Une rue plutôt industrielle

Dans les premières années d’existence de la rue Victor Hugo, les maisons d’habitation sont clairsemées. C’est ainsi qu’en 1903 ne figurent que cinq immeubles dans le Ravet Anceau. Les constructions se mettent en place progressivement, et il faut attendre le début des années 20 pour que les maisons se multiplient vraiment. Par contre, tout au long des années 30, la zone entre la rue Pierre de Roubaix et la rue de Nancy, du côté des numéros impairs, est occupée par les jardins ouvriers de la société des jardins populaires. Ceux-ci disparaissent après la guerre. Les habitants de la rue sont en majorité des ouvriers ou des employés, mais on y rencontre également les demeures d’industriels dont l’usine est installée dans la rue , et notamment l’habitation de M. Craye au n°88, et celle de la famille Stubbe au n°185 . On trouve également après guerre au n°176, à côté de l’entreprise Jacob, M. Loridant-Lefebvre, agriculteur, exploitant la ferme de la rue de Charleroi qui se trouve juste derrière. On y accède depuis la rue par un sentier.

Les domiciles de MM. Stubbe et Craye. Plan archives municipales, photos Jpm

Les commerces sont peu nombreux, même avant la deuxième guerre : on peut parler d’une rue peu commerçante. Dans les premières années, s’installent un boucher au n°3 en 1903, remplacé par un estaminet de 1912 qu’on retrouve jusqu’au début de la deuxième guerre, et, au n°95 un distributeur de bières en bouteilles remplacé par l’épicerie Castelain en 1912. Celle-ci restera ouverte jusqu’après la deuxième guerre et prendra le n°205 lors de la renumérotation de 1928. S’ouvrent également un estaminet au n°97, un marchand de vins au n°2, une épicerie au n°6, et un estaminet au n°78. Au début des années 30, on note l’apparition de deux estaminets au 171 et 173, d’une parfumerie au 175 et d’une mercerie au 150-152. La plupart de ces commerces disparaissent assez vite, si bien qu’en 1959, on n’en trouve plus que deux, une alimentation générale au 215, et l’épicerie Castelain, à qui revient la palme de la longévité.

Plus récemment, s’installe au 4-6 un confiseur en 74, et la boulangerie située au coin de la rue de Lannoy, la pâtisserie Planquaert. « Les craquelins y sont les meilleurs de la région » nous confie Gillette.

Photo coll. particulière

De nombreuses entreprises se sont installées dans la rue Victor Hugo. Dès 1913, la société Jacob et fils dépose une demande pour construire une retorderie, à l’angle de la rue de Charleroi. L’usine est agrandie en 1923, puis en 1933 se voit dotée d’un dispositif réfrigérant. Elle ne cesse son activité que dans la milieu des années 70.

La retorderie Jacob et fils – archives municipales

Au n°25 s’installe dès les années 30 l’entreprise Sani tapis, propriété de Pierre Motte. On la retrouve à la même adresse jusqu’en 1965. En 1923, les bâtiments, construits d’origine en retrait, sont prolongés jusqu’à l’alignement de la rue. A côté, au 27 à l’emplacement des jardins, s’installe en 1932 à 1970 la société Taffin et Cie, apprêteurs, puis tissus en 1953. Très tôt également s’implante au n°91, l’entreprise  Stubbe et Cie, teinturerie sur matières textiles. Elle exercera ses activités jusqu’à la fin des années 5,0 sur deux sites (une annexe au 163 et l’entreprise principale aux numéros 185 à 201). Au n°66, on trouve la société Israël Craye et fils, qui fabrique des tissus pour ameublement de 1931 à 1974. Monsieur Craye reçoit en 1914 l’autorisation de compléter les bâtiments de son usine. Comme il ne peut pas donner suite à cause de la guerre, il lui faut redemander une nouvelle autorisation en 1922.

L’entreprise Craye – photo collection particulière.

Dans le milieu des années 50,  s’installe au n°10 un rechapeur de pneus, A.Prevost. Sa veuve ouvre ensuite de l’autre côté de la rue, au 29, la maison du pneu spécialisée dans le rechapage. « Tous les possesseurs de camions connaissaient. C’était un spécialiste des pneus Michelin, un agent quasi exclusif » témoigne Jean-Louis.

Documents archives municipales

D’autres entreprises, plus éphémères, s’implantent également dans la rue : au 71 apparaît en 61 l’ « usine de la Lys », fabrique de non tissés ; au 75 s’installe l’imprimerie Descamps en 70 ; au 77bis s’implante en 1924 une fabrique de pianos. En 1961, un fabricant de brosses remplace l’annexe Stubbe au 163. Il est lui-même remplacé en 1970 par l’entreprise Sell service, fournitures pour horticulteurs. Au 185, l’usine Stubbe est reprise en 1974 par la SARL DIMA,  une société de chromage.

Au total, la rue semble avoir conservé tout au long de son existence un manque d’unité, dû à la cohabitation de nombreuses usines et d’alignements d’habitations abritant une population majoritairement étrangère à ces entreprises.

 

Victor Hugo aux trois Ponts

Dans la deuxième partie du 19ème siècle, les communications entre le centre de Roubaix et la partie Sud-Est de la commune n’étaient pas très faciles : après avoir emprunté la rue de Lannoy, il fallait suivre des sentiers plus ou moins carrossables, boueux la plupart du temps. On ouvre en 1886 le boulevard de Mulhouse reliant la rue de Lannoy et la nouvelle gare de Roubaix-Wattrelos, mais le hameau des trois ponts reste mal desservi et le besoin d’ouvrir une autre voie de communication se fait sentir.

Plan cadastral de 1884 – archives municipales

En1889 des propriétaires (Mme veuve Bossut Delaoutre et M. Lievin Her) offrent à la ville le terrain nécessaire pour établir une route de 15 mètres de large allant de la rue de Lannoy à la place des trois Ponts, et une autre, de 12 mètres reliant la précédente au boulevard de Mulhouse.

Ils offrent également la possibilité de prolonger la rue Pierre de Roubaix jusqu’à la future rue sur l’emplacement de l’ancien chemin de Lannoy devenu rue de Maufait.

Après délibération, une demande de déclaration d’utilité publique en vue de la rectification du sentier de Courcelles (ou sentier de la ferme de Courcelles) est déposée au ministère. On donnera à la nouvelle voie le nom de Victor Hugo qui vient de mourir. Le projet prend forme : Cette nouvelle rue, tracée en ligne droite, sera revêtue de scories. L’aqueduc central creusé sous la rue se raccordera à celui de la rue des trois-Ponts, dans lequel se jette déjà le ruisseau des trois-Ponts.

Documents archives municipales

Une adjudication est lancée ; l’entreprise Desplanques est déclaré adjudicataire. Elle réalise les travaux de construction et la réception définitive est faite en 1895. Quelques années plus tard, en 1909, on décide de paver la chaussée sur une largeur de 8 mètres. Une première adjudication échoue, et c’est finalement Jules Waquier et Mme veuve Baudouin sont retenus pour réaliser conjointement le pavage. La réception des travaux a lieu en 1912.

Document archives municipales

L’essor de la ville est tel à cette époque que les constructions ne tardent pas à apparaître. Usines, commerces, et maisons particulières vont très vite s’élever le long de la nouvelle rue…

 

 

 

Incendie au Chemin neuf

Dans la nuit du 28 au 29 mars 1967 un incendie ravage les entrepôts des établissements Salembier, négociant en bois, installés alors depuis une trentaine d’années au 51 rue Léon Marlot. Cette société, lancée par Jules Salembier, puis reprise par son épouse et enfin par ses enfants, alimentait les menuisiers et ébénistes, mais aussi les industriels de la région. L’entreprise employait une vingtaine de personnes. Les entrepôts, érigés à l’origine sur des terrains vagues, ont été assez vite englobés dans les constructions : celles en particulier de l’allée Henri Matisse et la cité du Chemin Neuf, construite par le CIL et propriété de la SARHO.

Salembier-96dpiLes hangars et le dépôt de bois – Photo IGN 1962

D’origine inconnue, le feu aurait pris naissance dans les entrepôts situés le long de l’allée Matisse. La Voix du Nord précise que les flammes, alimentées par ce combustible de choix, étaient visibles à plus de 20 kilomètres à la ronde. Les pompiers venus de Roubaix et Tourcoing luttent toute la nuit contre l’incendie, mais 1500 m3 de bois entreposés tant dans les hangars qu’à l’air libre, sont détruits par les flammes. Les habitants du quartier, tirés de leur lit, assistent au désastre en tenue de nuit. Nord Matin titre « nuit tragique au nouveau Roubaix ».

pompiersnuit-96dpiPhoto Nord Matin

Les habitations et les bureaux de la société sont intacts. Par contre les logements situés près du foyer de l’incendie doivent être évacués dans la précipitation : la chaleur dégagée par le brasier est telle que le zinc des toitures fond. Les familles les plus menacées doivent abandonner leur logement en n’emportant que l’indispensable. La Voix du Nord précise : Mme Paul Renault, dans sa précipitation, est partie pieds nus. « On a oublié, nous dit-elle, le chien, les poules et les canaris. Ils sont tous morts. » Les voisins font la chaîne pour essayer de sauver ce qui peut l’être.

pompiers-96dpiPhoto Nord Matin

Un mouvement de solidarité se met rapidement en place. Dès le lendemain, des tracts appellent les habitants du quartier à la générosité : 1700 francs sont collectés ce même jour. Cinq familles sont sans abri : tout le monde est hébergé pour la nuit dans le quartier, pour parer au plus pressé. Les services de la C.I.L., avec le concours de la S.A.R.H.O et du Toit Familial relogent finalement les familles sinistrées à Roubaix et à Hem, et une souscription est lancée à leur profit. Les services techniques de la ville mettent des camions à disposition pour transporter le mobilier qui a pu être préservé des flammes. Les dons s’avèrent très nombreux, les établissements Salembier n’étant pas en reste de générosité. Le secours catholique intervient également. L’association des locataires du Chemin Neuf organise et centralise les actions. La Voix du Nord parle d’un « magnifique élan de solidarité ».

soli-96dpiUne partie des dons recueillis – Photo Nord Matin

Deux mois plus tard, les travaux de remise en état des logements sont en cours. Les établissements Salembier cessent ensuite toute activité à cet endroit. Le terrain est aujourd’hui occupé par un béguinage.

Ces événements sont-ils restés dans les mémoires ? A vos témoignages !

beguinage-96dpiPhoto Jp Maerten

L’avenue et ses arbres

L’avenue Julien Lagache à ses débuts CP Médiathèque de Roubaix

Janvier 1971, la communauté urbaine décide d’aménager l’avenue Julien Lagache, qui reliera désormais le quartier des Trois Ponts à la place de la Fraternité. Cette opération de voirie soulève des protestations, car on commence par abattre les arbres qui bordent l’avenue, qualifiés par la presse de vénérables sycomores, c’est dire leur âge et leur taille. L’abattage durant plusieurs jours, un matin, les bûcherons ont la surprise de trouver des affiches apposées sur les arbres libellées comme suit : arbre destiné au domaine du monument historique. Après vérification auprès des services de la communauté urbaine, il s’agit d’un canular qui a retardé l’échéance de quelques heures. Les arbres ont donc été abattus. Cet acte écologiste inédit dénonce la destruction d’arbres qui aident la ville à respirer et ajoutent beaucoup au charme de la vie urbaine. Un inventaire des implantations d’arbres est alors effectué, et l’on constate que vingt boulevards, sept avenues, huit places et quinze rues sont plantés d’environ 1.500 arbres ! Ce qui entraîne le vœu d’un conseil municipal : si l’on peut admettre parfois la nécessité absolue d’abattre des arbres lors de la réfection d’une rue, il devrait être admis et rendu obligatoire par décision du nouveau ministre de l’Environnement, que pour chaque arbre abattu un nouvel arbre soit planté. Du pain sur la planche pour Robert Poujade, chargé du nouveau ministère de la Protection de la nature et de l’environnement, créé en janvier 1971 par Jacques Chaban-Delmas !

L’avenue Julien Lagache en 1971 Photo Nord Éclair

Concernant l’avenue Julien Lagache, elle prend à ce moment la configuration qu’on lui connaît encore, avec l’aménagement de deux chaussées séparées par un terre-plein central. Elle commence désormais rue de Lannoy pour rejoindre l’avenue de Verdun, et les arbres ont fait leur réapparition, au milieu de l’avenue, pour donner de l’ombre aux voitures…

Le premier Auchan

Au début des années 60, les habitants du nouveau quartier des Hauts-

Photo Nord Eclair

Champs manquent de commerces de proximité. Les magasins les plus proches sont rue de Lannoy, ou Boulevard de Fourmies. Jeanine témoigne : « Nous, c’était plutôt la Justice, pour l’alimentation,les vêtements, ou alors, on allait faire les courses en centre ville ». L’arrivée d’un  super marché de l’autre côté de l’avenue Motte est donc particulièrement appréciée.

Inauguré par le préfet du Nord en décembre 1961 dans les bâtiments de l’ancien tissage Léon Frasez, devenu en 1953 la Filature de laine Arlaine puis la filature Maille-Picarde, ce libre service offre une surface de vente de 1140 m2. Son entrée rue Braille s’ouvre sur un parking de 200 places. Une nouveauté : des « paniers roulants » sont mis à la disposition de la clientèle. Remplis au fur et à mesure des achats dans les rayons, ils permettent de transporter sans fatigue la marchandise jusque dans le coffre de la voiture !

Photo Institut Géographique National

Il n’a pas encore de dénomination et s’appelle le Super-marché. Plus tard, en référence au nom du quartier, Gérard Mulliez l’appelle « Ochan », puis « Auchan ». Jeanine continue : « En fin d’après-midi, on décide d’aller à Auchan pour la première fois, on est arrivés dans ce hangar immense, et encore, des salles n’étaient pas ouvertes. On a passé un temps fou à rassembler l’essentiel des provisions dont on avait besoin, le contenant, je ne m’en souviens plus, l’aménagement intérieur était sommaire, mais il y avait tout, partout… ». Sur les publicités, l’accent est mis sur les prix pour attirer la clientèle.

Photos Nord Eclair

L’une des plus grandes mutations du commerce vient de commencer.

L’histoire du Supermarché Auchan  de l’avenue Motte(1961-1985) a été relatée dans la revue Ateliers Mémoire Mémoires des Ateliers n°2, disponible en Médiathèque de Roubaix

Le stade Dubrulle-Verriest, haut lieu du sport roubaisien

entree jean dubrulle
L’entrée du stade Dubrulle rue Leconte Baillon Photo NE

Ce stade est construit en 1920 par une société immobilière sur les terrains d’une ancienne propriété appartenant à l’industriel Cordonnier au début du XXème siècle, d’abord transformés en jardins. On lui donne le nom d’un grand sportif du Racing Club de Roubaix, Jean Dubrulle, qui fut également un héros de la grande guerre. Une autre figure légendaire du même club viendra le rejoindre : Georges Verriest, qui fut capitaine de l’équipe première du Racing Club de Roubaix quand celui-ci fut finaliste de la coupe de France à plusieurs reprises, dans les années trente. Il fut également entraîneur de l’équipe de France de football pendant les années soixante. Ce haut lieu du sport roubaisien voit évoluer les membres du club omnisports qu’était le Racing Club de Roubaix, athlétisme, hockey, football…puis il y aura les tournois du Racing Stade de Roubaix… Ce stade mérite qu’on complète la liste et qu’on rassemble ses souvenirs ! La recherche est ouverte !

Photo Nord Éclair