Dans les années 60, la récession économique entraîne la réduction de la production textile roubaisienne. Les entreprises se restructurent, licencient et ferment les unes après les autres. Cette situation porte un coup fatal à l’activité du Conditionnement du Boulevard de Beaurepaire qui n’a plus lieu d’exister et ferme en 1972.
Années 1970 ( doc Archives Municipales )
Le bâtiment est repris par A & G Valcke, entreprise de transports maritimes et aériens, qui utilise ces locaux pour le stockage et la logistique. Mais les 9200 m2 au total sont beaucoup trop importants. La direction de cette entreprise de transports propose donc à Fernand Coucke de lui louer une partie des locaux. Fernand Coucke est PDG de la Sté de diffusion européenne de meubles et possède 3 magasins : 2 à Lille et 1 à Tourcoing, avec l’enseigne « Mobilier de France ». Il lui manque Roubaix pour verrouiller la métropole.
Un bail de location est signé en 1975 pour 2200 m2 ( 1400 m2 de surface de vente et 800 m2 de stockage ) C’est une partie du rez de chaussée, comprise entre le Boulevard de Beaurepaire et la voie centrale intérieure. Le transporteur Valcke garde le côté rue Monge et la partie arrière de l’immense bâtiment.
( doc Nord Eclair 1976 )
Fernand Coucke décide, en 1976, de rénover complètement la façade, noircie par 70 ans de pollution. Les briques rouges et blanches décrassées redonnent à l’immeuble son magnifique éclat d’autrefois.
L’enseigne « Mobilier de France » est finalement choisie et remplace l’enseigne « Mobis » initialement programmée. Le magasin ouvre en 1978, avec une grosse campagne de publicité dans la presse locale.
( doc Nord Eclair 1976 1978 )
On entre dans le magasin par une ouverture sur le Boulevard de Beaurepaire. Fernand Coucke décide de soigner ses clients, avec les mêmes services que dans les autres magasins, à savoir un accueil sympathique, une information complète des vendeurs, un choix important, des prix séduisants, une qualité irréprochable.
( doc Nord Eclair et coll. priv. )
Malgré tout, le démarrage du magasin est difficile et laborieux. Le succès n’est pas vraiment au rendez vous. Le consommateur n’est pas habitué à entrer dans un magasin qui n’a pas de grande façade vitrée. Les meubles sont difficilement visibles de l’extérieur et cela n’attire pas le chaland. L’absence de places de stationnement pour les clients est également un handicap : « Pas de Parking, pas de business ! » C’est un échec ; le commerce ferme en 1985, après une période très courte d’activité.
Quelques temps plus tard, la municipalité décide de restaurer la Condition Publique et d’en faire le lieu culturel que nous connaissons aujourd’hui.
Le 27 décembre 1895, les conseillers municipaux roubaisiens ont à débattre d’une demande faite par un dénommé Édouard Catteau, qui propose de louer pour dix ans un terrain situé à l’entrée du parc Barbieux pour y construire un café-restaurant. A côté de ce terrain, au coin des boulevards de Paris et de Cambrai, s’implantera deux ans plus tard le café du Parc, don il a été question dans un autre article. De forme semi circulaire (18 mètres de large sur 25 de profondeur), il est placé dans un coin extrême du parc, à l’extrémité de l’avenue de Jussieu, bien que portant le numéro 120 boulevard de Paris, dont il constitue le dernier numéro pair.
Après délibération, la municipalité accorde pour dix ans un bail de location contre un loyer de 100 francs par trimestre à ce monsieur Catteau. Celui-ci est cabaretier ; il tient un débit de boissons au 78 rue des Arts. Dès le mois de février de l’année suivante, il propose à l’agrément du conseil municipal un plan pour sa construction, dans le style orné de l’époque. Le café prendra le nom du Pont d’Avignon ; la ville doit en devenir propriétaire au terme du bail dont la durée est de 10 ans.
Plan 1896
Le café, qui figure en 1900 au Ravet-Anceau sous le nom d’estaminet Catteau, voisine avec le monument Nadaud, dont l’érection date également de 1896.
En Janvier 1905 un pavillon construit en bois dans la cour de l’établissement subit un incendie qui le détruit. Cet édicule abritait du mobilier de jardin. Heureusement, le café lui-même n’a pas subi de dégâts. Comme le bail expire le 6 mars prochain, Edouard Catteau a déménagé fin octobre précédent et a vendu son matériel en fin de saison. Une enquête concernant l’incendie est ouverte par le commissaire de police.
A la fin du bail, en 1906, le bâtiment revient à la ville. On envisage de réutiliser l’ancien café pour y loger le jardinier-chef de la ville. L’architecte planche sur le projet d’aménagement, dont le prix est évalué à 3000 francs. Ce logement figure en 1910 dans la liste des bâtiments communaux. La photo suivante, de la même époque, montre un bâtiment bas situé à gauche, après le chalet construit au bout du jardin du café de Parc. Il s’agit probablement d’un local lié à l’entretien construit près du logement du jardinier-chef, ce logement étant en retrait et caché sur la photo par le pavillon.
La construction de l’avenue Jean Jaurès inaugurée en 1921 isole cette partie du reste du parc. Le public la fréquente d’autant moins que le café a été fermé. Cet isolement explique la vente du terrain, considéré comme inutile, qui interviendra beaucoup plus tard. Le bâtiment figure encore sur un plan de 1919, mais son destin est scellé.
A cette époque, le jardinier chef va habiter un très petit logement en face, boulevard de Douai, près des serres municipales. La municipalité, donnant suite à ses demandes, décide en 1922 d’effectuer des travaux d’agrandissement de son habitation.
L’ancien pont d’Avignon va, lui, disparaître. A son emplacement, on érige en 1925 une statue commémorant la bravoure du commandant Bossut. Les deux monuments, celui de Gustave Nadaud et celui de Louis Bossut, vont alors voisiner à l’entrée du parc pour quelques décennies.
Photo IGN 1962
La cohabitation va s’achever au début des années 60. En effet, la parcelle où est disposée la statue du commandant Bossut va être incluse dans un projet de construction d’appartements surmontant une station service, le tout à l’emplacement du café de Parc qui va disparaître à cette occasion. Le conseil municipal demande en 1959 la désaffection de la parcelle et son passage dans le domaine privé communal. La statue sera déplacée en 1963 de l’autre côté de l’avenue Jean Jaurès dans le parc proprement dit. Un article du blog relate cet événement.
Le monument de Gustave Nadaud sera, lui aussi, déplacé en 1987 (voir également dans le blog l’article correspondant), pour être réimplanté sur un emplacement plus central dans le parc. Ce déplacement sera aussi motivé par la construction d’un immeuble,cette fois-ci celui de la caisse d’Épargne.
La statue du commandant Bossut avant déplacement – Photo la Voix du Nord 1961
En effet, la Caisse d’Épargne construit en 1987 un bâtiment courbe sur le terrain vendu par la municipalité. Les bureaux ouvrent l’année suivante. La même année, IBM s’implante à Croix sur un domaine appartenant à la famille Motte et dont l’adresse est à Roubaix, avenue Delory. Il élève au milieu du parc un bâtiment semi-circulaire qu’il n’occupera pourtant qu’une dizaine d’années. En effet, la société échange en 1997 avec la Caisse d’Épargne leurs emplacements respectifs. Cette même caisse d’ Épargne cédera la place en 2011 à l’Edhec qui y implante son campus. IBM, lui, au bord de l’avenue Jean Jaurès, continue à faire face au parc Barbieux.
L’immeuble de la Caisse d’Épargne en 1989
Le terrain où se dressait le Pont d’Avignon est aujourd’hui occupé pour une part par l’extrémité de de bâtiment, et pour le reste par la pâtisserie Paul qui a remplacé boulevard de Paris la station service au bas de l’immeuble d’habitation.
Photo Jpm
Les documents proviennent de la médiathèque de Roubaix et des archives municipales.
Gabriel Drouffe a le sens des affaires ; il communique énormément par la publicité de presse, et envoie également des catalogues à toutes les mamans, lors d’une nouvelle naissance.
( Doc coll. priv. )
Sa fille ainée Lucette Drouffe se marie avec Marcel Piat et ouvre un magasin Drouffe à Lille, au 103 Boulevard de la Liberté, vers 1935. Son fils, Jacques Drouffe, et son épouse Madeleine s’installent à Dunkerque, rue de l’Amiral Ronarch, en 1938, mais ce nouveau magasin Drouffe sera détruit, lors des bombardements de Juin 1940.
( Doc coll. priv. )
Jacques Drouffe, passionné de radio, revient à Roubaix et commence à distribuer les marques Murphy, Socdadel et Telenord et apporte un petit complément de chiffre d’affaire à l’entreprise paternelle, et se termine au début des années 50.
( Doc coll. priv. )
Après la seconde guerre mondiale, le baby boom fait exploser les ventes de landaus, de chambres, de voitures d’enfants. Gabriel Drouffe est membre de l’Union des commerçants de la rue de Lannoy. Il est aussi musicien averti et virtuose, comme l’ensemble de sa famille. Par ailleurs, il devient, en 1949, juge au Tribunal de Commerce de Roubaix.
En 1958, Gabriel décède. Son épouse Germaine reprend l’affaire et continue l’activité avec ses deux fils : Jacques et Gabriel surnommé Gaby, aidés de leurs épouses respectives. A la fin des années 50, Jacques et Gabriel modifient leur stratégie commerciale et deviennent concessionnaire Materna : une grande marque spécialisée en laits infantiles en poudre, et en ampoules de jus de fruits naturels, lesquels étaient, jusqu’à présent, vendus en pharmacies.
le 43 rue de Lannoy au début des années 60 ( Documents JP Drouffe )le 43 bis rue de Lannoy au début des années 60 ( Documents JP Drouffe )
Désormais, les deux frères Drouffe vont se limiter à l’activité de négoce avec des fournisseurs connus, comme Bébéconfort, qui apportent une gamme complète d’articles de puériculture. Ils décident de fermer l’usine de production de Toufflers. En 1964, la démolition de la rue de Lannoy est programmée ! Tous les commerçants doivent déménager et quitter cette artère commerçante, pour laisser place au futur centre commercial Roubaix 2000.
Jacques et Gabriel signent, en 1964, un bail de location avec Mme Van-Hooland pour un local commercial, au 28 place de la Liberté . C’est un petit commerce situé entre le magasin de chaussures Préselect et la supérette Lecomte. Ils font appel à l’architecte Constant Verdonck, au 35 avenue Jean Lebas, pour l’aménagement et la transformation du magasin ; les travaux s’élèvent à 30.000 Frs.
( Documents JP Drouffe )
Après l’ouverture éphémère d’un magasin Drouffe à Mons en Baroeul en 1975, Jacques et Gabriel décident de prendre une retraite bien méritée. Le magasin du Bld de la Liberté à Lille ferme. Aucun des enfants ne souhaite continuer l’activité. Le magasin de la place de la Liberté à Roubaix ferme donc ses portes définitivement en 1980. Après un siècle d’existence, la maison Drouffe garde une image forte de notoriété, de réputation, de qualité, de service et de sérieux.
Remerciements aux Archives Municipales, et à Jean Pierre Drouffe pour son témoignage et sa documentation.
Le 19 mai 1969 le conseil municipal décide de donner le nom de rond point de l’Europe au carrefour devant la poste principale. On y installe le nombre de mâts nécessaire pour hisser dans de grandes occasions les oriflammes des membres de la communauté européenne. Ce qui sera fait quelques jours plus tard, dans le cadre des cérémonies officielles de jumelage avec Bradford, Mönchengladbach et Verviers.
Le rond point de l’Europe Photo NE
Le jumelage entre deux villes date du moyen âge, alors que Roubaix n’existait pas encore1. Un jumelage est une relation établie entre deux villes majoritairement de pays différents, relation qui se concrétise par des échanges socio-culturels. C’est dans l’immédiat après seconde guerre qu’un mouvement fédéraliste français dépassant les clivages politiques, « La Fédération » fondé en 1944, relance dans les années 1950, l’idée du jumelage de communes en Europe. Cinquante maires européens fondent en janvier 1951 le Conseil des communes d’Europe. S’ensuit le premier jumelage entre deux villes européennes, Troyes et Tournai, le 4 novembre 1951 ; entre deux capitales, Rome et Paris en 1956. Un premier jumelage franco-allemand, entre Montbéliard et Ludwigsbourg est officialisé en 1962, un an avant le traité de l’Élysée qui scelle la réconciliation franco-allemande, signé par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer2.
Il apparaît alors que le seul moyen de progresser sur le plan des relations internationales et d’apaiser les haines et les rancœurs, est de tisser des liens au niveau le plus élémentaire, la commune, et ainsi, d’établir des relations d’échanges étroits avec ses voisins. L’objectif initial consiste à échanger des connaissances, des expériences, du savoir-faire dans tous les domaines de la vie locale. Engager les populations traumatisées de cette Europe ruinée de l’après-guerre à fraterniser, relève du défi. Parmi les échanges culturels, en parallèle des diverses associations communales, les collèges et lycées des communes jumelées sont parties prenantes et aident à promouvoir ainsi l’apprentissage de langues étrangères.
Victor Provo l’européen Photo AmRx
Le projet de jumelage de Roubaix avec d’autres villes européennes verra donc son aboutissement en 1969. Mais dès les 20 et 21 juin 1968, une délégation de Mönchengladbach est reçue à Roubaix, puis le 1er octobre 1968, c’est au tour de la délégation de Bradford, avec à sa tête le Lord Maire Walton. Enfin, le 21 novembre, il est procédé au jumelage avec le bourgmestre de Verviers. Le 20 décembre, la municipalité de Roubaix reçoit des personnalités de Bradford,Verviers et Mönchengladbach. Le 28 décembre, ce sont les pongistes de Mönchengladbach. En 1969, les rencontres se poursuivent : le 23 mars, rencontre de natation des villes jumelées. Le 29 mars, c’est l’inauguration de la Maison de l’Europe à Roubaix, tandis qu’une délégation de la municipalité roubaisienne prend l’avion pour Bradford. En avril, les roubaisiens se rendent à Mönchengladbach.
Les 7 et 8 juin 1969 ont lieu à Roubaix les cérémonies officielles de jumelage des villes de Bradford, Mönchengladbach, Verviers avec Roubaix. Alderman Edward Newby, Lord Mayor de Bradford, Wilhelm Wachetendonk, Oberbürgermeister de Mönchenglabach, Victor Provo Maire de Roubaix et Marcel Counson Bourgmestre de Verviers prêtent le serment de jumelage suivant :
« Librement désignés par le suffrage de nos concitoyens, certains de répondre aux aspirations profondes et aux besoins réels de nos populations, sachant que la civilisation occidentale a trouvé son berceau dans nos « anciennes communes » et que l’esprit de la liberté s’est d’abord inscrit dans les franchises qu’elles surent conquérir, considérant que l’oeuvre de l’Histoire doit se poursuivre dans un monde élargi mais que ce monde ne sera vraiment humain que dans la mesure où les hommes vivront libres dans des cités libres,
En ce jour nous prenons l’engagement solennel de maintenir des liens permanents entre les municipalités de nos communes, de favoriser en tous domaines les échanges entre leurs habitants pour développer par une meilleure compréhension mutuelle le sentiment de la fraternité européenne, de conjuguer nos efforts afin d’aider dans la pleine mesure de nos moyen au succès de cette nécessaire entreprise de paix et de prospérité : l’Unité européenne. »
Les quatre prestataires du serment de jumelage Photo AmRx
Roubaix est aujourd’hui jumelée avec les villes de Skopje (Macédoine) depuis 1973, Prato (Italie) depuis 1981, Sosnowiec (Pologne) depuis 1993, Covilhã (Portugal) depuis 2000 et a signé des accords de partenariat avec les villes de Bouira (Algérie) depuis 2003 et Qabatiya (Palestine) depuis 2012.
Benjamin Louis Drouffe a 25 ans lorsqu’il se marie, en 1880, avec Marie Chevalier. La même année, ils créent ensemble leur petite entreprise, une manufacture de meubles et sièges. L’entreprise L. Drouffe-Chevalier s’installe rue Pierre de Roubaix dans un bâtiment immense auquel on accède également par une porte cochère, au 29 rue de Saint Amand.
( Document BNR )
Très rapidement ils décident d’apporter un complément d’activité à leur entreprise. Au début des années 1900, ils produisent des voitures d’enfants, des charrettes, des attelages, des tricycles… dans leurs usines de Roubaix ( au 136-138 rue Pierre de Roubaix ) et de Toufflers (au 122 rue de Roubaix ).
( Document BNR )
La production est bien sûr artisanale : les landaus sont entièrement montés manuellement et demandent une main d’oeuvre abondante et spécialisée.
( Doc coll. priv. )( Doc BNR )
En Août 1911,un incendie ravage l’entreprise de la rue Pierre de Roubaix, détruisant un lieu de stockage de meubles de grande valeur, un atelier de production de voitures d’enfants, et une partie de l’habitation. Le préjudice s’élève à 75.000 Frs. Les assurances permettent heureusement de rembourser les frais et de reconstruire les locaux.
( Document Journal de Roubaix . Archives Municipales )
Benjamin Louis et Marie sont ambitieux ; ils souhaitent développer davantage les ventes de leur commerce. Après la première guerre mondiale, ils font l’acquisition d’un immeuble au 43 et 43 bis rue de Lannoy ( juste à côté du café de la Planche Trouée ). La rue de Lannoy est l’une des artères les plus commerçantes de la ville, ce qui facilite le démarrage commercial de leur petite entreprise.
En 1920, ils engagent d’importants travaux d’aménagements de ces locaux et les transforment en magasin de vente et d’exposition de voitures d’enfants. En 1923, ils construisent un deuxième bâtiment juste derrière le magasin. Ils créent également un dépôt à Paris, rue de la Huchette.
( Document BNR )
Benjamin Louis et Marie ont 11 enfants. Trois de leurs garçons s’occupent de la production :
– à Toufflers, Albert s’occupe des services techniques et Eugène de l’administratif,
– à Roubaix Gabriel s’occupe de la gestion du magasin de la rue de Lannoy.
L’entreprise Drouffe Chevalier devient Drouffe frères, au début des années 20.
( Doc coll. priv. )
En plus de leur gamme de voitures d’enfants, ils fabriquent et distribuent également des lits, des chaises, des moïses, des jouets.
A la fin des années 1920, les frères Drouffe se séparent de l’usine de la rue Pierre de Roubaix pour ne garder que l’unité de production de Toufflers. Le bâtiment est repris par M. Larnou qui habite rue des Fossés, et qui le transforme en cinéma et dancing. Par la suite ce sera le cinéma « Renaissance ».
( Document Journal de Roubaix . Archives Municipales )
Début Juin 1931, des ouvriers du textile manifestent dans toute la ville. Ces événements durent plus de deux semaines. La tension monte entre ouvriers grévistes et forces de l’ordre et le 15 Juin des émeutes éclatent, surtout dans le quartier des Longues Haies et de la rue de Lannoy.( Maxence Van der Meersch en relate les événements dans son livre : Quand les sirènes se taisent )
( Document L’Egalité . Archives Municipales )
Des barricades sont érigées, des rues dépavées, des vitrines brisées, des magasins saccagés: les gardes-mobiles chargent pour réprimer ces manifestations non déclarées.
Les heurts sont très violents et il y a de nombreux blessés. Gabriel Drouffe n’hésite pas un seul instant à soigner un garde-mobile, le lieutenant Le-Thomas, qui a reçu un pavé en plein front. Les émeutiers n’apprécient pas ce geste et les représailles sont immédiates ; toutes les vitrines sont brisées, le magasin pillé, les deux véhicules Citroën ( voiture personnelle et fourgonnette de livraison ), stationnés rue des Longues Haies, sont saccagés et incendiés.
( Documents JP Drouffe )( Documents JP Drouffe )
Devant tant de haine, Gabriel Drouffe fait paraître, dans la presse locale, une lettre dans laquelle il revendique le devoir de porter secours à tout blessé, qu’il s’agisse d’un garde-mobile ou d’un ouvrier gréviste.
À suivre . . .
Remerciements aux Archives Municipales, et à Jean Pierre Drouffe pour son témoignage et sa documentation.
Le domaine des Prés s’étendait au chemin neuf, près de la ferme de Maufait, et entre les futurs boulevard de Reims et avenue Motte, les futures rues Jouffroy et Louis Braille. Il était traversé par le chemin numéro 9 qui le coupait en deux. Depuis la rue de Lannoy une large avenue plantée d’arbres menait au domaine, sur lequel était implanté un château. A l’extrémité de cette avenue et dans son alignement, se dressaient d’importants bâtiments réservés aux communs, le long du vieux sentier dit de la Potennerie. Le cadastre de 1884 donne le détail de ces communs qui consistaient, pour la parcelle 546, en remise, écuries et chambres de domestiques, des serres pour la parcelle 547, et une maison de concierge pour la parcelle 549. Ces bâtiments commandaient l’entrée d’un vaste parc d’agrément au centre duquel s’élevait l’habitation du propriétaire. Ce domaine était si important que le tracé du boulevard de Reims l’a évité en formant un coude pour passer entre les cette propriété et celle de la Potennerie, quasiment voisines par leurs extrémités.
Ce domaine appartenait à un industriel, qui avait fondé avec son frère Eugène la filature Cordonnier, située au 9 rue de Mouvaux. Louis Cordonnier vivait au château avec sa femme Jeanne, son frère Eugène, et ses filles Julie et Louise.
Avant que l’ouverture de la rue Jouffroy ne lui offre une adresse définitive, Louis Cordonnier a été recensé dans les voies les plus proches : domicilié pavé d’Hem (où débouche le sentier de la Potennerie) pour le cadastre en 1884, au 398 rue de Lannoy dans le Ravet-Anceau de 1886, (endroit où s’ouvre l’avenue Cordonnier), puis au 456 dans la même rue après renumérotation dans le recensement de 1891, on le retrouve au chemin n°9, qui traverse le domaine pour le recensement de 1896. Enfin l’adresse du château est fixée au 256 rue Jouffroy dès le percement de cette voie.
Plan Cadastral 1884
1899 voit Louis Cordonnier vendre les divers terrains constituant le domaine pour qu’on puisse ériger des constructions « sur un des points les plus salubres de Roubaix ». Pour attirer les acheteurs, il faut des rues le long desquelles construire : il fait don à la ville du sol de l’avenue Cordonnier, ainsi que les arbres qui s’y trouvent. Il fait également don des terrains nécessaires pour tracer l’avenue Linné et la rue Jouffroy.
A cette occasion, Jules D’Halluin-Lepers achète une partie de la propriété Cordonnier, comprenant la résidence principale et les bâtiments des communs. Sur le reste du domaine s’installera le jardin Ma Tante (voir l’article qui y est consacré), remplacé ensuite par le stade Dubrulle-Verriest après la première guerre. Le recensement de 1901 nous énumère les membres de la famille : Jules D’Halluin, né en 1850, Camille Lepers née en 1857, et leurs nombreux enfants Pauline, Jules, Maurice, André, Marthe, Marie, Madeleine. De quoi remplir les pièces du château !
Le château, vu côté Linné – document site Thierry Prouvost
Le nouveau propriétaire fait réaliser des travaux pour édifier un mur de clôture d’enceinte à la limite de la nouvelle avenue Linné et la famille s’installe. Le château semble fait pour les réceptions : au rez de chaussée, auquel on accède par le grand perron, se trouvent deux salles à manger, plusieurs salons, des boudoirs et des vestiaires. Les chambres sont en haut du grand escalier.
En 1924 Jules D’Halluin demande un permis de construire pour une maison d’habitation 256 rue Jouffroy. Cette maison va prendre la place des anciens communs. Elle est vaste et peut-être destinée à abriter la famille. Le corps principal est perpendiculaire à la rue Jouffroy ; le pignon se prolonge latéralement par un bâtiment bas coiffé d’une terrasse et abritant un atrium vers lequel mène la porte d’entrée et un vestiaire. Derrière l’atrium, un vestibule desservant les salons et la cuisine. Au fond, la salle à manger et un studio. Cette fois encore, c’est une maison faite pour recevoir ! A l’étage, une chapelle voisine avec les chambres. A l’extérieur, une grand porte surmontée d’une tour, elle-même couronnée d’un bulbe sphérique ouvre sur la cour d’honneur.
La nouvelle construction, vue depuis le coin de l’avenue Cordonnier – photo site Thierry Prouvost
L’année suivante, les travaux se poursuivent avec des aménagements dans le château et la construction de deux maisons de concierges accolées abritant de vastes garages le long de l’avenue Linné. De chaque côté de cet ensemble, des grilles d’accès à la propriété percent le mur de clôture.
Les maisons de concierges avenue Linné
En 1945 Clarisse D’Halluin-Lepers, veuve depuis avant la guerre, fait une demande de démolition pour le château. L’immeuble est vétuste, la toiture abîmée, et la charpente est attaquée par des champignons. De plus, il a été occupé par les allemands pendant la guerre ce qui a causé nombre de dégradations et l’a rendu inhabitable. Cette dame a abandonné le domaine : elle habite désormais à Tourcoing. Une photo aérienne nous montre en 1947 que le château a été démoli.
Depuis un collège privé et des immeubles collectifs ont été construits à l’emplacement du parc. Il ne reste aujourd’hui que la maison de 1925 qui a pourtant, au fil des ans, perdu sa tour et semble inhabitée aux chalands qui empruntent la rue Jouffroy.
Ces mêmes chalands, s’ils sont attentifs, peuvent encore apercevoir sur le mur de la maison une date et des blasons, et, s’ils prennent à gauche le long de l’avenue Linné, longer un tronçon du vieux mur de clôture de 1901 dont l’extrémité reste couronnée de sa grille d’origine.
Photos Jpm
Les documents proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.
La poste de la place Spriet années soixante Photo AmRx
A la fin des années 80 apparaît la nécessité d’une extension et d’une réhabilitation du bureau de poste de la place Spriet qui ne répond plus aux besoins de la population du quartier. Ce dossier va prendre les apparences d’un véritable « serpent de mer » :
Avril 1990, premier projet de réhabilitation et d’extension sur 71 m2 pour un montant de 1200 000 francs
Juin 1995, second projet de réhabilitation avec une extension sur 132 m2. Montant 2 200 000 francs
Octobre 1995, le même projet est déposé et n’aboutit pas non plus
Octobre 1996, nouvelle version pour un montant de 2 485 000
Fin 1997 le dossier est enfin finalisé et fera l’objet d’une délibération en Conseil Municipal le 28 mars 1998
Les 115 m2 existants seront entièrement réhabilités et l’extension sera réalisée sur 160 m2. Deux distributeurs de billets seront installés, l’organisation intérieure des guichets et le mobilier seront modifiés, une nouvelle entrée avec rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite sera aménagée. Le coût des travaux s’établit à 2 435 000 francs. L’État participe à hauteur de 1 017 500 francs (Fonds Social Urbain), la Poste pour un montant de 118 500 francs (distributeurs et mobilier) et la Ville, propriétaire des lieux, prend en charge 1 299 000 francs. Les travaux débutent le 17 mai 1999 sans interruption du service puisque un «transloko» est installé sur le trottoir.
Une tentative de hold up à main armée a lieu le 3 novembre 1999. L’agresseur, ayant sans doute estimé que l’installation provisoire la rendait plus vulnérable, fait face à un agent qui ne se départit pas de son sang froid et l’oblige à prendre la fuite. La petite mercerie Balot, voisine de la Poste, dépose un recours arguant que les travaux nuisent à la visibilité du commerce et impactent le chiffre d’affaires. Ce recours sera rejeté. Néanmoins, la Ville fait apposer un panneau « Commerce ouvert durant les travaux ».
La nouvelle poste Photo Carole Vanspey
Les travaux se terminent le 3 décembre 1999. On attendait un sprint, ce fut un marathon. Le nouveau bureau est inauguré le 19 janvier 2000, soit 10 ans après la présentation du premier projet, en même temps que la nouvelle agence de l’ANPE à l’angle du boulevard de Fourmies et de la rue Horace Vernet ainsi que les nouveaux locaux du Centre Social Carpeaux au 277 avenue Linné, dans une partie de l’école Marlot .
A cette date la Mairie des Quartiers Sud, 188 boulevard de Fourmies, est en travaux de réhabilitation et d’aménagement pour un montant de3 000 000 de francs. Il y a donc à l’époque un véritable effort de confortation des services publics de proximité.
Alfred Devriese est né en 1897 à Roubaix. Il se marie en 1921 avec Marguerite Duthilleul, née en 1902. Alfred et Marguerite Devriese reprennent le commerce d’articles de ménage de C. Vanparys-Deldique, au 4 rue Pierre Motte, au milieu des années 1920. Ils s’installent un peu plus loin, au 37 de la même rue, dans un local beaucoup plus vaste, et créent « Le Bazar des Halles ». La rue Pierre Motte est une artère commerçante ; les halles de Roubaix sont à deux pas ; le nouvel hôtel des postes est en construction, et ils habitent sur place.
Ils décident de vendre un peu de tout, sans vraiment se spécialiser dans une activité précise ; c’est « le bazar », comme on appelle à l’époque ce genre de magasin. On y trouve donc de tout : Faïences, Verrerie, Articles de ménage, Objets d’art, Objets fantaisie, Jouets, Lustres, Meubles, Voitures d’enfants, Laveuse-batteuse, Postes de radio. Dans les années 30, les affaires sont florissantes. La clientèle apprécie de trouver beaucoup de choses, à un prix défiant toute concurrence, sous un même toit.
( Documents coll. priv. )
Alfred est toujours à l’affût d’événements qui peuvent améliorer ses affaires. Dans les années 1940, l’activité musicale roubaisienne se concentre au cœur de la ville, autour des halles, et la rue Pierre Motte se transforme en « rue du jazz ». Les principaux commerces créent leur formation de jazz et de swing. Dans cette rue, nous trouvons l’orchestre de Jean Poulin au 55, le Celtic au 11 (voir précédent reportage), et la Rotonde à l’angle du Boulevard Gambetta. Alfred Devriese constate le succès de ses confrères, et décide de former un orchestre, en débauchant des musiciens (dont Richard Herne) de ses concurrents. Une fois l’époque des zazous et du swing terminée, chacun reprend ses occupations et Alfred retourne à ses casseroles.
( Document Charles Verstraete )
Les années 50 connaissent un bouleversement du commerce de l’électro ménager, et Alfred a bien l’intention d’en profiter. Il distribue les téléviseurs Télérêve, les réfrigérateurs Frigéavia et les machines à laver Flandria fabriquées à Wattrelos. Il remplace son enseigne « le bazar des halles » par son nom propre : les Ets Devriese.
( Documents coll. priv. )
Pour faire face au développement de son magasin, il en fait transformer la façade et installe un auvent, en 1956, pour un montant total de 3.000.000 Frs. En 1966, il se spécialise en installateur agréé GDF et crée un rayon de chauffage central au gaz.
( Documents coll. priv. )
En 1967, arrive la télévision couleur. Alfred compte bien profiter de cette occasion exceptionnelle, pour vendre ses téléviseurs Téléavia.
( Documents coll. priv. )
Alfred Devriese prend sa retraite et cède son commerce, en 1977, à Christiane Vanaldewelt qui va changer complètement l’activité. Le bazar des halles change d’enseigne et devient « Au Grand Marché ». C’est un commerce de fruits, légumes et fleurs ; viennent ensuite un rayon poissonnerie, boulangerie et crémerie.
En 1998, une nouvelle enseigne « Nouveau Siècle » voit le jour. C’est un commerce de bijoux, maroquinerie, cadeaux, bibelots et articles de décoration géré par Nicolas et Hélène Chu.
( Photo BT )
Aujourd’hui, et depuis 2013, nous trouvons un magasin de vêtements et sacs à main, à prix discount, à l’enseigne « Roubaix modes ».
Dans les années 50, le commerce de gros connaît une forte croissance et les demandes d’agrandissement des entrepôts de la rue de Cohem se succèdent : en 1951, 1953, 1960, 1969. Un choix immense est proposé à la clientèle : fers, câbles, cornières, barres, cylindres, tôles. . . Bossu Cuvelier livre désormais des profilés aciers dans toute la région.
( Document coll. Priv. )
Pour les particuliers, Bossu Cuvelier est la première « grande surface » . On y trouve de tout :
– au rez de chaussée, la quincaillerie, des outils de bricolage, de l’outillage électrique.
– à l’étage, auquel on accède par le célèbre escalier carrelé de couleur verte, de la très belle vaisselle, des casseroles de grande qualité, des meubles de cuisine et surtout des jouets.
De nombreux roubaisiens se souviennent d’ailleurs des superbes vitrines décorées, à l’époque de Noël, avec l’animation des trains électriques, dans les années 1960.
( Document coll. Priv. )
En 1976, Descours et Cabaud, un gros groupe industriel de la région Lyonnaise dans le domaine de l’acier, rachète Bossu Cuvelier. L’entreprise devient B.C.D.C « Bossu Cuvelier Descours Cabaud» ; elle est dirigée par Jacques Bossu et Pierre Henri Baye. L’année suivante, pour faire face à son développement de la division aciers, l’entreprise décide de déménager rue de Cohem. L’expansion continue ; Bossu Cuvelier s’étend désormais, sur plus de 16000 m2.
( Document Bossu Cuvelier )
Sur la photo ci-dessus, l’entrepôt de la rue de Cohem. A l’extrême droite, on distingue la maison blanche du concierge ; les toits blancs sont occupés par la division Quofi (Quincaillerie Outillage Fournitures Industrielles) ; les toits noirs sont réservés aux dépôts des aciers, et dans le fond, on aperçoit la voie ferrée et l’embranchement particulier SNCF.
( Document Bossu Cuvelier)
L’ouverture officielle de l’entrepôt se fait en Janvier 1978. Un magasin d’accueil est créé pour les professionnels ( voir un précédent article sur notre site « Une quincaillerie , rue de Cohem » ).
( Document Nord Eclair )
En 1983, le Directeur général de Bossu Cuvelier : Hubert de Courcy fait démolir le deuxième étage du 74 et 74 bis de la Grande Rue, pour des raisons de sécurité.
( Documents Archives Municipales )
Les ventes aux particuliers chutent de plus en plus. La Direction prend la décision, en 1985, de fermer les portes du magasin de la Grande Rue, de se séparer de l’entrepôt du Bld Gambetta, et de se consacrer surtout aux entreprises. Le siégé social est transféré Boulevard Leclerc. Le magasin de la Grande Rue est rasé en 1994.
La démolition du magasin de la Grande Rue. On remarque le célèbre magasin des vêtements Devianne et la bijouterie Six ( Document D Labbé )Entrepôt du Bld Gambetta ( Document Archives Municpales )
En 1994, l’entrepôt de la rue de Cohem vieillit et devient trop petit. L’entreprise change de stratégie et, pour se rapprocher de ses clients, ouvre des succursales dans les principales villes de la région. Le siège social est transféré à la ZI de Lesquin. L’entrepôt de la rue de Cohem emménage dans les locaux de l’ancienne entreprise Stein, au 7 rue de Sévigné, en contrebas du pont de Beaurepaire, avec un embranchement particulier SNCF, puisque la gare du Pile fait désormais partie de l’entreprise.
( Photo Google Maps )
L’entreprise est rebaptisée Prolians en 2000, et en 2012, Prolians Bossu Cuvelier : le spécialiste nordiste des fournitures industrielles, fête son 150° anniversaire. Il reste le leader incontesté de la visserie, boulonnerie, outillage, vêtements de travail, soudure et matériel électroportatif (visseuses, perceuses, raboteuses…).
( Photo BT )
Aujourd’hui, Prolians Bossu Cuvelier possède 16 magasins dans les Hauts de France ; plus de 300 salariés y travaillent. Les fournisseurs sont réputés, les clients très importants comme Eiffage, Ramery, Arcelor Mittal.
20.000 références sont en stock dans tous les domaines de l’industrie : Produits métallurgiques – Tréfilerie – Outillage et fournitures industrielles – Chauffage Plomberie – Sanitaire – Energies nouvelles – Quincaillerie de bâtiment et d’agencement – Matériel de BTP – Équipements de protection individuelle. Prolians Bossu Cuvelier fait toujours partie du groupe Descours et Cabaud, avec au total 675 points de vente et 13500 salariés.
Actuellement on trouve :
– à la place du magasin de la Grande Rue, un immeuble avec, au rez de chaussée, une agence Pole Emploi,
– au Boulevard Gambetta, la résidence étudiante Nemea,
– à l’emplacement de la rue de Cohem, le parking de l’immense Sté Camaïeu.
Remerciements aux Archives Municipales, ainsi qu’à Magali Muset, Arlette Thullier, Lucette Bernardi et Armelle D.
Ce cabaret, antérieur au parc Barbieux, a une origine ancienne, et son histoire s’est trouvé mêlée de près à celle de la création du parc. En 1826 le plan cadastral de Croix nous montre une ferme au hameau de Barbieux, située très près de l’axe du canal projeté, dont le tracé en souterrain doit relier les deux parties déjà en eau entre la barque d’Or au pont d’Hem à Croix. Cette ferme est placée à peu près à égale distance entre celle de la Duquennière, sujet d’un autre article de notre blog, et la ferme Lezaire, éloignées de quelques dizaines de mètres à peine.
Document de gauche archives départementales
Mais les travaux de creusement du tunnel n’avancent pas : les sols étant trop meubles, les tentatives successives de forage échouent. En 1855, le concessionnaire, M. Messen étant incapable de terminer le canal, la ville se substitue à lui pour tenter de faire terminer les travaux aux frais de l’État. Le concessionnaire cède à la ville le canal contre une annuité de 25 000f valable jusqu’à la fin de la concession. L’acte est passé devant notaire en 1857. L’année suivante, on abandonne le tracé primitif par Barbieux et la ville offre à l’état la propriété du canal, à charge pour lui de le terminer avec un nouveau tracé passant entre Roubaix et Tourcoing.
En 1864, constatant l’inutilité des terrains situés à Barbieux par suite du détournement du canal et estimant le coût de leur nivellement pour une remise en culture, la ville envisage d’y installer un jardin public. Elle demande le 1er octobre la rétrocession par l’état de l’emprise du canal, et, cette zone ne mesurant que 20 mètres de large par endroits, prévoit de racheter les terrains situés à droite et à gauche pour donner une largeur suffisante au parc. Un décret impérial de 1866 déclare d’utilité publique la création d’une promenade publique et prononce l’expropriation des terrains proches du tracé du canal au premier mars 1867.
Parmi ces terrains figure celui de l’ancienne ferme, située à Croix, et appartenant à la veuve Michel Gons, prénommée Marie. A cette époque, une partie des bâtiments de la ferme ont disparu. On constate en effet que la disposition des lieux a beaucoup évolué avec le temps ; les plans officiels successifs en présentent les différents aspects entre 1826 et le début des années 1900.
Le cabaret semble reprendre la partie supérieure des bâtiments de la ferme, puis, avec le temps, d’autres bâtiments et annexes sont ajoutés au noyau d’origine. Il prend finalement la forme d’un T, autour duquel un espace circulaire est aménagé. En 1902 un plan du parc nous montre le bâtiment en T accompagné d’un petit bâtiment annexe non loin de l’avenue de Jussieu, dont on vient d’effectuer le percement.
Malheureusement, il est difficile de préciser d’où lui vient son nom, ou d’avancer une date précise pour le moment où il lui a été attribué. Ce qu’on sait, c’est que les terrains expropriés en 1867 sont aussitôt mis en location par la municipalité roubaisienne. Par ailleurs un document non daté, mais très probablement des années 1860, nous indique qu’Auguste Russert (orthographe incertaine) loue à la ville de Roubaix deux maisons (parcelles 1013 et 1014, qui forment les deux parties du T), et qu’il y a installé le cabaret des mille colonnes.
Le document précise aussi que, comme les travaux de la promenade ne touchent pas l’estaminet, il n’y a pas lieu de rien changer à ce bail. Sur un plan de cette même époque, on voit accessoirement que la parcelle 198 a toujours un propriétaire du nom de Gons.
En 1874, on passe cette fois par une adjudication pour louer les terrains. Le locataire est alors François Lefebvre, de Roubaix.
En 1881, le cahier des charges de location fait mention du clos dit de l’estaminet des mille colonnes. Il comprend une maison d’habitation et des dépendances. Un bail d’un an est conclu, reconductible d’année en année. L’adjudication est remportée par Jules Cau, habitant rue d’Hem à Roubaix. M. Lefebvre, l’ancien cabaretier, a perdu les enchères.
Nous sommes à l’époque du début des gros travaux d’aménagement du parc, qui démarrent en 1878.
Les terrassements du parc
En 1885, la brasserie du Moulin, Quint frères propose de remettre le cabaret en adjudication et offre plus que le locataire actuel. C’est Emile Legrand qui remporte l’adjudication. Le nouveau bail aura une durée de neuf ans.
Six ans plus tard, le conseil municipal constate l’état de vétusté de l’immeuble communal « les mille colonnes ». Il « tombe en ruines », nous dit-on. Ceci semble bien confirmer que le bâtiment est ancien, antérieur au parc lui-même, et qu’il pourrait donc bien être constitué d’un des corps de l’ancienne ferme.
Les conseillers municipaux se demandent s’il vaut la peine d’être réparé alors qu’il devrait être supprimé « dans un temps prochain » ? Il vaudrait peut être mieux le démolir directement. Mais on craint une demande d’indemnité de la part du locataire si on décide sa suppression. Comme le bail court encore pour trois ans, on choisit d’effectuer les réparations les plus urgentes.
A la fin du bail, en 1894, M. Breuvart-Despret, brasseur à Armentières, obtient la concession pour neuf an du cabaret et de l’enclos. Cette concession expire le 30 septembre 1903. M. L.Geindrie-Legrand est alors l’occupant effectif de la brasserie.
1903 voit donc la fin de la concession de la brasserie Breuvart. Son mandataire est Charles Beghin, de Lys lez Lannoy. La reconduction du bail n’est pas prévue : le cabaret ne fait pas partie du projet d’ensemble du jardin. L’idée avancée est de le reconduire, en attendant, par périodes d’un an. C’est ce qui est proposé à la société Breuvart qui refuse. On fait donc la même proposition à M. L.Geindrie-Legrand, l’occupant du cabaret, qui, lui, accepte. L’enclos, bien qu’appartenant à la ville de Roubaix, est toujours sur le territoire de Croix. A cette même époque, on démarre des travaux d’aménagement dans le bout du parc jusqu’à la rue Holden à Croix.
A la suite des travaux effectués autour de l’établissement, l’eau envahit la cave de l’estaminet en 1905. Le locataire demande alors qu’on procède d’urgence aux travaux nécessaires.
Plan 1902
Ayant entendu dire que le cabaret doit disparaître, M. Alexandre Renars propose de reconstruire à l’emplacement de l’établissement un nouveau café qui reviendrait à la ville au bout d’une certaine période. M. Geindrie fait la même proposition, valable pour 15 ans. Une commission municipale se saisit de l’affaire. Elle propose de refuser cette proposition, l’architecture du nouvel immeuble n’étant pas compatible avec le parc. Le locataire abandonne son projet et déménage.
Le café prend un aspect « lamentable ». Il tombe en ruines et est vandalisé. La décision de démolition est prise en 1907 lors du conseil du 8 février sous la présidence d’Eugène Motte
On achève la construction du parc, qu’on va doter d’un nouveau débit de boisson : Pierre Destombes, ancien adjoint au maire, offre 32000 f à la ville pour la construction d’un café-Laiterie. Celui-ci sera placé non loin de là, il portera le nom de café de la Laiterie, et a fait l’objet d’un autre article dans le blog. La démolition de l’ancien cabaret sera terminée en mai.
Un plan du parc daté de 1911 montre un espace circulaire bordé d’arbres : le clos des mille colonnes.
Alors que les constructions alentour évoluent et se modernisent, le rond-point va rester quasiment inchangé une centaine d’années face au pont jeté sur la pièce d’eau. On le retrouve sur les photos aériennes, entouré d’arbres plus ou moins denses selon les époques.
Photos IGN
Il faut attendre le 21ème siècle pour voir se transformer le site. Aujourd’hui, après les travaux de rénovation du parc, le clos des mille colonnes est devenu un parvis ceint de gradins formant un amphithéâtre.
Photo Jpm 2019
Remercions l’Institut géographique national, les archives départementales, la médiathèque de Roubaix et les archives municipales roubaisiennes, qui nous ont fourni la matière de nos illustrations.