Gustave Ansart naît à Roubaix dans le quartier du Pile, le 5 Mai 1923. Issu d’une famille ouvrière, il commence à travailler en usine à l’âge de 13 ans et se syndique à cette occasion.
Gustave Ansart document collection privée
En 1947 il est élu conseiller municipal à Roubaix ; en 1951 il devient secrétaire de l’union CGT de la métallurgie de la région et en 1954 il est élu au comité central du PCF. Député du Nord en 1956 et député européen en 1979, Gustave Ansart est également directeur du journal Liberté à Lille de 1958 à 1982.
Il décède le 20 Septembre 1990 à Denain. De nombreuses personnalités régionales et nationales sont présentes, le 23 Septembre, pour ses obsèques dont Arthur Brabant, maire de Denain ; Noël Josèphe du Conseil régional ; Alain Bocquet, premier secrétaire du Parti Communiste et Georges Marchais, secrétaire général du Parti Communiste.
Gustave concevait la vie politique comme un débat d’idées et non pas comme un combat entre les hommes. Il y a certes des adversaires, mais jamais d’ennemis. Après son décès en 1990, Emile Duhamel, son fidèle ami, demande à la municipalité de la ville de Roubaix qu’un endroit de la ville porte son nom , si possible dans son quartier du Pile. La demande est acceptée à l’unanimité par le conseil municipal. Ce sera un square situé entre la rue Lannes et la rue Marceau, attenant à la Maison des Deux Quartiers.
la plaque ( document N. Duhamel )
Le 9 Juin 1993, une cérémonie est organisée pour dévoiler la plaque du square Gustave Ansart en présence de nombreuses personnalités. Sur la photo ci-dessous, on reconnaît André Diligent et à ses côtés Mme Gustave Ansart ; au deuxième rang, René Vandierendonck, Bernard Carton et à l’extrême droite, Emile Duhamel.
document N. Duhamel
En 2017, la municipalité accorde un permis pour construire à l’emplacement du square Gustave Ansart, un « Centre de petite enfance du quartier du Pile ».
Centre de petite enfance
A l’approche du 100° anniversaire de la date de naissance de Gustave Ansart, de nombreux roubaisiens sollicitent Mr le Maire Guillaume Delbart, en vue de lui rendre hommage en donnant son nom à une rue ou à un autre endroit. En Février 2025, le conseil municipal propose de réattribuer le nom du square Gustave Ansart, à l’espace vert créé à l’angle de la rue Lannes et du boulevard de Beaurepaire. Une cérémonie a lieu à cet endroit pour dévoiler la plaque du nouveau square Gustave Ansart, le mardi 2 Décembre 2025.
Invitation ( document N.Duhamel )
Sur la photo ci-dessous, on distingue sur la gauche, Gustave Ansart ( fils ) puis Nicole Duhamel, Alexandre Garcin et Michelle Demessine
document La Voix du Nord
Comme le rappelle son fils, Gustave Ansart répétait souvent : « C’est au Pile, que j’ai appris la solidarité, on y partageait la soupe et le pain ». Et quand on le questionnait sur son bagage universitaire, il répondait fièrement qu’il venait de l’Université du Pile.
Gustave Ansart ( document archives municipales )
Remerciements à Gustave Ansart fils, Nicole Duhamel ainsi qu’aux archives municipales.
Il existe à Leers une rue Aurèle Guénard, qui relie le carrefour de la rue Léon Gambetta et de la rue Louise de Bettignies à Leers France à la rue de la Reine Élisabeth, territoire de Leers-Nord en Belgique. À un endroit frontalière, cette rue aurait pu convenir à la ronde d’un douanier entre France et Belgique. On peut penser que c’est à dessein qu’on lui donna le 12 novembre 1927 le nom d’Aurèle Guénard, qui fut douanier et patrouilla sans doute en ces lieux.
Né à Charleville-Mézières en 1879, Aurèle Guénard s’est engagé pour quatre ans dans l’armée et il est affecté dans l’infanterie de marine. On le retrouve au Tonkin (Vietnam) du 3 février 1899 au 4 novembre 1900. Au terme de son contrat, il revient dans les Ardennes, se marie et intègre l’administration des douanes en 1909. Il est gabelou à Wattrelos où il habite caserne de la douane. Il sera ensuite mobilisé comme soldat télégraphiste à Dunkerque avant d’être redirigé sur Lille le 7 septembre 1914. L’armée française est repoussée. Le 25 août 1914, alors que l’ennemi est signalé sur la frontière franco-belge, Aurèle Guénard abat un soldat allemand.
Aurèle Guénard photo Égalité de Rx Tg
Ne voulant pas être fait prisonnier, il quitte l’uniforme pour des vêtements civils. Avec un autre soldat, le caporal Gaston Briclair, il va former un redoutable duo de franc-tireurs. Après l’occupation de Lille, à partir d’octobre 1914, Guénard passe des courriers clandestins entre la France et les Pays-Bas tout en organisant l’évasion de soldats français emprisonnés dans la capitale des Flandres. À la Noël 1916, Aurèle et son épouse sont cachés à Lille rue Léon Gambetta. Il est recherché mais demeure introuvable.
Dénoncé, il est finalement arrêté le 14 novembre 1917 dans un café de la rue Gambetta à Lille nommé « Au Mont Cassel ». Le douanier est incarcéré à la citadelle. Le conseil de guerre le condamne à mort le 12 juillet 1918 pour espionnage. Il est fusillé le 23 août à la citadelle de Lille. Son corps repose au cimetière du sud. Lors de son décès il est domicilié à Lille rue Manuel l’une des nombreuses adresses où il résidait il devait en changer souvent.
Excepté la médaille militaire, décernée à titre posthume en 1922, personne n’a jamais vraiment rendu hommage à l’action et à la mémoire d’Aurèle Guénard. Dans les années 30, la municipalité lilloise avait envisagé de lui dédier un monument mais le héros n’eut pas cet honneur. Leers lui consacrera une rue.
Sources
La Voix du Nord août 2018, novembre 2019
L’Égalité de Roubaix Tourcoing 9 et 10 décembre 1931
A la fin des années 1970, la télévision se développe et envahit les foyers au détriment des salles de cinéma. Tous les cinémas sont en difficulté et ferment les uns après les autres. Le Colisée n’est pas épargné par la crise des grandes salles obscures mais s’apprête à connaître un autre sort. En effet, la ville de Roubaix rachète l’établissement, en 1980, et dépose un dossier pour la réhabilitation et la transformation du Colisée en salle de spectacles et centre de chorégraphie. Le vieux cinéma s’apprête à couler des jours différents, il va devenir un point de ralliement de l’Opéra du Nord.
Maquette de la transformation ( document archives municipales )
D’importants travaux de rénovation ( pour 12 millions de francs ) sont ainsi programmés d’ici 1982. Le chantier démarre en Mars 1981. Tout d’abord, il est nécessaire de désenclaver le Colisée. La ville de Roubaix rachète l’entreprise voisine, les Ets Libbrecht, au 39 de la rue de l’Epeule, qui est ensuite démolie. La superficie de plus de 4.000 m2 peut alors être consacrée à la création d’une place. L’entrée de la rue de l’Epeule se fait sur un parvis latéral, qui permet lui-même aux spectateurs d’accéder à la salle de spectacle.
document Nord Eclair 1982
La salle de cinéma connaît alors de grands changements. La scène est large mais pas suffisamment profonde pour se prêter à des spectacles chorégraphiques, elle est donc agrandie. Plusieurs rangées de fauteuils ( environ 200 ) devant la rampe, sont supprimées. Une fosse d’orchestre est créée. La scène ne peut pas être réaménagée, elle doit être complètement rasée, avec la création d’un nouveau plateau, l’installation d’un nouveau dispositif de cintres, la pose de perches qui supportent les projecteurs pour les jeux de lumière etc. La capacité de la salle est dès lors de 1800 personnes.
document archives municipalesdocument archives municipalesdocument B. Vanalderweltdocument archives municipalesLes travaux sur place ( document archives municipales )Les travaux sur place ( document B. Vanalderwelt )
Un couac se produit pendant les travaux : la maison voisine de Jean Prez, accordéoniste au 43 de la rue de l’Epeule, subit quelques dommages . . .
document archives municipales
En Juin 1982, Pierre Prouvost, député maire, vient visiter le chantier. Il constate que les travaux avancent bien, et que les délais seront respectés, malgré l’ampleur de la tâche. La livraison devrait se faire fin Décembre ou en début d’année 1983.
Pierre Prouvost en visite ( document Nord Eclair 1982 )
Mr le Maire est impressionné par l’importance des travaux. Autrefois, derrière l’écran du cinéma, le mur du fond se trouvait à 4 mètres de distance. Aujourd’hui la tour de scène construite, mesure 23 m de haut, 30 m de large avec une ouverture de scène de 18 m sur 15 m de profondeur. Cette tour est vraiment très imposante.
vue aérienne des travaux ( document IGN )
La salle de spectacle peut, par ailleurs, être modifiée en fonction des spectacles. A partir du 10° rang jusqu’au 22° tous les sièges peuvent être relevés, grâce à l’installation de vérins hydrauliques. Ce système ingénieux permet de disposer les sièges en gradins. Cette disposition est particulièrement efficace au niveau acoustique pour les représentations de spectacle lyrique ou d’opéra.
la salle ( document Nord Eclair )document B. Vanalderweltla salle ( document Colisée )les vérins hydrauliques ( document B. Vanalderwelt )
Pierre Prouvost est heureux de constater que le nouveau Colisée est propre à accueillir le public, d’autant que le niveau artistique des spectacles proposés ne démentira pas la qualité de l’outil conçu.
document B. Vanalderwelt
Le 28 Janvier 1983, après près de deux ans de travaux, c’est l’ inauguration du Colisée-Opéra en présence de Pierre Mauroy premier ministre de l’époque, Pierre Prouvost député-maire, Monique Bouchez présidente de l’Opéra du Nord, Noël Josèphe président du Conseil Régional et Alfonso Catà chorégraphe du Ballet du Nord. Pour l’occasion, le ballet national de Marseille de Roland Petit présente son spectacle : « Les Hauts de Hurlevent », et ce pendant trois jours consécutifs.
Inauguration ( document Nord Eclair )Inauguration ( document B. Vanaderwelt )
Le Colisée démarre donc, en ce début d’année 1983, de façon importante et dynamique puisque sont programmés les spectacles de Julien Clerc le 3 Février, la revue du Casino de Paris les 4 et 5, l’opéra Faust les 18 et 20, Patrick Sébastien le 25 et la revue West Side Story les 26 et 27.
C’est également en 1983, que le Ballet du Nord, antenne de l’Opéra de Lille, s’installe au Colisée, sous la direction d’Alfonso Catà. Le ballet devient Centre Chorégraphique National en 1985.
La cafétéria installée au rez de chaussée ( document B. Vanaderwelt )
La salle d’entraînement et de répétitions du Ballet du Nord est installée à l’étage dans l’ancien dancing et peut également, à l’occasion, accueillir 200 personnes. Sur la photo ci-dessous, on reconnaît, en bas, les anciens gradins du dancing, et sur la droite, la scène ou se produisaient les chanteurs et orchestres.
document Ballet du Nord
Dans les années 1980, le Colisée est géré par l’association Roubaix Culture dont le président est André Diligent et la vice présidente Thérèse Constans. La direction de Roubaix Culture a son siège dans les locaux du Colisée. La ville de Roubaix et le Colisée travaillent toujours en étroite collaboration, en matière de choix des spectacles, de budget de fonctionnement etc
Patrick Bullens directeur du Colisée et Martial Guénée de Roubaix-culture en 1985 ( document Nord Eclair )
Les 20 ans de Roubaix-Culture en 1991 : Thérèse Constans, Martial Guénée et Patrick Bullens
En 1993, soit 10 ans après l’ouverture, le directeur, Patrick Bullens, pense déjà à effectuer quelques travaux de rénovation. 1) les peintures : la totalité des peintures intérieures soit 3000 m2 sont à refaire 2) le chauffage à air pulsé doit être repensé, pour éviter à certains spectateurs d’avoir trop chaud et d’autres d’avoir des courants d’air désagréables, et surtout que le chauffage soit plus silencieux. Les devis des travaux sont acceptés et ceux-ci vont durer tout l’été.
Patrick Bullens directeur en 1993 ( document Nord Eclair )
Le Colisée accueille des spectacles prestigieux et de nombreuses vedettes de variété s’y produisent : Barbara, Charles Trenet, Michel Sardou, Niagara, Georges Moustaki, Alain Souchon, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour etc, ainsi que des célébrités dans le monde du théâtre :
Patrick Bullens nous conte une anecdote qui prête à sourire : Bernard Blier, peu avant de monter sur scène, se trouve dans sa loge en peignoir d’intérieur. Il se dirige vers le lavabo pour se nettoyer les mains, et malheureusement s’aperçoit que les robinets ne fonctionnent pas correctement ( eau froide à la place de l’eau chaude ! ) Bernard Blier, qui a du caractère, se met en colère, le fait savoir bruyamment et monte directement sur scène en peignoir ! Tous les techniciens sur place sont forcément surpris, essaient de l’interpeller pour qu’il puisse se vêtir, mais en vain. Bernard affiche un sourire moqueur : le peignoir est sa tenue de scène du premier acte !
Bernard Blier ( document collection privée )
Dans les années 1990, de nouvelles très grandes salles spécialisées dans la distribution musicale arrivent sur la métropole comme Le Zénith ou l’Aéronef. Le Colisée voit ainsi partir les grands concerts vers les autres salles. La directrice depuis 1997, Marie-Cécile Laidebeur, parvient cependant à maintenir une offre culturelle variée et de grande qualité.
En Novembre 1998, un incident se produit lors du concert du chanteur Faudel. En effet, le public est chaud-bouillant, les filles trépignent, sautent, crient, hurlent, dansent et se trémoussent pendant ce concert de musique raï. Le pompier de service s’aperçoit que des fissures apparaissent sous le balcon. Inquiet il prévient le responsable de la sécurité qui fait arrêter immédiatement le chanteur. Faudel annonce lui-même la nouvelle au public forcément mécontent. Il semble toutefois, que ce ne sont que des fissures superficielles du plâtre.
Faudel ( document Nord Eclair )
Arnaud Verspieren et Marie Cécile Laidebeur annoncent en 1999 l’installation de 1200 nouveaux fauteuils beaucoup plus confortables et silencieux ( en effet, ils ne couinent pas ! ) et de couleur bleu comme le rideau. 600 fauteuils arriveront plus tard pour être installés au balcon.
document Nord EclairLe Colisée ( document bnr )
à suivre . . .
Remerciements à Bertrand Millet, Bernard Vanalderwelt, Patrick Bullens ainsi qu’aux archives municipales.
Après la seconde guerre mondiale, Henri Deconinck, ressentant le frétillement de la reprise, reste très optimiste sur l’avenir du cinéma. Il décide donc d’entreprendre d’importants travaux de rénovation pour le Colisée de la rue de l’Epeule à Roubaix. L’objectif, très ambitieux, est de proposer à la clientèle le confort dans un cadre agréable et les améliorations techniques les plus modernes. Il fait appel à l’architecte parisien Edouard Lardillier pour ce projet très important. Le Colisée annonce fin Juin 1951 sa fermeture annuelle, mais, en fait, de très gros travaux pharaoniques démarrent début Juillet pour de nombreuses semaines
document Nord Eclairdocument Nord Eclair
L’art moderne, sobre et impressionnant à la fois, offre ici le maximum d’un mariage harmonieux des lignes courbes et droites, pour créer un cadre agréable :un écran de 7 mètres de long, des installations sonores stéréophoniques, des nouveaux fauteuils en velours pourpre, des lumières tamisées, des peintures de couleur beige, des murs recouvert de tapis isolants, un sol et un plafond insonorisés et anti vibrations, un chauffage à air pulsé, une sécurité absolue contre les risques d’incendie etc. Seule la charpente métallique est conservée.
document collection privée
La salle compte 2400 places confortables : des fauteuils fabriqués spécialement, car inspirés des sièges automobiles. La scène a été agrandie. La galerie de droite qui borde la salle est une exposition d’oeuvres des artistes roubaisiens. Dans la galerie de gauche, un bar spacieux accueille les clients pendant l’entracte. La façade sur la rue de l’Epeule est également refaite : un large escalier donne accès au dancing, une fresque occupe toute la largeur. Sur le thème des Muses de la mythologie, elle a été réalisée par Mr Ponsard un artiste parisien.
Le mur latéral droit de l’entrée est recouvert de miroirs, ce qui donne un aspect encore plus grandiose à l’ensemble.
document P. Bullens
Le dancing à l’étage est refait également : la trémie donnant sur le hall est comblée et sur des gradins sont installées des tables qui dominent désormais la piste de danse. Malgré toutes ces investissements coûteux, le prix du billet d’une place de cinéma ne devrait pas augmenter fortement et doit se situer autour de 160 Frs. Le Colisée devient la plus grande et la plus belle salle de cinéma de province : une salle polyvalente dédiée au 7° art, mais aussi aux spectacles de variétés.
document collection privéedocument Nord Eclair
Les travaux ont duré 5 mois, de Juillet à Novembre 1951. Pendant ces 160 journées de travail, 500 ouvriers ont oeuvré à la transformation du Colisée. On imagine sans peine les difficultés rencontrées sur le chantier, par l’architecte, les entreprises et leurs salariés. Il faut rendre hommage à tous ces artisans du succès, du plus humble ouvrier au grand architecte. C’est un bel exemple de réussite de ce que peut réaliser une coopération étroite entre gens compétents et motivés.
document Nord Eclair
La réouverture du Colisée a lieu le lundi 26 Novembre 1951. Pour fêter cet événement, qui coïncide avec le 25° anniversaire de la création, Henri Deconinck organise une soirée de gala : la projection d’un film « Paris chante toujours » qui réunit les 10 plus grandes vedettes de la chanson française : André Dassary, Georges Guétary, Luis Mariano, Yves Montand, Edith Piaf, Line Renaud, Jean Sablon, Georges Ulmer et Tino Rossi. Cette soirée exceptionnelle est organisée au profit d’oeuvres sociales de la ville.
Un film muet en noir et blanc est tourné pendant cette soirée d’inauguration ou l’on note la présence de Pierre Dac, Charles Verstraete etc. Cette date du 26 Novembre 1951, c’est la première étape dans la carrière du Nouveau Colisée ! ( document B. Vanalderwelt )
Deux ans après son ouverture, Henri investit à nouveau ! Il fait casser la scène pour l’agrandir en hauteur et en largeur et l’adapter à une technologie naissante : le cinémascope qui nécessite un écran incurvé de 17m de large et 7m de haut. Le Colisée accueille en exclusivité sur Roubaix, le premier film en cinémascope : « La Tunique » en 1953. Il dame ainsi le pion à son confrère le Casino de la place de la Liberté.
Dans les années 1950 et 1960, le Colisée remporte un succès colossal, aussi bien au cinéma qu’au dancing. Le rythme bat son plein dans cette salle atypique, où l’on peut découvrir des films, des spectacles variés, et danser. Des grandes vedettes de variété passent sur la scène, et leurs noms s’inscrivent en lettres rouges sur la façade de la rue de l’Epeule. Le Colisée est d’ailleurs souvent surnommé : « l’Olympia du Nord ».
En Octobre 1961, Henri Deconinck investit à nouveau dans du matériel : un projecteur 70/35 est installé pour la sortie du film Ben-Hur. Cet appareil permet d’utiliser deux types de film : soit 700 m de pellicule en 70 mm, soit 1100 m en 35 mm. A la sortie de la séance, les spectateurs sont émerveillés par la netteté de l’image pourtant monumentale sur l’écran de 17m et également par la qualité du son stéréophonique.
Ben Hur ( document Nord Eclair )
Le dancing à l’étage connaît aussi un grand succès dans ces années 1950 1960, les bals se succèdent surtout les fins de semaine. Henri Deconinck est présent tous les week-end, les samedi et dimanche après midi, où il alterne ses passages entre Le Fresnoy et le Colisée, au volant de sa jaguar Type E, pour vérifier que tout se passe bien et qu’il n’y a pas d’incident. Henri est très « à cheval » sur la tenue de ses clients : « Tenue correcte exigée » et donc pour les jeunes gens sans cravate, le responsable à l’entrée du dancing leur en prête une ! Il est souvent fier de rappeler que la plupart des couples roubaisiens se sont formés dans un des deux établissements qu’il dirige.
Compilation soirées organisées au dancing à l’étage 1950 1960 ( documents Nord Eclair )Henri Deconinck ( document Nord Eclair )
La télévision, apparue dans les années 1950, se développe fortement dans les années 1960 et 1970, surtout avec l’avènement de la télé couleur en 1967. La conséquence inévitable de ce développement du petit écran dans les foyers, est la baisse de fréquentation dans les cinémas dans les années 1970. Tous les cinémas sont concernés. Certains vont se subdiviser en salles de poche, d’autres vont fermer complètement. Le Colisée n’est pas épargné par la crise des grandes salles obscures, alors qu’il a atteint l’apogée de sa renommée, Henri Deconinck arrête les projections de films à la fin de l’année 1978, continue les spectacles de variété et cherche des solutions qui permettraient de conserver la salle en l’état en réorganisant le projet artistique. Le 18 Mars 1981, l’Orchestre Philharmonique de Lille donne un dernier concert au Colisée avant sa fermeture.
Le Colisée à la fin des années 1970 ( document archives municipales )
à suivre . . .
Remerciements à Bertrand Millet, Bernard Vanalderwelt ainsi qu’aux archives municipales.
Jean Deconinck naît en 1876 à Roubaix. En 1901, il rachète les écuries du château Descat à Tourcoing qui a été démoli pour construire le boulevard Descat.
Jean Deconinck ( document D Najberg )
Sur les 10.000 m2 du terrain, il crée un cinéma en plein air, en 1905, et construit ensuite « Le Fresnoy » qui devient un haut lieu de divertissement au début du 20° siècle. Après la première guerre mondiale, c’est l’essor du cinéma. Au début des années 1920, Jean demande alors un permis de construire pour une salle de cinéma, au 41 rue de l’Epeule à Roubaix : « Le Coliseum ». Le projet est de rénover l’hôtel particulier de Paul Descat qui se trouve à cet emplacement, et de le transformer en salle de cinéma. L’architecte choisi est le cabinet : Jacques Barbotin situé au 34 rue de Lille à Roubaix. Sur la façade, on remarque l’inscription : « Instruire en Récréant »
Projet Coliseum ( document archives municipales )
Finalement, l’option n’est pas retenue : la maison est détruite et Jean Deconinck construit le cinéma « Colisée » avec une façade plus moderne, dans le style Art-déco. Il s’investit pleinement dans son projet avec les mêmes architectes Barbotin père et fils, réalise des croquis sur sa planche à dessin, réfléchit aux moindres détails sur la qualité de construction, la technicité des appareils de projection, l’esthétique de la décoration etc. L’inauguration et l’ouverture du cinéma est programmée pour 1926.
Jean Deconinck devant sa table à dessin ( document C. Desrousseaux )Projet Colisée accepté et signé ( document archives municipales )
Les travaux démarrent par la construction de la charpente métallique. C’est une ossature type Eiffel. Jean Deconinck exige que le Colisée soit bâti sur des bases solides. Il suit de près toute évolution technologique du moment.
Charpente métallique ( documents Daniel Najberg )
Avec plus de 2000 places, c’est le plus grand cinéma au nord de Paris. Le projet est impressionnant. La salle de cinéma mesure 45m de long sur 21m de large. Aucun pilier ne vient gêner la vue des spectateurs, qu’ils soient assis aux places les plus chères ou aux dernières. Dans le hall d’entrée, se trouve un bassin et un jet d’eau qui monte à vingt mètres de hauteur et qui traverse le foyer à l’étage par une trémie, jusqu’au sommet de l’édifice.
La trémie à l’étage ( document Le Colisée )
Dans le hall, des colonnes impsantes soutiennent le plafond de couleur ocre et rouge, de style orientaliste et moderne.
Le plafond d’origine ( document Bernard Vanalderwelt )
La salle de cinéma est dotée d’un parterre et de balcons, des bars permettent au public de boire une consommation pendant l’entracte. Jean dirige les deux établissements : le Fresnoy qui est un lieu de distraction populaire, et le Colisée qui s’adresse à la bonne société de Roubaix-Tourcoing
Publicité ( document collection privée )la rue de l’Epeule 1932 ( document collection privée )
Les travaux de grande ampleur ont pris un peu de retard, et c’est en Mai 1927 que Jean Deconinck peut enfin ouvrir son établissement. Il a décidé de frapper fort en publicité, en réservant une page complète sur « Le Journal de Roubaix » sur les 6 pages habituelles du quotidien.
publicité pleine page ( document Le Journal de Roubaix 19 Mai 1927 )
Pour cet événement, le cinéma propose un programme cinématographique hors-pair avec 4 films muets exceptionnels tels que « Michel Strogoff » avec Ivan Mosjoukine.
Michel Strogoff ( documents collection privée )
Jusqu’à l’achèvement définitif des travaux, la direction de l’établissement ne projette que des films dans la salle. Au mois de Septembre 1927, les locaux réservés aux artistes sont achevés et complètement aménagés. Les séances de music-hall alternent alors avec celles du cinéma.
Jean Deconinck suit l’évolution des techniques et procédés cinématographiques. Il adapte son équipement et le Colisée est le premier cinéma à Roubaix à proposer des séances de cinéma parlant. Le premier film français sonorisé : Les Trois Masques sort en 1929 à Paris et est projeté, très peu de temps après, au Colisée.
Programme de 1929 ( document collection privée )Pièce de théâtre en 1929 ( document collection privée )
Le Colisée est certes une salle de cinéma, mais c’est aussi une salle de spectacle pour le music-hall ou des pièces de théâtre. De très nombreux chansonniers s’y succèdent : Tino Rossi, Maurice Chevalier, Fernandel et bien d’autres. Jean Deconinck peut ainsi approcher de près d’immenses vedettes talentueuses comme Joséphine Baker ou Arletty. Le succès du Colisée est colossal dans ce fourmillant quartier de l’Epeule
Fernandel entouré de la famille Deconinck, lors de l’un de ses passages au Colisée ( document C. Desrousseaux )
Pendant la deuxième guerre mondiale, le Colisée reste ouvert mais l’activité est très réduite : quelques pièces de théâtre y sont jouées. Le cinéma quant à lui, redémarre en Septembre 1944.
document collection privéePublicité 1942 ( document collection privée )Redémarrage du cinéma Septembre 1944 ( document Nord Eclair )
Puis, le Colisée redémarre peu à peu son activité complète.
A la fin des années 1940 les dessins animés de Walt Disney ( Cendrillon ) arrivent sur ses écrans pour le plus grand bonheur des jeunes spectateurs
Cendrillon 1950 ( document collection privée )
Jean Deconinck décède en 1943. Il laisse le Fresnoy et le Colisée à ses enfants, dont Henri qui devient directeur et ensuite à son petit fils Hubert Desrousseaux.
Jean Deconinck ( document collection privée )
À suivre . . .
Remerciements à Bertrand Millet, Bernard Vanalderwelt ainsi qu’aux archives municipales.
Il était environ 16 heures, le vendredi 3 janvier 2014, quand une tornade de faible intensité a traversé, dans un couloir d’une centaine de mètres, Roubaix, Lys-lez-Lannoy, Leers et Wattrelos.
Les témoins s’accordent sur une durée de passage inférieure à 10 secondes. L’orage s’est manifesté par de fortes pluies, puis des chutes de grêle. La tornade, avec des vents estimés entre 135 et 175 km/h, est survenue juste après la grêle.Elle a atteint son paroxysme à Leers, selon l’observatoire des tornades et orages violents.
Leers, commune du Nord de la France, a été frappée par un évènement météorologique hors-norme. Si seulement deux blessés sont à dénombrer, les dégâts matériels sont considérables. Selon Jean-Claude Vanbelle, le maire de Leers, de nombreux logements ont été endommagés par les rafales de vent survenues vendredi. Un phénomène météo identifié comme une tornade de niveau 1 par les spécialistes. Reste à savoir désormais si l’État la reconnaitra comme catastrophe naturelle.
La chute de la cheminée doc France 3
A l’extérieur, tout était noir, il y avait de la fumée, de la poussière, témoigne le gardien de la briqueterie, particulièrement touchée. Nous avons une cheminée qui mesure environ 50 mètres de haut, explique un habitant de Leers, et elle est tombée par terre. Dans mon jardin il n’y a plus rien, c’est tout retourné, ajoute-t-il.
Le maire de Leers, Jean-Claude Vanbelle, était l’invité du 19/20 de France 3 Nord Pas-de-Calais, samedi. Selon lui, « 150 à 200 logements ont été fortement abimés par les violentes rafales de vent qui se sont brièvement abattues sur sa commune vendredi après-midi. Nous allons faire un dossier complet pour pouvoir expliquer au préfet que nous souhaitons être déclarés en catastrophe naturelle, a-t-il ajouté.
Des maisons endommagées doc France 3
La mini-tornade de Leers a endommagé plus d’une centaine d’habitations et soufflé sur son passage la cheminée de la briqueterie. Dans les heures qui ont suivi la catastrophe, la ville a demandé l’état de catastrophe naturelle. Elle ne l’obtiendra pas. La préfecture a expliqué que cette procédure exclut en effet les coups de vent.
Un incendie, en 1975, détruit le kiosque à journaux tenu par Gaëtan Trottolo. Une fuite du système de chauffage au gaz butane est à l’origine de l’explosion, suivie d’un incendie qui a ravagé complètement le local. La permanence du Syndicat d’Initiative est alors suspendue quelques temps, pour cause de sinistre.
incendie du kiosque 1975 ( document Nord Eclair )
Une autorisation est accordée par la Mairie, en début d’année 1977 pour démolir le Syndicat d’Initiative du boulevard Leclerc. La municipalité décide en 1978 de la création d’une permanence provisoire sur la Grande rue ( entrée située précisément face à la Place de la Liberté à côté du magasin des chaussures Sam ). Pour l’occasion, le nom change, et devient le « S.I.O.T » Syndicat d’Initiative Office de Tourisme.
S.I.O.T Grande rue ( document Nord Eclair )
En 1978, le travail de l’hôtesse d’accueil change. En effet, en plus de son activité d’accueil et d’information sur la ville, elle a désormais de fortes demandes de logements et en particulier des étudiants ou travailleurs qui cherchent à se loger, et qui ont peine à trouver.
( document Nord Eclair 1978 )
En fin d’année 1978, le SIOT devient l’OTSI ( Office de Tourisme Syndicat d’Initiative ) et quitte le local provisoire de la place de la Liberté pour s’installer en Mairie. L’Office du Tourisme garde son autonomie en matière d’accueil pour les visiteurs. Les demandes concernant la location de logements, les problèmes sociaux ou démarches administratives sont en revanche dirigés vers le « CIM » Centre d’Information Municipal. Ce local de l’OT se trouve dans le hall de la Mairie, au second bureau à gauche en entrant. En 1979, c’est R. Loock le directeur du Grand Hôtel avenue Jean Lebas qui est directeur de l’Office du Tourisme.
( document Nord Eclair 1978 )
De très nombreux roubaisiens et habitants de la Métropole connaissent évidemment l’existence de l’Usine et ses 60 magasins, centre commercial ouvert avenue Alfred Motte en 1984. D’où l’idée en 1986, de créer un stand de l’Office du Tourisme dans ce nouveau centre. Ce bureau assure une permanence pour l’accueil des visiteurs en vue de leur faire connaître notre ville.
( document Nord Eclair 1986 )
A la fin des années 1980, le local principal de l’Office du Tourisme est toujours situé à la Mairie et tenu par Gwendoline Vanost et Jean-Marie Vandenbroucke qui accueillent les visiteurs souhaitant visiter notre commune ou tout simplement trouver un hôtel .
Gwendoline Vanost et Jean-Marie Vandenbroucke ( document Nord Eclair 1989 )
Le 1° Juillet 1991, l’Office du Tourisme quitte ses locaux à la Mairie et déménage à Eurotéléport au 78 boulevard du Général Leclerc. La cité en complète mutation a besoin de redorer son blason, de renouveler sa publicité. Mr Lamarque chargé de mission à l’Office du Tourisme est chargé de créer un fascicule d’accueil pour les touristes, tiré à 30.000 exemplaires ( dont 7.000 en anglais et 3.000 en néerlandais ) et disponible dans tous les lieux publics de la ville.
Le choix de l’emplacement à Eurotéléport est judicieux, car c’est le fleuron d’une réhabilitation réussie de l’entreprise Motte Bossut, et qui répond aux besoins des entreprises en mettant à leur disposition des équipements performants et innovants.
( document Nord Eclair 1991 )
En 1993, l’Office du Tourisme de Roubaix entre officiellement dans la cour des grands. En effet une réglementation sérieuse existe depuis peu. Le verdict de ces appréciations nouvelles normes vient de tomber : notre ville obtient cette année le label 3 étoiles. Arnaud Verspieren le président de l’Office roubaisien, se félicite : « Cette classification est pour nous la reconnaissance d’une mission d’intérêt public».
label 3 étoiles ( document Nord Eclair 1993 )
Les journées du Patrimoine ont été créées il y a quelques années par Jack Lang, ministre de la Culture de l’époque. L’Office du Tourisme de Roubaix participe activement tous les ans à ces deux journées devenues incontournables qui permettent au public de découvrir la ville, et aussi de visiter des lieux habituellement fermés, ou des musées qui modifient leur offre, voire même baissent le tarif du billet d’entrée.
En 2000, l’Office du Tourisme s’installe au 10 rue de la Tuilerie, juste à côté des Archives du Monde du Travail. C’était auparavant l’entreprise de teinturerie d’Alphonse Scrépel. Sophie Wilhelm prend la direction de l’Office avec 4 employés en 2001 pour cette ville de Roubaix qui a reçu le label : « Ville d’Art et d’Histoire ».
Photo BTdocument archives municipales
Sur la photo ci-dessous, devant la façade de l’Office du Tourisme du 10 rue de la Tuilerie, on distingue de gauche à droite Julie Bosquet de l’Office du Tourisme, Sophie Wilhelm la directrice, Jean-Pierre Hus de l’association Côté Commerce et Nathalie Desfrennes Présidente de l’Union des Commerçants de l’Epeule. En 2001, l’objectif de cette équipe dynamique est de remettre l’Office sur les rails, avec l’aide des commerçants, et sous la présidence de Chantal Lecocq.
Inculpée de tentative de meurtre Adrienne Leplat est examinée par la suite par des médecins experts parisiens , lesquels concluent à sa folie et demandent son internement à vie qui a lieu à l’asile d’aliénés de Bailleul tandis que le magistrat instructeur signe donc une ordonnance de non-lieu. L’établissement psychiatrique s’étend sur plusieurs hectares, constitué de plusieurs pavillons noyés dans un parc et abrite plus de 900 femmes internées. Adrienne y reçoit les visites de son avocat, sa sœur et son fils Roger. Elle est très calme mais fait des projets d’évasion.
Portrait d’Adrienne et titres de journaux sur son état d’esprit et son évasion (Documents Le Matin et Bonsoir)
En janvier 1932, après avoir reçu une visite de son mari, puis d’une amie hémoise, elle s’évade de l’établissement par une fenêtre à l’aide de draps de lits noués entre eux et franchit le mur de clôture, mais elle se fait reprendre très vite, errante et blessée au pied. Rapidement, un groupement de défense se crée en sa faveur et une affiche signée « les amis réunis » invite la population hémoise à manifester pour sa mise en liberté.
Malgré une interdiction de la manifestation par la préfecture, des groupes munis de pancartes portant la mention : « Rendez une mère à ses enfants ; libérez Mme Leplat », constituent un cortège de près de 1.000 personnes qui voit bientôt les gendarmes intervenir pour les obliger à se disperser. La charge est rude et des manifestants sont blessés par les gendarmes ainsi que le maire de la ville Mr Delmet qui essayait de ramener au calme ses administrés.
Les manifestations en faveur d’Adrienne (Documents l’Humanité, la Dépêche et Paris Soir)La manifestation de Hem (Document Journal de Roubaix)
Peu après, pour l’anniversaire du décès de sa fille, Adrienne commande des fleurs, depuis l’asile de Bailleul, à remettre à une voisine chargée de les déposer au cimetière sur la tombe de Gisèle, ce qu’elle effectue comme convenu. Pourtant lorsque la voisine retourne au cimetière plus tard c’est pour y retrouver la plante ensevelie sous un tas d’immondices et la photographie de la défunte placée dans un bloc de marbre ainsi que l’inscription gravée « Sa maman qui n’oubliera pas sa petite Gisèle chérie », souillées d’excréments elles aussi.
Titres de journaux sur l’acte odieux commis au cimetière de Hem (Documents l’Oeuvre et le Progrès de la Somme)
Une autre manifestation a lieu à Roubaix, rassemblant plus de 1000 personnes sur la Grand Place avant de se rendre en cortège jusqu’à la Place du Travail. Une autre encore est organisée à Lys-lez-Lannoy et plusieurs autres sont programmées. Elles ont pour but d’obtenir la libération de Mme Leplat, la révision de la loi de 1838 sur les aliénés et l’ouverture d’une enquête ministérielle, le tout en accord avec la ligue des droits de l’homme ; une pétition est adressée aux pouvoirs publics.
Philippe Coudert quant à lui dépose plainte auprès du procureur de Lille contre les docteurs Parmentier et Leplat pour établissement de faux certificat et internement arbitraire de sa fille. Le directeur de l’asile de Bailleul quant à lui fait état du calme de sa patiente et déclare qu’il ne peut rien faire puisqu’elle a été placée d’office dans son établissement sur décision de justice.
Le plaidoyer d’Adrienne Leplat, son portrait et le titre témoignage du directeur de l’asile de Bailleul (Documents l’Oeuvre et l’Excelsior)
Début 1933, une représentante de la Ligue des droits de l’homme rend visite à Mme Leplat qui y est internée depuis 2 ans. Calme et occupée à écrire sur son lit, l’intéressée remercie sa visiteuse, touchée que la Ligue s’occupe d’elle. Elle parle de son aînée, âgée de 15 ans, qui vit dans sa famille dans la Creuse. L’avenir de son petit garçon, qu’elle n’a vu que 4 fois en 2 ans et demi, l’attire à Hem et elle évoque avec douleur sa petite fille décédée là-bas. Sa santé est bonne et elle montre une résistance impressionnante à la détérioration de sa santé mentale.
Quelques mois plus tard, la même personne retourne voir Adrienne et constate que celle-ci n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle n’a plus d’appétit et a toujours froid. Elle est couchée car ses forces s’épuisent, au point qu’elle n’a plus le courage de s’occuper comme elle le faisait auparavant, et se révèle totalement découragée. Seuls ses enfants continuent à la préoccuper. La Ligue saisit le ministère de la Justice afin qu’une enquête soit ouverte concernant son cas depuis 1929.
Ensuite la situation n’évolue plus au niveau judiciaire et, à la fin de l’année 1933, il semble que la malheureuse Adrienne en raison de son isolement soit en voie de perdre la raison. Refusant de quitter sa chambre, elle refuse également de revêtir l’uniforme des aliénées. Elle a un sommeil hanté par les cauchemars et se trouve victime d’hallucinations. Son regard est devenu vide, son langage incohérent et ses propos inintelligents et elle n’exprime que dégoût pour sa personne d’après son avocat qui est désormais le seul à lui rendre visite.
Titres de journaux sur l’évolution de l’état d’Adrienne en 1933 (Documents l’Oeuvre)
Adrienne Leplat est morte en 1941 à Bailleul. Son cas a passionné non seulement la ville de Hem et le Nord de la France mais aussi l’ensemble du territoire national comme en témoignent les différents journaux dont les titres ont été repris en illustration. Il a même traversé les mers pour faire les gros titres de la presse américaine. Son cas reste emblématique de la question des internements arbitraires et de leurs dramatiques conséquences.
Article d’un journal américain (Document Chicago Tribune)
Lors de la première guerre mondiale Alice-Adrienne Coudert, née en 1897, fille de paysans, intelligente mais peu cultivée, est infirmière, travailleuse acharnée, et sa brillante conduite lui vaut une citation élogieuse et la croix de guerre. Elle met au monde un an plus tard, en 1918, une fille, Paulette, née de son aventure avec un major, le docteur Nicquet, rencontré à l’hôpital auxiliaire d’Amiens. Celui-ci reconnaît l’enfant mais, au lieu d’ épouser Adrienne, comme il l’avait promis, préfère se marier à une riche héritière.
Abandonnée par son amant elle l’assigne au tribunal devant lequel il prétend ne pas être certain que l’enfant soit le sien. Furieuse Adrienne se rend à son domicile où elle est reçue par sa rivale qu’elle blesse d’un coup de révolver. Laissée en liberté provisoire, elle se retrouve quelques semaines plus tard face à son ancien amant et c’est à son tour d’être grièvement blessée par balle par l’intéressé. Tous deux comparaissent donc en 1920 devant les assises de la Somme qui prononce leur acquittement en raison de leurs torts réciproques.
Elle part en Lorraine et y rencontre, à l’hôpital de Metz où elle officie comme infirmière, un étudiant en médecine, Jean Leplat, auquel elle raconte ses mésaventures. Il l’épouse à Paris en 1925, alors qu’il est médecin major, détaché en Allemagne tandis que la petite Paulette est confiée à ses grands-parents installés en Corrèze.
Quand le docteur Leplat quitte l’armée, le jeune couple s’installe à Hem où Jean ouvre un cabinet médical, boulevard Delory (actuellement bd Clémenceau), avec l’argent de la dot de sa femme. L’année suivante les 2 époux, apparemment très unis, ont la joie d’avoir un petit garçon qu’ils prénomment Roger.
Le jeune couple accueille ensuite une petite fille Gisèle en 1927. Malheureusement celle-ci décède en 1929, à l’âge de 2 ans d’une bronco pneumonie. Dans l’attente d’une sépulture définitive, son cercueil reste durant un mois dans un abri provisoire au cimetière où sa mère lui rend visite tous les jours et, la veille de l’inhumation, Adrienne dévisse le couvercle du cercueil pour revoir sa fille une dernière fois et rentre raconter la scène, qui n’avait eu aucun témoin, à son mari, sans avoir trouvé la force de refermer la bière. Elle affirmera toujours qu’elle a alors agi sous l’emprise de la douleur et non sous le coup d’une crise de folie.
Titres de journaux sur l’internement d’Adrienne Leplat (Documents l’Oeuvre et Nord-Maritime 1929)
Les scènes de ménage, déjà fréquentes se multiplient et deviennent plus violentes au sein du couple et, à l’été 1929, son mari prend prétexte de ses « extravagances » pour la faire interner par surprise, à l’aide d’un certificat établi par son confrère de Lannoy, le docteur Parmentier, qui ne l’a pourtant pas examinée, dans une clinique de Lille, la clinique d’Esquermes, avant d’intenter une action en divorce contre elle, pour abandon du domicile conjugal. La clinique est un ancien couvent des Bernardines repeint à neuf dans le parc des la Châtaigneraie.
Au bout de 2 semaines, elle se sauve, après avoir crocheté des serrures à l’aide d’un tire-bouchon et avoir escaladé le mur d’enceinte. Elle se réfugie à Amiens chez sa sœur d’où son père, présent, prévient son mari. Elle réintègre alors le domicile conjugal mais décide de défendre ses droits. A cet effet elle porte plainte contre son mari pour coups et violence ainsi que pour internement arbitraire et obtient sa condamnation fin 1929 pour coups et blessures.
Portrait d’Adrienne et titre de journal sur la Clinique d’Esquermes (Document Le Journal)
La vie commune reprise par les époux après l’évasion se transforme en un combat réciproque judiciaire. Adrienne intente un nouveau procès contre son mari pour abandon de famille. Elle est en effet demeurée au domicile conjugal tandis que lui-même est parti vivre chez son père rue Jean Jaurés. Après une première comparution à Lille, une seconde a lieu à Douai et la pension alimentaire qui lui avait été initialement allouée est réduite de 2000 F à 1200 F.
En 1930, la situation s’envenime, cette fois entre Jean Leplat et son beau-père. Philippe Coudert réclame en effet la somme de 62.000 francs qu’il aurait prêté à son gendre, lequel refuse de lui payer quoique ce soit. Il admet ensuite une dette de 12.000 francs mais conteste celle de 50.000. Pourtant le Tribunal Civil le condamne au remboursement de l’intégralité de la somme réclamée par son beau-père.
Titres de journaux sur l’internement arbitraire et sa conséquence (Documents la Dépêche et l’Oeuvre)
En janvier 1931, à bout de ressources et en instance de divorce elle décide de faire un coup d’éclat pour tenter d’obtenir justice. En compagnie de son père, Adrienne se rend chez le procureur de la République pour lui demander audience mais il est absent. Elle se présente alors en consultation chez le Dr Raviart, directeur de la clinique d’aliénés d’Esquermes, contre lequel elle éprouve une vive antipathie en raison d’une part du poste qu’il occupe et d’autre part du conseil qu’il a prodigué au docteur Leplat en faveur d’un divorce. Elle fait feu sur lui à plusieurs reprises, le blessant grièvement, tandis que son père prend la fuite.
Photo du Dr Raviart et titres de journaux relatant le drame (Documents Le Journal, Ouest Eclair, le Petit Parisien et le Populaire)
Celui-ci, qui s’était réfugié chez sa deuxième fille après le drame, revient sur Lille et, après avoir rendu visite à son petit-fils Roger chez sa grand-mère paternelle, il est entendu par le juge d’instruction mais ne peut pas dire grand-chose, ayant accompagné sa fille Adrienne à sa demande chez le docteur, sans avoir la moindre idée de ses intentions, et ainsi dans l’affolement avoir pris la fuite sans réfléchir, tandis qu’Adrienne était arrêtée et menée à l’infirmerie de la prison pour soigner son bras luxé à la suite de la tentative du Dr Raviart de lui faire quitter de force son cabinet.
Titres de journaux suite au drame (Documents le Progrès de la Somme)
En 1962, la première fête de la bière à Hem connait un grand succès. Elle est organisée par l’association « Les amis de Beaumont », sous le patronage du journal Nord-Eclair, et vaut le déplacement. Cette association, née avec le nouveau quartier, a pour but d’y promouvoir, toutes œuvres sociales, culturelles et sportives.
Organisation en 1962 de la grande fête de la bière (Document Nord-Eclair)
Ainsi en octobre 1962, la fête débute, le samedi après-midi, sur la place de Verdun, avec un tournoi de pétanque réunissant une vingtaine de triplettes des villes des environs. Puis une coupe est remise aux gagnants par le journal juste avant l’arrivée de la Musique du 43ème RI. Un millier d’enfants se rassemble alors pour participer à une retraite aux flambeaux emmenée à travers les rues principales du quartier par les soldats musiciens qui donnent ensuite un concert sur la place de Verdun.
Illustration du journal (Document Nord-Eclair)
Puis une foule d’environ 2000 personnes participe, sous le vaste chapiteau dressé devant l’église Saint-Paul, à la Nuit de Nord-Eclair et des Amis de Beaumont. L’orchestre Victor Charlier remporte un vif succès durant le bal qui y clôture la journée.
Le grand bal du samedi soir ; disque publicitaire (pour la lessive Viva) de Victor Charlier et son orchestre (Document Nord-Eclair et Discogs)
Le lendemain dimanche, un apéritif concert avec la fanfare Saint-Corneille et un jeune orchestre « les Chahuteurs » ouvre les festivités. Puis, sous le grand chapiteau, la foule assiste à des exhibitions de la section artistique « La Patriote » de Croix et du groupe folklorique polonais de Roubaix avant l’arrivée de la caravane publicitaire suivie du grand orchestre « Die Alte Bayerische Kapelle », rentré d’une tournée triomphale dans les capitales et grandes villes d’Europe.
La grande kermesse se termine ainsi sous le chapiteau animé comme dans les grandes fêtes bavaroises de la bière, au son des danses typiques de Bavière, tandis que la foule déguste choucroute mais aussi sandwiches et frites sous les cotillons. Les musiciens, soucieux de plaire au plus grand nombre font également danser aux spectateurs charleston, twist, valses et tangos.
Annonce de la fête de la bière en 1963 (Document Nord-Eclair)
Forte de son succès, la fête est renouvelée l’année suivante, en octobre 1963, toujours grâce à l’association « Les amis de Beaumont » et cette fois sous le double patronage du journal Nord-Eclair et de Volkswagen, en la personne du concessionnaire G. Beulque de Tourcoing. Le chapiteau est cette année conçu pour recevoir le double de participants.
Au cours de cette fête, qui se veut « comme à Munich », on peut boire des grès d’un litre et d’un demi-litre de bière et déguster de succulentes spécialités munichoises. Quant aux orchestres chargés d’animer la fête, il s’agit de grandes formations spécialisées dans les fêtes de la bière avec leurs joyeux animateurs. Les danses pittoresques du Tyrol alternent avec les danses modernes grâce à la grande formation « Lou Garou et son ensemble show » et Alain Donnez et ses Tonnerres.
Alain Donnez ; Lou garou et son ensemble show (Documents Nord-Eclair)
Ces joyeuses festivités comportent de nombreuses attractions et vedettes surprises. Le samedi, une caravane publicitaire comprenant une vingtaine de véhicules prend la route, musique en tête, pour annoncer la fête de la bière dans les principaux quartiers des villes de Hem, Lannoy, Lys-lez-Lannoy et Roubaix. On peut y admirer notamment toute la gamme des nouvelles Volkswagen du garage Beulque. La caravane se clôture avec le char des bières Setz Braü sur lequel se produit l’orchestre « Die Landliche Blaskapelle ».
Publicité des années 60-70 du garage G. Beulque (Document collection privée)
Malheureusement, en début de soirée, une averse empêche le traditionnel défilé des allumoirs. Puis le soir c’est la Nuit de Nord-Eclair et des Amis de Beaumont avec les deux formations citées plus haut mais aussi un grand orchestre de 25 musiciens : « Die Tiroler Blaskapelle », très applaudi.
L’orchestre Die Tiroler Blaskapelle (Document Nord-Eclair)
L’animateur Serge Desbruyère, de la RTF (Radio-diffusion Télévision Française), monte ensuite sur scène pour féliciter les musiciens bavarois et annoncer le groupe suivant, tandis que, sur la piste de danse, évoluent sans arrêt un bon millier de danseurs. Le bal se clôture avec le groupe des « Dauphins » qui joue des twists pour la jeunesse et les éliminatoires de l’élection de la Reine de la Bière ont lieu en fin de soirée.
Triomphal succès des orchestres bavarois (Document Nord-Eclair)
Le lendemain, dimanche, se déroule la journée de la bière avec 2 formidables orchestres bavarois : « Die Alte Bayerische Kapelle » et « Die Landliche Blaskapelle ». Une assiette géante de choucroute est proposée à la dégustation et de nombreuses attractions ont lieu durant toute la journée. C’est à 21h qu’a lieu l’élection de la Reine de la Bière : Yolande Duchemin. Au total, pour cette année 1963, plus de 6000 personnes sont accueillies tout au long du week-end, faisant de cette fête un franc succès malgré un temps très mitigé.
L’orchestre bavarois en tête de la caravane publicitaire (Document Nord-Eclair)
Les amis de Beaumont font leur publicité dès le début septembre de l’année 1964 pour la nouvelle kermesse de la bière. Forte du succès de l’année précédente et du patronage du journal Nord-Eclair, l’association voit grand pour cette nouvelle fête annuelle et fait installer un chapiteau de 2.000 mètres carrés, pouvant accueillir jusqu’à 3000 personnes.
Publicités pour la kermesse de la bière 1964 et chapiteau installé avec plan pour le trouver (Documents Nord-Eclair)
Le programme est alléchant : le samedi la caravane publicitaire comprend la caravane Nord-Europe et plusieurs commerçants et elle est animée par l’orchestre bavarois « Die Bayerische Bierpot ». Le dimanche le grand orchestre « Die Alte Bayerische Kapelle » participe à la grande journée de la bière suivie d’un apéritif concert avec « les Inconnus ».
Les Inconnus (Document Nord-Eclair)
Dans l’après-midi c’est une succession d’attractions : le ventriloque Fred et son Jacky, des jeux scéniques présentés par Jodel, les clowns Jo et Rico et les Joyeux Compagnons. Puis c’est à nouveau l’orchestre bavarois « Die Alte Bayerische Kapelle » qui revient mettre l’ambiance dans la soirée et faire danser l’ensemble des participants.
Le grand orchestre « Die Alte Bayerische Kapelle » (Document Nord-Eclair)
Après 3 ans d’absence, en 1968, la kermesse de la bière est de retour à Hem, toujours sous le patronage de Nord-Eclair, mais elle se déroule dans la salle des fêtes sur une journée et elle est organisée au profit des écoles privées des villes de Hem et Lannoy. Une grande tombola est organisée avec, comme 1er prix, un réfrigérateur à prendre à l’école Saint Charles de la rue Jules Guesde.
Une partie de l’assistance (Document Nord-Eclair)
A l’heure du midi, un concert apéritif assuré par la Musique de Lannoy remporte un certain succès auprès du public qui se presse nombreux dans la salle, trop petite pour accueillir l’ensemble de ceux qui souhaitent participer. Puis la kermesse bat son plein et fait salle comble avec la participation de l’orchestre bavarois…du Douaisis : « Die Lander Freunde » qui maintient une ambiance extraordinaire jusqu’aux environs de minuit.
La Musique de Lannoy (Document Nord-Eclair)
La fête de la bière hémoise ne survit pas à la décennie 1960 et ce n’est qu’en 2019 qu’une nouvelle tentative est lancée, concomitamment avec les journées du patrimoine, à la ferme Franchomme : le Salon de la Bière. Les deux journées sont conçues pour mettre en avant les micro brasseries du secteur grâce à une expositions, des ateliers et une dégustation.
Affiche de 2019 lors des journées du patrimoine (Document Ville de Hem)
60 ans après la première fête de la bière hémoise, en septembre 2022, sur 2 jours, une nouvelle édition est lancée. Elle a lieu à la ferme Braquaval où s’est installée la brasserie Les Tours du Malt (sur le sujet de la ferme Braquaval voir un précédent article édité sur notre site). Le programme consiste en une visite de la brasserie, un atelier sur le brassage de bière, une vente de bières et de produits dérivés et des jeux flamands.
Affiche de la fête de la bière en 2022 et photos du lieu (Document Ville de Hem et Voix du Nord)
L’événement est renouvelé l’année suivante sur une journée, en Octobre, avec une dégustation et vente de bières locales, ainsi que de cookies aux drèches, céréales issues du brassage, et des jeux flamands mis à disposition des petits et grands. Puis un échange est mis en place avec des brasseurs suivi, en fin de matinée, d’un atelier sur les accords bière et fromage, autour d’un apéritif. Le midi la restauration est prévu au restaurant l’Etable et des foodtrucks sont présents sur le site. Une animation musicale est assurée par un DJ, durant toute la journée qui se clôt par le tirage au sort de la tombola, suivi d’un concert.
Affiche de 2023 et photos de presse (Document Ville de Hem et Vozer)
Il apparaît que depuis le succès triomphal de la fête organisée en 1964, rassemblant plusieurs milliers de personnes, les différents événements qui ont tenté de la faire revivre n’ont pas rencontré le succès escompté. L’absence d’orchestre bavarois à l’animation peut en être l’une des explications.