L’inauguration du Collège de la Potennerie

Le maire de Roubaix Victor Provo eut un mois de septembre 1967 chargé : pas moins de quatre nouveaux établissements scolaires à inaugurer ! Le tout nouveau groupe scolaire Albert Camus situé dans le quartier Edouard Anseele sera le premier, dès le 9 septembre, puis ce sera au tour de l’école Jean Macé boulevard de Mulhouse, qui devient pour l’occasion un groupe scolaire le 16 septembre. Le Collège de la Potennerie fera l’objet de la troisième inauguration le 23 septembre, avant que le groupe scolaire Buffon ne termine la série le samedi 30 septembre !

La construction du Collège de la Potennerie est annoncée le 29 octobre 1965, sur l’ancienne propriété D’Halluin, où se trouvaient deux habitations distinctes qui appartenaient respectivement à M. Jules D’Halluin et Mme Berton D’Halluin, la Grande et la Petite Potennerie. La Petite Potennerie a déjà laissé la place au groupe scolaire de la Potennerie, à l’angle des rue Jules Guesde et Dupuy de Lôme. La Grande Potennerie, dont on a pensé un temps utiliser les locaux pour une maison de jeunes, puis pour le nouveau lycée technique de jeunes filles, sera finalement démolie pour permettre la construction du CES de la Potennerie.

Collège de la Potennerie en construction Photo Nord Éclair

En présence de nombreuses personnalités, le maire Victor Provo coupe le ruban tricolore et commence la visite de l’établissement : à droite de l’entrée, le grand bâtiment d’externat sur trois niveaux, huit salles d’enseignement général, six salles d’enseignement avec annexes, trois salles d’enseignement pratique, deux salles de propreté, une salle des professeurs, un cabinet médical et un préau aménagé sous le premier étage. Au fond, juste en face de l‘entrée, se dresse le bâtiment de demi pension composé de deux salles de restaurant  pour un effectif de 400 élèves, en deux services, une salle à manger des professeurs, une grande cuisine moderne et des vestiaires. Enfin à gauche de l’entrée, le bâtiment administratif (direction, sous direction, secrétariat, gestionnaire, orientation) parloir, logement du concierge et trois appartements pour la directrice, le sous directeur et l’intendant[1]. L’édifice est dû aux architectes Clément et Caron, et il aura coûté 340 millions de francs, dont la ville prendra en charge plus de la moitié du financement, afin notamment d’augmenter la qualité des revêtements de sol. Il est de plus situé dans le cadre verdoyant de l’ancien parc dont on a préservé tant que possible les grands arbres. Le CES de la Potennerie est le premier collège d’une série de cinq à bâtir à Roubaix.

Vient alors le moment des allocutions. Mme Legrand, la directrice du CES, qui dirigea auparavant l’institut Sévigné, salue le maire et l’inspecteur d’académie, les remercie d’avoir fourni au corps professoral du CES un superbe édifice. Elle souligne le véritable tour de force des entrepreneurs qui ont réalisé la construction en huit mois, ce qui a permis une rentrée normale des élèves, le lundi précédent.

Ensuite l’inspecteur d’académie évoque l’emploi heureux d’un procédé nouveau de béton, dans une chaîne industrialisée de production et il se dit certain que d’autres projets existent dans les cartons de la ville de Roubaix, le lycée technique de jeunes filles du boulevard de Paris notamment.

Le maire Victor Provo fait l’éloge des instituteurs, des professeurs et de leur mission : éveiller les enfants et les conduire jusqu’à l’aboutissement de leurs études, les aider à devenir des hommes sachant juger, peser et décider. Les possibilités d’aménagement du terrain sont grandes car on pourra construire dans son enceinte une salle de sports et une piscine…

Puis M. Treffel, l’inspecteur d’académie, remet les insignes de chevalier dans l’ordre des palmes académiques à quatre enseignants MM Roger Braem et Robert Cacheux directeurs d’école primaire, Achille Leclercq instituteur, et Jean Van Welden professeur de collège. La cérémonie s’achève par un vin d’honneur et l’harmonie des anciens et jeunes soldats musiciens entame la Marseillaise dans la cour du Collège. Quand la piscine sera réalisée quelques années plus tard, le site de la Potennerie aura pris la configuration qu’on lui connaît encore : les immeubles CIL, le square, le groupe scolaire et le collège partagent le nom du quartier.

Il convient de remarquer que les quatre établissements inaugurés ont connu ou vont connaître des modifications : le groupe scolaire Albert Camus a été reconstruit, le groupe scolaire Jean Macé a récemment connu la rénovation de sa salle des fêtes, le groupe scolaire Buffon est en pleine rénovation. Quant au collège de la Potennerie, à présent nommé Jean Lebas, il vient d’être entièrement reconstruit. La durée de vie des établissements des années soixante serait-elle de quarante ans ?


[1] D’après les présentations des journaux Nord Éclair, Nord Matin et la Voix du Nord

L’accueil des déportés

L’accueil des rapatriés mars à mai 1945 Nord Éclair

Dès le mois de janvier 1945, alors que la guerre n’est pas terminée, Roubaix, qui a été libérée en août 1944, se mobilise pour accueillir les prisonniers et déportés. Un gala de bienfaisance est ainsi organisé le 9 janvier au grand théâtre de l’Hippodrome à leur profit. En avril 1945, l’Ecole de plein air du Pont Rouge reçoit un contingent de plus de cinq cents prisonniers libérés. Un service médical composé de médecins et d’infirmières de la Croix Rouge sous la direction du docteur Carré dispense les soins aux arrivants en collaboration avec le service de désinfection de l’hôpital. Des permanences d’accueil sont organisées jour et nuit par le service des postes. Puis fin avril, ce sont 365 rapatriés de Buchenwald qui arrivent en gare de Roubaix. Les services d’accueil les transportent aux châteaux Huet et Dhalluin, rue Jules Guesde dans le quartier de la Potennerie, mais également au château Vanoutryve boulevard de la République. Les convois se succèdent pendant le mois de mai, et la presse évoque d’autres lieux d’accueil : des hôpitaux militaires auxiliaires boulevard Gambetta et rue Edouard Anseele. Une quinzaine de voitures et six ambulances transportent prisonniers, rapatriés, blessés et malades, jusqu’aux centres médicaux.

D’après les témoignages, ces personnes étaient dans un état pitoyable. C’étaient des morts vivants, épuisés par leurs années de captivité, et par leur voyage de retour interminable. Il fallait les aider pour marcher, les coucher, les nourrir…

Le château Huet remplira quelque temps cette fonction de bloc sanitaire. Au moment de sa dissolution, il sera question de le transformer en maison de repos pour les rapatriés. Mais nous n’avons pas trouvé suite du projet. Ce château sera démoli en 1951.

Le château du Raverdi

Château Huet sur le plan cadastral 1884 Archives Municipales de Roubaix

Située au carrefour des rues Jean Goujon, du Tilleul (Jules Guesde), d’Hem, et Jean Baptiste Vercoutère, cette propriété figure sur le cadastre de 1884. Sa construction est donc antérieure à cette date. Le plan montre un grand bâtiment dont une façade s’oriente vers le parc, avec deux escaliers latéraux permettant l’accès à une terrasse ou une véranda. Le côté opposé présente un seul escalier qui doit donner sur l’entrée du château. On devine deux porches un peu plus haut. Le bâtiment principal jouxte des annexes, sans doute les écuries, et les logements du personnel de service. Une entrée est également figurée de ce côté. Cette propriété est occupée par l’industriel Georges Heyndrickx-Bossut jusqu’à la première guerre. Après la première guerre, Charles Huet-Masurel entre en possession de la propriété, qui sera désormais connue comme le château Huet.

Démolition du château Huet Photo NE

Pendant l’occupation, le château Huet sert de camp d’entraînement aux soldats allemands, qui l’avaient alors entouré d’un réseau de défense à base de mines et de grenades. A la libération, le château est reconverti en lieu d’accueil pour les rescapés des camps de concentration, puis de refuge pour les personnes déplacées, réfugiés ou expulsés civils, obligés de quitter leur foyer situé en zone de guerre. Le château Huet sera démoli en 1951. A cette époque, la propriété comprend un parc planté d’arbres, et trois corps de bâtiment. Si le château doit disparaître, on va préserver le parc. En effet, la société « le Toit Familial » affiliée au CIL va construire à cet endroit un quartier tout neuf, composé de 152 logements collectifs, répartis en huit groupes, respectueux des grands arbres. Un hectare du parc sera préservé et converti en square public.

Châteaux et propriétaires

Les châteaux du quartier Plan 1919 AmRx

Quand on observe attentivement le plan de 1919 ci-dessus, et qu’on le recoupe avec les propriétés signalées dans le Ravet Anceau ou dans la presse, on obtient la liste suivante.

1-Côté Raverdi, une propriété située au démarrage de la rue du Tilleul (future rue Jules Guesde) à l’endroit du carrefour formé par cette rue avec les rues Jean Goujon, d’Hem, et Jean Baptiste Vercoutère. On aperçoit une grande bâtisse près de laquelle se trouvent des jardins et dont l’accès se fait par la rue Montgolfier. Cette propriété est occupée par l’industriel Georges Heyndrickx et sa famille jusqu’à la première guerre.

2-Immédiatement au dessus, et séparée de la précédente propriété par le prolongement de la rue de Bouvines, un grand bâtiment autour duquel se trouve une grande pièce d’eau au lieu dit la Pontennerie, et quelques autres bâtiments disparates. La percée ou le prolongement de la rue de Bouvines jusqu’à la rue Montgolfier n’a jamais abouti. Il semble bien qu’il ait servi d’accès à cette propriété où l’on pouvait entrer également par la rue du Puy de Lôme. Selon le Ravet Anceau, cette propriété est occupée par M. Toulemonde Destombes, puis appartient à M. Alfred Motte Scrépel et sa famille jusqu’à la première guerre. En 1897, Alfred Motte demande l’autorisation de faire construire une ferme sur cette propriété.

3-Au-delà de la rue Montgolfier, à l’angle de la rue Jean Baptiste Notte et du boulevard de Reims, une autre propriété avec un grand jardin, dont l’accès se trouve boulevard de Reims. En 1892, il s’agit de la propriété de M. Bossut Plichon.

4-De l’autre côté du boulevard de Reims, se trouve la grande propriété dite des Près, appartenant à M. Louis Cordonnier, dont le souvenir subsiste avec le nom de l’avenue qui donnait accès à ce véritable château. L’avenue Linné a été tracée sur une partie de la propriété.

On voit donc que le quartier était encore campagnard, libre de toutes constructions, excepté ces grandes propriétés d’industriels, dont on peut situer la construction entre 1870 et 1900. Plusieurs familles s’y succéderont, avant que la réappropriation de leurs propriétés en terrains publics ou sportifs ne s’opère, après la première guerre mondiale.

Les châteaux de la Potennerie

Un croquis de M. Fleurbayx sur la Potennerie

Voici le dessin réalisé en mai 2010 par M Georges Fleurbayx  pour illustrer sa description des  trois châteaux  qu’ il situe  à  La Potennerie  dans le périmètre formé par les rues Jean-Baptiste Notte, Montgolfier, Dupuy de Lôme et Jules  Guesde.

Les 19 premières  années de sa vie –  de 1923 à 1942 –  Mr Fleurbayx a habité au 28 rue de la Potennerie , impasse Courbet,  une petite maison à un étage. Son père était contremaitre de filature à l’ usine Dazin-Motte,  Boulevard de Fourmies et lui-même y sera embauché  comme coursier à  14 ans.

Depuis sa chambre au premier étage , quand  il regardait vers la rue Dupuy de Lome, il  avait vue sur un  vaste  espace boisé comportant également  pelouses et jardins,   clôt  par un mur  épais d’ environ 3 mètres de haut . A travers les arbres,  il pouvait apercevoir au centre de la propriété l’ arrière d’ un château  qu’ il désigne comme  » le château d’ Halluin ». Face à l ‘ actuelle rue de Rocroi – qui relie la rue Dupuy de Lôme à la rue de la Potennerie- existait une entrée permettant d’ accéder au château. Sur la droite de cette entrée  se trouvait l’ habitation du concierge et, encore à droite de ce logement, un jardin potager qui allait  jusqu’ à la rue Jules Guesde.

Selon M Fleurbayx ,  la façade du  » château d’ Halluin » était tournée vers la rue Jean- Baptiste Notte. Il place un deuxième château , le  » château Huet » ,  le long de cette même rue et un troisième , plus petit , plutôt  » manoir » dit-il,  le long de la rue Jules Guesde , le « château Derville ».  Une grande entrée existait précisément rue Jules Guesde et permettait d’ accéder à l’ un ou à l’ autre de ces  châteaux, aucune clôture n’existant entre eux. Sur la gauche du château d’ Halluin se trouvait une petit point d’ eau ou pièce d’ eau et sur le terrain Huet , côté rue Montgolfier, une sorte de pavillon de chasse.

« Je ne suis jamais entré  » , dit Georges Fleurbayx.  »  Sauf pour aller chercher mon ballon,  passé au dessus du mur …Le devant du château, personne ne le voyait. … Une seule fois quand même , on y est allé : c’était pour  ma promesse scout , vers 1935. « 

Madame Fleurbayx se souvient également :  » moi, j’ allais à l’ école Notre Dame de Toute Bonté. L’ église Saint Jean-Baptiste juste à côté était une église  aisée  ( sic) . Les d’ Halluin venaient. Nous , on était assis avec l’ école sur les côtés, eux , comme tous ceux des châteaux, avaient leurs chaises à leurs noms, réservées dans la nef centrale. On respectait ça…Une fois, l’ école a été autorisée à faire la procession chez Huet. On  est entré par la rue Jules Guesde , en venant de l’ église St Jean-Baptiste et on a fait le tour du château en procession . Ca nous a marquées. C’était magnifique pour nous. On a été dans les jardins. C’était dans les années 1935. Je me souviens que ma petite sœur faisait un ange avec des ailes et moi je tenais les cordons de la statue de la Vierge. « 

Le groupe scolaire de la Potennerie

 

Le groupe scolaire de la Potennerie Photos PhW

C’est en 1955 que sera prise la décision de la création du Groupe Scolaire de la Potennerie. Les locaux vétustes des écoles des rues Chanzy et Decrême ne permettent plus l’accueil d’une population enfantine en augmentation, on va donc les désaffecter et l’école de la rue du Coq Français devient une école primaire pour garçons, et la construction d’une école de filles et d’une maternelle est à l’ordre du jour.

Le 2 août 1955, un chantier s’est ouvert à l’angle des rues Jules Guesde et Dupuy de Lôme dans un vaste parc qui fut longtemps celui d’un château. Ce parc privé était dans un état de friche et pendant l’occupation, les allemands l’avaient transformé en terrain d’exercice[1]. On abat le mur, mais pas les arbres. On prévoit dix classes de filles et six classes maternelles, et les plans sont confiés à l’architecte Pierre Neveux, qui prévoit une intégration harmonieuse et respectueuse du cadre agréable, du groupe scolaire dans la cité de la Potennerie.

De janvier à mai 1956, le futur groupe scolaire de la Potennerie prend forme, et il transforme progressivement ce coin de la rue Jules Guesde où se trouvait autrefois un long mur gris et triste.

En septembre 1956, le président du conseil Guy Mollet vient inaugurer le groupe scolaire de la Potennerie[2]. Le groupe comprend une école maternelle de six classes avec salle de jeux et salle de repos réglementaire, une école de filles de dix classes avec salle d’enseignement ménager. Un important bâtiment relie les deux écoles et contient les installations de chauffage central, des installations de douches pour les élèves du groupe et des autres écoles, un grand réfectoire avec cuisine, dont la capacité d’accueil est de 400 enfants. Il y a aussi une salle de gymnastique dont l’entrée est indépendante de celle des deux écoles, ainsi qu’un plateau d’éducation physique. Un pavillon isolé regroupe les logements des deux directrices.

La livraison du groupe scolaire était prévue pour février 1957, mais il y aura une ouverture partielle début octobre 1956, et dès la fin de l’année, les écoles seront opérationnelles.


[1] D’après le journaliste de Nord Eclair
[2] Guy Mollet inaugurera également le lycée Van Der Meersch et l’exposition du CIL sur le logement organisée sur le boulevard Gambetta

Qui se souvient du Raverdi ?

Plan de 1919 pour situer le Raverdi doc AmRx

On trouve encore le lieu dit le Raverdi mentionné sur le plan de la ville établi en 1919. Certes il n’a pas l’importance des grands noms de fiefs qui l’entourent, comme la Potennerie (la Pontenerie faut-il dire d’ailleurs selon le chanoine Leuridan[1]) ou Beaumont. Mais il semble qu’il soit aussi ancien qu’eux, si l’on en croit le même auteur, qui cite le Raverdi comme un arrière fief sur lequel se trouvait « le cabaret et hôtellerie de le Raverdie ».

Ce nom évocateur du printemps, quand tout raverdit (mot picard pour reverdit), rappelle également qu’il y eut un Roubaix campagne, avant que le territoire soit entièrement couvert d’habitations et d’usines. Le sens du mot campagne est aussi celui des propriétés que les riches industriels roubaisiens se faisaient construire avant que la ville ne vienne engloutir près et champs.

Le Raverdi, la Potennerie et les Près ont ainsi vu les industriels occuper les terres féodales. On devine sur les plans les agencements des jardins de ces propriétés qui étaient de vrais châteaux. On parlera même du château du Raverdi, du château de la Potennerie, ou encore de la petite Potennerie, et de la grande Potennerie.

Les recherches de l’atelier mémoire démarrent donc et elles iront au delà de notre nom de ralliement (le Raverdi) puisqu’elles évoqueront les quartiers voisins et contemporains (Potennerie, Moulin). Les sujets abondent également : les châteaux, mais également les immeubles collectifs qui leur ont succédé, ainsi que les groupes scolaires, et qui bénéficient encore de la frondaison des grands  arbres séculaires.


[1] Théodore Leuridan Roubaix Ancien et moderne Librairie Pique 21 23 Boulevard de Paris Imprimerie du Journal de Roubaix