Un nouveau centre culturel

La bibliothèque de 1959 Photo NE
La bibliothèque de 1959 Photo NE

En février 1977, la nouvelle poste centrale n’est pas encore terminée qu’on parle déjà de la nouvelle bibliothèque sur le carreau des halles, un plateau Beaubourg pour Roubaix (sic NE) !  Le samedi 12 février 1977, le Sénateur Maire Victor Provo pose la première pierre du nouvel édifice, dont l’architecte est M. Louis Georges Noviant, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. L’immeuble aura quatre niveaux et surplombera la nouvelle poste. Un vaste patio éclairera les salles de lecture. L’ancienne bibliothèque créée en 1959 cédera la place à la recette municipale.

La pose de la première pierre (Photo NE)
La pose de la première pierre (Photo NE)

Il y a toujours de l’eau sous la place, c’est pourquoi il n’y aura pas d’installation en sous sol, ce qui était déjà le cas pour la poste. L’ensemble sera soutenu par des pieux forés de 15 mètres de profondeur. Son coût total est de près de 16 millions de francs (part ville 74%, part état 21% département 5%). Victor Provo se dit heureux de voir aboutir un projet qui lui tenait à cœur, et rappelle qu’un lectorat important  fréquente  l’actuelle bibliothèque. Il conclut avec ces mots : le bonheur est bien souvent dans le livre (.) Je n’ai qu’un seul regret, celui de ne pas avoir assez lu, de n’avoir pas eu suffisamment le temps de m’abstraire des réalités quotidiennes. 

Le chantier en septembre 1977 (Photo NE)
Le chantier en septembre 1977 (Photo NE)

Septembre 1977, les travaux avancent bien. La presse donne la description suivante du futur établissement : au rez-de-chaussée, l’accueil, le hall, la salle des journaux et périodiques, le déambulatoire, la salle polyvalente, une courette de service, l’appartement du concierge et l’atelier de reliure. Au premier étage, les salles de lecture, prévues pour 40.000 volumes en prêt direct, le service de prêt, le bureau du conservateur et de son secrétariat. Au deuxième étage, la section enfants, les bureaux de la centrale urbaine et de la conservation, les salles de manutention et de préparation, ainsi que celle du fonds régional. Enfin au troisième, des bureaux, une discothèque, une médiathèque, l’appartement du conservateur, les magasins et dépôts et le foyer du personnel. Ascenseurs et monte livres complètent l’équipement.

Le nouveau et l'ancien bibliobus (Photo NE)
Le nouveau et l’ancien bibliobus (Photo NE)

Mars 1978, en attendant l’ouverture, un nouveau bibliobus est présenté à la presse. Les travaux seront terminés fin 1978, et l’ouverture au public est annoncée à Pâques 79. Quelques chiffres à l’ouverture du nouvel établissement : 9366 inscrits, 6478 adultes et 1377 adolescents, 1511 enfants. 7689 roubaisiens, et 1677 provenant de communes extérieures. Le fonds contient 105.288 livres, 5421 disques et 424 cassettes. Dans les nouveaux locaux, il y a un auditorium avec cellules individuelles et casques. Personnel à l’ouverture : Melle Bertrand, conservateur dispose d’une équipe de 40 personnes.

A la sortie de l'inauguration (photo NE)
A la sortie de l’inauguration (photo NE)

L’inauguration se déroulera finalement le 18 mai 1979. La nouvelle bibliothèque est une maison de béton et de verre dont l’entrée principale donne sur la rue Pierre Motte, avec deux entrées secondaires sur la rue du Château. Deux façades vitrées donnent sur la rue, un patio central donnera davantage de lumière. On parle d’un nouveau forum  culturel, car la nouvelle bibliothèque sera intégrée à un futur ensemble piétonnier. Elle offre de la place, des salles d’animation, notamment pour l’heure du conte, et une salle d’études pour élèves accompagnés par leurs enseignants.

Le centre culturel (Photo NE)
Le centre culturel (Photo NE)

Le directeur du livre au ministère de la culture et de la communication, M. Jean-Claude Groshens préside, avec  M. Paraf Préfet, Victor et Jean Claude Provo, le nouveau maire Pierre Prouvost. Pour l’occasion, première exposition dans la salle polyvalente : 156 gravures de nus de Picasso !

 

 

Un nouvel hôtel des postes

L’augmentation des activités postales fait qu’il est question dès les années soixante, de construire un nouvel hôtel des postes. En effet le bel immeuble construit en 1927 ne suffit plus pour accueillir les tâches ordinaires, à savoir le tri, le départ et l’arrivée de courrier, les paquets, les guichets, le téléphone, auxquelles se sont ajoutés les chèques postaux, les virements, la vente par correspondance. Plus de trente millions de catalogues expédiés en 1963 ! En janvier 1964, on apprend que la Direction Départementale des PTT a jeté son dévolu sur la Place des Halles, pour une surface de 4.500 m². Entretemps le centre du transit du Lido s’est installé en août 1964 et occupera le terrain repéré jusqu’en 1973. Une fois démonté, ce centre commercial provisoire accueillera quelques démonstrations commerciales et circassiennes.

L'annonce du projet Photo NE
L’annonce du projet Photo NE

Puis le projet de poste centrale refait surface, et le début des travaux est annoncé pour le 24 mars 1975 pour une durée de 18 mois. Finalement le chantier est ouvert début mai. Cent vingt pieux de béton ont été réalisés pour soutenir l’édifice, et les bâtisseurs ont du creuser à plus de vingt mètres pour trouver un sous sol stable. Rappelons qu’autrefois le Trichon et les douves de l’ancien château étaient  situés à deux pas de l’endroit. La construction va pouvoir commencer et on attend l’ouverture pour la fin de l’année 1976.

Vue aérienne du chantier Photo NE
Vue aérienne du chantier Photo NE

Les travaux prendront un peu plus de temps. En avril 1977, le bâtiment est terminé et on annonce l’ouverture pour l’automne.

Ouverture à l'automne Photo NE
Ouverture à l’automne Photo NE

Le nouvel hôtel comporte deux étages, et se présente sous la forme de deux ailes en équerre. La façade principale est orientée vers la rue Pierre Motte. A l’intérieur, côté usagers, sont prévus quinze guichets et vingt cabines téléphoniques.

Intérieur de l'hôtel des postes Photo NE
Intérieur de l’hôtel des postes Photo NE

Finalement le nouvel hôtel des postes est ouvert au public le lundi 12 décembre. Il emploie à cette époque quatre cents agents, et se classe au 2ème rang d’importance de la région. Dès avant l’ouverture, le receveur déplore les conditions d’accès : un nouveau plan de circulation et l’absence de parking ne contribuent pas au bon fonctionnement de la nouvelle poste. Le maire de Roubaix lui répond que c’était à l’administration des PTT de prévoir un parking souterrain dès la construction de l’édifice.

Vue du chantier en 1977 Photo NE
Vue du chantier en 1977 Photo NE

Pour l’instant, les usagers roubaisiens utilisent l’espace situé devant la poste, mais ce parking sauvage va bientôt disparaitre, car la nouvelle bibliothèque est en voie de réalisation. Puis le secteur sera remodelé, avec des problèmes récurrents de l’époque à Roubaix, le stationnement et l’accès piétonnier.

Le parking temporaire Photo NE
Le parking temporaire Photo NE

Une rue disparue

C’est à l’occasion de la construction du marché couvert de Roubaix, en 1881 que l’on encadre ce terrain en forme de rectangle par trois nouvelles rues qui viennent compléter la rue Pierre Motte : la rue des Halles, la rue de la sagesse et la rue Jeanne d’arc. Si les trois premières ont survécu à la disparition des halles, en 1956, ce n’est pas le cas de la quatrième.

A gauche, le début de la rue Jeanne d'arc CP Médiathèque de Roubaix
A gauche, le début de la rue Jeanne d’arc CP Médiathèque de Roubaix

La rue Jeanne d’arc, c’était quoi ? Le côté des numéros impairs était entièrement occupé par  le marché des halles, l’autre côté étant constitué en partie des accès aux propriétés et maisons de la rue du Château, qui lui est parallèle et de loin antérieure. Les numéros pairs de la rue Jeanne d’Arc commençaient rue Pierre Motte avec un magasin de confection, auquel succédaient un magasin de soldes, un boucher hippophagique, un cordonnier, un marchand de fruits, un commerce de dentelles, un estaminet, un tonnelier, les halles Flipo, l’estaminet Monnet, un boucher, quatre estaminets.

Les Halles Flipo et la vitrine du café de l’URSA Photos Nord Eclair

La rue Jeanne d’arc était connue comme un haut lieu du sport, avec la présence d’une salle de gymnastique qui abritait depuis 1893 la société  la Roubaisienne au n°20, et qui sera transformée en magasin, les Halles Flipo. Il y avait aussi un haut lieu de l’haltérophilie au n°22, qui abritait l’Union Roubaisienne des Sports Athlétiques, et qui vit évoluer de nombreux champions, parmi lesquels Marcel Dumoulin, huit fois champion de France  d’Haltérophilie, qui participa aux jeux olympiques de 1928 et 1932.

Vue générale de la rue Jeanne d’arc Photo Nord Eclair

La rue Jeanne d’arc  disparaît donc en 1968 pour permettre l’implantation du Lido, centre commercial de transition entre la rue de Lannoy et Roubaix 2000[1].  La dernière démolition concerna  l’auberge des Halles, qui fut autrefois un vieux relais de poste, selon Nord Éclair.

Le projet Poste Bibliothèque Publié dans Nord Éclair

En 1972, c’est la rue du Château qui sera amputée de ses dix sept premiers numéros, parmi lesquels l’ancienne caisse d’épargne, et  quelques maisons d’industriels, ce qui permit de mettre en œuvre le projet d’une bibliothèque de vastes dimensions. En 1968 on prévoyait de construire un nouvel hôtel des postes et un hôtel financier (sic) regroupant l’ensemble des recettes et perceptions de la ville. Si la construction du nouvel hôtel des Postes fut bel et bien menée, c’est une médiathèque qui remplaça le projet d’hôtel des impôts, pour le plus grand bonheur des roubaisiens.

D’après Nord Éclair, Nord Matin et l’Histoire des rues de Roubaix par les Flâneurs

 


[1] Voir nos articles précédents

 

 

 

Grand Marché Grand-Rue

Le magasin A la Pensée au CP Méd Rx
Le magasin A la Pensée au CP Méd Rx

L’entrée de la Grand Rue, côté pair, va bientôt accueillir une nouvelle surface commerciale. Il y a cinquante ans s’ouvrait au même endroit un magasin ultramoderne, le Grand Marché. Avant d’évoquer cet événement, il faut revenir sur la constitution de cet ensemble, n°4 à n°12, qui est bien antérieur, et que les roubaisiens ont mieux connu à une époque sous l’enseigne A la Pensée.

Le magasin Loucheur est créé en 1871 au n°10 de la Grand-Rue, c’est une mercerie tenue par le couple Loucheur-Facques. L’affaire se développe et le magasin se double du n°12, avant 1889. En 1895, le magasin de mercerie et d’articles de mode Loucheur-Facques s’est encore agrandi, il occupe désormais les n°8 à 12. En 1908, la société Loucheur Facques fait démolir la maison située au n°6 de la Grand Rue autrefois occupée par une chapellerie, et qui lui appartient, et fait reconstruire pour compléter le magasin. C’est la génération suivante, sous la raison sociale de Loucheur et fils, qui réalisera l’ensemble que nous connaissons de nos jours, du n°4 au n°12. Après la grande guerre, l’établissement Loucheur frères est un magasin de lingerie. On ne sait pas exactement quand l’enseigne « à la pensée » est apparue, mais certains cartons publicitaires l’emploient dès la première génération Loucheur Facques.

Buvard publicitaire Doc Méd Rx
Buvard publicitaire Doc Méd Rx

En 1953 le magasin est toujours au Ravet Anceau, mais dix ans plus tard, il va changer d’apparence et de vocation. En effet, en 1963, la société Loucheur propose sa nouvelle enseigne, un peu inspirée de son voisin de toujours le Bon Marché, située au n°2 de la Grand-Rue. Mais il s’agit de bien autre chose. Il est 14 heures, le 9 septembre, quand  le Grand Marché ouvre ses portes au public. On assiste à la création d’un grand magasin populaire proposant des articles de nouveautés, de bazar et d’alimentation générale, sur 1000 m² de vente, sur deux étages et autant de surface réservée aux stocks. Ce qui rompt avec la vocation première des établissements Loucheur. Un escalator permet l’accès à l’étage où se trouvent les produits d’alimentation, sous la forme d’un libre service avec des caddies. On y trouve boucherie, charcuterie, primeurs, produits laitiers.

Le Grand Marché sera inauguré le mardi 17 septembre 1963. Le directeur général de la société M. Michel Brémard et ses collaborateurs MM Brière directeur administratif, Pigny directeur commercial, et De Hooghe directeur du magasin, accueillent les personnalités au cours d’un cocktail. MM. Brière, Jacques Motte, président de la chambre de commerce, et Liébart président de l’union des commerçants du centre, rendent hommage au nom bien connu de Loucheur, à la transformation du magasin (impossible de reconnaître les lieux, selon l’un d’entre eux) et à l’évolution constante de Roubaix. Le Grand Marché fut donc officiellement installé à cette date. L’architecte de cette réalisation est le tourquennois M. Forest, et le chantier a mobilisé quelques entrepreneurs roubaisiens, parmi la quinzaine d’entrepreneurs cités : la Société Noral (41 rue Pellart) pour le bardage de façade en alliage léger, les carrelages Bonnet (158 rue de Lannoy), les Ets Jackson & Delbar (232 rue Edouard Anseele) pour l’installation du chauffage, les Ets Delannoy et Deparis (81/83 rue de l’Hommelet) chauffage et plomberie, les Ets Deschepper (63 rue de Béthune) menuiserie, aménagement intérieurs, l’entreprise Bourgois (30 rue du Trichon) couverture et plomberie, l’entreprise Zurawski (28 boulevard d’Armentières) plâtrerie et cimentage, les Miroiteries Gekière (56 rue St Hubert) miroiterie et portes en glace sécurit, et l’entreprise Fernand Gilmant (rue de Beaumont) peinture.

Vues de l’intérieur du Grand Marché Photos Nord Éclair

Le début des années soixante correspond à la période de création des supermarchés. Ainsi Auchan est-il apparu dans les quartiers sud en 1961. La Grand-Rue était alors une importante rue commerçante, qui possédait déjà son Minifix, sur le même trottoir que le Grand Marché, une vingtaine de numéros plus loin. Sans oublier le Monoprix de la rue Pierre Motte, ces deux dernières moyennes surfaces étant présentes depuis 1953, au moins. Que dire de la concurrence ainsi créée ? Au moment où nous rédigeons ces lignes, nous ne savons pas encore quand le Grand Marché a cessé de fonctionner. Il figure encore au Ravet Anceau de 1973. Les 3 Suisses vont occuper un temps cet emplacement. Qui va prendre le relais ? Cela rendra-t-il à la Grand-Rue plus d’attractivité ? Comment cette activité complétera-t-elle les commerces déjà existants ? Toutes ces questions se posaient déjà en 1963.

Les premières publicités du Grand Marché Nord Éclair

 

 

Les commerçants du Lido

Les commerçants du Lido ont tous adhéré à l’Union Commerciale du Centre, ce qui entraîne fin 1965 la formation d’un nouveau comité de commerçants de la rue de Lannoy restante avec l’unification des deux tronçons Belfort Guesde et Guesde Fraternité, soit 150 commerçants. Ainsi la rue de Lannoy a-t-elle survécu à l’amputation du début de son parcours.

Publicité Lido parue dans Nord Eclair
Publicité Lido parue dans Nord Éclair

Les anciens commerçants de la rue de Lannoy ont gardé tout leur savoir-faire pour l’organisation des campagnes commerciales. C’est ainsi qu’en décembre 1965, ils lancent l’opération « les dindes au champagne au Lido ». Le 1er mars 1966, à l’occasion du premier anniversaire, le géant Atlas visite le Lido, et donne le coup d’envoi des manifestations commerciales du 3 au 19 mars. Un grand concours anniversaire est lancé, « donnez votre avis sur le fonctionnement du Lido », basé sur le classement des six avantages importants du centre commercial : concentration des magasins et choix, cadre agréable, économie de temps pour les achats, magasins modernes et attractifs, pas de circulation automobile, parking attenant au centre. Nous n’avons pas trouvé le classement idéal, mais ces six critères décrivent le commerce moderne, qui anticipe bien entendu le futur Roubaix 2000.

 

Les n°4 et 12 (Roubaix ameublement)

En mars 1966, les commerçants s’expriment dans la presse. M. Gamin (au n°19 du Lido) trouve l’expérience excellente, affirme que la clientèle ancienne a suivi, et qu’une nouvelle est venue. La gare routière ELRT est toute proche, c’est un avantage, et le centre commercial présente une belle vue. Il manque toutefois une surface de stockage plus importante. M. Gazier (au n°8 du Lido) : pour les affaires, le bilan est positif, il n’y a rien de négatif dans cette opération, mais il pense déjà aux efforts pour le nouveau centre commercial. M. Duvet Dupreelle : (vice-président du Lido commerce d’ameublement) malgré un démarrage lent, nos commerces ont monté leur standing d’un cran en venant ici, mais finalement ça marche. Un point noir toutefois, l’accès difficile au Lido pour les piétons qui viennent de la rue Pierre Motte. M.Devaux (trésorier du Lido, droguerie) dit qu’il est difficile de comparer, le chiffre d’affaires est en hausse, mais les charges également. Les points forts sont la parfaite entente entre les commerçants, les magasins sont attractifs, à proximité de la bibliothèque, de la caisse d’épargne, de la mairie, de la poste. Le parking est en zone bleue, tout ça est parfait. Il faudrait cependant faciliter la traversée aux piétons de la rue Pierre Motte. M. Jankielewicz (président des commerçants du lido, vêtements) : il règne une bonne entente entre les commerçants, le bilan des affaires est positif, l’ancienne clientèle a suivi en partie, et une nouvelle est venue. Les souhaits des commerçants du Lido sont les suivants : prévoir un logement plus proche pour les commerçants, poursuivre l’éclairage tardif des vitrines, et rendre la traversée de la rue Pierre Motte plus facile.

 

N°30 (Papillon Bonte)

En 1967 Le Lido se présente comme le paradis du lèche-vitrine et du shopping, et en  novembre, les commerçants organisent « la farandole des automates » dans leurs vitrines, en quelque sorte, une promenade spectacle…Un grand tiercé gratuit des automates est organisé avec le patronage de Nord Éclair et de la Caisse d’épargne.

Les n° 31 (Lucien) n°32 (Violette) et n°18 (Nord Matin) Collection particulière

En mars 1967, les commerçants s’expriment à nouveau sur leurs affaires et la perspective du nouveau centre commercial de la rue de Lannoy. Mme Devaux (droguiste) se félicite du dynamisme et de la solidarité des commerçants du centre. L’arrivée de nouveaux locataires dans le bloc Anseele a renforcé la clientèle. La transition avec le futur centre commercial n’est pas automatique pour elle, car il faut voir les conditions financières et la situation du travail à Roubaix. Le chauffage moderne de M. Dujardin se porte bien. Le déplacement vers le centre urbain a entraîné une modification de la clientèle, on achète beaucoup moins à crédit ! Le commerçant rassure sa clientèle, les prix et l’accueil n’ont pas changé pour autant. Pour le futur centre commercial de la rue de Lannoy, n’a-t-on pas vu trop grand ? Les jeunes ne s’intéressent plus à la profession commerciale, il faut cependant de la jeunesse et du dynamisme pour un tel centre. Les établissements Blondeau (vêtements) constatent un fléchissement du pouvoir d’achat sur Roubaix, malgré un superbe équipement et le fait que les articles de qualité, bien que plus coûteux, prennent un part plus importante dans le chiffre d’affaires. Le futur centre commercial a l’avantage de regrouper tout ce que l’acheteur recherche, mais il faut voir les conditions et peut être faut-il une période transitoire pour préparer la clientèle à  changer de magasins. Jean Papillon (chaussures) signale que le Lido ne fait que progresser, la formule de l’allée à piéton est un succès. Cette expérience fait école, des représentants de la ville de Metz sont venus voir. Tous les corps de métier sont représentés, cela contribue au succès. On vient au centre en famille, ce qui n’était pas le cas avant. Il manque cependant les commerces traditionnels (boucheries, épiceries, boulangeries), dont le nouveau centre de la rue de Lannoy sera pourvu. Il faut encore faciliter l’accès aux piétons, car traverser la rue Pierre Motte n’est pas une sinécure. M. Oteman (magasin le Rouet) confirme le progrès par rapport à la rue de Lannoy, mais il se plaint des charges, de la situation locale du travail, et du fait que la vie dans le nord est plus chère qu’ailleurs. La formule Lido est payante, car il y a de nouveaux clients, mais le centre n’est pas encore assez connu. 

 

 

Inauguration du Lido

Parmi les premiers installés, Blondeau au n°1, Sonora au n°8 Photos Nord Éclair

Alors que les démolitions vont commencer rue de Lannoy, l’inauguration officielle du centre de transit du Lido, prévue pour fin janvier 1965, est reportée. Les commerçants prennent progressivement possession des nouveaux emplacements. La presse s’en fait l’écho : ainsi la maison Gazier-Merlevede, agence exclusive de la marque Sonora, qui se trouvait au 79 rue de Lannoy depuis 1932, s’installe au n°8 du nouveau centre commercial. De même, la maison Blondeau, installée depuis le début du siècle au n°19 de la rue de Lannoy, vient occuper le n°1 du centre commercial.  

Photos prises lors de l’inauguration Nord Éclair

L’inauguration aura finalement lieu le Samedi 27 février 1965, à 11 heures, en présence du maire de Roubaix Victor Provo. Pour l’occasion, une R4 Renault, le dernier modèle de la marque, sera mise en loterie gratuitement. Les commerçants du Lido, qui ont adhéré à l’Union Commerciale du Centre, participeront le soir même au bal avec concours et attractions qui se dérouleront au Colisée. Le Lido n’est plus un simple centre de transit, il est alors présenté comme le premier centre commercial moderne, et les roubaisiens découvrent le premier « shopping center » piétonnier de leur ville.

Les commerçants installés lors de l’inauguration février 1965 Nord Éclair

La rue du château et la rue Jeanne d’Arc existent encore et on a gardé une partie de la place des Halles pour un modeste emplacement de stationnement pour les voitures et pour les vélos, entre la poste et le centre commercial. Le Lido est un ensemble de 32 parcelles, réparties le long d’un secteur piétonnier composé d’une grande rue à double accès sur la rue Pierre Motte.  Le parking n’est que temporaire, car dès le second semestre 1965, on parle de l’extension de la poste sur ce qui reste de la Place des Halles.

Disposition du Lido doc NE

 

La construction du Lido

Le 10 juillet 1964, alors que les vêtements Marchand annoncent leur transfert place de la liberté, le chantier du centre de transit est commencé. Le 25 Août 1964, la presse titre : le chantier du centre de transit est en panne, à cause des congés payés !  Puis elle rectifie le tir, tout le monde ne chôme pas, notamment les entreprises Ferret Savinel et Léon Planquart, qui travaillent activement. Néanmoins le chantier a pris du retard, et l’inauguration ne se fera pas en 1964.

Les travaux d’août 1964 Nord Éclair

C’est en décembre 1964 qu’intervient la réception provisoire des travaux entrepris par la société d’aménagement de la région de Roubaix. Elle est effectuée par le maire Victor Provo, l’adjoint Georges Pluquet et Fernand Delcour, le directeur des services techniques de la ville. Il est fait mention du LYDO dans l’article de presse comme nom du futur centre de transit. Dès le 4 décembre 1964, les établissements Blondeau annoncent leur transfert par voie de publicité. Fin décembre, on assiste aux premières installations. L’inauguration officielle est prévue pour fin janvier 1965, mais elle aura lieu avec un mois de retard.

Les premières installations de décembre 1964 Nord Éclair

 

Histoire du Lido

Quand les Halles centrales roubaisiennes furent démolies en août 1956, personne ne se doutait que l’emplacement servirait à nouveau, à peine dix ans plus tard, comme surface commerciale. Pensé comme un centre de transit, intermédiaire entre la partie de la rue de Lannoy à démolir, et le futur centre commercial Roubaix 2000, le Lido existera quelques années avant de disparaître à son tour. L’endroit, aujourd’hui occupé par la poste et la Médiathèque, connaîtra là ses dernières heures commerciales. Nous allons raconter son histoire.

La place des Halles en aire de stationnement Photo AmRx

Avant qu’on n’envisage l’emplacement des Halles pour la cité de transit, le maire Victor Provo soutiendra l’option de l’appropriation de l’usine Huet comme centre transitoire, s’il y a assez de candidats. Cette usine se trouvait autrefois entre la caserne des pompiers (aujourd’hui la CAF) et l’entrée de la rue de Lannoy, c’est-à-dire juste à côté du périmètre à démolir et à reconstruire. Le chausseur Papillon se déclare favorable au projet  Huet. Le quincaillier Gamin suggère qu’on installe les baraquements dans le tronçon du boulevard Leclerc, à partir de la poste.

Photo usine Huet Boulevard Gambetta Collection Particulière

On avance sur le projet Huet, mais de manière peu convaincante : la  façade serait abattue puis remplacée par une baie vitrée, le cloisonnement en cellules reviendrait trop cher, et que penser du travail en commun pour des commerces habitués à leur individualité ? La question du logement piétine également : on relogerait des commerçants dans la première barre construite avec les sapeurs pompiers rue Bernard. Un questionnaire est prévu sur l’utilisation de l’usine Huet, et sur l’organisation du futur centre ; il est clair qu’il y a un effort d’adaptation pour les commerçants auquel ils ne s’attendent pas, comparable toutes proportions gardées, au choc des habitants de la rue Edouard Anseele relogés dans le quartier des Hauts Champs. Il y a là un problème humain.

Mars 1964 Plan du centre commercial de transit Place des Halles Publié par Nord Éclair

Une proposition du centre de transit sur la place des halles est finalement avancée par M. Jacques Motte président de la chambre de commerce dès janvier 64. Puis les premiers travaux d’appropriation sont lancés, qui créent quelques bouleversements, notamment pour la circulation autour de la place des halles. La rue Jeanne d’arc devient piétonnière, la rue de la halle sera élargie et la circulation se fera dans les deux sens. Le futur centre commercial de transit sera piétonnier. Il se présentera sous la forme d’un assemblage d’éléments préfabriqués en aluminium et en glace. Les parquets intérieurs sont en chêne et chaque commerçant pourra personnaliser son magasin, d’autant que l’aménagement de l’intérieur et les enseignes lumineuses seront à leur charge. Un précédent cependant : l’auvent qui surplombe chaque magasin reçoit l’éclairage public. Le tout doit être mis à la disposition des commerçants dans le courant du mois de juillet. L’ouverture officielle aurait lieu courant septembre ou après la braderie…

à suivre

Le ventre de Roubaix

 L’implantation d’un marché couvert est envisagée dès 1852 à Roubaix. L’abattoir[1] eut la priorité, qui sera construit en 1860. Le Minck, sorte de halle au poisson, où l’on vendait à la criée, est édifié en 1863, sur la place du Trichon.

C’est l’époque de la construction des grandes halles métalliques en France. A Paris, les Halles Centrales sont dessinées par Baltard et construites par Pierre Joly à partir de 1854.  Ses successeurs, César Jolly, Delafoy et Théophile Joly terminent les halles Baltard en 1866[2]. Ils construiront ensuite les Halles centrales de Lille, rue Solferino en 1878, ainsi que le Palais du Trocadéro. Entre-temps, la ville de Tourcoing a fait construire les siennes en 1877.

Le marché de la Grand-Place autrefois Collection Médiathèque de Roubaix

Les deux grands marchés de Roubaix se situent à l’époque sur la Grand Place et sur la Place de la Liberté, également appelée Place du marché aux charbons, du nom de son ancienne fonction, quand le canal arrivait jusque là. Une enquête du 29 mars 1879 menée par le préposé en chef, directeur de l’octroi roubaisien, rapporte que le marché de la Grand Place accueille une cinquantaine de marchands de légumes et de fleurs, une douzaine de marchands de fruits, une dizaine de volaillers, plus d’une trentaine pour le beurre, les œufs et le fromage. Quant au marché de la Place de la Liberté qui se tient le mardi, il s’y trouve ordinairement vingt trois bouchers, six charcutiers, trois tripiers, deux bouchers chevalins.

Pour l’emplacement des futures halles centrales, le choix se porte sur un terrain bordé par les rues Pierre Motte, Saint Martin et de la Sagesse. La proximité de la Grand Place, à moins de dix mètres, est un argument déterminant pour le choix définitif de l’emplacement. Il faut néanmoins prévoir quelques travaux : une quatrième rue devra compléter le rectangle formé par les rues Pierre Motte, Saint Martin qui deviendra la rue de la Halle, la rue de la Sagesse, ce sera la rue Jeanne d’Arc. Le coût total des travaux, démolitions, nivellement et construction, s’élève à 785.000 francs.

Les Halles centrales avant 1928 Collection Médiathèque de Roubaix

 Le 15 octobre 1879, le conseil municipal décide officiellement la création d’un marché couvert composé de deux pavillons carrés séparés par une rue couverte. Il est fait appel aux constructeurs qui doivent déposer leurs projets dans les deux mois. Le 7 février 1880, les différents projets sont tenus à la disposition des conseillers pour consultation pendant huit jours. Parmi les propositions, se trouve celle de la maison Jolly, Delafoy et Théophile Joly d’Argenteuil, qui respecte les contraintes de prix et envisage même d’effectuer les travaux de maçonnerie qui n’étaient pas inclus dans le projet de superstructure.       

On en sait plus sur la Halle : elle fera près de quatre-vingt mètres de long sur trente de large, sur une surface de près de 2.500 m². Sa façade longitudinale comprend treize travées de six mètres, et la travée du milieu permet un passage pour voitures qui s’élargit à l’intérieur, formant une rue couverte. Les espaces entre les travées sont de deux mètres, afin de faciliter la circulation de la clientèle. La façade transversale comporte cinq travées de six mètres.

Les boutiques se présentent sous la forme de 36 groupes à quatre emplacements, dont la surface est de 4 m² et qui occupent la surface principale de la halle. Il y a également une trentaine de groupes à deux emplacements situés le long des murs de la halle. L’aménagement intérieur comprend des bureaux et des cabinets d’aisance. Le marché couvert est ouvert au public le 22 janvier 1882, alors que tous les étaux ne sont pas encore occupés, mais la halle centrale est cependant noire de monde. La réception des travaux de voirie, dernière étape du grand chantier de la halle centrale intervient en août 1882. Dès lors, on peut accéder par la porte monumentale sous l’horloge à un premier ensemble de soixante douze petites boutiques occupées par des marchands de fruits et légumes. Les boutiques jumelles et latérales sont tenues par des bouchers. Au milieu de la halle centrale, on traverse l’allée couverte, après avoir dépassé la tribune de la criée, on atteint le domaine des bouchers, de la triperie et des volaillers, qui occupent la droite de l’emplacement, les crémiers et les épiciers se tenant sur la gauche. Telle était la disposition des marchands en 1882.

Images de la démolition des Halles centrales en août 1956 Photo Nord Éclair

 La halle centrale sera démolie en 1956, son emplacement restera quelque temps un parking puis on y construira en 1967 la cité de transit du lido, destinée à accueillir les commerçants de la rue de Lannoy. Aujourd’hui, l’endroit n’est plus un lieu d’activités commerciales, puisqu’il est occupé par la poste et la médiathèque de Roubaix.

 


[1] Aujourd’hui disparu, il se trouvait à l’emplacement du collège en face de la place Jean Baptiste Clément, ex place de l’abattoir.
[2] D’après l’article du site de la ville d’Argenteuil.

Le serpent de mer piétonnier

Le chantier du secteur piétonnier et de l’aménagement des voies a été divisé en quatre tranches pour gêner le moins possible les automobilistes. Dans un premier temps, on s’occupe de la chaussée latérale entre la Place de la Liberté et la rue Pierre Motte. On est en mars 1977, cette partie du chantier doit durer deux semaines.

Travaux sur les boulevards Photo Nord Éclair

Dans un deuxième temps, trois semaines de chantier encore, on attaque l’autre latérale dans le sens Lille Wattrelos, puis dans un troisième temps, on passera à l’aménagement du terre plein. Le site propre du Mongy sera doublé pour recevoir les bus, et l’opération doit durer un mois.  Quatrième opération, l’aménagement de la Place de la Liberté du côté de la Banque de France.  Il n’y aura plus qu’un seul sens de circulation pour la Place de la Liberté, vers le boulevard Gambetta, seuls bus et Mongy iront dans l’autre sens. Tout cela sera terminé fin juin. D’ici là, apparaîtra un terre plein de fleurs planté par la ville, et on prévoit les arbustes pour l’automne. On parle de refaire un syndicat d’initiative à la place de l’ancien, tout en verre et plus grand. Les dallages seront de type mosaïque dans les passages piétons et de style grain lavé ailleurs, et les commerçants disposeront de vitrines présentoirs. On disposera quelques bancs, et l’éclairage sera modernisé. A ce moment, pas de date prévue pour l’inauguration.

Travaux Place de la Liberté Photo Nord Éclair

 En Mai, on aménage le côté des magasins de la Place de la Liberté. Après en avoir ôté le revêtement bitumé, on délimite l’aire du Mongy, ainsi qu’un couloir réservé aux bus de six mètres de large et un trottoir chaussée de six à dix mètres pour les piétons. Un dallage spécial remplace le bitume. A présent, on attend la fin des travaux pour fin juin. Pendant les vacances les services de la mairie garniront de terre la bande centrale, de la rue Henri Dunant à la rue Pierre Motte, et on ré emboisera à la Ste Catherine, où tout prend racine. On prévoit des jardinières de fleurs Place de la Liberté.

Le nouveau secteur piétonnier, vu de la Grand Rue Collection privée

 Tous ces aménagements entraînent des modifications pour le plan de circulation. Provisoires, comme l’interruption de la circulation et du stationnement, et plus durables comme les sens uniques, ou les interdictions de tourner à droite dans la Grand rue venant de la rue du collège…En Août, des petits murets sont apparus sur le terre plein du boulevard Leclerc pour contenir les terres des décorations florales. Quelques soucis, dus au séchage de la coulée de béton et du dallage, et à la fuite d’eau de la fontaine qui va décorer le secteur piétonnier. Comme le séchage des dalles prend plus de temps que prévu, on dévie la circulation et cela crée des engorgements au rond point de l’Europe. Mais on a commencé la traversée piétonnière entre la Place de la Liberté et Roubaix 2000. En Septembre, c’est le temps des embouteillages, mais l’inauguration est prévue pour bientôt…

Le nouveau secteur piétonnier vu du boulevard Leclerc Collection Privée

 Enfin, l’inauguration du centre piéton roubaisien intervient le 17 septembre. Exceptionnellement, tous les magasins sont ouverts le dimanche, près d’une trentaine de commerces, parmi lesquels les vêtements Marchand frères, le chemisier Violette, pour citer les anciens de la rue de Lannoy, et le cinéma le Casino et sa deuxième salle le Club. Une semaine d’animation s’ensuit à grand renfort de montreurs d’ours, de cracheurs de feu, de jongleurs, de charmeurs de serpents, de marionnettes. Une après midi est consacrée au troisième âge avec un orchestre, et de nombreux jeux sont proposés aux enfants.

Le nouvel accès piétonnier entre la Place de la Liberté et Roubaix 2000 Collection privée

Présentée comme le renouveau du commerce roubaisien, cette initiative d’urbanisme est fêtée comme il se doit. Petit bémol, le maire Pierre Prouvost se demande où est passée la promesse communautaire du parking de la rue Pauvrée. Arthur Notebart, le Président de la Communauté urbaine réaffirme son soutien à l’opération et signifie qu’il n’est pas l’homme qui change l’eau en vin. Les deux hommes consacrent ensuite le mariage entre la ville de Roubaix et la communauté urbaine en visitant le secteur piétonnier. Cette opération de rénovation ne sera pas la dernière, mais elle transforme durablement l’environnement et les conditions de circulation du centre de Roubaix.