La chemiserie René VIOLETTE

René VIOLETTE est coupeur de vêtements chez un industriel fabricant de chemises : »les gendres de Désiré Delbarre » au 64 rue d’Alsace, maison fondée en 1898. Il rencontre sur son lieu de travail Odette Bouquet, la fille d’André et Yvonne Bouquet-Delbarre.

document collection privée famille VIOLETTE

Après leur mariage, René et Odette VIOLETTE souhaitent créer leur commerce de détail. En Octobre 1945, ils signent un bail pour un local commercial, situé au 70 rue de Lannoy, une des artères les plus commerçantes de la ville. Puis, en Février 1946, ils ouvrent leur commerce de chemiserie et accessoires, en lien étroit avec la production des beaux parents.

le magasin de la rue de Lannoy ( document archives municipales )

La situation économique, après la 2° guerre mondiale, est difficile. Odette gère seule le magasin et René continue son activité chez  »Les gendres de Désiré Delbarre » pour subvenir aux besoins du ménage. Les affaires se développent et, en 1949, René décide de suivre des cours de coupe de vêtements par correspondance ( enseignement théorique et pratique de coupe pour chemises, caleçons, pyjamas )

René Violette ( document collection privée famille VIOLETTE )

Suite à cette formation, René fabrique, dans l’arrière boutique, des vêtements sur mesure (en particulier des chemises). Odette s’occupe du magasin.

les patrons pour la coupe des chemises, accrochés au mur de l’atelier, dans l’arrière boutique rue de Lannoy ( document collection privée famille VIOLETTE )

René s’approvisionne en coton chez des fournisseurs roubaisiens, et en particulier les tissus Hallynck avenue Jean Lebas et les Éts Jean Deffrenne rue Dampierre. Après avoir pris les mensurations de la personne, René découpe le tissu choisi par le client, suivant la forme des patrons qu’il possède et qu’il adapte, puis dépose les morceaux de tissus et triplures au domicile de la couturière, Mme Rachel Spielers à Leers, qui les assemble à l’aide de sa machine à coudre,

La vitrine du 70 rue de Lannoy ( documents BNR et collection privée famille VIOLETTE )

Dans les années 1950, le commerce se développe de façon très satisfaisante, grâce à la qualité de fabrication des chemises, et également à la vente de produits complémentaires ( sous-vêtements, pyjamas, cravates, maillots de bain, boutons de manchettes etc ) de marques prestigieuses : Eminence, Valisère, Hom, Pierre Cardin, Ted Lapidus, Jockey, Rasurel…

René et Odette sont les premiers dépositaires de la marque Lacoste à Roubaix.

Odette VIOLETTE ( document collection privée famille VIOLETTE )
document collection privée

Les époux ne comptent pas leurs heures de travail. René travaille très tard à l’atelier, mais trouve le temps de pratiquer son sport : il fait partie de l’équipe compétition de water-polo du S.C.R : le Swimming Club de Roubaix, à la piscine de la rue des champs. Sa dévotion au sport l’a conduit à être médaillé par le ministre des sports de l’époque, Maurice Herzog.

René, lors de la braderie de la rue de Lannoy en 1953 ( document collection privée famille Violette )

En 1954, ils achètent la maison du 70 rue de Lannoy qu’ils occupaient en tant que locataires. René devient membre de la chambre syndicale des chemisiers de France, en 1957. Chaque année, il distribue à ses clients, un calendrier rappelant la fête des pères du mois de Juin.

( document collection privée famille VIOLETTE )

Au début des années 1960, les commerçants de la rue de Lannoy apprennent qu’ils vont être expropriés, pour permettre la construction du centre commercial Roubaix 2000. Les commerçants commencent à quitter les lieux. Le commerce de lingerie voisin, de A. Carette, au 72, étant libre, René expose ses chemises dans la vitrine, pour quelques mois.

Le 72 rue de Lannoy ( document archives municipales )

Le 24 Avril 1964, René et Odette VIOLETTE reçoivent leur lettre d’expropriation. En Juin de la même année, ils créent leur SARL :  »René Violette et Cie » et ouvrent leur magasin au Lido en 1965.

À suivre . . .

Remerciements à Jean-Pierre, Nicole et Marc VIOLETTE, ainsi qu’aux Archives Municipales

De Motte-Bossut à l’Eurotéléport

Motte-Bossut entreprise textile
Motte-Bossut entreprise textile Coll Part

Considérée comme un fleuron de l’architecture industrielle du Nord, l’usine Motte-Bossut est inscrite au titre des Monuments Historiques dès 1978, ce qui la préserve d’une éventuelle démolition. L’entreprise dépose le bilan en 1981 et cesse ses activités en 1982. La ville de Roubaix rachète alors le bâtiment pour ses projets de restructuration du centre. En 1983, une mission interministérielle est créée reprenant le nom de l’association des deux architectes et urbanistes Roland Castro et Michel Cantal-Dupart « Banlieues 89 ». En 1984, deux consultations sont lancées en direction des architectes, urbanistes, paysagistes et plasticiens afin de proposer des projets de rénovation de la banlieue en France. Plus de deux cents projets sont retenus sur l’année 1984. Dès le mois de mars, Roubaix répond à l’appel de Richard Castro, lequel est séduit par le château usine roubaisien. Une équipe de Roubaisiens aidés par des architectes se met au travail et il en ressort un projet de centre international des communications et des technologies nouvelles. Les orientations sont les suivantes : un centre régional de ressources et d’échanges avec production d’outils de communication, un projet régional de création d’un fonds d’archives du monde du travail, des clubs pro-électroniques, un relais privilégié du centre international de communication de la Défense à Paris, et l’appropriation des nouveaux médias par le grand public. Il s’agit aussi de faire la promotion des nouvelles technologies autour des activités qui ont fait la réputation de Roubaix. On parle du Centre national de promotion textile, de nouveaux services urbains, d’un institut de gestion urbaine, d’une société de développement local, d’une banque du développement, et d’un centre d’initiation aux langues étrangères. Sous l’ancienne municipalité, il y avait déjà eu de nombreux projets : station de métro, gare des autobus, construction d’un hôtel, un musée du textile et le fameux centre national de promotion textile.

Monsieur Leman de l’APU présente le programme des films Photos NE

Février 1986, deux projets nordistes de télévision locale voient le jour : la société lilloise vidéo-system et l’atelier populaire d’urbanisme de roubaix. Le projet NTV de Lille travaille sur le dessin animé et l’image de synthèse, pour les chaînes de service public. L’APU est une télévision associative, présentée comme télé Monsieur le Maire, porte voix des élus locaux et gadget pour les associations de quartier. Les financeurs sont le Conseil Régional, la ville de Roubaix, EDF, Velec et la Redoute. Modèle de la télévision de proximité, le projet APU ne peut espérer voir le jour que dans l’optique d’une diffusion sur réseau câble. En mars 1986, c’est la signature par le ministre des P et T M. Mexandeau, de la convention qui va permettre le câblage de l’agglomération de Roubaix Tourcoing. Le château de l’industrie devient un centre international de la communication d’où partiront images et données qui alimenteront le réseau. Le 22 Mars 1986, c’est la première séance de la télé de quartier de l’APU en trois séances successives. Maquette de télé locale en 52 minutes. TV Roubaix est du travail de pro. Production d’une série de huit films de 5 à 10 minutes, avec des thèmes sur le quartier de l’Alma, la ferme des enfants, le soutien à la lecture, des actualités locales, le club de badminton et ses champions de France, un vidéo clip de danse maghrébine par le groupe Cirta. Coût 350.000 francs pour deux minutes de programme.

Dès juin 1986, le château de l’industrie se transforme en bastion avancé des technologies du futur. Le projet a été retenu dans le cadre de la mission Banlieues 89 aux côtés de villes comme Bordeaux, Nancy sur une liste qui compte 70 opérations. La locomotive du projet est sans conteste le centre De la ferme au supermarchéinter-régional des archives du monde du travail, mais l’ambition est plus vaste. Il s’agit de créer un important centre de la communication, avec la création d’un centre de production et de ressources audiovisuelles, un réseau de télévision par câble, un port électronique transmettant images et informations par fibres optiques, des ateliers d’initiation aux nouvelles technologies, un exploratorium, qui soit un relais du musée de la Villette. Ajouté à cela un centre d’initiation aux langues étrangères, un centre d’essai des nouvelles technologies du commerce, et le fameux centre de promotion textile.

Les travaux de 1986 Photo NE

En Septembre 1986, interviennent les premiers coups de pioche, et les premiers bâtiments démolis du côté de la rue de Lannoy. Ce n’est plus un projet, proclame André Diligent, le point de non retour est atteint ! Les bâtiments donnant sur le boulevard Leclerc sont donc réhabilités et accueillent le Téléport et le Centre International de la Communication. Le projet est novateur et s’inscrit dans une politique d’ouverture et de mutations des activités roubaisiennes vers le secteur tertiaire de haut niveau. France Télécom installe un centre numérique et une salle de visioconférence. Centre numérique, salle de vidéo-conférence, chaînes câblées et studio de télévision locale C9 prennent possession d’une partie de l’usine après la réhabilitation des façades sur le boulevard et la transformation des anciens ateliers pour construire des bureaux adaptés aux nouveaux usages.

En novembre 1987, Gérard Longuet, secrétaire d’état aux P et T, vient annoncer la création sur place d’une zone de télécommunications avancées. Vous aurez onze ans d’avance ! s’exclame-t-il. Trois zones en France, Roubaix, Metz et Poitiers. On les nomme téléports mais le ministre n’emploie pas le mot. Le centre roubaisien sera néanmoins l’Eurotéléport. L’inauguration prévue par le premier ministre Jacques Chirac, le 7 décembre. Un projet en entraîne un autre : un important groupe immobilier la SARI, va construire à Roubaix sur le site Motte Porisse 18.000 m² de bureaux intelligents, on prévoit la construction d’un Novotel, d’un centre d’affaires actif qui dès l’été 1988 accueillera la tête de réseau recevant les programmes du câble. En Décembre 1987, pas de Chirac, ce sera Michel Noir, ministre du commerce extérieur. On pose néanmoins la première pierre.

Michel Noir pose la première pierre Photo NE

Mai 1988, l’Eurotéléport sera une réalité dans six mois, grâce à la signature de la convention entre France Telecom et la ville. Quatre conventions de ce genre ont été signées, à Metz, Poitiers, Sophia-Antipolis et Roubaix. André Diligent compare l’ensemble du projet au « tunnel sous la manche ou au TGV, même s’il coûtera moins cher à la collectivité ». En attendant, il s’agit d’offrir des services aux entreprises, et notamment le raccordement téléphonique haut de gamme le RNIS (réseau numérique à intégration de services), le star direct com intra-entreprises à l’échelon international. L’investissement de France Télecom se monte à 20 millions de francs et l’opérationnalité est prévue pour le premier semestre 1989.

Les travaux de 1988 Photo NE

Juillet 1988 : les travaux ont commencé de façon spectaculaire. Le CIC se divise alors en trois grands pôles : grand public, formation, économie. En sous sol, on trouve la tête de réseau câblée du VNE, et dans l’enceinte du vieux bâtiment, 1300 m² ont été attribués pour une partie culturelle équipée avec le matériel ultra performant de l’INA, murs d’images, videothèque pour les étudiants, visiteurs, écoliers puis un centre de télécommunication France télécom pour les entreprises. La formation est représentée par l’école supérieure de création en communication et l’UFR de langues étrangères appliquées.Un centre Atria, centre d’affaires comme à Grenoble, Saint Etienne ou Montpellier, est programmé sur le site Motte-Porisse.

à suivre

Du château Ternynck à l’école Jeanne d’Arc

Henri Ternynck est un industriel roubaisien, dans le domaine du textile. Il possède une usine de tissage et filature, située sur le Boulevard de Fourmies ( voir un précédent article sur notre site, intitulé : l’usine Ternynck ) ainsi qu’une entreprise rue de la Fosse aux Chênes. Ses immenses bureaux se situent au 50 rue de la gare ( à l’angle de la rue de l’hospice ). Henri Ternynck gère ses affaires avec ses enfants, et crée l’entreprise Henri Ternynck et fils. Tous les membres de la famille Ternynck habitent dans différents endroits à Roubaix.

Edmond et Marie Ternynck ( document C. Baccarrere et A. Charpentier )

Un des fils d’Henri, Edmond Ternynck, se marie avec Marie Dormeuil, en 1878. Il décide de faire construire son hôtel particulier vers 1880. Il fait l’acquisition d’un terrain vierge de 13.519 m2, situé au 32 rue de Barbieux, pour y faire construire sa demeure. L’extrémité de cette immense parcelle se situe avenue Le Notre, en bordure du parc de Barbieux. Il confie le projet à l’architecte M. Dupire, qui s’inspire du château de Raray dans l’Oise, pour édifier les plans de la demeure.

L’hôtel particulier d’Edmond Ternynck 1880 ( document Archives Municipales  )
L’hôtel particulier d’Edmond Ternynck  ( document C. Baccarrere )

Le château du Huchon, comme on l’appelle à l’époque, est très imposant, Il est composé de très nombreuses pièces, sur trois niveaux. Au rez de chaussée, une galerie de 24m de long fait face à la rue, c’est une galerie de façade pour y exposer des tableaux et œuvres d’art. La décoration des salles est luxueuse : cheminée dans chaque pièce, moulures bois, portes intérieures monumentales. Au 2° étage, se situent les chambres pour le personnel : les femmes de chambre et les femmes de ménage sont en effet très nombreuses et nécessaires pour le service des châtelains.

Les pièces intérieures ( documents C. Baccarrere )

A l’extérieur, côté sud, est édifiée une terrasse couverte pour les beaux jours.

La terrasse couverte ( document C. Baccarrere )

De chaque côté du château, ( côté rue ) sont édifiés deux bâtiments séparés. Le premier est réservé aux écuries, car les déplacements à l’époque se font essentiellement en véhicules hippomobiles ( fiacres, calèches ). Le deuxième, appelé bâtiment des communs, est consacré aux nombreux jardiniers. On y trouve la resserre et un hangar pour stocker le matériel. Le long du mur de clôture, se trouvent un clapier et un poulailler.

Les extérieurs ( documents Archives Municipales et C. Baccarrere )

Dans les années 1920, de nombreuses nouvelles constructions sont érigées dans la rue de Barbieux. La municipalité décide alors d’une nouvelle numérotation des habitations. C’est ainsi que le 32 rue de Barbieux devient le 68.

Côté rue ( document C. Baccarrere )
Côté jardins ( document C. Baccarrere )

Edmond décède en 1914. Son épouse, Marie Ternynck, continue à gérer seule la demeure. La propriété est immense. Une partie du château ( la moitié du rez de chaussée et la moitié du sous sol, sur le côté sud ) est louée, en 1929, à Léon Tack et son épouse Gabrielle née Catry.

Léon Tack est grossiste et importateur en fruits, primeurs et légumes. Son entreprise est installée au 23-25 rue de la Halle, où la famille occupe le 1° étage. Le couple et leurs enfants apprécie alors ce nouveau logement spacieux, dans un cadre idyllique et verdoyant.

Publicité Léon Tack ( document collection privée )

Marie Ternynck décède en 1934. La famille Tack reste locataire de la demeure rue de Barbieux. En Mai 1940, Léon Tack, son épouse et leurs 7 enfants quittent Roubaix, et partent à Mélicourt dans l’Eure, pour quelques mois, puis descendent dans le sud de la France, et résident à Tarbes pendant quelques mois également. La famille Tack est de retour à Roubaix en 1941 ; les allemands occupent la moitié de la demeure. Léon Tack déménage à la fin de l’année 1942, et part s’installer au 52 rue Dammartin.

À suivre . . .

Remerciements à Carole Baccarrere, Annick Charpentier, Gabrielle et Dany Tack, Béatrice Martin, Florence Tellier, Virginie Samyn ainsi qu’aux Archives Municipales.

Les Maisons des Docteurs

Deux maisons ont été construites en 1897, par l’architecte Dupire, pour Louis Derville, sur le boulevard Gambetta ( entre l’usine Motte Bossut et la rue de Lannoy ). Aujourd’hui, le boulevard a été rebaptisé boulevard du Général Leclerc ( entre les Archives Nationales du Monde du Travail et Mac Arthur Glen ).

Photo Xavier Lepoutre

On a appelé ces grandes bâtisses : les Maisons des Docteurs, car de nombreux médecins se sont succédé dans cet immeuble depuis la construction. Notons au passage au N° 80 les présences des docteurs De Gandt et Puistienne, au 82 le docteur ophtalmologiste R. Laude, au 86 le docteur Boudailliez-Loridan, au 88 et 90 les dentistes Jacques Prouvost et P. Ferrette,

document Daniel Labbé 1985

Les deux maisons sont remarquables, de style florentin, composées de briques et de pierres, avec la présence de médaillons, d’impostes en terre cuite et des loggias à l’italienne, parfaitement dans le style de fin XIX siècle. C’est un patrimoine architectural inestimable, et de surcroît, une valeur « sentimentale » pour bon nombre de Roubaisiens.

Mais voilà, l’ensemble de ces maisons est en danger car la municipalité a programmé de les raser en 1988. Elles sont condamnées pour des raisons techniques et financières.

document Nord Eclair

En Octobre 1988, tout le monde n’accepte pas la démolition programmée de ces maisons ; l’association Art-Action qui veut remettre en valeur le patrimoine roubaisien est prêt à se battre pour éviter cette hérésie.

document Nord Eclair 1988

L’ensemble des maisons des docteurs, offre un prolongement naturel avec l’ancienne usine Motte Bossut, qui, après sa restauration complète, va retrouver une fière allure.

documents Nord Eclair 1988

Pourquoi démolir ? Ravaler ces deux bâtisses ferait un ensemble harmonieux, de même type que ce qui a été réalisé avec les Drapiers du boulevard De Gaulle : conserver la façade, tout en construisant par derrière des logements ou des bureaux.

documents Nord Eclair 1988

Mais la municipalité en a décidé autrement. Mr Tachau, responsable des services techniques de la ville, précise que le nouveau bâtiment sera composé de bureaux intelligents, c’est à dire  équipés des toutes dernières technologies de communication. L’ensemble sera sur 6 niveaux, et garder l’ancienne façade engendrerait un surcoût considérable pour la commune, comme ce qui a été réalisé pour la résidence « Hotelia » pour personnes âgées du 7 Grande rue ( ancienne C.A.F ).

De plus la future station de métro « Eurotéléport » va se trouver en partie, sous l’ensemble des maisons des docteurs. L’ensemble des maisons est donc rasée en début d’année 1989.

document Google maps
Photo BT

Remerciements aux Archives Municipales

Du Campanile au Kyriad

Février 1989, il est procédé à la pose fictive de la première pierre d’un nouvel hôtel à Roubaix. Il s’agit d’un Campanile, hôtel restaurant de 50 chambres, situé avenue des Nations Unies, à deux pas de l’école Villon et du parking silo. Campanile est une enseigne française créée en 1976, spécialisée sur le segment des hôtels de milieu de gamme (2 et 3 étoiles) appartenant à l’entreprise Louvre Hotels Group, la branche hôtellerie économique du groupe du Louvre. Les Campaniles sont des hôtels avec des chambres standardisées. Tous possèdent un restaurant avec un service de type « buffet à volonté ». Les restaurants assurent 40 % du chiffre d’affaires de l’enseigne et 60 % des clients ne dorment pas à l’hôtel. Le personnel est limité au strict minimum et les fournisseurs de nourriture et de mobilier sont identiques pour tous les hôtels de la chaîne, ce qui contribue à une standardisation des Campaniles.

Plan de l’implantation du Campanile Photo NE

Le sénateur maire André Diligent poursuit ainsi son plan de renforcement du potentiel hôtelier de la ville. Cela entraîne des réactions. Les parents d’élèves de l’école François Villon craignent que l’hôtel ne fasse de l’ombre à l’établissement scolaire. Pas d’échange entre eux et les promoteurs malgré les invitations de rencontre pour aborder les trois principaux griefs : la distance entre l’hôtel et l’école qui ne sera pas de 12 mètres mais bien de 20 à 25 mètres. Pour l’ombre, le projet initial a été revu : en lieu et place d’un bâtiment de six étages, il y aura un rez de chausssée et deux étages, pour ne pas diminuer la luminosité de l’école, selon le directeur de travaux, M. Amiot. Enfin pour l’accès auto, les 20 ou 25 mètres évoqués plus tôt seront utilisés pour un parking de 45 places. Un plus esthétique, on prévoit une façade en briques pour faire ambiance locale.

Croquis du Campanile Photo NE

L’ensemble hôtelier sera donc constitué par deux petits immeubles, l’un pour l’hôtel, l’autre pour le restaurant. Après l’IBIS et le Formule 1, c’est un nouvel équipement pour une clientèle d’affaires. La Redoute toute proche devrait en bénéficier. L’ouverture est prévue pour le mois de juin. Il s’agit du 188e campanile, installé sur une superficie de 2.400 m² chambre avec salle de bains, TV, prix de 200 à 225 francs.

Pub Campanile in NE

L’hôtel ouvrira finalement le 6 juillet et c’est un roubaisien, Arnaud Deponthieu qui en est le premier directeur. De retour à Roubaix avec son épouse Christelle, ils correspondent parfaitement à l’esprit Campanile qui repose sur le principe d’un couple qui veille à tout. Ils sont aidés par un couple d’assistants de direction, un cuisinier, une personne pour le service et trois personnes pour l’entretien. Le campanile de Roubaix est inauguré huit mois après son ouverture en présence de M. Taittinger co-président de la société Campanile, du sénateur maire André Diligent. Il est assez exceptionnel qu’un Campanile s’installe en centre ville.

Les gérants du Campanile Photo NE

En 2000, la branche économique Groupe Envergure (Hôtels Campanile, Clarine, Première Classe et Bleu Marine et restaurants Côte à Côte) fusionne avec Hôtels & Compagnie (Climat de France, Balladins, Tradition de France, Nuit d’Hôtel). En 2001, c’est la création des hôtels Kyriad en lieu et place des Campaniles. En 2010, la chaîne est présente dans neuf pays d’Europe avec 388 hôtels, dont 330 en France. 15 % de ces établissements sont franchisés. Elle est le second acteur d’hôtellerie économique en France. Début mars 2015, le groupe du Louvre et Louvre Hotels Group sont rachetés par le groupe chinois Jinjiang International. La transaction s’élève à 1,3 milliard d’euros. Ce groupe est également actionnaire d’Accor.

Kyriad aujourd’hui Cliché Google maps

Sources : presse roubaisienne, Wikipedia

 

L’Auberge de Beaumont

Dans les années 1920, au 143 rue de Beaumont, se trouve l’épicerie de L. Nisse. Ce commerce est repris, dans les années 1930, par E. d’Havé. Le magasin est situé dans un quartier calme, à proximité de la rue Payen, et à deux pas de la ferme de M. Cruque, agriculteur, sur la place du Travail.

La rue de Beaumont en 1926 : à droite, un des bâtiments de la ferme Cruque ( document BNR )

Ce commerce devient ensuite un estaminet, géré successivement par Mme Ledocte dans les années 1940 et L. Grave dans les années 1950.

Dans les années 1960, le café se nomme : « Au Moniteur » Peut-être y avait il un rapport avec l’endroit tout proche place du Travail, où se déroulaient les épreuves pour passer le permis de conduire.

Modification de la façade en 1964 ( document Archives Municipales )

En 1964, le tenancier Kurt Gronow, qui demeure 121 rue Pierre de Roubaix, demande au bureau d’études Clément Dassonneville, à Menin, une modification complète de la façade de son établissement. Les travaux s’élèvent à 14.220 Frs. Dans les années 1970 1980 l’établissement change plusieurs fois de propriétaire. Les enseignes se succèdent également : La Serre et Le Rustique.

L’auberge dans les années 1980 ( document Archives Municipales et Nord Éclair )

A la fin des années 1980, Jean Pierre Pirlet reprend l’établissement qui devient « l’Auberge de Beaumont ». Deux ans plus tard, en 1990, aidé par son chef de cuisine Alain Dequidt, il ajoute à ses deux menus existants de 75 Frs et 125 Frs, des plateaux de fruits de mer.

document collection privée

On peut déguster désormais, le plateau du mareyeur de 24 huîtres fines de claire d’Oléron pour 120 Frs, et le plateau de fruits de mer composé d’huîtres, langoustines, crevettes, bouquets, amandes et un tourteau, pour le prix de 150 Frs. Un arrivage quotidien des fruits de mer et crustacés assure une fraîcheur des produits inégalable. Jean Pierre Pirlet propose également la livraison de plateaux à domicile et la vente à emporter. Il fait aussi profiter sa clientèle de son expérience en matière de champagnes et de vins blancs.

document collection privée

En 1996, Frédéric Mégnien et son épouse Kira reprennent l’auberge de Beaumont. Ils arrêtent la vente de fruits de mer et se dirigent vers une cuisine plus traditionnelle, avec un accueil sympathique et convivial. Frédéric devient  »Maître Restaurateur » ( titre honorifique délivré par l’Etat )

document collection privée

L’engagement de Frédéric : une cuisine réalisée sur place à partir de produits bruts, majoritairement frais, intégrant les circuits courts. Il cuisine des produits de saison, comme les asperges en Avril, le gibier et les champignons à l’automne…

Frédéric et Kira Mégnien ( document Nord Eclair )

Dans les années 2000, un incendie ravage le premier étage ; l’établissement reste alors fermé plusieurs mois pour travaux. En 2007, les époux Mégnien quittent l’auberge pour ouvrir un établissement à Lille puis à Villeneuve d’Ascq.

documents : L’Expresso

En 2008, l’auberge de Beaumont est reprise et devient : L’Expresso. Le nouveau gérant, Jean François Choquet propose désormais une cuisine italienne et française : restauration traditionnelle, vente de pizzas sur place ou à emporter.

Remerciements aux Archives Municipales.

Ibis à Roubaix

Le 31 janvier 1988, la première pierre d’un nouvel hôtel est posée, comme signe tangible de la volonté de transformation de Roubaix voulue par l’équipe Diligent : transformer une ville repoussoir en un pôle d’attraction. Et en premier lieu, loger les visiteurs ! André Diligent rassure le monde hôtelier existant à Roubaix : avec un trois étoiles de 92 chambres, un deux étoiles de 13 chambres, quatre une étoile de 20 chambres, nous ne disposions que de 200 chambres pour tout Roubaix. D’un seul coup, nous augmentons notre capacité hôtelière de 50 % et ce n’est pas fini. Mais je suis convaincu qu’il y a de la place pour tout le monde.

Le Sénateur Maire André Diligent posant la première pierre Photo NE

Le partenaire, c’est la chaîne Ibis, dont le premier hôtel ibis a ouvert à Bordeaux en 1974, construit par la société hôtelière Novotel-SIEH, qui a absorbé les hôtels Mercure en 1975 et deviendra le futur groupe Accor en 1983. L’objectif de cet hôtel est de créer une chambre 30% moins chère que celle de Novotel. En 1977, 14 hôtels Ibis ont ouvert en France. En 1980, Ibis ouvre son 50ème établissement. La même année, la société Aéroports de Paris autorise pour une durée de 50 ans les hôtels Ibis à exercer une activité hôtelière (556 chambres) sur les domaines publics des aéroports. Le groupe hôtelier Accor prend naissance en 1983 et ouvre son premier hôtel Ibis aux États-Unis en 1983. En 1984, Accor et la banque La Hénin réunissent les 123 hôtels ibis et Urbis au sein de la structure Sphère SA, qui devient le premier opérateur d’hôtels 2 étoiles en France. Roubaix sera le 215e Ibis.

Avant l’Ibis, un café restaurant CP Méd Rx

Estaminet déjà présent en 1898, bénéficiant de la clientèle des Halles Centrales, dénommée Brasserie de Belfort en 1908, toujours café dineurs en 1929, puis café de la poste en 1972, l’emplacement a toujours eu une vocation d’accueil du public en s’adaptant à son environnement. Nous sommes à présent face à l’IUT, à deux pas de l’ancienne filature Motte-Bossut qui est sur le point d’accueillir les Archives nationales du monde du travail (ANMT). Elles y seront installées en 1993. Le nouvel Hôtel est un deux étoiles, propose 64 chambres, un restaurant bar de 70 places. La presse cite d’ailleurs un programme en six points : dans les deux ou trois ans, Roubaix va se doter d’un formule un de la chaîne Accor, d’un Campanile deux étoiles, d’un trois étoiles de standing Accor Srai inséré dans un projet de centre d’affaires, un deux étoiles de la chaîne Ibis, celui-là vient de commencer et un Hotelia équipement hôtelier original pour personnes âgés qui s’installera à la place de l’ancienne CAF.

L’Ibis en attente de l’Eurotéléport et des ANMT Photo Guy Sadet

Inauguré en septembre 1988, l’hôtel Ibis connaît un démarrage assez calme, du selon le directeur de l’époque à la concurrence de Lille, de son animation et de ses restaurants. À l’occasion, l’Ibis joue le rôle de déversoir quand Lille affiche complet. Roubaix est par ailleurs en pleine transition. L’Ibis accueille plutôt un public de cadres, comme ceux du Lloyd continental. L’ouverture prochaine de l’Eurotéléport porte de grands espoirs. On sert 80 à 100 repas par jour et c’est souvent le midi. Le manque d’animation (il n’y a plus qu’un seul cinéma à Roubaix) et trop peu de restaurants pour intéresser les clients à rester le soir.

Sources : presse locale, Ravet Anceau, Wikipédia

Les tissus Hallynck

Dans les années 1920, le jeune Emile Hallynck entre dans la vie active. Il trouve un poste d’employé chez un négociant en tissus et draperies : J. Houzet au 18 et 20 rue de la Fosse aux Chênes. En plus de son activité, et pour compléter ses revenus, il vend des pièces de tissus dans différents commerces : forains, tailleurs, etc. Il parcourt à bicyclette les rues de la région pour laisser des coupons d’étoffe en dépôt chez ses clients.

Emile Hallynck ( document J. Hallynck )

Émile se marie avec Marthe, née Leclerc. Ils habitent au 196 rue de l’Hommelet. Émile a un sens inné du commerce et les affaires deviennent très rapidement florissantes. Il crée, avec son épouse, au début des années 1930, l’entreprise  »Émile Hallynck-Leclerc ». Ce commerce de détail de tissus se trouve à son domicile. En 1938, ils déménagent au 198 bis de la même rue, pour un local plus spacieux. Émile et Marthe ont 5 enfants : Pierre, Jean, Marguerite, Marc et Michel. A l’adolescence, ceux-ci aident leurs parents à tenir le commerce.

A la petite Jeannette ( document collection privée )

Après la seconde guerre mondiale, les affaires reprennent. Marthe et Émile souhaitent ouvrir un commerce dans le centre ville et trouvent, dans la rue du Vieil Abreuvoir, deux endroits complémentaires : au N° 8, un magasin de détail ( tissus, lainages et soieries ) pour Marthe et sa fille Marguerite. L’enseigne « A la Petite Jeannette » est gardée car très connue des roubaisiens. Au N° 28, un local qu’ Émile Hallynck transforme en commerce de draperies, gros et détail. Il crée ainsi, en 1949, la société  »Hallynck et fils » avec ses enfants Pierre, Jean, et Marc. En 1951, son gendre Gilles Nuytten (le mari de Marguerite) rejoint l’équipe dirigeante. Michel, le cadet, s’oriente vers une brillante carrière  musicale avec son épouse Jacqueline.

Dans les années 1950, la société Hallynck et fils couvre le marché des DOM-TOM par l’envoi massif d’échantillons. Le succès est immédiat, l’offre répondant à un besoin important, et les prix étant très attractifs. La société garde ce marché jusqu’à l’indépendance de ces territoires.

Façade du 16 avenue Jean Lebas ( document Archives Municipales )

En 1962, Marthe Hallynck transfère son commerce de détail au 16 avenue Jean Lebas. Elle entretient de bonnes relations avec ses confrères du centre-ville : Pauchant et Segard. Ils publient régulièrement des publicités communes dans la presse locale.

Publicité de 1962 ( document collection privée )

La nouvelle société  »Hallynck et fils » est très dynamique. Jean et son épouse Angèle, Gilles et Marc participent avec leur père à l’évolution de l’entreprise et développent la clientèle : artisans tailleurs, confectionneurs, créateurs de mode, commerçants en  »mesure industrielle » pour la confection. Les tissus proviennent principalement des usines textiles de Roubaix et de ses environs : Louis Lepoutre, Auguste Lepoutre, César Pollet, Jean Deffrenne, Motte-Bossut, P et J Tiberghien, Prouvost-Bernard et bien d’autres. Toutes ces usines ont aujourd’hui disparu.

L’entreprise est ensuite transférée dans un local plus spacieux, au 15 de l’avenue Jean Lebas. Puis, dans les années 1970, le Crédit Lyonnais, situé au 17 de l’avenue souhaite prendre possession de ce local ; les tissus Hallynck et fils déménagent à nouveau pour le 29 de la même avenue. Cet immeuble, alors vide, avait longtemps été occupé par un confrère : les Ets Noblet, fabricant de draperies haut de gamme.

Façade du 29 avenue Jean Lebas construit vers 1885, consacré au stockage des tissus ( document J. Hallynck )

 

Publicité 1970 ( document J. Hallynck )

 

Publicité 1975 ( document collection privée )

A ce jour, la famille Hallynck a développé son activité et la vente par correspondance, dans une ambiance familiale, avec un personnel attaché à l’entreprise, comme par exemple, Marie-Claude Berthe, entrée à l’âge de 14 ans et qui en est à sa 60° année de carrière ! Les relations avec les fournisseurs, clients et prestataires sont également privilégiées. Ainsi, si l’imprimerie Truffaut n’existe plus à ce jour, les relations très amicales avec Mr Truffaut existent toujours. La famille Hallynck, en plus de ses valeurs morales et relationnelles a eu une gestion rigoureuse et une capacité d’adaptation à l’évolution du marché.

Jean Hallynck en 2002 ( document J. Hallynck )

Depuis de nombreuses années, tout en continuant de vendre de la draperie pour costumes et de beaux lainages, Jean, Angèle et leur fille Isabelle ont élargi les gammes de tissus en privilégiant toujours la qualité et le haut de gamme. Les tissus pour femmes, les soieries pour robes de mariées, tissus pour enfants, tissus d’ameublement, ont pris place dans les rayons et sont très appréciés par la clientèle.

Le choix incomparable des tissus ( Photo BT )

Les tissus Hallynck, sous l’impulsion d’Isabelle (fille de Jean) dévouée depuis 35 ans à l’entreprise, continuent l’activité grâce à 90 années d’expérience et de passion, une très forte notoriété sur le marché et un choix important de tissus.

Marie-Claude Berthe, Jean et Isabelle Hallynck ( document J. Hallynck )

Remerciements à Jean et Isabelle Hallynck.

Les ressorts Delescluse

Albert Delescluse naît à Roubaix en 1890. Il entre en tant que coursier au Journal de Roubaix en 1905, puis devient maréchal-ferrant vers 1910. Après la première guerre mondiale, en 1919, il reprend l’affaire de son ancien patron Jules Hauguet, au 45 rue Newton.

Le 45 rue Newton. A la droite de l’habitation se trouve l’atelier de forge et de charronnage ( photo BT 2020 )

Albert Delescluse se marie avec Marie Vandenbroucke, dont le père est également maréchal-ferrant. De cette union naît leur fille Odette en 1920. L’atelier dont dispose Albert est bien équipé pour produire les fers à cheval, bien sûr, mais également pour cercler les roues en bois, fabriquer des ressorts à lames, et des épures (cadres en bois montés sur les châssis des premiers véhicules automobiles).

Albert Delescluse sur son estampeur, à l’atelier rue Newton ( document A.Antoin )
Albert Delescluse à gauche devant la forge, et deux ouvriers ( document A.Antoin )

Albert décroche de très gros marchés pour son activité de maréchalerie, comme La Lainière, puis il se spécialise rapidement dans la fabrication de ressorts pour toutes marques automobiles ainsi que pour les camions. Son entrepôt lui permet de stocker de nombreuses pièces pour satisfaire la demande de plus en plus importante. Albert est le seul fabricant de ressorts à Roubaix.

Publicité 1928 ( Document collection privée )

Face à son développement, à la fin des années 1920, son atelier de la rue Newton devient trop petit. Il fait l’acquisition du 17 bis boulevard de Beaurepaire, qui a l’avantage d’avoir un accès direct à son atelier de la rue Newton.

La voiture et sa remorque publicitaire d’Albert Delescluse devant le 17 bis en 1935 (document A.Antoin )

Les années suivantes, le développement devient très conséquent, et l’atelier du 17 bis est à son tour trop petit. Albert fait alors l’acquisition d’un terrain, en 1947, au 19 boulevard de Beaurepaire, et demande l’autorisation de construire un atelier. Il confie l’exécution des travaux ( la construction d’une nef ) à M Browaeys, de la rue Boucicaut, pour un montant de 350.000 Frs. Ce nouvel entrepôt lui permet de stationner les véhicules en attente de réparation, et de stocker ses pièces détachées. Le 19 du boulevard de Beaurepaire est séparé du 17 bis, par l’atelier de menuiserie de Désiré Lepers au 17 ter.

Publicité 1947 ( Document collection privée )

En 1945, Odette Delescluse, la fille d’Albert, se marie avec Albert-Hector Antoin. Ce dernier entre dans l’entreprise Delescluse en tant que forgeron. De leur union naît, en 1948, leur fils Albert-Ange Antoin. Pour trouver un logement à Odette et Albert-Hector Antoin, Albert Delescluse fait construire un appartement, en 1954, au dessus de l’atelier du 19. Il confie le dossier à l’architecte G. Verdonck avenue Jean Lebas.

L’appartement au 19 au dessus de l’entrée de l’atelier ( documents archives municipales )

A la fin des années 1950, les constructeurs automobiles réalisent d’énormes progrès techniques sur les nouveaux véhicules. Les ressorts à lames deviennent des amortisseurs télescopiques. L’entreprise Delescluse s’adapte et change de stratégie. Elle abandonne peu à peu la fabrication de ressorts et devient Centre Officiel des amortisseurs De Carbon. Albert-Hector Antoin diversifie alors son activité en distribuant des accessoires automobiles, comme des attelages de remorque, embrayages, échappements, transmissions, et, par la suite, des garnitures de freins.

( Document collection privée )

Albert Delescluse décède en 1963, et son épouse l’année suivante. Albert-Hector Antoin et Odette continuent l’activité de l’entreprise. Le développement de la société à cette époque est important ; ils rachètent le 19 bis, en 1958, à Mme Vve A Pruy-Plateau et le 17 ter, en 1963, au menuisier D. Lepers.

Reprise du 19 bis en 1958 à Mme Vve A Pruy Plateau ( document archives municipales )
Reprise du 17 ter en 1963 au menuisier D. Lepers ( Document collection privée )

La reprise de la menuiserie permet de refaire la façade du 17 bis et 17 ter. Au début des années 1970, leur fils Albert Ange Antoin a 22 ans. Il entre dans l’entreprise pour aider ses parents à l’atelier.

Le jeune fils, Albert-Ange au montage et équilibrage des pneus en 1974 ( document A.Antoin )
Refonte de la façade 17b 17t 19 19b ( Document collection privée )

En 1979, Albert-Hector Antoin rachète l’épicerie-alimentation de Charly Lagaise, au 19 ter, rase le commerce, et construit une porte de 5,50m de hauteur, et large de près de 8m, pour faciliter l’entrée et la sortie des camions. La façade totale mesure désormais près de 40m de large. La superficie totale est d’environ 1400 m2.

Publicité 1975 ( Document collection privée )

Albert Antoin ( père et fils ) continuent de développer le commerce de pièces automobiles. En 1974, ils ajoutent une activité : la pose de tachymètres sur les Poids Lourds pour le contrôle de vitesse, et en 1976, l’installation de compteurs pour les chauffeurs de taxi. Les ressorts à lame que produisait Albert Delescluse ne se vendent plus : 75 tonnes de ressorts ont été mises à la ferraille. L’entreprise Delescluse gérée alors par Albert-Ange Antoin, en Septembre 1998, est la première entreprise du Nord à passer aux 35 heures pour le personnel, ce qui débouche sur une accélération, quant à sa croissance interne et externe. Au début des années 2000, Albert-Ange aligne les différentes parties de l’entreprise sur une longueur de 50m. La superficie totale de l’entreprise est alors de 1800 m2.

Enseigne DLC façade avant et arrière ( Documents A.Antoin )

 

( Document Google Maps )

 

Une partie du comptoir de vente et intérieur de l’atelier ( Documents A.Antoin )

Au milieu des années 2000, l’entreprise Delescluse est rebaptisée DLC ( De.Les.Cluse ) pièces auto. Entre 2000 et 2003 Albert-Ange rachète 2 entreprises dans la région, puis 3 en région parisienne ; il les transforme sous la bannière DLC, ce qui permet de multiplier le chiffre d’affaire de façon très conséquente. En 2008, les parts sociales sont confiées au gérant Brice Pouill. Albert-Hector Antoin décède en 2016. L’entreprise est cédée en Décembre 2018 et l’enseigne devient « Auto Plus Roubaix ».

Auto Plus Roubaix ( document A.Antoin )

De la création, en 1919, jusque la cession, en 2018, les 3 générations ont connu ( pendant un siècle ) une énorme évolution : le fer à cheval, les ressorts à lames, les amortisseurs, et les accessoires auto. Il y a une cinquantaine d’années, existaient encore 44 grosses entreprises de distribution d’accessoires ; il n’en reste plus que 2 aujourd’hui. Les ventes se sont reportées sur des détaillants.

Albert-Hector Antoin ( document A.Antoin )

Remerciements à Albert-Ange Antoin, et aux Archives Municipales

Le Maire de l’Epeule

Une place du quartier de l’Epeule porte désormais son nom, mais qui était donc Victor Vandermeiren ?

Victor Vandermeiren est né à Croix le 6 mars 1915 d’un père chauffeur et d’une mère soigneuse. De profession comptable, il aime à rendre service et son plaisir est de faire plaisir. Il habite 184 rue de l’industrie à Roubaix. Pendant toute sa vie, il mettra ses talents d’organisateur et de conseiller au service des gens de son quartier.

Très jeune il s’occupe de l’organisation des loisirs : en 1933, il est secrétaire de la section de basket de l’amicale des arts, il est aussi l’adjoint de son père, alors capitaine de route à la section cyclotouriste du Nord Touriste, pour l’organisation des itinéraires de randonnées.

Il était volontiers facétieux Photo NE

Il fait son service militaire en Moselle au 168e RI, après ses classes il est sergent et il participe à l’organisation du foyer du soldat. En 1939, au moment de la déclaration de guerre, il est affecté comme sergent chef comptable. Fait prisonnier, il connaît la captivité dans le camp du Limbourg où il se signale par l’organisation de tournois de football, de basket. Il fait ses débuts de speaker au stalag dans un spectacle de variétés monté avec des gars du nord.

Rentré de captivité, il devient commerçant dans le quartier de l’épeule. Il est sollicité par le directeur de l’école de la rue Brézin qu’il fréquenta pour remonter l’amicale des anciens élèves. Il organise bals, kermesses, excursions, arbres de Noël. Il favorise l’arrivée du cinéma à l’école et organisa le foyer Van Der Meersch inauguré en présence de Mme Van Der Meersch, mère de l’écrivain, également ancien de l’école.

Parallèlement il participe à l’UCEA (union commerciale de l’épeule alouette) dès sa remise en marche de 1947, il en sera le vice président de 1950 à 1959. Il participe à toutes les organisations des manifestations sportives et musicales du quartier. Il devient ensuite secrétaire du comité d’entraide des fêtes de l’épeule alouette trichon en 1952. Il est un des éléments fondateurs des 28 heures à la marche de Roubaix dont il deviendra le speaker attitré.

Il n’est plus commerçant en 1959 mais son activité d’organisateur se poursuit. Secrétaire du comité des fêtes et d’entraide de l’épeule alouette trichon, il participe à la création de réalisations qui obtiennent un grand succès, comme les six jours de trottinettes, le rallye automobile, le critérium cycliste en nocturne. Il est également secrétaire du Kart club roubaisien depuis sa fondation en 1959.

Médaillé de la jeunesse et des sports Photo NE

Secrétaire de la section du Nord Touriste depuis 1960, membre du comité directeur des festivités de la ville, membre du comité de la section épeuloise des anciens combattants, il est partout sur la brèche. Il est de bon conseil et ses avis sont appréciés. Commissaire aux comptes de l’OMS (office municipal des sports) depuis sa création en 1965, il est l’un des membres fondateurs du comité de jumelage de Roubaix Europe dont il est un administrateur et un conseiller technique.

Il appartient depuis 1963 à l’Harmonie des anciens et jeunes soldats musiciens français, dont il est le vice-président en 1965, et au populaire orchestre des Bleus Sarraus. Ardent propagateur de l’art musical, il sera fait chevalier des arts, sciences et lettres. Il est déjà commandeur du mérite philanthropique, croix du mérite humanitaire et croix du dévouement civique !

Photographié par Guy Sadet

Celui qu’on appelait affectueusement le maire de l’épeule était capable, selon son ami André Diligent, des pires coups de gueule (et puis) on redevenait amis comme si de rien n’était. Il avait une réputation de blagueur, de plaisantin, mais il aimait la fête et surtout l’organiser et l’animer. Il nous a quittés en septembre 1997.

Merci à Sylviane Catteau pour sa contribution