La Filature Saint Liévin

Wattrelos a accueilli sur son large territoire plusieurs grandes entreprises textiles : ainsi dès 1845 c’est le tissage D’Halluin-Lepers qui s’installe, suivi 20 ans plus tard, par l’usine Leclercq-Dupire, à cette époque première fabrique de Wattrelos, avec 600 ouvriers. Le peignage Amédée-Prouvost est transféré du centre de Roubaix à la limite des deux communes puis, non loin de là, en 1912, est créée La Lainière de Roubaix, dont la plus grande partie des installations est située sur Wattrelos. Après la première guerre, l’industrie textile se relève et d’autres sites sont créés, comme la filature Saint Liévin.

Désireux de se mettre à son compte, après son mariage en 1900, Louis Mulliez Lestienne avait ouvert une petite affaire de retordage de laine. L’entreprise démarre vite, se développe, mais sera durement affectée par la Première Guerre mondiale. En 1923, avec son ami Jules Toulemonde, qui exploite un tissage de laine, Louis Mulliez entreprend de monter une nouvelle affaire, de filature et de peignage de laine cette fois. C’est l’acte de naissance des filatures de Saint-Liévin.

L’usine principale s’installe à Wattrelos. Spécialisée dans le filage et le traitement de la laine (notamment le fil à tricoter), l’usine s’installe sur un site immense de près de 9 hectares, stratégiquement situé à Wattrelos, près du centre-ville sur le lieudit les Près. L’accès principal historique et les bâtiments administratifs de l’usine se situent le long de la rue Édouard Vaillant (notamment autour des numéros 57 à 88).

Vue aérienne de l’usine doc IGN

Dans les années 1940, sous l’impulsion des enfants de Louis Mulliez, l’entreprise innove de manière décisive. C’est la naissance de la marque Phildar (contraction de Fil d’Art), qui s’appuie directement sur la production de la filature de Wattrelos. Phildar ouvre ses premières boutiques et développe un système de franchise ultra-performant. Dans les années 1950-1960, la marque devient le leader incontesté du fil à tricoter en France, employant des milliers de personnes.

Produit Phildar Site Tricolaine

Au plus fort de son activité, durant les décennies glorieuses du textile de la région de Roubaix-Tourcoing (notamment dans les années 1960 et 1970), le site wattrelosien a compté plus de 1 000 salariés et ouvriers.

À la suite du déclin progressif de l’industrie textile en France et des restructurations successives, les effectifs ont massivement diminué jusqu’à la fermeture définitive de l’usine en 2004, laissant derrière elle une friche industrielle de 9 hectares. À partir de la fin des années 1970, le secteur textile du Nord subit de plein fouet la crise, la concurrence internationale et les délocalisations, et la filature Saint-Liévin n’échappe pas à cette dynamique. Après plus de 80 ans d’existence, l’usine ferme définitivement ses portes en 2004, laissant derrière elle une immense friche industrielle au cœur de la ville et une vive émotion chez les Wattrelosiens.

L’ancienne filature Saint-Liévin occupait un très vaste site industriel situé en plein cœur de la ville de Wattrelos. Fermée au début des années 2000, cette friche a laissé place à la création d’un tout nouveau quartier mixte : le quartier de l’Hippodrome.

Après trente ans d’attente

Le dimanche 14 octobre 1923, on va enfin procéder à l’inauguration du groupe scolaire du Laboureur, sous la présidence de M. Proot inspecteur primaire. Le programme de la journée est le suivant : à 10 heures, réception en mairie de l’inspecteur par la municipalité et le corps enseignant de Wattrelos. Le champagne est sablé dans la salle des délibérations et M. Briffaut porte un toast aux nouvelles écoles. Puis départ de la mairie par la rue Carnot pour le Laboureur. La Musique Municipale prend la tête du cortège composé des membres du Conseil Municipal, des délégués cantonaux, des membres du corps enseignant et des commissions administratives de l’Hospice et du Bureau de Bienfaisance. L’inauguration aura lieu à 11 heures et sera suivie d’une visite du groupe scolaire.

Vue d’une cour du groupe scolaire Collection Particulière

Henri Briffaut prononce alors un discours dans la cour principale, dans lequel il retrace l’histoire de la formation de l’école, et se montre heureux d’inaugurer les nouvelles classes.

Inaugurer un groupe scolaire, c’est à dire une maison où les enfants viendront travailler de bon cœur à leur éducation sous la direction de maîtres dévoués, est un acte solennel et de joie. Il faut bien le retenir : c’est par l’instruction que le progrès se développant de plus en plus ouvrira la voie à une société meilleure et fraternelle. Aussi l’enseignement du Peuple reste toujours au premier rang de mes préoccupations et nous pouvons vous assurer que la Municipalité wattrelosienne ne négligera rien pour la défense et le développement de l’école laïque. Dès son installation à la mairie en 1912, elle prenait en mains avec la ferme résolution d’aboutir la question de la construction d’un groupe scolaire au Laboureur, dont la création avait été demandée à nos prédécesseurs par l’autorité supérieure depuis plusieurs années. (.) Notre groupe scolaire est ouvert seulement avec l’école des garçons et l’école des filles. Aux maîtres de ces classes nous souhaitons la bienvenue en les assurant qu’ils trouveront toujours le meilleur accueil tant à l’Administration Municipale qu’à la Caisse des écoles. Mais il nous reste à souhaiter l’ouverture de l’école maternelle et je me permets Monsieur l’Inspecteur de vous demander de bien vouloir solliciter la nomination au plus vite du personnel nécessaire. Les locaux et les élèves attendent l’arrivée d’une maîtresse. Aujourd’hui Monsieur l’Inspecteur, sous votre présidence et votre autorité nous remettons ce groupe scolaire aux maîtres et aux maîtresses chargés d’enseigner dans ces classes bien aérées et bien aménagées. Ils s’appliqueront à préparer l’enfant à la vie, à cultiver son esprit, à former son caractère. Et devenu citoyen, l’enfant sera armé dans la lutte pour la vie. Aussi je crie:vive l’École Laïque ! Vive l’émancipation humaine ! Vive la République démocratique et sociale !

Entrée du groupe scolaire rue de Londres Collection Particulière

M. Proot répond en félicitant l’Administration et il s’étend sur les bienfaits de l’enseignement dans la classe ouvrière. Il encourage les parents pour seconder les maîtres et pour que les enfants soient assidus en classe.

Entrée de l’école maternelle Collection Particulière

De 14 heures 15 à 17 heures 30, dans les cours des écoles, grand concert et exercices de gymnastique par les sociétés de la ville. Puis concerts par les sociétés suivantes : la Philharmonie du Crétinier, la chorale la Caecilia, les Accordéonistes du Laboureur, La Renaissance Chorale, les Accordéonistes l’Avenir, l’Union Chorale, les Enfants de la Lyre. La Patriote et la Gauloise assureront les exercices de gymnastique. Le public est admis à visiter les locaux scolaires de 11 h à 17 h 30. Le soir, le groupe scolaire sera illuminé, les habitants du quartier sont invités à pavoiser et à illuminer.

Vue d’une cour Collection Particulière

Le 16 août 1934 agrandissement de l’école du Laboureur le conseil municipal a décidé d’agrandir l’école du Laboureur et a voté 500.000 francs pour la surélévation d’une partie du bâtiment ne comportant pas d’étage. Tout devrait être terminé pour la fin des vacances et le groupe scolaire comportera trois classes maternelles, huit classes de filles, huit classes de garçons, des cantines et une salle de spectacle. C’est le plus grand groupe scolaire de Wattrelos. Situé dans un quartier très populeux, il accueille plus de huit cents enfants.

Les 52 maisons du Laboureur

Autrefois appelée le chemin de la Hornuyère et dénommée dans l’immédiat après première guerre, la rue du Commandant Bossut établit la jonction entre le quartier du Laboureur et celui du Crétinier.

La société anonyme roubaisienne d’habitations ouvrières créée en 1921 (président Édouard Rasson, Victor Hache secrétaire et cheville ouvrière) va construire là, au Laboureur, son plus gros chantier d’après la première guerre. En effet, quelques mois après sa création, cette société va construire dix maisons au Hutin à Roubaix, vingt rue du Congo au Blanc Seau, quatorze rue Kléber à Croix, vingt deux avenue Linné à Roubaix, douze rue Motte-Bossut à Lys et cinquante deux au Laboureur, à Wattrelos.

Les premières maisons rue du commandant Bossut en 1923 Photo JdeRx

En 1923, le groupe d’habitations du Laboureur comprend deux séries : l’une de 28 maisons, l’autre de 24. La première correspond à l’emplacement du square Louise de Bettignies, le long de la rue du Commandant Bossut, et la seconde à celui du square Léon Marlot. La dénomination des rues rendant hommage aux héros (en l’occurrence roubaisiens) de la première guerre est caractéristique du début des années vingt.

La rue du Commandant Bossut en 1932 Photo IGN

Œuvre d’un architecte roubaisien, ces maisons sont d’un aspect agréable quoique sobre, d’une grande simplicité et bien dégagées. Le loyer de chaque maison s’élève à 65 francs. Plusieurs rues plantées d’arbres traversent le groupe de maisons. Il faut également noter que la rue du Commandant Bossut met en relation le quartier du Laboureur aux importants équipements industriels du Peignage Amédée Prouvost dans le quartier du Crétinier et au-delà à la Lainière de Roubaix.

La rue du Commandant Bossut aujourd’hui vue google maps
Maisons du square Marlot de nos jours vue google maps