1949, année de la Sainte Famille

En février 1949, l’abbé Potdevin, autrefois vicaire à l’église St Joseph, se prépare à devenir un curé bâtisseur dans le quartier du Hutin pour la quinzième paroisse de Roubaix. Le terrain de la future église est déjà choisi en bordure de la rue Mazagran, sur un espace occupé par des jardins ouvriers. En attendant, depuis le début du mois de février, une chapelle provisoire accueille les paroissiens, dans une salle des établissements Dubar Delespaul au n°292 rue d’Alger.

La chapelle provisoire Photo VDN
La chapelle provisoire Photo VDN

Le 3 avril 1949, intervient la pose de la première pierre. Sur le terrain devant accueillir le nouvel édifice, une tranchée a déjà été creusée pour délimiter ses contours. Le chanoine Delcour, doyen de Saint Martin préside la cérémonie, et il glisse à l’intérieur de la pierre un parchemin attestant la date de ladite cérémonie. Puis il est reconduit avec l’abbé Potdevin processionnellement au presbytère.

Pose de la première pierre Photo VDN
Pose de la première pierre Photo VDN

En mai, le chantier est bien avancé, grâce aux membres de cette nouvelle paroisse, car tout le monde s’est investi tant financièrement que physiquement.

Avancement du chantier Photo VDN
Avancement du chantier Photo VDN

Le 3 juillet 1949, le cardinal Liénart, accompagné de son vicaire général Mgr Bouchendomme, est reçu rue Delespaul, chez M. Marissal, membre du Comité paroissial d’organisation de la cérémonie d’inauguration. Un cortège se forme comme suit : des scouts, des vélos fleuris, la Fanfare Wattrelosienne, des petits enfants en blanc, le groupe représenté de la Sainte Famille, les mouvements paroissiaux, le cardinal entouré du clergé. L’itinéraire emprunte les rues pavoisées de Constantine, d’Alger et de Mazagran. A l’entrée de la nouvelle église, sur les marches, M. Vantorre membre du comité paroissial accueille le chef du diocèse. Le Prélat prend alors la parole : la communauté paroissiale saura se donner l’église qui lui convient. Nous allons, en bénissant les pierres du nouvel édifice, recommander à Dieu chaque foyer, chaque famille. Et il bénit toute la foule agenouillée. Les clefs du sanctuaire lui sont présentées par la petite Marie Odile Hennion, le cardinal Liénart ouvre les portes et entre suivi par les paroissiens. Il va présider la première messe du nouveau sanctuaire. L’abbé Potdevin officie en dialogue avec l’assistance. Le Psaume 150 de César Franck termine la cérémonie. Le chef du diocèse est ensuite reçu chez Melle Verdonck, qui a offert sa maison comme première chapelle de la paroisse de la Sainte Famille.

Cérémonie d'inauguration Photo VDN
Cérémonie d’inauguration Photo VDN

Trois mois plus tard, le frontispice de la Sainte Famille s’orne d’un magnifique bas relief, réalisé par deux enfants de la paroisse, Melle Marie Geneviève Dodin et son frère Jacques, tous deux anciens élèves de l’Ensait et à ce moment élèves de l’Ecole des beaux Arts de Paris. L’oeuvre représente le retour d’Egypte de la Sainte Famille, taillé à même la pierre. Elle mesure 2,50 mètres sur 0,80 mètre, et s’encastre dans l’alvéole située au dessus du portail. Le 2 Octobre 1949, elle est inaugurée par l’abbé Potdevin, après une intervention de l’abbé Boussemart sur le rôle du foyer chrétien devant les commandements de la Sainte Église.

Le bas relief de la Sainte Famille Photo VDN
Le bas relief de la Sainte Famille Photo VDN

Tous ces événements prouvent s’il en est besoin que 1949 fut vraiment l’année de la Sainte Famille !

Inauguration du bas relief Photo VDN
Inauguration du bas relief Photo VDN

Une colonie ouvrière

On pourrait se dire à la vue du bel alignement de maisons de la rue de la Conférence entre les n°31 et 47, qu’il s’agit là d’une belle construction contemporaine. Mais il n’en est rien, même si on peut considérer qu’une belle rénovation récente a remis en valeur ces immeubles. Le projet de ces maisons date de 1925 et il est dû à la volonté de la Société Industrielle pour la Schappe de construire des maisons pour ses ouvriers et employés.

Document AmRx
Document AmRx

Qu’est-ce donc que cette société, dont le siège social se trouve à Bâle ? C’est en 1873 qu’intervient la constitution de la Société « Chancel-Allioth-Veillon et Cie » dont le siège social fut fixé à Bâle. La société possédait dès son origine les peignages de Briançon, Tenay-Eaux Noires et du Vigan, les filatures d’Arlesheim (18.620 broches à filer et 7.860 à retordre) et de Grel- lingen (17.724 broches à filer et 7.710 à retordre). Cette société franco-suisse ayant tous ses peignages en France et toutes ses filatures en Suisse, racheta dès 1879, la filature « La Roubaisienne » fondée à Roubaix par Charles Junker, qui en sera longtemps le directeur. Charles Junker est aussi connu pour sa carrière politique à Roubaix, il fut des républicains qui mirent en place l’école publique, laïque et obligatoire. Il fut également le premier Président de la Fédération des Amicales Laïques de Roubaix.

La passerelle des Soies CP Méd Rx
La passerelle des Soies CP Méd Rx

La filature en question se situait dans une voie perpendiculaire à la rue d’Avelghem, la rue des Soies, face à la passerelle du même nom, auxquelles elle avait donné son nom. Son activité portait sur le retraitement des déchets de soie. En raison de son extrême richesse, la soie a très vite suscité des efforts pour la récupération des déchets. Une fois filée, la schappe était le plus souvent utilisée comme trame dans les tissus unis et façonnés, car sa souplesse et son élasticité sont plus grandes .

La société franco-suisse décide donc de construire deux groupes de quatre maisons sur un terrain lui appartenant, autrefois propriété de la famille Tiers. Elle demande l’autorisation de faire construire le 24 avril 1925. L’époque est au développement de la construction de logements : ainsi dans le quartier du Nouveau Roubaix, l’avenue Linné a ainsi vu construire les maisons du Toit Familial, et les premières maisons HBM de la rue Jean Macé sont en chantier. Le lotissement de la rue de la Conférence comporte huit maisons façade rue, mais on peut voir sur le plan que la société se réservait la possibilité d’en construire huit autres en arrière des huit premières, dans la profondeur du terrain, ce qui ne se fera pas.

Vue actuelle des maisons doc Google Maps
Vue actuelle des maisons doc Google Maps

Le plan de 1925 montre les caractéristiques des maisons de la colonie ouvrière de la filature de schappes, car tel était le nom donné au lotissement. Les trois marches pour accéder au logement existent déjà, ainsi que les deux étages habitables. Le modèle de ces maisons tranche un peu avec celui de la maison roubaisienne, plus étroite. Il est en effet l’œuvre du Bureau d’architecture suisse Burckhardt, Wenk et Cie. Une belle réalisation de 1925 que la rénovation contemporaine a remis en valeur.

Informations sur la schappe extraites de la brochure Usine de la Schappe-Briançon

Le pont de Wattrelos

Lors du tracé du nouveau canal contournant Roubaix par le nord, on prévoit des ponts sur les principaux axes de circulation, et, en particulier, pour le chemin de grande communication numéro 9, ou chemin de Wattrelos. La municipalité, anticipant l’arrivée du canal, décide de redresser ce chemin en réunissant par une ligne droite les actuelles places Nadaud et Chaptal, pour que cette nouvelle voie bénéficie du pont.

Document archives municipales
Document archives municipales

Un premier projet, approuvé par la ville, prévoit un pont fixe avec des rampes d’accès remblayées, juste en amont duquel on construirait une écluse à deux sas accolés, ce qui permettrait d’obtenir un tirant d’air suffisant pour les péniches sous le tablier.

Mais, sans doute pour des raisons techniques, le service des ponts et chaussées décide, sans en aviser les intéressés, modifier le projet et de le remplacer par deux écluses séparées, ce qui oblige à installer un pont levis sur la route de Wattrelos. Ce pont, qui coûte 36000 francs, est étroit (2m 50 de largeur) et ne permet le passage que d’un seul véhicule à la fois. On lui adjoint une passerelle pour que le piétons puissent traverser même pont levé.

Dès 1870 les habitants du Calvaire pétitionnent pour obtenir une autre passerelle sur l’ancien chemin à quarante mètres de la première. On proteste également contre l’établissement d’un pont levis. La municipalité propose de le doubler par un pont fixe établi à l’extrémité de l’écluse, Ces propositions restent sans suite. Le canal est alors encore en travaux, mais, dès son achèvement en 1877, regrettant encore d’avoir été mis devant le fait accompli, on souligne les inconvénients du pont levis. On insiste sur le fait que les convois funèbres s’y succèdent et que l’on met en service du tramway qui passera toutes les 5 minutes. On préconise donc la construction d’un second pont levis sur l’emplacement de l’ancien chemin (la distance étant supérieure à la longueur d’une péniche, les utilisateurs trouveraient toujours ainsi l’un des deux ponts libre). Ce nouveau projet ne voit, lui non plus, jamais le jour.

Plan cadastral 1884 – archives municipales
Plan cadastral 1884 – archives municipales

Les inconvénients de l’étroitesse de ce pont induisent des files d’attente importantes à chaque levée, et on se décide finalement à le remplacer par un autre plus large. Il restera mobile, mais il sera mû par la force hydraulique pour accélérer la manœuvre. Il repose sur quatre piliers, accolés à des contre-poids. Malheureusement, lors de son inauguration en 1903, il refuse de se lever, au grand dam des officiels réunis ce jour là. La cause de la panne est la rupture d’un tuyau d’arrivée d’eau alimentant la pompe hydraulique chargée de soulever le pont. Ce tuyau corrodé par la présence du courant de retour alimentant le tramway. Néanmoins, on finit par traiter le problème et le pont peut enfin remplir son office.

Collection médiathèque de Roubaix
Collection médiathèque de Roubaix

Malheureusement il est détruit en 1918 par les allemands en fuite, ainsi que la passerelle, partageant le sort de l’ensemble des ponts roubaisiens.

Le pont après déblaiement - Document médiathèque de Roubaix
Le pont après déblaiement – Document médiathèque de Roubaix

La paix revenue, il faut le reconstruire, mais les travaux n’avancent pas aussi vite que le voudraient les habitants. L’Égalité déplore en 1920 le fait que 6 ponts restent à reconstruire, dont celui de Wattrelos.

Le Journal de Roubaix - 1920
Le Journal de Roubaix – 1920

On érige un nouveau pont à l’emplacement de l’ancien. Les piliers que le soutiennent sont maintenant en profilés métalliques, reliés deux à deux par dessus la route, et son fonctionnement est amélioré. C’est celui qu’on connaît aujourd’hui après plusieurs réfections et remises en peinture. Il garde son intérêt, surtout pour la desserte du cimetière, malgré la construction du nouveau pont Nyckees, qui draine aujourd’hui l’essentiel du trafic vers Wattrelos.

Document médiathèque de Roubaix
Document médiathèque de Roubaix

Une casserole à un milliard

En 1984, c’est la pose de la première pierre de la salle des sports de la rue Delespaul, à l’angle de la rue de Philippeville. M. Gilles Neveux vainqueur du concours, sera son architecte, pour un coût global de 660 millions de francs. Un square est prévu à l’angle de la rue des pyramides et de la rue de Philippeville pour permettre une sortie en sécurité. L’installation comprend trois batteries de deux vestiaires, avec installations sanitaires, ce qui rend possible un roulement d’occupation. Le terrain présente une forte pente avec une déclivité de 1,80 m entre la rue Delespaul et la rue des pyramides, une partie de la salle sera donc enterrée du côté de la rue Delespaul. Le bâtiment est en briques, avec des parties en verre, une cafétéria, et un hall d’entrée donne sur le square. De grandes arches donnent sur la rue de Philippeville, et une terrasse doit être aménagée côté rue Delespaul.

Maquette de la salle des sports publiée par NE
Maquette de la salle des sports publiée par NE

Cette salle de sports n’est pas un équipement de compétition, mais plutôt d’appel. Il s’agit de donner envie de faire du sport, plutôt que d’attirer les gens à des rencontres de sport spectacle.
C’est la vocation initiale du lieu, car les travaux ont notamment entraîné la disparition des locaux du foyer Paul Bert.  Le stand de tir qui s’y trouvait fut condamné. Sur l’espace occupé par la salle, en 1926, il y avait le terrain de basket de l’amicale Paul Bert, à l’époque, l’un des premiers clubs de la Région. Des noms sont cités par un témoin. (Picavet, Tjoen, témoin M. Delnatte) Une histoire à retrouver…A quelques mètres de la salle des sports, une petite salle de réunion avec trois bureaux a été mise à disposition pour les associations locales, le comité de quartier et des permanences, il y a également un logement de fonction pour le gardien.

Inauguration en juin 1986 Photo NE
Inauguration en juin 1986 Photo NE

Juin 1986, c’est l’inauguration après deux ans et demi de travaux. Le sénateur maire Diligent a cette pique en direction de son prédécesseur, présent à la cérémonie : c’est une casserole à un milliard que vous nous laissez là ! Pour l’occasion, une démonstration de volley ball et de basket est effectuée par les membres de Bulgomme sports et de l’EPI (Education Physique Interentreprises). On y présente aussi la gymnastique d’entretien pour les anciens du foyer Paul Bert, et une activité de danse par Manou pour les adolescentes du Gai Hutin.

Le hall d'entrée Photo NE
Le hall d’entrée Photo NE

L’équipement est placé sous la responsabilité de M. et Mme Vincke. La presse signale qu’il a déjà été trois fois vandalisé depuis son ouverture en mars 1986. Il est néanmoins utilisé en permanence à raison de 51 heures 30 d’occupation par semaine. On y trouve les enfants de l’enseignement primaire à 50% du temps, puis ceux de l’enseignement secondaire à raison de 5 heures, les écoles municipales de sport pour 3 heures, le Foyer Paul Bert pour 4 heures, Bulgomme sports à raison de 6 heures et l’EPI pour 3 heures.

Aujourd'hui Vue Google
Aujourd’hui Vue Google

La salle de sports Delespaul revient dans l’actualité en avril 2013 : elle a été entièrement détruite par un incendie criminel, qui s’est déclaré pendant la nuit. A l’arrivée des pompiers, la salle de sports était entièrement embrasée. La toiture de l’édifice a été en partie détruite tout comme les équipements se trouvant à l’intérieur. Que va-t-on faire de cette ruine ?
En août 2015, toujours inutilisée depuis le violent incendie d’avril 2013, la salle de sports Delespaul du quartier Oran-Cartigny est une nouvelle fois incendiée. Les sapeurs-pompiers de Roubaix ont rapidement stoppé le feu de détritus visiblement allumé dans l’entrée de la salle inoccupée. Une lueur d’espoir pour terminer : d’après les témoins, habitants du quartier, les travaux de réaménagement devraient commencer en 2016. Affaire à suivre !

Le troisième pont

Le remplacement du pont Nickees devient urgent : celui-ci est incapable de faire face à l’accroissement du trafic des années 60, et l’idée des élus est d’ajouter une communication directe entre le boulevard Gambetta et Wattrelos pour désengorger la grand-rue et son pont, trop souvent levé au goût des automobilistes. La reconstruction des ponts de la Vigne et des Couteaux ayant eu la priorité, il est temps de d’envisager une construction nouvelle. Le dernier projet de 1959 porte donc sur un tablier de 30 mètres de large (autant que l’avenue Motte) situé relativement haut, qui se trouvera prolongé à chaque extrémité par des rampes d’accès. La rampe côté boulevard Gambetta sonnera le glas du jardin public installé lors du comblement de l’ancien canal, et déjà très amputé dans les années 50.

L'ancien jardin public. Au fond, le canal – document coll. particulière
L’ancien jardin public. Au fond, le canal – document coll. particulière

La rampe formant une courbe prononcée vers la gauche, va obliger à la démolition d’un groupe de maisons situées à l’angle du boulevard et du quai de Lorient.

Les maisons à démolir - Photo archives municipales - 1953
Les maisons à démolir – Photo archives municipales – 1953

De même, les travaux vont amener à la rectification du tracé de la rive droite du canal, qui présentait au débouché du boulevard un creux permettant aux péniches de faire demi-tour. Ce creux, perdant son utilité, va être comblé et servira d’appui aux piles du futur pont. Le pont doit comporter deux chaussées de 10m50 et un terre-plein central de 3 mètres. On prévoit deux ans de travaux qui incluront la création d’espaces verts. 1962 voit le début des travaux, qui doivent coûter, d’après Nord Matin, près d’un milliard d’anciens francs, financés en grande partie par le fonds d’investissement routier. On commence par démolir les anciennes maisons car, ne l’oublions pas, l’opération doit aussi permettre de résorber l’habitat insalubre.

Les travaux quai de Cherbourg et rue d'Avelghem – Photos La voix du Nord
Les travaux quai de Cherbourg et rue d’Avelghem – Photos La voix du Nord

En janvier 1963, les travaux sont stoppés par le froid, mais ils reprennent dès la fin des gelées à un rythme accéléré. On amorce les rampes d’accès, et on construit les culées et les piliers qui supporteront le tablier.

Photo la Voix du Nord
Photo la Voix du Nord

Puis on coule le tablier dans lequel sont tendus, dans des gaînes, des fils de renforcement. On prévoit quai du Sartel des déversoirs d’orage pour remplacer ceux qui amenaient le trop-plein des eaux de pluie dans l’ancien bassin de retournement des péniches. En 1964 les travaux sont en bonne voie ; le pont et les rampes d’accès prennent forme.

Photos Nord Eclair 1964 et IGN 1965
Photos Nord Eclair 1964 et IGN 1965

Enfin, le pont est inauguré en 1966. La musique de 43ème RI est de la fête, ainsi que le Préfet. Les personnalités parcourent le pont à pied, avant d’être reçues officiellement à la mairie.

Le cortège officiel – photo La Voix du Nord
Le cortège officiel – photo La Voix du Nord

Le terre-plein central reçoit de la végétation, des vasques fleuries y sont implantées. De petits squares avec de la végétation seront ensuite aménagés près des culées du pont. On a prévu des routes passant sur chaque rive pour relier les différents quais en passant par dessous le pont.

Photos archives municipales et Lucien Delvarre
Photos archives municipales et Lucien Delvarre

La construction de ce pont reliant directement les deux villes, consacre l’importance de l’axe formé par le boulevard Gambetta qui, avec l’implantation de Roubaix 2000, a l’ambition de déplacer le centre de Roubaix en l’attirant vers lui.

Les Ponts Nyckees

Lorsque le 1er janvier 1877, on inaugure le nouveau canal contournant Roubaix par le Nord, on prévoit que les péniches pourront relier la Deûle et l’Escaut directement. Le premier pont du Galon d’eau (selon sa dénomination officielle du plan cadastral de 1884), ou pont Nyckees (d’après le nom du cabaretier-agent de douanes du quai de Wattrelos), situé au confluent de l’ancien et du nouveau canal, sera donc un pont mobile. Ce pont, nommé sur le plan cadastral, n’y est pourtant pas dessiné, pas plus que sur les autres plans de l’époque. On ne le voit figurer que sur un plan daté de 1906. A-t-il été prévu à l’origine, mais construit plus tard, puisque n’offrant pas la même importance que le pont de Wattrelos son voisin, implanté sur la grand rue et reliant les centres des deux villes ?

Journal du Roubaix du 04-01-1877 – document archives municipales
Journal du Roubaix du 04-01-1877 – document archives municipales

Néanmoins, ce pont assure un bon service,près de l’écluse du Galon d’eau, et reliant l’extrémité du boulevard Gambetta et le quai de Wattrelos, jusqu’en 1918. A cette date, il est démoli par les allemands en fuite. Il est remis en service après la guerre, en mars 1920, et le journal de Roubaix précise à cette occasion que son tablier est pavé.

Le pont sans doute photographié lors de sa reconstruction – document médiathèque de Roubaix
Le pont  photographié lors de sa reconstruction – document médiathèque de Roubaix

Le nouveau pont est fixe ; il ne permet pas aux bateaux de le franchir. Les péniches venant de Belgique ne pourront plus desservir que le quai du Sartel, et le reste du canal ne sera plus relié qu’à la Deûle.

Il faut avouer qu’il est peu pratique à l’usage : pour aller du boulevard Gambetta vers Wattrelos, il faut, après avoir traversé le pont, tourner à gauche et suivre le quai jusqu’au pont de Wattrelos, puis tourner à droite pour emprunter la grand-rue.

Photo La Voix du Nord – archives municipales
Photo La Voix du Nord – archives municipales

Ce parcours sinueux est dû au fait que le quai de Wattrelos est bordé de maisons, et que l’espace compris entre le pont et le confluent de la grand-rue et de la rue d’Avelghem est bâti, lui aussi. De même, une rangée de maisons bloque l’accès du côté de la rue d’Avelghem. Tout ceci empêche toute communication directe, et oblige à ce détour malcommode.

En 1952, on projette de remplacer ce pont par un autre, situé au même emplacement. Un peu plus tard, on modifie ce projet : le pont sera orienté non plus perpendiculairement au canal, mais dirigé vers le boulevard Gambetta. Sa chaussée doit faire 14m50 , et il doit offrir un tirant d’air de 4m10, permettant le passage des péniches. Ce pont doit être prolongé par une voie nouvelle qui le relierait directement à la rue d’Avelghem. Les plans suivants représentent les deux projets successifs.

Documents archives municipales
Documents archives municipales

L’année suivante on remplace ce dernier projet par un autre, beaucoup plus ambitieux : en février 1959, le conseil municipal décide de construire un pont de 30m de large placé dans le prolongement direct du boulevard Gambetta. Ce nouveau pont serait prolongé par des rampes d’accès empiétant d’un côté sur l’ancien jardin public terminant le boulevard Gambetta, et de l’autre sur les terrains situés au delà du quai de Wattrelos jusqu’à la rue d’Avelghem.

Le long de la rue d’Avelghem se trouve une rangée de maisons, déjà présente sur le plan cadastral de 1884, qui va devoir être démolie.

Photo Nord Matin 1958
Photo Nord Matin 1958

Les terrains à exproprier consistent principalement en une propriété de 1500 m2 appartenant à Mme Veuve Wallerand-Leconte et comprenant un café en bord de quai (celui d’Eugène Nyckees), et 28 maisons en cour, ce quon appelle la cité Wallerand, située sur le terrain d’une ancienne brasserie. On y trouve aussi une autre propriété de 1700 m2, comprenant un ancien négoce de bois, appartenant aux consorts Delesalle, ainsi que divers autres terrains. La photo suivante montre la zone en 1962, au début des travaux :

Photo IGN
Photo IGN

A suivre…

 

 

 

 

Pennel & Flipo 1935-1945

Le bulgomme devient le produit phare de la maison. On souhaite étendre la production en ouvrant une nouvelle unité. Une nouvelle usine s’ouvre donc en Belgique à Hérinnes les Pecq, la première pierre est posée en septembre 1936, et l’usine tourne en janvier 1937.

En tête Pennel belge Coll Particulière
En tête Pennel & Flipo belge Coll Particulière

En 1937, intervient la création de l’Enverdaim, traitement pour imperméables, pour lequel un brevet est obtenu en 1938. Le procédé Enverdaim fut acheté par la firme Ferguson and Shiers de Manchester, qui vendait ses produits sous la marque Doeskin (littéralement « peau de daim » ).

Publicité Enverdaim Coll Particulière
Publicité Enverdaim Coll Particulière

Avant la guerre, le chiffre d’affaires se répartissait de la manière suivante : rayon confectionnés ameublement : 33,3 %, Tapis : 10,58 %, Gommage : 38,42 %, Tissus divers : 15 %, Dermoplast : 0,48 %, Feuille de gomme : 2,20 %.

La guerre éclate, et dans un premier temps, l’entreprise pense se délocaliser dans la commune de Pons, en Charente, entre Royan et Cognac, mais elle est de retour à Roubaix dès octobre 1940. Pendant la guerre, Jean Pennel crée dans son établissement une section de jeunes apprentis, car  «les matières premières manquent et la main d’œuvre juvénile est exposée au désœuvrement ». Ce sont donc les circonstances qui ont entraîné les premières bases d’un apprentissage rationnel et de l’enseignement professionnel. La première promotion d’apprentis date de 1940. En 1941, la S.A. Pennel & Flipo devient une S.A.R.L.

L'usine en 1940 Coll Particulière
L’usine en 1940 Coll Particulière

De 1942 à 1944, l’entreprise Pennel & Flipo œuvre à soustraire les jeunes aux réquisitions et rafles de l’occupant, en les éloignant dans le cadre de chantiers forestiers. Ainsi les jeunes ayant l’âge du service militaire, s’en vont travailler dans des chantiers forestiers à Bouconville dans la Meuse et à Chermisy en Champagne, avec le concours du secrétariat général des eaux et forêts.

Le journal du Bulgomme Col PhW
Le journal du Bulgomme Col PhW

L’entreprise Pennel & Flipo assurera également le lien entre son personnel mobilisé ou prisonnier et les familles avec le journal de l’entreprise, intitulé Le journal de Bulgomme. Dans le numéro d’avril 1940, on pouvait y lire les travaux effectués dans l’usine, des conseils de cuisine, de la poésie, un article sur le comité d’entraide des enfants de mobilisés, des histoires de permissionnaires, les événements familiaux et une importante rubrique du courrier des mobilisés.

(à suivre)

Pennel & Flipo : 1924 à 1934

Le 10 juin 1924, c’est la création de la société anonyme des Ets Pennel & Flipo. Firmin Dubar[1]  annonce aux jeunes entrepreneurs : il faut dix ans pour créer une entreprise !

Deux des parrains de l'entreprise: Firmin Dubar et l'abbé Pinte Photo VDN
Deux des parrains de l’entreprise: Firmin Dubar et l’abbé Pinte Photo VDN

Ils se lancent donc dans la fabrication de feuille de gomme. Pour la fabriquer, il faut une calandre avec un mélangeur pour l’alimenter. Le calandrage est un procédé de mise en forme du caoutchouc qui permet de fabriquer des feuilles de caoutchouc dont l’épaisseur et la largeur sont constantes. On utilise également le calandrage pour recouvrir une feuille de tissu d’une mince couche de caoutchouc ou pour imprimer un dessin sur la feuille ou lui donner une texture. Pennel & Flipo seront les premiers à utiliser ce nouveau procédé en Europe. Pennel et Flipo avaient acheté une première calandre chez Repiquet à Bobigny. En 1928, ils achèteront une autre calandre plus grande chez Repiquet, pour tissus de grande largeur, encore en service trente ans après ! Ce matériel produisait 5.000 mètres par journée de huit heures.

Calandre Repiquet Coll. Particulière
Calandre Repiquet Coll. Particulière

En 1926, Pennel & Flipo s’intéressent aux vêtements de pluie caoutchoutés. 1930, l’entreprise prospère ! L’atelier devient petit, surtout après l’achat d’une deuxième grande calandre chez Repiquet. Il fallait aussi trouver une clientèle. Ce seront les confectionneurs pour lesquels on produit du gommage à façon. Ils font leurs achats de tissus à Roubaix Tourcoing, ils font l’économie des transports, le « gommeur » de Roubaix va les chercher. Pennel & Flipo auront bientôt un agent unique à Paris au n°3 rue André-Gill de 1926 à 1929 (Métro Pigalle) puis au 70 rue de l’aqueduc de 1929 à 1936, (Métro Stalingrad) et enfin boulevard Voltaire.

Bulgomme Coll. Particulière
Bulgomme Coll. Particulière

En 1932, le Bulgomme, caoutchoutage cellulaire, fait l’objet d’un brevet. Il contribuera à assurer solidement la réputation de la maison, alors qu’elle produit encore les articles qui l’avaient fait vivre jusque là, à savoir les culottes, alèzes, bavoirs, bonnets de bain, tabliers en tissus imprimés caoutchoutés. La gomme renforcée remplace progressivement le taffetas huilé.

En  1932, on prépare la loi sur les allocations familiales. Certains industriels pratiquaient déjà la prime en faveur de la mère au foyer. Quand parut la loi sur les allocations familiales obligatoires, les prestations légales étaient inférieures à celles déjà pratiquées. L’année suivante, en 1933, cinq entreprises dont Pennel et Flipo (Leclercq Dupire, Léon Olivier, Lesaffre et cie et Saint Gobain) versent une allocation complémentaire pour couvrir la différence.

L'usine en 1936 Coll Particulière
L’usine en 1936 Coll Particulière

On poursuit l’équipement, signe de l’évolution de la production. En 1933-1934, il est procédé à l’achat d’une quatrième calandre chez Repiquet. Pennel & Flipo, à cette époque, c’est 100 salariés. On célèbre les traditionnelles fêtes patronales suivantes : la Sainte-Anne pour la confection, et la Saint-Eloi pour la fabrication. Le bilan des dix ans est positif. Firmin Dubar pouvait être fier de ses filleuls.

à suivre

D’après l’historique de la société Pennel et Flipo, et le Journal de Roubaix


[1] Firmin Dubar (1860-1947) directeur de la firme textile Dubar-Delespaul à Roubaix, parrain de la nouvelle société.

Pennel & Flipo : les débuts roubaisiens 1921-1924

La première société Pennel & Flipo est constituée en 1921 et ses locaux se trouvent dans un ancien café reconverti en atelier (Estaminet Hiroux en 1914). Aujourd’hui démoli, ce café, qui appartenait à la Brasserie Jonville, était situé au n°58 rue de l’espérance. Jean Pennel a 25 ans, il est chimiste. Joseph Flipo a 29 ans, fils de fabricant, il est dans la finance.

Publicité dermoplaste Willot Coll. Particulière
Publicité dermoplaste Willot Coll. Particulière

Ils vont se lancer dans la fabrication d’un sparadrap pharmaceutique, le dermoplaste Willot, un produit du laboratoire Joseph Willot, le pharmacien roubaisien bien connu de la rue du vieil abreuvoir. Mais le dermoplaste ne suffit pas à faire vivre la société. Ils font la découverte d’un produit à Paris, les culottes bébé en feuille de gomme de couleur naturelle. Le produit est fabriqué par la société S.I.T. caoutchouc Paris, qui sera reprise par la société Kléber Colombes. C’est la grande époque du caoutchouc ! A Roubaix, Emile Degraeve établit la manufacture de caoutchouc du Coq français (n°173 en 1885) qui sera reprise par la société Hutchinson.

Société Degraeve Col Méd Rx
Société Degraeve Col Méd Rx

Les commandes augmentent, on complète la gamme: un bavoir, une alèze… Côté dermoplaste, d’autres produits : le taffetas Pierart, œuvre d’un pharmacien parisien, qui change le traditionnel taffetas chiffon à base d’huile de lin par une feuille caoutchoutée, et un autre fournisseur, Morel, pour acheter du drap d’hôpital afin de renforcer le rayon pansement. Mais tout cela revient cher : trop de fournisseurs, trop d’intermédiaires. Les deux associés se décident à passer à la fabrication du principal produit, la culotte bébé en caoutchouc ! Ils ont bien un fournisseur de feuilles, la maison Lick et Paramount de Paris, mais elles sont de qualité irrégulière et en quantité insuffisante ! Alors, fabriquer le produit de base ?

Les parrains de l'Oiseau de France Monde Illustré 1923
Les parrains de l’Oiseau de France Monde Illustré 1923

Leur projet est clair : il faut construire un immeuble, y mettre du matériel, apprendre à s’en servir, et trouver l’argent nécessaire. Pour l’argent, des souscripteurs ont accepté de prendre le risque, ils y retrouveront plus que leur compte après coup. Il y a tout d’abord Adolphe Delmasure et ses deux frères. Adolphe Delmasure (1890-1978) est une personnalité de l’Action Catholique du département du Nord. Fils d’industriel et lui-même petit patron, il est à l’origine des secrétariats sociaux et de l’émergence du syndicalisme chrétien C.F.T.C. dans le Nord. Puis Firmin Dubar (1867-1947) a participé. Lui, c’est la famille. Il est l’oncle des deux partenaires. Sa sœur Marie Dubar a épousé Charles Flipo, lesquels sont les parents de Joseph Flipo. La femme de Firmin Dubar est une Pennel. Et il possède des terrains dans le quartier du Hutin, ce qui n’est pas négligeable. Vient ensuite Alphonse Louis Allard (1860-1936), un important industriel roubaisien. Ils reçoivent aussi de l’aide de la part de l’Abbé Pinte lequel était chimiste de formation. L’abbé Jules Pinte, Firmin Dubar et Joseph Willot, c’est l’équipe reconstituée de l’Oiseau de France, journal de résistance pendant la première guerre. Ce sont des héros !

L'usine Pennel & Flipo en 1934 Coll Particulière
L’usine Pennel & Flipo en 1934 Coll Particulière

Avec de tels parrainages, le 10 juin 1924, la société anonyme des Ets Pennel & Flipo est créée avec un capital de 900.000 francs. Elle absorbe la première affaire qui apporte ses actifs. Un beau champ de blé est acheté dans le quartier du Hutin et un premier immeuble est construit.

 (à suivre)

D’après l’historique de la société Pennel et Flipo, et le Journal de Roubaix

Les appartements du Hutin

Les trois bâtiments qui se trouvent rue du Hutin et rue de l’Espierre ont été construits par le CIL en 1959 et 1960. Après une visite des officiels en mai 1960, les appartements sont mis en location en octobre. Ils correspondent aux n°65 et 73 de la rue du Hutin pour le premier bâtiment, soit vingt appartements identiques. Et deux autres bâtiments juste derrière, dans la rue de l’Espierre, dont le tracé perpendiculaire à la rue du Hutin qui traverse le lotissement : cinq entrées pour le premier et deux entrées pour le second plus petit. Soit un ensemble de 90 appartements.

Visite des officiels au Hutin mai 1960 NE
Visite des officiels au Hutin mai 1960 NE

La description d’un appartement nous est proposée par une des locataires, membre de l’atelier : dès le rez-de-chaussée, on accède directement à deux appartements. Tous les appartements du bâtiment  sont strictement identiques, même surface, même disposition. On y accède par une petite entrée, où se trouvent un petit placard, et les WC. On entre ensuite dans le séjour sur la droite, avec une très grande fenêtre, les appartements sont très bien exposés. Le soleil se lève du côté du séjour et se couche dans la cuisine, qui est rectangulaire avec deux grandes fenêtres. Il y a aussi une petite salle de bain avec une fenêtre, on ne peut y accéder que par la cuisine, sans doute à cause de la disposition des canalisations. Au bout du séjour, on a un petit couloir sans porte et deux chambres de part et d’autre de ce couloir. Il y avait des placards dans les appartements, ils sont d’origine, et dans l’espace entre les deux chambres, on a monté un genre de dressing, avec des portes coulissantes en bois, qu’on a ensuite enlevées pour mettre des tentures, c’est assez profond et assez haut.  Ces placards, c’était bien pour les jeunes ménages, ça évitait d’acheter des meubles.

Croquis d'un appartement par notre témoin
Croquis d’un appartement par notre témoin

Il reste encore quelques locataires qui sont là depuis le début, ils m’ont raconté qu’au début, ils étaient chauffés avec des feux à charbon. Autrefois les caves communiquaient et elles avaient une petite cellule réservée au stock de charbon. Puis elles ont servi pour des dealers, elles ont été finalement condamnées en 2009, autant l’accès par le bloc que par l’extérieur. Les charges n’ont pas été réduites pour autant. Sur la droite au rez-de-chaussée droit du n°65, il y a eu des ilotiers qui avaient une permanence. Ils ont fermé rapidement. Après il y a eu un gardien, c’était son logement de fonction.

Les appartements et la verdure Photo CQ ECHO
Les appartements et la verdure Photo CQ ECHO

Depuis 20 ans que je suis là, les bailleurs se sont succédé : l’Opac de Roubaix, puis Roubaix habitat maintenant c’est LMH. Il y a eu du changement concernant les espaces verts. Quand je suis arrivée, il y avait de la verdure, c’était magnifique, des arbres, de la végétation, on entendait les oiseaux dès le matin. Après la réhabilitation, ils ont tout coupé, les arbres soi-disant malades, pour faire un parking. Ça ne nous laisse plus de place pour les espaces verts, et ils en ont encore enlevé pour placer les conteneurs de récupération, alors on plante des fleurs en bas de nos fenêtres, sur le devant des fenêtres ou les petits parterres non exploités, dans la descente d’escalier. Entre voisins on se passe des plantes et des graines. Ils ont fait le parking sans concertation, ils ont dessouché les arbres avec des bulldozers. Les gens ont commencé à se garer, du jour au lendemain, le parking s’est ajouté à nos charges, du coup boycott du parking qui s’est retrouvé vide, on se garait dans la rue. Après, quelques locataires paient leur place, et comme des gens venaient se garer sans payer, on a mis des poteaux fixes et noirs pour empêcher le passage, du coup les véhicules de secours ne peuvent plus passer.

Les appartements aujourd'hui vue Google Maps
Les appartements aujourd’hui vue Google Maps

Pour l’époque, fin des années cinquante, l’accès à l’électricité et à l’eau courante, c’était moderne. Il y avait des locataires portugais, algériens, français, qui arrivaient dans des appartements avec confort, salle de bains, on disait pièce d’eau à cette époque. C’était des ouvriers du textile ou des travailleurs du bâtiment. Le chauffage central individuel au gaz était installé quand je suis arrivée. En 2009, il y a eu une réhabilitation extérieure, remise aux normes des vieilles chaudières, les sanitaires, mais le double vitrage date des années quatre-vingt. Les changements sont difficiles à obtenir : par exemple, les lampadaires, on en a sur la façade arrière du bâtiment, et on a du mal à faire changer les ampoules. La grande transformation,  c’est l’évacuation des eaux usées, on a une colonne d’évacuation qui est à l’intérieur du mur de cuisine, entre chambre et cuisine, alors quand c’est bouché, je ne vous parle pas de l’odeur. Comme maintenant tout le monde a un lave-vaisselle, une machine à laver, le débit a augmenté. On voit aussi qu’il y a un changement des mentalités, à cause du mode de vie. Aujourd’hui, c’est chacun chez soi et chacun pour soi. Quand je suis arrivée là j’ai été bien accueillie, il y avait de tout, les enfants jouaient dehors, les mamans se rassemblaient devant le bloc, on papotait. Aujourd’hui, c’est bien différent.