Démolition de Ste Bernadette 

Le 29 Juin 1990, le conseil municipal prend acte du fait que l’église et l’annexe du collège située derrière elle vont être démolis pour faire la place à l’entreprise Camaïeu qui désire construire des locaux neufs pour assurer son développement. Les paroissiens sont consultés dès la mise en place du projet.

Le terrain est acheté par l’entreprise, installée 162 bd de Fourmies depuis juin 89. Celle-ci, comprenant par ailleurs le désarroi que peuvent éprouver les paroissiens, insiste par la voix de son Président Directeur Général, Jean-Pierre Torck, sur le fait que l’opération est conduite dans un esprit positif de reconstruction : une nouvelle église sera construite en face, de l’autre côté de l’avenue Motte, et le nouveau site va permettre la création de 300 emplois réservés de préférence à des roubaisiens, que Monsieur Torck qualifie de « bosseurs et courageux ».

Les travaux de démolition commencent par l’annexe du lycée St Martin : Les cours ont eu lieu jusqu’en Juin ; ils sont désormais provisoirement assurés dans l’ancien commissariat avenue des Nations Unies, et doivent dès que possible se dérouler dans des nouveaux bâtiments à construire derrière le lycée rue de Lille.

 

Les fondations du futur entrepôt sont déjà entamées avant que ne commence la démolition de l’église. Un panneau indique et rappelle qu’une nouvelle église va être construite de l’autre côté de l’avenue. Sa taille sera plus adaptée au nombre de fidèles que l’ancienne église, devenue trop grande.

On utilise un boulet de béton suspendu à une grue pour démolir l’église, en commençant par le chevet et le transept nord, pour avancer progressivement par la nef jusqu’au portail. A ce moment, une des chaussées de l’avenue Motte est barrée pour raison de sécurité, ce qui a dû handicaper la station Shell placée juste à côté et diminuer son chiffre d’affaires !

Photos Lucien Delvarre

 

Informations Nord Eclair et la Voix du Nord, octobre 1990. Photos Lucien Delvarre

La fin de la Grande Barre

 

La grande barre photo NE

L’immeuble collectif qui allongeait ses trois cents mètres à cheval sur les territoires d’Hem et de Roubaix a d’abord été dénommé B13, car il faisait partie d’ l’opération des 1200 logements démarrée en 1958, et partagée entre le quartier des Hauts Champs pour les trois quarts et le quartier de la Potennerie pour le quart restant. Les tous premiers locataires avaient quitté soit une courée ou une vieille maison sans confort pour venir découvrir un luxe nouveau : salle de bains, chauffage central, grandes pièces éclairées par de grandes baies vitrées. Une grande pelouse bordait toute la longueur de la construction[1].

Dès 1968, surgissent les premiers problèmes. On parle de la dégradation des logements, due à la mauvaise qualité de la construction, mais aussi au surpeuplement et au fait que les habitants n’entretiennent pas correctement leurs logements. Le journaliste de l’époque évoque même un problème d’éducation des locataires. Petit à petit, les ménages dynamiques[2] quittent le secteur et l’on craint une nouvelle ghettoïsation. Il y a ceux qui peuvent partir et ceux qui ne peuvent pas et qui disent : nous sommes là parce qu’il n’y avait de place ailleurs, si nous pouvions en partir…

Les Hauts Champs sont considérés comme une cité dortoir : où sont la salle de spectacle, le comité des fêtes, la ducasse, les jardins d’enfants et les terrains de sports ? La crise du textile produit ses effets. On venait à Roubaix parce que l’employeur y assurait le logement, et on venait de partout, car les roubaisiens et tourquennois ne représentent qu’à peine 50% des locataires nouvellement installés. En 1968, on considère que 55% des familles sont en situation précaire. La répartition des types de logements ne correspond plus à la demande : en moyenne la famille type des Hauts Champs est composée de cinq personnes, et le nombre de F4 est insuffisant.

La décennie suivante voit augmenter la dégradation de l’habitat et des conditions de vie. Les détériorations volontaires et l’incivilité se sont ajoutées aux problèmes de vieillissement du patrimoine immobilier. Cette zone urbanisée sur les chapeaux de roue, connaît au début des années quatre-vingt, les désagréments d’un chauffage qui ne fonctionne plus, l’humidité, les vitres et portes cassées, les problèmes de robinetterie détériorée, de persiennes cassées. Dans le quartier s’installe un climat d’insécurité. Deux cent cinquante réclamations par jour sont adressées au GIL pour une population de 27.000 habitants !

Dès lors la grande barre plonge dans le chaos : odeurs nauséabondes, éclairages dégradés, appartements inoccupés, portes défoncées, trous béants. La grande barre est abandonnée par la majorité des locataires et son état de délabrement devient inquiétant, d’autant que la drogue et le squat y ont fait leur apparition.

On parle déjà de démolition depuis 1979. Mais il faut reloger les derniers habitants et rembourser les emprunts : la construction de la grande barre, soit 330 logements, a coûté 11 millions de francs (en 1958) et il reste la moitié à rembourser. Le coût de la démolition n’est pas négligeable, surtout pour le transport des gravats et matériaux. Enfin, cette démolition est annoncée, elle démarrera le lundi 16 septembre 1985 et durera quatre mois. Le grand immeuble de classe est à la casse. La CSCV[3] y voit l’échec d’une politique de construction dont les locataires ont largement payé le prix. Avec cette démolition débute le plan de développement social des quartiers[4]. Au moment où les bulldozers et les grues commencent à transformer la Grande Barre en un amas de gravats dans une poussière dense, on ignore qui suivra…

Photo Nord Éclair

[1] Propos de Madame Nadine Duquenne, arrivée dans le quartier des Hauts Champs en 1962, relatés par Nord Eclair en 1985
[2] L’expression est celle du journaliste
[3] Confédération Syndicale du Cadre de Vie
[4] C’est au cours des années 1980 qu’une approche globale, à la fois sociale et urbanistique, des problèmes spécifiques aux villes modernes est apparue nécessaire. Cette prise de conscience a mené à la création d’un ministère de la ville en 1991.