Parmi les premiers installés, Blondeau au n°1, Sonora au n°8 Photos Nord Éclair
Alors que les démolitions vont commencer rue de Lannoy, l’inauguration officielle du centre de transit du Lido, prévue pour fin janvier 1965, est reportée. Les commerçants prennent progressivement possession des nouveaux emplacements. La presse s’en fait l’écho : ainsi la maison Gazier-Merlevede, agence exclusive de la marque Sonora, qui se trouvait au 79 rue de Lannoy depuis 1932, s’installe au n°8 du nouveau centre commercial. De même, la maison Blondeau, installée depuis le début du siècle au n°19 de la rue de Lannoy, vient occuper le n°1 du centre commercial.
Photos prises lors de l’inauguration Nord Éclair
L’inauguration aura finalement lieu le Samedi 27 février 1965, à 11 heures, en présence du maire de Roubaix Victor Provo. Pour l’occasion, une R4 Renault, le dernier modèle de la marque, sera mise en loterie gratuitement. Les commerçants du Lido, qui ont adhéré à l’Union Commerciale du Centre, participeront le soir même au bal avec concours et attractions qui se dérouleront au Colisée. Le Lido n’est plus un simple centre de transit, il est alors présenté comme le premier centre commercial moderne, et les roubaisiens découvrent le premier « shopping center » piétonnier de leur ville.
Les commerçants installés lors de l’inauguration février 1965 Nord Éclair
La rue du château et la rue Jeanne d’Arc existent encore et on a gardé une partie de la place des Halles pour un modeste emplacement de stationnement pour les voitures et pour les vélos, entre la poste et le centre commercial. Le Lido est un ensemble de 32 parcelles, réparties le long d’un secteur piétonnier composé d’une grande rue à double accès sur la rue Pierre Motte.Le parking n’est que temporaire, car dès le second semestre 1965, on parle de l’extension de la poste sur ce qui reste de la Place des Halles.
Alors qu’on attend l’arrivée d’Intermarché, le départ de C&A est annoncé. Propriétaire des terrains, le groupe n’a pas encore décidé de la suite : soit il y aura le maintien d’une enseigne avec diminution de la surface de vente, soit C&A quitte mais s’engage à trouver un successeur. On apprend qu’Intermarché a également repris le AS ECO de l’avenue Motte, et que des travaux de réfection sont engagés en vue de l’ouverture début mars.
Intermarché arrive, C&A s’en va Photo Nord Éclair
Le 27 février 1989, Jacques Catrice aborde un certain nombre de questions avec l’union des commerçants à la maison des associations place de la liberté. On est en campagne électorale pour les municipales, et il énumère les réalisations de l’équipe sortante : arrivée de l’IUT à l’ancienne poste, opération Motte-Bossut, réhabilitation de l’ilot de la Halle, énième redémarrage de Roubaix 2000, cette erreur monstrueuse. Il n’est pas question d’abandonner les commerçants abusés, et le projet en cours doit être le bon !
Les autres projets sont énoncés : réalisation d’une galerie marchande derrière le contour Saint Martin, un accord reste à trouver avec l’hôtel des ventes, qui est encore situé là. Une résidence Hotelia sera établie à l’entrée de la Grand Rue, et l’on procèdera à la reconquête progressive de l’avenue Lebas, et du boulevard Gambetta. Mais le grand problème roubaisien, c’est la circulation, car le flot des voitures évite le centre ville. Il s’agirait d’un problème de signalisation, car le panneau Roubaix centre n’existe pas ! Un autre souci, c’est que les commerçants n’habitent plus en ville et la désertification des immeubles du centre est à craindre. Il est prévu des mesures d’incitation à réaliser des logements pour étudiants, car cela peut être rentable pour les propriétaires, et amènera de la vie en ville.
Après qu’André Diligent se soit réjoui qu’Intermarché joue le rôle de locomotive pour les commerçants de la galerie marchande, la presse publie des réactions au nouveau projet de Roubaix 2000. N’aurait-on pu consulter riverains et usagers plutôt que de confier cette affaire à des décideurs étrangers au quartier et à la ville ? La question du parking est abordée : le fait que la nouvelle entrée soit située sur la droite du centre, n’y aura-t-il pas confusion avec le parking d’appel réalisé sur la pelouse, dont on déplore la perte, il y en a si peu à Roubaix.
L’accès par la rue Henri Dunant déjà mise en double sens de circulation, va aggraver les choses : à proximité, il y a une maternelle, et les entrées des trois tours. Alors accéder par la rue de Lannoy, pourquoi pas ? Concernant le centre commercial, on évoque les « nouveaux condamnés pour le cercueil ».
Le rez-de-chaussée régresse moins que l’étage, grâce au bon accès piétonnier de la place de la Liberté. L’ouverture du côté du boulevard de Belfort devrait être identique. Mais le désastre, c’est l’étage, malgré les escalators de l’époque Auchan. L’ouverture d’un Restaumarché est la bienvenue, mais pourquoi engager des frais pour une terrasse qui ne servira que quelques jours par an ?
Travaux de carrelage à l’étage Photo Nord Éclair
Les problèmes d’approvisionnement subsistent. A l’origine, il devait être assuré par des petits véhicules en sous sol, le long de quais desservis par ascenseur avec giratoire au départ du boulevard de Belfort. Mais rien n’a été fait en ce sens. En Mai, les travaux prennent du retard, mais le centre fonctionne dans la poussière et le bruit. M. Mascart Président du GIE dit que ces travaux sont un mal nécessaire. Madame Libbrecht intendante du centre, annonce beaucoup de demandes de cellules commerciales. A la fin des travaux, on peut compter que 98% des cellules seront occupées. Les commerçants tiennent un langage optimiste : ils rappellent la situation exceptionnelle du centre commercial, et pensent qu’avec les transformations, on va assister un grand et définitif démarrage. Malgré ce bel enthousiasme, l’ouverture sera plutôt pour septembre, et non mai juin comme annoncé. Quelques plaintes sont quand même remontées à Dominique Plouvier, nouvel adjoint au maire chargé du commerce et de l’artisanat. Le chantier du CIC et des archives du monde de travail ont barré la rue de Lannoy, et la fleuriste installée juste à l’angle de Roubaix 2000 craint pour son commerce. Cela ajouté à la suppression de l’arrêt de bus, c’est une véritable calamité, on ne nous a pas prévenus, pas de signalisation.
Inter marché, pas encore ouvert Photo Nord Éclair
En septembre, les travaux d’infrastructure sont pratiquement terminés, mais les surfaces Intermarché ne sont toujours pas ouvertes. Puis en décembre, on apprend qu’Intermarché ne sera pas installé avant mars 1990, soit près d’un an de retard ! Il est rappelé que le groupe Intermarché a absorbé 66 AS ECO ! Pour Roubaix 2000, il ne reste plus que quatre cellules commerciales à vendre. Et on parle des enseignes Mac Donald et Feu vert pour remplacer C&A. Malgré le retard, l’avenir se présente bien…
Au milieu des années 70 s’installe avenue Motte, dans l’alignement de la rue Jean Macé, une station service à l’enseigne de Shell. Une photo aérienne de 1976 nous la montre près du bloc HBM numéro 1 et de l’église Sainte Bernadette, qui ne tarderont pas à disparaître l’un comme l’autre.
Document IGN 1976
Les installations sont simples : des quais desservant cinq blocs de pompes et protégés par un toit, un bureau placé perpendiculairement, un atelier comportant un pont élévateur, et, attenant à celui-ci, un équipement de lavage automatique à brosse rotative. Cette aire de lavage est desservie par un passage contournant le bureau, qui mène le client, par trois virages successifs à angle droit, jusqu’à la brosse. Le chauffeur devait alors descendre pendant le lavage : Il pouvait suivre l’opération depuis le modeste parking de l’établissement. Un mat, placé le long du trottoir de l’avenue, arborait le coquillage Shell et affichait le prix des carburants.
Photo Lucien Delvarre 1978
On trouve le nom du gérant dans le Ravet-Anceau de 1987, qui mentionne « station Shell Gaillard ». L’année 1990 voit des travaux importants s’effectuer sur la station. Quelle est la nature exacte de ces travaux ? En tout cas, on ne lésine pas sur le matériel employé !
Photos Lucien Delvarre
Mais la station, victime comme beaucoup de la concurrence des grandes surfaces, doit finalement fermer ses portes et Speedy s’installe à sa place. Cette société, après avoir supprimé les pompes, a remplacé l’ancien bureau par un bâtiment plus grand qui lui permet d’assurer ses interventions sur les voitures qu’on lui confie.
Le quartier du Hutin était autrefois situé en pleine campagne, et divisé en Bas-Hutin et Haut-Hutin. Il englobait les terres situées entre la Grande Vigne (ferme Salembier rue d’Oran) et le territoire de Wattrelos. Il était traversé par plusieurs sentiers, parmi lesquels le Sentier du Mont-à-Leux qui passait près des fermes. Le Hutin était d’ailleurs le nom d’une cense et d’un hameau qui apparaissent dans les recensements de 1596 et de 1673. D’après l’historien Leuridan, la cense est occupée pendant deux siècles par la famille des de Lespaul, et elle prendra le nom de cense Delespaul. En 1850, un Constantin Delespaul, propriétaire, assiste au mariage du couple de cultivateurs Auguste Ferret et Elisa Houzet qui va exploiter la ferme.
La ferme du Hutin en 1868, au moment du projet de rue du Hutin, et à gauche du projet de canal doc AmRx
En 1868 est établi le tracé de la future rue du Hutin qui reprend en partie le sentier du mont à leux. On parle alors de la ferme Ferret. La ferme sera reprise par le couple Théodore Joseph Houzet et Amélie Joseph Lutun. Mariés à Roubaix le 31 juillet 1872, ce wasquehalien et cette tourquennoise d’origine vont exploiter la ferme désormais dénommée Houzet. En effet, leur fils et leur petit fils leur succèderont. Ils deviennent également propriétaires de la ferme, qu’ils rachètent à une dame Watine. Cependant le quartier se développe à partir de 1889. Le 24 mai 1889, les propriétaires riverains s’engagent à abandonner les terrains nécessaires et à participer aux frais de voirie. En 1890, c’est l’ouverture de la rue Delespaul, prélude à la réalisation du quartier, qui fait l’objet d’un projet d’urbanisme le 22 juin 1894. C’est le début de la fin des champs et pâtures de la ferme du Hutin.
La structuration du quartier du Hutin en 1914 doc AmRx
Le petit fils de Théodore, Henri Théodore Houzet-Bouckaert, reprend la ferme en 1924. Cette ferme a changé plusieurs fois de numéro (on cite les n° 6 18 44). Elle comportait une étable pour les vaches, une écurie pour deux chevaux, un pigeonnier, un poulailler, avec poules pintades et canards. On y stockait aussi les betteraves, le foin, les graines et futures semailles pour le potager. La cave était fraîche et bien garnie : conserves de pâté, jambon, lait, beurre, fromage, légumes, vins, tonneaux de bière, la température était idéale. Le fermier récupérait les drèches de la brasserie moderne, fraiches ensilées ou séchées pour la nourriture des bovins, ce qui donnait parfois au beurre un gout de bière. On y tuait le cochon, et on préparait le boudin, les pâtés de tête et de foie, des saucisses, on faisait fumer le jambon dans des tonneaux puis ils étaient cuits lentement dans un bouillon de légumes.
Photo aérienne 1953 IGN
Quand Henri Théodore Houzet reprend la ferme, il n’y a que deux maisons et un café à proximité et des pâtures et des champs. Mais la ferme est peu à peu enserrée par les constructions. Bientôt l’exploitation de la ferme ne suffit pas, le fermier envisage sa reconversion dans une entreprise de transport. Il achète un camion Chevrolet que conduira son fils. Puis, sur le coin de pâture qui lui reste, il construit des garages. Les terrains de la ferme avaient une superficie de près de 10 hectares.
Les garages derrière la ferme, vue aérienne de 1964 Photo IGN
Les enfants ne reprendront pas l’exploitation : le fils sera contremaître dans le textile et la fille partira en Afrique du Sud. Faute de pâtures, le fermier vend ses six vaches. Né dans la ferme comme son père et son grand-père, Henri Houzet cessera son activité en 1956. Si l’exploitation a cessé, le bâtiment existe toujours avec sa cour carrée typique des vieilles censes d’autrefois.
La ferme du Hutin en 2013 vue Google
Remerciements à Agnès Deffrenne Houzet à qui nous devons la description de la ferme et de ses activités.
En 1928 La société des filatures Auguste Cavrois et fils, déjà implantée boulevard Industriel (avenue Roger Salengro), demande l’autorisation de construire un bâtiment «à usage de Bonneterie » à côté de la filature de Maufait, dont le propriétaire est également Auguste Cavrois. L’architecte est le cabinet Sergent et Maury, de Lille. Le plan prévoit un quai latéral élevé de 1m10, sans doute pour le déchargement de wagons provenant de la voie implantée dans l’axe du boulevard industriel. On distingue sur le plan un lotissement d’habitations situé devant l’usine et un autre bâtiment prévu le long du premier ; cette partie du projet ne sera pas réalisée.
Document archives municipales
Le bâtiment de la bonneterie est de taille relativement modeste, et nécessitera assez vite diverses extensions. Dès 1936 l’entreprise demande un agrandissement des bureaux et l’ajout d’un étage, prévu sur le plan d’origine, mais non encore réalisé ; en 1946 elle fait une autre demande pour l’agrandissement des locaux sur les trois étages, désirant installer des vestiaires et des ateliers de mécanique.
Document archives municipales
La bonneterie mène une existence relativement durable, puisqu’elle figure au Ravet-Anceau jusqu’en 1974. Mais finalement, la crise du textile a raison d’elle : en 1977, s’installent au 135 les établissements J.Defrenne et Cie, entreprise de tissage et draperies. Implantation éphémère, puisqu’elle est rapidement remplacée à son tour. On trouve à cette adresse en 1979 la S.A.R.L Imex F.B , Import-Export, qui prend le nom d’Artimex, en 1981. Cette société toujours présente à cette adresse, partage ses locaux et accueille en 1983 la Halle aux Chaussures. En 1984, la société Gel 2000 vient se joindre aux deux autres dans l’ancienne bonneterie.
Les locaux sont finalement rénovés complètement et offerts en location, mais, suscitant apparemment peu d’intérêt pour les entrepreneurs, ils restent depuis de nombreuses années vides, en attente de locataires.
Lors de la construction de la gare en 1888, la compagnie des chemins de fer du Nord établit une rue débouchant sur la rue de Mouvaux pour desservir la cour des marchandises dite de la « petite vitesse », dévolue aux transports non urgents et bénéficiant, puisque acheminés plus lentement, d’un tarif préférentiel. Cette rue, future rue de l’Ouest, est pavée et la municipalité offre, au début des années 1860, de l’incorporer au réseau public et d’assurer son entretien. Elle la prolonge jusqu’au chemin du Fresnoy et demande à la compagnie de chemin de fer de reporter l’entrée de la cour des marchandises au débouché de cette voie.
La rue de l’Ouest sera traversée par des embranchements particuliers, voies ferrées établies sur le domaine public pour permettre aux wagons d’être déchargés directement dans l’enceinte de l’entreprise raccordée sans perte de charge. Une photo aérienne de 1962 nous permet de situer le premier de ces embranchements.
Document IGN
La photo montre le long de la passerelle le raccordement des établissements Dujardin. Un wagon tombereau stationne sur la plaque tournante permettant l’orientation à 90 degrés nécessaire à la desserte de l’embranchement et, dans l’enceinte de l’entreprise, deux autres plaques permettant de faire pénétrer les wagons sous les hangars de stockage. On distingue également un autre embranchement traversant la rue de l’Ouest au droit des établissements Mulliez-Delcourt, primitivement établi pour la société Delcroix-Planquart. Nous en reparlerons dans un prochain sujet.
Ces deux embranchements apparaissent sur le plan des voies de 1906:
Plan compagnie du Nord 1906
Observons ce raccordement, établi très tôt, dont on voit l’origine dans la cour de la petite vitesse devant la halle :
Document médiathèque de Roubaix
Dès 1862, la société Dujardin et Douterluigne, installée face à la gare, à l’angle de la future rue du Fresnoy, demande un raccordement aux voies marchandises de la compagnie du Nord, qui traverserait le chemin d’accès à la gare. Cette voie est établie, mais elle produit une cassure dans la pente de la chaussée et l’eau s’accumule à cet endroit. La société est contrainte en 1867 d’installer à ses frais une bouche d’égout pour évacuer les eaux stagnantes. En 1903 s’installe au 37 une brasserie, sous le nom de Dujardin et Delemazure, brasseurs. En 1912 est construit un bâtiment à usage d’écurie.
La raison sociale change et devient en 1921 la société anonyme « Les charbonneries du Nord ». Celle-ci s’oppose alors au versement d’une redevance concernant la voie ferrée, au prétexte que la voie ferrée a été établie plus d’un an avant que la rue de l’Ouest fasse partie du domaine public. La municipalité rétorque que l’autorisation d’utiliser le raccordement était révocable à out moment ; finalement l’affaire s’arrange.
En 1927 c’est sous la dénomination de « société anonyme des charbonnages » qu’est envoyée une demande pour construire sur le chantier un hangar de 300m2, les bureaux sont toujours 1 rue du Fresnoy. Dix ns plus tard, la société, redevenue « Dujardin » propose d’installer transversalement à la rue de l’Ouest une conduite pour récupérer dans leur propre aqueduc les eaux pluviales qui s’accumulent à la plaque tournante située dans les emprises de la gare, et qui dessert leur embranchement.
Document archives municipales – 1955
En 1946 a lieu l’installation de la société Crépy pneus au 37-39. Monsieur Crépy épousant une demoiselle Dujardin, le terrain est séparé en deux, l’activité pneus est enclavée dans l’entreprise de charbons. On est contraint de démolir deux belles maisons le long de la rue de l’Ouest pour agrandir la cour aux combustibles.
Document archives municipales – 1948
Dans les années 1970-1980, c’est la fin du commerce des charbons. A sa place s’installent les transports Delespierre et Leman, remplacés ensuite par Nordisk France (toujours un transporteur). A cette époque disparaît la voie de raccordement, devenue inutile après plus de cent ans de service.
Le 10 juillet 1964, alors que les vêtements Marchand annoncent leur transfert place de la liberté, le chantier du centre de transit est commencé. Le 25 Août 1964, la presse titre : le chantier du centre de transit est en panne, à cause des congés payés !Puis elle rectifie le tir, tout le monde ne chôme pas, notamment les entreprises Ferret Savinel et Léon Planquart, qui travaillent activement. Néanmoins le chantier a pris du retard, et l’inauguration ne se fera pas en 1964.
Les travaux d’août 1964 Nord Éclair
C’est en décembre 1964 qu’intervient la réception provisoire des travaux entrepris par la société d’aménagement de la région de Roubaix. Elle est effectuée par le maire Victor Provo, l’adjoint Georges Pluquet et Fernand Delcour, le directeur des services techniques de la ville. Il est fait mention du LYDO dans l’article de presse comme nom du futur centre de transit. Dès le 4 décembre 1964, les établissements Blondeau annoncent leur transfert par voie de publicité. Fin décembre, on assiste aux premières installations. L’inauguration officielle est prévue pour fin janvier 1965, mais elle aura lieu avec un mois de retard.
Les premières installations de décembre 1964 Nord Éclair
La première construction érigée sur la nouvelle place est un estaminet. Les plans d’époque le montrent, seul avec la ferme Cruque, qui, beaucoup plus ancienne, se trouvait à l’angle du chemin d’Hem, et de celui de la Potennerie au Tilleul. Il est construit au coin du boulevard Lacordaire et de la rue de Beaumont, face à la ferme.
Document archives municipales
On trouve trace en juin 1895 d’une demande le permis de construire émanant de monsieur Loridant-Lefebvre, brasseur, 58 rue du Tilleul, pour une maison à usage d’estaminet à l’angle de la rue de Beaumont et de la place du Travail. Il joint à sa demande les plans de la future façade.
Document archives municipales
Effectivement, le Ravet-Anceau de 1895 fait mention de l’Estaminet « au Pigeon Bleu » à cet endroit et, en 1896, on trouve le nom de L.Foelix comme tenancier de l’estaminet. Jusqu’à la première guerre vont se succéder E. Cattelain, puis L. Six à la tête de cet établissement. Dans le courant des années 20, la rue de Beaumont est scindée en deux, la partie située après la place du travail prenant alors le nom d’Édouard Vaillant.
L’estaminet au temps de l’éclairage au gaz. Photo coll. particulière
En 1928, on trouve au n°2 de la nouvelle rue, ainsi qu’au n° 48 du boulevard de Lyon la raison sociale A. Deltour, cycles. Le débit de boissons devient donc un magasin. Il perd ce statut un peu plus tard, puisque que l’immeuble est habité en 1939 par un employé, monsieur E. Demeurisse. Il n’est donc plus fait mention d’un commerce.
Après la guerre pourtant, en 1955, l’immeuble reprend sa vocation première, sous l’égide de Mme veuve R. Gabet-Catoire, cafetière. En 1965, elle adjoint, à la même adresse, un commerce d’appareils ménagers sous la marque Electrolux, tout en continuant à tenir son café. Celui-ci prend en 1970 la dénomination de café « Au rendez-vous des autos écoles ». N’oublions pas que le centre d’examen du permis de conduire était situé place du Travail !
Les enseignes continuent de changer : on trouve la dénomination « Au Bonus » en 1986 et « Le J’abs » dans les années 2000.
Photo collection particulière
Enfin, le café devient transitoirement une pâtisserie, qui ferme à son tour. Gageons pourtant que l’histoire de notre estaminet plus que centenaire n’est pas encore terminée !
Nous rapportons le récit de Mme Clerc et Mme Doogbaud qui ont tenu la pharmacie pendant plus de 20 ans .
Mme Clerc a assisté Mr Lhuillier au début des années 60 , puis elle a arrêté de travailler et c’est Mme Doogbaud qui l’a remplacée en 1965 : il y a eu continuité. Mr Lhuillier est décédé en 1967 et Mme Doogbaud a assuré l’intérim. Puis la pharmacie a été mise en vente. MmeClerc et Mme Doogbaud ont formé une SARL pour reprendre la pharmacie en Juin 1968. Ensuite la pharmacie a pris le nom de « Pharmacie de l’Avenir » car la place Spriet s’appelait auparavant place de l’Avenir. .
Le quartier du Nouveau Roubaix s’est peuplé dans les années 20 et 30 , et la population n’a pas varié depuis , ce qui fait que la pharmacie est toujours restée au même endroit : en effet il y a un « numerus clausus », pour les pharmacies, par tranches d’habitants dans les villes. Parfois , il y a des déplacements de pharmacies, lorsqu’elles sont concentrées en un endroit, et qu’il se construit des quartiers nouveaux. Par exemple, M. Delcroix , qui tenait une pharmacie rue de l’Epeule, où il y en avait déjà trois ou quatre, s’est déplacé pour satisfaire le besoin de création d’une pharmacie dans le premier centre commercial des Hauts Champs (Auchan), Avenue Motte.
La pharmacie en 1968
Lors de la reprise en 1968 , des premiers travaux ont été faits ; il y avait des locataires dans les étages. Mme Lerouge était la propriétaire.
Cette photo montre comment était la pharmacie au moment de la cession. M. Lhuillier avait dû refaire la façade quelques temps avant car elle était moderne, déjà, pour l’époque… Il y avait une petite vitrine, une porte, suivie de deux petites fenêtres .
A côté , donnant sur le Boulevard de Fourmies , se trouvait la maison de M. Lhuillier. Des médecins sont venus s’ y installer plus tard.
Cette maison avait une cour qui correspondait avec l’arrière de la pharmacie. M. Lhuillier entrait dans la pharmacie par la réserve à l’arrière en passant à côté du bureau .
Dans la réserve , les rayonnages étaient faits avec des caisses empilées , caisses dans lesquelles on livrait les boites de lait pour bébés pendant la guerre. Dans la pharmacie , trop exiguë, il fallait faire rapidement des travaux pour mieux recevoir la clientèle .
La pharmacie avec le pèse-personnes et la même vue du couloir menant à la réserve
Les rayons ont l’air surchargés Il faut dire que le métier a évolué : Mme Clerc précise qu’au début de ses études de pharmacie, dans les années 50, il n’y avait pratiquement pas de spécialités ; c’étaient des préparations pour la majorité des prescriptions. Parmi les premières spécialités qui ont eu beaucoup de succès, il y a eu un tranquillisant, ce qui a révolutionné la médecine.La Parapharmacie s’étant développée, elle a fini par prendre beaucoup de place : il a fallu ré-agencer les locaux .
Nous verrons ,dans un prochain sujet , les modifications et transformations effectuées par la suite …
Début 1989, l’arrivée d’Intermarché est annoncée pour venir à la rescousse du centre commercial Roubaix 2000. On prévoit un investissement de 37 millions, dont plus de 28 millions pour Intermarché. La stratégie commerciale évolue : plus de locomotive unique de type Lemaire, Auchan ou AS ECO, mais cinq moyennes surfaces, cinq Mousquetaires de la même firme. Il y aura Intermarché (alimentaire) Bricomarché (Bricolage) Vestimarché (Vêtements) Restaumarché (restaurant avec terrasse sur le toit de Roubaix 2000) et Logimarché (confort ménager). On peut se demander quelle fut la réaction des commerçants indépendants du centre commercial, dont l’activité se trouvait ainsi concurrencée…
Sans doute pensaient-ils bénéficier de la restructuration de la galerie marchande, du réaménagement de l’accès aux parkings souterrains. La présence sur place du restaurant universitaire n’est pas remise en cause. Modification importante, la suppression de l’accès aux parkings du côté de la place de la Liberté, du fait de l’implantation de la future bouche de métro Motte-Bossut. Enfin pour couronner le tout, Roubaix 2000 changerait de nom ?
C’est le coup de la dernière chance, comme le laissent entendre les propos critiques tenus par Jacques Catrice, adjoint au commerce : Roubaix 2000, ce bouchon posé dans le bas de la rue de Lannoy, une erreur de conception dont nous avons hérité sans l’avoir demandé !
A cette occasion, la ville de Roubaix n’a pas hésité à céder pour le franc symbolique les 2300 m² de surface commerciale dont elle avait encore la propriété. Elle fait autant pour les indépendants que pour Intermarché. La gestion des cellules coûte cher, et ce n’est pas la vocation de la ville de gérer un centre commercial. Il est donc procédé à la cession de 1800 m² à Intermarché et 460 m² aux commerçants indépendants.
L’annonce de l’arrivée d’Inter marché Photo Nord Éclair
L’ouverture de la nouvelle configuration est prévue le 20 mai 1989. On en sait plus sur la localisation des moyennes surfaces : Vêtimarché à la place du Colisée 2, Restaumarché restera installé au 1er étage, du coté boulevard Leclerc, Logimarché prend la place de la Macif relocalisée et Intermarché reprend AS ECO et on y entrera désormais par l’avant et non plus le côté. Beaucoup de cellules sont réaménagées, refondues et le débat autour du nom Roubaix 2000 continue. La propriété du centre commercial a donc évolué : Intermarché et ses cinq enseignes en possèdent 56%, les indépendants 38,5%, et la ville 5,5%, du fait de la surface du restaurant universitaire. Les investissements pour les travaux d’aménagement se répartissent de la manière suivante : l’accès aux parkings est à la charge de la ville. Les frais d’aménagement intérieurs incombant à la co propriété sont financés par un emprunt de 8,7 millions remboursables en 8 ans à un taux inférieur à 10%. En plus de sa participation, Intermarché garantit le prêt par une caution solidaire d’un million, et la mairie est caution à hauteur de la surface possédée (5,5%).
Les travaux commencent Photo Nord Eclair
La suppression des accès au parking en front de boulevard, due à la construction prochaine de la station de métro, entraîne la réalisation d’un parking d’appel de 80 places devant la nouvelle entrée sur le côté, rue Henri Dunant. Ce parking est prévu sur la pelouse qui longe la rue Watteeuw. Un second accès latéral doit être réalisé le long de la rue de Lannoy par la rue de la tuilerie. Intermarché ne reprend pas la gestion des parkings souterrains, à la différence d’AS ECO. On recherche un repreneur, et on parle bientôt de la Sogeparc.