La démolition de l’église Saint Antoine

L’église Saint Antoine de Padoue, située au 8 rue d’Epinal à Roubaix, a été construite sur l’ancienne ferme Ducatteau-Six, sur un terrain de 4.000 m2. Les travaux de construction datent de 1887 mais l’église n’a été ouverte au culte, qu’en 1900.

Plan Cadastral
Documents collection privée

Peu de temps après, se construit la maison paroissiale, au 12 de la rue de Remiremont, rue perpendiculaire à la rue d’Epinal. Le bâtiment comprend une entrée, une salle des fêtes, et au fond une bourloire.

En 1909, se construit l’école Saint Antoine de garçons au 8 bis de la rue d’Epinal, puis l’école libre Sainte Odile pour filles au 8 bis : les deux cours de récréation sont séparées par un muret en béton. Deux patronages sont également créés rue Charles Gounod. Les orgues de l’église sont installées en 1926.

A droite, la maison paroissiale rue de Remiremont ( document P. Vanhove )

L’église Saint Antoine se situe dans un quartier populaire. Pendant une cinquantaine d’années, le nombre de paroissiens augmente régulièrement. En 1950, on fête le 50°anniversaire de l’église en grande pompe, avec grand cortège d’enfants du quartier et la messe est présidée par le cardinal Lienart en personne.

Document collection privée

Au début des années 1960, d’importants travaux de réfection sont réalisés et, en particulier, la maçonnerie des deux tours ainsi que le remplacement des deux toits en chapeau chinois de l’époque par deux toits de cuivre plus pointus. On envisage même d’installer des cloches dans le double clocher.

Documents Nord Eclair

L’histoire récente de l’église est bien moins gaie. Tout le quartier situé derrière la gare connaît dans les années 1980 un dépeuplement et un appauvrissement. Par ailleurs, la communauté musulmane y est de plus en plus importante et parallèlement le nombre de catholiques ne cesse de fondre. Quant à l’église elle même et à son environnement immédiat, ils ont connu de multiples malheurs. Le presbytère ainsi que l’école Sainte Odile ont été incendiés et le tout a subi les assauts répétés de vandales.

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L’église, encore ouverte en été pour les offices, est fermée en période hivernale d’où des dégradations en tous genres, vitraux brisés etc. Et puis il faut bien le reconnaître, cette petite église est devenue encore trop grande, pour les paroissiens qu’elle devrait accueillir, et le quartier n’est pas dénué de lieux de culte avec l’église Saint Joseph toute proche.

Trop grande, trop abîmée, trop vandalisée, trop chère à entretenir ; alors l’évêché, à la fin des années 1980, choisit la seule mesure qui s’impose à ses yeux : démolir !

documents P. Vanhove
document P. Vanhove
le démontage de la statue de Saint Antoine ( document P. Van Hove )

Les travaux de démolition de l’église Saint Antoine sont confiés à l’entreprise Simon et débutent en 1990. Les bulldozers interviennent et, en très peu de temps, l’église, éventrée comme par un tremblement de terre, ne possède plus que la façade.

La façade ( documents P. Vanhove )

Le bâtiment âgé de 90 ans disparaît en quelques jours. Il ne reste qu’un gros tas de pierres. L’association Art Action surveille les travaux pour que toutes les pièces de valeur soient gardées et mises en lieu sûr.

Toute une vie qui disparaît, l’église bien sûr, mais également la maison paroissiale, l’école Sainte Odile, les patronages. C’est un crève-cœur pour tous les habitants du quartier.

documents P. Vanhove
documents P. Vanhove

Cette démolition intervient après celle de l’église du Sacré Coeur, de la fermeture de l’église Notre Dame et la démolition prochaine de l’église St Rédempteur remplacée par une chapelle.

Les paroissiens de Saint Antoine souhaitent absolument garder un lieu de prière et trouvent au 46 boulevard d’Armentières une maison « Leur Maison ». Le seul signe distinctif de cette habitation se trouve sur la façade, c’est une simple croix en bois. En cette fin d’année 1990, la paroisse a son lieu de prières. C’est une nouvelle époque, une autre conception de la vie paroissiale qui débute ainsi.

le 46 Boulevard d’Armentières ( document Nord Eclair et Photo BT )

A la place de l’église Saint Antoine, Logicil construit un lotissement, en 2004, de 17 maisons individuelles et 3 appartements en HQE Haute Qualité Environnementale. La livraison de ces logements est programmée pour la fin de l’année 2005.

document Nord Eclair

Remerciements à Patrick Vanhove ainsi qu’aux archives municipales

Vie et mort de Saint Antoine

L'église Saint Antoine de Padoue CP Méd Rx
L’église Saint Antoine de Padoue CP Méd Rx

Les habitants du Fresnoy dépendaient de la paroisse Notre Dame avant que ne soit édifiée l’église Saint Antoine de Padoue, sur l’initiative du Chanoine Evrard, doyen de Notre Dame. Elle est construite en 1897 sur les terrains de la ferme Ducatteau Six. L’autorisation de célébrer le culte se fait attendre et c’est seulement le 12 août 1900 qu’elle sera consacrée et ouverte au public. A cette occasion, une superbe cérémonie sera conduite par le Chanoine Evrard devant une foule énorme de fidèles, et l’abbé Dehaeze, qui sera son premier curé, monte en chaire et prononce un sermon de circonstance. Il rend ensuite hommage aux dames de l’œuvre de Sainte Élisabeth, à la société chorale Saint Antoine, à la fanfare La Liberté qui contribue à la fête par l’exécution d’un morceau d’un grand effet. Sous le ministère de l’abbé Marais, il y aura la création d’une maison pastorale rue de Remiremont, d’une école de filles en 1909 et de garçons en 1913, d’un cercle d’études, de deux patronages. Les orgues seront installées en 1926.

Collection particulière
Collection particulière

Avril 1990, c’en est fini de l’église Saint Antoine. L’abbé Gand, qui dirigeait l’archiprêtré de Roubaix, disait que ce local n’était plus adapté à la vie de la paroisse. Trop grand, trop abîmé, trop vandalisé. L’évêché a décidé de démolir. La ville a donc accordé le permis de démolir. Aurait-on pu utiliser le bâtiment qui n’était pas en si mauvais état ? On aurait pu y installer un très beau marché couvert, mais non. Que fera-t-on des terrains ?

Les derniers jours de Saint Antoine Photo Nord Eclair
Les derniers jours de Saint Antoine Photo Nord Éclair

En fait, il y eut trois destructions : l’église, le presbytère et l’école. On démolissait beaucoup à Roubaix à cette époque : les magasins généraux, l’église Saint Rédempteur, la maison des docteurs, une grande partie de la rue de la fosse aux chênes, et bientôt l’église Sainte Bernadette. Le 7 septembre, c’est la fin de l’édifice, et commence le temps de la récupération : les cloches partiront pour la nouvelle église Saint Rédempteur au Pile. Le 15 septembre 1990, c’était la sixième édition de la journée des monuments historiques, qui allait devenir européenne, et que nous connaissons aujourd’hui sous l’appellation journées du patrimoine.