Cette rue de Hem, longue de 1041 mètres, relie la rue Jean Jaurès à la rue Jules Guesde et figure sur les plans de la ville sous ce nom depuis les années 1920. Dans les années 1930, il ne s’agit encore que d’une rue bordée de champs des deux côtés.
La famille Masquelier y possède une ferme à la fin du 19 ème siècle qu’elle revend au début du 20 ème à Georges Paul Dufermont qui la cède à son fils Robert au mariage de celui-ci, en 1946. Robert exploite la ferme jusque dans les années 1970 avant de vendre les terres. Dans les années 80, il est encore domicilié au n°41 de la rue.
La rue des Trois Baudets en 1933 (Document IGN)
C’est encore le cas juste après guerre mais, dans les années 1950, la rue des Trois Baudets commence à accueillir des entreprises, la première, en 1953, étant celle de M. Labbé au n°19, répertoriée dans l’annuaire comme entreprise de radio, électricité industrielle. L’entreprise, également installée 40 rue Jean Jaurès à Croix, deviendra une « station service Philips » avant de rester classée dans la catégorie électricité générale jusqu’au milieu des années 1970.
Publicité des Ets Labbé des années 1950 à 1970 (Documents Ravet-Anceau, Historihem et Mémento Commerce Industrie Tourisme de Hem)
Lui succèdent dans les années 1980 la Plâtrerie Hémoise, spécialisée dans la plâtrerie, le cimentage, le carrelage, l’isolation et toutes transformations. Celle-ci cède la place dans les années 1990-2000 à Hem TV qui propose des dépannages Télé Hifi Vidéo. Puis l’entreprise ferme et le bâtiment subit de lourds travaux de rénovation pour devenir celui que l’on connait aujourd’hui.
Publicités de la Plâtrerie Hémoise dans les années 1980 (Documents Historihem et Nord-Eclair)Publicités Hem TV dans les années 1990 (Documents collection privée et guide pratique de Hem en 2000)Le bâtiment au début des années 2000 puis en 2008 et 2023 (Documents collection privée et Google Maps)
Dans les années 1950, on note de manière éphémère, l’apparition au n°104 d’un maraîcher : les sœurs Delberghe ainsi que d’un marchand forain de chaussures au n°42 : A. Vercort. A la fin de la décennie s’installe, au n°108, la boucherie hippophagique (chevaline) Th. Delattre et ce pendant une dizaine d’années. Aujourd’hui le bâtiment abrite une habitation.
Publicités Delattre et la maison en 2008 et 2023 (Documents Historihem et Google Maps)
Puis, au milieu des années 1960, s’installent trois nouvelles entreprises à savoir : Claude Brissart, Jacques Lainé et Jean et Pierre Deren. Le premier est imprimeur au n°21, avec un atelier à Lannoy, et demeure dans les lieux jusque dans les années 1980. Le second est réparateur de meubles et sera ensuite répertorié comme entrepreneur de menuiserie. En 1986, l’entreprise devient la SARL Entreprise Lainé.
Publicités Claude Brissart (Documents collection privée, Mémento CIT de Hem et Office Municipal d’Informations de Hem)Publicités Lainé des années 1960, 1970, 1980 et 2000 (Documents Nord-Eclair, collection privée, Office Municipal d’Information de Hem et guide pratique de Hem)Photos de 2008 et 2023 de l’entreprise Lainé (Documents Google Maps)
La troisième entreprise, Deren, est installée, en tant que commissionnaire en produits laitiers, au n° 88 de la rue. Sous forme de société anonyme elle commercialise, jusqu’au milieu des années 1980 : beurre, œufs, fromage et margarine, dont elle assure commission, représentation et importation. Depuis la fin des années 1980, l’ancienne entreprise Deren abrite dans ses locaux l’association cultuelle Lectorium Rosicrucianum.
En-tête de facture et publicités des années 1970 (Documents collection privée, Historihem et Mémento CIT de Hem)Photos du n°88 en 2008 et 2023 (Documents Google Maps)
Durant les années 1970, de nombreuses constructions de maisons changent l’aspect de la rue des Trois Baudets qui avait jusqu’alors conservé un caractère général très champêtre. A la fin de cette décennie, s’installe, au début de la rue, au n°11, une entreprise de couverture : Emile Dewailly-Despinoy, laquelle y demeure active durant une dizaine d’années. En 1979, se trouve également un autre artisan couvreur Eugène Dewailly dont un incendie ravage l’atelier, au n°2, lequel est complétement détruit ainsi que les matériaux de couverture qui s’y trouvent.
Photo aérienne de l’année 1976 (Document IGN)Publicité des années 1970 pour Dewailly-Despinoy (Documents Historihem, Nord-Eclair et Mémento CIT de Hem)L’incendie de 1979 au n°2 (Document Nord-Eclair)
C’est à partir de la décennie 1980 que la rue prend son aspect actuel avec la construction du tennis-club en 1985 et surtout du stade Hidalgo en 1988 (sur le sujet voir sur notre site un article intitulé : le complexe Michel Hidalgo). Dès lors l’ancienne petite rue champêtre devient une rue essentiellement résidentielle mais aussi le point d’entrée sur l’un des principaux ensembles sportifs de la ville.
La Ligue Protectrice des Animaux du Nord de la France a été fondée en 1912 pour venir en aide aux animaux errants. Le principal souci de la LPA est de créer un refuge pour recueillir tous ces animaux que la municipalité n’a plus la possibilité de ramasser et qui peuvent représenter un danger pour le public et en particulier les enfants. L’obstacle essentiel pour fonder un refuge est d’abord de trouver un endroit ( loin des habitations pour éviter les nuisances sonores des animaux ) et ensuite bien sûr de trouver le financement. En 1955, la presse locale se fait écho de Pierre Lenglent président de la LPA qui lance un appel pour la création d’un refuge sur Roubaix.
document archives municipales 1955
A la fin des années 50, la LPA ne possède qu’un modeste local composé de deux pièces et situé dans l’enceinte de l’abattoir de Roubaix, puis ensuite dans les bâtiments désaffectés du dépôt de tramways, rue de Mascara près du Laboureur. C’est mieux, mais encore insuffisant et surtout précaire.
document archives municipales 1962
Au début des années 1960, la LPA est toujours à la recherche d’un local pour la création d’un refuge à Roubaix. En 1963 un permis de construire est déposé pour la construction d’une fourrière municipale quai de Gand à Roubaix.
En 1965, la LPA ouvre enfin son local au 6 quai de Gand, à l’angle de la rue Turgot. C’est un bâtiment d’apparence simple, mais pourtant moderne. On y trouve 26 boxes pour accueillir les chiens. Derrière ces cellules, un espace permet aux animaux de se dégourdir les pattes. Au bout du hall, une chatière est prévue pour recevoir les chats qui trouvent à la fois, le gîte et le couvert. Un bureau est à la disposition de la directrice, une infirmerie est dirigée par un vétérinaire.
document Nord Eclair 1966
La première année est encourageante. Plus de 300 chiens et à peu près autant de chats sont accueillis par le refuge du quai de Gand. On songe sérieusement à agrandir par la construction d’autres cellules sur un terrain contigu. Ce refuge sert également la commune de Tourcoing, car le refuge situé à la ferme de la Bourgogne est désormais fermé. En 1966, la LPA est reconnue d’utilité publique, par décret ministériel.
document Nord Eclair
La LPA du Nord de la France gère 3 refuges : Lille, Calais et Roubaix. Elle a pour but de secourir les animaux abandonnés ou perdus, et vient en aide aux animaux blessés sur la voie publique. Elle permet à l’animal perdu de retrouver son maître et replace l’abandonné grâce à des contrats d’adoption. La LPA lutte contre la prolifération par l’euthanasie indolore et gratuite des chiots et des chatons.
document Nord Eclair
Dans les années 1990, l’activité de la LPA se développe malheureusement à cause des abandons qui arrivent régulièrement. Comme ce Rotweiler ( photo ci-dessous ) retrouvé attaché à un poteau jouxtant le bâtiment : l’animal présente des signes de mauvais traitement, il est maigre et visiblement, a été éduqué pour combattre. Pour Mr Packet, le président de la LPA ce lâche abandon met une fois de plus en évidence, l’importance des services que la Ligue rend aux communes de Roubaix et Tourcoing.
document Nord Eclair
En 1999, le président de la LPA est inquiet pour l’avenir. En effet, le refuge se trouve sur le quai de Gand : voie qui va être élargie au début des années 2000, dans le cadre du prolongement de la voie urbaine. Les travaux vont ils entraîner une destruction d’une partie du bâtiment ? Le président estime qu’il incombe aux municipalités de se préoccuper de l’avenir du refuge.
document Nord Eclair
René Vandierendonck, maire de Roubaix propose un terrain rue Kellerman avec construction d’un bâtiment neuf aux normes en vigueur. Mais ; problème ! le local serait à moins de 100 mètres des habitations et donc non conforme car il y a risque de nuisances sonores. Le dossier est alors transmis à la préfecture. Hé oui, tout le monde aime les animaux, mais personne n’en veut près de chez soi, surtout s’ils font du bruit !
document Nord Eclair
La canicule d’Août 2003 n’arrange pas les choses pour nos amis à 4 pattes. Les cellules sous les tôles ondulées se transforment en véritable fournaise. Pour lutter contre la déshydratation des animaux, un seul remède : arroser les locaux au tuyau d’arrosage, deux fois par jour.
document Nord Eclair 2003
Comme chaque année, la LPA organise une opération Portes Ouvertes. Ce rendez vous est important car il permet d’avoir deux fois plus de fréquentation qu’un jour normal. En 2003, entre 120 et 150 chiens et chats vivent au refuge. Les candidats à l’adoption sont nombreux lors de cette journée. L’achat d’un animal coûte 126 €, vacciné et tatoué. La directrice Jennifer Dubrulle se méfie des « coups de coeur ». L’adoption n’est pas un caprice, il faut choisir l’animal qui convient au mode de vie et bien y réfléchir, et il est toujours possible de ramener l’animal au refuge, sous 10 jours s’il ne s’acclimate pas dans le nouveau foyer.
document Nord Eclair 2003
Le refuge du quai de Gand accueille les chiens et chats de 76 communes de la métropole. Depuis des années, il est question de déménager, mais cela n’intéresse plus grand monde. Les locaux se dégradent et Claude Hisette le vice président de la LPA hésite à effectuer les travaux de rénovation nécessaires, persuadé que la LPA va quitter les locaux du refuge qui datent de 1965.
document Nord Eclair 2003
La LPA a besoin d’argent pour financer les remises en état des boxes, que tout un chacun peut parrainer en donnant 80 €. Les 120 chiens qui vivent au refuge en 2003, où ils attendent un maître, ne disent pas non à un peu plus de confort.
Deux rivières traversent la ville de Hem: la Marque, qui matérialise la frontière entre les communes d’Hem et Villeneuve d’Ascq, et la Petite Marque qui rejoint la première, 100m en amont de la RD 700, après avoir traversé en zig-zag la campagne de Hem à Forest/Marque.
Au fil de l’histoire, sur Villeneuve et Forest le paysage reste assez agreste et boisé mais les premières usines apparaissent en bord de rivière et se font plus nombreuses sur Hem où la Marque devient vite urbanisée à compter du 19ème siècle.
Extrait de plan de Cassini reprenant la commune de Hem (Document Historihem)
Si, au Moyen-Age, la rivière dépose des alluvions fertilisantes, par la suite le rouissage du lin et du chanvre s’effectue sur les rives. Il consiste à faire macérer ces plantes textiles afin d’en isoler les fibres utilisables. Il pollue et empeste le voisinage, brûlant la végétation et abimant les sols. Pourtant il persiste à Hem malgré les interdictions et plusieurs parties des anciens lits conservent encore des eaux qui communiquent à ladite rivière.
Exemples de rouissoirs en croquis et en photo (Document ville-aubazine)
Par ailleurs, un siècle plus tard plusieurs particuliers y font rouir en tous temps lins et chanvres ainsi que dans les canaux ou rigoles sans faire des digues pour empêcher la communication, ce qui infecte les eaux et cause un préjudice considérable aux riverains surtout pendant l’été. En effet, l’activité textile apporte une ressource appréciable aux paysans dans la vallée de la Marque et des tisserands à l’otil se lancent dans la confection d’étoffes pour les fabriques de Roubaix.
Les tisserands paysans étaient ainsi dénommés parce que, à l’origine, ils travaillaient avec leur famille à des activités textiles pendant les temps morts des activités agraires. La salle de travail qui abritait le métier à tisser était une pièce bien éclairée (elle comportait 2 fenêtres) et nécessitait une certaine humidité pour éviter que les fils ne se rompent trop fréquemment. Cette salle en terre battue, recouverte de sable, était souvent en contrebas. La maison se composait de 4 pièces : l’ouvroir, la cuisine et deux chambres et s’agrémentait d’un jardin potager.
Exemples de maison à l’otil (Documents Historihem)
Toute la famille y était employée pour produire une toile par semaine. La pièce tissée était conduite en brouette à Roubaix (d’où le terme de « Broutteux ») par les sentiers dont principalement celui qui deviendra le Boulevard Clémenceau. Cette pratique ne va disparaître que progressivement : à Hem, le dernier tisserand à l’otil est Louis Lenfant, installé rue du Calvaire, mort en 1923.
Exemples de métiers à tisser dans les maisons à l’otil (Documents Musée de Tournai)Les brouettes vers Roubaix (Document Au temps d’Hem)
Au début du 19ème siècle, c’est l’époque des moulins à vent et à eau : Louis Dufermont, meunier possède l’un des cinq moulins à vent de Hem. Un moulin à eau fournit de l’énergie au moulin à farine. Il sert à moudre le grain lorsque le vent se fait rare. La meunerie est située 15-17, rue de Lannoy, le moulin étant sur la berge hémoise.
Cadastre de 1824 avec le positionnement du moulin de Louis Dufermont, meunier (Document Historihem)
En 1867, son descendant, Jules Dufermont, cultivateur et meunier à l’Hempempont, sollicite l’autorisation de se servir des eaux de la rivière pour alimenter une machine à vapeur qu’il se propose d’établir près de son moulin . Mais aucun arrêté n’est alors nécessaire pour obtenir une prise d’eau industrielle et les minoteries remplacent peu à peu les moulins à eau, les riverains jouissant et usant de l’eau à titre gratuit hors partie canalisée de la rivière.
Plan du site Dufermont en 1892 (Document Historihem)
La meunerie (fabricant de farine à destination de la consommation humaine uniquement) utilise encore le courant de la Marque dans son moulin à eau pour lui fournir son énergie jusqu’à la fin de la 1ère guerre. La meunerie a donc une petite déviation sur la Marque coupée par des vannes et pour les actionner on construit une petite passerelle très étroite et privée.
La minoterie Dufermont (Documents collection privée)
La minoterie Dufermont ou Minoterie Moderne (fabricant de farine à destination de la consommation humaine et/ou de l’aliment pour le bétail) a sa propre marque de farine à base de fleur de froment de qualité supérieure extra qu’elle conditionne en sacs de jute personnalisés : La Souveraine et dont elle fait des publicités couleur alléchantes.
La Souveraine : sac de jute et publicité (Documents collection privée)
La meunerie boulangerie de l’Hempempont publicité et tarifs (Documents Historihem)
Presqu’en face, comme on le distingue sur cette carte postale, dans le fond, durant la deuxième moitié du 19ème siècle, s’installe une fabrique de pannes et carreaux de ciment Jean Agache à l’Hempempont. Puis Henri Dujardin et fils prendront la succession de Jean Agache dans l’usine à vapeur de l’Hempempont. Partiellement détruite elle sera ensuite transformée en beurrerie industrielle : Beurreries du Nord, puis abritera une entreprise de salaison et conserverie : Carnifex, avant d’héberger un hara.
Publicité Lampe-Agache, en-tête d’enveloppe de Dujardin et fils, CPA Beurreries du Nord et publcité Carnifex (Documents collection privée)
Juste à côté précisément à partir du pont de Hempempont une ligne de teintureries s’implante le long de la Marque qui fournit l’eau et permet également les rejets polluants. C’est d’ailleurs la raison du choix de nombre de fondateurs de teintureries qui privilégient la ville de Hem aux dépens de celle de Roubaix, laquelle ne peut répondre aux besoins en eau de ces entreprises. Toutes ces teintureries sont tellement gourmandes en eau que l’eau de la Marque ne va bien vite plus suffire et qu’il va falloir utiliser des forages atteignant une centaine de mètres de profondeur.
Ainsi on trouve juste face au pont dès la seconde moitié du dix-neuvième siècle la teinturerie Declercq. A cette époque les eaux de la teinturerie se déversent journellement dans la Marque « sans avoir été traitées au lait de chaux ni décantées » et les eaux restent noires et infectes. Elles stagnent et des détritus de toutes sortes y surnagent. Le voisinage se plaint d’autant qu’il émane de la rivière des odeurs nauséabondes, et le danger représenté pour la santé publique est pointé du doigt. Cette prise de conscience va entraîner par la suite l’installation de bassins de décantation.
L’usine Declercq 185, rue de Lille à Hem avec sa cheminée toujours présente de nos jours (Document collection privée)
Dans les années 1970, l’entreprise devient la Société Nouvelle Declercq Frères et pratique uniquement l’apprêt de tissus de laine mixte ou imitation ainsi que divers traitements comme le calandrage, le tondage et le rasage des tissus. Juste à la veille du vingt et unième siècle l’usine va fermer ses portes et sera rasée en 2015 pour laisser place à une zone d’activité commerciale et à quelques petites résidences d’appartements.
Photos aériennes de 2009, 2018 et 2022 (Documents Google Maps)
Sa voisine à l’extrémité impaire de la rue de Lille est alors la teinturerie d’Oscar Flament puis teinturerie Flament, spécialisée par la suite dans le battage et la rénovation des tapis sous l’enseigne RenovTapis. Pour être complet il faut aussi citer à l’extrémité paire de la rue de Lille la teinturerie Cocheteux les fils de Donatien.
Plus loin dans la rue de Lille (actuelle rue du Général Leclerc) s’installent côte à côte, à peu près à la même époque, deux teintureries à l’emplacement actuel du supermarché et de la zone d’activité. Il s’agit de l’usine de teinturerie et blanchiment fondée par Antoine Mulaton, qui deviendra en 1912 Meillassoux et Mulaton, et de sa voisine fondée par Firmin Gabert.
les usines Meillassoux et Mulaton et Gabert en 1947 (Document IGN)
C’est à partir de 1870 qu’apparaissent les colorants chimiques qui donnent une quantité de nouvelles possibilités en remplaçant les produits d’origine végétale ou animale. C’est Frédéric Tellier, fabricant de produits chimiques à Hem, qui approvisionne les 2 teinturiers locaux. Le résultat ne se fait pas attendre.
Le témoignage d’un vétérinaire de l’époque est édifiant: « ayant l’occasion de faire clientèle tous les jours notamment à Hem, j’ai constaté souvent et surtout dans les moments de fabrication (féculerie, teinturerie) l’état stagnant des eaux, détritus de toutes sortes qui y surnagent et odeurs nauséabondes qui en émanent. Le voisinage d’un pareil foyer d’infection est un véritable danger pour la santé publique. Plusieurs bêtes sont mortes suite à l’ingestion d’eaux contaminées. »
La pollution de la Marque (Document Au temps d’Hem)
A suivre…
Remerciements à l’association Historihem, à la Ville de Hem, ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Tell et Chantal Guillaume pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem et enfin à Paul Delsalle pour son ouvrage sur l’ Histoire de la Vallée de la Marque.
« Les Amis de Roubaix » est une association à but non lucratif, créée au début des années 1920. Le siège se trouve au 12 rue du Château. Paul Michaux en est le président, Georges Motte le président d’honneur et Henri Vandaele-Hus le secrétaire administratif. Ce dernier est également responsable du journal : « Le Progrès du Nord » au 28 rue Daubenton.
Paul Michaux ( document Nord Eclair )
Les Amis de Roubaix créent le « Syndicat d’Initiative » en 1930, dont le but est de regrouper tous les roubaisiens qui s’intéressent au développement, à la prospérité et à l’embellissement de la ville et d’envisager la création de fêtes locales, favoriser les expositions, réunions artistiques ou horticoles et inciter les voyageurs de passage à rester quelques heures pour visiter notre ville industrielle. Pour ce faire, une première brochure d’accueil est créée en 1930.
La deuxième édition de 1931 ( document collection privée )
Après la seconde guerre mondiale, l’activité reprend. Au début des années 1950, Robert Vandecrux, directeur d’un commerce de produits chimiques rue Brame, devient le nouveau président des Amis de Roubaix. Aidé par le Conseil d’administration, il envisage la construction d’un local pour le Syndicat d’initiative de Roubaix, sur le Boulevard Leclerc, juste en face du café « Au Broutteux ».
L’aubette est inaugurée en Octobre 1954 par Victor Provo député-maire, le Conseil Municipal et différentes personnalités. Le but de ce Pavillon est d’accueillir et de proposer à tous les roubaisiens et visiteurs les renseignements qu’ils pourront désirer, et les inciter à découvrir et apprécier les monuments de notre ville : le majestueux hôtel de ville, la richesse de l’ENSAIT, le magnifique parc de Barbieux, le parc des sports, les coquettes maisons des CIL et aussi le bijou gothique qu’est l’église Saint Martin.
C’est en fin d’année 1954, que les membres des Amis de Roubaix éditent un bulletin trimestriel pour informer les roubaisiens de toutes les actions positives de leur Syndicat d’Initiative.
En 1960, une sympathique réception a lieu au pavillon du syndicat d’initiative, afin de remercier Mr Boons qui a assuré une permanence efficace par sa présence et son accueil du public, pendant ces cinq années, et pour nommer son successeur Léon Droulez.
document archives municipalesLéon Droulez ( document Nord Eclair )
C’est en cette même année 1960, que le syndicat d’Initiative crée un dépliant touristique pour démontrer aux touristes que la ville mérite d’être visitée, afin de découvrir le passé historique, le patrimoine riche en architecture, le folklore ou les spécialités culinaires. Le texte de ce dépliant est clair et précis, illustré avec de belles photos suggestives prises par les photographes du studio Shettle. Un plan de la ville est disponible à l’intérieur ainsi que de nombreuses publicités de commerçants et d’entreprises de la ville qui permettent de financer le coût d’un tirage à plusieurs milliers d’exemplaires.
Dépliant 1960 ( document Nord Eclair )
Un bilan positif est fait lors de l’Assemblée Générale de Mars 1964. Tous les efforts du Syndicat d’Initiative ont porté leurs fruits : sur toute l’année 1963 écoulée, on dénombre 12.000 visiteurs, 2.500 appels téléphoniques et 30.000 brochures et dépliants ont été distribués. Dans les années 1960, le pavillon comprend deux parties séparées. Les deux tiers sont réservés aux Amis de Roubaix qui accueillent des visiteurs pour le Syndicat d’Initiative, le tiers restant est occupé par un commerçant locataire. On se souvient d’une fleuriste Mme Ouda, et surtout ensuite par un vendeur de journaux et magazines.
fleuriste 1962 ( document Nord Eclair )Le pavillon du SI 1962 ( document bnr )Le pavillon 1967 ( document archives municipales )
Robert Vandecrux recrute en 1966 Mme Leduc, une nouvelle jeune hôtesse au sourire aimable et aux gestes prévenants. C’est une petite révolution au syndicat d’Initiative, car jusqu’à présent l’accueil des visiteurs était assuré par des retraités plutôt âgés !
Mme Leduc 1966 ( document Nord Eclair )
En Janvier 1968 le président Robert Vandecrux et d’autres membres très âgés prennent leur retraite, Une bonne partie du comité est remplacée. Gérard Delescluse devient président. Ce rajeunissement est nécessaire, car il faut activement préparer l’année 1969 et les manifestations programmées pour le 5° centenaire de la Charte des Drapiers.
Gérard Delescluse ( document Nord Eclair )Le syndicat d’initiative dessiné par Abel Leblanc 1969 ( document collection privée )
Karl Choquet et son épouse Berthe, née Legrand, créent leur commerce d’imprimerie-papeterie, à Saint Amand les Eaux, en 1895. Karl décède malheureusement très rapidement, Berthe continue seule l’activité, et ce pendant plusieurs années. Gaston Choquet, leur fils apprend le métier et vient aider sa mère à la tenue de ce petit commerce. Avec son épouse Germaine, il développe fortement l’activité. Ambitieux il souhaite alors s’installer dans une grande ville, pour développer davantage son affaire. Il pense s’installer à Lille, mais sans succès et se décide de reprendre un commerce situé au 9 rue du Moulin à Roubaix, en 1957. Ce local a toujours été occupé par une librairie papeterie imprimerie ; dans les années 1900 par A. Chevalier, dans les années 1910 par Mme Verbaere, dans les années 1920 par Mme Leroy Deldique, dans les années 1930-40 par Alfred Hibon et dans les années 1950 par J Ferla.
La façade du 9 rue du Moulin ( document collection privée )document collection privéedocument collection privée
Gaston délaisse l’activité de libraire-papetier pour se consacrer à son métier d’imprimeur. C’est en effet l’époque où l’on imprime les cartes de visite, papiers à en tête, images de communions, faire-part de mariage etc. Les affaires de Gaston, en ce début des années 1960 sont exceptionnelles. La qualité de son travail est irréprochable, les clients sont nombreux, non seulement les gens du quartier, les grandes familles roubaisiennes du textile mais également le personnel de l’usine voisine Motte Porisse, où les salariées déposent les commandes le matin avant le travail et reprennent les travaux finis le soir avant de reprendre le car pour rentrer chez elles dans la région minière.
Publicité 1962 ( document Nord Eclair )
Rapidement les locaux du commerce du 9 rue du Moulin s’avèrent trop exigus. Gaston songe sérieusement à s’agrandir pour faire face au développement. L’occasion se présente lorsque le local du 16 ter boulevard de Paris se libère. C’était, dans les années 1950, l’agence immobilière Quéraud Ponteville. Gaston signe le bail, installe son imprimerie à cet endroit en 1966 mais garde le local de la rue Jean Moulin ( qui vient de changer de nom cette année ) pour son commerce de papeterie.
Plan cadastralPublicité 1966 ( document Nord Eclair )
En 1970, Gaston et Germaine abandonnent le commerce de la rue Jean Moulin pour se consacrer exclusivement à l’imprimerie dans leur local du boulevard de Paris de 83 m2. Dans les années 1980, Christine et Eric, les deux enfants, viennent aider leurs parents à la gestion de l’entreprise.
Au milieu des années 1990, les premières difficultés apparaissent ; L’arrivée d’Internet dans les entreprises puis dans les foyers, perturbe complètement l’activité. L’imprimerie au début du siècle était indispensable, voire même de première nécessité, ce n’est alors plus le cas. Gaston doit réagir car l’imprimerie est passée en peu de temps du plomb au numérique. Les travaux de cartes de visite, de faire-part de naissance, de mariage diminuent de plus en plus. La situation de l’entreprise devient délicate.
document famille Choquet
En 2003, Emilie Choquet, le fille de Christine et donc la petite fille de Gaston arrive dans l’entreprise en situation très délicate pour tenter de la sauver. Avec beaucoup d’idées et de courage, Emilie Choquet prend les bonnes décisions, elle met fin aux ancestraux travaux d’imprimerie, écoute les demandes des clients et change complètement de méthode, entamant un revirement sans précédent pour rendre l’imprimerie attractive.
document famille Choquet
Le 16 Avril 2009 Emilie reprend l’affaire. Elle gère seule, le commerce.
« Ceux qui me sollicitent, accordent une importance toute particulière au contact humain et à la proximité que nous pouvons avoir, explique-t-elle dans la presse locale. C’est aussi important pour moi, de fournir un travail fait sur-mesure qui correspond pleinement aux attentes de chaque client. »
En 2020, quand l’entreprise doit fermer pour cause de confinement durant la crise sanitaire, Emilie en profite pour créer son site Internet afin de se diversifier et de drainer une nouvelle clientèle. Pour faire face à l’évolution de son commerce, Emilie décide d’effectuer des gros travaux de rénovation ( fenêtres, façade etc ) mais également de louer une partie de son local à une agence immobilière ainsi que deux autres locaux à l’arrière, rue des Loups.
En 2025 l’imprimerie Choquet fête son 130° anniversaire. L’entreprise a dû s’adapter à son époque et aux évolutions liées à Internet, notamment.
Emilie Choquet ( document Voix du Nord )La façade en 2025 ( document Voix du Nord )
Aujourd’hui, l’imprimerie Choquet offre un service clientèle au top ( accueil, photocopies, tampons encreurs, cartes de visite, flyers, affiches, faire-part de mariage…). Elle continue aussi à imprimer en grande quantité mais ce n’est plus qu’une petite partie de l’activité. Conseils et rapidité, c’est encore le credo de cette maison ancestrale. Un exemple de petit commerce de proximité qui tient le coup, vaille que vaille.
document famille Choquet
Remerciements à Emilie et Christine Choquet ainsi qu’aux archives municipales.
En Novembre 1991, la presse locale annonce l’arrivée à Hem, en décembre, de l’entreprise Nord-Climatisation dans la zone d’activité du Rivage, située à l’ouest de la ville, en face de la mairie. Cette société louait jusqu’alors des bâtiments à Tourcoing et a décidé de s’installer sur les lots 2 et 3 de la ZAC, sur 3200 mètres carrés dont 600 mètres carrés de bâtiments, avec ouverture prévue en juin 1992.
Extrait du Ravet-Anceau de 1968 (Document Ravet-Anceau)
C’est Jacques Bayart qui a fondé l’entreprise en 1966, au 161 de la Chaussée Gramme (également appelée Boulevard Industriel), à Tourcoing. A l’époque c’est un pari audacieux car la climatisation en est encore à ses débuts. En effet, suite à l’invention du réfrigérateur au 19ème siècle, c’est un américain, Willis Haviland Carrier, qui est à l’origine, au tout début du 20ème siècle, du premier climatiseur.
Les anciens locaux Tourquennois en 2023 (Document Google Maps)
Il faut dire que Jacques Bayart était un visionnaire, et avant-gardiste puisqu’il avait déjà vingt ans plus tôt, en 1946, dans une région Nord qui, en cette période d’après-guerre, se chauffait encore au charbon, créé sa société de distribution de chauffage au fioul et au gaz, avant d’oser encore et toujours plus…
L’idée, au départ était de diversifier son activité et surtout d’avoir du travail l’été. En effet, son travail de chauffagiste les contraignait, son équipe et lui, au chômage technique à la saison chaude. C’est ainsi qu’il est convaincu de se lancer dans la nouvelle aventure de la climatisation, pari risqué mais qui s’avère attirer finalement rapidement une clientèle de professionnels particulièrement ceux qui commencent à posséder du matériel informatique et ont besoin de refroidir leurs locaux techniques.
A la foire de Lille en 1968, le stand de la société remporte un vif succès, grâce à son slogan : température constante (fraîcheur l’été et chaleur l’hiver) et air purifié. Mr Benoit, promoteur de l’entreprise, y présente toute la gamme des climatiseurs Technobel ainsi que les radiateurs électriques Radial. Etudes et devis précis y sont fournis en vue d’une installation de climatisation totale ou partielle.
Stand de la foire de Lille en 1968 (Document Nord-Eclair)
Emmanuel Bayart succède à son père dans les années 1980, alors que le secteur commercial se montrait à son tour friand de frais. Les magasins de textile et autres points de vente doivent alors eux aussi être climatisés pour supporter l’éclairage qui surchauffe les pièces. Le développement de l’entreprise se poursuit durant la décennie suivante alors que la climatisation se généralise dans les bureaux.
plan de situation de la zone d’activité du Rivage (Document Ville de Hem)
L’entreprise pose également du matériel de chauffage dans des entreprises et des magasins et, dans ce début des années 1990, elle emploie 20 personnes et exporte désormais au Cameroun et au Togo. La mairie de Hem se félicite de l’arrivée de ce nouvel acteur économique qui emploiera 22 personnes lors de son installation rendue possible par une action conjointe des services économiques de la municipalité et du SIAR (Syndicat Intercommunal de l’Agglomération Roubaisienne).
Pose de la première pierre avec Mme Massart maire de la ville en décembre 1992 (Document Nord-Eclair)
Son PDG espère alors continuer à se développer, le déménagement représentant un nouvel élan pour l’entreprise et le terrain choisi permettant des perspectives d’agrandissement. Nord-Climatisation est la première à s’installer dans la zone en Mai 1992 mais d’autres sont attendues et le SIAR (dont c’est le premier dossier à Hem) souligne que la zone d’activité « Le Rivage » est donc un bel exemple économique d’une friche industrielle.
Le discours de Mme Massart maire de Hem et une vue de l’entreprise Publicité de la nouvelle entreprise (Documents Nord-Eclair)
Emmanuel Bayart explique le déménagement de l’entreprise par le fait que Tourcoing était trop excentré par rapport à Lille mais aussi trop petit depuis le doublement du personnel. Par ailleurs il cherchait un environnement approprié car « pour bien travailler il faut être cool » : à Hem il y a de l’espace, des plantes un peu partout, des baies vitrées, un micro-ondes dans la cuisine…L’ambiance souhaitée c’est « travailler un peu à la japonaise, faire des prix mais avec la qualité ».
Emmanuel Bayart explique sa conception du travail et de l’environnement (Document Nord-Eclair)
La société explique alors dans sa publicité avoir travaillé pour les fourrures Kretzschmar-Jean Pierre Cortier à Lille ; il fallait procurer une température agréable en tenant compte d’impératifs différents selon les étages : un air plus chaud en bas et plus froid en haut, et ce en tenant compte des contraintes du bâtiment dont on ne peut modifier ni la structure ni la décoration. De petits climatiseurs sont donc encastrés dans les plafonds chaque zone étant ainsi autonome et pouvant régler son niveau de température par télécommande à infra-rouge.
Publicité pour l’installation réalisée chez Kretzschmar en 1992 (Document Nord-Eclair)
Aline Plateaux est née à Roubaix, en 1867. Elle crée son magasin de rideaux, au 12 14 contour saint Martin, à Roubaix à la fin du 19ème siècle. L’emplacement est idéal, en plein centre ville, derrière l’église Saint Martin, et à l’angle de la rue du Curé.
Plan cadastral
Pour la tenue de son commerce, Aline est aidée par sa sœur, Berthe, née en 1870. Toutes deux habitent au 71 rue de Valmy à Roubaix. Le magasin, qui porte l’enseigne « Au Louvre », a une surface de vente de 70 m2, ce qui permet aux deux sœurs de proposer une gamme complète de rideaux, stores, et dentelles mais également du linge de maison, linge de table, serviettes de toilette, draps et taies d’oreillers.
Papier en tête 1922 ( document collection privée )Aline Plateaux devant le magasin en 1925 ( document famille Willem )
Au décès d’Aline, Berthe Plateaux continue l’activité du magasin avec son mari Edmond Willem, né en 1869. Le magasin prend alors l’enseigne Willem-Plateaux.
document collection privée
Tous les ans, se déroule la braderie du centre ville. C’est l’occasion pour tous les commerçants de vendre des fins de série à des prix très intéressants.
document collection privée
Edmond et Berthe ont eu 3 enfants : Maurice né en 1901, Marie-Thérèse en 1904 et André né en 1906. Au décès d’Edmond en 1906, Berthe continue seule l’activité. Ses deux fils, Maurice et André, reprennent l’affaire en 1930.
En 1955, le magasin Willem-Plateaux fête ses 70 ans, l’occasion pour les deux frères Maurice et André de proposer la marque de voile Rhodia à la clientèle.
Publicités Nord Eclair 1955
A la fin des années 1950, le magasin propose à la vente des couvertures, couvre-pieds et toute une gamme de cadeaux : nappes, mouchoirs, napperons. Les deux frères sont toujours passionnés par leur commerce. Ils découvrent en 1964 la nouvelle gamme des rideaux Rhovyl Double Soleil, en Prêt a poser, garantis 7 ans. Ils référencent ce fournisseur et communiquent par de la publicité dans la presse locale.
Publicité Nord EclairPublicité Nord Eclair
La notoriété du commerce est remarquable. L’entreprise Masurel de la rue Pellart fait toujours appel à des fournisseurs locaux pour offrir au personnel, des cadeaux de fin d’année. Dans les années 1960, le commerce Willem- Plateaux est souvent choisi pour l’achat de couvertures en grosse quantité pour l’ensemble des salariés, et c’est bien souvent Bernadette, le fille de Maurice qui effectue les livraisons avec la 203 Peugeot du « paternel ».
Maurice Willem ( document famille Willem )
Maurice Willem décède en 1971, André continue seul l’activité. En 1972, il décide de faire rénover sa façade. Il demande à son fils, Claude Willem, qui est architecte au 67 rue Nain, de diriger les travaux. Il fait déposer le marbre vétuste pour lui substituer des plaques en pierre blanche, ainsi que remplacer la porte d’entrée et y poser un rideau métallique.
document archives municipales
André, dans les années 1980, est toujours à son poste. Il n’a pas de calculette car il fait ses comptes manuellement avec son crayon de bois. Pour mesurer les tissus, il utilise sa vielle règle en bois avec des bouts cuivrés de chaque côté. Sa fille, Marie France, confectionne les rideaux, fait parfois les retouches nécessaires avec sa machine à coudre dans l’arrière boutique, et, quand elle est absente, c’est lui qui effectue ce travail. Le magasin est certes un peu vieillot mais accueillant : de vielles lampes torsadées l’éclairent et la caisse est d’une autre époque, peut-être même centenaire.
André Willem en 1993 ( document famille Willem )
Au début de l’année 1993, André songe sérieusement à prendre sa retraite, à 87 ans, après 63 années sereines de présence dans le magasin. Il garde de très bons souvenirs de toute sa carrière. Le 31 Mars 1993, c’est la fermeture définitive du magasin. André baisse le « rideau » de fer de son point de vente. Il restait le seul à Roubaix à vendre des rideaux, ses confrères ayant également fermé leurs commerces : Landauer rue du Vieil Abreuvoir, Au Décor rue de Lannoy, la Maison du Rideau boulevard de Fourmies, Votre Maison Grande Rue, Ridex rue de l’Epeule, et bien d’autres. Les fidèles clientes sont désolées et désorientées ; où vont-elles aller maintenant pour s’approvisionner ?
la façade Contour Saint-Martin (document archives municipales)
Le bâtiment reste ensuite inoccupé durant quelques années. Aujourd’hui c’est un salon de coiffure qui y est implanté, à l’enseigne « Shemsy ».
Photo BT
Remerciements à Catherine, Bernadette et Marie-France Willem, ainsi qu’aux archives municipales.
Au début des années 1900, Léonie Bohin vend du tissu sur les marchés de Roubaix Tourcoing. Elle s’approvisionne dans les grandes entreprises textiles toutes proches pour vendre ses étoffes au détail aux habitants de la ville. Elle se déplace en tramway et à pied avec son balluchon.
Léonie Bohin ( document Nord Eclair )
Ses affaires se développent, elle peut alors acquérir une baladeuse à bras pour y transporter ses tissus. Son chien l’aidera par la suite à tirer sa charrette. Après la grande guerre, les affaires reprennent. Le mari de Léonie fait alors l’acquisition dans les années 1920, d’un véhicule automobile d’occasion pour remplacer la charrette et pour effectuer les déplacements nécessaires à l’activité. La crise de 1929 entraîne des difficultés jusque dans les années 1930. Les ventes progressent difficilement sur les marchés, mais la famille Bohin tient bon jusqu’à la fin de la seconde guerre.
Léonie a deux fils : Louis né en 1904 et Jean né en 1907 à Tourcoing. En 1946, Léonie et ses deux fils, décident d’ouvrir un fonds de commerce. Ils reprennent un petit local, au 104 de l’avenue de la Gare ( avenue Jean Lebas aujourd’hui ) c’était auparavant le siège de l’entreprise Georges Truffaut.
le 104 de nos jours ( Photo BT )
La rue de la Gare est un endroit idéal pour la création de leur point de vente, car cette rue est souvent appelée le Boulevard des Drapiers. En effet, de très nombreux commerces en tissus, petits et grands ont pignon sur rue, dans tout ce quartier de la Gare.
Avec ce tout petit local, ils peuvent alors vendre leurs tissus, à la fois aux grossistes mais également aux particuliers. Les affaires se développent fortement à la fin des années 1940. En 1952, les deux frères reprennent l’estaminet voisin de L. Zennevort au N° 102, puis, en 1953, absorbent le pas-de-porte du N°100 qui était occupé par l’entreprise Berlitz. Le commerce Bohin s’étale alors du 100 au 104.
document Ravet Anceau 1955
Quelques temps après, ils reprennent le N° 106 de l’avenue Jean Lebas, à l’angle de la rue de Blanchemaille, c’était auparavant, le commerce d’un de leur confrère : les tissus des Ets G. Dufermont.
le 106 ( document archives municipales )document Nord Eclair
De ces reprises successives la maison Bohin garde un cachet inédit. La surface de vente s’étale désormais sur 231 m2. C’est une enfilade de recoins, de petites pièces encombrées de cotonnades et de draperies les plus diverses.
Le 1 Janvier 1956, les deux frères Bohin modifient le statut de leur entreprise qui devient la « SA Bohin frères ». Ils reprennent ensuite en 1957 le N° 112 de l’avenue Jean Lebas pour y entreposer les nombreuses pièces de tissu en stock. Ils font l’acquisition d’un fourgon pour le transport et les livraisons.
Le 112 en 1956 et de nos jours ( document archives municipales et Photo BT )
Jean-Claude Bohin a 23 ans en 1960, lorsqu’il entre dans l’entreprise pour aider son père Jean et son oncle Louis. Les affaires continuent à se développer, et pourtant c’est une famille discrète, qui communique peu, et ne fait pas de publicité, leur devise étant : « Si un client est satisfait, il revient ! ». La famille Bohin a l’occasion de reprendre dans les années 1960, l’immeuble voisin du 12 rue de Blanchemaille. Ils le transforment en entrepôt pour le stockage des tissus pour faire face au développement de l’entreprise. L’ensemble des différents locaux représente ainsi une surface de vente et d’entrepôt de 506 m2.
plan cadastralVue aérienne ( document Google Maps )
Dans les années 1970, 6 personnes travaillent dans l’entreprise : Frédérique Bohin, l’épouse de Jean-Claude travaille à la comptabilité et au secrétariat dans son bureau au premier étage. 5 vendeurs magasiniers ( Georges, Paul, Michel, Bernard, Régis ) vendent les produits à la clientèle dans les points de vente du rez-de-chaussée. Les stocks de tissus sont impressionnants. On y trouve de tout : des soieries, des lainages, de la doublure, de la toile à encoller, des draperies pour manteaux, costumes et pardessus, du Tergal, du cachemire, de l’alpaga etc. En 1980, Franck Bohin, le fils de Jean Claude entre à son tour dans l’entreprise.
Dans les années 1980 1990, la situation se complique, les ventes chutent de façon importante chaque année, les charges sociales sont en hausse, la crise économique s’intensifie et les ventes de vêtements en prêt-à-porter n’arrangent rien. Les nombreux vendeurs de tissu dans le quartier de la gare disparaissent les uns après les autres. La décision est prise en 2000. Jean-Claude pense à prendre bientôt sa retraite. Il est grand temps de liquider la totalité des stocks avant de fermer boutique.
Jean Claude Bohin dans le magasin ( document Nord Eclair )
En Octobre Novembre 2000, pour la première fois, l’entreprise communique par de la publicité dans la presse locale, pour annoncer des ventes avec remise exceptionnelle de 40 % sur de nombreux produits afin de réduire les stocks de façon importante.
document Nord Eclair 2000
Jean Claude Bohin à 65 ans en 2002, il annonce prendre sa retraite officiellement. De très fortes remises sont alors accordées à la clientèle.
document Nord Eclair 2003document Nord Eclair
L’entreprise ferme ses portes en 2005. Afin de garder une trace de l’entreprise Bohin, la direction confie les grands registres d’achats au Musée de la Piscine à Roubaix. Environ 250 commerces de tissus existaient dans le quartier de la Gare à Roubaix dans les années 1920. Il n’en reste plus qu’un ou deux aujourd’hui.
Remerciements à Frédérique et Victor Bohin, ainsi qu’aux archives municipales.
Le « Bowling Flandre » de Roubaix a été construit en 1966 par la famille Denoulet ( voir sur notre site un article précédemment édité et intitulé : « Le Bowling de la Grand Rue » ). C’était la première fois qu’un bowling s’ouvrait dans la région, les plus proches étant à Paris ou à Nancy.
Publicité Grande rue ( document collection privée )
Plus de trente années plus tard, le bowling doit déménager, car le projet de « l’Espace Grand rue » arrive à grands pas. Il faut quitter les lieux, et si possible, rester à Roubaix. Alain et Irène Denoulet pensent pouvoir s’installer place de la Liberté, à côté du futur cinéma, à l’angle de la rue Jean Monnet, mais il faut envisager de fermer le bowling durant les deux années de travaux. Inimaginable ! Ils trouvent alors un terrain situé au 20 et 22 de la rue du Grand Chemin. C’est un quartier en plein bouleversement à deux pas du futur musée de La Piscine. Le terrain se trouve entre le club de judo Saint Martin, et de l’autre côté l’entreprise de broderie Dervaux. Auparavant, se trouvait à cet endroit l’ancien garage Volvo ( voir sur notre site un article précédemment édité et intitulé : « 20 et 22 rue du Grand Chemin » ).
Document Nord Eclair 1999
Le cabinet d’architecte « Leclerc Mayelle » à Villeneuve d’Ascq dépose un permis de construire pour la SCI Loisirs d’Alain Denoulet en Janvier 1999 sur ce terrain de 1700 m2.
Document Nord Eclair 1999
L’entreprise reste familiale, elle a été créée en 1966 par Louis Denoulet, puis reprise ensuite par son fils Alain et son épouse Irène et va être transmise sous peu à Ludovic Denoulet, leur fils.
La famille Denoulet ( Document Nord Eclair 1999 )
Les Denoulet ont beaucoup d’espoir pour leur nouveau projet à Roubaix, car la ville bouge avec l’arrivée du métro, du centre Mac Arthur, l’aménagement du centre ville, le complexe cinématographique et bien sûr le musée de La Piscine. Les travaux démarrent au printemps 1999, le bowling du 21 bis Grande rue reste ouvert, et continue son activité pendant les travaux.
Document Nord Eclair 1999
L’enseigne choisie est : Cosmos Bowling. C’est le bowling du 3° millénaire, à l’aube de l’an 2000, conçu par l’architecte Bertrand Leclerc, avec une décoration futuriste, des couleurs fluo pour un ensemble très tendance et une ambiance sympa.
Document Nord Eclair 1999
Le Cosmos Bowling dispose de 16 pistes, alors qu’il n’y en a que 8 dans celui de la Grande Rue. Une cafétéria, située en mezzanine avec un restaurant grill, est à la disposition de la clientèle. La superficie de l’établissement a doublé. Il peut recevoir jusqu’à 500 personnes et 80 à 100 personnes peuvent jouer en même temps. L’entrée se fait latéralement, par un sas vitré, situé dans l’allée qui aboutit sur un parking qui sera aussi celui du musée de la Piscine. 5 personnes y sont employées, sous la direction de Ludovic. En plus des 16 pistes de bowling, le Cosmos propose d’autres activités complémentaires : billard, fléchettes, babyfoot, jeu de palets, panier de basket, bornes d’arcade ou on peut jouer dans des baquets à des courses de voitures.
Le plan de l’établissement ( Document archives municipales )Document collection privéeDocument archives municipales
Le Cosmos Bowling peut enfin ouvrir, en Novembre 1999, après de longues périodes difficiles de négociations, tractations et discussions parfois houleuses, avec l’administration. Pour l’inauguration, 100 bouteilles de champagne sont commandées pour les 1000 personnes invitées. Parmi les invités, on note la présence de René Vandierendonck et Max André Pick, le maire de la ville et son adjoint. L’établissement est ouvert tous les jours à 14h ( bientôt ce sera à partir de 10h ) jusque 2h du matin, avec une surveillance intérieure permanente et un parking gardé.
Document Nord Eclair 1999L’inauguration ( Document Nord Eclair 1999 )René Vandierendonck lance la première boule ( Document Nord Eclair 1999 )
Pour l’ouverture, un tournoi de bowling est organisé en Décembre 1999.
Document Nord Eclair 1999
Le Cosmos Bowling entame sa carrière au début des années 2000 en organisant de nombreux tournois locaux, régionaux et nationaux mais dans les années 2010 les ennuis commencent. Des malfaçons dans la construction sont constatées, et les assurances refusent les indemnisations. Un voisin dépose plainte pour de graves nuisances sonores, porte l’affaire en justice et sera ensuite indemnisé. Quelques clients indélicats commettent des dégradations. Beaucoup de gens ignorent qu’ils peuvent se garer sur le parking qui se trouve à l’arrière.
Les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances souhaitées par la famille Denoulet. Le Bowling Cosmos ferme en Octobre 2018 et la liquidation judiciaire est prononcée.
Document Nord Eclair 2018Document Nord Eclair 2018
En 2019, la ville de Roubaix rachète le bâtiment dans le cadre de la redynamisation du centre ville, mais sans aucun projet précis pour l’établissement. Quatre années après la fermeture, force est de constater qu’il ne se passe rien, à part des intrusions, des squatteurs, et des dégradations. L’immeuble s’abîme et dépérit.
Document Nord Eclair 2018Document Nord Eclair 2018
En 2022, un opérateur privé propose de transformer l’immeuble en équipement de production et création musicale, en clair, c’est un projet pour la création de studios de musique et salle de danse.
Document Studiomatic
Malheureusement, en 2024 l’entreprise Studiomatic qui a déposé le projet jette l’éponge. La création de 23 studios d’enregistrement tombe à l’eau, à cause de lenteurs administratives. A ce jour, et à notre connaissance, aucun projet n’est en cours.
La façade du 22 rue du Grand Chemin, se compose de 3 fenêtres et d’une porte cochère sur la gauche qui ouvre sur un long passage pour les voitures. Un parking se trouve au bout du terrain.
La façade ( document archives municipales )document archives municipales
La superficie importante du terrain permet d’abriter le siège de différents artisans ou de petites entreprises. Notons qu’en 1955, neuf entreprises y sont présentes : Edouard Lalouette négociant en tissus, Maupas frères et Maillard matériel textile, Vespora confections, R et J Deborgher laines à tricoter Erjy, G Dewitte, Sté Probitex bonneterie, F Gilman constructions métalliques, Marcel Connard matériel textile, J Mercier menuisier et H Carrel dessinateur.
Publicités ( documents collection privée )
Au fil des années, les bureaux et ateliers deviennent vétustes par manque d’entretien. Les artisans quittent progressivement leur local, pour s’installer ailleurs. Ils ne sont plus que 3, présents en 1968 ; Gilman-Connard constructions mécaniques, M Carton photographe et B Dumont, vêtements de cuir INUSA, qui sera le dernier à quitter les lieux.
Publicité Inusa ( document collection privée )
Au début des années 1980, il n’y a plus aucune entreprise locataire. Stanislas Heleenberger, responsable de la SCI BERGER, propriétaire des lieux, sollicite en 1988, l’autorisation de démolir totalement l’immeuble commercial situé au 22 de la rue du Grand Chemin.
document archives municipales
Le permis de démolir est accordé car, suite à un sinistre, la vétusté de l’immeuble présente un danger pour le public. L’immeuble est inoccupé, et n’a plus aucune destination immobilière ou commerciale. Parallèlement, un projet de permis de construire est déposé pour la création d’un parking et de box pour automobiles.
Un projet va voir le jour prochainement sur ce terrain d’une surface de 1769m2. ( à venir, sur notre site, un prochain article sur le Cosmos Bowling ).