Jean Carlier est né dans le Pas-de-Calais, Elvira Vogliazzo est d’origine italienne. Ils ouvrent une petite épicerie, au 96 rue de l’Alma à Roubaix, en 1949. C’est une toute petite échoppe de 20 m2, dans laquelle le couple propose des spécialités italiennes. Les débuts de leur activité sont encourageants, ils ont tous deux, le sens du commerce, et bénéficient d’une clientèle italienne nombreuse dans le quartier, des immigrés italiens qui ont du quitter leur pays et le régime fasciste.
document Carlier Vogliazzo
En 1952, le manque de place de leur magasin se fait cruellement sentir, mais aucune possibilité pour Jean et Elvira d’agrandir leur point de vente. Ils ont alors l’occasion de reprendre un local voisin, au 110 de la rue, à l’angle de la rue Emile Moreau. C’était auparavant le Foyer des Gardiens de la Paix. Ils aménagent à l’intérieur leur nouveau magasin d’alimentation et font appel à un entrepreneur local, Mr Pagliano, situé rue Philibert Delorme, pour des travaux de façade : remplacer 4 petites fenêtres par deux baies vitrées, une sur la rue de l’Alma et une sur la rue Emile Moreau. La gamme de produits s’étoffe, l’immigration italienne depuis la dernière guerre se développe, les quotas d’importation de produits étrangers baissent: les affaires du nouveau magasin deviennent alors prospères. En 1959, Jean confie des travaux de rénovation de sa façade ( rejointoiement et cimentage ) à l’entreprise de René Buil, au 27 rue Voltaire.
document Carlier Vogliazzo
Jean Carlier est non seulement bon commerçant, il est également curieux, Tout l’intéresse et en particulier les voyages. C’est lors de déplacements en Espagne et au Portugal qu’il découvre d’autres produits et d’autres saveurs. Au début des années 1960, Jean et son épouse développent donc leur gamme de produits pour satisfaire leur clientèle tout en évitant les intermédiaires afin de proposer des prix bas.
Jean Carlier précise : « Les clients recherchent « les produits du pays », les voyageurs qui ont un souvenir gustatif de leurs vacances en Espagne, en Italie, au Portugal, les curieux qui aiment goûter des saveurs nouvelles, différentes et enfin les connaisseurs qui ne viennent pas chez nous par hasard ! »
En 1968, Jean développe son entreprise en reprenant un magasin d’alimentation : Le Comptoir Français de Distribution, situé au 8 Contour Saint Martin. Il demande à l’architecte Raymond Lecocq, de la rue d’Inkerman, de transformer et d’agrandir le magasin et d’aménager 2 appartements dans les étages.
Façade et plan du 8 Ctr St Martin ( document archives municipales )Publicité 1971
Par la suite, Jean Carlier reprend la maison voisine de la rue Emile Moreau. L’architecte choisi est Emile De Plasse au 230 rue Pierre de Roubaix, qui organise une légère transformation de la façade avec le percement d’une porte de garage.
La façade de la maison rue Emile Moreau ( document archives municipales )
En 1974, Jean ouvre un troisième point de vente à Tourcoing, au 40 rue de Moscou.
Publicité 1975
Au début des années 1970, Henri, et Jean-Pierre, les deux fils fils de Jean et Elvira entrent dans la petite entreprise, pour créer l’activité de vente en gros destinée aux restaurants, pizzerias et autres commerces. Le volume engendré nécessite d’agrandir les locaux en reprenant un entrepôt de stockage de 300 m2, avec 3 chambres froides, et situé au 33, rue Cadeau. Un parking est aménagé dans cette même rue, après la démolition de quelques maisons insalubres.
document Carlier VogliazzoEntrepôt rue Cadeau ( Publicité 1981 )
Carlier Vogliazzo devient alors la référence régionale de la profession. En 1977, Henri rachète la maison voisine du 108 rue de l’Alma pour agrandir le magasin. La surface de vente et la réserve à l’arrière s’étalent désormais sur 159 m2.
document archives municipales et plan cadastralFaçade 1980 document Carlier Vogliazzo
A la fin des années 1980, Henri et son jeune fils Pascal, sont présents sur le marché de Wazemmes à Lille, tous les dimanches en matinée. Excellente école pour le jeune garçon qui commence à apprendre le métier. Il finit ensuite sa formation dans l’entrepôt de la rue Cadeau.
En 1995, la famille Carlier arrive en Belgique. L’objectif est de proposer leurs gammes de produits de la Méditerranée : « Les produits du Soleil » aux professionnels belges.
La première école de la rue de Beaurewaert à Roubaix a été construite en 1856. Elle était divisée en deux parties : l’école de filles et l’asile ( école du premier âge, appelée aujourd’hui : école maternelle ). A la fin des années 1890, l’école prend le nom d’Ernest Renan, célèbre écrivain décédé en 1892.
Plan cadastral 1884
Au début des années 1930, l’école s’est fortement dégradée. L’administration municipale songe sérieusement à construire un nouveau groupe scolaire pour obtenir le maximum de confort et d’hygiène pour les élèves.
La décision est prise en 1934. Le projet est confié à Jean Selle, architecte agréé, situé au 35 rue Richard Lenoir à Roubaix, et Marcel Spender architecte DPLG ( diplômé par le gouvernement ).
Marcel Spender ( document Nord Eclair )
Pour pouvoir offrir aux enfants une cour de récréation assez vaste, la municipalité décide d’annexer le terrain voisin, celui du presbytère appartenant à la ville et le terrain rectangulaire a désormais une superficie de 3.200m2. Le groupe scolaire est divisé en 2 sections : la maternelle composée de 4 classes et l’élémentaire de 6 classes. C’est une école de filles.
Projet ( document archives municipales )
Ce projet, tel qu’il est présenté, est très judicieux, car il n’apporte aucune gêne au fonctionnement de l’ancienne école. En effet, les vieux bâtiments seront rasés pendant les grandes vacances, pour permettre l’ouverture de la nouvelle école à la rentrée des classes.
Construction 1937 ( document archives municipales )
La façade, longue de 48,87m avec deux entrées latérales séparées, se situe sur la rue de Beaurewaert,. Cette façade moderne de style paquebot, est composée de briques de couleur chaude, le soubassement est en pierre de Soignies, une corniche en pierre couronne l’édifice. De grandes baies vitrées apportent dans les locaux l’air et la lumière à profusion. A chaque extrémité, les escaliers occupent la partie avancée : deux oriels en demi-cylindres en verre futuriste.
Façade rue de Beaurewaert ( document collection privée )Façade arrière rue Ste Elisabeth ( document collection privée )
Sur la façade arrière ( rue Ste Elisabeth, aujourd’hui renommée rue Henri Lefebvre ), se situent deux maisons individuelles latérales pour le logement des deux directrices.
maison de la directrice ( document archives municipales )maison de la directrice ( document archives municipales )
Le grand bâtiment sur la rue de Beaurewaert, comprend en demi sous sol, une immense salle de réfectoire qui peut également être utilisé en tant que salle des fêtes ou cinéma. Dans les années 1960, les élèves de l’école de garçons Pierre de Roubaix fréquentent cette salle pour des films projetés par Alain Sailly ( fils de l’instituteur Gilbert Sailly ).
salle de réfectoire ( document archives municipales )
Aux étages se trouvent les salles de classe : les maternelles au 1° étage, les élémentaires au second.
plan du rez de chaussée ( document archives municipales )perspective ( document archives municipales )
Marcel Spender construit cette école pour le bien-être des enfants, l’hygiène, le confort et la lumière sont au programme. Belle reconnaissance, l’école est distinguée en 1938 par la revue l’Architecte d’Aujourd’hui comme l’une des plus belles réalisations scolaires françaises.
L’école va se développer très fortement après la seconde guerre mondiale, avec le baby-boom des années 1960. Les crises économiques des années 1970 vont amener la municipalité à moderniser l’établissement en installant, en 1982, des nouveaux châssis de fenêtres extérieures en aluminium, pour une meilleure isolation thermique mais également phonique.
document Nord Eclair
En 1991, des lézardes apparaissent dans les murs de l’école. Certes le bâtiment n’est pas prêt de tomber sur la tête des élèves, mais le plâtras qui commence à dégringoler des fissures a de quoi inquiéter. Il est donc urgent d’effectuer quelques travaux de rénovation sur les cloisons intérieures à partir des vacances de Février.
document Nord Eclair
Mais deux semaines de fermeture paraissent un délai très court pour accomplir les travaux, et une école en chantier à la rentrée, entraînerait forcément des perturbations. On a donc décidé de fermer complètement l’établissement pendant 6 semaines et d’y revenir dès que tout sera terminé. Les deux directrices Mesdames Pavy et Maes, avec le service technique, programment le déménagement du matériel dans d’autres écoles : PaulBert/EdgarQuinet mais également Chanzy et Gambetta pour recevoir les enfants. Il faut songer aussi à préparer les services de car pour les déplacements chaque jour, la restauration à renforcer etc. Dans un cadre agréable et confortable, les 317 élèves reprennent possession de leurs classes, début Avril 1991.
document Nord Eclair
L’inauguration des locaux rénovés a lieu en Octobre 1991, en présence de André Diligent, sénateur-maire de Roubaix.
document archives municipales
L’école Ernest Renan, ouverte depuis 90 années, accueille toujours les élèves du quartier Ste Elisabeth.
Les ascensions se déroulent sur tout le territoire national. Une ascension aérostatique est toujours un événement exceptionnel pour le public, c’est un spectacle nouveau et attrayant qui voit accourir de toutes parts, une foule immense. En 1883, Jean Baptiste Glorieux a déjà effectué 320 ascensions, dont quelques unes ont été exécutées avec une hardiesse qui donne le vertige. Depuis son premier vol à Roubaix, on calcule alors qu’il a passé plus de deux mois de sa vie dans les nuages !
document Bernard Thiebaut
Le 22 Juin 1884, Jean-Baptiste Glorieux embarque à bord son ami Zéphirin Disdal et décolle de la place de la République à Lille. Arrivé à l’altitude de 4.000 mètres, Zéphirin saute dans le vide, le corps accroché à son parachute. Quelques minutes plus tard, une prairie lilloise accueille le premier parachutiste du Nord.
document Bernard Thiebaut
Le 14 Juillet 1898, pour notre fête nationale, alors qu’il prend place sur le trapèze, sous la nacelle, il est projeté sur la façade de la maison Rammaert-Jeu ( devenue ensuite la Bibliothèque Municipale ) sur la Grand Place de Roubaix. Le ballon arrive quand même à se dégager et termine son vol à Dottignies.
Jean-Baptiste est un homme de petite taille, mais vif, nerveux et intrépide, cachant sous des apparences modestes et simples, des connaissances variées et étendues sur sa passion. Dans la conversation, c’est un charmant et agréable conteur, sans prétention mais laissant toujours sentir le feu sacré de son art.
En 1900, il habite au 13 rue de l’Industrie à Roubaix. Il est père de 4 enfants : Sur la photo ci-dessous, de gauche à droite, Juliette Viane, son épouse, Jean-Baptiste Glorieux, puis les trois filles Rachel, Angèle et Berthe, et le fils George, coiffeur à Bruxelles.
Photo de famille ( document archives municipales )
Le 23 Mars 1905, Jean-Baptiste décède dans son lit, à son domicile, au 21 rue Vauban à Roubaix, à l’âge de 71 ans. Au total il a réalisé pendant ses 40 années d’activité, 635 ascensions toutes plus intrépides les unes que les autres dont certaines faillirent même lui coûter la vie.
Le Conseil municipal décide alors de donner le nom de Jean-Baptiste Glorieux, à une rue de la ville qui relie la rue Saint Antoine à la rue du Collège, aujourd’hui disparue lors de la création de l’avenue des Nations Unies.
JB Glorieux avait un cœur généreux et son concours bénévole était toujours acquis aux œuvres charitables et de bienfaisance. Il a participé à toutes les manifestations organisées par la ville de Roubaix. Il repose au cimetière de Roubaix sous une tombe originale et symbolique, ornée d’un ballon sphérique en miniature s’élançant sous la voûte céleste. Ce monument a pu être érigé le 29 octobre 1905, grâce à une souscription publique.
Cimetière de Roubaix ( document Nord Eclair )
En 1985, pour le 80° anniversaire du décès de Jean-Baptiste Glorieux, la municipalité décide de lui rendre un hommage aérostatique et ce, en deux parties. La première par un lâcher de trois ballons le 15 Septembre au parc de Barbieux, et la deuxième par une exposition en Décembre à la salle Watremez, avec de nombreux documents qui retracent la vie et les exploits de l’aéronaute, dans le contexte de son époque.
Exposition salle Watremez ( document Nord Eclair )document Nord Eclair
Remerciements à Bernard Thiebaut ainsi qu’aux archives municipales
Au 94 rue de la gare à Roubaix, se trouve un imposant bâtiment construit à la fin du siècle dernier, et occupé par « La Flandre », grosse compagnie d’assurance, administrée par Mrs Eeckman et Tettelin.
Le 94 rue de la Gare ( document collection privée )Publicité « La Flandre » ( document collection privée )
André Eeckman habite sur place dans l’un des étages. En 1927, il souhaite se faire construire une villa. Il négocie l’achat d’un terrain vierge de 1324 m2, situé au 33 bis boulevard de Beaurepaire, appartenant à la famille de son épouse : les frères Courouble, meuniers au 35 du boulevard de Beaurepaire. André fait appel à l’architecte Maillard à Tourcoing, pour établir les plans de sa future propriété.
cadastrefaçade ( document archives municipales )
La propriété est immense, le rez de chaussée d’une surface de près de 300 m2 comprend, le hall d’entrée, un garage pour deux voitures, un salon, un vestiaire, un living-room, une salle à manger, une cuisine, un office et une terrasse.
Plan du rez de chaussée ( document archives municipales )
Le 1° étage est composé de 4 chambres dont une suite parentale, une salle de jeux, un vestibule, deux salles de bains, des toilettes et une lingerie. Le second étage a pratiquement la même surface.
Façade avant ( document archives municipales )Vue du jardin ( document archives municipales )
André Eeckmann-Courouble et son épouse, habitent cette demeure, pendant de nombreuses années. Au décès d’André, au début des années 1950, sa veuve reste dans les locaux jusqu’au début des années 1970.
De nos jours, la villa Eeckmann est inoccupée et semble même à l’abandon.
Jean-Baptiste Glorieux naît à Tournai le 13 Juin 1834. Ses parents, Jean-Baptiste et Angélique Glorieux arrivent à Roubaix dix années plus tard. Leur fils reçoit une instruction élémentaire classique. A 15 ans, il exerce la profession de tisserand puis tourneur et entreprend son Tour de France en qualité de compagnon. Il est très curieux par nature et s’intéresse à plein de choses, il emploie ses loisirs à étudier la mécanique, la physique, la chimie et acquiert un solide bagage scientifique, toujours à la recherche de la perfection. Jean Baptiste adore également le théâtre, il fait partie de la troupe Roïau de Joseph Couvreur.
Depuis son enfance, Jean-Baptiste est passionné par les ballons et répète toujours : « Si j’avais de l’argent, je ferais un ballon, et je monterais ». Avec quelques camarades, il achète de la toile de calicot et construit son sphérique.
Jean-Baptiste Glorieux ( document Nord Eclair )
Le 15 Août 1861, dans la rue d’Inkermann, ils allument des bottes de paille pour remplacer le gaz, mais malheureusement le ballon ne veut pas décoller ! Jean-Baptiste ne se décourage pas, cet échec galvanise sa volonté. Il recommence alors, fabrique un ballon dans la salle de la Grande Harmonie, l’emmène dans les champs le 12 Septembre 1861, et enfin il décolle et atterrit un peu plus loin à la Broche de Fer. Jean Baptiste est fou de joie et ne pense qu’à repartir. Il réalise une deuxième ascension à Tourcoing avec son ballon « Le Vengeur » qu’il monte sans nacelle, assis sur une planche de bois, ce qui fait frémir les foules quand il se balance sous le ballon. Il rejoint le plancher des vaches à Wasquehal. Cette deuxième ascension marque le début de ses succès, il devient alors très connu et fait partie des aéronautes les plus remarquables de la région. Ses premiers succès le motive encore davantage. Dans sa maison de la rue Decrême, il produit d’innombrables ballons : l’Hercule, le Titan, l’Eclair, le Zephyr et le Jupiter.
document Bernard Thiebaut
Dans les années 1860, Jean Baptiste multiplie les ascensions toujours couronnées d’un plein succès. Il est acrobate et talentueux, avec son sang-froid habituel, il exécute régulièrement des exercices de gymnastique périlleux, sur un trapèze placé sous la nacelle.
document Bernard Thiebaut
Les ascensions sont nombreuses dans toutes les villes de la région et même en Belgique. En Septembre 1868, à Tournai, Jean Baptiste annonce un vol en ballon avec largage d’un parachutiste ! La foule se presse sur la place Verte, pour assister à cet événement. Jean Baptiste est accompagné, cette fois-ci de son frère qui occupe une place sous la nacelle. Lorsque le ballon arrive à la hauteur de 600 mètres, sur la plaine St Martin, Jean Baptiste coupe la corde qui relie son frère. Il tombe rapidement d’une vingtaine de mètres, et le parachute s’ouvre. Les deux frères sont ovationnés pour cette action unique et courageuse. Cette démonstration exceptionnelle permet à Jean-Baptiste d’être applaudi par le public à chaque prouesse.
Il pousse parfois l’audace jusqu’à tirer un feu d’artifice depuis son ballon. Il effectue aussi parfois des ascensions, monté à califourchon sur un baudet, ce qui lui permet d’inscrire sur son papier à lettres : « ascensions équestres » !
document Bernard Thiebaut
Les ascensions se multiplient de plus en plus, et les aventures aussi. Lors d’une démonstration à Nantes, à bord du « Zodiaque », il s’aperçoit tout à coup, que son ballon va se poser sur une voie ferrée, alors qu’un train arrive à grande vitesse. Il a juste le temps de lâcher du lest, pour reprendre un peu de hauteur et échapper à une catastrophe, mais le ballon va s’accrocher au sommet d’un arbre, d’où il faut aller le retirer de sa fâcheuse position. Quelques années plus tard, Jean-Baptiste Glorieux part de Lille avec son « Jupiter » qui jauge 500 mètres cube, et se retrouve à une heure du matin au dessus de la Manche. Il lutte pour essayer de maintenir l’altitude nécessaire, mais se retrouve en difficulté et amerrit au large. Fort heureusement, un navire « Le Brighton » qui assure la liaison Newheaven-Dieppe passe à proximité. Le capitaine du navire aperçoit le ballon qui se trouve à une distance de 4 miles et fait descendre une chaloupe pour lui porter secours. Les hommes arrivent juste à temps, car la nacelle est déjà submergée. Jean-Baptiste est sauvé.
document Journal de Roubaix
Mais la plupart des ascensions se passent bien, sans problème particulier, et les quelques incidents relatés ne ralentissent en rien la volonté de l’aéronaute de continuer d’exercer sa passion. Sa gloire grandit à la mesure de son audace.
JB Glorieux au dessus de la nacelle ( document bnr )
à suivre . . .
Remerciements à Bernard Thiebaut ainsi qu’aux archives municipales.
Après le départ de Carolyn Carlson, le chorégraphe Olivier Dubois est nommé par Aurélie Filippetti, ministre française de la Culture en 2014, pour être le nouveau directeur du Ballet du Nord / Centre Chorégraphique National de Roubaix. Olivier est danseur et chorégraphe, c’est une figure majeure de la danse. Précision, audace de l’écriture et engagement physique des danseurs sont sa signature. Olivier salue le bon bilan de Carolyn, et sait qu’il a une chance exceptionnelle de disposer d’un CCN aujourd’hui sain. Il arrive confiant, avec un projet optimiste et soucieux de défendre l’audace et le plaisir.
document Nord Eclair
En 2015, il crée deux nouvelles pièces: « Mon Elue noire Sacre #2 », un solo pour Germaine Acogny, et « Les Mémoires d’un seigneur », interprété par un danseur de la Compagnie et 40 danseurs amateurs masculins. Olivier Dubois partage en effet aussi ses créations, « Envers et face à tous », avec des danseurs amateurs de tous horizons et de tous âges sur Roubaix.
Envers et face à tous au Colisée ( document YouTube )
Mais des difficultés apparaissent cette première année : La Voix du Nord parle d’un déficit important et d’un audit qui établit la souffrance psychologique au sein du personnel, résultat d’un management défaillant. Olivier annonce son départ, à la fin de son contrat fin 2017.
Sylvain Groud est nommé à la direction du Ballet du Nord, CCN Roubaix Hauts-de-France, par la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Il succède donc officiellement à Olivier Dubois au 1 Janvier 2018.
Sylvain Groud ( document Ballet du Nord )
Sylvain Groud est un chorégraphe d’origine normande, il a créé avec sa compagnie MAD, plus de 30 pièces depuis 1994. Il a la volonté ferme de placer le CCN dans une dynamique partenariale locale, régionale et transfrontalière, notamment grâce au déploiement d’un CCN mobile.
« Si je danse depuis si longtemps, c’est pour laisser exprimer le corps et tout ce qui se passe entre les corps, dans l’espace, explique Sylvain Groud, le processus de création dans la rencontre, c’est mon leitmotiv, je ne fais que tourner autour de cette question. »
Au printemps 2018, il présente des créations majeures : « Let’s move » spectacle participatif et « La déclaration » avec Naïssam Jalal.
document Ballet du Nord
« On va sortir la danse du CCN pour aller dans la ville, en lien avec les autres structures culturelles, précise son directeur adjoint Denis Lucas. On va faire en sorte que le CCN soit un lieu de pratique pour les gens de Roubaix en mettant en place les ateliers parents-enfants, les ateliers pour les différents types de population. »
En Novembre 2018, c’est la fête au Colisée. Le public a répondu présent à Sylvain Groud, quand il propose de faire monter sur scène, une centaine de spectateurs. L’objectif de cette création « Let’s move » est de faire danser et chanter qui veut. Pari réussi ! Des volontaires qui partagent la scène avec des danseurs professionnels, c’est ça, la réussite !
document Nord Eclair
La période Covid arrive en 2020. Le confinement saisit le monde, la situation est difficile pour tous les spectacles. En réaction à la crise sanitaire, Sylvain Groud crée la pièce « 4m² » pour essayer de réduire la distance que le spectacle met entre l’artiste et le spectateur. C’est une pièce qui questionne notre rapport à l’espace, aux relations humaines, à la liberté.
Doc 32 document Nord Eclair
Dans les années 2020, Sylvain Groud continue comme l’avaient fait certains ou certaines de ses illustres prédécesseurs, de multiplier les spectacles dans des lieux divers et surprenants. Ehpad pour les personnes âgées, Vélodrome de Roubaix pour les activités sportives, l’usine Stellantis pour les gestes d’ouvriers, bassin minier, collège, commerces etc
Vélodrome de Roubaix ( document Nord Eclair )
À l’automne 2021, il crée deux duos chorégraphiques : « L’autre » et « Lorsque l’enfant était enfant ». La première de sa nouvelle création, pièce pour 5 danseurs et 5 musiciens, intitulée « Le banquet des merveilles » a lieu le 13 novembre 2024 au Colisée de Roubaix.
Sylvain Groud ( document Ballet du Nord )
L’École du Ballet du Nord, dont les liens avec l’université de Lille et le partenariat avec l’ESMD, (Ecole Supérieure de Musique et de Danse de Lille) mis en place en 2012 ont favorisé la formation au diplôme de professeur de danse de plus d’une centaine de jeunes enseignants, finalise son rattachement au Conservatoire de Roubaix à la rentrée 2025/26. Elle est désormais détachée du Centre Chorégraphique National pour devenir pleinement le département des études chorégraphiques du CRD : Conservatoire à Rayonnement Départemental.
Le 19/21 ( document Ballet du Nord )
Depuis 43 années, le Ballet du Nord reste à l’écoute du grand public. Il organise chaque premier mardi du mois de 19h à 21h, des réunions gratuites pour les participants à la soirée 19 / 21 : expérience singulière faîte d’improvisation, de liberté et de rencontres, au Grand Studio du Colisée ( ancien dancing à l’étage ), espace toujours dédié à la danse.
Ballet du Nord ( document B. Vanalderwelt )
Remerciements à Bernard Vanalderwelt, Robert Pereira, Pascal Minam-Borier et Henri Mayet ainsi qu’aux archives municipales.
Eleuthère De Meyer est né en 1897. Il est ouvrier agricole à Blandain en Belgique. Ambitieux, il souhaite absolument ouvrir son commerce. Eleuthère et son épouse, Julia Desprets, décident alors de reprendre la boulangerie de L. Vandenberghe située au 312 de la rue de Lannoy à Roubaix. Ils n’ont que peu d’expérience dans le domaine de la boulangerie, ils apprennent donc sur le tas la fabrication des produits. Ils ouvrent leur commerce, la boulangerie « De Meyer.Desprets » en 1922.
Eleuthère De Meyer tient son cheval devant la façade de la boulangerie dans les années 1920 ( document famille De Meyer )
Leur local est très vaste. A gauche de la façade se trouve une porte cochère qui longe l’étroit magasin. Derrière celui-ci se trouve l’habitation, puis l’atelier boulangerie, le four à pain. Au fond se situent l’écurie et le jardin et de l’autre côté un local qui donne sur la rue Massillon.
plan du commerce ( documents archives municipales )
Eleuthère et Julia apprennent rapidement leur métier, fabriquent du pain d’excellente qualité, et proposent à la clientèle la livraison de leurs produits à domicile. Sur la photo ci-dessous, on distingue Eleuthère avec sa casquette, son épouse Julia en tablier blanc et leurs deux filles Andrée et Renée, et à gauche, une amie.
document famille De Meyer années 1930
Après la seconde Guerre Mondiale, à la demande des clients, Eleuthère et l’un de ses trois fils, Gérard né en 1930, commencent à produire un peu de pâtisserie et se spécialisent en desserts à base de crème chantilly.
Buvard publicitaire fin des années 1950 ( document collection privée )
Julia décède au milieu des années 1940. Eleuthère se remarie quelques temps après avec Jeanne Leclercq. La boulangerie devient ainsi « De Meyer Leclercq ».
Publicité De Meyer Leclercq ( document Nord Eclair )
Gérard travaille dans l’entreprise familiale en tant qu’apprenti boulanger. Afin de développer le rayon pâtisserie encore balbutiant, il part à Bruxelles dans les années 1950, pour parfaire sa formation et devenir chef pâtissier. A son retour, son diplôme en poche, il crée un rayon pâtisserie exceptionnel qui développe fortement l’activité du commerce. Gérard et son épouse Jacqueline créent également une activité de glacier et confiseur ainsi qu’un rayon dragées.
document famille De Meyerdocument famille De Meyer
Toujours à l’affût de bons coups publicitaires, le couple décide d’organiser, en 1965, une tombola : « Le quart d’heure de la Chance » afin de pouvoir offrir de nombreux cadeaux à la clientèle. Sur la photo ci-dessous, se trouve au centre, Jacqueline avec ses lunettes teintées, et devant elle, sa fille Julietta, entourées de nombreux clients.
Document Nord Eclair 1965
En 1965, Géry leur fils, vient aider ses parents à l’atelier. Les affaires continuent de se développer fortement. Gérard De Meyer est considéré comme un professionnel compétent par ses clients. La pâtisserie n’a plus de secrets pour lui. Il crée des pièces montées gigantesques pour les communions, des gâteaux appétissants comme son « Sourire de Mai » : une spécialité maison composée de génoise, fraises et sa superbe crème chantilly. Il produit des coquilles de Noël de grande qualité gustative mais également des petites coquilles en quantité importante pour les écoles primaires du quartier, sans oublier les délicieux chaussons aux pommes. La braderie de la rue de Lannoy au mois de Septembre est toujours un événement très attendu par les commerçants. Lors de cette journée, Julietta, la plus jeune des 3 enfants, se déguise en chef pâtissier et toque sur la tête, déambule dans la braderie face au magasin, avec son sachet de chaussons aux pommes, qu’elle propose à la vente aux « bradeux » avec un grand succès.
Gérard De Meyer ( document famille De Meyer )
Les affaires se développent, mais le magasin reste petit et étroit, le manque de place se fait alors cruellement sentir. Il faut songer à agrandir le point de vente. En 1977, Gérard et Jacqueline déposent un projet d’agrandissement du commerce en supprimant la porte cochère. Le projet est confié à l’entreprise Décora de Lambersart.
la façade avant travaux en 1973 ( document famille De Meyer )le projet ( document archives municipales )la façade en 1977 ( document famille De Meyer )
Le résultat est remarquable, l’espace est beaucoup plus grand, les produits sont bien mis en valeur dans des présentoirs vitrés, la lumière est agréable, c’est parfait. Un pot de l’amitié est offert à la clientèle en Octobre 1977.
document Nord Eclair
Au début des années 1990, Gérard a 60 ans ; il prend sa retraite et aucun des 3 enfants, Géry, Sabrina et Julietta ne reprend l’affaire. Le commerce est cédé à J.P Lalart qui continue l’activité durant quelques années.
Publicité 1993 ( document Nord Eclair )
Le commerce est ensuite repris par Magali Caron et Dimitri Guilbert en 2005 et ferme en 2011
Le commerce en 2008 ( document Google Maps )
Remerciements aux membres de la famille De Meyer ainsi qu’aux archives municipales.
Après le décès d’Alfonso Catà, Jean Paul Comelin prend alors la direction du Ballet du Nord. En 1991, il présente le « Requiem » ( la messe des morts ) sur la musique de Wolfgang Amadeus Mozart. Ce ballet se veut un hymne pour tous les artistes de la terre. Créée quatre ans auparavant aux Etats Unis, confirmée deux ans après à Roubaix à l’invitation d’Alfonso Catà, cette chorégraphie revient au Colisée en ce mois de Février 1991 avant d’être présentée sur les scènes du monde, de Leningrad, au Canada en passant par de nombreux pays européens. Ce requiem ne marque pas une fin, mais le début d’une nouvelle et riche aventure.
Jean Paul Comelin ( document collection privée )
Requiem de mozart ( document bnr et Nord Eclair )Jean-Paul Comelin au centre de la photo, entouré de son équipe de danseurs, techniciens et administratifs ( document B. Vanalderwelt )
En 1992, Jean-Paul Comelin, avec le peintre Mahdjoub Ben Bella et la costumière Yvonne Sassinot de Nesle, créent « Signatures », une pièce audacieuse, une œuvre tout simplement géniale. En effet, le talentueux Ben Bella réalise chaque soir en 47 minutes une toile de plus de dix mètres de long, en direct, le temps d’une chorégraphie sur scène, alors que les arabesques des danseurs semblent s’extraire de la toile.
Comelin et Ben Bella : « Signatures » ( document Nord Eclair )
Jean-Paul Comelin s’attaque ensuite à un monument de la danse, le ballet le plus représenté dans le monde : « Casse-Noisette ». Il quitte la direction artistique en 1993. La situation financière de la compagnie connaît des difficultés. Un collectif de plusieurs danseurs est alors mis en place pour assurer l’intérim en 1993-1994.
L’augmentation constante des effectifs de l’Ecole du Ballet du Nord et le développement de son projet pédagogique et artistique engendrent la création et l’installation de son activité en 1999, dans les anciennes usines textiles Roussel, situées au 139 rue des Arts, à proximité du Colisée. D’importants travaux de rénovation sont entrepris et financés par la ville de Roubaix.
Roussel ( document archives municipales )
Pascal Minam-Borier, danseur soliste, puis danseur principal du Ballet du Nord est nommé officiellement directeur de l’école. Ancien enseignant, Pascal cumule depuis 1985, les deux fonctions, danseur et responsable de la formation des élèves. Désormais, l’École bénéficie de 1600 m² d’équipements comprenant quatre vastes et lumineux studios, des vestiaires équipés, une salle d’échauffement, un espace de réunion et de ressources ainsi qu’une tisanerie. Les locaux permettent en plus, l’accueil d’actions pédagogiques à destination des classes de Roubaix, des activités danse des ALSH (centres de loisirs), l’accueil de compagnies en résidence et plus tard l’installation du département Pédagogie de la danse de l’Ecole Supérieure Musique et Danse Hauts-de-France – Lille.
Pascal Minam-Borier au centre de la photo ( document Nord Eclair )Pascal Minam-Borier, de nos jours ( document Ballet du Nord )
Claude Bartolone, ministre de la ville profite de son passage à Roubaix en 2001, pour visiter les locaux de l’école du Ballet du Nord, en compagnie de René Vandierendonck.
Claude Bartolone ( documents Nord Eclair )
Suite au départ de Jean-Paul Comelin, en 1994 la direction du Ballet du Nord est assurée en intérim pendant un an, par Françoise Adret, co-fondatrice du Ballet Théâtre Contemporain d’Amiens, ancienne directrice artistique du « Lyon Opéra Ballet ». En 1995, Maryse Delente prend le relais de la direction du Ballet du Nord. Arrivant de Vaulx-en-Velin où elle dirigeait sa propre compagnie, Maryse Delente construit à Roubaix, des pièces dramaturgiques et néo-classiques avec un talent artistique incontestable. Roméo et Juliette (1996) sur la musique d’Hector Berlioz, Nous n’irons plus au bois (1998)ou Barbe Bleue (2000) sont créées pour la troupe du Ballet du Nord. Elle signe également une pièce emblématique, Gisèle ou le mensonge romantique, relecture contemporaine de la célèbre œuvre classique du XIXe siècle. Elle soutient l’Ecole, offrant une de ses chorégraphies, Ninna Nanna interprétée de très nombreuses fois par les élèves les plus avancés. Elle accueille également dans la compagnie, des stagiaires issus de l’école qui rejoindront le corps de ballet et démarreront leur carrière professionnelle. Malheureusement sa gestion en ressources humaines est décriée par son équipe et elle quitte le Ballet en 2002.
Françoise Adret ( document Google )Maryse Delente ( document Google )Affiche Maryse Delente ( document bnr )
Jean Guizerix, un ancien danseur de l’Opéra de Paris, prend la direction du Ballet en 2002. Il présente le spectacle « Comme un souffle » et assure le redémarrage de l’activité des danseurs après une période tumultueuse et pour fêter dignement la double décennie du Ballet.
Jean Guizerix ( Documents Spike et B. Vanalderwelt )
Le Ballet du Nord fête en effet son 20° anniversaire en 2003. Quel chemin parcouru ! Le Ballet aura connu de nombreux épisodes et des coups de théâtre. Il suffit d’évoquer les directions très contrastées pour comprendre que ces 20 années n’ont pas été un long fleuve tranquille. Mais le Ballet s’est forgé une image de choix dans le monde de la danse.
Les 20 ans ( document Nord Eclair )
Pour fêter dignement son 20° anniversaire, du 9 au 30 Mars 2003, le Ballet du Nord propose d’exposer au musée de la Piscine, les plus beaux costumes de scène utilisés par les danseurs : des robes de soie, des costumes en velours, des tutus, des perruques, des tenues baroques etc. Le résultat est impressionnant, c’est en quelque sorte une deuxième vie, une deuxième mise en scène que cette exposition offre à ses costumes.
20 ans de costumes au musée de la Piscine en 2003 ( document B. Vanalderwelt et Nord Eclair
En décembre 2004, Carolyn Carlson est nommée à la direction du Ballet du Nord. D’origine franco-finlandaise et né, aux U.S.A, Carolyn Carlson, danseuse, chorégraphe ainsi que poète et calligraphe, est une grande figure de la Nouvelle Danse Française. Elle a joué un rôle central dans la promotion de la danse contemporaine en France avec le « GRTOP » Groupe de Recherches Chorégraphiques de l’Opéra de Paris, mais également en Italie où elle chorégraphie à La Fenice de Venise durant 11 ans puis en Finlande d’où sont originaires ses parents. Sa notoriété et ses œuvres génèrent un rayonnement de Roubaix sur le territoire et à l’international. Très impliquée sur le territoire, elle redonne couleur et légèreté, apporte de la poésie au CCN devenu incontournable.
Carolyn Carlson ( document Google )
La première apparition de la compagnie sous la direction de Carolyn Carlson se fait en juin 2005 au musée de la Piscine de Roubaix dans un mémorable happening, investissant ce lieu emblématique, jusqu’à danser dans la travée d’eau. L’adhésion du public est pleine et entière et ne se démentira pas durant chacune des neuf années de son mandat artistique. Elle signe la chorégraphie de plusieurs œuvres, citons entre autres : Inanna (2005), spectacle fondateur pour son installation au Colisée de Roubaix, cette pièce est une ode à la puissance créatrice instinctive et guerrière ainsi qu’à la sensibilité et aux mystères féminins, Hidden (2007), pièce d’inspiration chamanique, Eau (2008) chorégraphie écologique et contemporaine sur des images d’Alain Fleisher, directeur du Fresnoy à Tourcoing pour la partie scénographie, Mundus Imaginalis (2010) cycle chorégraphique pour musées et galeries d’art qui propose une immersion dans les visions picturales et plastiques qui animent la chorégraphe avec pour sources d’inspiration Schiele, Magritte, Kieffer, Van Gogh, Pollock, Warhol Zao Wou-Ki, Picasso…
document Pascal Minam-Borier
La compagnie constitue également pour la chorégraphe une pépinière de jeunes créateurs qu’elle soutient et encourage. Elle investit des lieux improbables pour ses présentations (musées, piscines, friches industrielles, … ). En parallèle, le projet du Colisée s’élargit, à partir de 2004, avec l’arrivée de Bertrand Millet qui y développe un théâtre pluridisciplinaire. Leur, collaboration sera fructueuse.
Carolyn Carlson
En 2006, l’œuvre de Carolyn Carlson est couronnée par le premier Lion d’Or jamais attribué à un chorégraphe par la Biennale de Venise. Elle est aussi commandeur des Arts et Lettres et dans l’ordre de la Légion d’honneur. En 2009, Carolyn Carlson accueille une compagnie dont l’équipe du CCN porte la charge administrative : la compagnie Zahrbat du danseur hip hop Brahim Bouchelaghem. Carolyn Carlson compose plusieurs poèmes pour sa création What did you sayvéritable source d’inspiration pour Brahim Bouchelaghem.
Document bnr
C’est également en 2009, que Carolyn crée « Le Roi Penché » une pièce pour jeune public, imaginée à partir d’un conte écrit par Marie Desplechin, célèbre autrice roubaisienne.
L’Ecole du Ballet du Nord de la rue des Arts est reconnue par le Ministère de la Culture et de la Communication en 2009. Elle devient le département des études chorégraphiques du Conservatoire à Rayonnement Départemental de Roubaix. Ce statut lui permet de former les élèves à partir de la classe éveil jusqu’au cycle 3, soit de l’âge de 5 à 20 ans. Ce parcours de formation initiale permet à chaque élève de choisir son niveau de pratique dans la discipline qui lui correspond (classique ou contemporaine), de l’activité de loisirs à la formation pré-profesionnelle. L’école se produit d’ailleurs chaque année sur la scène du Colisée dans des conditions professionnelles de représentation, faisant appel à des chorégraphes confirmés pour les élèves les plus avancés et présentant des spectacles à destination du jeune public. Elle crée une version du « Sacre du Printemps » avec l’ensemble des 150 élèves, dont la composition retient l’attention de Carolyn Carlson qui souhaitera la proposer au public de la compagnie, en ouverture de soirée lors des 30 ans du CCN.
Carolyn Carlson s’investit d’ailleurs beaucoup dans le programme pédagogique de l’Ecole encadrant des master-class et des ateliers. Elle signe deux pièces pour les élèves de l’Ecole. Plusieurs danseurs désormais dans la troupe, ont suivi l‘ensemble de leur formation à l’école. Carolyn Carlson et Bartabas, écuyer, scénographe, fondateur du Théâtre équestre Zingaro. et directeur de l’Académie du spectacle équestre de Versailles , créent un spectacle un peu fou en 2011 : « We were horses » durant lequel 16 danseurs, 12 écuyers et leurs magnifiques chevaux évoluent sur la piste de façon harmonieuse, avec grâce et élégance. Créée à Bruay la Buissière, la pièce est diffusée à Lyon-Fourvière, Monaco et Paris-La Villette. Elle sera présentée devant plus de 20.000 spectateurs.
Bartabas ( document Nord Eclair )
En 2014, Carolyn quitte Roubaix pour créer sa propre compagnie : la « Carolyn Carlson Company ». Au cours de ses dix années passées à la direction du Ballet du Nord, son influence et ses succès ont été considérables à Roubaix, sur le territoire français et dans de nombreux pays européens. Elle a joué un rôle clef dans l’éclosion des danses contemporaines.
document Nord Eclair
à suivre . . .
Remerciements à Bernard Vanalderwelt, Robert Pereira, Pascal Minam-Borier et Henri Mayet ainsi qu’aux archives municipales.
Au début des années 1930, Suzanne Bossut reprend le commerce de ses parents. C’est une lingerie, située au 72 rue de Lannoy à Roubaix, une des deux plus grandes artères commerçantes de la ville. Suzanne est mariée depuis 1924, avec Albert Carette, négociant en tissus. Ils habitent ensemble au 294 de la rue de Lannoy.
Albert et Suzanne en 1926 ( document E. De Rycker )
Suzanne est douée pour la couture et la création de vêtements. Rapidement elle se spécialise, en fabriquant elle-même des tabliers. Son commerce prend alors l’enseigne « La Maison du Tablier ». Elle propose à la clientèle des tissus qu’elle négocie auprès des nombreux fournisseurs roubaisiens, et fabrique sur mesure toutes sortes de tabliers, pare-poussières, et même des peignoirs. Suzanne travaille seule dans son échoppe, coupe les tissus, les assemble et les coud sur sa machine à coudre.
La vitrine du 72 rue de Lannoy ( document E. De Rycker )
La clientèle féminine est ravie, car la proposition de Suzanne lui permet d’acquérir des vêtements personnalisés et uniques. Les affaires fonctionnent très correctement. Suzanne profite de quelques occasions, comme la braderie de la rue de Lannoy, pour communiquer par de la publicité dans la presse locale ou par la distribution de buvards publicitaires.
Publicité ( document Nord Eclair )Buvard ( document E. De Rycker )
Suzanne et Albert habitent sur place, au 72 de la rue de Lannoy. Le commerce n’est pas très grand, la machine à coudre est placée dans l’arrière boutique. Au fond se trouve une cuisine et à l’étage la salle principale et les chambres. Suzanne, lors de ses rares moments de détente, confectionne des tabliers pour les poupées de ses petits enfants
Tablier de poupée ( document E. De Rycker )
En 1960, Suzanne prend sa retraite et sa fille Suzette reprend le magasin mais ferme peu de temps après. Le commerce ne sera pas cédé, car le projet de la mairie, dans le cadre de la rénovation urbaine du quartier, prévoit de raser toute cette partie de la rue de Lannoy. René Violette la chemiserie voisine au 70 de la rue, loue alors la vitrine pour y présenter ses chemises durant quelques temps.
L’Opéra du Nord est créé le 20 février 1979, composé du théâtre lyrique de Lille, du Ballet du Nord de Roubaix et de l’atelier Lyrique de Tourcoing. Pierre Mauroy maire de Lille, Pierre Prouvost maire de Roubaix, et Guy Chatiliez maire de Tourcoing, signent un accord qui permet le lancement de cette structure pour une renaissance de l’Art Lyrique sur les deux départements du Nord et du Pas de Calais. La direction de l’Opéra du Nord est assurée par Elie Delfosse. En 1980, la ville de Roubaix rachète le Colisée de Roubaix ( voir sur notre site, un article précédemment édité et intitulé : Le Colisée 3 ). Après de gigantesques travaux, le Ballet du Nord s’y installe, en 1983, sous la direction de Alfonso Catà, chorégraphe d’origine cubaine, dont le travail de style néoclassique, s’inscrit dans la lignée de George Balanchine. Le 28 Janvier 1983, c’est l’ inauguration du Colisée-Opéra, en présence de Pierre Mauroy, premier ministre de l’époque, Pierre Prouvost député-maire de Roubaix, Monique Bouchez présidente de l’Opéra du Nord, Noël Josèphe président du Conseil Régional et Alfonso Catà bien sûr chorégraphe du Ballet du Nord. À l’invitation de ce dernier, c’est Roland Petit et le Ballet de Marseille qui prêtent leur concours avec la pièce les « Hauts de Hurlevent » pour cette soirée d’inauguration. Le Ballet du Nord alors en répétition donne à son tour sa grande première au Colisée le 11 mars qui suit.
Inauguration ( document B. Vanalderwelt )Ballet du Nord 1983 ( document bnr )
Lors de la première production, le programme de la soirée est exclusivement composé de pièces de George Balanchine. Alfonso Catà se fait seconder par Brigitte Thom, maîtresse de ballet à l’Opéra de Paris, qui a repris ces dernières années la plupart des créations du directeur artistique du « New-York City Ballet ». Cette même année 1983, le Ballet du Nord devient Centre Chorégraphique National, labellisé par ce nouveau dispositif du Ministère de la Culture dans le cadre de la décentralisation. Ce dispositif a pour but de favoriser l’essor de la danse classique et moderne sur le territoire, permettant de structurer et de soutenir la création, la diffusion et la sensibilisation. Roubaix est un des premiers centres labellisés. Le Ballet du Nord se détache ensuite de l’Opéra, en 1985 et devient porteur de ces nouvelles missions en premier lieu sur le Nord Pas-de-Calais: création de nouvelles productions, diffusion d’œuvres d’artistes locaux, formation des danseurs etc.
Alfonso Catà construit le répertoire de la compagnie sur quatorze ballets de Balanchine, dont il a été un proche collaborateur, ainsi que de nombreuses œuvres de chorégraphes internationaux réputés mais également certaines de sa propre conception. Alfonso entame parallèlement la sensibilisation avancée de ses danseurs au style néoclassique propre au travail de son mentor George Balanchine avec pour objectif d’assurer rapidement cette cohésion de style, développant pour l’ensemble de la troupe une fiabilité de haut niveau quelle que soit la position hiérarchique au sein de la troupe.
Répétitions de la troupe dans le studio encore en travaux ( document Nord Eclair 1983 )
.En 1984, Alfonso Catà propose au public une version du célèbre ballet classique Coppélia. La pièce avec une orientation jeune public, est donnée avec succès près d’une centaine de fois, partout dans le monde entier. Dans la région, la version est d’ailleurs présentée au Colisée avec la participation d’un groupe de jeunes danseurs issus de l’Ecole et en compagnie d’un orchestre situé dans la fosse devant la scène.
Alfonso Catà dans un souci d’implantation locale solide, dès le début de la création du Ballet du Nord, fait se produire la compagnie partout sur le territoire régional. Il ambitionne également bien sûr que la compagnie puisse rayonner en France mais également à l’étranger. (Biennale de la danse de Lyon – Festival de Kuopio – Eté de la Danse de Paris – Festival de Montpellier – Biennale de la danse du Val de Marne – Festival de Tunisie – Festival international de la danse de Paris au Théâtre des Champs Elysées, Festival de Brighton …)
Coppelia 1984 ( document bnr )
En 1987, il propose au public de la métropole Lilloise une soirée « américaine » qu’il présente en octobre de cette même année, au Colisée et à l’Opéra de Lille, en avant-première d’une tournée de la compagnie aux USA.
New York 1987 ( document bnr )
Alfonso Catà emmène sa troupe aux Etats Unis, à New York pour une série de représentations dont celles au « Brooklyn Center », devant 2500 spectateurs américains. La célèbre critique de danse new-yorkaise Anna Kisselgoff conclut son article « Le ballet du Nord offre une image convaincante de la vitalité et de la diversité de la danse française en région, loin de Paris ». D’autres représentations de la troupe suivent dans une tournée des universités américaines, se produisant au Texas, en Arkansas, dans le Vermont, l’Illinois et l’Ohio. C’est un immense succès, une tournée triomphale. C’est en quelque sorte, un retour aux sources, pour Alfonso, de nationalité américano-cubaine.
New York ( document Nord Eclair )
Parallèlement à ces missions de diffusion et de création, Alfonso Catà choisit de mettre en place une école de formation initiale à l’image de ce qui se pratique dans les grandes compagnies américaines. L’école de danse du ballet du Nord a été créée en 1985. Les danseurs de la compagnie en assurent les cours hebdomadaires. L’objectif de cette école est de pouvoir constituer un corps de ballet d’enfants propres à intégrer des prestations professionnelles dans des rôles leur correspondant, comme c’est le cas dans la production de Coppélia, mais également d’envisager la mise en place d’un lieu de formation pour de futurs danseurs professionnels rompus au style de la compagnie. Les jeunes danseurs profitent de l’exemple de leurs aînés, suivant leurs cours de danse dans les mêmes studios du Colisée à l’issue des répétitions. De nombreux danseurs professionnels seront issus de cette école. Forte de son succès aux Etats-Unis, la compagnie est appelée à se produire encore plus et à multiplier ses représentations à l’étranger, dans le monde entier. Du milieu des années 1980 au début 1990, il déplace sa troupe en Yougoslavie, Turquie, Jordanie, Finlande, Suisse, Côte d’Ivoire, Espagne, Italie, Angleterre, Belgique, Amérique du Sud, Chine, Canada, Thaïlande, Corée, Taïwan, Singapour, Russie sans oublier les Antilles et la Guyane, la Réunion, … Partout les spectacles sont fort bien accueillis. Les tournées sont longues et éprouvantes, bien souvent prolongées par des semaines de production à l’Opéra de Lille ou au Colisée, ce qui nécessite de rentrer à Roubaix après des déplacements de plusieurs semaines d’affilée.
Les représentations à l’étranger ( documents B. Vanalderwelt )
En 1989, pour fêter le bicentenaire de la Révolution Française, Alfonso Catà propose un spectacle inédit : « Marie Antoinette ». C’est la création d’une grande fresque historique sur la scène du Colisée. La chorégraphie d’Alfonso Catà met en scène l’histoire de cette femme qui est allée des sommets de la gloire à la déchéance la plus humiliante, et ce, en très peu de temps.
Marie Antoinette 1989 ( documents bnr et B. Vanalderwelt )
Auteur de nombreux autres succès qui font la renommée du Ballet du Nord tels que Coppélia (1984), Tango Féline (1989), La Mer (1986) sur la musique de Claude Debussy, sans oublier Les Mots d’amour (1988) sur les célèbres chansons de Piaf, Alfonso Catà décède en 1990. L’intérim est assuré pendant quelques mois, par Pascal Minam-Borier, Yanis Pikieris, Boudewijn Pleines.
À suivre . . .
Remerciements à Bernard Vanalderwelt, Robert Pereira, Pascal Minam-Borier et Henri Mayet ainsi qu’aux archives municipales.