La place du Pile

 

En 1886, le conseil municipal décide le redressement du chemin vicinal numéro 10, dit du Pile et en profite pour créer une place. C’est l’époque où les édiles se préoccupent de créer à Roubaix des places publiques pour aérer les quartiers et permettre aux fêtes et manifestations diverses de s’y dérouler. On crée donc au tout début des années 1890 une série de six places, dont celles du Travail au Sud-Ouest, de la Fraternité au Sud, Édouard Roussel au Nord-Ouest, de la Nation et du Progrès au Nord-Est, et, celle qui nous occupe aujourd’hui, la place Carnot au Sud-Est. Toutes sont implantées le long d’une voie de communication existante.

Plan Roubaix 1936 – Collection particulière

C’est ainsi qu’on cherche, le long du Chemin du Pile, un espace suffisant pour y créer une place. Cet espace est tout trouvé à l’endroit où le chemin forme plusieurs virages successifs, au niveau de la rue Marceau. Il va falloir exproprier une parcelle appartenant à M. Loucheur pour tracer notre place.

L’année 1887 voit successivement une délibération du conseil le 9 avril, une enquête préliminaire en juin, et la déclaration d’utilité publique en septembre.

Emprises de la place – Plan cadastral 1884

Cette création ira de pair avec le redressement de la rue du Pile, toujours en mordant sur les terres de Monsieur Loucheur. Celui-ci aurait préféré ouvrir des rues sur son terrain et les raccorder au collecteur mis en place par la ville. Il refuse d’abord de traiter à l’amiable, puis fait traîner les choses. L’expropriation est donc inévitable.

En 1893, on nivelle l’espace, on pose des bordures de trottoir, et on étend des scories sur toutes les places nouvellement crées. On plante également deux rangées d’arbres sur chacune d’elles. En 1903, on construit un aqueduc sur la face ouest pour assainir les terrains. César Durez est adjudicataire.

Plan d’aménagement 1903

Les constructions ne sont pas très nombreuses à l’époque, et la guerre va ralentir les choses. On dénombre, en 1914, trois habitations, dont deux commerces : l’estaminet F. Winants, et le marchand de vélocipèdes H. Conderlier. En 1922, sept habitations avec les mêmes commerçants, alors que M. Winants a changé de métier, passant du débit de boissons au commerce de meubles. L’année 1925 voit la construction d’un urinoir sur la place. En 1939, la veuve Conderlier continue à vendre des cycles sur une place où on dénombre 21 habitations dont une courée, alors que les commerces et artisans sont au nombre de sept. Les habitants sont en grosse majorité des ouvriers. La proportion entre logements et commerces reste à peu près identique en 1968.

Document collection particulière

La place Carnot a toujours abrité les manifestations festives du quartier : braderies, fêtes quinquennales, ducasses, carnavals, envols de ballons, organisées par les comités des fêtes et ceux des commerçants souvent liées (en 1967, par exemple, ces comités ont le même président). C’est ainsi que le 14 juillet 1963, sont organisés sur la place un tournoi de boules Lyonnaises et une démonstration chiens de police. On y organise également des manifestations sportives. D’une manière générale, toutes les activités du quartier ont le plus souvent pour cadre la place, que ce soit en plein air ou sous un chapiteau. Celle-ci a toujours parfaitement joué son rôle de centre du quartier.

Premier document : Nord Matin 1968

Pourtant, Nord Matin considère, en 1979, la place comme un endroit calme la plupart du temps. Le fait est qu’elle est un peu à l’écart des grandes voies de circulation. Elle ne s’anime en temps normal que le samedi, jour de marché, où les commerçants ambulants occupent tout l’espace et attirent une nombreuse population de chalands, parfois venus d’autres quartiers.

Photos Nord Matin et Delbecq

A peine modifiée par la création de quelques places de parking, la place du Pile a conservé aujourd’hui un aspect très agréable, enserrée dans un anneau de verdure qui apporte, par beau temps, une ombre bienvenue aux gens du quartier.

Photo collection particulière

 

Les autres documents proviennent des archives municipales ou du site internet de la médiathèque.