Le bâtiment, situé au 116 boulevard d’Armentières, a été construit dans les années 1880 par Henri Dubar, industriel roubaisien. Cet hôtel particulier est vendu en 1894 à Achille Bayart, puis dans les années 1920 à la famille Lefebvre. Le parc a toujours été superbement entretenu par un jardinier résidant sur place. De nombreux témoignages évoquent un jardin merveilleux, avec une serre remplie de plantes vertes, palmiers, plan d’eau avec plantes aquatiques. Dans ce parc un pont en bois se situe à proximité d’un pavillon style colonial, d’un poulailler et du hangar du jardinier.

Florentin Lefebvre, industriel dans le textile, épouse Rose-Marie Ducatteau, la fille des agriculteurs de la grande ferme Ducatteau, qui s’étend du pont Vanoutryve au conditionnement et au pont Saint Vincent de Paul à Roubaix. Le couple s’installe donc au 116 boulevard d’Armentières, une vaste propriété de plus de 6.500 m2 sur lequel est construit l’hôtel particulier de 630 m2 habitables sur 4 niveaux, qui appartient à la famille.

Les époux fondent ensemble la société Lefebvre-Ducatteau, une des plus grandes maisons de fabrique de Roubaix. Plus tard, en 1852, Amédée Prouvost s’associe avec les frères Lefebvre-Ducatteau pour créer dans le centre ville de Roubaix, un des premiers peignages mécaniques : la société « Amédée Prouvost et cie ». Au décès prématuré de son mari, Rose-Marie Lefebvre-Ducatteau prend la direction de la filature Lefebvre-Bastin du boulevard d’Halluin. Après la guerre 14-18, la famille possède deux usines, une grosse filature boulevard d’Armentières et une petite filature de cardée à Wattrelos. 500 ouvriers travaillent alors dans l’entreprise qui ferme en 1924.
Trente ans plus tard, en 1954, l’hôtel particulier du 116 boulevard d’Armentières est loué à l’association des parents d’élèves de Saint Benoît. L’institution Saint Benoît est un collège privé, spécialisé dans l’accueil des élèves en rupture avec le système scolaire classique. La direction est assurée par Maurice Dierickx, qui a pour principal objectif, de recevoir des jeunes dont l’échec scolaire relève d’un manque de discipline ou de paresse affichée, et de les remettre dans le droit chemin. « Ora, Labora Pax » L’exactitude, le travail et la Paix, telle est la devise de Maurice Dierickx.

En 1966, l’association des parents d’élèves de Saint Benoît disposant de moyens financiers importants rachète l’hôtel particulier, et en 1968, elle demande l’autorisation de construire une salle de jeux d’environ 30 m2, située au fond du parc à la limite de la propriété du 114 appartenant à la société CARTEX.


Dès que l’on entre dans la vieille maison de maître, chacun peut sentir le bois patiné par les ans et l’encaustique.


Le système d’éducation de Saint Benoît est aux antipodes de la conception pédagogique des autres établissements scolaires ! L’enseignant a pour fonction de s’assurer que l’enfant assimile, qu’il progresse, qu’il travaille dur, en un mot qu’il se dépasse. Avec une interro à chaque cours, il convient de transpirer. L’école est complètement à part. C’est le seul établissement hors contrat, constitué en association, au nord de Paris. Une singularité qui lui permet d’affirmer son indépendance, mais qui le contraint à demander des frais de scolarité nettement plus élevés.

En 1989, c’est la fête des anciens de St Benoît. Depuis la création en 1954 l’institution a accueilli plus de 3000 élèves. Tous avouent aisément qu’il avaient une expérience difficile avec l’éducation, mais grâce à l’équipe d’enseignants de choc de St Benoît, ils ont pu retrouver le chemin du diplôme et de la réussite.

En 1994, Saint Benoît fête ses 40 ans. L’établissement garde le même cap à savoir : venir en aide aux élèves en difficulté. C’est toujours la même philosophie. Christian Descamps, le directeur, et l’ensemble des professeurs veillent au grain et tentent de rendre aux enfants le goût de l’effort et celui de la scolarité.

En 2001, l’établissement compte 125 élèves, de la 6° à la seconde, dont une trentaine d’internes. Le directeur Denis Courdent dirige son établissement et motive ses 11 enseignants dont 5 permanents.

En 2004, l’école Saint Benoît fête ses 50 ans. Le directeur, Bernard Declercq rappelle que la méthode pédagogique est toujours la même et qu’elle n’a pas changé depuis un demi siècle. Une structure de remise en forme qui permet à l’élève de se remotiver et de réintégrer un collège ou un lycée traditionnel. En cette année 2004, 120 élèves sont scolarisés. Les classes sont petites et le nombre d’élèves également ( 15 élèves en 6° et en 5° ).

En 2008, la situation se complique, le nombre d’élèves est en baisse constante depuis 3 ou 4 années. L’effectif est passé de 120 élèves à 55. Avec la crise, les frais de scolarité s’élèvent désormais à 4000 € annuels, et sont donc impossibles à financer pour la plupart des familles. Thierry Pick, président de l’association, et Mme Dubar directrice, annoncent, en Avril 2010, que Saint Benoit ne rouvrira pas à la rentrée prochaine. 4000 élèves ont pu se réconcilier avec l’école pendant ces cinquante années. Les 14 enseignants et les 3 salariés assurant l’entretien sont licenciés et reclassés par le diocèse. Le bâtiment, quant à lui est magnifique et devrait pouvoir trouver un repreneur sans trop de difficultés.


Deux ans plus tard, en 2012, la ville de Roubaix achète le bâtiment de 630 m2 habitables et le terrain et, en 2017, la municipalité met en vente le château et une partie du terrain. Le 8 Juillet 2021, la société Ankama, spécialisée dans la création numérique et artistique, installée à Roubaix au 75 boulevard d’Armentières, propose de reprendre le prestigieux immeuble, pour fêter ses 20 ans d’existence et y installer des bureaux.

Malheureusement, la négociation avec Ankama n’aboutit pas et se termine en queue de poisson. En Novembre 2025, la presse locale annonce la vente aux enchères de l’ancienne école Saint Benoît. C’est un investisseur qui souhaite y aménager des appartements de luxe, et des constructions à l’arrière du parc pour rentabiliser l’investissement. Espérons que la négociation aboutisse enfin !

Remerciements à Alain d’Orgeville ainsi qu’aux archives municipales