On aligne rue de Cohem

A l’origine, il s’agit d’un chemin vicinal conduisant du hameau des trois ponts à Leers en passant par le hameau du petit vinage, d’une largeur de trois mètres en 1838, et qui fait de nombreux coudes pour éviter les propriétés. Il est bordé de deux fossés. Sur cet ancien chemin seront tracées plus tard les rues de Tournai, d’Ypres, de Cohem et de Carihem.

 Le chemin des trois ponts à Leers en 1845

 A la fin du 19eme siècle, la création de la gare de Roubaix-Wattrelos, dite gare du Pile restructure le quartier. On trace la rue Brame qui longe les installations ferroviaires et vient se raccorder à la rue de Cohem. Celle-ci perd son nom pour devenir la rue d’Ypres entre l’extrémité de la rue de Tournai et cette nouvelle intersection. La rue, dont l’axe est pavé, est bordée de fossés, passe au milieu des pâtures longe la ferme Watteau et quelques maisons éparses.

La rue de Cohem à la fin du 19 eme siècle.

 Au débouché de la rue Brame, rectiligne et relativement large, notre rue reste étroite et tortueuse. Très vite, la municipalité cherche à la redresser et à l’élargir pour favoriser la circulation, alors que les riverains souhaitent améliorer le drainage de ces terrains situés à l’endroit le plus bas de Roubaix et facilement inondés.

C’est ainsi que, dès 1891 un riverain, M. Briet demande l’autorisation de construire un aqueduc en front à rue sur l’emplacement du fossé, face à la ferme Watteau, pour déverser les eaux pluviales dans le riez des trois ponts, et qu’en 1905 les riverains demandent la construction d’un aqueduc. En 1910 on prévoit la construction du boulevard industriel dont l’égout ne pourra pas traverser la ligne de chemin de fer. La rue de Cohem devra donc disposer d’un aqueduc pour récupérer ces eaux et les déverser dans celui de la rue Brame. On lance une adjudication remportée par l’entrepreneur Henri Duhem qui effectue les travaux dont la réception a lieu en 1911.

En 1908, le directeur de la voirie insiste sur le fait que « les alignements de la rue Brame se raccordent à ceux de la rue de Cohem d’une manière défectueuse… ». On fait donc des rectifications à de nombreuses reprises dans le but d’aligner la rue sur l’avenue Brame. Tous les riverains sont successivement amenés à céder du terrain pour l’incorporer à la voirie : M. Briet en 1909, La brasserie « la communauté » en 1912, alors qu’on réclame l’éclairage pour la rue de Cohem, qualifiée de « véritable casse-cou » en conseil municipal. M. Berly participe à l’alignement en 1925, M. Watteau et la société Bossu-Cuvelier en 1941, et divers riverains dans les années 50. A force de rogner à droite et à gauche, la rue se redresse et s’élargit progressivement.

Les divers plans d’alignement

 Parallèlement, le caractère campagnard de l’endroit disparaît progressivement durant ces années. Attirées par la proximité de la gare et du canal, les entreprises s’installent le long de la rue qui prend ainsi un caractère plus industriel. On remarque très tôt une brasserie, puis, au début des années 20, s’installe la société Bossu-Cuvelier et Camille Dubrulle qui implante là un entrepôt de métaux, la menuiserie industrielle Baet frères en 1929, la teinturerie Delescluse en 1928.

 Mai 1940 voit la destruction d’un baraquement des établissements Bossu-Cuvelier à la suite d’un bombardement, tandis que la teinturerie Delescluse s’agrandit à plusieurs reprises avant et après guerre. La rue prend l’aspect proche de celui qu’on lui connaît maintenant avec la suppression des ses pavés et leur remplacement par un revêtement de tarmacadam en 1961.

La rue en 1953

 La construction du pont du Carihem, puis la suppression des voies de service de la gare vont enfin influer sur l’environnement de notre rue. On trace la rue Léo Lagrange qui forme un nouveau carrefour avec elle, qui perd son nom au profit de l’avenue Brame jusqu’à ce point. Son débouché se fait maintenant sur un rond-point, on installe des terre-pleins centraux, la société Camaïeu s’installe partiellement sur l’emprise de Bossu-cuvelier et sur les anciens terrains SNCF…

Ainsi pourra-t-on dire de la rue de Cohem que, si, au cours de sa carrière, elle a plus que quintuplé sa largeur, elle aura , en contrepartie, perdu dans le même temps les deux tiers de sa longueur !

 Les documents proviennent des archives municipales.