Les 3 fermes rue des Ecoles à Hem

Au début du vingtième siècle Hem est un village de moins de 5000 âmes à vocation essentiellement agricole et compte 33 fermes. Les travaux sont pénibles et les horaires démentiels : l’ouvrier agricole est aux champs de 4 heures à 20 heures. Dès l’âge de 7 ans les enfants sont employés de 7h à 19h pour démarier les betteraves, désherber le lin, garder les vaches ou ramasser les pommes de terre.

En 1933, trois fermes à cour carrée regroupées apparaissent déjà sur les photos aériennes de la rue des Ecoles, non loin du Château Olivier. En dehors du terrain du châtelain et des 3 fermes la rue n’est alors bordée que de champs. Hem a longtemps été renommée pour la qualité de ses endives.

Photo aérienne de 1933 de la rue des Ecoles et plan comparatif de la partie où se trouvaient les 3 fermes (Document IGN et Historihem)

Instantané de mémoire extrait du Recueil des petites et grandes Histoires des quartiers des 3 baudets et de la Lionderie, Denise en 1956 : « Je suis venue ici, j’avais 13 ans. C’était la campagne ici, des fermes, des champs, des vaches…A la fin des récoltes, on allait glaner les pommes de terre et les navets… ».

La 1ère ferme située sur la gauche en venant du château est la propriété de Georges Duthoit qui la tient de son père Jules. La famille Duthoit a exploité cette ferme depuis le dix-huitième siècle. Georges Duthoit est le 1er des 3 fermiers a être exproprié au début des années 1960.

Photo aérienne de la ferme Duthoit en 1962 et photo de la cour intérieure (Documents IGN et Historihem)

La deuxième ferme, située du même côté de la rue un peu plus loin, est celle de Louis Bayart dont la famille a exploité la ferme dès le dix-neuvième siècle. Louis Bayart est également exproprié à la même époque alors qu’il avait repris la ferme familiale au sortir de la seconde guerre mondiale.

Photo aérienne de la ferme Bayart en 1962 (Document IGN)

Enfin, de l’autre côté de la rue des Ecoles, en face de cette dernière, se trouve la ferme de Roger Crepel, exploitée par ses ancêtres depuis le dix-neuvième siècle. Roger Crepel est le dernier à être exproprié vers 1964.

Photo aérienne de la ferme Crepel en 1962 (Document IGN) et photos de sa cour intérieure (Document Historihem)

Photo de la ferme Crepel en 1964 prise depuis la cour avec vue sur les nouvelles constructions (Document Historihem)

En effet, dans les années 1960, est lancé le programme de construction de lotissements des Hauts-Champs et il n’y a plus de place pour les terrains agricoles. Il faut loger les habitants d’une ville qui grandit de manière anarchique à cette époque. Lorsque l’on compare les photos aériennes de 1962 et de 1971, la physionomie du quartier a totalement changé.

Photos aériennes de 1962 et 1971 (Documents IGN)

Après les 138 logements de la cité Jardins des 3 Baudets, réalisés dans les années 1950, c’est la première génération d’ HLM qui couvre en effet la plaine des Hauts-Champs dans les années 1960 puis à la fin de celles-ci un ensemble de 1146 logements voit le jour à Longchamp et 280 logements apparaissent avec la cité des 3 Fermes.

Plans reprenant chaque quartier : 3 Baudets en haut et 3 Fermes en bas (Documents Cityzia)

Doc 7 bis Plans reprenant chaque quartier : Hauts-Champs en haut et Longchamp en bas (Documents Cityzia)

Dès lors les quartiers nord deviennent surtout destinés aux logements populaires puisque près de 4000 logements HLM y sont installés au début des années 1980 et y représentent 90 % du patrimoine bâti. Quant aux maisons individuelles des Hauts-Champs, Trois Fermes et Trois Baudets elles accueillent 70 % de ménages ouvriers.

La construction grignote inlassablement la terre agraire et, si la commune de Hem a longtemps gardé un caractère rural très développé elle s’urbanise à grande vitesse à compter du milieu du vingtième siècle et rajeunit dans le même temps. La ville de Hem est alors appelée : cité dortoir, car la croissance des emplois n’a pas suivi la croissance démographique et les hémois vont travailler dans les grandes villes voisines : Roubaix, Tourcoing, Wattrelos, voire même Lille.

Avant guerre, il existait à Hem une quarantaine de fermes ; en 50 il en restait 33 et dans les années 60, ce nombre tombe à 24, puis à 17 dans les années 1980. Les fermes restantes s’adonnent surtout à la culture des céréales : blé, orge et avoine. La plupart possèdent des vaches et récoltent aussi du foin et des betteraves fourragères. Enfin leur grande spécialité est la pomme de terre. Il n’est pas rare alors de voir certains agriculteurs faire la tournée des quartiers dans leur camionnette pour les vendre à domicile.

La disparition de l’agriculture (Document Au Temps d’Hem)

A suivre…

Remerciements à la ville de Hem et à l’Association Historihem ainsi qu’à Jacquy Delaporte, Christian Teel et Chantal Guillaume  pour leur bande dessinée Au Temps d’Hem et au Théâtre de l’Aventure pour son ouvrage  Recueil des petites et grandes Histoires des quartiers des 3 baudets et de la Lionderie 

La Piscine des Trois Villes à Hem

Le 21 mars 1972, les municipalités de Roubaix, Hem et Lys-lez-Lannoy décident de la création d’un syndicat inter-communal à vocation unique : l’équipement sportif du quartier des Trois Villes. C’est Mr Desmulliez, député et maire de Lys-lez-Lannoy qui en est le président.

Les 3 maires se mettent également d’accord sur la réalisation d’un premier équipement : une piscine à construire entre la maison médicale et l’école de Longchamp, le long de l’avenue du président Coty. Le modèle de piscine « Plein Ciel » choisi est accepté par le Secrétariat d’ Etat à la jeunesse et au sport.

Exemple de piscine plein ciel en 1973 (Document Nord-Eclair)

La piscine à construire aux Hauts-Champs fait partie de l’opération Mille Piscines lancée par le gouvernement et qui consiste à couvrir le pays d’autant de bassins de natation. L’ouvrage doit coûter 1,2 million de francs subventionnés par l’Etat à hauteur de 45% et par le Conseil Général à hauteur de 10%, le reste étant à la charge du syndicat inter-communal (à participation égale pour chacune des 3 communes).

La piscine plein ciel est un modèle tout temps dont l’originalité consiste dans le fait que, bien qu’elle se présente comme une piscine couverte, elle s’ouvre complètement, le toit, la façade et un côté s’escamotant ; seul est inamovible le mur de protection contre le vent côté Nord. La piscine va comporter un bassin de 25m sur 10, des vestiaires, des douches et une chaufferie.

Vues aériennes du quartier en 1971 et 1976 (Documents IGN)
La piscine en construction en 1975 (Document Nord-Eclair)

La piscine qui devait ouvrir idéalement en 1974 est encore en travaux en 1975 mais le bassin en pente douce commence à prendre forme et une ouverture en mai ou juin 1975 apparaît possible. Les habitants du quartier suivent le projet avec intérêt et une commission de l’Union des Associations des 3 Villes s’est déjà mise en place pour réfléchir au meilleur usage du futur équipement.

La piscine en cours de travaux en 1975 (Document Nord-Eclair)

En Juin 1975, les travaux sont en voie d’achèvement, l’aménagement des voies d’accès est en cours et la construction du logement du concierge va bientôt commencer. Reste à effectuer le nivellement des abords, le semis du gazon et la pose d’une clôture. En revanche reste le problème de recrutement du personnel à régler, seuls le gérant et le chef de bassin ayant été trouvés. La piscine doit employer 10 personnes, 3 employés administratifs, 4 maîtres-nageurs dont un maître de bassin et 3 personnes de service.

Ouverture prochaine en 1975 (Document Nord-Eclair)

L’ouverture de la piscine étant initialement prévue pour la rentrée de septembre en raison du retard pris dans les travaux puis dans le recrutement de personnel, le mécontentement des futurs usagers a poussé les enfants à manifester dans la rue leur volonté de pouvoir accéder à leur nouvel équipement dès l’été.

Manifestation des enfants en 1975 (Document Nord-Eclair)

Le syndicat inter-communal, soucieux à la fois de contenter les futurs usagers et à la fois d’assurer une sécurité maximale à ceux-ci, tant en termes de finition des locaux, qu’en termes d’encadrement, a donc opté pour une ouverture début août. Le public y a accès de 9h à 12h et de 14h à 19h. En revanche pour cette année les centres aérés ne pourront pas y accéder.

1ers plongeons dans la piscine des 3 villes (Document Nord-Eclair)

La piscine, payée à égalité par les 3 communes, doit obligatoirement être à disposition des 3 populations de manière équitable. Chaque commune dispose donc, dès la prochaine rentrée, de 2 demi-journées par semaine pour ses établissements scolaires à charge, pour chaque municipalité, de répartir celles-ci entre les écoles de sa compétence. Quant au club de natation, qui doit être représentatif des 3 communes, il a droit à 2 séances par semaine en soirée au départ.

Bien vite le bilan des activités de ce nouvel équipement sportif, au sein d’un quartier à la moyenne d’âge très jeune, est élogieux. La piscine assume pleinement ses fonctions d’éducation, de loisirs et de service public dans le quartier Hauts-Champs-Longchamp.

Piscine en 1990 (Document Historihem)

Dans les années 1990, la piscine des 3 villes nécessite quelques travaux de réfection et de remise aux normes, notamment par la pose d’un toit fixe ainsi que par l’agrandissement des vestiaires. Au cours des 5 mois de fermeture le hall d’entrée est également modifié, l’isolation améliorée et une extension des bâtiments permet la création d’une pataugeoire pour enfants, d’un sauna ainsi que d’un solarium en terrasse.

La piscine avant les travaux et en travaux en 1992 (Document Historihem)
L’inauguration de la piscine rénovée en 1993 (Documents Historihem)

Dans les années 2000, des problèmes financiers se font sentir, car si la piscine est très appréciée, force est de constater qu’elle coûte cher : un budget de 4 millions de francs mangé à 70% par les salaires et l’eau. La ville de Roubaix ne cache pas sa volonté de se désengager d’autant qu’elle assume déjà le coût de 2 autres piscines à savoir la Potennerie et Thalassa.

Les difficultés de l’an 2000 (Document Nord-Eclair)

Impossible de trouver d’autres partenaires pour les villes d’Hem et de Lys car les villes voisines, contactées, préfèrent largement continuer à payer un ticket d’entrée plutôt que de se lancer dans une opération aussi onéreuse. Or si la situation financière de la piscine de 3 villes est délicate celle de 2 villes ne serait pas tenable.

Un audit rendu en 1999 pointe les difficultés de gestion de l’équipement et prévoit les conséquences si Roubaix venait à se retirer du syndicat inter-communal, ce qui, pour l’instant, fait l’objet d’un refus préfectoral. D’ores et déjà, 2 salariés sur 11 sont mutés dans les mairies d’ Hem et de Lys-lez-Lannoy, afin de soulager les frais de personnel. Il faut resserrer l’équipe sans toucher aux maîtres-nageurs et restreindre les créneaux horaires.

A suivre…

Remerciements à la ville de Hem et à l’Association Historihem

Autour des Hauts Champs

Avant de devenir le quartier qui fut construit de 1958 à 1960, les Hauts Champs étaient constitués de vastes terres agricoles, qui s’étendaient de Lys Lez Lannoy et d’Hem jusqu’à Roubaix. L’appellation concerne d’ailleurs aussi le quartier du Nouveau Roubaix, avant qu’y soient construits les fameux HBM dans les années trente. L’ouverture du boulevard industriel (avenue Motte) a divisé le vaste lieu dit, lequel est également délimité au sud par un chemin venant du hameau des Trois Baudets à Hem rejoignant la ligne de chemin de fer Menin Somain, à l’orée de Lannoy. A l’est, l’usine Motte Bossut terminée en 1903, et le quartier de la Justice constituent le troisième côté de la grande surface triangulaire des Hauts Champs.

Ce vaste espace s’est rempli de logements progressivement après la seconde guerre mondiale. Le Comité Interprofessionnel du Logement réalise la cité des Trois Baudets à Hem de 1947 à 1949. Puis c’est au tour de la cité de la gare de débord, de 1949 à 1951. Jusqu’en 1957, les Hauts Champs seront encore un espace de champs, toutefois occupé par une grande briqueterie, près de laquelle s’édifie un nouveau groupe scolaire, dit des Hauts Champs.

La briqueterie et le groupe scolaire Photo aérienne IGN 1957

Conçue par les architectes Jean Dubuisson et Guy Lapchin, la cité des Hauts Champs sera réalisée de 1958 à 1960. On y retrouve les caractéristiques architecturales en vogue à l’époque : ce sont de grandes barres d’immeubles et de logements collectifs, dont l’espace et la lumière contrastent avec l’habitat enserré et étouffant des courées de la ville industrielle.

La cité des Hauts Champs Photo aérienne IGN 1964

Mais la construction ne s’arrête pas là. Dès 1964, commence la réalisation du Groupe du Chemin Vert, œuvre de l’architecte Robert Puchaux, sous la forme d’un ensemble de logements « cubes ». Puis de 1967 à 1975 seront construits sur Hem l’ensemble de Longchamp, les cités des Trois fermes, de la Lionderie, des Provinces et de la Vallée.

 

Le chantier du chemin vert en 1965 Photo Nord Éclair

En près de vingt ans le grand espace agricole des Hauts Champs a disparu sous les constructions, et s’est trouvé englobé dans un grand ensemble d’habitations, qui a dépassé les limites des communes. Nombre de problèmes sont alors posés, qui ne peuvent être résolus que dans une logique intercommunale. Dès lors, plus question du seul quartier des hauts Champs, mais bien du quartier des Trois Villes, qui associe les villes d’Hem, Lys lez Lannoy et Roubaix.