Que reste-t-il de la rue des Longues haies ?

Il n’est pas rare qu’un visiteur demande à voir la fameuse rue des Longues Haies, qu’évoque Maxence Van Der Meersch dans son livre « Quand les sirènes se taisent ». Cette voie toute droite de plus d’un kilomètre de long évoque toujours dans la mémoire des anciens le passé d’un quartier populaire : de grandes usines, un labyrinthe de courées, la solidarité et les luttes ouvrières, des estaminets et des commerces, le Mont de Piété, les Bains Municipaux, le Gazomètre…Que reste-t-il de tout cela, que peut-on montrer au visiteur curieux de légendes ?

La rue des longues haies autrefois CP Méd Rx
La rue des longues haies autrefois CP Méd Rx

On serait tenté de répondre : rien. La première disparition de la rue des longues haies intervient le 3 juillet 1938, quand la rue change de nom, à l’initiative du Conseil Municipal de Roubaix. Il s’agit de rendre hommage à Edouard Anseele, ce grand militant socialiste belge, décédé la même année, venu soutenir la classe ouvrière roubaisienne lors des grandes grèves de 1880. Mais bien qu’on ait  donné le nom d’Edouard Anseele à la rue, le nom du quartier des Longues Haies a longtemps  survécu. Cette rue était l’épine dorsale d’un quartier,  car derrière ses maisons en front à rue, ses cabarets, ses épiceries et entre les maisons, presque tous les dix mètres, il y avait des entrées de courées. Au début du vingtième siècle, il y avait une quarantaine de courées et plus de trois mille habitants. Un village dans la ville.

Démolitions 1959 Photo NE
Démolitions 1959 Photo NE

En 1957, le conseil municipal décide la rénovation du quartier, c’est-à-dire de raser les logements insalubres et de reconstruire. En 1959, au moment de la démolition, il restait encore 32 courées. On démolissait encore en 1963, quand le premier immeuble du bloc Anseele sortit de terre. Il se situait rue Bernard (aujourd’hui rue Jules Watteuw) et ses premiers locataires furent les pompiers de la caserne tout proche (démolie en 1984).La rue des longues haies s’étendait de la rue du Moulin (rue Jean Moulin) jusqu’au boulevard de Colmar. Après la disparition de la première partie de la rue de Lannoy, le tronçon de la rue du Moulin jusqu’à la rue des filatures prit le nom du Président Vincent Auriol en mars 1967. On peut donc encore voir le tracé du début de la rue, dans l’ombre de l’immeuble de la rue des Paraboles. Tout juste peut-on encore apercevoir l’arrière des maisons bourgeoises du boulevard Leclerc.

Entrée de la rue du Président Auriol Photo PhW
Entrée de la rue du Président Auriol Photo PhW

Son parcours est ensuite interrompu, puis elle reprend à partir de la rue Dupleix, et passe derrière la tour du théâtre, dont le nom seul porte le souvenir de l’hippodrome théâtre, haut lieu de la culture roubaisienne, démoli en 1964. La sortie des artistes donnait dans la rue des longues haies. Puis elle va rejoindre la rue Winston Churchill (ex rue des filatures), peu après l’IUP Infocom (ex usine Lemaire et Dillies reconvertie en site universitaire).

Suite de la rue Photo PhW
Suite de la rue Photo PhW

Ensuite, elle disparaît complètement, recouverte par le grand bâtiment du H13, autrement nommé l’Os à moelle, et par les cellules commerciales de Roubaix 2000, à présent remplacé par Mac Arthur Glenn, qui occupent ce qui constitua la première partie de la rue de Lannoy. Nous avons déjà raconté les péripéties de cette autre disparition.  Puis c’est le bloc Anseele, avec les trois tours des aviateurs, les immeubles entourant le groupe scolaire. On n’y trouvera plus l’âme des longues haies, cet endroit étant d’ailleurs nommé un bloc, privé de réelle vie commune, enserré dans le flot de la circulation des boulevards de Belfort et  Gambetta, et de la rue Pierre de Roubaix. Le parcours initial reprend, à partir de la rue Pierre de Roubaix jusqu’au boulevard de Colmar. Il porte encore le nom d’Édouard Anseele, mais ce n’est plus la rue des longues haies d’autrefois, même si quelques murs d’usine, des façades de commerces aujourd’hui fermés évoquent sa vie passée.

La rue Edouard Anseele vue du boulevard de Colmar Photo PhW
La rue Édouard Anseele vue du boulevard de Colmar Photo PhW

Le visiteur devra donc confronter son imaginaire avec le récit des anciens habitants que nous avons pu recueillir dans ces annales, et avec les quelques cartes postales anciennes de la Médiathèque de Roubaix.

Les commerçants du Lido

Les commerçants du Lido ont tous adhéré à l’Union Commerciale du Centre, ce qui entraîne fin 1965 la formation d’un nouveau comité de commerçants de la rue de Lannoy restante avec l’unification des deux tronçons Belfort Guesde et Guesde Fraternité, soit 150 commerçants. Ainsi la rue de Lannoy a-t-elle survécu à l’amputation du début de son parcours.

Publicité Lido parue dans Nord Eclair
Publicité Lido parue dans Nord Éclair

Les anciens commerçants de la rue de Lannoy ont gardé tout leur savoir-faire pour l’organisation des campagnes commerciales. C’est ainsi qu’en décembre 1965, ils lancent l’opération « les dindes au champagne au Lido ». Le 1er mars 1966, à l’occasion du premier anniversaire, le géant Atlas visite le Lido, et donne le coup d’envoi des manifestations commerciales du 3 au 19 mars. Un grand concours anniversaire est lancé, « donnez votre avis sur le fonctionnement du Lido », basé sur le classement des six avantages importants du centre commercial : concentration des magasins et choix, cadre agréable, économie de temps pour les achats, magasins modernes et attractifs, pas de circulation automobile, parking attenant au centre. Nous n’avons pas trouvé le classement idéal, mais ces six critères décrivent le commerce moderne, qui anticipe bien entendu le futur Roubaix 2000.

 

Les n°4 et 12 (Roubaix ameublement)

En mars 1966, les commerçants s’expriment dans la presse. M. Gamin (au n°19 du Lido) trouve l’expérience excellente, affirme que la clientèle ancienne a suivi, et qu’une nouvelle est venue. La gare routière ELRT est toute proche, c’est un avantage, et le centre commercial présente une belle vue. Il manque toutefois une surface de stockage plus importante. M. Gazier (au n°8 du Lido) : pour les affaires, le bilan est positif, il n’y a rien de négatif dans cette opération, mais il pense déjà aux efforts pour le nouveau centre commercial. M. Duvet Dupreelle : (vice-président du Lido commerce d’ameublement) malgré un démarrage lent, nos commerces ont monté leur standing d’un cran en venant ici, mais finalement ça marche. Un point noir toutefois, l’accès difficile au Lido pour les piétons qui viennent de la rue Pierre Motte. M.Devaux (trésorier du Lido, droguerie) dit qu’il est difficile de comparer, le chiffre d’affaires est en hausse, mais les charges également. Les points forts sont la parfaite entente entre les commerçants, les magasins sont attractifs, à proximité de la bibliothèque, de la caisse d’épargne, de la mairie, de la poste. Le parking est en zone bleue, tout ça est parfait. Il faudrait cependant faciliter la traversée aux piétons de la rue Pierre Motte. M. Jankielewicz (président des commerçants du lido, vêtements) : il règne une bonne entente entre les commerçants, le bilan des affaires est positif, l’ancienne clientèle a suivi en partie, et une nouvelle est venue. Les souhaits des commerçants du Lido sont les suivants : prévoir un logement plus proche pour les commerçants, poursuivre l’éclairage tardif des vitrines, et rendre la traversée de la rue Pierre Motte plus facile.

 

N°30 (Papillon Bonte)

En 1967 Le Lido se présente comme le paradis du lèche-vitrine et du shopping, et en  novembre, les commerçants organisent « la farandole des automates » dans leurs vitrines, en quelque sorte, une promenade spectacle…Un grand tiercé gratuit des automates est organisé avec le patronage de Nord Éclair et de la Caisse d’épargne.

Les n° 31 (Lucien) n°32 (Violette) et n°18 (Nord Matin) Collection particulière

En mars 1967, les commerçants s’expriment à nouveau sur leurs affaires et la perspective du nouveau centre commercial de la rue de Lannoy. Mme Devaux (droguiste) se félicite du dynamisme et de la solidarité des commerçants du centre. L’arrivée de nouveaux locataires dans le bloc Anseele a renforcé la clientèle. La transition avec le futur centre commercial n’est pas automatique pour elle, car il faut voir les conditions financières et la situation du travail à Roubaix. Le chauffage moderne de M. Dujardin se porte bien. Le déplacement vers le centre urbain a entraîné une modification de la clientèle, on achète beaucoup moins à crédit ! Le commerçant rassure sa clientèle, les prix et l’accueil n’ont pas changé pour autant. Pour le futur centre commercial de la rue de Lannoy, n’a-t-on pas vu trop grand ? Les jeunes ne s’intéressent plus à la profession commerciale, il faut cependant de la jeunesse et du dynamisme pour un tel centre. Les établissements Blondeau (vêtements) constatent un fléchissement du pouvoir d’achat sur Roubaix, malgré un superbe équipement et le fait que les articles de qualité, bien que plus coûteux, prennent un part plus importante dans le chiffre d’affaires. Le futur centre commercial a l’avantage de regrouper tout ce que l’acheteur recherche, mais il faut voir les conditions et peut être faut-il une période transitoire pour préparer la clientèle à  changer de magasins. Jean Papillon (chaussures) signale que le Lido ne fait que progresser, la formule de l’allée à piéton est un succès. Cette expérience fait école, des représentants de la ville de Metz sont venus voir. Tous les corps de métier sont représentés, cela contribue au succès. On vient au centre en famille, ce qui n’était pas le cas avant. Il manque cependant les commerces traditionnels (boucheries, épiceries, boulangeries), dont le nouveau centre de la rue de Lannoy sera pourvu. Il faut encore faciliter l’accès aux piétons, car traverser la rue Pierre Motte n’est pas une sinécure. M. Oteman (magasin le Rouet) confirme le progrès par rapport à la rue de Lannoy, mais il se plaint des charges, de la situation locale du travail, et du fait que la vie dans le nord est plus chère qu’ailleurs. La formule Lido est payante, car il y a de nouveaux clients, mais le centre n’est pas encore assez connu. 

 

 

Le déplacement du monument

C’est en juin 1990, qu’on apprend le déplacement imminent du monument de Jean Lebas, pour cause d’aménagement de l’interconnexion bus Mongy métro, qui sera installée à proximité de Motte-Bossut. La future station de métro Roubaix 2000 sera la première à être achevée sur le territoire roubaisien. La CUDL demande donc à la mairie de déplacer le monument. Il n’est pas question de détruire, juste déplacer, mais où ?

L’emplacement initial CP Méd Rx

En juin 1945, la notification officielle du décès de Jean Lebas parvient à Roubaix. Le député maire de la ville, ancien ministre, est mort d’épuisement au camp de Sonnenburg en Prusse Orientale, où il était retenu prisonnier. En 1948, un comité a recueilli des fonds pour l’érection d’un monument à sa mémoire. Ce monument se dressera à l’entrée du boulevard Gambetta, à proximité de la Place de la Liberté. Comme la semelle qui supportera le mémorial fait vingt mètres de long sur douze de large, il faudra modifier la configuration du boulevard. A cette époque, le boulevard Gambetta est encore constitué d’une chaussée centrale avec deux terre-pleins latéraux, plus deux bas côtés pavés de 9 mètres de large. Il faudra donc modifier le profil du boulevard, qui aura désormais deux chaussées latérales avec un terre-plein central. Les chaussées pavées seront supprimées. On envisage d’ores et déjà la construction d’un nouveau pont pour relier le boulevard Gambetta avec la place Chaptal. Le réaménagement de la partie du boulevard entre la place de la Liberté et la rue Pierre de Roubaix entraînera une déviation par la rue Bernard (aujourd’hui rue Jules Watteuw) pour les véhicules allant vers le canal.

Configuration initiale du boulevard CP Méd Rx

En janvier 1949, après que le boulevard Gambetta ait été modifié, la construction du monument démarre et on prévoit l’inauguration le 1er mai. L’auteur de l’œuvre est le sculpteur roubaisien Albert Dejaeger, grand prix de Rome, et la Maison Ferret marbrier, 210 Grand-rue, spécialiste de la belle pierre, est chargée du chantier. L’ensemble représente une colonne de douze mètres sur laquelle se trouve le buste de Jean Lebas, vers lequel deux statues allégoriques la France et Roubaix élèvent leurs bras désespérés. Derrière la colonne, une autre figure symbolique représente un ouvrier en tenue de travail. On peut lire sur la colonne qui était Jean Lebas, quel rôle il a joué pendant les deux guerres mondiales. Ce monument est finalement inauguré le 23 octobre 1949, et l’on craint déjà que les inscriptions qui sont en bronze métal, s’oxydent et que le vert de gris se délaie sous l’action de la pluie, en coulées salissantes. Deux ans plus tard, les corps de Jean Lebas et de son fils seront ramenés à Roubaix.

Démontage, numérotation, remontage Photos Nord Éclair

La CUDL avait prévu de démonter le monument, de le stocker pendant trois ou quatre ans, soit la durée des travaux du métro, et de le remonter une fois les travaux terminés. Les roubaisiens ne sont pas d’accord, pour des raisons sentimentales, mais aussi financières. Le coût de l’opération se monte à 50 millions de centimes, et il sera pris en charge par la CUDL, si on le remonte tout de suite. Il faut donc trouver un emplacement de manière urgente.

Après concertation avec le Parti Socialiste, plusieurs propositions sont émises : le mettre à hauteur de la rue Henri Dunant, mais c’est encore trop près de l’installation métro. Le situer à l’angle de la rue Pierre de Roubaix et du boulevard Gambetta près de la Caisse d’Allocations Familiales, sur un terrain lui appartenant. On mettra là un chapiteau de l’ancien hospice Blanchemaille. Autre emplacement proposé : avenue des nations unies sur un terrain situé face au centre d’action sociale  On propose place de la gare, au dessus de la station qui s’appellera aussi Lebas, mais cela masquerait la gare, et la place est trop petite. On parle du Rond Point de l’Europe…Mais on va rester sur le terre plein du boulevard Gambetta, à hauteur de la CAF. Le monument sera retourné vers le pont qui permet d’accéder à Wattrelos.

Le monument Lebas aujourd’hui

En juillet,  l’entreprise Cazeaux de la Chapelle d’Armentières est chargée de démonter, et de numéroter les morceaux du monument. Le monument Lebas est désassemblé comme ces châteaux écossais achetés par des milliardaires américains, dit la presse. Dès octobre, on reconstruit…

Les têtes et la toiture

Avril 1986, la Ville de Roubaix, par la voix de Jacques Catrice, adjoint au maire chargé du commerce, est résolument optimiste sur l’avenir de Roubaix 2000. Après le départ d’Auchan, il fallait trouver une locomotive pour le centre, et c’est chose faite avec AS ECO. Mais il faut que les commerçants se redynamisent et reprennent confiance. Il faut également que les cellules vides soient rapidement occupées. Jacques Catrice rappelle que la municipalité aide et appuie les projets des commerçants dans la mesure de ses possibilités, mais ne s’immisce pas dans leur manière de gérer les affaires. Il est convié aux réunions de l’union du commerce de Roubaix, avec voix consultative, mais pas au-delà.

Roubaix 2000 en 1986 avant sa couverture Photo Nord Éclair

Certes, il y a des raisons d’espérer. Plusieurs commerces vont bientôt s’installer dans le centre commercial, suite à des conditions de location ou d’achat intéressantes. Un poste permanent de police municipale va être installé dans Roubaix 2000 pour sécuriser les lieux et passages. Un projet d’aménagement a été validé par la grande surface et la majorité des commerçants. Dans les six mois qui suivront l’achèvement de la couverture, le centre commercial sera entièrement rempli. Le démarrage des travaux est imminent, et c’est la fin annoncée de la maison des courants d’airs.

Cependant ce n’est pas tout à fait la belle unanimité. M. Michel Jacquart, président du GIE depuis juin 1985, vient de démissionner le 28 mars dernier de son poste de président, décision entérinée par 6 membres sur 8 présents ce jour là. Michel Jacquart, par ailleurs directeur de Naja tourisme, donne ses raisons : en septembre 1985, un accord est intervenu entre les commerçants, la municipalité et la grande surface pour créer un poste de directeur du centre commercial rémunéré par le conseil syndical et chargé de mener toute action en faveur du développement de Roubaix 2000. Il lui semblait important que ce directeur vienne de l’extérieur de la structure. Mais la majorité s’est prononcée pour Madame Macqueron (Maison de la Presse) comme directrice du centre, faute de candidats présentant un profil plus intéressant. M. Jacquart estimait que sur les trois candidats extérieurs au centre qui s’étaient présentés suite à une petite annonce dans la presse, l’un d’eux présentait un profil intéressant. Madame Macqueron a quand même été élue à l’unanimité des membres présents du conseil syndical, fin janvier 1986, pour une mission de trois mois. D’où la démission du président.

Un nouveau président est alors élu pour faire l’intérim. Il s’agit d’André dubois, tenancier du café le Belfort, élu à l’unanimité des membres présents, le 4 avril. Mme Macqueron et lui veulent éviter toute polémique. En mai, un nouveau président sera élu.  Madame Macqueron fait alors le bilan de son activité de directrice depuis janvier. Elle s’est occupée du suivi du dossier de la couverture, de la commercialisation des cellules vides, et des recherches d’économies à faire sur la copropriété. Pour ce dernier point, des compteurs de calories seront installés chez chaque commerçant, et chacun ne paiera que sa consommation, mais toute sa consommation. Elle présente l’argumentaire pour l’arrivée de nouveaux commerçants. Le centre commercial, c’est 46 commerces, dont une grande surface. Une dizaine de cellules déjà aménagées appartenant à des particuliers ou des commerçants sont  immédiatement utilisables, de même que les cellules inoccupées gérées par la mairie. On peut donc accueillir vingt à trente commerces des types les plus divers. Les conditions de vente et de location sont attractives, deux à trois fois moins chers qu’ailleurs. La situation géographique de Roubaix 2000 est très intéressante, en plein centre ville, avec un quartier en plein renouvellement : la caserne des pompiers démolie a laissé place à de nouveaux locaux pour la caisse d’allocations familiales, l’ancien hôtel des postes a été reconverti en université, et l’usine Motte Bossut devenue un centre international de la communication, est en passe d’accueillir les archives du monde du travail. Tout cela augure de l’arrivée d’une nouvelle clientèle constituée d’étudiants, de chercheurs et de fonctionnaires. L’ancien resto self de Roubaix 2000 va d’ailleurs être transformé en restaurant universitaire avec des services midi et soir. Un peu de statistiques pour terminer : 20.000 véhicules passent en moyenne chaque jour devant le centre. Et en moins d’une heure le samedi 27 octobre 1984, 3.500 personnes ont traversé le boulevard Gambetta devant Roubaix 2000 et 2.500 du côté du boulevard de Belfort. Le centre commercial serait-il devenu l’endroit où l’on passe ? Mais tout ce passage garantit-il que les gens s’arrêtent, consomment ou achètent ? L’arrivée de la police municipale et le gardiennage mis en place par les commerçants ont résolu le problème des petits délinquants. Ces arguments ont l’air de satisfaire les membres du GIE, car Madame Macqueron voit sa mission reconduite pour 3 mois.

 Projet de toiture publié par Nord Éclair

Qu’en est-il des travaux ? En avril 1986, Michel Ripoli, architecte à Wasquehal, présente le projet de couverture du centre commercial. Il rappelle que cela fait un an et demi qu’on travaille sur ce  projet, et que les avis divergeaient entre ceux du bas et ceux du haut, entre les commerçants et la mairie…Il évoque les projets : aménager un hôtel sur la moitié de l’étage, un promoteur était intéressé, mais pas de suite. Une réhabilitation totale était souhaitée, mais le budget ne le permettait pas. On voulait aussi refaire toute la décoration intérieure, là aussi, ce n’était pas possible, on verrait plus tard. Il fallait donc parer au plus pressé, et s’occuper de la couverture. Cette toiture va recouvrir 3000 m² de surface, ce qui est actuellement à découvert, plus les passages latéraux, et les auvents existants seront supprimés. Il s’agira d’une couverture en polycarbonate, matériau transparent ou translucide. Le translucide est plus résistant à la chaleur, mais il faut attendre l’avis de la commission de sécurité. Transparent, c’est évidemment plus agréable. MM Ripoli et Sauvage (lui est architecte à Marcq en Baroeul) ont travaillé avec le bureau d’études SETRAC à Lille qui a participé à la construction de Roubaix 2000 en 1968. Ils sont donc bien au fait de l’existant. La toiture sera soutenue par des charpentes métalliques, qui reposeront sur les piliers de béton actuels. Mais le toit ne se posera pas par ses extrémités latérales, il y aura un petit jour. Pour le support des plaques de polycarbonate, on utilisera une sorte de treillis métallique et les arches seront en aluminium. Il est précisé que ce type de couverture est souvent utilisé dans les bâtiments scolaires, les halls publics, les équipements sportifs. Quand les travaux seront finis, on remettra bien sûr la sonorisation, les lumières d’ambiance et la vidéo.

Projet de toiture publié par Nord Éclair

 La demande de permis de construire a été déposée en avril 1986. Il faut compter deux mois pour la réponse municipale, puis deux mois pour la réponse de la Direction Départementale de l’équipement à Lille, à cause de la proximité du site Motte Bossut classé bâtiments de France. Les travaux débuteraient donc en septembre pour se terminer en décembre.

Des autos et des piétons

Le drame de Roubaix 2000 est d’être séparé du centre ville par un boulevard à grand flux de circulation automobile. En effet, depuis l’ouverture du centre commercial, le passage des voitures en flot continu sur les boulevards Leclerc et Gambetta ne favorise pas l’accès par la place de la Liberté. Que faire ? Un passage souterrain est envisagé par la communauté urbaine, mais le projet est enterré. Ce devrait être un tunnel souterrain de grand gabarit vu le trafic, et cela coûterait trop cher. Il faut signaler que pendant l’été 1976 apparaissent les passages souterrains sur le boulevard du Mongy, notamment au Sart. Mais il y eut sans doute d’autres arguments (présence d’un égout collecteur, configuration du terrain…) On évoque alors une passerelle pour piétons, en précisant qu’il faudra amener les gens à l’utiliser, et qu’elle ne devra pas rallonger le parcours. Il semble que cette proposition ait fait long feu.

Puis on évoque la diminution du flux automobile, qui semble prochaine, avec les deux projets routiers en cours de réalisation : le contournement de la ville par Hem, vers la toute récente zone industrielle de Roubaix Est située à Leers, et la future pénétrante Tourcoing Roubaix, qui va emprunter le tracé de la rue Saint Vincent de Paul, et qui aboutit sur les plans place de la Liberté !

Le projet de pénétrante publié dans Nord Éclair

Suite aux articles de presse, les premières réactions entraînent un véritable tollé des habitants et des familles, qui demandent de situer ailleurs le débouché de cette dernière voie. Le boulevard Gambetta coupe déjà le centre ville en deux, la pénétrante coupera la ville en deux !

Roubaix 2000, masqué par la circulation de la Place de la Liberté en 1972 Photo Nord Éclair

Concernant la liaison à Roubaix 2000, la réflexion continue. Il faut que le centre commercial tende les mains au reste du centre ville, et que son parvis soit attractif. Cela contribuerait grandement à l’aménagement d’un large secteur piétonnier, une esplanade comprenant la place de la Liberté et Roubaix 2000. L’idée est lancée, les consultations commencent. M.Papillon président de la chambre de commerce de Lille Roubaix Tourcoing, fait une proposition de ce genre de la rue Jules Guesde jusqu’à la rue du vieil abreuvoir. Un sondage auprès des commerçants de la rue du vieil abreuvoir donne une légère majorité des oui au secteur sans voitures. Finalement, le projet de trajet piétonnier partirait du boulevard de Belfort, jusqu’à la grand place de Roubaix, englobant Roubaix 2000, une partie de la place de la Liberté et la Grand rue entre la rue Pauvrée (actuelle rue Jean Monnet), et la Grand Place. On se réunira avec les responsables des rues piétonnières de Lille et de Tourcoing afin de recueillir les fruits de leurs expériences.

En février 1976, l’idée sera soumise en conseil municipal, suite à la proposition de Pierre Catrice, répondant à l’invitation de Jean Papillon, devant les différents représentants de commerçants roubaisiens. A cette occasion, Pierre Catrice parle du désenclavement de Roubaix prévu avec la rocade sud est, pour libérer les avenues Motte et Salengro et informe les participants de l’évolution du projet de pénétrante Tourcoing Roubaix : elle débouche à présent rue de l’Hommelet, avec une petite desserte sur la place de la liberté avec la rue Pauvrée. On parle aussi du métro. On évoque le secteur piétonnier place de la Liberté Grand Place, et Pierre Catrice le présentera au conseil municipal. En mars, le projet avance, mais que fera-t-on du Mongy, danger potentiel pour la circulation, qui à cette époque va encore jusqu’à la Grand Place ?

En mai les commerçants se déclarent favorables à un trottoir piétonnier Place de la Liberté, boulevard Leclerc, rue Pierre Motte et Grand Place, après une rencontre avec les tourquennois et les lillois. M. Donnay pour Lille, affirme que les conditions de travail des commerçants se sont améliorées, mais sans trop d’effet sur le chiffre d’affaires. A Tourcoing, le chiffre d’affaire a augmenté de 25%. Un sondage effectué donne 94% de clients satisfaits pour les deux secteurs piétonniers (rue de Béthune à Lille et rue Saint Jacques à Tourcoing). Mme Harmand présidente de l’union des commerçants du centre, dit alors que le piétonnier, c’est l’avenir. Elle demande concertation et sondage avec les commerçants. En octobre, c’est décidé : un secteur piétonnier sera réalisé en plusieurs étapes de l’église Ste Elisabeth jusqu’à l’église St Martin, et la première tranche concernera le chantier de la place de la Liberté jusqu’à Roubaix 2000.

Les études continuent, un déplacement à Dieppe en novembre, où depuis l’apparition du secteur piétonnier, l’on trouve les clients moins agressifs, les ventes plus diversifiées, mais la rue devient un désert après 18 h 30, car il n’y a pas d’animation, ce qui n’est pas le cas de Roubaix, qui propose trois cinémas dans le secteur projeté. On projette d’aller voir à Courtrai comment ça se passe. Le 12 janvier 1977, c’est parti, les travaux commencent.

Les travellators d’Auchan

Le centre commercial Roubaix 2000 se prépare à accueillir Auchan, ce qui n’empêche pas l’ouverture d’un nouveau magasin de vêtements. Inaugurée en février, la Calèche est située au rez-de-chaussée, arbore de larges vitrines et propose en entrée libre un choix exceptionnel et des cabines d’essayages dans un décor à l’américaine.

Auchan dans Rx 2000 CP méd Rx

C’est également fin février qu’Auchan fait son ouverture dans le centre commercial. A l’occasion du quinzième anniversaire de son ouverture, le supermarché Auchan de l’avenue Motte a été relooké : parking refait, magasin repeint, implantation des produits revue, allées élargies, nouvelle signalétique, produits frais en libre service ou en vente traditionnelle. La nouvelle implantation d’Auchan dans Roubaix 2000 va bénéficier de l’expérience de l’entreprise et des mêmes améliorations. Car il s’agit dans un premier temps d’effacer l’échec des prédécesseurs. Pour les transformations de l’ex surface Lemaire, Auchan a mis les grands moyens. L’accès au parking souterrain est désormais facilité par les tapis roulants permettant aux caddies de descendre du magasin jusqu’à la voiture. Une heure de parking est offerte sur présentation du ticket de caisse. Auchan garantit un large choix de produits alimentaires, et propose également des rayons de charcuterie fine, de poissonnerie, de fromage à la coupe, de fruits et légumes, en libre service ou en vente traditionnelle. Le choix dans les produits et le choix dans les méthodes de vente ! Auchan va plus loin en répondant aussi aux demandes qui avaient été formulées pour l’arrivée de nouveaux magasins dans le centre commercial : les article de droguerie, de bricolage, les appareils du petit électro-ménager, la vaisselle et les articles de ménage sont également proposés à la clientèle. Les termes employés dans la communication publicitaires sont forts : ils s’agit de réconcilier la clientèle avec la surface de vente, et beaucoup ne la reconnaîtront pas ! Auchan ajoute à cela des prix d’inauguration défiant toute concurrence pour le lancement des deux nouvelles surfaces en Mars, Auchan Motte et Auchan Roubaix 2000.

C’est une enseigne en plein développement qu’accueille le centre commercial. Auchan en 1976, c’est déjà un réseau de dix huit hypermarchés en France et quatre projets pour 1977, c’est un chiffre d’affaires de trois milliards de francs !

 

Mais cette réussite n’est pas sans quelques conséquences. En juillet 1976, suite la mise en œuvre d’un système de transports gratuits des clients vers les supermarchés, Auchan se voit infliger une amende avec sursis pour concurrence déloyale. Il sera mis fin à l’expérience, et il est intéressant de noter que le tribunal a considéré le préjudice subi par certains commerçants était plus moral que matériel ! Auchan n’aurait donc concurrencé que… l’ELRT !

Conséquence plus directe et roubaisienne : en juillet également, la fermeture annoncée du Monoprix de la rue Pierre Motte pour la fin de l’année 1976 ! On parle quelques semaines plus tard déjà de l’arrivée de Darty…

Le centre commercial de Roubaix 2000 n’en poursuit pas moins ses activités d’animation.

Parmi les artistes prévus du 24 novembre au 4 décembre : les duettistes bretons Yves et Gilles avec le groupe régional Paroles, les kamikazes, démonstration de karaté, cascades japonaises, combats de samouraï, par deux jeunes professeurs de karaté de Tourcoing, MM Roger Boudrez et Michel Petit. En décembre, Remy Bricka homme orchestre, Harry Band danses de tout pays et pendant dix jours le mime Hervez Luc. Roubaix 2000 a-t-il pris son rythme de croisière ?

1975, année de transition ?

En Janvier 1975, Victor Provo dit que Roubaix  a besoin d’un traitement spécial… Il semble que cette remarque soit valable pour le centre commercial Roubaix 2000 que le maire évoque également dans l’interview : nous sommes toujours prêts à aider Roubaix 2000, mais n’oublions pas que ce centre commercial continue de dépendre de la SEGECE et du groupement de commerçants. Nous ne sommes même pas actionnaires. Il arrivera un moment où nous prendrons à notre charge les cellules qui restent libres. La ville sera alors partie prenante de Roubaix 2000. Elle pourra avoir des initiatives. En bref, la situation n’est pas encore normalisée, le centre n’est pas plein, il y a encore du travail. Roger Fruit, Président des commerçants de Roubaix 2000 présente le programme des prochaines manifestations prévues pour le printemps : le samedi 15 mars, défilé du groupe de musiciens réputé die Alte Bayerische Popol, revêtu du costume traditionnel bavarois, à travers le centre commercial de 16 h 30 à 18 h 30. Puis ce sera l’inauguration officielle du grill La Fourchette dirigé par M. Bernard Sorge, suivie d’une visite du centre.

bavarois

Pour les fêtes de Pâques, Roubaix 2000 se transforme en une vaste bonbonnière, et son entrée est ornée de deux œufs géants réalisés par les élèves de la Chambre de Commerce, et il est procédé à la distribution de 1800 carillons en chocolat. En avril, une exposition sur le thème des chars à voile (d’Hardelot et de Bray Dunes) comporte des stands avec spécialistes, et un film réalisé par la station de la télévision de Lille est présenté à cette occasion…L’inauguration du grill se fait en présence de Victor Provo et de son adjoint Pierre Prouvost. Le maire prend la défense de Roubaix 2000 : l’ironie avec laquelle on évoque parfois le centre commercial n’est pas justifiée. Le centre commercial prend peu à peu corps et s’installe dans la ville.

paques1975

Le Dimanche 27 avril, il y a un hold up à la cafétéria Le Viking. Trois malfaiteurs masqués et armés s’emparent du tiroir caisse et d’une partie de la recette. Deux employés sont menacés par des armes à feu, les clients sont obligés de se coucher au sol, on pense à une animation à l’américaine. Mais non, c’est bien la réalité. Les auteurs de ce hold up seront arrêtés en juillet, et on apprend à cette occasion qu’un jeune homme qui avait tenté de s’interposer, a été blessé d’un violent coup de crosse à la tête.

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Dès juillet, on prépare une nouvelle image de marque pour le centre commercial. Les cellules vides sont rachetées progressivement par la ville à la SEGECE. La société Lemaire a jeté l’éponge, et on parle de l’arrivée d’Auchan. Cela va-t-il amener d’autres commerçants ? Beaucoup de souhaits sont formulés : magasins de jouets, d’imperméables, photographie, optique, vaisselle, ameublement, mercerie bijouterie, fourrure, articles pour jeunes mamans, confection dames, instruments de musique, fleurs, graineterie, laines, électro ménager, bricolages, cycles. On attend des boutiques spécialisées dans la vente de denrées alimentaires : poissonnerie, fromages, œufs, produits frais, marché provençal, boucherie, plats préparés. Une pizzeria serait la bienvenue, de même qu’un cabinet médical avec des services médicaux et para médicaux (masseur, dentiste). Auchan va-t-il sauver Roubaix 2000 ?

Animations et courants d’air

Le 1er février 1973, le supermarché Lemaire fête son premier anniversaire : promotions, tombola, cadeaux, gadgets, dégustations gratuites, ouverture prolongée le vendredi. Une publicité du mois de mai nous apprend que Lemaire a eu des problèmes parce qu’il a grandi trop vite. Il se dit prêt (maintenant) et propose des baisses sur plus de 500 articles. Que faut-il comprendre ? Le supermarché aurait eu du mal à fournir la clientèle ? Ou à lui proposer des prix réduits ? Curieux sens de la communication commerciale.

En novembre, M. Clérambaux, député et premier adjoint à Roubaix, répond à des questions portant entre autres sur le centre commercial. On dit que Roubaix 2000 est un nid à courants d’air ! Il répond que le centre n’est pas couvert, ce qui correspond à la technique de construction d’une époque. On va donc prochainement fermer les jardins du rez-de-chaussée dans un premier temps, pour supprimer les appels d’air. Si cela n’est pas suffisant, on fermera aussi les entrées du centre. Les cellules commerciales vides ? C’est l’affaire de la SEGECE…La sécurité du parking ? En décembre une société spécialisée assurera la surveillance du parking souterrain. Puis c’est au tour de l’adjoint Pierre Catrice de répondre aux questions sur le stationnement et particulièrement sur le fait qu’il y ait eu des vols dans le parking. Il confirme l’arrivée d’une société de surveillance et il évoque la mise en place d’un système de télévision interne, comme il en existe déjà un dans le parking Carnot à Lille.

Mars 1974, sous l’impulsion de leur président Roger Fruit, les commerçants préparent le printemps de Roubaix 2000, ils revêtent leurs murs de couleurs vives et pimpantes, des panneaux publicitaires sont posés, avec la raison sociale de chaque maison. Le problème des courants d’air a trouvé sa solution, par le biais de glaces posées tout autour des jardins intérieurs, les portes latérales et coupe-vents sont également prévus et on envisage de couvrir entièrement le centre.

courantdair copieLes mesures anti courants d’air Photo Nord Éclair

La commercialisation a fait un grand pas : une maison de la presse s’est ouverte en novembre, ainsi qu’une maison de meubles. Les travaux de la grande brasserie vont commencer, du côté de la Place de la Liberté. Un mini cinéma, une crêperie et un magasin de décoration sont en cours d’installation. Au rez-de-chaussée, deux nouveaux magasins, dont l’enseigne Pronuptia. Le centre est illuminé jour et nuit, et des gardiens veillent 24 h sur 24.

Le programme pour le printemps comprend un défilé de mode dans le cadre de la gourmetéria le Viking, le 5 avril, et une exposition des derniers modèles automobiles du 6 au 8 avril, sur le parvis du centre.

En Mai, c’est l’ouverture du Colisée 3, mini cinéma de 100 places, salle d’art et essai. On y accède par la même porte que le Colisée 2. Pour l’ouverture, on projette la fête à Jules un film de Benoit Lamy, avec Claude Jade et Jacques Perrin. Le réalisateur belge est présent, et participe au débat. Le Colisée 3 ouvrira cinq séances par jour, soit une de plus que le Colisée 2.

maisonpresse copieLa maison de la Presse ouverte en novembre 1973 Photo Nord Éclair

En septembre 1974, il reste encore 23 cellules commerciales vides, dont beaucoup au rez-de-chaussée. On cherche des commerces alimentaires pour avoir une clientèle quotidienne. Pour franchir cette barrière infranchissable qu’est le boulevard Gambetta, on imagine un passage souterrain ou une passerelle. Le parking n’est pas vraiment utilisé, malgré la modicité annoncée du prix et le remboursement du ticket par les commerçants. Pour que Roubaix 2000 ne soit plus le centre des courants d’air, les patios de verdure sont désormais fermés, et on va équiper les entrées du rez-de-chaussée avec des portes. Mais pour l’étage ? On couvrira l’année prochaine, mais il faudra un effort d’investissement. On pense lutter contre l’effet blockhaus et la tristesse du béton, par la pose de caissons lumineux d’annonces, de céramiques…

Et il faut animer Roubaix 2000 ! Le parvis désert doit devenir un forum : on propose tout et n’importe quoi, marché aux fleurs, marché aux bêtes, foires aux antiquaires, expositions de produits artisanaux étrangers, animations folkloriques et culturelles. Pour le second anniversaire, Saint Nicolas viendra en hélicoptère, et proposera des baptêmes de l’air. Il y aura une exposition de planeurs de compétition par l’aéro-club de Bondues, avec montage devant le public, un concours de mangeurs de spaghettis à la gourmetéria patronné par une marque connue de pâtes alimentaires, des voitures de marchands de quatre saisons, proposant  fleurs et fruits de décoration. Pour la fête de Noël, une crèche grandeur nature, un sapin sur le parvis, des bottes aux cadeaux dans tout le centre…

Roubaix 2000 en décembre Photo Nord Éclair

Roubaix 2000 a pourtant une bonne réputation à l’extérieur, on vient de Villeneuve d’Ascq, de Marcq-en-Barœul, de Wattrelos ! Un effort est réclamé au promoteur qui ne vend pas que du béton, il vend aussi la promesse d’un bon chiffre d’affaires ! Les élus sont également comptables de la réussite. Le 30 novembre s’achève le contrat avec la SEGECE, la ville avait engagé une garantie financière, il reste 5000m² disponibles soit un tiers de la surface du centre ! Le coût de Roubaix 2000 pour la ville sera de 650 millions d’AF ! Pour compliquer un peu, Villeneuve d’Ascq va lancer son projet commercial du type Parly 2 ! Il est clair que si avant trois ans Roubaix 2000 n’est pas devenu un grand centre commercial, tout le monde ira à Villeneuve d’Ascq, grâce à la voie rapide !

à suivre

Inaugurations

Alors qu’on annonce son inauguration officielle pour fin septembre, le centre commercial Roubaix 2000 s’agrandit encore avec l’installation progressive de nouveaux magasins. Cependant les commerçants installés, une quinzaine, ouverts depuis le printemps, se plaignent des cellules vides. Un centre commercial est un ensemble, il faut que le client y trouve tout ce dont il a besoin. Les promoteurs sont à Paris, ce qui retarde les opérations, mais également tout le monde n’a pas ouvert en même temps. Quoiqu’il en coûte, les cellules ne doivent pas rester vides ! Déjà la fermeture du centre du Lido est annoncée pour le 31 août !

Le GIE annonce l’arrivée d’un directeur chargé de coordonner les actions commerciales. Il s’agira de M. Blum, élève de la dernière promotion de l’école CEPRECO. Toutes les cellules commerciales ne seront pas occupées pour l’inauguration, mais la vingtaine de trous noirs restants sera masquée par des panneaux décoratifs. Des jardinets situés au milieu des allées viendront agrémenter le décor. Le GIE s’est également préoccupé des désirs de la clientèle par le moyen d’un sondage qui a recueilli une centaine de réponses, lesquelles expriment les souhaits suivants : trouver à Roubaix 2000 le plus grand nombre de magasins spécialisés, pouvoir faire ses achats entre midi et deux heures.

inaug2003totInauguration du magasin à l’enseigne 2003 Photos Nord Éclair

Le 16 septembre, c’est l’ouverture du magasin collectif 2003, à l’enseigne résolument optimiste, dans lequel il est possible de s’habiller de la tête aux pieds dans une agréable ambiance musicale et dans un décor qui allie modernisme et raffinement. Quatre grands magasins se sont associés pour ce projet : Jacqu’bis, vêtements pour dames et jeunes filles, Herbaut Denneulin la maison bien connue de vêtements de la rue de l’alouette, Papillon Bonte pour les chaussures ; l’animation musicale et la vente de disques et cassettes sont assurés par la maison Scrépel Pollet.

pompiers2000Les pompiers de Roubaix 2000 Photo Nord Éclair

Le 28 septembre sont inaugurés le parking souterrain et les deux niveaux du centre commercial. On fait le point : sur 70 surfaces commerciales, 33 sont occupées et 28 en activité. L’animation est lancée : une voiture de pompiers d’un modèle ancien sillonne les rues du centre de Roubaix, avec à son bord une dizaine de jeunes filles souriantes, de rouge et de blanc vêtues, chargées d’annoncer l’événement.

inaugRx2000totLes officiels et le centre commercial Roubaix 2000 Photos Nord Éclair

Les officiels procèdent à la visite du parking souterrain, et M. Maeght, directeur de la voirie à la communauté urbaine, leur donne quelques indications : le parking peut accueillir 1246 voitures, on parle abonnements et fréquentation, sans oublier la sécurité.

Puis on fait le tour des magasins du centre, pour finir à la gourmeteria pour la réception au champagne. Lors de cette réception, il y aura six allocutions : Pierre Maisonneuve, PDG de la SEGECE, Jean Papillon président du GIE, Charles Verspieren pour la chambre de commerce et d’industrie de Lille Roubaix Tourcoing, Arthur Notebart président de la communauté urbaine, Victor Provo président du conseil général et maire de Roubaix, et Pierre Rouaze secrétaire général de la préfecture représentant le Préfet. M. Maisonneuve retrace l’historique de Roubaix 2000, rend hommage à la municipalité, fait l’état des lieux et met en valeur ce bel exemple de restructuration urbaine et commerciale.Jean Papillon énumère les atouts de Roubaix 2000, le parking, les allées marchandes couvertes, la solidarité des commerçants groupés en un Groupement d’Intérêt Economique. Il souhaite la prospérité pour Roubaix 2000 et pour Roubaix dans son ensemble. Charles Verspieren déclare que Roubaix 2000 est un point positif dans l’évolution de la vie commerciale roubaisienne, autrefois morcelée, aujourd’hui rassemblée. Il souhaite également qu’une solution soit trouvée pour le cheminement piétonnier entre la place de la liberté et le centre commercial.

Arthur Notebart rend hommage à l’acte de courage de la municipalité roubaisienne, et insiste sur la volonté de la communauté urbaine de poursuivre de tels efforts. Puis il mentionne le projet de rénovation de l’Alma Gare en évoquant l’effort à réaliser sur les liaisons nécessaires, routières et autres, afin que Roubaix soit partie intégrante dans la vie de la métropole, car cette ville mérite beaucoup. Victor Provo parle du souci de son administration de donner à Roubaix une image de marque convenable, rend hommage à ses interlocuteurs, et souhaite que toutes les cellules du centre soient occupées pour le milieu de l’année prochaine.

Le secrétaire général de la préfecture souligne l’importance de l’événement pour Roubaix et qualifie le centre commercial de Roubaix 2000 d’exemple qui doit faire école.

à suivre

Premiers magasins et GIE

Le 19 janvier 1972, les supermarchés Lemaire ouvrent un 30ème point de vente de 3000 m² de surface. Cette société dont le siège se trouve à Hazebrouck vient à Roubaix avec une offre commerciale attractive : la qualité et le service du spécialiste alliés à la commodité et aux prix des grandes surfaces. Les premiers jours commerciaux de Roubaix 2000 seront donc animés par les activités promotionnelles du supermarché Lemaire, qui connaît un départ en flèche.

 

A la fin du mois de janvier intervient la création d’un G.I.E (groupement d’intérêt économique), qui regroupe tous les commerçants du centre, et dont la compétence est l’animation commerciale de Roubaix 2000. Un directeur salarié sera embauché dont le rôle est de trouver des idées d’animation commerciale, d’organiser des manifestations de promotion, de favoriser des expositions,… Les questions de copropriété, la répartition des assurances des bâtiments, les charges communes (gardien, escalators) sont confiées à un syndic du centre commercial. Les commerçants du GIE de Roubaix 2000 se déclarent indépendants mais souhaitent avoir des rapports de bon voisinage avec leurs collègues du centre et de la rue de Lannoy. Ils actent le nom de Roubaix 2000. Les ouvertures de magasins commenceront dès Pâques 1972, mais l’inauguration aura lieu à la Pentecôte. Quelques problèmes subsistent, parmi lesquels l’accès des piétons au centre commercial, venant de la place de la liberté ou de la rue Pierre Motte, vu le passage continu entre les boulevards Leclerc et Gambetta. On parle d’aménager le terre plein, de démolir une maison qui fait l’angle de la rue de Lannoy…Une enseigne lumineuse Roubaix 2000 sera bientôt posée, et on rassure les commerçants, leur patentes ne seront pas plus élevées qu’au Lido.

Roubaix 2000 Segard et Criston pub NE

 

En mars, le chemisier habilleur Criston et les tissus Segard annoncent leur ouverture dans le centre commercial.  Les premières mesures du GIE : confier le nettoyage à la municipalité, installer une sonorisation permanente et mettre en place la surveillance générale du centre avec une équipe de gardiennage. En avril,  une cafétéria de 300 places, un magasin tout pour l’enfant, un magasin d’habillement masculin, un magasin d’habillement professionnel et de loisirs, une boutique de tissus et le chausseur Cendry vont ouvrir.

 

En avril également, quatre grands constructeurs automobiles viennent exposer leurs derniers modèles sur le parvis de Roubaix 2000, alors qu’on attend l’ouverture de deux magasins Blondeau « up » et « mini up ». Les majorettes de Lambersart viennent compléter le tableau.

 

En Mai c’est l’ouverture de la Gourmeteria au dessus du supermarché Lemaire.

 

Le comité du GIE est nommé, le président en est Jean Papillon, le secrétaire Christian Gourniaux et MM Lepez, Bocage, Desrousseaux et Basuyaux en sont membres, M. Jacquard étant le contrôleur de gestion. Le recrutement d’un directeur est à l’ordre du jour. Mais les installations prennent du retard, et l’inauguration de la Pentecôte est remise à plus tard. Ce sera pour septembre…

D’après Nord Éclair