Bébés échangés

Jeanine Piesset habite à Wattrelos, au Clair Logis, 2 Boulevard de la Liberté ; son mari est contremaître à la Lainière, juste en face de leur domicile.

Jeanine Piesset ( Document INA )

Dans la nuit du 27 au 28 Août 1950, Jeanine Piesset est à la maternité de l’hôpital de la Fraternité à Roubaix, au 1er étage, pour accoucher. A 3h30 du matin, bébé arrive. La sage-femme, Mme Huyghe, lui annonce : c’est un garçon. Jeanine est déçue car elle a déjà un garçon et souhaitait tant avoir une fille.

Mme Scoropad, l’assistante de la sage-femme, procède à la toilette du bébé.

– Comment souhaitez-vous l’appeler ?

– Guy, et en deuxième prénom, Roger.

Mme Huyghe remplit les papiers nécessaires. On installe la jeune femme dans une pièce attenante et l’assistante de la sage femme dépose Guy Roger, le nouveau-né, au pied du lit.

Jeanne Wahl, soigneuse, née en 1921, habite 80/25 cour Vroman, rue Edouard Anseele, avec son concubin, Jean Baptiste Deroch, forgeron .

Jeanne Wahl ( Document INA )

Jeanne Wahl accouche vers 5h30. La sage-femme, Mme Huyghe, assistée de Mme Herbeaux lui annonce ;

– C’est une fille.

– Oh mon Dieu, encore une fille ! répond l’accouchée qui a déjà une fille.

– Comment souhaitez vous l’appeler ?

– Jeanne, comme moi, et en deuxième prénom : Louise.

Mme Huyghe remplit les fiches pour l’état civil et annonce à Jeanne Wahl qu’elle va devoir attendre dans la salle commune que le jour se lève. Vers 8h30, les filles de salle descendent les deux mères et leurs bébés au rez de chaussée dans les lits 15 et 16.

Le 1er Septembre, les 2 mères s’apprêtent à quitter la maternité. Jeanine Piesset assiste pour la première fois à la toilette du bébé.

– Mais c’est une fille !

– Oui et alors ?

– On m’a dit que c’était un garçon !

En quelques minutes, la maternité est sans dessus dessous. Il faut vérifier le sexe de l’enfant de Jeanne Wahl qui a accouché pratiquement au même moment. Les bébés ont peut-être été inter changés. On vérifie : le bébé de Jeanne Wahl est un garçon !

Le docteur Geller, médecin accoucheur de la maternité, décide :

– Il y a eu erreur, Mesdames, veuillez échanger vos enfants !

Dans le bureau de M. Vaneyck, le directeur de l’hôpital, Jeanne Wahl tend son bébé à Jeanine Piesset pour l’échanger mais celle-ci refuse et s’enfuit.

– C’est ma fille ! C’est l’enfant que j’ai mis au monde. Plutôt mourir que de le rendre !

Une enquête administrative est ouverte à l’hôpital, et un casse-tête se pose alors pour l’état civil :

– un garçon de sexe féminin qui s’appelle Jeanne Louise que l’on surnomme Henri

– une fille de sexe masculin qui se prénomme Guy Robert et qu’on appelle Viviane

Les avocats Brochen et Diligent ( document coll. priv. )

Maître Yves Brochen, avocat des époux Piesset, et Maître André Diligent, avocat des époux Deroch, sont chargés de l’affaire qui va durer des années ! Au Tribunal de Lille, le professeur Muller va présenter ses études d’hématologie ; puis des expertises sont réalisées et des contre-expertises se succèdent. Le Docteur Semaille, de l’Institut Pasteur, reprend le dossier. Les experts tâtonnent : On ne connaît pas l’analyse ADN et le petit bracelet au poignet n’existe pas encore ! On fait appel au Docteur Race, de l’institut Lister, de Londres.

La justice conclut, en Mars 1956, qu’il y a bien eu substitution à l’hôpital de la Fraternité de Roubaix, il y a 6 ans, mais sans, pour autant, désigner de responsables. Les enfants sont accueillis alternativement dans leur famille de cœur et leur famille de sang, avec des droits de visite, comme pour les divorcés. C’est un psychodrame permanent sous l’œil des médias du monde entier.

( document coll. priv. )

En 1960, les enfants ont 10 ans. Jeanine Piesset refuse d’accueillir Henri qui continue d’être élevé par Jeanne Wahl Deroch. Celle-ci obtient la garde définitive de Viviane qui a grandi au foyer des Piesset.

Les enfants en 1960 ( document INA )

On ignore ce que sont devenus ces enfants, élevés comme frère et sœur, et qui ont 67 ans à ce jour ; chacun défend sa thèse sur les raisons de leur échange. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que cette histoire a été source d’inspiration pour le réalisateur roubaisien, Étienne Chatiliez, quand il a écrit le scénario de son film « La vie est un long fleuve tranquille » en 1988, lequel a connu un énorme succès.

André Diligent qu’on surnommait « l’avocat des pauvres », et qui est, par la suite, devenu maire de Roubaix, est décédé en 2002.

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Les jouets Jean Depreux

Jean Depreux naît en 1923 à Beauvois en Cambrésis. Il rencontre à Roubaix Geneviève Leutert, petite fille de Mme Leutert, commerçante en brosserie vannerie, au 77 Grand Rue. Geneviève gère un commerce de jouets, juste en face, au 66 bis Grande rue. Jean Depreux, qui habite désormais sur place, peut l’aider à la tenue de son petit commerce.

( document coll. priv. )

Rapidement, Jean se passionne pour tous les jeux et jouets vendus dans la petite boutique. Jean a l’esprit créatif et ingénieux ; il est manuel et a le sens du commerce. Il décide de créer des jouets et en particulier des garages pour petites voitures car cela n’existe pas sur le marché.

( document coll. priv. )

En 1950, Jean et Geneviève s’installent au 226 rue du Chemin Neuf. Jean aménage son atelier dans un bâtiment situé dans le jardin de leur maison. Il fabrique des jouets très originaux alors que les fabricants français se limitent aux jouets en bois. Les garages sont magnifiques. Le moindre détail est important ; à titre d’exemple : les carburants Esso ont accepté de faire figurer leur marque, en tant que publicité, sur tous les garages.

( document coll. priv. )

Le succès des jouets fabriqués est immédiat, si bien que Jean ne tarde pas à embaucher une trentaine de personnes pour l’aider à la production. Malheureusement, à la fin des années 50, un incendie ravage le bâtiment de la rue du Chemin Neuf, sans atteindre la maison d’habitation. Jean Depreux installe alors son atelier de production au 52 rue d’Hem, dans des locaux beaucoup plus vastes.

( document coll. priv. )

En plus des garages pour petites voitures, il fabrique des camions téléguidés, des chariots élévateurs télécommandés, des ponts roulants, des grues, des forts, des campements militaires, des centres d’essai avec lance fusée, des fermes et des maisons de poupées. Environ 100 personnes travaillent désormais dans l’entreprise.

( document coll. priv. )

Il distribue ses jouets sous plusieurs marques  : Depreux, bien sûr, mais également Starlux et Azur. Il est également dépositaire des stations essence SIO avec la marque Caltex.

( document coll. priv. )

Dans les années 70, Jean Depreux importe également des jouets de l’étranger, en particulier des maisons de poupées de marque « Lisa of Denmark » et « Hanse of Scandinavia », qu’il distribue dans les grands magasins comme les Nouvelles Galeries.

( document coll. priv. )

En 1975, il signe un contrat de partenariat, avec l’entreprise anglaise DCM, pour la vente en France de leurs puzzles en bois, leurs locomotives Roco et beaucoup d’autres jouets.

( document coll. priv. )

DCM propose ensuite à Jean Depreux de lui reprendre son entreprise. Il accepte à la condition de continuer à diriger la société qui devient DCM Depreux SA .

( document M. Depreux )

En 1979, Jean Depreux prend sa retraite et l’entreprise ferme en 1981. Aujourd’hui, près de 40 ans après la fermeture de l’entreprise, les garages de Jean Depreux sont très recherchés par des collectionneurs passionnés et la valeur de revente de ces magnifiques jouets atteint des sommets !

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Remerciements à Michèle Depreux pour son témoignage.

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Le trou de la rue de l’épeule

Dans l’immédiat après seconde guerre mondiale, la rue de l’épeule présente encore un bel alignement de façades à partir du carrefour avec la rue du grand chemin. Un demi-siècle plus tard, une brèche s’est ouverte dans l’alignement exact de la place de l’abreuvoir, dans laquelle s’est installée une piscine et la nouvelle entrée du Colisée devenu dans l’intervalle le Colisée théâtre, salle de spectacle des Ballets du Nord. Comment en est-on arrivé là ?

La rue de l’épeule des années cinquante soixante CP Méd Rx

Le « trou » correspond à l’emplacement des n°21 à 41. En 1953, le Ravet Anceau annonce pour la rue de l’épeule à cet endroit : un n°21 inoccupé, aux n°23-25 avec l’enseigne, à l’abreuvoir, les confections Vandenberghe, aux n°27-29 le centre professionnel d’apprentissage du syndicat patronal du textile, au n°31 le magasin d’électricité Liévens, au n°33 le magasin de modes de Mme Biancatto, au n°35 la chapelle Notre Dame de Bon Secours et la librairie Baudet, au n°35bis un fabricant de résine synthétique, au n°37 la confiserie de Mme veuve Blain, au n°37bis la société Clermont Libbrecht, fabricants de machines à teindre, au n°39 les établissements Libbrecht et fils fabricants de machines textiles. Et au n°41, ne l’oublions pas, le Colisée, dont l’entrée et la façade sont encore dans l’alignement de la rue de l’épeule, et dont la modernisation a été effectuée en 1951. Avant de disparaître, ce bout de rue va vivre son propre développement. Au début des années soixante, le changement est enclenché. De nouvelles enseignes sont apparues, ainsi au n°25 Mme Eloy et son magasin de jouets « Au bonheur de l’enfance », au n°33 la maison Saelens et cie, beurre et œufs, et au 35bis Francybas bonneterie.

Le garage du Colisée, concessionnaire Opel et station service Antar Pub NE

Mais les principaux changements concernent au n°27-29 la création du garage de Pierre Demulier bientôt dit Garage automobile du Colisée, et le regroupement de la maison Libbrecht aux n°37-39. Le centre d’apprentissage textile part s’installer boulevard de Metz et revend ses locaux à M. Demulier, alors garagiste rue de Denain. La vente est liée à l’autorisation de l’installation des pompes à essence pour la station service. Le projet est en route depuis 1957. Moyennant une une mise en retrait des pompes par rapport à l’alignement de la rue, le Garage du Colisée peut démarrer ses activités. Il devient concessionnaire Opel en 1963. Le 29 août 1966 le garage s’étend, Pierre Demulier obtient les occupations des arrières des n°21, 27, 29 et 31. La station service Antar a obtenu l’avis favorable en juin 1966. Le 17 septembre 1969, un hall d’exposition est construit pour le garage du Colisée.

Une livraison de machine pour les Ets Libbrecht en 1954 Photo NE

De leur côté, dès 1953 Les Ets Libbrecht procèdent à des aménagements, murs intérieurs à construire, murs extérieurs à supprimer. Ils sont en plein développement, ils achètent de nouvelles machines, et demande une autorisation pour l’agrandissement d’une porte cochère au n°39. Les années soixante voient donc ce petit morceau de rue poursuivre ses activités. Le salon de coiffure pour dames Nadège est installé au n°21, la maison Saelens déjà reconnue pour ses produits de volailles se lance dans la poissonnerie.

La poissonnerie du Colisée du marchand de volailles Saelens en 1963 Photo NE

Le Garage du Colisée occupe désormais l’arrière des N°27, 29, 31. Une supérette est présente au n°33 depuis peu : le 2 octobre 1972, la SA Roussel souhaite transformer le local du n°33, en supérette alimentaire. Signe tangible de la prospérité, les poses de nouvelles enseignes pendant les années soixante dix. En octobre 1977, les Ets Lemaire en demandent une pour les n°27-29. Ces poses d’enseigne se poursuivront jusque dans les années quatre-vingt avec une enseigne Motul électrique en avril 1980, demandée par la société DG Moto, ou en novembre 1987, avec deux enseignes pour Christian Descamps (salon Christian).

Puis viendront les années de démolition et de reconstruction. On démolit de fin décembre 1982 à janvier 1983. Dès avril 1983, s’ouvre un chantier sur le terrain sis à Rx du n°33, 35, 35bis, 37, 37bis pour faire le parvis du centre chorégraphique national de Roubaix. C’est la ville qui agit. Puis en janvier 1989, il est procédé à la démolition des locaux commerciaux du n°27 au 31. Mais le trou n’est pas totalement achevé, il faudra attendre dix ans pour qu’il soit décidé de le démolition d’un immeuble dangereux récemment incendié au n°21 en décembre 2007. Sur les photos du chantier on peut encore apercevoir le n°25, qui disparaîtra le 31 juillet 2008.

Le « trou » aligné avec la place de l’abreuvoir Photo Google maps

Aujourd’hui, le « trou » de l’épeule s’est aligné avec la place de l’abreuvoir. Un parking automobile sépare les accès à la piscine inaugurée en novembre 1990, de l’entrée de la salle de spectacle du Colisée, qui a donc fait un quart de tour sur sa droite, depuis les années 1998 à 2000.

La Caisse d’Epargne

La Caisse d’épargne de Roubaix, créée en 1842, est un établissement autonome, contrôlé par l’État, autorisé par une ordonnance royale. La caisse d’épargne se limite à la gestion de comptes d’épargne et de prêts simples pour les particuliers. Les bureaux, en 1847, sont d’abord installés dans la salle de Justice de Paix de l’hôtel de ville.

( Document coll. priv. )

Le siège social de la Caisse d’Épargne de Roubaix est construit, en 1890, au 5 de la rue du Château, avec une magnifique façade de style néogothique. A l’intérieur, les murs sont en pierre de taille, les guichets en chêne massif ; le personnel est protégé de toute agression par des vitres et des hygiaphones.

( Document coll. priv. )
( Document coll. priv. )

Pour les clients, le livret de Caisse d’Épargne permet de conserver la trace des versements et des intérêts perçus. La Caisse d’épargne ne rencontre pas un succès immédiat du fait de la faible capacité d’épargne des classes populaires mais aussi d’une confiance faible envers l’institution. Il faut attendre les années 1920 pour constater un développement conséquent.

( Document coll. priv. )

Dans les années 1930, la croissance se confirme et on trouve des agences de Caisse d’Épargne et de prévoyance dans les villes en périphérie : Croix, Wasquehal, Leers, Wattrelos, Hem et Lannoy.

( Document coll. priv. )

Pendant la deuxième guerre mondiale, le bâtiment se situe juste à côté de la Croix rouge ( au 3 bis ) qui y soigne les blessés. Dans les années 50, l’amélioration des conditions économiques relance l’épargne. Le célèbre Livret de Caisse d’Épargne est offert, avec une petite somme d’argent, à chaque enfant à la naissance. Nous sommes en pleine explosion démographique (le baby-boom d’après guerre) et le bâtiment de la rue du Château devient rapidement trop petit.

( Document IGN )

En 1958, Félix Watine, président de la Caisse d’Épargne, décide de construire un nouveau siège social sur le trottoir d’en face, à l’angle de la rue du château et de la rue de l’Hôtel de ville.

( Document coll. priv. )

C’est un projet ambitieux de 277 millions de Francs qui est confié à l’architecte Omer Lecroart, dont l’étude se trouve au 72 avenue Jean Lebas.

( Document Archives Municipales )

Au rez de chaussée on trouve un vaste hall de réception du public, la loge du concierge G Dutertre, les bureaux de la direction, la comptabilité. Au sous sol, on trouve la salle des coffres-forts, la chaufferie, les archives, les vestiaires et sanitaires pour le personnel. A chaque étage, des appartements immenses sont vendus à des particuliers ; au total 6 appartements de 7 pièces, et 3 appartements de 4 pièces. L’architecte Omer Lecroart fait d’ailleurs l’acquisition d’un appartement au dernier niveau. L’entrée des clients se fait par la rue de l’Hôtel de ville, l’entrée des résidents par la rue du Château.

( Document Nord Éclair )

Le 25 Septembre 1961, la nouvelle Caisse d’Épargne est inaugurée par M. Valéry Giscard d’Estaing, alors secrétaire d’état aux finances. M Henri Eecklan, vice président de la Caisse d’Épargne, remplace M Félix Watine souffrant. Il accueille les différentes personnalités : Mrs Hirsch, préfet, Lepargneur, chef de cabinet, Poniatowski, directeur de cabinet du ministre, Provo, maire de Roubaix . . .

( Document Nord Eclair )

M Giscard d’Estaing fait une brillante allocution. Nul doute que cette personnalité ambitieuse est promise à un bel avenir. Les discours se succèdent et, après la cérémonie, les 500 personnes sont invitées à un banquet à la salle Watremez qui vient d’être rénovée. Une superbe plaque commémorative en métal est offerte à chaque convive.

( Document coll. priv. )

En 1963, l’ancien bâtiment de la Caisse d’épargne, rue du château, est rasé pour construire, à la place, une partie du centre commercial : Le Lido.

( Document coll. priv. )

L’écureuil devient l’emblème des Caisses d’épargne. L’image de ce petit animal n’est pas anodine pour la banque ; il garde ses petites noisettes et les fait fructifier pour sa petite famille. En 2010, la Caisse d’Épargne quitte les locaux de la rue du Château, pour s’installer Grande Rue.

Aujourd’hui, les services municipaux occupent une très grosse partie du bâtiment. La façade est inchangée ; en revanche, à l’intérieur, le hall d’accueil a été complètement aménagé ; la salle des coffres a disparu ; les appartements à l’étage ont été transformés en bureaux.

( Photos BT )

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Remerciements aux Archives Municipales.

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Boléro et Tropic

André Silvain naît à Toul, en Lorraine, en 1906. Il vient à Roubaix pour faire ses études à l’ITR : Institut Technique Roubaisien, au 37 rue du collège. Il passe avec succès son diplôme d’ingénieur.

( Document coll. priv. )

André représente l’entreprise de son père, B.H.S : Benoit Henri Silvain à Toul. Il crée à Roubaix la MRC Manufacture Roubaisienne de Corsets et, ensuite, la société des supports médicaux esthétiques. Il fabrique des corsets et des gaines; le corset est composé de tissu et de baleines; il est plutôt inconfortable si bien qu’il laisse la place rapidement à la gaine fabriquée à partir de tricot élastique et de fil élastique. Les corsets et gaines, conçus de façon artisanale par des couturières, sont désormais fabriqués industriellement avec la même qualité.

( Document IGN )
( Document JdeR )

L’entreprise est implantée au 3 rue Nadaud, dans ce qui reste des usines Allart Rousseau. C’est un bâtiment, construit sur 3 niveaux, qui réunit les 3 Sociétés d’André Silvain : au rez de chaussée FEN : Fils Élastiques du Nord, au 1° étage Serolatex : machines à tricoter et au 2° étage la fabrication des gaines et les bureaux.

La MRC, Manufacture Roubaisienne de Corsets, se trouve au 43 rue de Saint Amand, l’entreprise possède également une petite unité de production à Leforest près de Douai.

( Document ANMT )

En 1946, André Silvain créé les marques « Boléro » pour la lingerie et, un peu plus tard, « Tropic » pour les maillots de bain.

( Document coll. priv. )

André Silvain ouvre des magasins à enseigne SILVA à Roubaix, au 27 Grande-Rue, mais également à Lille et Tourcoing. Il profite de ses magasins de proximité pour tester de nouveaux produits et connaître les réactions des clientes.

( Document ANMT )

Le succès de l’entreprise est immédiat; les femmes apprécient le confort exceptionnel et la qualité irréprochable de cette nouvelle lingerie Boléro. Tropic connaît aussi une forte expansion grâce aux maillots de bain en tissu élastique, (fabriqués par Serolatex ) comme le Lycra, qui remplace le tricot jersey prenant l’eau.

( Document ANMT et NE )

En 1955, André Silvain recrute deux personnes à la Direction Commerciale : Patrick Roussel pour la marque Boléro et Albert Lepers pour Tropic.

  • Ils développent fortement l’entreprise grâce à un énorme budget publicitaire.

  • Ils font paraître des encarts dans la presse : Jours de France, L’Express, les magazines de mode : Marie-Claire, Elle, Marie-France ainsi que des hebdos pour les jeunes adolescentes tels que Melle Age Tendre.

  • Ils font de la publicité d’affichage sur les bus et les abribus.

  • Ils créent des campagnes de publicité à la radio pour les lancements de nouveaux produits.

  • Ils sont présents sur de nombreux salons de lingerie en France et en Allemagne : Francfort et Dusseldorf.

  • Ils diffusent un catalogue édité à 150.000 exemplaires, envoyé à la demande des clientes.

  • Ils proposent à leur clientèle du matériel de présentation spécifique, comme le cintre spécial maillot, qui est adopté très rapidement par les grands magasins.

  • Ils font installer des stands de vente dans les grands magasins : Nouvelles Galeries, Printemps, Galeries Lafayette.

  • Ils ont une équipe de vente importante, sur le réseau national, mais également à l’étranger : Belgique, Suisse, Allemagne, Espagne, Canada . . .

  • Ils organisent des concours dans les points de vente, où un client peut gagner, au cours d’une tombola annuelle, une superbe Ondine (Dauphine Renault).

( Document A. Lepers )

A la fin des années 1960, la progression de l’entreprise est extraordinaire et l’usine de la rue Nadaud devient trop petite. André déménage et part dans des locaux plus vastes au 20 rue Claude Lorrain, qui devient le nouveau siège de « l’Entreprise André Silvain ». La société Serolatex est implantée au 18 rue Molière.

André et Marcelle Silvain et toute l’équipe d’encadrement, rue Claude Lorrain ( Document A. Lepers )

Plus de 600 personnes travaillent désormais dans l’entreprise qui produit, chaque année, plus d’un million de pièces de lingerie Boléro et 250.000 maillots de bain. La marque Tropic devient la 3° marque nationale derrière Rasurel et Triumph.

( Document ANMT )

La marque Tropic a une activité de production saisonnière et, pour essayer de mieux planifier les ateliers de l’usine, André Silvain décide de créer une ligne de vêtements de sports d’hiver en 1967-68. L’expérience n’est pas renouvelée l’année suivante car l’entreprise souhaite développer d’autres familles de produits.

( Document ANMT )

En 1972, André Silvain crée deux nouvelles gammes de vêtements de sports et loisirs : Sportswear et Homewear. En 1980, c’est la marque Ta-Hit qui est lancée ; il s’agit de tenues de gymnastique, de danse et de maillots de bain de compétition. La progression trop rapide de la société d’André Silvain, des années 1950 à 1980, engendre des problèmes d’organisation interne qui freinent le développement. Une réorganisation s’impose en 1981. En 1985, Marcel Juan devient le nouveau directeur général et André Silvain reste le président. L’année suivante, André Silvain, qui n’a pas d’enfant, cède son affaire et prend une retraite bien méritée. Les deux marques Boléro et Tropic vont suivre alors deux chemins bien distincts.

Boléro est racheté par Valéro, puis par Damart, puis par Vanity Fair qui ferme l’usine. La production est délocalisée à l’étranger; c’est le déclin de la marque Boléro. Tropic est repris par Valero, puis par Damart qui cède la marque à des groupes internationaux. Après 40 années d’existence et de succès, et après avoir employé plus de 600 personnes, l’Entreprise André Silvain disparaît.

Photo d’André Silvain ( Document A. Lepers )

Le bâtiment de la rue Nadaud est rasé dans les années 1970. Un supermarché à enseigne « Frais Marché Gro » s’installe ; il prend ensuite l’enseigne « Match » puis ferme ses portes. Après quelques années de friche industrielle, on y trouve aujourd’hui des logements sociaux.

3 rue Nadaud ( Photo BT )

Le 18 rue Molière existe toujours ; il est transformé en lofts.

18 rue Molière ( Photo BT )

Le 20 rue Claude Lorrain est transformé et divisé en plusieurs petites entreprises.

20 rue Claude Lorrain ( Photo BT )

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Remerciements aux Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT), et à Albert Lepers pour sa documentation et son précieux témoignage.

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La galerie Dujardin

Les frères Liagre, serruriers sont installés en 1886 en bas de la rue du Moulin, mais ils cherchent un emplacement plus favorable et bientôt remplacés rue du Moulin par un ferblantier, ils transportent leur commerce vers le bas du boulevard de Paris. En 1892 ils demandent l’autorisation d’effectuer quelques travaux modifiant la façade de l’immeuble situé dans les premiers numéros pairs pour y installer un magasin. La propriété est vaste, constituée de plusieurs corps de bâtiments. Elle va permettre plus tard la cohabitation de plusieurs activités à la même adresse. La propriété, comme celles situées entre la rue de Lille, la rue des Loups et le boulevard de Paris appartient aux hospices de Roubaix.

Le numéro 14 en 1962 – Photo IGN

La façade comprend un rez de chaussée où s’ouvre une large porte et, à sa droite, une grande vitrine. L’ étage est surmonté d’ un fronton central. Tout au long de son existence, cette façade semble avoir été blanche.

Le bas du boulevard vers 1930

Les frères Liagre sont donc installés boulevard de Paris avec un magasin dont le numéro est le 2, puis le en 8 en 1894-1900, et enfin le 14, à la suite de renumérotations successives. Toujours serruriers, ils étendent leurs champs d’activité à la poëlerie, la tuyauterie et la fumisterie. Ils se spécialisent notamment dans la fabrication de cuisinières. Derrière le magasin se situent les ateliers de fabrication.

Ils partent ensuite s’installer au 8 de la rue Neuve (voir à cet égard le sujet consacré aux frères Liagre) et, en 1910, on trouve à leur place Eugène Louis Dujardin qui fait commerce d’ameublement, et à la même adresse, la veuve Marie Dujardin, sa mère née Rudent (son père, Eugène Théodore, négociant, est décédé en 1899). Sa mère est une ancienne institutrice, qui tient alors un magasin d’antiquités..

Parallèlement à ses activités dans la vente de meubles, Eugène Louis Dujardin ouvre en 1905 avec Jean Courier la première galerie d’art de Roubaix, hébergée dans ses locaux du boulevard de Paris où il fonde la société des artistes roubaisiens. Des liens familiaux ne tarderont pas à se nouer entre les deux familles, puisque Eugène Louis épousera en 1913 Jeanne-Marie Courier, tandis que sa sœur, Rose Marie, va épouser Maurice Courier, le frère de Jeanne Marie. Tous deux ont pour père le co-fondateur de la galerie. Le recensement de 1906 fait donc état de trois habitants au numéro 14 : Eugène, sa mère et sa sœur, avec le concours de laquelle il exploitera la galerie.

La galerie Dujardin contribuera à faire connaître des artistes roubaisiens, tels ceux du « groupe des 10 » en montant de nombreuses expositions. Sa renommée débordera largement du strict cadre roubaisien. Sans doute pris par le développement de la galerie, les Dujardin cessent dans les années 20 leur commerce d’ameublement. Seule la mère continue d’exploiter son magasin d’antiquités .

La galerie en 1928

Les années 30 verront se modifier l’environnement immédiat de la galerie : en effet, tout ce qui restait du bloc d’immeubles près du carrefour avec la rue de Lille va être démoli pour être remplacé par l’immeuble que nous connaissons aujourd’hui, à commencer par les commerces formant anciennement les premiers numéros de la rue du Moulin, dont l’estaminet de la Barque d’Or. Très vite suivront les autres constructions avec, en 1930, la demande de démolition des numéros 2 à 12 sur le boulevard, appartenant à la Foncière des Flandres. Parmi ces numéros se trouvent les boutiques du photographe Shettle et du pâtissier Vanhaelst. Il faut bien reloger ces locataires en attendant la construction du nouveau bâtiment. Ils vont donc être provisoirement casés au 14 près du magasin d’antiquités de Marie Dujardin.

Documents collection particulière

Le nouvel immeuble est alors bâti ; il arrive à la limite du numéro 14 qui paraît bien petit sur la photo à côté de lui. Les boutiques de Vanhaelst et Shettle s’installent dans leurs nouveaux locaux, et libèrent le 14.

Les hospices de la ville de Roubaix demandent en 1939 l’autorisation d’effectuer des travaux visant à démolir le fronton menaçant de ruine. Il va être rasé jusqu’au niveau de la corniche du premier étage. En 1952 Rose-Marie Courier-Dujardin décède. Les destinées de la galerie sont alors prises en charge par sa belle-fille, Josée Courier-Meyer, mariée avec son fils Jacques. Elle se tourne vers des artistes contemporains.

Josée Courier-Meyer assure la promotion d’artistes qu’elle réunit dans «le « groupe de Roubaix », puis le « groupe des jeunes ». En 1960, les locaux abritent toujours la Galerie Dujardin, mais Josée maintient également le commerce d’ameublement. Les locaux étant suffisamment vastes, apparaît également au 14 l’enseigne Flandre sports, qui commercialise, signe des temps, des articles de sport et de loisirs de plein-air.

La cohabitation se poursuit jusqu’à l’orée des années 70, puis des changements interviennent : la galerie déménage et, après un bref passage rue du Vieil Abreuvoir, s’installe à Lille pour finalement disparaître à la suite d’un incendie. Le magasin de sports est repris par l’enseigne Cabanon et, en 1972, Nord Éclair annonce la démolition de l’ancien bâtiment. A sa place, Cabanon envisage d’installer un terrain d’exposition avant de reconstruire un immeuble neuf.

Photo Nord Eclair

Mais cette société va s’implanter ailleurs et, en 1976, la société SCC résidence les Edelweiss à Hem demande un permis de construire pour édifier sur le terrain 18 appartements et des commerces au rez de chaussée. Le projet n’aura pourtant pas de suite et le site servira longtemps de parking.

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Finalement, c’est une station de nettoyage de voitures qui s’implante sur le terrain, alors qu’en 2011, le musée La Piscine organise une exposition consacrée à la galerie Dujardin.

Photos collection particulière

Les documents non légendés proviennent des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

Église Saint Sépulcre, église de l’Épeule

C’est en 1869 que des propriétaires du quartier de l’Epeule offrent à la Ville un terrain pour y faire bâtir une nouvelle église. Monseigneur Berteaux, Doyen de Saint Martin, qui était l’instigateur du projet, choisit pour ce nouvel édifice le vocable de Saint Sépulcre, pour perpétuer la mémoire de la Chapelle qui fut construite en 1463 par Pierre de Roubaix à son retour de Terre Sainte, et qui se trouvait Place de la Liberté jusqu’à sa démolition en 1844.

L’église St Sépulcre d’autrefois Coll Méd Rx

Le 4 mars 1870, le Conseil Municipal accepte l’offre du terrain et le principe de la construction de l’église. La guerre va différer l’exécution du projet. Puis en 1871, l’architecte roubaisien Fernand Deregnaucourt présente les plans du futur édifice. La première pierre sera posée le 30 mars 1873. Après s’être assemblés en l’église Saint Martin, les adjoints et membres du Conseil Municipal et la foule des fidèles se rendent en cortège sous la conduite de Monseigneur Monnier évêque de Lydda, revêtu de ses ornements pontificaux, jusqu’au site de la nouvelle église. Il bénira la première pierre et les fondations avant de prononcer un discours. L’ouverture au culte se déroulera le 5 avril 1875, et la première messe est célébrée par l’abbé Plancke, dans une église où tout reste à faire, excepté les murs et le maître autel. Son successeur, l’abbé Debacker exprime des craintes quant à la solidité de la voûte. C’est ainsi qu’en 1888 et 1889, l’architecte Dupire Rozan fera consolider les colonnes et doubler les arcades de voûtes en les appuyant sur des colonnes carrées en pierre de Boulogne. Une tour est construite jusqu’à la hauteur de la nef, mais on abandonne le projet d’y élever un clocher. Un incendie se déclare dans la sacristie le 22 août 1893. Les dégâts sont importants : toutes les armoires ont été la proie des flammes, les ornements et les registres paroissiaux ont été détériorés par la fumée, les flammes et l’eau. En 1896, M. Henri Bossut Pollet fait don à l’église d’une très belle chaire de vérité. Mais l’humidité, le mérule et sa faiblesse de construction fondamentale auront finalement raison d’elle.

L’église au moment de sa fermeture Photo NE

Le 17 janvier 1960, on y célèbre la dernière messe, et le conseil municipal décide le 25 janvier 1960 de sa démolition et de sa reconstruction au même emplacement. Le 1er mars 1961 commencent les travaux de démolition. Le chantier a démarré le 25 octobre 1961, bientôt freiné par la pluie, le gel et la neige. Pendant les travaux, les lieux d’offices de secours suivants sont utilisés : la chapelle du couvent des Clarisses, la chapelle de l’institution de sainte Marie rue d’Inkermann et la chapelle de l’institution Ségur rue Colbert.

L’intérieur de l’église avant la démolition Photo NE

Les architectes roubaisiens Marcel Spender et Luc Dupire sont les auteurs des plans du nouvel édifice qui sera plus modeste dans ses proportions et pourra contenir 800 fidèles. Diverses procédures administratives mais surtout le temps rigoureux de l’hiver 61-62 feront prendre du retard à la construction. En mars 1962, compte tenu de l’avancement des travaux on estime sa mise en service pour la fin de l’année.

L’avancement du chantier en mars 1962 Photo NE

La nouvelle église du Saint Sépulcre sera consacrée le 23 décembre 1962 par Mgr Prévost, Mgr Fabre et le chanoine Callens. Le Cardinal Liénart viendra bénir le maître autel deux jours plus tard.

La bénédiction de la nouvelle église 23 décembre 1962 Photo NE
La bénédiction du maître autel par le Cardinal Liénart Photo NE

Voici comment la nouvelle église est décrite dans le site du patrimoine des Hauts de France :

L’église du Saint-Sépulcre présente une structure rectangulaire en briques, de plan allongé comme une grande halle. Son toit à longs pans est revêtu d’ardoises. Avant d’entrer dans cette halle, il faut passer par un narthex rectangulaire flanqué d’une chapelle des Morts et d’une chapelle des fonts baptismaux, toutes les deux de plan hexagonal. Cette halle qui sert de nef a une capacité de huit cents places. Derrière l’espace légèrement surélevé qui sert de chœur se trouve une chapelle secondaire pour les offices de semaine qui ouvre légèrement à droite de l’autel. L’édifice est surmonté d’un petit campanile translucide éclairant l’autel. Les murs de côté sont recouverts d’étroits vitraux monochromes (bleus, rouges, jaunes ou transparents) en forme de meurtrières, réalisés par la société Six-Sicot. Un grand vitrail abstrait couvre le milieu de la contre-façade en haut de la tribune, tandis que l’orgue se trouve du côté droit de la tribune.

La nouvelle église de l’Épeule Photo NE

 Sources Bulletin de la SER, article Jacques Prouvost dans Quartier Libre, presse locale

 

Les cycles Vercoutère

Charles Jules Vercoutère est né en 1880. Il est mécanicien, passionné par le vélo. En 1908, il s’installe marchand de cycles au n° 113 rue de l’Epeule, à l’angle de la rue de l’ Industrie, sous l’enseigne « Au vélo d’or », et se met à la fabrication de tubes pour cadres de vélo.

( Document coll. priv. )

Il crée une bicyclette avec un cadre plus court, ce qui facilite le roulage, et le déplacement devient moins fatigant. Ce vélo connaît un succès immédiat. Rapidement Charles s’installe au 105 de la même rue, et bénéficie d’une double grande vitrine.

( Document BNR et coll. priv. )

Charles Jules se marie avec Ernestine Vandermaelen. Ils ont deux enfants : Charles-Georges né le 22 février 1913 et Maurice né le 24 juillet 1918. En 1925, Charles s’associe avec ses deux cousins : Philibert et Adolphe. Ils fabriquent un vélo auquel ils donnent la marque PAC ( les trois initiales des prénoms de chacun : Philibert Adolphe Charles ).

( Document coll. priv. )

Par la suite, les trois compères vont prendre des destinations professionnelles différentes ; mais Charles va garder la marque PAC, très connue, qui va devenir Pneus-Accessoires-Cycles. Les deux fils, Charles-Georges et Maurice, sont maintenant adultes et sont également passionnés par le vélo, comme leur père qui leur a transmis le virus.

( Document BNR )

Sur cette photo, de gauche à droite : Charles Vercoutère père, Maurice son fils cadet, Ernestine son épouse et Charles son fils aîné.

( Document coll. priv. )

Ils fabriquent les tubes de cadres sur lesquels ils posent les accessoires ( freins, selles de vélo, pédalier etc…). Ils peuvent donc créer des bicyclettes spéciales : des tandems, des triplettes et même des quadruplettes !

( Document coll. priv. )

Ils créent également des vélos excentriques, pour les acrobates du cirque, avec des roues carrées, des roues décentrées, des mono-cycles, des vélos avec une grande roue devant et une petite à l’arrière, etc…Ils les fabriquent bien souvent sur mesure. Leur magasin est un véritable musée de la petite reine ; ils présentent non seulement les bicyclettes qu’ils fabriquent, mais également de très belles pièces de collection acquises, comme le grand B.I, le vélocipède Michaux et bien d’autres, tous datant des années 1860 1870.

Rue de l’Épeule à l’angle de la rue de Turenne ( Document coll. priv. )

Les frères Vercoutère sont très connus dans la profession, et très demandés. Ils ont d’ailleurs eu l’occasion de prêter un de leurs vélos à Raymond Devos pour un de ses sketchs. Ils vendent également beaucoup d’accessoires, leur spécialité étant une petite coccinelle métallique qui maintient les câbles de frein les uns contre les autres.

( Document coll. priv. )

Mais leur plus grande fierté c’est de sortir leurs cycles lors des fêtes locales, comme la braderie de la rue de l’Epeule, ou les fêtes de quartier Epeule-Alouette ; à chaque fois, ce sont des attroupements de promeneurs surpris et ébahis de voir les frères Vercoutère se promener sur leurs vélos si originaux. Le père et les deux fils ne vivent que pour le vélo. Au milieu des années 50, Charles-Jules, à 74 ans, prend plaisir à faire plusieurs fois par semaine des aller-retour Roubaix-Tournai ( 40 km ) et ce, sans fatigue.

( Document Nord Eclair 1961 )

Charles et Maurice décident de créer l’événement en faisant une exposition unique de tous leurs vélos de collection dans le hall du Colisée à partir du 7 Septembre 1961. Cette exposition est organisée par le comité du quartier Epeule, et par l’association Nord Touriste présidée par M. Dupriez. Les deux frères Vercoutère prennent leur retraite et le magasin est cédé en 1985. Charles et Maurice n’ont pas de descendants si bien qu’avant leur décès ils ont décidé ensemble d’offrir leur prestigieuse collection de cycles à un grand musée Parisien.

Remerciements à la BNR et aux Archives Municipales

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Les Ets Carrez-Bernard

Eugène Carrez est né à Merville en 1876. Il est commerçant et possède un magasin de chaussures-chemiserie-confection dans sa ville natale. Il se marie avec Albertine Bernard. Ils créent ensemble en 1898 l’entreprise Carrez Bernard au 322 324 rue de Lannoy à Roubaix. Eugène et Albertine ont un fils : André qui naît en 1902

( Document BNR et coll. priv. )

L’entreprise Carrez Bernard fabrique du savon mou ( savon noir d’entretien ). Il est fabriqué avec de l’huile végétale et de la potasse. De couleur noirâtre ou vert très foncé, on le trouve sous forme liquide ou semi-liquide. D’autres activités viennent en complément : le commerce en gros d’épicerie, la torréfaction de cafés, le négoce de pétrole, essence et huiles. Dans l’entreprise, c’est le palais des arômes ; d’un côté le sentiment de propreté ( le savon à l’huile d’olive ), et au fond du bâtiment, l’odeur de café (grâce au brûloir de torréfaction ).

Les attelages de livraison devant la façade du 324 rue de Lannoy ( Document ANMT )

Les affaires fonctionnent de façon très satisfaisante ; si bien qu’en 1929 Eugène fait construire un 2° étage à la savonnerie. Les travaux sont réalisés par L Dugardin 67 Bld de Belfort et la charpente par Joseph Soudan 155 rue Jouffroy. Au début des années 1930, le fils d’Eugène : André aide son père à la gestion de l’entreprise. Adulte, il en devient le directeur commercial. Il habite au 48 avenue Jean Jaurès à Roubaix, dans une maison construite par l’architecte Jacques Barbotin.

Eugène Carrez en 1937 ( Document ANMT )

En 1937 Eugène achète un véhicule automobile : une Panhard, pour pouvoir effectuer les déplacements jusque Trungy, dans le Calvados, et séjourner dans la maison familiale. Hubert Carrez, le fils d’André naît en 1935 à Roubaix. il habitera sur place 324 rue de Lannoy.

( Document ANMT )

En 1940 la Mairie de Roubaix ordonne une réquisition de carburants ( essence et gas oil ) et également de produits d’épicerie sèche : biscuits, boites de lait sucré, et surtout conserves de poisson et de viande, pour subvenir aux besoins de la population.

Eugène Carrez décède en 1954. Après guerre, dans les années 50, l’importation de savon industriel, par de très grosses firmes américaines, vient concurrencer la production de Carrez Bernard. La fabrication du savon mou cesse en 1958. André Carrez continue de se spécialiser dans l’épicerie en gros et la production de cafés (torréfaction et ensachage ).

Sachets de cafés ( Document ANMT et coll. priv.)

1963 : L’entrepôt de 440 m2 étant trop petit, André Carrez fait une demande de permis de construire pour agrandir. Il fait appel à l’entreprise Jacquemart-Behal de Lens pour construire un hangar métallique de 442 m2 de stockage supplémentaire. En 1970 Hubert Carrez ( le fils d’André ) dépose une demande d’agrandissement pour son entrepôt ( hangar couvert ). André Carrez décède à son domicile du 48 avenue Jean Jaurès en 1972. Hubert Carrez qui habite au 324 rue de Lannoy continue seul à gérer l’entreprise

A la fin des années 1970, les premières difficultés se font sentir. L’arrivée des grandes surfaces fait énormément souffrir les commerces de détail, et par conséquent l’activité des grossistes alimentaires. Les salariés de l’entreprise reçoivent leur lettre de licenciement en rentrant de vacances en Août 1987. L’entreprise familiale s’arrête. Après le décès de Hubert Carrez à Roubaix en 2000, le bâtiment va rester inoccupé quelques années.

( Document Archives Municipales )

En 2006 Miguel Fernandes reprend une partie de l’entrepôt qui se trouve dans l’allée privée, pour le transformer en logement confortable

( Document Archives Municipales )

L’année suivante, la SCI Renaissance Immobilière propose de transformer la friche industrielle par l’architecte Gregory Boyaval de Roubaix, en 7 logements-loft et 2 cellules commerciales. Quant au bâtiment principal qui était le domicile de la famille Carrez, on trouve aujourd’hui un cabinet médical composé d’orthophonistes. Il ne reste plus que les deux initiales C B sur le fronton de la façade.

( Photo BT )

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Remerciements aux Archives Nationales du Monde du Travail ( ANMT ), aux Archives Municipales et à la BNR pour les documentations, ainsi qu’à Patrick Miette pour son témoignage.

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La droguerie Crombé

C’est l’un des commerces les plus anciens de Roubaix. En 1806, Louis Crombé ouvre une droguerie rue du Vieil Abreuvoir. C’est à l’époque un commerce de teintures, de couleurs, de pigments, de colorants pour le textile. En 1830, Louis fait construire les locaux actuels au 47 rue Nain.Puis les Crombé vont se succéder de père en fils, pendant plusieurs générations. Le petit commerce va se développer, de façon extraordinaire, grâce au textile et à l’explosion démographique.

Document Nord Éclair

Les produits vendus vont bien sûr évoluer au fil des années. On y trouve toujours les colorants mais également des peintures, des produits chimiques, des engrais, des fournitures pour artistes peintres ( dont Rémy Cogghe ), des appareils et produits photographiques. Madame Crombé se déplace à Lyon pour se fournir chez les frères Lumière.

Document coll. priv.

Sur cette facture de 1906, sur les deux colonnes latérales, on constate l’impressionnante liste de produits et références disponibles. A la fin des années 1920, un deuxième magasin ouvre, au 3 bis rue de Lannoy, et un troisième à Avesnes-sur-Helpe, géré par le cousin : M. Renard

Document coll. priv.

Tous les corps de métier viennent s’approvisionner chez Crombé : les peintres, les antiquaires, les photographes, les médecins, les dentistes, les entreprises, les mairies . . .

Dans les années 1960-1970, l’entreprise Crombé se spécialise davantage dans son métier de base : la droguerie, et abandonne la photographie et la fabrication des produits maison. Une petite dizaine de salariés travaille dans l’entreprise. Il n’est pas toujours très simple de travailler chez Crombé, vu la dangerosité des produits. Certains produits toxiques peuvent provoquer explosion, pollution. D’ailleurs le magasin possède une ligne rouge téléphonique avec le service de secours des pompiers.

En 1971, Jules Crombé prend sa retraite de conseiller municipal, mais continue à aider Albert Crombé à la direction de l’entreprise. Gérard Dumoulin, un ancien salarié de la CIMA à Croix, embauché en 1967, devient rapidement son bras droit. En 1987, Ludovic Crombé ( sixième génération ) reprend l’affaire de son arrière arrière arrière grand-père et continue l’activité. Gérard Dumoulin devient le pilier de la célèbre maison Crombé.

A droite Ludovic Crombe, le patron et Gerard Dumoulin ( Document Nord Eclair 1997 )

Monsieur Gérard, comme on l’appelle, est tout de suite reconnaissable quand on entre dans le magasin. Il est grand et porte toujours sa blouse blanche impeccablement propre.

Document Google Maps

La famille Crombé reprend la maison voisine au 49 rue Nain. Le rez de chaussée de cette habitation se transforme en bureaux et le garage permet une meilleure réception des livraisons de marchandise.

Toutes les références sont stockées par famille : les produits toxiques sont déposés dans la cour intérieure à l’air libre ; les plus dangereux sont entreposées au sous-sol, dans les magnifiques caves voûtées.

Quand on regarde la façade extérieure de la droguerie on a peine à imaginer l’importance des bâtiments. La surface totale avoisine en effet les 2000 m2.

Document G Dumoulin

Gérard connaît parfaitement les 10.000 références du magasin. Il est incollable sur les détachants, la restauration de vieux meubles, les produits d’entretien. Il teste tous les nouveaux produits proposés par les représentants, avant de les référencer. Sa devise est : la qualité, le service et le conseil en plus ! Et les clients sont ravis d’avoir trouvé chez Crombé, le produit miracle conseillé par un vendeur toujours aimable et sympathique.

Document G Dumoulin

Tous les produits doivent être parfaitement visibles et bien présentés, d’où l’importance de soigner de superbes étalages dans les 2 grandes vitrines extérieures.

Au début des années 2000, les premières difficultés apparaissent. La vente de certains produits chimiques dangereux est maintenant interdite dans les magasins de détail ; ces produits tels que formol, arsenic, benzine, ammoniaque pur, mono chlorobenzène, toluène, perchloréthylène, etc… représentent une bonne partie du chiffre d’affaires, et les produits de droguerie ( lessive et d’entretien ) sont malheureusement très concurrencés par la grande distribution. Il reste heureusement les peintures, articles de beaux arts.

C’est ainsi qu’en 2015 Ludovic Crombé cesse l’activité après plus de 200 ans d’existence. Par ailleurs, Ludovic a plutôt la fibre artistique, et aucun de ses fils ne souhaite continuer l’activité.

Photo BT

Aujourd’hui le magasin est vide. Depuis les vitrines extérieures, on peut encore apercevoir des anciens présentoirs publicitaires, des gondoles métalliques rouillées. La fin d’une époque. . .

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Remerciements à Gérard et Christiane Dumoulin pour leur témoignage et la documentation.

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