Le 50 boulevard de Paris

Albert-Félix Prouvost fait construire sur les plans d’Achille Liagre une maison au 50 du boulevard de Paris, au coin de la rue Charles Quint. Elle sera terminée en 1889. Il l’habitera avec sa femme Marthe et ses enfants jusqu’à son décès. Selon Thierry Prouvost(1), le rez de chaussée était consacré aux enfants, les pièces où se tenaient les fréquentes et brillantes réceptions étaient au premier, et les chambres au second. Le grenier avait été reconverti en théâtre d’amateurs.

Document médiathèque de Roubaix
Document médiathèque de Roubaix

A partir de 1930, l’hôtel appartient à Bernard Dhalluin-Lorthiois qui y réside jusqu’à la guerre. Après celle-ci, la maison est rachetée par un entrepreneur en menuiserie qui y installe son dépôt, mais qui, surtout, la dépèce pour en récupérer les richesses et les revendre morceau par morceau. La presse se fait l’écho de l’évènement.

Photos La Voix du Nord - 1960
Photos La Voix du Nord – 1960

 Pourtant l’immeuble, amputé de son clocheton, reste en place au milieu d’un parc en friche ; les photos aériennes successives nous le montrent encore au moins jusqu’en 1969.

Photo IGN 1965
Photo IGN 1965

Mais tout a une fin, la photo aérienne de 1971 nous permet de constater la démolition de notre hôtel particulier. En 1979, la société Le Toit Familial dépose une demande de permis de construire pour un immeuble qui sera situé du 44 au 48, c’est à dire jusqu’à la rue Charles Quint.

Le projet de 1979 – document archives municipales
Le projet de 1979 – document archives municipales

La construction a lieu, et c’est cet ensemble que nous trouvons aujourd’hui en face du Lycée Jean Moulin, à l’emplacement où Albert Prouvost s’installa presque un siècle plus tôt…

Photo Google
Photo Google

 

(1) le site de Thierry Prouvost (http://www.thierryprouvost.com/Boulevard-de-Paris-Roubaix-1912.html)

Après le café, la Presse du Parc

Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx
Les pompiers de la belle époque en exercice devant le café du parc Photo JdeRx

Quelques nouvelles informations et découvertes nous amènent à évoquer de nouveau le café du Parc. Il se trouvait à l’angle du boulevard de Paris (aujourd’hui du Général de Gaulle) et du boulevard de Cambrai, à deux pas de l’entrée du Parc de Barbieux. Construit avant 1900, c’était un café de « bonne renommée », idéalement placé pour les promeneurs. Il dut faire d’excellentes affaires en 1911, car il était proche de l’entrée de l’exposition internationale et du terminus des tramways. Il disposait d’une terrasse vers le parc, et d’une salle de concert, dont la station service reprendra la surface. Cette petite scène accueillit nombre d’artistes : chanteurs, musiciens, acrobates, comiques. Maurice Chevalier en personne y aurait fait plusieurs apparitions ! Pour donner une importance de la clientèle, l’ancien propriétaire, M. Gaston Dutilleul, disait qu’il avait employé dans son café plus d’une vingtaine de garçons !

Démolition du café en 1964 Photo NE
Démolition du café en 1964 Photo NE

Le café du parc fut démoli début 1964, alors qu’il ne fonctionnait plus depuis quelques années. A sa place fut bientôt construit un ensemble comprenant un immeuble d’appartements et une station service.

Construction de l'immeuble et de la station service Photo NE
Construction de l’immeuble et de la station service Photo NE

Nous avons parlé de l’évolution de la station service aujourd’hui devenue une célèbre enseigne de boulangerie et de pâtisserie. Mais l’endroit est aussi bien connu des roubaisiens par sa maison de la presse, toujours bien achalandée. A l’occasion de son inauguration de la Presse du Parc, en août 1966, sa propriétaire de l’époque, Mme Cattoire, organisa un cocktail de bienvenue. On y trouve toujours la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle, des articles de papeterie, mais c’est aussi une véritable librairie, où l’on est toujours très bien accueilli.

La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE
La Presse du Parc au moment de son inauguration Photo NE

Le café du Parc

Dans les dernières années du 19ème siècle, au coin des boulevards de Paris et de Cambrai, face à l’ hôtel particulier Masurel-Leclercq, on remarque sur les plans deux parcelles libres. L’emplacement est favorable, juste à l’entrée du « beau jardin », et on pense à y édifier un café. C’est chose faite sur le plan de 1899. Le débit de boissons est prolongé le long de l’avenue Jean Jaurès par une véranda et une cour ombragée où seront disposées tables et chaises pour accueillir les consommateurs les jours de beau temps. La Voix du Nord le dépeint en 1961 comme une guinguette, lieu de rendez-vous des promeneurs dominicaux avant implantation du bol d’air. En ouvrant le Ravet-Anceau, on trouve mention de ce commerce au numéro 116 boulevard de Paris à partir de 1900.

Le café avant la première guerre – document Médiathèque de Roubaix

Cinq propriétaires s’y succèdent jusqu’en 1935, année où il prend le nom de « Café du Parc ». A partir du début des années 50, son propriétaire est M. Duthilleul et on parlera ensuite aussi bien du café Duthilleul que du café du Parc. Le voici après la deuxième guerre :

Cependant, les délibérations du conseil municipal nous indiquent qu’à partir de 1957, on envisage la création d’un café restaurant dans le parc. Ce sujet revient également dans les délibérations de 1960. C’est l’origine de la création du Bol d’Air.

Parallèlement, et peut-être conséquemment, le café, abandonné, est vendu en 1959 à la société française de raffinage. Celle-ci, désireuse d’implanter une station service à cet emplacement très favorable sur la route de Lille, choisit d’intégrer la station à un immeuble à usage d’habitation de 6 étages. Sur le coin même est prévu un autre commerce ; c’est là que s’installera la presse du Parc.

Mais  l’espace est trop réduit pour ce projet. La société guigne un terrain mitoyen de 205 mètres carrés, appartenant à la ville, et faisant partie du parc Barbieux, dont il est séparé par l’avenue Jean Jaurès. Sur cette parcelle est disposée la statue du commandant Bossut, inaugurée en 1925 à la mémoire d’un héros de la première guerre. Le conseil municipal, lors de sa séance du 26 octobre 1959 demande au préfet la désaffection de la parcelle et son passage dans le domaine privé communal, préalable à l’aliénation du terrain pour permettre « la construction de nombreux appartements afin de lutter contre la crise du logement… » Il va falloir également libérer l’espace rendu disponible, c’est à dire déplacer la statue du commandant Bossut. On décide de la rapatrier de l’autre côté de l’avenue Jean Jaurès dans le parc proprement dit. Le déplacement se déroule en 1963. La statue n’a plus bougé depuis lors.

Documents collection particulière et Nord Matin 1962
Documents collection particulière et Nord Matin 1962

Le bâtiment est finalement construit. Il comprend de beaux appartements de standing avec des balcons en façade. Un parking est installé sur le vaste trottoir.

Photo Jpm
Photo Jpm

La station ouvre sous la marque Total et prend en 1975 le nom « station Relais du commandant Bossut » au n°118. On l’y retrouve jusqu’en 1986 sous la Résidence Barbieux. La station est vraiment placée sous l’immeuble, ouvert au rez de chaussée : les pompes sont disposées au fond, dans l’angle formé par les deux murs. Les automobilistes y sont à l’abri des intempéries pour effectuer le plein. Des piliers, entre lesquels sont disposés des présentoirs, supportent l’immeuble en façade. La station ne survivra pas à la distribution des carburants en supermarché, et elle est aujourd’hui remplacée par une pâtisserie-salon de thé.

L'emplacement de la station – photo Jpm
L’emplacement de la station – photo Jpm

La Duquennière

Située au bord du parc Barbieux, cette cense fait partie des dernières disparues. Le plan cadastral de 1826 la situe dans le hameau du Quesne, entre la rue de Lille et la rue Verte à Croix, puisque cette commune englobait à l’époque la moitié sud du futur parc Barbieux.

Plan cadastral de Croix 1926 – archives départementales
Plan cadastral de Croix 1926 – archives départementales

En 1876, le cadastre la place dans le hameau Duquesnie qu’il situe non loin du tracé du canal.

Plan cadastral de Croix 1876 – archives départementales
Plan cadastral de Croix 1876 – archives départementales

La cense fait donc partie de Croix à l’origine. Mais, à la suite de l’exposition de 1911, le site sera annexé à la ville de Roubaix, et la ferme deviendra roubaisienne avec toute le bas du parc en 1914.

Plan cadastral de Roubaix 1914 - archives municipales
Plan cadastral de Roubaix 1914 – archives municipales

 Le recensement fait à Croix en 1906 indique rue de la Duquennière, une cultivatrice, Rousseau Clémence, née à Wattrelos en 1839, qui tient la ferme avec l’aide de trois domestiques. Cette dame, qui atteint alors l’âge de la retraite, cultive sans doute le domaine depuis de nombreuses années. Elle cède finalement sa ferme, et le Ravet Anceau cite au sentier de la Duquennière un autre cultivateur, Bonte H., à partir des années 1920 et cela jusqu’à 1955. L’Echo du Nord précise dans un article de 1925 qu’il est père de 4 garçons, et qu’il déplore la disparition dune grande partie du verger de la ferme, victime de la proximité de l’avenue Jean Jaurès, récemment ouverte.

La ferme. Documents Écho du Nord 1925 et IGN 1962
La ferme. Documents Écho du Nord 1925 et IGN 1962

Les bâtiments de la ferme entourent une cour rectangulaire. Le logement, peint en blanc sur la photo, est situé le long de la rue de la Duquennière, précédant le portail d’entrée couvert d’un toit à deux pentes. La photo aérienne nous montre la cense encore dans son intégralité. Elle est prolongée vers le parc par un potager, et entourée d’un terrain herbeux planté d’arbres, reste du verger sacrifié avant guerre.

Mais ses jours sont comptés : une photo aérienne de 1964 nous montre un premier bâtiment abattu, tandis qu’une autre de 1965 nous montre un nouvel immeuble en construction à la place de l’ancienne cense. Cet ensemble collectif est encore visible aujourd’hui.

Photos IGN
Photos IGN

Face au parc de Barbieux

Dans les années 1890, alors que le boulevard de Paris connaît relativement peu de constructions, l’industriel Georges Charles Masurel-Leclercq fait construire un hôtel particulier sur un terrain allant de la rue Vauban au boulevard de Cambrai. L’hôtel a sans doute connu les bâtiments de la ferme Lepers qui se trouvait jusque vers 1893 de l’autre côté du boulevard. Ceux-ci seront expropriés et démolis peu après.

Le château face à la ferme
Le château face à la ferme

Georges Charles Masurel-Leclercq, né à Tourcoing en 1858, est marié avec Élise Adèle Leclercq. Il a repris l’usine Cordonnier rue de Mouvaux. Il va habiter la propriété avec ses cinq enfants, ce qui va contribuer à remplir ce grand bâtiment.

Celui-ci est bâti à l’angle d’un vaste parc . Un autre bâtiment bas fait partie de l’ensemble ; il fait l’angle de la rue Vauban et du boulevard de Paris et son architecture est identique à celle du Château principal avec ses lucarnes de combles. Il est dévolu aux communs et à la conciergerie. Ce bâtiment existe encore aujourd’hui.

La propriété du temps de sa splendeur – document Médiathèque de Roubaix
La propriété du temps de sa splendeur – document Médiathèque de Roubaix

La famille habite la propriété jusqu’avant la dernière guerre : Le Ravet-Anceau de 1939 n’indique plus d’habitants au 114. C’est une opportunité pour les allemands qui l’occupent et y entreposent des munitions. Il est incendié en Août 44 au départ des occupants et complètement détruit. Seul est épargné le bâtiment de la conciergerie. L’endroit reste en friches plusieurs années, et une photo aérienne de 1950 montre le site à l’abandon :

 

Document IGN
Document IGN

Mais un tel emplacement ne restera pas inexploité très longtemps : on y construit en 1951 un immeuble sur les plans de l’architecte Porte, habitant avenue Jean Lebas. C’est un ensemble de standing, construit en briques, qui forme un quart de cercle face au parc Barbieux.

 

Nord Matin -1951
Nord Matin -1951

Il abrite six appartements de 7 pièces, des garages, et offre aussi la possibilité de ranger vélos et voitures d’enfants. Innovation pour l’époque : l’immeuble comporte une installation de douches réservée au personnel domestique ! Il présente une hauteur de trois étages, le dernier disposant de terrasses en façade. Le bâtiment est clôturé d’un mur bas, coupé dans l’axe d’une grille donnant accès à une entrée relativement discrète. L’accès des voitures se fait côté boulevard de Cambrai.

Photos collection particulière
Photos collection particulière

L’ancien bâtiment de la conciergerie, lui, n’a été ni incendié, ni abattu ; il est toujours présent à côté de l’immeuble, la grille de l’ancien hôtel particulier ayant été remplacée par une large porte d’accès au garage. Il reste le seul témoin de l’existence passée de cet ancien hôtel particulier.

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Les photos proviennent d’une collection particulière, les autres documents des archives municipales et de la médiathèque de Roubaix.

 

 

 

 

 

 

 

Nouvel espace d’apprentissage pour le bâtiment

L’enseignement technique des métiers du bâtiment se fait avant la deuxième guerre à l’Institut Turgot. On y trouve en 1935 des sections de maçonnerie, carrelage, menuiserie, charpente, plomberie et zinguerie, peinture, serrurerie, ébénisterie, sculpture sur bois et tapisserie. Durant la guerre, la place vient à manquer rue du Collège, et un centre d’apprentissage de garçons, préparant aux emplois dans le bâtiment est alors créé au 112 rue des Arts, dans un immeuble qui abritait en 1939 l’atelier de mécanique J. Martel.

Le 112 rue des Arts – Photo coll. particulière
 

Mais les locaux s’avèrent vite insuffisants pour accueillir les élèves, et le centre est amené à ouvrir des annexes. D’après le Ravet Anceau de 1955, il y en a deux, la première située 168 rue de Lille, et une autre 8 boulevard de Lyon. Cette dernière adresse correspond à une propriété entourée d’un parc, laissée à l’abandon, qui appartenait à la fin du 19ème siècle à la famille Scrépel. Elle est constituée d’un château avec d’autres bâtiments, situés à l’entrée du parc, dans l’alignement de l’ancienne rue Lacordaire, qui seront démolis lors du percement du boulevard de Lyon. Les terrains situés au coin du boulevard de Lyon et de la rue de Beaumont (aujourd’hui rue Edouard Vaillant) appartiennent aux familles Destombes et Bonami-Wibaux, ils seront coupés en deux lors de l’ouverture de ce même boulevard.

Le site d’après le plan parcellaire de 1889 – Document archives municipales
 

En 1907, c’est le nom de M. Léon Motte qui figure sur le plan cadastral pour le parc, alors que la zone près de la rue de Beaumont reste aux familles de Pierre Destombes et Bonami-Vibaux(sans doute Wibaux). Ces deux terrains désormais coupés en deux ont perdu de leur intérêt pour les propriétaires, et la partie formant le croisement du boulevard de Lyon et de la rue de Beaumont est finalement vendue vers 1922 sous forme de parcelles. Les nouveaux propriétaires y construisent les maisons qu’on voit encore aujourd’hui. D’après le Ravet Anceau de 1928, le parc et le château restent la propriété de Léon Motte-Scrépel au 16 rue Edouard Vaillant (renuméroté 26 en 1939), alors que Mme Veuve Willot Scrépel habite le 2 boulevard de Lyon. Il semble que ces deux adresses concernent un seul et même bâtiment, en l’occurrence notre château. En 1939, on retrouve la même famille rue Edouard Vaillant, puis le domaine est racheté par l’État en 1951. En 1955,  le domaine est inhabité et c’est là qu’on  va bâtir le nouveau centre d’apprentissage, transfuge de la rue des Arts.

Photo aérienne 1953- archives municipales

En 1956 aboutit le projet d’ouverture d’un centre d’apprentissage de 400 places, pour succéder à celui de la rue des Arts devenu beaucoup trop petit et incapable d’accueillir des effectifs en pleine progression. Les architectes choisis sont MM. Baselis et Deletang. La première pierre est posée en Juin. A cette époque, Le directeur du centre est M. Degryse, l’économe est Albert Andès, et le chef des travaux M. Simoëns. On conserve le château durant les travaux : il permet d’abriter les réunions de chantier, et M. Degryse l’utilise pour les visites qu’il organise, telle celle de l’association des parents d’élèves au mois de Juin 1958, alors que la construction approche de son terme. Sur la photo qui suit, on voit nettement que les premiers bâtiments sortent de terre, mais que le château est toujours présent :

Photos IGN et Nord Éclair

La première rentrée scolaire a lieu en septembre 1959, et les parents d’élèves y font leur première assemblée générale en octobre. A la rentrée 1961, on compte 145 élèves en première année, alors que le total des effectifs est de 322. L’établissement a donc presque fait le plein dès sa deuxième année. Il lui faudra également recourir à des annexes pour faire face aux demandes d’inscription.

Le site en 1962 – Photo IGN

 

Du moulin à l’école

L’angle du boulevard Lacordaire et de la rue de Barbieux est l’un des plus hauts points de Roubaix : il est naturel qu’on y construise un moulin. D’après Nord Matin, ce moulin de bois est remplacé en 1870 par un autre, construction un peu curieuse de briques couronnée de créneaux, de mâchicoulis, et coiffée d’une échauguette. On peut se demander si ce n’était pas un moulin « de plaisance », plutôt qu’un vrai moulin fonctionnel, dont l’utilité économique en pleine époque du machinisme triomphant, n’aurait pas été vraiment démontrée…

Deux vues du moulin – carte postale médiathèque de Roubaix et Photo Nord Matin

Le parc sur lequel s’élève le moulin, est à la fin du 19ème siècle, la propriété de Paul Masurel. Il est limité par la rue de Barbieux, les réservoirs du Huchon, le boulevard Lacordaire et la rue Anatole France. Une villa importante y côtoie le moulin, au troisième étage duquel le propriétaire aurait installé un bureau. Vers 1890, Paul Masurel demande l’autorisation de construire une grille monumentale et une maison de concierge.

Document archives municipales

Dans les années trente, la propriété est acquise par la Ville, qui installe dans le pavillon M. Bertincourt, surveillant général du service des plantations. Le moulin sert alors de remise pour les outils de jardinage. Malheureusement, un incendie se déclare dans  la tour en 1948. Elle est très endommagée, mais reste néanmoins debout. Une photo aérienne de 1962 montre que le moulin est toujours fidèle au poste, ainsi que la maison du concierge et la grille ouvragée, mais que le « château » a disparu, sans doute victime de l’incendie de 1948 ? Par ailleurs, le terrain de l’ancien parc abrite visiblement des jardins ouvriers.

Le moulin en 62 – Photo IGN

En 1961, on prévoit de construire une école de filles et une école maternelle dans le quartier. C’est l’ancien parc, avec ses jardins ouvriers et son moulin, qui est choisi et qui fera les frais de l’opération. Le projet est mené à son terme, et donne bientôt naissance à l’école Anatole France, dont la cour s’étend désormais sur l’emplacement du vieux moulin…

Avenue des villas : un prolongement

L’avenue des Villas est maintenant ouverte entre la rue de Lannoy et la rue de Barbieux. Pour se rendre au parc, il est prévu d’emprunter la rue Montyon, qui n’est pas achevée. Elle est toujours barrée par une construction, et constituée par le tronçon d’un ancien sentier communal. De plus, elle forme un angle important avec l’avenue des Villas, et sa largeur prévue n’est que de douze mètres contre 30 à l’avenue des Villas. Ces inconvénients inspirent un autre plan : plutôt que de réaliser enfin la rue Montyon, pourquoi ne pas prolonger l’avenue des Villas en ligne droite par une voie de même largeur qu’elle ?

Le prolongement imaginé – Document archives municipales.

 Les propriétaires des terrains nécessaires à la prolongation de l’avenue sont essentiellement la société Lemaire Lefebvre, Edmond Ternynck-Dorneuil, ainsi que Pierre Delsalle-Defives, qui possède les bâtiments situés le long de la rue de Barbieux, juste dans l’alignement de l’avenue qu’ils barrent entièrement.

Dans une lettre datée du 21 Février 1899, certains des propriétaires concernés acceptent de céder les terrains nécessaires pour prolonger l’avenue entre la rue de Barbieux et l’avenue Lenôtre « en prolongation directe et sans courbe ». La ville s’engage à racheter ou à exproprier les deux propriétés implantées sur le passage de la voie, et à déclasser la rue Montyon, en restituant le terrain sur laquelle elle a été tracée. Ce terrain avait été cédé gratuitement quelques années plus tôt par Maxime Brame, qui le tenait de son père, Jules Brame, député et sénateur, également propriétaire du château de Beaumont à Hem. Le reste de ses propriétés a ensuite été cédé à la société Lemaire et Lefebvre, qui les a acquises en 1896. C’est donc elle qui récupérerait les terrains libérés par la rue Montyon.

Un obstacle toutefois , Edmond Ternynck, qui possède un terrain situé le long de l’avenue Lenôtre entre la rue Bossuet à la rue Montyon, et peu soucieux de voir ce terrain amputé et coupé en deux, entend contraindre la ville à tenir ses premiers engagements en ce qui concerne la rue Montyon. Il refuse tout arrangement amiable.

Le tracé est en nette pente (3,4 %) vers l’avenue Lenôtre et les eaux devront s’y déverser. Il faudra y construire un acqueduc pour les recevoir. Le projet est approuvé par le préfet et déclaré d’utilité publique en janvier 1901.

Document archives municipales

On procède activement aux formalités d’expropriation, d’indemnisation et d’acquisition des immeubles en vue de démolition. Edmond Ternynck, mis devant le fait accompli, accepte finalement un règlement à l’amiable. La rue Montyon est déclassée et supprimée, les servitudes la concernant disparaissent et les terrains qui la constituaient sont redistribués à leurs anciens propriétaires.

Les travaux peuvent démarrer. On se borne à niveler la voie nouvelle et à recouvrir le sol de cendrées. Les riverains vont pouvoir construire le long de la nouvelle avenue.

 

 

La rue Chateaubriand

Rue1

Photo Nord Éclair

C’était une petite rue calme et tranquille, qui n’a jamais fait parler d’elle. Elle était constituée d’une unique rangée de maisons bâties sur le même modèle. De l’autre côté de la rue, des jardins lui donnaient un petit air campagnard.

Ouverte en 1880, selon Nord Éclair, c’est une des plus vieilles rues du quartier : le plan cadastral de 1884 nous la représente près de la ferme Cruque, alors que ni la place du Travail, ni le Boulevard Lacordaire ne sont encore tracés. Il faut attendre un plan de 1896 pour les voir apparaître.

plan3

Documents archives municipales

Elle a donc relié la rue de Beaumont et le boulevard Lacordaire. Juste à côté se trouvait, à l’angle des rues Chateaubriand et de Beaumont, le château du petit Beaumont (ou château Prouvost). Un estaminet, « Au château de Beaumont » forme le coin de ces deux rues. On retrouve cet estaminet sous diverses apellations jusqu’en 1910. L’angle du boulevard Lacordaire et de la rue Chateaubriand abrite en 1939 un autre café, l’estaminet Decocq.

Après la deuxième guerre, le terrain appartient au CIL qui l’échange avec le centre hospitalier contre un terrain rue Carpeaux à hauteur de la rue Ph. Delorme, pour permettre de réaliser soit un hospice pour remplacer celui de la rue Blanchemaille, soit un nouvel Hôpital. Dès 1956, on commence à murer les maisons.

Rue2 Photo archives municipales

En 1959, il n’y en a plus que deux ou trois. Des autres,  il ne reste que que la façade murée. Cette même année voit éclore le projet de créer l’hôpital Victor Provo sur le potager de Barbieux. Ce projet est finalement accepté en 1978 par le ministère. La première pierre est posée en 1980, et la rue disparaît sous les bulldozers. Qui se souvient d’elle ?