Le Colisée ( 3 ) 1980 – 2000

A la fin des années 1970, la télévision se développe et envahit les foyers au détriment des salles de cinéma. Tous les cinémas sont en difficulté et ferment les uns après les autres. Le Colisée n’est pas épargné par la crise des grandes salles obscures mais s’apprête à connaître un autre sort. En effet, la ville de Roubaix rachète l’établissement, en 1980, et dépose un dossier pour la réhabilitation et la transformation du Colisée en salle de spectacles et centre de chorégraphie. Le vieux cinéma s’apprête à couler des jours différents, il va devenir un point de ralliement de l’Opéra du Nord.

Maquette de la transformation ( document archives municipales )

D’importants travaux de rénovation ( pour 12 millions de francs ) sont ainsi programmés d’ici 1982. Le chantier démarre en Mars 1981. Tout d’abord, il est nécessaire de désenclaver le Colisée. La ville de Roubaix rachète l’entreprise voisine, les Ets Libbrecht, au 39 de la rue de l’Epeule, qui est ensuite démolie. La superficie de plus de 4.000 m2 peut alors être consacrée à la création d’une place. L’entrée de la rue de l’Epeule se fait sur un parvis latéral, qui permet lui-même aux spectateurs d’accéder à la salle de spectacle.

document Nord Eclair 1982

La salle de cinéma connaît alors de grands changements. La scène est large mais pas suffisamment profonde pour se prêter à des spectacles chorégraphiques, elle est donc agrandie. Plusieurs rangées de fauteuils ( environ 200 ) devant la rampe, sont supprimées. Une fosse d’orchestre est créée. La scène ne peut pas être réaménagée, elle doit être complètement rasée, avec la création d’un nouveau plateau, l’installation d’un nouveau dispositif de cintres, la pose de perches qui supportent les projecteurs pour les jeux de lumière etc. La capacité de la salle est dès lors de 1800 personnes.

document archives municipales
document archives municipales
document B. Vanalderwelt
document archives municipales
Les travaux sur place ( document archives municipales )
Les travaux sur place ( document B. Vanalderwelt )

Un couac se produit pendant les travaux : la maison voisine de Jean Prez, accordéoniste au 43 de la rue de l’Epeule, subit quelques dommages . . .

document archives municipales

En Juin 1982, Pierre Prouvost, député maire, vient visiter le chantier. Il constate que les travaux avancent bien, et que les délais seront respectés, malgré l’ampleur de la tâche. La livraison devrait se faire fin Décembre ou en début d’année 1983.

Pierre Prouvost en visite ( document Nord Eclair 1982 )

Mr le Maire est impressionné par l’importance des travaux. Autrefois, derrière l’écran du cinéma, le mur du fond se trouvait à 4 mètres de distance. Aujourd’hui la tour de scène construite, mesure 23 m de haut, 30 m de large avec une ouverture de scène de 18 m sur 15 m de profondeur. Cette tour est vraiment très imposante.

vue aérienne des travaux ( document IGN )

La salle de spectacle peut, par ailleurs, être modifiée en fonction des spectacles. A partir du 10° rang jusqu’au 22° tous les sièges peuvent être relevés, grâce à l’installation de vérins hydrauliques. Ce système ingénieux permet de disposer les sièges en gradins. Cette disposition est particulièrement efficace au niveau acoustique pour les représentations de spectacle lyrique ou d’opéra.

la salle ( document Nord Eclair )
document B. Vanalderwelt
la salle ( document Colisée )
les vérins hydrauliques ( document B. Vanalderwelt )

Pierre Prouvost est heureux de constater que le nouveau Colisée est propre à accueillir le public, d’autant que le niveau artistique des spectacles proposés ne démentira pas la qualité de l’outil conçu.

document B. Vanalderwelt

Le 28 Janvier 1983, après près de deux ans de travaux, c’est l’ inauguration du Colisée-Opéra en présence de Pierre Mauroy premier ministre de l’époque, Pierre Prouvost député-maire, Monique Bouchez présidente de l’Opéra du Nord, Noël Josèphe président du Conseil Régional et Alfonso Catà chorégraphe du Ballet du Nord. Pour l’occasion, le ballet national de Marseille de Roland Petit présente son spectacle : « Les Hauts de Hurlevent », et ce pendant trois jours consécutifs.

Inauguration ( document Nord Eclair )
Inauguration ( document B. Vanaderwelt )

Le Colisée démarre donc, en ce début d’année 1983, de façon importante et dynamique puisque sont programmés les spectacles de Julien Clerc le 3 Février, la revue du Casino de Paris les 4 et 5, l’opéra Faust les 18 et 20, Patrick Sébastien le 25 et la revue West Side Story les 26 et 27.

C’est également en 1983, que le Ballet du Nord, antenne de l’Opéra de Lille, s’installe au Colisée, sous la direction d’Alfonso Catà. Le ballet devient Centre Chorégraphique National en 1985.

La cafétéria installée au rez de chaussée ( document B. Vanaderwelt )

La salle d’entraînement et de répétitions du Ballet du Nord est installée à l’étage dans l’ancien dancing et peut également, à l’occasion, accueillir 200 personnes. Sur la photo ci-dessous, on reconnaît, en bas, les anciens gradins du dancing, et sur la droite, la scène ou se produisaient les chanteurs et orchestres.

document Ballet du Nord

Dans les années 1980, le Colisée est géré par l’association Roubaix Culture dont le président est André Diligent et la vice présidente Thérèse Constans. La direction de Roubaix Culture a son siège dans les locaux du Colisée. La ville de Roubaix et le Colisée travaillent toujours en étroite collaboration, en matière de choix des spectacles, de budget de fonctionnement etc

Patrick Bullens directeur du Colisée et Martial Guénée de Roubaix-culture en 1985 ( document Nord Eclair )

Les 20 ans de Roubaix-Culture en 1991 : Thérèse Constans, Martial Guénée et Patrick Bullens

En 1993, soit 10 ans après l’ouverture, le directeur, Patrick Bullens, pense déjà à effectuer quelques travaux de rénovation. 1) les peintures : la totalité des peintures intérieures soit 3000 m2 sont à refaire 2) le chauffage à air pulsé doit être repensé, pour éviter à certains spectateurs d’avoir trop chaud et d’autres d’avoir des courants d’air désagréables, et surtout que le chauffage soit plus silencieux. Les devis des travaux sont acceptés et ceux-ci vont durer tout l’été.

Patrick Bullens directeur en 1993 ( document Nord Eclair )

Le Colisée accueille des spectacles prestigieux et de nombreuses vedettes de variété s’y produisent : Barbara, Charles Trenet, Michel Sardou, Niagara, Georges Moustaki, Alain Souchon, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour etc, ainsi que des célébrités dans le monde du théâtre :

Patrick Bullens nous conte une anecdote qui prête à sourire : Bernard Blier, peu avant de monter sur scène, se trouve dans sa loge en peignoir d’intérieur. Il se dirige vers le lavabo pour se nettoyer les mains, et malheureusement s’aperçoit que les robinets ne fonctionnent pas correctement ( eau froide à la place de l’eau chaude ! ) Bernard Blier, qui a du caractère, se met en colère, le fait savoir bruyamment et monte directement sur scène en peignoir ! Tous les techniciens sur place sont forcément surpris, essaient de l’interpeller pour qu’il puisse se vêtir, mais en vain. Bernard affiche un sourire moqueur : le peignoir est sa tenue de scène du premier acte !

Bernard Blier ( document collection privée )

Dans les années 1990, de nouvelles très grandes salles spécialisées dans la distribution musicale arrivent sur la métropole comme Le Zénith ou l’Aéronef. Le Colisée voit ainsi partir les grands concerts vers les autres salles. La directrice depuis 1997, Marie-Cécile Laidebeur, parvient cependant à maintenir une offre culturelle variée et de grande qualité.

En Novembre 1998, un incident se produit lors du concert du chanteur Faudel. En effet, le public est chaud-bouillant, les filles trépignent, sautent, crient, hurlent, dansent et se trémoussent pendant ce concert de musique raï. Le pompier de service s’aperçoit que des fissures apparaissent sous le balcon. Inquiet il prévient le responsable de la sécurité qui fait arrêter immédiatement le chanteur. Faudel annonce lui-même la nouvelle au public forcément mécontent. Il semble toutefois, que ce ne sont que des fissures superficielles du plâtre.

Faudel ( document Nord Eclair )

Arnaud Verspieren et Marie Cécile Laidebeur annoncent en 1999 l’installation de 1200 nouveaux fauteuils beaucoup plus confortables et silencieux ( en effet, ils ne couinent pas ! ) et de couleur bleu comme le rideau. 600 fauteuils arriveront plus tard pour être installés au balcon.

document Nord Eclair
Le Colisée ( document bnr )

à suivre . . .

Remerciements à Bertrand Millet, Bernard Vanalderwelt, Patrick Bullens ainsi qu’aux archives municipales.

3 rue du Général Sarrail

Au début des années 1900, au N° 3 de la rue Saint Georges ( aujourd’hui, renommée rue du Général Sarrail ), est implanté le commerce de lingerie de E.Souty-Dupont, à l’enseigne « A la Petite Jeannette ». De nombreux produits sont proposés à la clientèle : draps, taies, serviettes, torchons, chemises de nuit, nappes, linge de toilette mais également des chemises pour hommes confectionnées sur mesure.

document collection privée

Au début des années 1910, le commerce est repris par Charles Poitevin-Aufort, qui garde bien sûr l’enseigne bien connue des roubaisiens, et tous les produits référencés jusqu’alors. Il développe fortement son affaire en y ajoutant un rayon complet de ganterie, chapellerie et toute une gamme de confections pour dames.

documents collection privée

Charles décède au début des années 1920 et son épouse continue alors seule l’activité du commerce qui est ensuite repris dans les années 1930 par le fils Jean Poitevin. Juste après guerre, Mr Levanbel reprend le fonds de commerce et crée une nouvelle enseigne « Pacherchic » qui comme son nom l’indique, propose des vêtements de qualité à des prix tout à fait raisonnables. La gamme de produits reste exclusivement féminine : dames et fillettes.

Publicité 1948 ( document collection privée )

André Picavet est né en 1916, il est mécanicien et bien décidé à créer son affaire. Il reprend donc le fond de commerce du 3 de la rue du Général Sarrail, au début des années 1950, pour y installer un magasin de cycles à enseigne Motoconfort.

Publicité Nord Eclair 1961

Au milieu des années 1960, André développe sa gamme de produits en ajoutant des accessoires pour Kart et des cyclomoteurs de la marque Motoconfort ( Mobylette et Cady )

Publicité Nord Eclair 1962
Publicité Nord Eclair 1967

En 1968, André est présent au salon du cycle à Roubaix avec ses deux roues : le cady pour les jeunes, et le SP 93 pour jeunes adultes.

Le SP 93 Motoconfort ( Publicité Nord Eclair 1968 )

Au début des années 1970, André propose la gamme complète de Motobécane-Motoconfort : bicyclettes, vélomoteurs, mobylettes, scooters et même les nouvelles motos de 125 cc.

document collection privée

Christian Trioux reprend le commerce de cycles en Mai 1976. Il est officiellement dépositaire MBK Motobecane diffusion. Il commercialise également des cyclomoteurs de marque Honda. Il poursuit son activité jusqu’en fin d’année 1990.

Publicité Nord Eclair 1978
Publicité Nord Eclair 1981
document archives municipales

Le coureur cycliste nordiste, Alain Bondue, a fait partie du Vélo Club Roubaisien, puis s’est lancé dans une longue carrière amateur et ensuite professionnel de 1980 à 1987. Il a un palmarès impressionnant de courses gagnées sur piste et sur route. Notons en particulier : deux fois champion du monde en poursuite, vice champion olympique à Moscou en 1980, il finit troisième au Paris-Roubaix en 1984.

Alain Bondue s’associe avec son ami Patrice Dejonckere, ancien membre également du vélo club de Roubaix, cycliste passionné qui a longtemps évolué au top niveau de la compétition amateur. Ensemble, ils reprennent le magasin de cycles du 3 rue du Général Sarrail en fin d’année 1990.

Alain Bondue ( document Nord Eclair 1994 )

La carrière cycliste d’Alain est exceptionnelle et assure bien sûr un bon coup publicitaire pour le démarrage de son affaire. Le commerce de cycles, cyclomoteurs et scooters fonctionne très correctement. Alain et son associé restent bien sûr fidèles à la marque MBK.

Publicité 1998 ( document collection privée )
Publicité 2001 ( document collection privée )

Le samedi 4 Octobre 2003, un incendie se déclare en pleine nuit dans le magasin de cycles. Les pompiers arrivent sur place rapidement et doivent lutter pendant des heures pour l’éteindre. Un pompier est malheureusement blessé et transporté par le SMUR, au service des grands brûlés au centre hospitalier à Lille. L’incendie a complètement détruit le magasin de cycles et endommagé fortement la boulangerie voisine de Simon Cédric.

documents Nord Eclair 2003

Pour beaucoup d’inconditionnels, c’est une des plus belles adresses en matière de deux roues, qui disparaît. Mais ce n’est qu’une étape pour les cycles Bondue. Alain et Patrice retrouvent un espace équivalent en 2004 à Lys lez Lannoy au 60 rue Jules Guesde, proche du vélodrome de Roubaix : un endroit qui permet de rebondir après ce pénible épisode de la rue Sarrail. Malheureusement le succès n’est pas au rendez vous et le magasin ferme définitivement ses portes, quelques années plus tard.

document Nord Eclair 2004

Quant à la rue du Général Sarrail, en Juin 2004, Roubaix Habitat, propriétaire des immeubles des 3 7 9 11 et 13 de la rue, songe sérieusement à faire place nette et revendre l’ensemble.

document Nord Eclair 2004

Un permis de construire est déposé en Mairie en 2005 et rectifié en 2008, pour la construction d’un ensemble immobilier constitué de cellules commerciales au rez de chaussée et de 68 logements, du 3 au 23 de la rue du Général Sarrail, avec création d’une nouvelle rue : la rue Neuve.

Travaux de démolition 2008 ( document Google Maps )
document Google Maps 2013

Remerciements aux archives municipales

Le Colisée ( 2 ) 1951 – 1980

Après la seconde guerre mondiale, Henri Deconinck, ressentant le frétillement de la reprise, reste très optimiste sur l’avenir du cinéma. Il décide donc d’entreprendre d’importants travaux de rénovation pour le Colisée de la rue de l’Epeule à Roubaix. L’objectif, très ambitieux, est de proposer à la clientèle le confort dans un cadre agréable et les améliorations techniques les plus modernes. Il fait appel à l’architecte parisien Edouard Lardillier pour ce projet très important. Le Colisée annonce fin Juin 1951 sa fermeture annuelle, mais, en fait, de très gros travaux pharaoniques démarrent début Juillet pour de nombreuses semaines

document Nord Eclair
document Nord Eclair

L’art moderne, sobre et impressionnant à la fois, offre ici le maximum d’un mariage harmonieux des lignes courbes et droites, pour créer un cadre agréable :un écran de 7 mètres de long, des installations sonores stéréophoniques, des nouveaux fauteuils en velours pourpre, des lumières tamisées, des peintures de couleur beige, des murs recouvert de tapis isolants, un sol et un plafond insonorisés et anti vibrations, un chauffage à air pulsé, une sécurité absolue contre les risques d’incendie etc. Seule la charpente métallique est conservée.

document collection privée

La salle compte 2400 places confortables : des fauteuils fabriqués spécialement, car inspirés des sièges automobiles. La scène a été agrandie. La galerie de droite qui borde la salle est une exposition d’oeuvres des artistes roubaisiens. Dans la galerie de gauche, un bar spacieux accueille les clients pendant l’entracte. La façade sur la rue de l’Epeule est également refaite : un large escalier donne accès au dancing, une fresque occupe toute la largeur. Sur le thème des Muses de la mythologie, elle a été réalisée par Mr Ponsard un artiste parisien. 

document archives municipale
document collection privée
document Colisée

Le mur latéral droit de l’entrée est recouvert de miroirs, ce qui donne un aspect encore plus grandiose à l’ensemble.

document P. Bullens

Le dancing à l’étage est refait également : la trémie donnant sur le hall est comblée et sur des gradins sont installées des tables qui dominent désormais la piste de danse. Malgré toutes ces investissements coûteux, le prix du billet d’une place de cinéma ne devrait pas augmenter fortement et doit se situer autour de 160 Frs. Le Colisée devient la plus grande et la plus belle salle de cinéma de province : une salle polyvalente dédiée au 7° art, mais aussi aux spectacles de variétés.

document collection privée
document Nord Eclair

Les travaux ont duré 5 mois, de Juillet à Novembre 1951. Pendant ces 160 journées de travail, 500 ouvriers ont oeuvré à la transformation du Colisée. On imagine sans peine les difficultés rencontrées sur le chantier, par l’architecte, les entreprises et leurs salariés. Il faut rendre hommage à tous ces artisans du succès, du plus humble ouvrier au grand architecte. C’est un bel exemple de réussite de ce que peut réaliser une coopération étroite entre gens compétents et motivés.

document Nord Eclair

La réouverture du Colisée a lieu le lundi 26 Novembre 1951. Pour fêter cet événement, qui coïncide avec le 25° anniversaire de la création, Henri Deconinck organise une soirée de gala : la projection d’un film « Paris chante toujours » qui réunit les 10 plus grandes vedettes de la chanson française : André Dassary, Georges Guétary, Luis Mariano, Yves Montand, Edith Piaf, Line Renaud, Jean Sablon, Georges Ulmer et Tino Rossi. Cette soirée exceptionnelle est organisée au profit d’oeuvres sociales de la ville.

document collection privée
( document collection privée )

Un film muet en noir et blanc est tourné pendant cette soirée d’inauguration ou l’on note la présence de Pierre Dac, Charles Verstraete etc. Cette date du 26 Novembre 1951, c’est la première étape dans la carrière du Nouveau Colisée ! ( document B. Vanalderwelt )

Deux ans après son ouverture, Henri investit à nouveau ! Il fait casser la scène pour l’agrandir en hauteur et en largeur et l’adapter à une technologie naissante : le cinémascope qui nécessite un écran incurvé de 17m de large et 7m de haut. Le Colisée accueille en exclusivité sur Roubaix, le premier film en cinémascope : « La Tunique » en 1953. Il dame ainsi le pion à son confrère le Casino de la place de la Liberté.

document collection privée
document collection privée
document collection privée

Dans les années 1950 et 1960, le Colisée remporte un succès colossal, aussi bien au cinéma qu’au dancing. Le rythme bat son plein dans cette salle atypique, où l’on peut découvrir des films, des spectacles variés, et danser. Des grandes vedettes de variété passent sur la scène, et leurs noms s’inscrivent en lettres rouges sur la façade de la rue de l’Epeule. Le Colisée est d’ailleurs souvent surnommé : « l’Olympia du Nord ».

Façade ( document collection privée )
Compilation vedettes variété scène 1950 1960 ( documents Nord Eclair )

En Octobre 1961, Henri Deconinck investit à nouveau dans du matériel : un projecteur 70/35 est installé pour la sortie du film Ben-Hur. Cet appareil permet d’utiliser deux types de film : soit 700 m de pellicule en 70 mm, soit 1100 m en 35 mm. A la sortie de la séance, les spectateurs sont émerveillés par la netteté de l’image pourtant monumentale sur l’écran de 17m et également par la qualité du son stéréophonique.

Ben Hur ( document Nord Eclair )

Le dancing à l’étage connaît aussi un grand succès dans ces années 1950 1960, les bals se succèdent surtout les fins de semaine. Henri Deconinck est présent tous les week-end, les samedi et dimanche après midi, où il alterne ses passages entre Le Fresnoy et le Colisée, au volant de sa jaguar Type E, pour vérifier que tout se passe bien et qu’il n’y a pas d’incident. Henri est très « à cheval » sur la tenue de ses clients : « Tenue correcte exigée » et donc pour les jeunes gens sans cravate, le responsable à l’entrée du dancing leur en prête une ! Il est souvent fier de rappeler que la plupart des couples roubaisiens se sont formés dans un des deux établissements qu’il dirige.

Compilation soirées organisées au dancing à l’étage 1950 1960 ( documents Nord Eclair )
Henri Deconinck ( document Nord Eclair )

La télévision, apparue dans les années 1950, se développe fortement dans les années 1960 et 1970, surtout avec l’avènement de la télé couleur en 1967. La conséquence inévitable de ce développement du petit écran dans les foyers, est la baisse de fréquentation dans les cinémas dans les années 1970. Tous les cinémas sont concernés. Certains vont se subdiviser en salles de poche, d’autres vont fermer complètement. Le Colisée n’est pas épargné par la crise des grandes salles obscures, alors qu’il a atteint l’apogée de sa renommée, Henri Deconinck arrête les projections de films à la fin de l’année 1978, continue les spectacles de variété et cherche des solutions qui permettraient de conserver la salle en l’état en réorganisant le projet artistique. Le 18 Mars 1981, l’Orchestre Philharmonique de Lille donne un dernier concert au Colisée avant sa fermeture.

Le Colisée à la fin des années 1970 ( document archives municipales )

à suivre . . .

Remerciements à Bertrand Millet, Bernard Vanalderwelt ainsi qu’aux archives municipales.

Château Hannart

Le château Hannart se trouve au 66 rue de Barbieux à Roubaix, juste à côté du château Ternynck, au 68 de la rue. Sur la photo ci-dessous, on distingue parfaitement sur la gauche, les anciennes écuries du château Ternynck qui est occupé aujourd’hui par l’institution Jeanne d’Arc.

le château Hannart ( document archives municipales )
la façade avant ( document archives municipales )
la façade arrière ( document archives municipales )

Le château appartient à la famille Hannart qui dirige la grande teinturerie à Wasquehal et trois usines d’apprêt à Roubaix. Le château se trouve en front de rue. Il est très vaste. Au rez de chaussée, on trouve : l’entrée, le hall, le living, le petit salon, le grand salon, le bureau, l’office et une immense salle de billard. A l’étage, se situent : le hall, 4 chambres, un bureau, un vestibule, une lingerie, les toilettes et 2 salles de bain. Il en est de même pour le deuxième étage.

plan du rez de chaussée ( document archives municipales )

Derrière l’immeuble, l’immense parc se termine sur l’avenue Le Nôtre. Depuis plus d’un siècle, cet imposant édifice appartient à Mme Amicie Hannart-Ménart qui y habite. Amicie est veuve depuis 1899. Son mari Georges Hannart dirigeait, de son vivant, son entreprise de teinturerie et apprêts à Roubaix.

plan cadastral ( document archives municipales )

Amicie décède à la fin des années 1940. Les consorts de la famille Hannart confient le dossier à l’architecte A. Lemay, 29 rue Colson à Lille, en 1951, pour transformer l’immeuble en 8 appartements locatifs. Le permis de construire est accordé, les travaux peuvent ainsi commencer. Les premiers locataires prennent possession de leur logement en 1952. En 1960, il n’y a plus de locataires et le château Hannart est rasé quelques temps après. Sur le terrain vierge, se construit alors une maison individuelle occupée par J. Heroult, ingénieur, au milieu des années 1960.

maison individuelle ( document archives municipales )

L’institution Jeanne d’Arc reprend ensuite l’ensemble du terrain, fait construire sa nouvelle école maternelle et fait pratiquer une ouverture, en 1998, sur l’avenue Le Notre pour une deuxième entrée.

Plan Cadastral
Vue aérienne ( Document IGN )

Un peu plus tard, en 2008, l’institution fait raser la petite maison sur la rue de Barbieux, pour y construire l’extension du collège Jeanne d’Arc. ( voir sur notre site, un article précédemment édité et intitulé : du château Ternynck à l’école Jeanne d’Arc ).

Document archives municipales

Remerciements aux archives municipales

Le Colisée ( 1) 1927 – 1950

Jean Deconinck naît en 1876 à Roubaix. En 1901, il rachète les écuries du château Descat à Tourcoing qui a été démoli pour construire le boulevard Descat.

Jean Deconinck ( document D Najberg )

Sur les 10.000 m2 du terrain, il crée un cinéma en plein air, en 1905, et construit ensuite « Le Fresnoy » qui devient un haut lieu de divertissement au début du 20° siècle. Après la première guerre mondiale, c’est l’essor du cinéma. Au début des années 1920, Jean demande alors un permis de construire pour une salle de cinéma, au 41 rue de l’Epeule à Roubaix : « Le Coliseum ». Le projet est de rénover l’hôtel particulier de Paul Descat qui se trouve à cet emplacement, et de le transformer en salle de cinéma. L’architecte choisi est le cabinet : Jacques Barbotin situé au 34 rue de Lille à Roubaix. Sur la façade, on remarque l’inscription : « Instruire en Récréant »

Projet Coliseum ( document archives municipales )

Finalement, l’option n’est pas retenue : la maison est détruite et Jean Deconinck construit le cinéma « Colisée » avec une façade plus moderne, dans le style Art-déco. Il s’investit pleinement dans son projet avec les mêmes architectes Barbotin père et fils, réalise des croquis sur sa planche à dessin, réfléchit aux moindres détails sur la qualité de construction, la technicité des appareils de projection, l’esthétique de la décoration etc. L’inauguration et l’ouverture du cinéma est programmée pour 1926.

Jean Deconinck devant sa table à dessin ( document C. Desrousseaux )
Projet Colisée accepté et signé ( document archives municipales )

Les travaux démarrent par la construction de la charpente métallique. C’est une ossature type Eiffel. Jean Deconinck exige que le Colisée soit bâti sur des bases solides. Il suit de près toute évolution technologique du moment.

Charpente métallique ( documents Daniel Najberg )

Avec plus de 2000 places, c’est le plus grand cinéma au nord de Paris. Le projet est impressionnant. La salle de cinéma mesure 45m de long sur 21m de large. Aucun pilier ne vient gêner la vue des spectateurs, qu’ils soient assis aux places les plus chères ou aux dernières. Dans le hall d’entrée, se trouve un bassin et un jet d’eau qui monte à vingt mètres de hauteur et qui traverse le foyer à l’étage par une trémie, jusqu’au sommet de l’édifice.

La trémie à l’étage ( document Le Colisée )

Dans le hall, des colonnes impsantes soutiennent le plafond de couleur ocre et rouge, de style orientaliste et moderne.

Le plafond d’origine ( document Bernard Vanalderwelt )

La salle de cinéma est dotée d’un parterre et de balcons, des bars permettent au public de boire une consommation pendant l’entracte. Jean dirige les deux établissements : le Fresnoy qui est un lieu de distraction populaire, et le Colisée qui s’adresse à la bonne société de Roubaix-Tourcoing

Publicité ( document collection privée )
la rue de l’Epeule 1932 ( document collection privée )

Les travaux de grande ampleur ont pris un peu de retard, et c’est en Mai 1927 que Jean Deconinck peut enfin ouvrir son établissement. Il a décidé de frapper fort en publicité, en réservant une page complète sur « Le Journal de Roubaix » sur les 6 pages habituelles du quotidien.

publicité pleine page ( document Le Journal de Roubaix 19 Mai 1927 )

Pour cet événement, le cinéma propose un programme cinématographique hors-pair avec 4 films muets exceptionnels tels que « Michel Strogoff » avec Ivan Mosjoukine.

Michel Strogoff ( documents collection privée )

Jusqu’à l’achèvement définitif des travaux, la direction de l’établissement ne projette que des films dans la salle. Au mois de Septembre 1927, les locaux réservés aux artistes sont achevés et complètement aménagés. Les séances de music-hall alternent alors avec celles du cinéma.

Jean Deconinck suit l’évolution des techniques et procédés cinématographiques. Il adapte son équipement et le Colisée est le premier cinéma à Roubaix à proposer des séances de cinéma parlant. Le premier film français sonorisé : Les Trois Masques sort en 1929 à Paris et est projeté, très peu de temps après, au Colisée.

Programme de 1929 ( document collection privée )
Pièce de théâtre en 1929 ( document collection privée )

Le Colisée est certes une salle de cinéma, mais c’est aussi une salle de spectacle pour le music-hall ou des pièces de théâtre. De très nombreux chansonniers s’y succèdent : Tino Rossi, Maurice Chevalier, Fernandel et bien d’autres. Jean Deconinck peut ainsi approcher de près d’immenses vedettes talentueuses comme Joséphine Baker ou Arletty. Le succès du Colisée est colossal dans ce fourmillant quartier de l’Epeule

Fernandel entouré de la famille Deconinck, lors de l’un de ses passages au Colisée ( document C. Desrousseaux )

Pendant la deuxième guerre mondiale, le Colisée reste ouvert mais l’activité est très réduite : quelques pièces de théâtre y sont jouées. Le cinéma quant à lui, redémarre en Septembre 1944.

document collection privée
Publicité 1942 ( document collection privée )
Redémarrage du cinéma Septembre 1944 ( document Nord Eclair )

Puis, le Colisée redémarre peu à peu son activité complète.

1944 ( document collection privée )
1945 ( document collection privée

A la fin des années 1940 les dessins animés de Walt Disney ( Cendrillon ) arrivent sur ses écrans pour le plus grand bonheur des jeunes spectateurs

Cendrillon 1950 ( document collection privée )

Jean Deconinck décède en 1943. Il laisse le Fresnoy et le Colisée à ses enfants, dont Henri qui devient directeur et ensuite à son petit fils Hubert Desrousseaux.

Jean Deconinck ( document collection privée )

À suivre . . .

Remerciements à Bertrand Millet, Bernard Vanalderwelt ainsi qu’aux archives municipales.

502 rue de Lannoy

Le n°502 rue de Lannoy à Roubaix se situe à l’angle de la rue du Chemin Neuf, dans un quartier appelé autrefois « le Pont Rouge ».

Plan cadastral

Au début du siècle dernier, s’y trouve, l’estaminet baptisé « au Pont Rouge » de H Dejonckeere.

estaminet ( document collection privée )

Dans les années 1920, à cet endroit c’est le commerce de lingerie de J. Verhenneman qui occupe les lieux, et, dans les années 1920 et 1930, la boucherie de D. Roussiaux. Après guerre, la boucherie du 502 rue de Lannoy est gérée par M.Lietaert, puis Jean-Claude Lemaitre qui se spécialise en charcuterie, et enfin par M. Fournel qui développe un rayon hippophagique.

Publicité 1967 ( document collection privée )
Publicité 1969 ( document collection privée )

Par la suite, le bâtiment est toujours occupé par une boucherie. Dans les années 1970, elle est tenue par D. Paris et dans les années 1980 par Mr DeWulf.

Publicité 1976 ( document collection privée )
Boucherie Dewulf ( document archives municipales )

Mr Dewulf est un commerçant très dynamique. Aidé par son épouse, il organise régulièrement des concours et tombolas pour ses clients.

tombola 1987 ( document Nord Eclair )

Alberto, un vrai italien d’origine sicilienne, y ouvre, en Janvier 2004, une pizzeria à enseigne « Il Piccolo Mondo », Le Petit Monde, avec son épouse Anne-Marie issue d’une famille napolitaine qui a de la famille à Roubaix. Alberto propose des pizzas faites maison, avec de la pâte fraîche préparée chaque matin. Il fait appel à la presse locale pour se faire connaître et, malgré la qualité de ses pizzas, il ne parvient pas à remplir son restaurant et assurer les 20 couverts. Il ferme la boutique en 2007.

Publicité 2004 ( document Nord Eclair )
Alberto ( document Nord Eclair

En 2007, le local du 502 rue de Lannoy voit arriver la création d’une boulangerie par Thabet Kaled à enseigne Le Fournil de Lannoy, qui ferme en 2015.

document Google Maps 2008

Catherine Brien y ouvre un salon de coiffure Femmes et Hommes à enseigne « JC Coiffure », en 2016 qui reste ouvert jusqu’en 2024.

document Google Maps 2016

Et en 2025 un commerce d alimentation : O’Bueno Shop, voit le jour.

document Google Maps 2025

Depuis plus d’un siècle, on ne peut que constater que de très nombreux commerces ont occupé ce local situé pourtant dans une des plus grandes artères de la ville.

Remerciements aux archives municipales.

L.P.A – Ligue Protectrice des Animaux ( suite )

En 2012, la journée Portes Ouvertes se déroule en Octobre. L’occasion de rappeler dans la presse locale que la situation devient urgente pour le refuge roubaisien. Les locaux ne sont plus aux normes et sont inadaptés depuis bien longtemps. La directrice Dominique Dupont ne voit toujours rien arriver de la part de la communauté urbaine et constate que lorsqu’il pleut, ça dégouline de partout. Un peu de dignité pour les animaux et les hommes, ce serait effectivement la moindre des choses.

documents Nord Eclair 2012

Cette même année 2012, la LPA fête son centenaire. Les animaux de compagnie sont à l’honneur sur les grilles du parc Jean Lebas à Lille. Dominique Dupont précise : « Il existe un paradoxe. Il y a deux mouvements contraires. D’un côté, une sensibilité de plus en plus forte envers la détresse animale, de l’autre, une marchandisation accrue de l’animal qui génère beaucoup de profits. Cela engendre des achats d’impulsion qui, souvent, se terminent en abandon ».

document Nord Eclair 2012

En 2013, un terrain est proposé sur la commune de Wasquehal. Mais manifestement, il n’est pas adapté à l’accueil des animaux. La LPA de Roubaix-Tourcoing est donc toujours en recherche de nouveaux locaux.

Les 69 chiens et 86 chats du refuge, en 2013 attendent toujours leurs nouveaux maîtres pour une nouvelle vie pleine d’une affection qu’ils leur rendront bien : « Les oubliés de la LPA à Roubaix n’attendent que vous ».

document Nord Eclair 2013

En 2018, cela fait maintenant plus de cinquante ans que la Ligue protectrice des animaux de Roubaix est installée quai de Gand. Ou plutôt que l’association, ses salariés, bénévoles et les animaux qu’elle abrite y « survivent »… Vétustes, exigus, inadaptés, les locaux sont dans un état déplorable. Mais les travaux nécessaires sont freinés par la perspective d’un déménagement, lui-même compliqué pour cette structure qui n’est pas sans nuisances pour les voisins…

document Nord Eclair 2018
document Nord Eclair 2018

La situation ne s’améliore guère en 2020. A chaque averse, c’est la catastrophe : trous dans la toiture, fuites dans les couloirs d’adoption. Marion Lepage responsable du refuge, accueille dans son bureau plusieurs cages de chats, mais ne peut déplacer tous les chiens. En dehors de ces problèmes de fuites, c’est tout le bâtiment qui, petit à petit, tombe en ruine : fissures, moisissures, trous, rats, il devient de plus en plus difficile pour les salariés et bénévoles de travailler dans ces conditions. Et cela dure depuis des années !

document Nord Eclair 2020
document Nord Eclair 2020

Suite à de très fortes intempéries et à l’effondrement partiel du plafond, le 20 Janvier 2021, la LPA de Roubaix ferme en partie, car l’espace est interdit d’accès. Quelques salariés assure une petite permanence, les autres font du télétravail. Une grande partie des animaux sont accueillis dans d’autres associations.

document Nord Eclair 2021

Enfin, le mois suivant, en Février 2021, ça bouge ! Xavier Bertrand, président de la région, s’engage personnellement à trouver une solution. Il indique : « la recherche d’un terrain est un préalable à tout projet d’implantation d’un nouveau refuge et je ne doute pas que les élus locaux sauront se montrer à la hauteur de cet enjeu et que ce point bloquant depuis de nombreuses années trouvera une issue favorable dans les plus proches délais. »

document Nord Eclair 2021

En Avril 2021, la presse locale annonce qu’une solution est trouvée : la région et la MEL vont financer l’acquisition d’un terrain contigu aux locaux existants, situé au 160 rue Turgot à Roubaix, ainsi que la construction de bâtiments modulaires à savoir : 20 boxes pour les chiens, 30 pour les chats, une zone d’accueil, un bureau, des sanitaires avec douche, un local vétérinaire, un local toilettage et des locaux techniques. Bref, un refuge en bonne et due forme. La construction des bâtiments démarre début juillet pour une ouverture prévue le 11 octobre.

document Nord Eclair 2021

Les travaux avancent à bon rythme. Alors, certes, c’est un bâtiment provisoire qui abritera le nouveau refuge, mais c’est une bouffée d’oxygène, déclare Juliette Moranval chargée de communication, et cela nous permettra d’avoir suffisamment de temps pour trouver une solution pérenne. Les travaux se terminent en Novembre 2021. Le personnel prend possession des nouveaux locaux du 160 rue Turgot. Ils se composent de deux bâtiments préfabriqués : une enfilade de boxes, avec un robinet dans chaque pièce pour alimenter en eau les gamelles, l’électricité aux normes, et surtout des plafonds qui ne risquent pas de tomber à chaque épisode pluvieux.

document Google Maps
document Nord Eclair 2021
document Nord Eclair 2021

Damien Castelain, le président de la Métropole européenne de Lille, vante un projet « exemplaire », mais aussi et surtout « provisoire » car les bâtiments pourront être démontés pour être réinstallés ailleurs. Mais où ? En attendant, toute l’équipe de la LPA de Roubaix est heureuse de s’installer en cette fin d’année 2021, dans ces locaux flambant neufs.

document LPA Nord de France en 2025

Remerciements aux archives municipales.

Symphonie

Alfred Gabriel naît en 1920 à Roubaix. Passionné de musique, il poursuit ses études et devient facteur de piano, c’est à dire qu’il construit, répare et entretient tout type de piano. Son travail concerne toutes les parties de l’instrument, structure, mécanique et meuble. Après la seconde guerre mondiale, il installe son atelier dans un tout petit local, au 145 de la rue Jules Guesde, à l’enseigne « Symphonie », avec l’aide de son père Léon Gabriel.

le 145 rue Jules Guesde de nos jours

Dans les années 1950, les affaires s’avèrent un peu difficiles. Alfred décide donc, pour compléter ses revenus, de proposer à la clientèle, la vente de disques microsillon Pathé Marconi, en 33t et 45t, ainsi que des électrophones et tourne-disques.

Publicité 1956 ( document collection privée )

Cette activité complémentaire lui convient parfaitement, mais le manque de place se fait cruellement sentir. Ambitieux, Alfred cherche à trouver un local plus spacieux, dans une rue plus commerçante, afin de pouvoir se développer. Il trouve un local de 84 m2, au 115 rue de Lannoy, à l’angle de la place de l’église Sainte-Elisabeth, en 1958.

Plan Cadastral

C’était auparavant l’estaminet de Jules Ducoulombier dans les années 1920-1930, puis de Mr Dannequin dans les années 1940-1950.

Estaminet de Jules Ducoulombier années 1920 ( document archives municipales )

Par l’entreprise de Désiré Delfosse rue de la Potennerie, il fait transformer complètement la façade, et fait aménager une entrée de garage.

Modification de la façade en 1958 ( document archives municipales )

D’un local délaissé, il crée un commerce confortable et pimpant avec des couleurs fraîches et gaies. Le local très spacieux lui permet de proposer la vente de différents instruments de musique, en plus des disques vinyles. Il garde la même enseigne « Symphonie » que précédemment rue Jules Guesde, et continue bien sûr son activité de facteur de pianos. C’est un véritable palais de la musique. De très nombreux disques vinyles sont présentés dans des meubles modernes et attendent d’être écoutés par la clientèle, sur des électrophones mis à leur disposition.

Document Nord Eclair 1958

De nombreuses personnalités sont présentes pour cette inauguration de la Maison du disque et de la musique. Notons la présence de Mr le chanoine Carissimo, de l’église Ste Elisabeth, Mr VanHove, président de l’Union des Commerçants de la rue de Lannoy, et Francis Waeterloos, le principal confrère voisin.

Publicité ( document collection privée )

Pendant de nombreuses années, Alfred communique par de la publicité dans la presse locale, et se spécialise dans la vente de disques. Il bénéficie alors des différentes modes de musique qui se succèdent dans les années 1960 1970 : jazz, rock, yéyé, pop, disco, et informe ses clients lorsque des grandes vedettes de la chanson sont de passage dans les grandes salles de spectacle de notre ville.

Publicité Nord Eclair

Alfred décide de donner un coup de jeune à son magasin en 1984. Il fait repeindre complètement la façade par l’entreprise de Jean Marie Verguchten, au 93 rue d’Italie : les boiseries en blanc, et les murs en blanc également mais avec de longues bandes diagonales de haut en bas de couleurs flashy vertes et rouges. En 1985, Alfred alors âgé de 65 ans, prend sa retraite et ferme définitivement son magasin.

Document Nord Eclair 1985

L’entreprise Ecco, société de Travail Temporaire, reprend le local en 1988 pour y installer ses bureaux. Ecco garde les couleurs de la façade de l’étage.

document archives municipales

Jérôme Andrieux reprend le bâtiment, en 2003 pour y créer 2 logements à l’étage. Le commerce du rez-de-chaussée, quant à lui connaît différents changements d’orientation, dans les années suivantes.

documents Google Maps

Remerciements aux archives municipales

L.P.A – Ligue Protectrice des Animaux

La Ligue Protectrice des Animaux du Nord de la France a été fondée en 1912 pour venir en aide aux animaux errants. Le principal souci de la LPA est de créer un refuge pour recueillir tous ces animaux que la municipalité n’a plus la possibilité de ramasser et qui peuvent représenter un danger pour le public et en particulier les enfants. L’obstacle essentiel pour fonder un refuge est d’abord de trouver un endroit ( loin des habitations pour éviter les nuisances sonores des animaux ) et ensuite bien sûr de trouver le financement. En 1955, la presse locale se fait écho de Pierre Lenglent président de la LPA qui lance un appel pour la création d’un refuge sur Roubaix.

document archives municipales 1955

A la fin des années 50, la LPA ne possède qu’un modeste local composé de deux pièces et situé dans l’enceinte de l’abattoir de Roubaix, puis ensuite dans les bâtiments désaffectés du dépôt de tramways, rue de Mascara près du Laboureur. C’est mieux, mais encore insuffisant et surtout précaire.

document archives municipales 1962

Au début des années 1960, la LPA est toujours à la recherche d’un local pour la création d’un refuge à Roubaix. En 1963 un permis de construire est déposé pour la construction d’une fourrière municipale quai de Gand à Roubaix.

document archives municipales
document archives municipales 1965

En 1965, la LPA ouvre enfin son local au 6 quai de Gand, à l’angle de la rue Turgot. C’est un bâtiment d’apparence simple, mais pourtant moderne. On y trouve 26 boxes pour accueillir les chiens. Derrière ces cellules, un espace permet aux animaux de se dégourdir les pattes. Au bout du hall, une chatière est prévue pour recevoir les chats qui trouvent à la fois, le gîte et le couvert. Un bureau est à la disposition de la directrice, une infirmerie est dirigée par un vétérinaire.

document Nord Eclair 1966

La première année est encourageante. Plus de 300 chiens et à peu près autant de chats sont accueillis par le refuge du quai de Gand. On songe sérieusement à agrandir par la construction d’autres cellules sur un terrain contigu. Ce refuge sert également la commune de Tourcoing, car le refuge situé à la ferme de la Bourgogne est désormais fermé. En 1966, la LPA est reconnue d’utilité publique, par décret ministériel.

document Nord Eclair

La LPA du Nord de la France gère 3 refuges : Lille, Calais et Roubaix. Elle a pour but de secourir les animaux abandonnés ou perdus, et vient en aide aux animaux blessés sur la voie publique. Elle permet à l’animal perdu de retrouver son maître et replace l’abandonné grâce à des contrats d’adoption. La LPA lutte contre la prolifération par l’euthanasie indolore et gratuite des chiots et des chatons.

document Nord Eclair

Dans les années 1990, l’activité de la LPA se développe malheureusement à cause des abandons qui arrivent régulièrement. Comme ce Rotweiler ( photo ci-dessous ) retrouvé attaché à un poteau jouxtant le bâtiment : l’animal présente des signes de mauvais traitement, il est maigre et visiblement, a été éduqué pour combattre. Pour Mr Packet, le président de la LPA ce lâche abandon met une fois de plus en évidence, l’importance des services que la Ligue rend aux communes de Roubaix et Tourcoing.

document Nord Eclair

En 1999, le président de la LPA est inquiet pour l’avenir. En effet, le refuge se trouve sur le quai de Gand : voie qui va être élargie au début des années 2000, dans le cadre du prolongement de la voie urbaine. Les travaux vont ils entraîner une destruction d’une partie du bâtiment ? Le président estime qu’il incombe aux municipalités de se préoccuper de l’avenir du refuge.

document Nord Eclair

René Vandierendonck, maire de Roubaix propose un terrain rue Kellerman avec construction d’un bâtiment neuf aux normes en vigueur. Mais ; problème ! le local serait à moins de 100 mètres des habitations et donc non conforme car il y a risque de nuisances sonores. Le dossier est alors transmis à la préfecture. Hé oui, tout le monde aime les animaux, mais personne n’en veut près de chez soi, surtout s’ils font du bruit !

document Nord Eclair

La canicule d’Août 2003 n’arrange pas les choses pour nos amis à 4 pattes. Les cellules sous les tôles ondulées se transforment en véritable fournaise. Pour lutter contre la déshydratation des animaux, un seul remède : arroser les locaux au tuyau d’arrosage, deux fois par jour.

document Nord Eclair 2003

Comme chaque année, la LPA organise une opération Portes Ouvertes.  Ce rendez vous est important car il permet d’avoir deux fois plus de fréquentation qu’un jour normal. En 2003, entre 120 et 150 chiens et chats vivent au refuge. Les candidats à l’adoption sont nombreux lors de cette journée. L’achat d’un animal coûte 126 €, vacciné et tatoué. La directrice Jennifer Dubrulle se méfie des « coups de coeur ». L’adoption n’est pas un caprice, il faut choisir l’animal qui convient au mode de vie et bien y réfléchir, et il est toujours possible de ramener l’animal au refuge, sous 10 jours s’il ne s’acclimate pas dans le nouveau foyer.

document Nord Eclair 2003

Le refuge du quai de Gand accueille les chiens et chats de 76 communes de la métropole. Depuis des années, il est question de déménager, mais cela n’intéresse plus grand monde. Les locaux se dégradent et Claude Hisette le vice président de la LPA hésite à effectuer les travaux de rénovation nécessaires, persuadé que la LPA va quitter les locaux du refuge qui datent de 1965.

document Nord Eclair 2003

La LPA a besoin d’argent pour financer les remises en état des boxes, que tout un chacun peut parrainer en donnant 80 €. Les 120 chiens qui vivent au refuge en 2003, où ils attendent un maître, ne disent pas non à un peu plus de confort.

document Nord Eclair

à suivre . . .

Remerciements aux archives municipales.

UNA rue de l’Epeule

Dans les années 1930 et jusque dans les années 1950, le 151 rue de l’Epeule à Roubaix est occupé par Georges Créteur, qui exerce la profession de costumier, puis ensuite par Mr J.Ricour, et l’immeuble voisin du 153 est toujours un commerce d’épicerie.

Plan cadastral

En 1962, Albert Van Malleghem reprend les 151 et 153 de cette rue de l’Epeule et demande un permis de construire pour un magasin d’alimentation à la place des deux bâtiments qui ont été démolis à la fin des années 1950. Les travaux sont confiés à l’architecte Marcel Forest. La surface de vente est de 250 m2. A l’arrière du terrain, le hangar construit en 1949 par les Ets Roussel, propriétaire du terrain à l’époque, est bien sûr conservé et sert au stockage des produits.

document archives municipales

L’enseigne choisie pour le magasin est UNA ( Union des Commerçants en Alimentation ) car bien connue des consommateurs. Cette organisation regroupe plus de 2000 adhérents, détaillants en alimentation, sur le territoire.

document collection privée

L’ouverture a lieu en Octobre 1962. Albert Van Malleghem annonce cet événement dans la presse locale, propose des prix dynamiques et compétitifs, des cadeaux et des surprises. Il sponsorise la fête champêtre du parc Masurel à Mouvaux.

Publicité 1962 ( document Nord Eclair )
Publicité 1963 ( document Nord Eclair )

Peu de temps après son ouverture, Albert étoffe sa gamme de produits et en particulier la gamme des « vins Nicolas ». Il propose alors toute l’alimentation sous un même toit.

document collection privée
Publicité ( document Nord Eclair )

Albert transforme de plus en plus son magasin en supérette, met à disposition des clientes des petits chariots « caddie » pour plus de facilité, communique régulièrement dans la presse par de la publicité, comme celle ci-dessous de 1964 où il annonce le prix de la bouteille de lait à 0,70 Frs.

Publicité 1964 ( document Nord Eclair )

Albert est un homme dynamique, il organise en 1965, devant son magasin, des courses de « chars ». Ce sont des anciens bacs à légumes sur lesquels il a monté des roulettes. Une vingtaine de chars sont ainsi réalisés, mais pas suffisamment pour satisfaire l’énorme demande des jeunes concurrents. Albert doit alors prendre la décision d’arrêter les inscriptions. Cette course de chars est un brillant prélude à la fête des allumoirs du quartier.

Publicité 1962 ( document Nord Eclair )

En Février 1974, le magasin change d’enseigne et devient « ECO Service », puis, en 1977, la supérette devient « Corso ». Enfin dans les années 1980 c’est l’enseigne « Lauda Shop » que l’on trouve à cet emplacement. C’est une solderie : un point de vente où l’on trouve de tout à des prix très bas.

Publicité 1974 ( document Nord Eclair )
Publicité 1977 ( document Nord Eclair )
Publicité 1986 ( document Nord Eclair )

En Décembre 2004, un incendie se déclare à deux heures du matin, au 153 rue de l’Epeule. Les secours arrivent rapidement, mais l’incendie s’est déjà propagé à l’ensemble du bâtiment. Plusieurs heures après, le magasin est entièrement détruit, les produits ( objets en tout genre ) ont brûlé également. Il ne reste rien. En revanche, les pompiers ont pu éviter que le feu ne détruise également la boucherie ( chez Kamel ) et l’épicerie voisines.

( document Nord Eclair 2004 )

Mr Taleb Abdelaziz dépose ensuite un projet de construction d’un d’immeuble de 5 appartements en 2005, mais le projet est refusé et n’aboutit pas.

terrain vierge en 2005
maquette du projet 2005 ( document archives municipales )
Le terrain en 2008 ( Photo BT )

Le terrain de 626 m2 est toujours vide d’occupation en 2008, mais en 2010, un permis est déposé en mairie par Mr Kamel Kamoun, pour la construction d’un local commercial sur les deux parcelles du 151 et 153 rue de l’Epeule, mais également pour un accès pour la livraison à la boucherie voisine.

document archives municipales
document archives municipales

Le point de vente ainsi construit est destiné à la location. En 2013 un magasin Super Cours de Halles est annoncé, il ouvre en 2014 à l’enseigne « Fa-wa-ki » spécialisé en fruits et légumes. Aujourd’hui c’est le commerce « Aux Marchés Frais » qui occupe les lieux.

Photo BT 2014
Document google maps 2025

Remerciements aux archives municipales