L’église de Beaulieu

Quelques arbres balancent leurs hautes cimes dans le lointain. Ils forment ce qu’on a appelé autrefois le bois de Beaulieu. Sur la même éminence de terrain, à gauche, on trouve le cœur de la nouvelle paroisse, le centre vivant qui réunira l’église en projet, le presbytère déjà commencé et la salle d’œuvres qui s’achève. C’est dans cette dernière servant d’église provisoire que sera installé dimanche prochain M. l’abbé Huart, le sympathique vicaire de Notre Dame de Roubaix, nommé curé de ce populeux quartier.

L’église provisoire de Beaulieu et le presbytère doc JdeRx

Cette construction assez vaste a 36 mètres de longueur sur 11 de largeur. Elle est rectangulaire et présente dans toute son étendue les mêmes dimensions. Qu’on ne s’attende pas à trouver des nefs et des autels latéraux. Cette salle n’est que provisoire et sera ramenée à son véritable rôle celui de patronage et de salle d’œuvres aussitôt la nouvelle église édifiée.

Un élégant autel a été dressé pour les besoins du culte et ses colonnettes légères et gracieusement sculptées ainsi que ses autres parties proviennent du reposoir que l’on dressait rue du Grand Chemin, lors des processions de Roubaix. Au dessus de la porte d’entrée s’élève un campanile ajouré qui contient la cloche d’un poids de 430 kilos. Elle épandra désormais dans l’immense plaine qui comprend les multiples hameaux groupés autour de l’humble clocher ses nouvelles rumeurs. À son appel, les habitants de Beaulieu, de la Houzarde, du Petit-Paris, du Malgré-Tout, du Nouveau-Monde, du Nouveau-Riche, de la Martelotte, du Plouys viendront en foule se grouper dans leur maison commune.

Car dans cette partie de Wattrelos, commente le journaliste conservateur, se trouve l’ancienne population restée fidèle à ses traditions religieuses. On y rencontre de jolies fermes, et d’antiques maisons tassées sur elles-mêmes, où l’on entend le murmure incessant des métiers à tisser. L’atelier est encore inconnu dans ces coins retirés où subsiste le travail familial (artisanal?). Aussi ne faut-il pas s’étonner que la foi y soit restée profonde et que les habitants aient conservé avec leurs pratiques religieuses, des âmes droites et foncièrement honnêtes. Les habitations sont éparpillées parmi les champs en groupes très divers, dont les noms ont ce parfum vieillot qui n’est pas sans charme. Mais la variété des hameaux ne sera pas un obstacle à l’unité de la paroisse. Ils auront d’ailleurs pour les réunir et les garder dans le même culte un prêtre au cœur dévoué et à l’expérience très sûre. Son départ de la paroisse de Notre-Dame où il était vicaire et dirigeait le cercle d’études laisse de grands regrets. Ses nombreux amis de Roubaix vont sûrement lui faire cortège dimanche prochain et visiter la nouvelle paroisse où s’exercera désormais son zèle sacerdotal. Nul doute que cette manifestation de sympathie n’obtienne un magnifique succès. Depuis deux mois déjà, les habitants préparent les décorations, les guirlandes qui se dérouleront sur tout le parcours. Des trois mille paroissiens, bien peu manqueront de suivre leur pasteur. Tous se feront un plaisir d’assister à l’éveil de la vie religieuse à l’éclosion de la nouvelle paroisse de Beaulieu dont le fonctionnement commencera dès lundi prochain.

L’abbé Huart doc JdeRx

Une société de musique comprenant soixante membres a été formée à l’occasion de l’installation de M. l’abbé Huart et prêtera son concours au cortège. Les cavaliers et les cyclistes sont convoqués pour deux heures précises dimanche rue d’Audenarde en face de la Perche. La commission les y attendra et elle fait par la même occasion un appel à tous les cavaliers et cyclistes désireux de participer. Le cortège démarre de l’église Saint Maclou à Wattrelos. Il partira à deux heures et demie de la première maison de la rue de la Baillerie, où commence la nouvelle paroisse. Participent à ce cortège outre les cavaliers et les cyclistes, les enfants de chœur, le suisse, la musique de Roubaix « La Fanfare de la Liberté », le patronage Saint Germain de Roubaix, les petites filles en blanc, les jeunes filles, les enfants de Marie de Wattrelos, les garçons, les jeunes gens, les gymnastes de Wattrelos, la musique de la paroisse, les hommes, le clergé. Quatre cavaliers fermeront la marche. Le cortège suit la rue de la Baillerie, et arrive à l’église par la ferme Leruste.

à suivre

d’après le Journal de Roubaix

Un vélodrome au Laboureur

Le vélodrome des quatre villes est inauguré dans le quartier du laboureur à Wattrelos, le 25 juillet 1909. On y retrouve les éléments qui font un vélodrome à cette époque : la piste en bois, des tribunes, des virages, des gradins, et l’inévitable souterrain qui relie l’extérieur de la piste à la pelouse intérieure. La piste wattrelosienne est plus grande que celle du vélodrome de Barbieux, 400 mètres contre 333 mètres. Elle est donc entièrement en bois, et ses dimensions sont les suivantes : 8,30 m de largeur, avec des lignes droites de 9 mètres. Le long d’une de ces lignes droites, on trouve les loges, les tribunes et le pesage. En face, une immense tribune de 7000 places. En tout le vélodrome des quatre villes peut accueillir 20.000 places.

Le vélodrome du Laboureur en construction Photo Journal de Roubaix

Dès le 14 juillet, des essais ont été effectués et quelques pistards viennent faire des tours de piste. Enfin, après six semaines de travaux, le vélodrome quasi terminé reçoit la visite d’Henri Desgrange, directeur du journal l’Auto, qui la déclare incomparable ! Les motocyclistes peuvent y atteindre 120 km/h. Ses administrateurs Adolphe et Henri Briet, Gustave Dhalluin, et son directeur sportif César Garin, le frère cadet de Maurice, peuvent en être fiers. On s’est également organisé à l’extérieur, il y a déjà des estaminets « à l’arrivée du vélodrome », « au vélodrome des quatre villes », et ce quartier du Laboureur autrefois un peu désert va revivre et se développer.

Les gradins du vélodrome Photo Journal de Roubaix

Le 25 juillet, c’est donc l’inauguration et une réunion de gala est organisée pour l’occasion. À 15 heures, les coureurs Darragon, champion du monde, Parent champion de France, et Serrès s’affrontent dans un match de demi-fond en trois manches. Ils tournent à plus de 80 km/h. Puis un match poursuite oppose les pistards Deruytter de Tourcoing, Tiberghien de Wattrelos, Deman de Reckhem, et Behague d’Herseaux. Le prix des places est le suivant : loges 5 francs, pesages 4 francs, tribunes 2,50, gradins et virages 1,50, populaires 1 franc. Il a été décidé que s’il pleuvait, on remettrait, mais ce ne fut pas le cas. Les portes sont ouvertes dès 13 h 30, et la société musicale des Enfants de la Lyre vont animer la réunion. Un garage de 500 vélos est prévu pour les spectateurs venus à bicyclette, et un service spécial de tramways amène les voyageurs jusqu’à un arrêt juste en face du vélodrome.

Le vélodrome des quatre villes disparaitra avec la première guerre, mais il aura accueilli les plus grandes réunions de pistards et même un temps les matchs de football du Racing Club de Roubaix, alors à la recherche d’une grande enceinte sportive.

À suivre