Les derniers morceaux de campagne du quartier du Nouveau Roubaix ont disparu quand on a construit la nouvelle cité des Hauts Champs, située entre l’église Sainte Bernadette, la première du nom, et l’usine Motte Bossut. Ce quartier déjà bien peuplé vient donc d’être complété par une cité de 900 logements, ce qui a sans doute contribué à la création d’un super-marché, installé dans les murs d’une ancienne entreprise textile. Le tissage Léon Frasez construit en 1925 presque en face de l’usine Motte-Bossut, fermera avant la seconde guerre, et sera repris vers 1948 par la société de retordage de laines/la filature de laine Arlaine.

L’environnement des collectifs d’habitation de la rue Braille ou de la plaine des Hauts Champs ont donc favorisé l’ouverture d’un magasin libre-service. Jusqu’ici, on a beaucoup construit sans penser au ravitaillement des habitants, qui s’approvisionnent chez les commerçants du boulevard de Fourmies, de la rue de Lannoy, voire sur Lys ou sur Hem. Ces magasins sont relativement éloignés pour la nouvelle cité des Hauts Champs. Le retordage de laines sera déplacé et un commerce dont l’enseigne rappelle le lieudit commence sa carrière.

Il est inauguré le samedi 23 décembre 1961 en présence de M. Robert Hirsch, Préfet du Nord, et de nombreuses personnalités régionales et locales, parmi lesquelles se trouvent les représentants des villes de Croix, Hem, Roubaix, Wattrelos, ceux des chambres de commerce de Lille et Roubaix, ceux du patronat textile, dont le PDG des Trois suisses, et celui de la Redoute, entre autres.
Les premiers clients sont d’abord frappés par le grand parking, d’une capacité de 200 voitures. Puis c’est la grande variété des rayons dans lesquels on peut faire son marché avec un panier roulant, qui permet d’amener les marchandises jusqu’à la voiture. Ce libre-service possède en effet des rayons très variés : épicerie, fruits et légumes, crémerie, boucherie, vins, bières, eaux minérales, confiserie, pâtisserie, boulangerie, produits d’entretien, petite quincaillerie, vaisselle, papeterie, librairie, jouets, disques (avec appareil d’écoute automatique) rayons textiles et habillement, bonneterie, sous vêtements, linge de maison.
Henri se souvient :
Je venais de prendre mes fonctions aux Ets Losfeld, grossiste en fromages, mais surtout 1er affineur de mimolette de France (et même d’Europe !). Monsieur Joseph Losfeld m’a demandé de faire la 1ère livraison de fromages au nouveau super marché de Roubaix des Hauts Champs. C’était le premier du groupe actuellement appelé Auchan. L’inauguration devait avoir lieu le lendemain, c’était le branle-bas de combat ; j’ai été reçu par le personnel très sympa, mais particulièrement énervé, ils n’étaient pas des spécialistes en fromage ! Monsieur Gérard Mulliez était présent, et il contrôlait tout. Très absorbé, il a oublié le petit pourboire du livreur, mais je lui pardonne…
Dans chaque rayon, un choix considérable de marques. La devise de la maison avait de quoi plaire : plus de marchandises pour moins d’argent ! Un dernier avantage convaincant : le super-marché est ouvert de 8 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 20 h toute la semaine et de 9 h à 13 h le dimanche. Ce sont là les premières innovations d’une surface commerciale qui va s’affirmer au long des années en inventant encore, jusqu’à la création d’autres surfaces de cette marque. Roubaix fut ainsi une nouvelle fois terre d’innovation…
Photos Nord Éclair
Sonia et Dalila se souviennent
C’était la grande surface de proximité jusque dans les années 80… car celui de Leers était plus grand. On se souvient du rayon « café » d’où se dégageait une forte odeur… l’emballage sous-vide n’existait pas encore ! On pense qu’il y avait un étage dont l’accès se faisait par une rampe (pente d’accès) : le rez de chaussée était réservé à l’alimentaire et l’étage pour le reste. Mais ça on en est plus vraiment sûres.
Jeannine :
Je viens de prendre connaissance de votre blog suite à l’article paru dans Nord Éclair. Je viens de faire un retour en arrière !!En 1963 je faisais la « reprise des vides » sur le terre plain devant l’entrée du magasin. J’ai tenu ce poste quelques années. A l’époque, pas de « machine » tout se faisait de tête. C’est bien de se souvenir. Merci à vous. Jeannine.
Un complément :
Le 24 décembre 1961, c’était l’ouverture d’un super marché dans le quartier des Hauts Champs et du Nouveau Roubaix, qui allait être à l’origine de bien des changements dans la vie commerciale et dans les habitudes des habitants du quartier, puis de la ville. A la date de son ouverture, il s’appelle juste Super – Marché et son adresse est avenue Motte à Roubaix.






Jacques MOREAU et son frère ont été photographiés dans leur cour au 287 rue Edouard Anseele, cour Debaisieux. A l’angle de la rue Bernard(maintenant rue jules Watteuw) et de la rue Pierre de Roubaix, derrière l’ancienne caserne des pompiers (maintenant la Caisse d’Allocations), s’élevaient 3 gazomètres à eau, de volume variable et d’architecture différente selon l’année de construction (d’avant la guerre). Ces réservoirs stockaient le gaz de ville et maintenaient la pression malgré des variations de consommation domestique (et aussi des becs de gaz). Arthur NOLLET et Jean DEVOS étaient les concierges chargés de la gestion des espaces et des machines en liaison téléphonique avec EGF de la rue de TOURCOING qui autrefois produisait le gaz à partir du charbon chauffé dans de grands fours appelés « fours à coke ». Les espaces étaient pour les enfants DEVOS et leurs copains un terrain d’aventure exceptionnel parfois dangereux. Chaque année, cet espace accueillait les futurs communiants de DON BOSCO (au n°102 de la rue Bernard) pour leurs heures de détente pendant la pré communion. Les hangars ont abrité la boucherie coopérative de l’EDF GDF pendant quelques années, mais elle attirait tous les chats du quartier. La biquette « mascotte de la clique FRANCE D’ABORD » a brouté les espaces verts un certain temps. La voiture du Cardinal LIENART aurait stationné dans cet espace pendant qu’il visitait la chapelle DON BOSCO. Les machines : un énorme compresseur injectait le gaz dans la cuve inversée et mobile du gazomètre, cette cuve s’élevait entre les pylônes au fur et à mesure du remplissage par le gaz. L’étanchéité était assurée par l’eau de la cuve enterrée en partie dans le sol. Parfois, le trop plein de gaz amenait la cuve trop haut et le gaz s’échappait en laissant répandre une odeur caractéristique qui enveloppé le voisinage dans une bulle de gaz. En 1957 et 1958,chaque gazomètre a été révisé et reparé (pour remplacer les tôles rouillées. En 1959, ces gazomètres ont été démolis , en même temps que le quartier: on appelle çà du GAZ PILLAGE! Le gaz naturel remplace le gaz de houille.
Co-fondateur du parti des travailleurs socialistes flamands en 1877, Edouard Anseele sera un des pionniers du mouvement coopératif. Il crée en 1880 la boulangerie coopérative Vooruit (En Avant), qui devient un modèle en tant qu’entreprise (assurer les bonnes conditions de travail et de salaire à ses ouvriers) et en tant que coopérative (abaisser les prix de revient notamment grâce à la modernisation de son équipement, et diminuer le prix des aliments destinés aux ouvriers). La coopérative Vooruit finance également la propagande socialiste. C’est sur ce modèle que sera créée à Roubaix la coopérative La Paix située boulevard de Belfort 73. En 1884, Edouard Anseele crée le journal Vooruit, et rejoint le Parti Ouvrier Belge l’année suivante. Il poursuit l’expérience coopérative en fondant en 1904 la première production industrielle coopérative (Samenwerkende Maatschappij), et un peu plus tard la Banque Belge du Travail à Gand sous forme de société anonyme. Il sera conseiller communal puis échevin de la ville de Gand. Premier socialiste flamand au Parlement, il sera député de Liège de 1894 à 1900, puis de Gand de 1900 à 1936. Après la première guerre, il s’occupe du ministère des travaux publics, c’est la première participation socialiste au gouvernement. Il sera également ministre des chemins de fer, de la marine, des postes et télégraphes de 1925 à 1927, puis ministre d’état en 1930. Edouard Anseele a écrit un roman populaire à succès Sacrifié pour le peuple, et un roman historique La Révolution de 1830. La chute de la Banque Belge du Travail en 1934 correspond à la fin de sa carrière politique. Malgré le scandale, sa popularité reste intacte jusqu’à sa mort en 1938.