu’on vient de tracer. Deux ans plus tard, on assiste à la construction d’un nouvel ensemble : C’est un hôtel Formule 1 qu’on édifie sur l’emplacement de l’ancien fort Balzac.

Photo Jpm
Photo Jpm

Les documents proviennent de la médiathèque et des archives municipales

La résidence du théâtre (2)

Les appartements sont vendus par l’AFIDAC (association pour le financement et le développement de l’accession à la propriété, 44 boulevard de Paris). Les commerces du rez-de-chaussée sont proposés par le GERHA (92 avenue de France à Wasquehal), qui souhaite intéresser un constructeur automobile, un magasin d’exposition, et au premier étage, un restaurant, une cafétéria ou une salle de conférence. La commercialisation des bureaux est assurée par l’agence Largillier (222 rue Solférino, Lille). Un étage est réservé à la perception des impôts directs, installée à ce moment rue de Lille. Les trois autres niveaux présentent des petites surfaces, idéales pour des professions libérales, médecins, radiologues, experts comptables, ou des petites entreprises qui se décentralisent sur Roubaix. En résumé onze niveaux d’habitation, et quatre niveaux de bureaux.

L'appartement témoin de 1976 Photo NE
L’appartement témoin de 1976 Photo NE

En décembre 1976, on procède à l’inauguration de l’appartement témoin à la résidence du théâtre à Roubaix. Les arguments de vente se présentent en trois thèmes : la situation privilégiée, le confort et la clarté des appartements et le financement exceptionnel. Un cocktail est organisé le 11 décembre.

Ce que l'on voit de la tour Photo Méd Rx
Ce que l’on voit de la tour Photo Méd Rx

Le quartier est présenté en pleine rénovation, il est vrai que le bloc Anseele est à deux pas, tout beau tout neuf depuis 1967. L’argument d’une voiture garée dans un rayon de 300 mètres des chemins bientôt piétonniers (voir notre article sur le serpent de mer piétonnier) avec accès à quatre cinémas, à la poste centrale, à l’hôtel de ville, au centre commercial Roubaix 2000, l’arrêt du Mongy au pied de l’immeuble. Un argumentaire urbain très attractif. Question confort, on trouve des ascenseurs ultra-rapides, quatre types d’appartements de 41 m² à 91 m², de la clarté, de la moquette et des espaces de rangement. Pour le financement, un prêt à 9,89 % est proposé aux futurs propriétaires, avec un apport personnel de 20 %. Le chantier n’est pas terminé, on évoque sans la citer la date du premier coup de pioche de la construction du vaste parking aérien et souterrain de la Résidence.

En mai 1977, on promotionne encore avec des portes ouvertes. En novembre 1977, la publicité donne la parole à un jeune couple, Monsieur et Madame Alfonso, qui ont opté pour la formule location vente proposée, qui consiste à payer un loyer pendant les dix-huit premiers mois, et à l’issue, si on décide d’acquérir le logement les dix-huit mois de loyer servent d’apport. L’accent est donc mis sur le financement. En 1982, on invite encore les gens à venir y habiter.

Station service antar Photo AmRx
Station service antar Photo AmRx

La Résidence du Théâtre, c’était aussi une station service Antar, et un parking en surface et souterrain.

La tour dans son jus Photo Méd Rx
La tour dans son jus Photo Méd Rx

Nations Unies : dernières démolitions côté nord

Les démolitions se poursuivent par la zone située entre la rue Blanchemaille et le pont Saint Vincent, constituée pour l’essentiel par l’hospice dénommé à l’origine Hôpital Napoléon, puis, à la chute de l’Empire, Hôtel-Dieu, et enfin hospice civil, et, plus récemment, hospice Blanchemaille. Il occupe depuis 1865 tout l’espace compris entre les rues St Vincent, Blanchemaille, Isabeau de Roubaix et de l’Alma. Le fronton qui surplombe l’entrée montre Isabeau de Roubaix soulageant la misère.

6-1-96dpi

Cet hospice a le grand tort d’avoir une de ses ailes sur le trajet direct de la future pénétrante. Il faudra évidemment la raser, mais on ne s’en tient pas là : la vétusté du bâtiment civil le plus ancien de Roubaix va entraîner sa démolition complète, la municipalité étant décidée à ne sauvegarder que le fronton de l’édifice. D’ailleurs, la construction de l’hôpital Victor Provo permet de faire de la place dans celui de la Fraternité où on pourra installer un service gériatrique qui accueillera une partie des pensionnaires, le reste étant installé à l’hospice Barbieux et au V360 du Carihem. L’hospice Blanchemaille est donc vide et vulnérable. On commence par démolir l’aile côté St Vincent de l’édifice, laissant en place l’autre aile ainsi que la façade principale, la cour d’honneur et la chapelle. L’édifice va rester ainsi amputé quelques mois avant de disparaître complètement du paysage roubaisien.

Photos IGN
Photos IGN

On remarque sur les photos de 1981 que l’hospice est amputé. Les pioches des démolisseurs ne dépassent pas encore la rue de l’Alma. La rue Saint Vincent reste intacte au delà, et présente toujours une rangée de maisons suivie des halles à marchandises. Rien ne presse, car les travaux pont sont au point mort. On attend que la SNCF effectue les travaux de pivotement de l’ouvrage pour le mettre dans l’alignement de la nouvelle avenue, et de construction d’un deuxième tablier à côté de l’ancien pour obtenir la largeur nécessaire. Ces travaux d’envergure vont durer plusieurs mois, au grand dam des automobilistes forcés d’effectuer un détour.

Photos IGN et la Voix du Nord
Photos IGN et la Voix du Nord

1982 voit la poursuite des travaux. L’hospice a fait place à un terre-plein, le bloc de maisons et la halle marchandises situés rue SaintVincent entre la rue de l’Alma et le pont disparaissent également ; et l’avenue, limitée à la rue de l’Alma jusque là, prend sa largeur définitive jusqu’au pont. L’ancien pont est réouvert à la circulation en décembre 1982, alors qu’on édifie encore le second tablier. C’est chose faite en 1983 : cette fois, les deux tabliers sont en place, et le goulot d’étranglement entre Roubaix et Tourcoing disparaît. L’ensemble des travaux sur le pont se terminent ; il ne reste, après la pose des canalisations, qu’à mettre les deux chaussées en service.

Photo Delbecq
Photo Delbecq

A suivre…

Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix

Le Broutteux

C’est un café brasserie que tous les roubaisiens connaissent, à l’angle de la place de la Liberté et du Boulevard du général Leclerc.

Le Broutteux aujourd'hui Photo Site Le Broutteux
Le Broutteux aujourd’hui Photo Site Le Broutteux

Le broutteux est à l’origine un ouvrier tisserand qui fabrique à domicile des pièces de tissu sur son otil (métier à tisser). Il les livre ensuite aux manufactures du bourg roubaisien, au moyen d’une brouette, d’où son surnom. Le Broutteux est en quelque sorte le premier artisan producteur de tissu, bien avant qu’on ne parle des grandes usines monstres roubaisiennes.

Le café « Le Broutteux » a été créé en 1882 par Ph. Eyames. Cet estaminet convivial accueillait les ouvriers à la sortie des usines textiles toutes proches (Motte Bossut au Boulevard Gambetta ainsi que celles de la rue des Longues Haies). Les familles y venaient également consommer, lors de leurs emplettes dans le centre ville.

Façade du Broutteux ( côté place de la Liberté ) vers 1910
Façade du Broutteux ( côté place de la Liberté ) vers 1910 Coll Part

En 1908 le propriétaire Ed. Verhaeghe agrandit son café et y installe une scène pour accueillir des orchestres.

brt3

C’est la fête au Broutteux tous les samedis, dimanches et jours fériés. L’établissement devient alors un « Café Concert » Dans les années 1920, le propriétaire Victor Mulliez propose une animation différente chaque semaine, centrée autour d’un orchestre attitré, et d’un voisin, Jean Poulin, travesti en Charlot.par ailleurs commerçant du quartier.

brt4Coll Part

A la même époque, un espace est réservé dans le café à Henri Telliez, fabricant et réparateur de briquets, qui contribue à l’animation du commerce. Les affaires continuent à prospérer. Raoul Wattez rachète le commerce au début des années 1930 et poursuit la double activité qui a fait son succès ; café-concert le week end, et brasserie des familles en semaine. C’est, de tous, le propriétaire qui est resté le plus longtemps dans les lieux.

brt5Coll Part

Toujours soucieux d’animer son établissement, le Broutteux autorisait Georges et Denise Luthanie,  qui avaient un commerce de jouets Grande rue en 1951, à vendre quelques articles devant la façade du café, sur des panneaux pliants qu’ils transportaient sur une baladeuse.

brt6aLe couple Lituanie Coll Part

Au début des années 1970, crise oblige, le commerce tombe en décrépitude. Un homme d’affaires lillois, M. Clibouw, reprend le café, qui a perdu beaucoup de sa valeur, en 1975. Il va y effectuer des gros travaux de transformation pour redorer le blason de cette enseigne centenaire.

Le Broutteux au début des années 1970
Le Broutteux au début des années 1970

Le nouveau propriétaire va racheter un petit local situé juste à côté, au 65 Boulevard Gambetta pour l’agrandissement. Il va supprimer les fenêtres extérieures, pour les remplacer par des grandes baies vitrées, aménager le premier étage en salle accueillante de restauration de 120 places, avec des grandes fenêtres pour donner de la lumière à l’établissement. Le tout surmonté d’un bardage représentant un homme poussant une brouette. Les travaux d’aménagement seront réalisés par l’entreprise JC. Watterlot, de Lille.

Les travaux - Photo Lucien Delvarre
Les travaux – Photo Lucien Delvarre

Après deux ans de fermeture pour travaux, le Broutteux ouvre enfin en 1978 et va redémarrer superbement. De plus il profitera de la transformation du quartier en secteur piétonnier. Du choix, des prix . . . Plus de 30 bières pression ! La bouteille de champagne à 45,00 Frs, l’assiette anglaise à 10,00 Frs, des croques, des crèmes glacées . . . et l’animation musicale de fin de semaine est maintenue. Autre attrait du Broutteux, ses horaires d’ouverture : de 9h du matin à 1h du matin et jusque 2h du matin le week-end.

à gauche : Nord Eclair 1978, à droite, coll. particulière
à gauche : Nord Eclair 1978, à droite, coll. particulière

En 1984 Serge Fauvel, un ancien salarié du Broutteux depuis 1982, rachète le commerce et continue l’activité qui reste florissante. En 1997, il achète un petit local juste à côté, au 32 place de la Liberté, alors occupé par un dépositaire des laines « Berger du Nord » puis par une viennoiserie, et agrandit encore l’établissement. Cette petite surface de vente supplémentaire permettra, au rez de chaussée, de moderniser la cuisine et d’y vendre des pizzas et à l’étage d’agrandir encore la salle de restaurant. Le Broutteux accueille toujours ses clients dans une ambiance conviviale, et propose une cuisine traditionnelle avec des plats régionaux.

Photos du site « Le Broutteux » et collection particulière
Photos du site « Le Broutteux » et collection particulière

Avec près de 140 ans d’existence, le Broutteux s’affirme sans conteste comme l’un des grands cafés du centre de Roubaix. Et ce n’est pas terminé : Serge Fauvel laisse entendre qu’il pourrait bien encore agrandir son établissement en faisant l’acquisition d’un petit local Boulevard Leclerc, juste à côté, qui était il y a quelques années le « Palais de la Fortune » tenu par JL. Verhaeghe, et surtout des projets d’agencement magnifiques et importants pour l’intérieur de son café brasserie, en s’inspirant de ce qu’il a réalisé dans son autre établissement, « l’impératrice Eugénie ».

 

Les documents proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives municipales

 

 

La résidence du théâtre

Alors que l’Hippodrome théâtre, fermé depuis mai 1957, vit ses dernières heures, on évoque déjà un projet immobilier. Le 18 février 1963, l’architecte Guy Lapchin propose les premières esquisses d’un immeuble à quatorze étages aligné au boulevard Leclerc, avec une station service et un autre immeuble de dix étages aligné avec la rue Anseele, sans oublier un ensemble de parkings souterrains pour 70 véhicules. Le projet n’entraîne aucune observation municipale, et fait l’objet d’une transmission au directeur départemental de la construction avec avis favorable. Néanmoins, le projet ne peut être accepté que s’il est complété par l’accord des riverains, parmi lesquels le Crédit Municipal, sous forme de convention de voisinage. La relocalisation du Crédit Municipal étant envisagée, une convention est donc passée avec son vis à vis, c’est à dire la société Motte Porisse.

Les premières esquisses Doc AmRx
Les premières esquisses Doc AmRx

On sait que depuis février 1963 que la COMIF (société anonyme compagnie d’investissements fonciers 7 rue Drouot, Paris) a racheté l’Hippodrome théâtre et déposé un projet immobilier sur son emplacement. La société Le Capitole a été dissoute le 16 avril 1964. Le Capitole, ex Hippodrome théâtre, a été démoli en juillet 1964. Le projet immobilier est présenté le 9 novembre 1964 : un premier bâtiment parallèle à la rue Anseele, haut de 10 étages, de l’ancien emplacement de l’Hippodrome jusqu’à la rue Dupleix, avec la suppression du crédit municipal à condition qu’il soit relogé. Un second bâtiment s’articulant avec le premier, donne sur la rue du coq français et comporte 14 étages.

Le projet, plan masse doc AmRx
Le projet, plan masse doc AmRx

Le 27 novembre 1968 est déposée une demande d’autorisation de bâtir. Le 13 février 1969, intervient le rejet de la demande d’accord préalable, avec comme raisons invoquées, la hauteur des bâtiments et le coefficient d’occupation dépassé largement. Viendra s’y adjoindre le problème des alignements dans le triangle des rues du coq français, Vincent Auriol, et du boulevard Leclerc. Le 25 avril 1970, on pense à l’immeuble Flipo situé à l’angle de la Grand Rue et de la rue de l’Hommelet, récemment acquis par la ville, pour reloger le crédit municipal1. Bien que l’accord municipal ait été donné le 24 septembre 1970, le projet n’est pas mis en exécution. Cependant un permis de construire existe en date du 19 janvier 1971. On retrouve un projet de bâtiment collectif, avec 75 logements, des locaux commerciaux et un restaurant. Le 20 août 1971, il est procédé à l’examen du projet Résidence du théâtre. On note entre autres détails, que le restaurant peut accueillir 190 personnes, y compris le personnel. Puis le 10 septembre 1971, on annonce la démolition prochaine des bureaux de l’usine Motte Bossut, ce qui doit favoriser la réalisation du projet.

Les démolitions de 1971 Photo NE
Les démolitions de 1971 Photo NE

Mais c’est un nouveau refus du permis de bâtir le 27 juin 1973, avec les raisons suivantes : le bâtiment d’une hauteur de 50 mètres se trouve à 20 mètres de l’alignement opposé de la rue du coq français. Les alignements sont incorrects. Un nouveau projet est alors présenté, un bâtiment d’une hauteur de 48 à 50 m, avec 77 logements, et quatre étages pour bureaux. La commission de sécurité donne un avis favorable le 18 juillet 1973, sous réserve des prescriptions de sécurité pour ce type de bâtiment, notamment pour le danger d’incendie. Le permis de construire est finalement délivré le 27 décembre 1973. La SCIRT (société civile immobilière de Roubaix Tourcoing) qui est un organisme sous l’égide du CIL, va donc effectuer la construction de 77 logements collectifs, de bureaux et d’un restaurant, à Roubaix, boulevard du Général Leclerc. Cet ensemble s’appellera la Résidence du Théâtre. Les 3/4 de la superficie seront consacrés à l’habitation. Le chantier est officiellement ouvert le 20 décembre 1974, et la société Ferret Savinel assure les travaux.

La tour en 1975 Photo NE
La tour en 1975 Photo NE

Un article de presse de décembre 1975 annonce des appartements, des bureaux, des magasins. La livraison est prévue pour le 4ᵉ trimestre 1976. Mais les travaux seront achevés le 15 décembre 1977 et le certificat de conformité délivré le 28 décembre 1979.

à suivre

1Voir notre article sur le sujet sur la rue de l’Hommelet